Panzergrenadiere! Témoignages tactiques sur tous les fronts

Panzergrenadiere : Témoignages

Generalmajor Rommel. 7. Panzer-Division, Dinant, 13 mai 1940 : franchir la un fleuve sous les tirs ennemis.

            Parvenu à Dinant après avoir traversé les Ardennes luxembourgeoise et belge, la vitesse prime pour Rommel : les fantassins de la 7. Panzer-Division franchissent l’obstacle majeur que constitue la Meuse à bord de canots pneumatiques tandis que les motocyclistes empruntent la passerelle d’un barrage imprudemment épargnée.

            « Le Fusilier-Regiment 6 était sur le point de passer en bateaux de caoutchouc sur l’autre rive ; mais il était arrêté par le feu très nourri d’artillerie et très gêné par le tirs d’armes portatives des troupes françaises établies dans les roches de la rive ouest.

            La situation, quand j’arrivai, n’avait donc rien de plaisant. Nos bateaux étaient détruits les uns après les autres par le feu flanquant des Français et la traversée ne s’effectuait plus. Les tireurs ennemis étaient si bien dissimulés que, même en les cherchant longuement à la jumelle, il était impossible de les découvrir. […] Je donnai donc l’ordre d’incendier plusieurs maisons dans la vallée afin d’obtenir la fumée qui nous faisait défaut.

            De minute en minute, le tir ennemi devenait plus gênant. Un de nos bateaux de caoutchouc, qui avait subi des avaries, dériva devant nos yeux ; un homme s’y cramponnait, grièvement blessé, hurlant au secours ; le malheureux était près de se noyer, mais nous ne pûmes rien faire pour lui : le tir ennemi était trop nourri.

            Pendant ce temps, le village de Grange, à 2 km de Houx et de la Meuse, à 5 km au nord-ouest de Dinant, sur la rive ouest, avait été pris par le Kradschützen-Bataillon 7 ; mais cette formation n’avait pas nettoyé la rive autant qu’elle aurait dû. […]

            Quand nous rejoignîmes le Fusilier-Regiment 6, ce régiment avait déjà réussi à faire passer une de ses compagnies sur la rive ouest ; mais le tir ennemi avait été si nourri que le matériel de traversée s’était trouvé réduit en miettes et que l’opération avait dû être suspendue. De nombreux blessés étaient soignés dans une maison proche du pont démoli. De même qu’au point de passage situé au nord, il était impossible de distinguer les ennemis qui nous empêchaient de franchir la Meuse et il n’y avait évidemment pas d’espoir de reprendre l’opération sans un soutien d’artillerie et de chars assez puissant pour contrebalancer efficacement les nids ennemis. […]

            Au barrage de Leffé, nous vîmes tout de suite la passerelle pour les piétons, que l’ennemi avait obstruée au moyen d’une plaque d’acier hérissée de pointes. Le feu avait cessé, pour l’instant, dans la vallée de la Meuse et nous nous dirigeâmes vers la droite, parmi des maisons, vers le lieu même de la traversée. Celle-ci était au point mort et les officiers semblaient démoralisés par les pertes que leurs hommes avaient éprouvées. Nous pouvions voir sur l’autre rive plusieurs des soldats de la compagnie qui avait déjà passé, dont beaucoup étaient blessés, ainsi que de nombreux bateaux endommagés, canots de caoutchouc, etc. Les officiers dirent que personne n’osait sortir du couvert, le tir ennemi s’abattant immédiatement sur celui qui se montrait. […]. Cependant, les chars que j’avais ordonné d’envoyer au point de traversée arrivèrent bientôt, suivis sans tarder de deux obusiers de campagne du bataillon Graseman. […]

            Sous la protection de ce tir, la traversée recommença peu à peu et nous commençâmes à établir un transbordeur à remorque, utilisant plusieurs grands pontons. » Rommel traverse alors lui-même la Meuse à bord d’un canot. Sa présence galvanise. Bien qu’encore dépourvus des armes lourdes restées sur la rive droite du fleuve, les Fusilliers parviennent à repousser quelques blindés français par le tir de leurs seules armes portatives.

Oberleutnant Heinz Werner Schmidt. 15. Panzer-Division, Sidi-Rezegh, 23 novembre 1941 : La charge sur des positions défensives adverses.

23 novembre 1941. La 8th Army tente de lever le siège de Tobrouk. Les combats décisifs ont lieu dans la cuvette de Sidi Rezegh. L’Afrika Korps épaulé par les Italiens entend balayer les positions sud-africaines et anglaises qui y sont établies en lançant ses régiments dans une véritable charge. La victoire est acquise, mais non sans de lourdes pertes…

« Notre régiment, le 115. Schützen-Regiment, devait attaquer à gauche du gros de nos blindés. Il était prévu que ceux-ci fonceraient à la rencontre des chars anglais, essaieraient de les détruire, puis s’élanceraient au milieu de leur dispositif pour tomber sur l’infanterie sud-africaine en profitant de la faiblesse de leur échelon « B » pour se frayer une voie.

            Nous passâmes à exécution, mais la manœuvre ne s’avéra pas si facile. Vers trois heures, nous déclenchâmes un tir de préparation. Nos éléments d’attaque se mirent en place. Devant nous, l’énorme concentration de chars de la 22nd Armoured Brigade semblait former comme une barricade. A sa droite, les antichars des Sud-Africains, les 25 pounders du 7th Artillery Group, et quelques obusiers de 4.5 pouces montaient la garde.

            Notre régiment motorisé prit sa formation de combat. Nos antichars se placèrent en tête. Nous notâmes avec soulagement qu’un certain nombre de nos Panzer étaient remontés à notre hauteur, sur notre flanc droit. « En avant ! ». L’ordre se transmit rapidement. Le colonel ouvrit la marche debout dans sa voiture découverte. Le commandant suivit, dans la sienne. A mon tour, je démarrai. Nous mîmes le cap droit sur les chars ennemis. Je tournai rapidement la tête. Derrière moi s’étalait à perte de vue un curieux éventail de matériels hétéroclites : transports de troupes blindés, voitures de toutes sortes, tracteurs à chenilles tirant leurs pièces d’artillerie, camions lourds bourrés de fantassins, éléments mobiles de défense antiaérienne. Dans le vacarme de tous ces moteurs, nous foncions vers la « barricade » ennemie.

            Du côté du front, le spectacle était fascinant : droit devant, la silhouette rigide du colonel ; tout près, à sa gauche, légèrement en arrière, la voiture du commandant. Les chars tiraient. Les obus passaient en sifflant. L’ennemi faisait donner tous ses 25 pounders et ses petits 2 pounders antichars. Nous chargions à un train d’enfer.

            La voiture du colonel fit une embardée et s’arrêta, touchée de plein fouet. Je passai comme l’éclair à sa hauteur. C’est à peine si j’eus le temps de le voir se redresser. Il pivota sur le côté et tomba de son véhicule comme un arbre qu’on abat. Le commandant roulait toujours devant moi.

            On distinguait déjà les positions d’infanterie ennemies. Un grand gaillard maigre courait vers l’arrière, en terrain découvert, comme balayé par le jet d’une lance à eau. Une rafale déchira l’air. Une balle traçante fila dans sa direction. Je la suivis des yeux. Dieu, qu’elle allait lentement ! Le grand gaillard s’écroula.

            Nous avions presque atteint le rideau des antichars et des blindés ennemis. Un frisson glacé me parcourut l’échine : une mécanique invisible étoilait mon pare-brise d’une multitude de petits trous ronds… Une mitrailleuse ! Mon chauffeur s’aplatit sur son volant.

            La voiture du commandant, à son tour, fit un brusque écart et versa sur le côté. Je restai seul en tête, dans cet enfer ; seul devant des canons vomissant le feu et la mort.

            Soudain il y eut une violente secousse, un bruit de ferraille, un sifflement, et mon véhicule s’arrêta mort. J’aperçus une tranchée à quelques pas. Je bondis m’y réfugier. Mon chauffeur voulut en faire autant ; il n’eut même pas le temps de plonger. Il se redressa d’un coup, tournoya sur lui-même, puis s’affaissa, inerte.

            Je me serrai contre notre Mère la Terre. Je me trouvais sûrement dans un avant-poste abandonné par les défenseurs de Sidi Rezegh. Je relevai prudemment la tête. Où diable était passée la horde de véhicules qui me serrait de si près ? Bon sang ! Elle s’était arrêtée ! Et mon chauffeur ? Vivait-il encore ? Hélas ! Non. Il était étendu tout près de là, mort !

            Oui, le grand éventail de nos véhicules était déployé derrière moi, immobile. La vue des officiers tombant les uns après les autres avait semé le doute parmi les personnels. Fallait-il continuer ? Fallait-il s’arrêter ? Après maintes hésitations, ils avaient décidé de marquer le pas. Heureusement, un jeune lieutenant était encore valide. Il les regroupa et leur ordonna de reprendre la progression. Cette initiative lui valut la Ritterkreuz »

Oberstleutnant Feig. 1. Panzer-Division, secteur de Kiev, automne 43 : Panzergrenadiere contre T 34

            La contre-attaque lancée par Manstein vers Jitomir constituera une des dernières grandes opérations menées par le brillant général. Parmi les unités à la pointe de l’assaut se trouve la 1. Panzer-Division, de retour sur le front de l’Est.

Une compagnie du II./ Panzergrenadier-Regiment 113  de l’Oberstleutnant Feig reprend le village de Kornin. Après ce premier succès, les hommes de Feig reçoivent l’ordre de se porter sur Gnilez. Les Panzergrenadiere forment un Kampfgruppe avec un bataillon d’artillerie et une section antichar, celle du Leutnant Kunz. Feig et Kunz mènent en personne une reconnaissance sur l’objectif. En fait, puisque Gnilez a déjà été traversée par d’autres formations de la 1. Panzer, les deux officiers ne semblent pas s’inquiéter outre-mesure. Survivant à l’attaque suicide d’un blessé soviétique, Feig dispose ses compagnies en hérisson dans la ville. La nuit, un T 34 apparemment isolé est prestement détruit par une équipe de « casseurs de chars » de la 7ème compagnie. Toutefois, la situation semble préoccupante : toute communication avec le régiment ou même le second bataillon de celui-ci a été perdue. Le lendemain, Feig réagit en décidant donc de sécuriser la route menant au PC régimentaire. Survient alors une nouvelle alarmante: 20 T 34 sont en vue, en marche depuis le Sud de Gnilez! Feig fait informer au plus tôt le Panzer-Regiment par radio. Soudain, alors que les Panzergrenadiere s’efforcent de consolider tant faire que peut leurs positions, les T 34, qui semblaient se diriger vers le PC de régiment, obliquent soudain vers Gnilez. Très vite, deux blindés sont mis en feu. Les autres engins répliquent de toutes leurs armes avant de se mettre à couvert dans une dépression du terrain. La pause ne sera que temporaire. Les T 34 continuent l’assaut mais très peu parviennent à briser l’anneau défensif de la localité et les quelques équipages téméraires ayant réussi à pénétrer dans la ville sont réduits au silence par la 8ème compagnie d’armes lourdes. Par ailleurs, le combat s’engage avec les fantassins soviétiques pris à partie par les MG 42. Les pertes sont lourdes de part et d’autres et, finalement, les Soviétiques doivent renoncer, laissant 14 carcasses de T 34 et de nombreux morts sur le terrain. Recevant l’ordre de capturer quelques prisonniers afin de glaner des renseignements sur l’adversaire, Feig est lui-même blessé alors qu’il se charge en personne de cette besogne.

Unteroffizier Rudolf Brasche. Panzer Lehr, secteur de Tilly-sur-Seulles, Normandie, juin 1944 : des Sherman pris dans une embuscade

            Dans le bocage et l’aviation alliée omniprésente, les Panzergrenadiere ne peuvent se déployer en formations largse avec les Panzer, mais ils peuvent mettre à profit le terrain pour la défense. c’est dans ces conditions que la Panzer Lehr affronte les Britannqiues pendant un mois dans le secteur de Tilly-sur-Seulles.

            Dans la nuit du 9 au 10 juin, la compagnie de Brasche, la 1./ Panzergrenadier-Regiment 901,  occupe le flanc gauche de la division, celle-ci étant étirée sur un secteur de défenses  de 17 kilomètres, notamment devant Tilly-sur-Seulles. La compagnie s’avance en direction de Balleroy, adoptant une formation en coin. La 3e section avance en empruntant une route, jusqu’à une haie, suivie de la 1ère section, puis, 100 mètres plus loin, la 4e section lourde, avec ses mortiers et ses mitrailleuses. L’Unteroffizier Brasche est un des servants d’une équipe de « casseurs de chars », dotée d’un Ofenrohr, un puissant Panzerschreck. La section fait halte à l’approche d’une route particulièrement boisée. Soudain, l’Obergefreiter Langemann s’écrie « Des tanks sur la gauche, Rudi! ». Brasche prend immédiatement position à l’abri. Le ronronnement caractéristique des  moteurs des Sherman ne tarde pas à se faire entendre. Martellant le sol avec le sol métallique du cliquettis des chenilles, le premier engin apparaît, puis deux, puis trois, puis quatre… Brasche s’enfonce dans le fossé à droite du défilé d’où vont émerger les monstres d’acier. Le premier engin est désormais très proche! Le Panzergrenadier le frappe à la tourelle avec son lance-roquette. Cette tourelle est volatilisée dans les airs et retombe avec fracas sur le deuxième Sherman tandis que le troisième ouvre déjà le feu, signalant le déclenchement d’un feu d’enfer danstout le secteur. « Suivez-moi! » hurle Brsche. Hannes Keck, Hill et Langemann le suivent avec d’autres roquettes. L’Unteroffizier entend bloquer toute la colonne adverse dans le défilé en frappant le dernier Sherman. Ils parviennent à localiser ce dernier par la lumière des coups de départs de ses tirs. Le Panzerschreck claque une nouvelle fois. Mouche! Frappé dans ses rateliers de munitions,  le Sherman s’embrase dans un tonnerre d’explosions. De son côté, les mortiers prennent à partie l’infanterie britannique, mais celle-ci est bien dispersée et s’abrite prestemment. S’avançant vers un autre tank, Brasche disperse des fantassins ennemis avec son MP 40 puis grimpe sur le Sherman, ouvre l’écoutille laissée imprudement non verrouillée et y jette un explosif. Camouflé sous la végétation de noisetiers, Brasche observe un autre Sherman à à peine 5 mètres de distance. Il décide de fixer quatre grenades ensembles et rampe vers le blindé, sous le couvert de ses camarades. Il parvient à placer ses grenades à l’arrière de la tourelle, fonce se mettre à couvert et observe bientôt un jet de flamme depuis le compartiment moteur du char. Les combats menés cette nuit-là par la 1./ Panzergrenadier-Regiment 901 de l’Oberleutnant Monz furent le baptême du feu de l’unité. Son entrée en lice a été fracassante. Le 11 juin, l’exploit de Brasche est cité à l’ordre du jour de la division.

Recension « Rommel en Normandie. France 1940 » de Thierry Chion

Un nouveau livre sur Rommel? Encore la « Division Fantôme » et son extraordinaire -mais bien connu- parcours lors de la Westfeldzug? Oui, mais cet ouvrage ne fait pas double-emploi avec les précédents travaux consacrés à Rommel et à sa 7. Panzer en 1940 (je pense entre autres aux livres de Yves Buffetaut et de Hugues Wenkin).

Fort illustré (plus de 300 photos), qui plus est de nombreux clichés inédits, ainsi que des « Then and Now », le livre de Thierry Chion est facile et agréable à lire, avec un textes précis et bien documenté, suffisamment long pour donner les détails nécessaires, et relativement concis pour permettre une lecture assez rapide et comprendre clairement l’enchaînement des faits (200 pages tout de même: les passionnés s’y retrouvent). On apprécie les témoignages, y compris de civils, ainsi que les encadrés avec des missives de Rommel à son épouse. Notons que le choix des photographies est pertinent (certaine sont très belles) et le texte se marie à la perfection avec les clichés proposés. Les cartes de style état-major ont assez nombreuses pour suivre clairement le cheminement du futur « Renard du Désert ».

J’ai évidemment beaucoup lu sur Rommel, mais ce livre ne m’a pas ennuyé, et il est question de la Normandie… J’ai notamment appris une donnée intéressante sur un cas de crime de guerre à l’encontre de civils, a priori de la responsabilité de Landser de la 7. Panzer-Division.

Thierry Chion, qui a déjà signé un certain nombre d’ouvrages réussis portant en particulier sur l’ex-Haute Normandie pendant la guerre, poursuit ici sur sa lancée.

Un livre que je recommande sans hésiter, en complément d’autres lectures sur le sujet (Les soldats de 40 dans la première bataille de Normandie de René-Gustave Nobécourt, notamment).

Panzegrenadiere! Au combat: l’exemple de Grozny

Les Panzergrenadiere en action : la 13. Panzer-Division sur la route de Grozny

Après la prise de Rostov, le Heeres-Gruppe A de Kleist peut foncer sur ses objectifs du Caucase : les zones pétrolières de Bakou et de Grozny à l’Est, les ports de la Mer Noire à l’Ouest et les cols de haute-montagne au centre. En pointe de l’assaut, comme d’accoutumée, se trouvent les divisions mobiles de la Wehrmacht.

            Les combats menés dans la boucle du Terek à partir du mois de septembre 1942 sont instructifs. L’assaut mené par le I/66 Pz.Gren.Rgt. du Major Brux de la 13. Panzer-Division est pour le moins atypique. Dans le cadre de l’avancée du LII Korps, les forces motorisées allemandes doivent s’assurer du contrôle de Pavlodolskiy afin d’assurer toute menace pesant sur le flanc de la tête de pont du Kislyar. La ville a déjà résisté aux assauts infructueux de la 370. ID. La puissance d’une division blindée devrait faire la différence, même si l’opération met avant tout en lice ses fantassins, les Panzergrenadiere.

Une charge de SPW dans le Caucase!

            Après l’envoi d’une reconnaissance, l’attaque est lancée dans la nuit du 4 septembre 1942 selon une méthode peu orthodoxe. Deux compagnies contournent la localité et se positionnent à l’Ouest tandis que la 3ème compagnie s’apprête à lancer une attaque en règle par l’Est. On comprend ici l’importance primordiale de la mobilité et, donc, de la possession d’engins tout terrain. L’attaque en tenaille des Panzergrenadiere semble irrésistible. Les SPW du bataillon, alors majoritairement massés au nord de la ville et déployés sur un large front, attaquent alors à leur tour, plaçant les défenseurs dans une situation difficile. L’attaque est hardie. Montés sur des véhicules suffisamment rapides, les Allemands ont osé charger. Surpris, les Soviétiques se battent avec énergie mais la défense succombe et Pavlodolskiy est entre les mains des Allemands.

            Pendant ce temps, plus au sud, un groupe d’assaut du 3/66 parvient à s’assurer une tête de pont sur une île du Terek, capturant ensuite le ferry qui relit cette île avec la rive sud, à Gnadenburg. Comme au cours du mois d’août qui vient de s’écouler, les Panzergrenadiere sont les premiers à franchir le cours d’eau vers un rivage hostile. Le 3/66 peut alors capturer sans difficulté les unités soviétiques se repliant de Pavlodolskiy. 400 Frontoviki tombent dans la nasse. Le 3/66 assure alors la sécurité de Pavlodolskiy pendant les autres compagnies -5 et 6/66- se prennent la ville de Novo Ossitinovskaya de nuit, selon la même méthode précédemment employée à Pavlodolskiy. Notons que le mouvement effectué de nuit, que certaines armées –comme l’armée britannique- renâclent à employer, suppose une discipline absolue et surtout un entraînement de premier ordre. L’unité de reconnaissance fonce alors vers Chernoyarska, la dernière ville encore entre les mains des Soviétiques sur la rive nord du Terek. Le 7 septembre, le II/66 s’en empare. Au prix de pertes légères et à la faveur d’attaques nocturnes, le I/66 Pz.Gren.Rgt. s’est donc acquitté de sa mission. La discipline et le professionnalisme des Panzergrenadiere ont porté leurs fruits.

            Le 10 septembre, la 13. Panzer-Division repart à l’attaque. Le Kampfgruppe Crisolli rassemble le QG de la 13. Panzergrenadier-Brigade, les I et III/4 Pz.Rgt, le 93. Pz.Gren.Rgt., le I/13 Artillerie-Rgt, le 1/13 Pz.Jg., le 3/4 Pz.Pi.Btl. avec un K-Strecke ainsi que des éléments du II/ »Brandenburg ». L’attaque s’effectue vers l’ouest et l’intersection au sud de Gnadenburg est prise malgré la défense féroce des Soviétiques. C’est à cette occasion qu’est tué l’Oberst Olbrich le chef du 4. Panzer-Regiment. L’infortuné Olbrich, qui commandait le Panzer-Regiment 5 devant Tobrouk  en avril 1941, avait été renvoyé en Allemagne par un Rommel en recherche de bouc-émissaire pour ses échecs devant la forteresse britannique. Le lendemain, le 11 septembre, progressant à la faveur du brouillard et de la pluie, le Kampfgruppe Crisolli s’empare de Novo Nikolaevskiy et de Gnadenburg à 10h. A 17h, Crisolli s’attaque à Malgobek II mais l’avance est stoppée à la nuit tombante à deux kilomètres de l’objectif. La ville n’est prise qu’à l’issu de combats acharnés le lendemain.

            L’objectif subséquent est Nizhnniy Kurp. Comme d’accoutumée, les troupes de reconnaissance sont les premières sur l’objectif. Mais les blindés sont pris à partie et l’assaut fait long feu. La 13. Panzer déploie alors deux Kampfgruppen et prépare un assaut en règle pour faire tomber la ville. La ligne de bunkers située sur le flanc gauche est sécurisée par l’intervention de la 370. ID. L’ordre d’attaque reçu par est le suivant : « La 13. Panzer-Division doit s’emparer de Nizhniy kurp et des collines aux alentours. Le 4ème bataillon du génie doit maintenir des ferries à travers le Terek près de Pavlodolskiy. Un ferry [pont] de 16 tonnes devra entrer en service dans l’après-midi du 13. Le PC de la division: Gnadenburg, puis le pont au nord de Nizhniy Kurp ».

            Lançant son assaut dans la matinée du 13 septembre, la 13. Panzer-Division écrase les positions fortifiées soviétiques sans que la VVS ne soit en mesure de ralentir sa progression. Dans la soirée, après que le Kampfgruppe Stolz ait repoussé une contre-attaque ennemie contre Khamidiya, la 13. Panzer-Division est déployée sur un arc de cercle de 13 kilomètres autour de Verkhniy Kurp. Les Soviétiques n’entendent pas rester dans l’expectative et, le lendemain 14 septembre, lancent une puissante contre-attaque, habilement appuyée par la VVS qui frappe en profondeur et sur le front, qui s’avère menaçante.  Le 66. Pz.Gren.Rgt doit abandonner l’importante colline 104, qui domine le secteur. Le Kamfgruppe Montfort (II/4 Pz.Rgt) est repoussé suite à une pénétration soviétique entre les lignes tenues par les 370. et 111. ID.

80 SPW foncent sur l’ennemi!

            Le 17 septembre, les Allemands réagissent. Les Panzergrenadiere du I/66 Pz.Gren.Rgt sont engagés avec brio. 80 SPW sur lesquels sont juchés des Panzergrenadiere armés jusqu’aux dents foncent à travers le brouillard et surprennent les défenseurs soviétiques de la colline 404. 400 fusils antichars flambants neufs tombent entre les mains des Allemands, de même que 8 canons qui sont immédiatement réutilisés contre leurs anciens propriétaires. Les combats sont cependant loin d’être terminés. Sur une autre hauteur, la colline 489, le Leutnant Wendt et sa section du 4/93 Pz.Gren.Rgt repoussent pas moins de 17 attaques adverses. Durant toute la bataille, la nécessité de déployer plus de formations sur le front de Stalingrad et les pertes subies ne laissant plus que des escadrilles décimées sur le front du Caucase, la Luftwaffe n’est pas en mesure de s’assurer de la maîtrise des airs.

Les Panzergrenadiere s’avancent vers les montagnes du Caucase

            Le 19 septembre, la 13. Panzer-Division est en mesure de reprendre sa marche en avant. Le Generalleutnant envoie quelques reconnaissances avant de lancer ses Kampfgruppen plein ouest, entre le Terek et les montagnes, qui se déploient à environ 10 kilomètres. L’objectif est de briser les défenses soviétiques près d’Elkhotovo, dans la vallée du Terek. L’attaque est irrésistible. A 7h15, le Kamfgruppe von Raczeck attaque en direction d’Arik en longeant le Terek. Un pont est sécurisé grâce à l’action du II/ »Brandenburg ». A 10h, le I/66 pénètre dans Arik en menant une véritable charge. 8 pièces antichars soviétiques et leurs servants sont bousculés sans que ces derniers ne soient ne mesure de toucher le moindre SPW, qui offrent des cibles trop rapides pour les artilleurs. Après la prise de la ville, les I/66 et II/66 poursuivent l’avance vers le sud et prennent Terek vers 19h. Les combats se poursuivent dans les jours suivants, les Panzergrenadiere menant toujours la progression, assurant la défense des positions conquises mais étant parfois sujets à des encerclements. Dans ce cas, il faut l’intervention du 4. Panzer-Regiment pour rétablir la situation. Panzer et Panzergrenadiere sont indispensables les uns aux autres.

Soutenir les Panzer, sécuriser les villes et les passes, franchir les fleuves d’assaut: des tâches multiples pour les Panzergrenadiere

            Quelques jours plus tard, la 13. Panzer reprend l’avance. Objectif: percer à travers la passe d’Elkhotovo. Il faut d’abord s’emparer de Planovskoe. Le 66. Panzergrenadiere-Regiment progresse après la nuit tombante. Une compagnie renforcée traverse un bras étroit du Terek, dépasse Planovskoe et se positionne à l’ouest de la ville avant de rapporter par radio qu’elle occupe ses positions de départ. La compagnie est certes isolée mais sa présence sur les arrières ennemis sèmera la confusion chez les Soviétiques. Le II/66 frappe l’adversaire par le nord-ouest alors que le I/66, renforcé par un bataillon entier de Panzer, piétine devant les champs de mines et les positions antichars de l’ennemi. Raczeck transfère alors le I/66 dans le secteur du II/66 et la percée est enfin réalisée. Dans le secteur du Kamfgruppe Crisolli, ce sont les fantassins qui mènent également l’assaut: soldats du 93. Pz.Gren.Rgt et du 43. Kradschützen-Bataillon. La ligne de bunkers et de positions de campagne est enlevée, mais non sans le concours essentiel et efficace des Brandebourgeois et des pionniers, ainsi que des Panzer de l’autre bataillon blindé, le II/4 Pz.Rgt.  Les combats sont pourtant disputés. Le Generalleutnant Herr succombe à l’explosion de mines et l’Oberst Crisolli lui succède à la tête de la 13. Panzer-Division. Le terrain boisé, collinaire et presque dépourvus de routes empêche le bon déploiement des Panzer et la progression de tous les types de véhicules. Les fantassins sont les seuls à pouvoir progresser au sein d’un système défensif habilement mis en place.

            Il faut maintenant transformer les premiers succès en une véritable percée. Le 26 septembre, les préparatifs de l’attaque sur la passe d’Elkhotovo sont fébriles. Pas moins de 16 missions de reconnaissance sont menées pour étudier le dispositif ennemi et chercher une faille. Les rapports concluent à l’infaisabilité d’une attaque frontale. Il faut contourner le flanc est des Soviétiques en empruntant un itinéraire traversant des massifs boisés: le Mont Seko et la colline 703. Les Panzergrenadiere doivent alors en quelque sorte se muer en des Gebirgsjäger de substitution. Les SPW sont donc regroupés dans un parc de véhicules, à l’orée de la forêt. Dans la nuit du 3 octobre, après bien des difficultés et non sans avoir mené de terribles corps à corps, c’est le 66. Pz.Gren.Rgt qui parvient à conquérir Elkhotovo à la faveur d’une attaque surprise alors qu’une attaque frontale s’était soldée par la perte de 4 Panzer en dépit du soutien du 13. Panzer-Artillerie-Regiment qui expédia pas moins de1 500 obus sur la ville. La passe d’Elkhotovo, la porte du Caucase, est entre les mains de la Wehrmacht. Mais elle n’est pas en mesure d’exploiter ce succès.

Les Panzer: force de frappe des unités blindées, mais qui restent impotents sans leur infanterie d’accompagnement

            Le mois de septembre 1942 a donc été riche en situations fort variées. A côté du rôle habituel de soutien rapproché aux Panzer, les Panzergrenadiere ont franchi des cours d’eau en zone ennemie, mené des combats urbains, nettoyé des positions fortifiés truffées de bunkers, attaqué en zone montagneuse et mené un assaut en chargeant à bord des SPW. Les soldats motorisés allemands se trouvent tour à tour assaillants ou défenseurs. La polyvalence d’action des Panzergrenadiere n’auraient pu mieux être illustrée. Ces fantassins d’élite sont donc indispensables à la progression des Panzer. Pourtant, la Blitzkrieg se heurte au cauchemar logistique d’un front démesuré.   A 1 000 kilomètres de leurs camarades assaillants les ports soviétiques de la Mer Noire et 500 kilomètres de la fournaise de Stalingrad, la vaillance des Panzergrenadiere des 13. et 24. Panzer-Divisionen et de la SS « Wiking » ne suffira pas : si Maïkop tombe, Grozny et Bakou resteront hors de portée.

24 mai de 1940: la Wehrmacht rate la victoire absolue

Il y a 80 ans, 24 mai 1940, le Haltbefehl de Hitler, voulu aussi par l’#OKW et l’#OKH est grave de conséquences car il permet Dynamo/Dunkerque. Il est absurde (sauf les historiens de seconde zone traquant les « mythes ») d’affirmer que la destruction du BEF n’aurait pas été catastrophique pour le Royaume-Uni. C’est méconnaître le fonctionnement d’une armée et la gravité de la perte de la quasi-intégralité des troupes professionnelles (il ne resterait plus que les forces en Egypte et les bataillons déployés en Inde) et de leurs cadres pour imaginer que l’armée britannique, ayant par ailleurs perdu son armement lourd, aurait en mesure de repousser une invasion ni même, un jour, de redevenir une force armée de premier plan.

Ce jour-là, la Wehrmacht manque la victoire absolue.

GI’s au combat: l’US Army à la veille du D-Day

L’US Army à la veille du DDay

Les Etats-Unis, dont l’armée supporte le poids principal des opérations de la libération de l’Europe de l’ouest, relèvent l’immense défi de lever et d’entraîner une armée de plusieurs millions d’hommes à partir de forces de temps de paix des plus réduites (11 divisons régulières le 7 décembre 1941) et sous-équipées. L’US Army doit donc se préparer efficacement à Overlord, l’opération la plus complexe et la plus importante qu’elle met en œuvre. Elle doit vaincre la Wehrmacht, l’une des armées les plus tactiquement compétentes de l’Histoire. A la veille de la bataille, l’US Army semble pourtant jouir de nombreux atouts. Le présent article se veut un essai de tableau de la situation de l’US Army à la veille de la confrontation en Normandie, sans préjuger de ce que sera l’avenir.

Une armée bien entrainée ?

            L’US Army est l’unique armée de la Seconde Guerre mondiale qui a bénéficié d’une longue période de préparation à la guerre, loin de toute menace immédiate sur son sol, alors que la guerre embrase l’Europe depuis 1939. La doctrine a pu être affinée à la lumière des événements survenus depuis le début du conflit, un nouveau matériel a pu être mis au point et, surtout, ce laps de temps est mis à profit pour entraîner l’armée, repérer ses défaillances et les officiers supérieurs non qualifiés pour tenir un rôle de premier plan dans la lutte qui s’annonce. Il convient ici de souligner le rôle majeur tenu par le général Leslie J. McNair, responsable de l’entraînement, de l’organisation et de la préparation des unités envoyées outre-mer. Les grandes manœuvres de l’automne 1941 sont notamment très instructives, aucun autre pays n’ayant alors la possibilité d’assurer des exercices d’une telle ampleur, mettant en lumière la capacité ou non des généraux à commander des formations de la taille d’une armée ou d’un corps d’armées.

La qualité des formations d’infanterie laisse pourtant à désirer. Jusqu’en 1944, l’Army Air Forces et l’Army Service Forces ont la priorité sur les recrues, au détriment donc de l’Army Ground Forces, qui regroupe les unités combattantes dirigées par McNair. Cela signifie que les conscrits les plus aptes et les plus qualifiés ne rejoignent pas les rangs de l’armée de terre.  En outre, le manque de stabilité du personnel des divisions  complique l’entraînement de celles-ci. En effet, une partie de leurs effectifs partent comme remplacements pour les unités engagées dans le Pacifique et en Méditerranée. Ces divisions, en particulier celles levées après Pearl Harbor, doivent donc perdre du temps à entraîner les nouveaux venus au lieu d’effectuer des manœuvres à de nouveaux échelons, régimentaire ou divisionnaire par exemple. De surcroît, les unités de l’Armée Régulière et de la Garde Nationale (les milices des différents Etats) ne peuvent pas donner aux Etats-Unis assez de divisions pour mener la guerre. De plus, la discrimination à l’égard des Noirs sévit dans l’armée : les Afro-Américains ne peuvent compléter les effectifs des unités combattantes. La seule façon de créer de nouvelles unités rapidement est de disloquer les divisions existantes et de verser aux nouvelles formations des officiers compétents et du personnel entraîné. Tout ceci n’est pas forcément de nature à former les meilleures divisions possibles. Le manque de place au Royaume-Uni ne facilite pas non plus les ultimes entraînements.

Les troupes qui mèneront l’assaut initial subissent une préparation intensive et méticuleuse sur des sites ressemblant le plus possible aux futures plages de débarquement. C’est ainsi que les Américains établissent un Assault Training Center dans la zone de Woolacombe. De grandes manœuvres sont réalisées à Slapton Sands. L’assaut sur les plages, la destruction des obstacles et des bunkers, l’organisation à l’intérieur des péniches de débarquement sont ainsi mis au point au cours de ces exercices. La 29th US ID, sélectionnée pour mener l’assaut sur Omaha Beach de concert avec la 1st US ID, subit une série d’exercices amphibies. Un premier exercice –Duck I– mené par le 175th Regiment révèle bien des insuffisances. Il semblerait que cela ait influé pour le choix d’un autre régiment de la division, le 116th. On constate un manque d’initiative et d’agressivité, le travail d’équipe fait défaut, beaucoup trop d’hommes sont malades et le tout s’est opéré dans une grande confusion. Gerow, alors à la tête du 5th US Corps qui devra mener l’assaut sur Omaha Beach, tire plusieurs enseignements de ce fiasco : les défenses adverses doivent être anéanties par un bombardement aérien et naval et le moral des défenseurs doit absolument être sérieusement ébranlé, faute de quoi les équipes du génie s’avèreront incapables de débarrasser les plages des nombreux obstacles aménagés par les Allemands. Le 116th Regiment réalise pour sa part trois exercices, Duck II, Fox et Fabius I, ces deux derniers de concert avec la 1st US ID. Du 27 au 31 mars, la 4th US ID réalise l’exercice Beaver avec des éléments de la 101st Airborne lâchés de camions à l’arrière de la plage. L’exercice Tiger se termine pour sa part en tragédie à la suite de l’intervention de vedettes S-Boote de la Kriegsmarine.

L’entraînement vise à pallier le manque d’expérience qui est un autre défaut de l’US Army. Les seules unités prévues pour Overlord à avoir combattu sont les 1st et 9th US ID, la 82nd Airborne Div. et la 2ndArmored Div. Notons cependant que de nombreuses unités britanniques mais aussi allemandes, y compris des unités de premier ordre comme la 12. SS Panzer-Division « Hitlerjügend », sont tout aussi novices. L’idée d’une US Army composée que de jeunes recrues inexpérimentées jetée en pâture à une Wehrmacht uniquement formée de vétérans ne repose sur rien de véridique. En revanche, si les soldats sont novices dans de nombreuses unités des deux camps, l’encadrement des divisions allemandes est souvent excellent alors que les officiers américains sont rarement aguerris. Mais  l’idée de la qualité comparative des officiers des deux camps à l’avantage des Allemands est également en partie discutable.

Un commandement de qualité mais peu d’officiers ont été mis à l’épreuve

         L’expansion rapide de l’armée américaine pose la question de la qualité de son encadrement. Avant 1940, on ne compte aux Etats-Unis que 14 000 officiers de l’armée régulière en service actif, plus 22 000 servant au sein de la Garde Nationale. Il faut donc avoir recours à une grande partie des 180 000 officiers de réserve pour mettre sur pied les nouvelles unités. L’US Army dispose pourtant d’un noyau d’officiers très compétents et expérimentés qui savent préparer leurs soldats au combat. Des hommes comme Patton et Bradley sont d’excellents chefs d’armées, qui ont fait leurs preuves en Méditerranée, de même que nombre d’officiers servant dans les échelons inférieurs de la hiérarchie. Dans les autres unités, le commandement n’a pas encore subi le test du combat et certains officiers incompétents sont encore en poste. On peut penser notamment au général Landrum, le commandant de la 90th US Infantry Division, surnommé « Oral Null » par ses hommes en raison de ses difficultés à communiquer, et dont on peut se demander s’il est un meneur d’hommes apte à diriger une division au feu. Toutefois, l’armée américaine bénéficie de généraux pragmatiques, parfois audacieux, souvent très professionnels, qui n’ont rien à envier à leurs homologues allemands. C’est toutefois au niveau des officiers subalternes et des sous-officiers que l’US Army est très inférieure en qualité à la Wehrmacht. Toutefois, ces deux armées ont en commun de laisser une grande initiative aux subordonnés. En outre, les officiers supérieurs américains sont partie prenante d’une hiérarchie interalliée très efficace et coordonnée sous le commandement inspiré de Dwight David Eisenhower. Bien plus, ils disposent d’un outil de combat assez impressionnant.

Une armée nombreuse

        La quantité ne fait pas défaut en ce qui concerne les ressources humaines. Celles-ci sont impressionnantes. En dépit de l’engagement des Etats-Unis dans le Pacifique et en Méditerranée, 1,5 millions de soldats et 19 divisions de l’US Army se trouvent au Royaume-Uni en juin 1944, prêts à déferler sur le continent. Contrairement aux Allemands, toutes les divisions sont à plein effectif, soit 15 000 hommes pour une Infantry Division, 50 000 si on prend en compte la tranche divisionnaire, c’est à dire en incluant les troupes de soutien de la logistique affectées à chaque division en ligne. D’autres unités, à l’entraînement, attendent de pouvoir débarquer en France dans les mois qui suivent. Au total, 21 divisions sont engagées en Normandie. En outre, l’armée américaine dispose d’une pléthore d’unités indépendantes non endivisionnées. Ces dernières sont conséquentes puisque, le 1er janvier 1944, on dénombre des centaines de bataillons indépendants : 116 pour l’artillerie lourde, 112 pour l’artillerie de campagne, 64 pour les chars et 78 de Tanks Destroyers. Le 6 juin 1944, 78 000 remplaçants sont disponibles au Royaume-Uni, prêts à combler les pertes. Si on peut remettre en cause le système de remplaçants alors en vigueur, l’armée américaine a donc la possibilité de combattre plus longtemps et de frapper plus que les autres armées qui vont être engagées dans la bataille. Contrairement aux Allemands, qui ont subi d’immenses pertes en hommes, surtout à l’Est, les Américains sont en mesure d’engager leurs hommes les plus jeunes et les plus physiquement aptes.

Des troupes d’élite et des unités spéciales pour le D-Day

             Contrairement aux Britanniques, spécialistes en commandos de tout genre, l’armée américaine n’aime pas le concept de troupes d’élite qui pourraient agglomérer l’ensemble des meilleurs soldats au détriment des autres formations. Il reste que, au cours de la Seconde Guerre mondiale, un jeune américain a deux possibilités de se retrouver sous les drapeaux : attendre la conscription ou devancer l’appel en se portant volontaire pour la guerre et choisir ainsi l’arme dans laquelle on sert pour la durée du conflit. Les recruteurs des forces aéroportées américaines sont particulièrement à l’affût de jeunes gens solides pour cette branche si spécifique de l’armée. Volontaire, le parachutiste américain touche une prime de 50 $ pour chaque saut de combat. Certains vétérans ne cachent pas que l’appât du gain n’a pas été sans motiver leur souhait de rejoindre les forces aéroportées. Les candidats retenus subissent un entraînement de première qualité, qui en fait effectivement des soldats d’élite. L’épreuve du combat est pourtant nécessaire. En la matière, seule la 82nd US Airborne est expérimentée, alors que la 101st US Airborne effectuera son premier saut de combat dans la nuit du 5 au 6 juin 1944.

           Outre les aéroportés, les bataillons de Rangers, unités de commandos américains, sont également des forces d’élite. Les premiers Rangers, commandés par le major Darby,  s’entraînent en Ecosse avec les commandos britanniques. Le 6 juin 1944, deux bataillons de Rangers, les 2nd et 5th,  participent à l’assaut initial. Ces deux unités sont regroupées au sein du Provisional Ranger Group placé sous le commandement du lieutenant-colonel Rudder.

Des troupes spéciales du génie

Parallèlement, des unités spéciales, que l’on ne peut en aucune façon considérer comme troupe d’élite, sont mises sur pied en vue du débarquement. Sur les plages américaines, la NCDU (Naval Combat Demolition Unit), dont les hommes sont chargés d’explosifs, est chargée de détruire les obstacles. Avec des sapeurs d’unités de génie (Engineer Combat Battalions), les hommes du NCDU forment une SPETF (Special EngineerTask Force) pour Omaha et une BODP (Beach Obstacle Demolition Party) pour Utah. Ces deux unitéscomptent chacune plus de 1 000 hommes. Le 6 juin, l’US Army compte aussi des ESB (EngineerSpecial Brigades), ou brigades spéciales du génie. De nombreuses tâches leur sont assigné au moment de l’assaut et lors de la phase de consolidation de la tête de pont. Les ESB doivent ainsi soutenir les vagues d’assaut puis établir des dépôts, établir les installations nécessaires au déchargement du matériel et des véhicules ainsi qu’à l’arrivée et à l’évacuation des troupes.

             Enfin, il convient de souligner que les régiments désignés pour mener l’assaut amphibie sur les plages normandes à l’aube du 6 juin sont sensiblement renforcés. Un régiment d’assaut prend la dénomination de Regimental Combat Team(RCT), c’est-à-dire un régiment d’infanterie, renforcé par diverses unités de soutien, notamment d’artillerie, du génie ou des blindés. Le régiment dépasse alors les 4 000 hommes, particulièrement bien équipés.

Un équipement moderne standardisé de qualité et disponible en abondance

L’abondance de matériel mis à la disposition des GI’s est impressionnante. La préparation du débarquement en Normandie met en œuvre une logistique considérable. Le matériel acheminé au Royaume-Uni depuis les Etats-Unis dans le cadre du plan Bolero va dépasser les 2 millions de tonnes par mois, un total stupéfiant. 130 000 véhicules américains sont assemblés en Angleterre. En six mois, le déploiement de l’armée américaine nécessite l’affrètement de 9 225 trains totalisant la bagatelle de 950 000 wagons.

Contrairement à ce que l’on peut croire, la qualité technique est également souvent excellente, mis à part, dans une certaine mesure, les tanks. Ces derniers, certes dotés d’un armement inférieurs à leurs homologues allemands, sont en revanche très fiables mécaniquement, ce qui est un détail d’importance, et sont conçus avant tout pour l’exploitation et la guerre de mouvement. Les véhicules de transport, devenus des icônes de la Libération dans la mémoire collective, comme la jeep ou le GMC, sont également très bien conçus et, de surcroît, les modèles et les pièces sont standardisées. Ce dernier point est essentiel car il permet de faciliter considérablement la logistique. Qui plus est, ce matériel est de qualité, tout comme l’armement individuel. Certes, la puissance de feu d’une division d’infanterie américaine est inférieure à celle d’une division d’infanterie allemande, mais la quantité de munitions dont elle peut espérer être approvisionnée ainsi que le soutien d’unités diverses sont en sa faveur.

Si le fusil Garand est une arme excellente, on peut déplorer l’absence de l’équivalent des mitrailleuses allemandes MG 34 et 42. Soulignons toutefois l’ingéniosité des concepteurs américains du bazooka, cette arme antichar portative si efficace et si peu coûteuse à produire. Les unités de la logistique, celles chargées de la maintenance des véhicules ainsi que le service de santé sont les mieux équipés de l’époque. Les formations du génie disposent des excellents ponts Baileys et Tradeways en grandes quantités donnant l’avantage aux Américains sur les Allemands pour franchir les coupures humides. L’abondance et la qualité du matériel de communication mettent également l’armée américaine un cran devant les autres armées contemporaines.

Un autre atout de l’armée américaine, lié à l’abondance de son matériel, est son extrême mobilité en raison d’une motorisation générale. Si le déroulement de la bataille permet de vastes manœuvres de formations motorisées, les Américains auront l’avantage sur une Wehrmacht sous-motorisée et hippomobile à 80%. Au final, la puissance matérielle de l’US Army est sans nul doute un des aspects décisifs qui peut permettre aux Alliés de remporter la victoire.

La doctrine et les leçons assimilées

Disposer de matériels de qualité en grandes quantités est une chose, en faire bon usage en est une autre. Une des forces de l’US Army est sa grande capacité à s’adapter aux circonstances et à ses adversaires, à apprendre de ses erreurs passées. Contrairement à ce qui prévaut dans l’armée britannique, cette armée écoute les recommandations venant d’officiers subalternes mais aussi des hommes du rang. Rommel en est conscient, dès le désastre subi par les Américains à Kasserine en février 1943.

La Méditerranée: l’école de guerre de l’US Army

Les Américains veulent frapper du fort au fort, débarquer en France, écraser la Wehrmacht et foncer vers l’Allemagne selon le chemin le plus court et terminer la guerre au plus vite. Ceci suppose une confrontation directe et coûteuse. Les divisions blindées, mobiles, sont chargées d’exploiter la percée une fois celle-ci acquise et ne constituent donc pas le fer de lance de l’armée, à l’instar des Armoured Divisions britanniques ou des Panzer-Divisionnen. La doctrine concernant la lutte antichar constitue un sérieux écueil, que l’expérience acquise en Méditerranée n’a pas permis de remettre en cause. Sur l’impulsion de McNair, les Américains développent le concept de Tank Destroyer. Les pièces antichars doivent détruire les Panzer. Selon les stratèges américains, en effet, outre un éparpillement des moyens blindés, c’est une insuffisance de moyens en canons antichars qui a mené au désastre des Alliés en 1940. Les unités de chars américaines, très mobiles, sont destinées à l’exploitation et au soutien de l’infanterie et doivent éviter la confrontation avec leurs homologues allemands. Pour vaincre la Wehrmacht, il faudra s’appuyer avant tout sur les divisions d’infanteries appuyées par des bataillons de soutien. Toutefois, de nombreux généraux américains sont plus à l’aise dans les tactiques d’infanterie que dans les manœuvres mobiles.

L’intervention des forces américaines en Méditerranée a des retombées avantageuses pour Overlord car elle permet l’acquisition d’expérience et la détection de failles dans l’organisation et la tactique de l’US Army.  L’opération Torch met en lumière la nécessité d’une préparation logistique minutieuse et conséquente pour assurer le succès d’un assaut amphibie. L’entraînement s’avère à cet égard essentiel, d’autant que, en France, l’adversaire sera autrement plus coriace. Les Américains ont appris par la manière forte. Mais ils savent désormais qu’il faut éviter les attaques frontales et que le camouflage est essentiel. Ils apprennent qu’il ne faut pas offrir des cibles fixes à l’artillerie ennemie et qu’il importe donc de bouger dès les premiers tirs. De même, bien que cela semble évident, l’expérience montre l’importance du contrôle des hauteurs. Enfin, il importe d’améliorer nécessité de la coordination interarmes et notamment avec l’aviation. En Sicile, les GI’s découvrent qu’il faut absolument maintenir le contact avec un ennemi en retraite pour empêcher celui-ci de se rétablir sur une nouvelle ligne de front cohérente. Les leçons des débarquements sont aussi mises à profit. Les DUKW sont ainsi employés pour la première fois en Sicile. Le soutien naval pour assurer le succès d’un assaut amphibie est clairement mis en lumière par les expériences de Sicile et de Salerne. En revanche, le commandement allié n’a pas retenu une des plus importantes leçons logistiques acquise par la 9th US ID. Le mouvement de cette dernière par mer s’est bien passé parce que l’intégrité de la division est maintenue et les véhicules transportent tout leur équipement de combat. Pour le D-Day, ce sont les logisticiens qui planifient l’utilisation de l’espace des navires où ils cherchent à maximiser la place disponible au détriment de la cohésion. Par contre, l’expérience pousse à employer des unités de génie dans l’assaut initial pour dégager les obstacles de plages mais aussi pour établir rapidement les infrastructures garantissant l’arrivée du ravitaillement. Il est aussi apparu nécessaire d’employer les parachutistes en masse avec des unités de transports entraînées afin d’éviter des largages dispersés. Pour se prémunir des mécomptes de Sicile où la DCA de la flotte a ouvert le feu sur les escadres de transports alliés, les appareils sont dotées de bandes noires et blanches facilement identifiables. Qui plus est, l’escorte directe de chasse au-dessus de la flotte sera assurée par les P38 Lightning, dont le double empennage ne laisse place à aucune confusion malencontreuse. Enfin, les victoires obtenues en Méditerranée ont un effet certain sur le moral puisque les Allemands ne sont pas perçus comme invincibles. En revanche, le SHAEF commet l’erreur de négliger les leçons des assauts amphibies dans le Pacifique. Certes, les conditions sont très différentes, si on compare une Wehrmacht pouvant recevoir des renforts conséquents à une garnison japonaise définitivement isolée sur une île. Ike, Bradley et leurs QG refusent de tenir compte des conseils de Corlett, le chef du 19th US Corps, vétéran de la lutte contre le Japon et envoyé à cet effet en Angleterre par Marshall.

Dernière marque de la flexibilité de l’US Army dans sa doctrine: la subdivision des divisions blindées en groupements tactiques, les Combat Commands, mais aussi sa faculté de rattacher des unités indépendantes au gré des circonstances. Potentiellement, l’US Army paraît donc, à la veille du Jour J, comme particulièrement souple sur le plan tactique.

US Navy et USAAF : deux atouts essentiels

            En dépit de l’engagement de la majeure partie de ses forces dans le Pacifique et de son implication dans les opérations en Méditerranée, l’US Navy apporte une contribution non négligeable au plan Overlord avec 52 889 marins, près de 200 navires de guerre et environ 2 000 engins de débarquement sur le total impressionnant de 4 000 barges impliquées dans l’opération.

L’USAAF apporte également une contribution non négligeable à l’invasion projetée de l’Europe. 6 080 avions et planeurs américains participent à l’opération Overlord. L’avance technologique acquise contribue largement à accroître l’efficacité de l’arme aérienne alliée. On compte en effet alors bien peu d’avions à réaction allemands tel le Messerschmitt 262, le matériel mis à disposition de l’USAAF étant par ailleurs de qualité. L’aviation se prépare à appuyer les forces terrestres tactiquement dès le Jour J, mais aussi pour les combats visant à l’extension de la tête de pont. Face à la suprématie aérienne alliée, la Luftwaffe s’avère incapable de contrecarrer les préparatifs de débarquement ou de fournir des renseignements adéquats concernant les intentions et le dispositif des Alliés. De surcroît, le succès de l’Oil Plan de Spaatz et Harris commence à porter réellement ses fruits à partir de juin 1944 : ce dernier mois, en effet, la production d’essence s’effondre pour tomber à 52 millions de tonnes contre 156 le mois précédent. A terme, la Luftwaffe risque par conséquent purement et simplement de rester clouée au sol alors même que la production aéronautique allemande bat des records en cette année 1944 : pas moins de 40 000 appareils sortent ainsi des chaînes de montage. La situation apparaît nettement délicate en ce qui concerne le personnel. Faute d’un entraînement adéquat, la qualité des équipages cède en effet le pas aux personnels navigants alliés. L’impact de la suprématie aérienne alliée pourra être ressenti plus directement sur le terrain dans la campagne à venir. La coordination sol-air a fait d’immenses progrès et l’USAAF adopte le principe du bombardement en tapis, le carpet bombing, le premier étant survenu à Monte Cassino au début de l’année 1944. Toutefois, la capacité à repérer les cibles au sol et à communiquer efficacement avec les troupes au sol restent potentiellement des écueils qui pourront s’avérer préjudiciables.

Le système de remplacement des pertes

            Le système américain implique l’arrivée continuelle de remplaçants au sein des unités, ce qui permet de maintenir des effectifs corrects, mais il est en revanche évident que la proportion de soldats expérimentés ne cesse de décroître. En outre, ce système d’arrivée des remplaçants directement sur le front suppose une absence de relève des divisions américaines engagées. Par conséquent, devant l’absence de mise au repos, l’armée américaine prend le risque de multiplier les psychoses de guerre. Il convient aussi que les estimations des pertes dans la campagne future ne soient pas erronées. S’il y a plus de pertes qu’escomptées au sein de l’infanterie, où trouver les remplaçants ? Notons également que la ségrégation raciale à l’égard des Noirs alors en vigueur au sein de l’US Army empêche le recrutement de soldats de couleur pour combler les pertes. Les Afro-Américains sont certes mobilisés, mais dans des unités distinctes, et principalement dans des unités affectées à la logistique.

Les forces blindées américaines

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La division blindée de type « lourd » dispose de 14 620 hommes, 232 chars moyens Sherman, 158 chars légers Stuart, 3 630 véhicules, 54 canons automoteurs. A la suite de l’expérience acquise en Méditerranée, les nouvelles unités formées sont plus petites mais mieux équilibrées en termes de rapport blindés/fantassins. Leurs effectifs se montent à 10 937 hommes, 3 bataillons d’infanterie, 168 chars Sherman, 86 chars Stuart, 2 653 véhicules, 54 canons automoteurs. Les divisions blindées américaines s’articulent autour de groupements tactiques interarmes dénommés Combat Commands. Ceux-ci sont généralement au nombre de trois, les Combat Commands A et B, qui opèrent face à l’ennemi, et le Combat Command R, déployé si nécessaire, tenu en réserve. Bien que souple, ce système de groupe de combat américain reste très planifié et ne se compare pas à une organisation ad hoc gardant son efficacité dont les Allemands ont le secret. Les Armored Divisions restent moins flexibles et manquent d’infanterie comparées aux Panzer-Divisionen. Elles manquent en outre de puissance offensive, mais leur rôle est avant tout l’exploitation.

Sans compter les réserves, les divisions blindées et les bataillons indépendants qui vont être engagés en Normandie alignent plus de 3 200 tanks et Tanks Destroyers.

L’artillerie américaine

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L’US Army dispose d’une artillerie de premier ordre en mai 1944. L’artillerie américaine possède en fait le système de contrôle le plus avancé du monde et sa mobilité lui permet d’emboîter rapidement le pas des formations motorisées. Sa capacité à concentrer ses tirs –le TOT (Time on Target)– et les observateurs, terrestres ou survolant le champ de bataille à bord de Piper Cub, font d’elle une pièce maîtresse de l’armée américaine. L’artillerie peut donc procéder à des concentrations de feux ou à des barrages roulants. Le matériel est de qualité et consiste essentiellement en des obusiers de 75 mm, des canons de 105 mm et de 155 mm (le « Long Tom »), mais il existe aussi des pièces plus lourdes de 240 mm. Des pièces de 4,5 et de 8 pouces sont également dans l’arsenal américain. L’artillerie antichar est en revanche moins bien dotée puisqu’elle aligne des pièces de 57 mm et de 76 mm, efficaces à courtes distances, mais dont la puissance de pénétration est insuffisante contre certains Panzer. La DCA est puissante et nombreuse et peut sembler inutile devant la toute puissance de l’aviation alliée. Comme son homologue allemande, elle est cependant en mesure prendre à partie avec une redoutable efficacité des objectifs terrestres.

Innovations pour le D-Day

L’armée américaine met au point ou adopte des Britanniques un matériel spécifique pour le D-Day. C’est le cas notamment des célèbres chars Sherman amphibies Duplex Drive, pourvus d’une jupe et d’un système de propulsion adapté. Un système d’étanchéisation des véhicules est également mis au point. L’US Navy adopte ou améliore pour sa part un large éventail de barges de débarquement adaptées aux différentes tâches. Les innovations sont de tous ordres. Les troupes d’assaut sur les plages perçoivent un masque à gaz porté dans un étui en caoutchouc étanche mis au point pour le débarquement ainsi qu’un brassard de détection antigaz, les vêtements étant par ailleurs imprégnés d’une matière contre les gaz. Un gilet d’assaut pourvu de poches nombreuses permettant d’emporter un surcroît de matériel est également conçu puis distribué en partie aux troupes destinées à mener l’assaut. On connaît aussi la distribution de jouets d’enfants, les fameux criquets, au sein de certaines unités de parachutistes.

Le confort du GI

L’armée américaine qui va partir en campagne en Normandie est alors l’armée qui offre le plus de confort à ses soldats. Outre la multiplication d’un petit équipement individuel qui rend la vie des plus pratiques, l’uniforme est seyant et confortable, la tenue de sortie élégante et la paye du simple soldat nettement supérieure à celle des autres combattants alliés. Uniformes et équipements, produits en masse, sont disponibles en quantité et régulièrement changés si besoin. En outre, les camps offrent la possibilité au GI’s d’acheter divers impedimenta qui agrémentent le quotidien grâce à des magasins spécifiques, les PX. Pour avoir moins le mal du pays, on assure à l’ensemble des conscrits américains la fourniture de doughnuts et de Coca-Cola. Cinéma et spectacles divers sont également mis à contribution pour asseoir le moral de l’armée. Les GI’s savent aussi qu’ils peuvent compter sur un service de santé efficace et bien organisé, qui contribuera sauver bien des vies.

Le bocage normand : une donnée oubliée ?

Les planificateurs n’accordent qu’un intérêt secondaire aux particularités du bocage normand. L’entraînement en Angleterre se focalise sur le D-Day. La réalité de la topographie et de la végétation normandes ne sont bien évidemment pas ignorées. Mais on peut se demander si l’impact réel sur les opérations futures est clairement perçu au plus haut niveau. Une surestimation de ses capacités ainsi que son corolaire, une sous-estimation de l’adversaire, peuvent causer des déconvenues. Il reste que l’US Army, qui doit réaliser une percée dans le sud du Cotentin et foncer vers la Bretagne pour s’emparer de ses ports, devra au préalable traverser un terrain peu favorable à la manœuvre et à la guerre mobile pourtant prônées au sein des formations blindées.

Divisions américaines engagées en Normandie

  • 21 divisions de l’US Army participent à la bataille de Normandie :
  • – 2 divisions aéroportées : 82nd et 101st US Airborne Divisions
  • – 6 divisions blindées : 2nd, 3rd, 4th, 5th, 6th et 7th US Armored Divisions
  • – 14 divisions d’infanterie : 1st, 4th, 5th, 8th, 9th, 28th, 29th, 30th, 35th, 79th, 80th, 83th et

  90th US Infantry Divisions

Motivation

            On peut sérieusement se poser la question de la motivation des GI’s qui partent au combat à la veille du D-Day. Les considérations patriotiques sont bien lointaines. De même, bien que démocrates et farouchement attachés à l’idée de liberté, les Américains, pour la plupart non volontaires, sont loin d’être prêts à mourir pour cet idéal. Les officiers supérieurs déplorent d’ailleurs le peu de succès de la propagande mettant en avant la défense des droits de l’homme et la libération de l’Europe. Ce qui compte avant tout c’est de rester en vie et de rentrer au plus vite chez soi. Le meilleur moyen est d’accepter le combat et de vaincre l’ennemi en France, chemin le plus direct qui mène à l’Allemagne où se terminera la guerre.

Conclusion :

Certes, les Allemands ont l’avantage de la défense, ce qui relativise la supériorité numérique en faveur des GI’s. Mais l’US Army s’est sérieusement préparée à la bataille décisive qui s’annonce. Elle est également particulièrement efficace dans le domaine du renseignement, une donnée essentielle en temps de guerre. L’opération de déception  Fortitude tient ici une importance cruciale dans le succès de l’opération et l’acquisition par les Alliés d’un rapport de force favorable. Elle est aussi capable de faire preuve d’une grande endurance et, donc, de supporter les contraintes d’une longue campagne. Au final, si l’US Army n’est pas encore une machine de guerre parfaite, elle reste toutefois nettement supérieure à l’armée américaine engagée en Tunisie en 1942-1943. A priori, elle possède les ressources et les qualités pour mener à bien la rude tâche qui lui incombe.


Panzergrenadiere! Organisation et matériel

Panzergrenadiere

Organisation-Equipement

(photos: Bundesarchiv)

L’organisation: les formations d’infanterie motorisées de la Wehrmacht

Un Sdkfz 251et ses Panzergrenadiere: l’image d’Epinal des troupes motorisées de la Wehrmacht

            Au milieu des années 30, les premières divisions de Panzer sont dotées d’une Schützen-Brigade composée d’un régiment de Schützen (à 2 bataillons) et d’un bataillon de motocyclistes (Kradschützen-Bataillon), soit 3 bataillons de fantassins motorisés. Le ratio est alors de 4 bataillons de chars pour 3 de fantassins. Les bataillons de Schützen ne contiennent pas que des fantassins mais englobent une compagnie lourde avec des pionniers, des antichars et de l’artillerie légère. De la même manière, le bataillon motocycliste aligne une compagnie de mitrailleuses lourdes de même qu’une compagnie lourde. Les manoeuvres montrent cependant la nécessité de disposer de plus de fantassins. Un 2e régiment de Schützen est donc ajouté dans l’organisation d’un Panzer-Division. L’organigramme des nouvelles Panzer-Divisionen levées avant la campagne de Pologne compte de la même façon 2 régiments de Schützen à 2 bataillons. Dans le même temps, le nombre théorique de Panzer diminue de 1935 à 1939 de 561 à 308/316, permettant ainsi un rééquilibrage entre les deux armes. On compte 2 bataillons de chars pour 5 bataillons de fantassins et de motocyclistes. Le ratio Panzer/Schützen diminue à nouveau après la campagne de 1940 puisque, à la veille de Barbarossa, la Panzer-Division type 41 compte 150-200 chars en 2 bataillons pour 5 bataillons d’infanterie (en comptant les motocyclistes).

De 1942 à 1944, la division de Panzer compte toujours 2 régiments de Panzergrenadiere (les Schützen deviennent Panzergrenadiere le 5 juillet 1942), soit 4 bataillons d’infanterie, mais le bataillon de motocyclistes a disparu. La division de Panzer type 45 entérine l’évolution en faveur de la diminution du ratio Panzer/Panzergrenadiere puisque cette ultime mouture de la division blindée allemande suppose l’existence d’un régiment mixte d’un bataillon de Panzer et d’un de Panzergrenadiere et d’un régiment de Panzergrenadiere à 2 bataillons, soit 3 bataillons d’infanterie motorisée pour 1 seul de Panzer (qui n’aligne plus qu’environ 50 blindés, soit 11 fois moins que la Panzer-Division de 1935). Evolution logique et parallèle, les divisions motorisées disparaissent alors toute et deviennent toutes des divisions blindées.

            Les divisions motorisées n’ont à l’origine aucun Panzer dans leur ordre de bataille. En revanche, elles sont dotées de 3 régiments disposant chacun de 3 bataillons d’infanterie portée, sans compter les armes de soutien. Sans même tenir compte des motocyclistes de reconnaissance, une division motorisée peut donc aligner 9 bataillons d’infanterie contre 4 bataillons dans une division de Panzer. En 1939, une division motorisée aligne en théorie 16 500 hommes, 2 600 camions et 1 900 motocyclettes et side-cars.  Toutefois, après la campagne de Pologne, les ID (mot.) cèdent tous un régiment d’infanterie et ne comptent donc plus que 6 bataillons de fantassins. Les régiments ou bataillons libérées sont intégrés dans des Panzer-Divisionen ainsi qu’au Grossdeutschland-Regiment.

Le Sturmgeschütz: le char des divisions motorisées puis de Panzergrenadiere

A l’été 1942, la puissance de ces divisions est accrue par l’appoint non négligeable d’un bataillon de blindés, le plus souvent des Sturmgeschütze. En octobre de la même année, les Schützen-Regimenter deviennent des Grenadiere-Regimenter puis, à partir de mars 1943, des Panzergrenadiere-Regimenter. Les divisions motorisées changent elles-mêmes des Panzergrenadiere-Divisionen le 23 juin 1943, à la veille de la bataille de Koursk, à l’exception notable des 14. et 36. (mot.) Divisionen. Comme sa cadette la division motorisée, la Panzergrenadier-Division -15 000 hommes en 1943- aligne 2 régiments de fantassins. Le bataillon de Sturmgeschütze est toujours présent. Notons le cas atypique de la Panzer-Grenadier-Division « Großdeutschland », la division d’élite de la Wehrmacht, en fait une véritable division de Panzer, qui ira jusqu’à compter 4 bataillons de Panzer rattachés en sus de son bataillon de Sturmgeschütze.  En 1943, les divisions de Panzergrenadiere de la Waffen SS- Leibstandarte, Das Reich, Totenkopf et Wiking- sont également similaires à des divisions de Panzer, de même que la Panzer-Grenadier-Division « Felherrnhalle », issue de la 60. Panzer-Grenadier-Division en juin 1943, à l’origine dotée de 4 compagnies de fantassins par bataillons de Panzergrenadiere (au lieu de 3) et de 4 compagnies de Panzer (au lieu de 3 également).

Un Panther de la Panzerbrigade 111

            Dernier avatar de la notion de combinat Panzer-Panzergrenadiere, le 10 juillet 1944 sont créées 10 Panzer-Brigaden. Hitler, devant l’urgence de la situation qui tourne à la catastrophe sur tous les fronts, accélère la montée en ligne de ces formations basées sur le modèle du Kampfgruppe qui a fait ses preuves. En théorie, dépourvue d’artillerie mais dotée d’armes de soutien, chaque Panzer-Brigade compte un bataillon de chars à 3 compagnies et un bataillon de Panzergrenadiere à 4 compagnies.

Schützenpanzerwagen (SPW): un blindé pour l’infanterie motorisée

Un engin taillé pour la Blitzkrieg

            Lorsque la guerre éclate, l’industrie de guerre allemande n’est pas en mesure de fournir aux divisions blindées et motorisées allemandes un nombre suffisant d’engins dotés de capacité de déplacement tout terrain. Les fantassins des divisions mobiles montent donc  au front avant tout à bord de camions et en motocyclettes. Si celles-ci sont plus faciles à dissimuler tout en permettant une flexibilité de déploiement et si l’Allemagne est une grande productrice de motos, elles ne peuvent emporter que peu de combattants (entre 1 et 3) et n’ont aucune capacité de fret pour toutes sortes d’équipements ou l’emport de munitions complémentaires. En outre, elles vont vite s’avérer inadaptées à certaines conditions climatiques, notamment le désert avec la poussière qui s’insinue dans la mécanique ainsi que le terrain trop sableux qui empêche tout mouvement rapide. Dans les deux cas –camions et motos-, les soldats restent à la merci des intempéries et l’absence de blindage rend bien périlleuse toute progression de concert avec les Panzer. Les Schützen motorisés allemands restent pourtant logés à meilleure enseigne que leurs homologues des divisions cuirassées françaises, puisque certaines unités de dragons portés qui n’ont pas eu la chance de percevoir d’excellents Laffly sont contraintes de monter en ligne à bord d’autobus ! Ne parlons même pas des fantassins soviétiques qui, le plus souvent, en seront réduit à se cramponner sur la vaste plage arrière des T 34, où ils ne bénéficient d’absolument aucune protection.

Le SPW: un engin blindé qui permet le transport de l’infanterie d’accompagnement sur le champ de bataille.

            Pour qu’un véhicule d’accompagnement d’infanterie d’une formation blindée soit efficace, cela suppose que l’engin soit à la fois blindé et susceptible d’évoluer sans difficulté en dehors des voies de communications, y compris dans la boue et en terrain meuble. La solution est donc d’adopter des véhicules chenillés ou semi-chenillés. Ce sera la seconde solution: le half-track, plus faciles et moins coûteux à produire que des engins entièrement chenillés. La première introduction du semi-chenlillé dans l’Histoire est due à Adolphe Kégresse, un ingénieur français qui réalise cette première sur les véhicules du tsar Nicolas II.

La Wehrmacht dispose de tout un panel de semi-chenillés

            L’existence de tracteurs d’artillerie semi-chenillés va faciliter la mise au point de half-tracks pour l’infanterie. Le tracteur d’une tonne (Sdkfz 10 Demag) servira de base au développement de la série des Sdkfz 250 tandis que le tracteur de 3 tonnes donnera les Sdkfz 251 (le châssis Hansa-Lloyd K1 6 sera la base du nouveau semi-chenillé). Les Sdkfz 250 et 251 (qui embarquent respectivement au mximum respectivement 6 et 12 hommes) sont blindés comme l’exigeait le cahier des charges à l’origine de leur mais la paroi reste d’une épaisseur somme toute limitée. Elle permet néanmoins de fournir une protection suffisante contre les tirs d’armes légères et les schrapnels. L’absence de toit est une limitation de taille pour un emploi tactique en terrain  bocager, forestier ou urbain. En revanche, l’utilité d’une telle configuration réside dans la possibilité de voir la dizaine de fantassins abrités dans un Sdkfz 251 voltiger de part et d’autre de l’engin et depuis les ventaux situés à l’arrière du véhicule en l’espace de quelques secondes.

Le petit Sdkfz 250

            Le Sdkfz 250 pèse 5,3 tonnes, est protégé par un blindage oscillant entre 8 et 14,5 mm et peut atteindre l’honorable vitesse de 60 kilomètres/heure.  L’engin entre en production à temps pour participer à la campagne à l’Ouest de 1940. Le Sdkfz 250 semble être en fait une réduction de son aîné le Sdkfz 251, mis en service en 1939. Ce dernier s’avère plus intéressant sur le plan tactique en raison de sa capacité d’emport d’un groupe de combat dans son intégralité. L’engin est mis au point dès le milieu des années 1930. Pesant 8,5 tonnes pour une épaisseur de blindage équivalente au Sdkfz 250, le Sdkfz 251 répond davantage aux attentes. Ce poids reste raisonnable et correspond aux impératifs découlant de l’emploi tactique de l’engin: trop lourd, il ne serait pas en mesure d’évoluer facilement sur tous les types de terrain. Pour faciliter la production, le design des deux semi-chenillés ne cesse d’être simplifié, notamment en ce qui concerne les compartiments à rangement latérales et les garde-boue. Au total, l’industrie allemande fournit environ 16 300 Sdkfz 251 et 6 500 Sdkfz 250 à la Wehrmacht et à la Waffen SS.

Plusieurs modèles de SPW de commandement dotés d’antennes radios spéciales sont mis au point.

            Avec l’expérience, la mise au point de nouvelles versions de SPW s’avère essentielle au haut-commandement allemand. On dénombre au total 14 variantes de Sdkfz 250 et 22 pour le Sdkfz 251. Des leçons sont tirées des premiers engagements et l’entraînement insiste plus particulièrement sur la coopération interarmes.

Le « Stuka zu FuB » avec ses roquettes…

Des modifications sont apportées aux SPW pour emporter un mortier, voire une pièce antichar de 37 mm (sdkfz 250/10 et 251/10). Les Panzergrenadiere insistent en effet pour bénéficier de davantage de puissance de feu. Le Pak 36 de 37 mm reste pourtant bien inefficace, même avec l’obus à au tungstène Panzergrenate 40. A l’automne 1941, la Stielgrenate 41 lui redonne une nouvelle jeunesse (181 mm  de blindage pouvant être percé à 300 mètres!). Le Sdkfz 250/11 doté du canon schewere Panzerbusche de 2,8 cm est le bienvenu en 1942 mais ne tarde pas à montrer ses limites, surtout à l’Est. Mieux armé, le Sdkfz 251/9 « Stummel », avec théoriquement 6 engins par régiment de Panzergrenadiere, est équipé du 7,5 cm L/24 court qui arme les premières versions de Panzer IV. Il faudra attendre le début de l’année 1945 pour produire quelques SPW -en l’occurence le Sdkfz 251/22- avec l’excellent Pak40 de 7,5 cm.

La version poseur de pont léger du génie…

            Dans les faits, l’industrie de guerre allemande ne sera jamais en mesure de répondre à la demande exigée par la multiplication des formations blindées et motorisées, et ce d’autant plus que le Reich persiste à ne pas mobiliser entièrement son économie pour la guerre pendant les premières années du conflit. Pendant toute la durée du conflit, nombre de Panzergrenadiere partiront au combat à bord de camions. En Pologne, une seule compagnie appartenant à la 1. Panzer-Division  participe à la campagne juchée sur ses SPW. La Wehrmacht n’aligne en effet que 69 Sdkfz 251 en date du 1er septembre 1939. Ce n’est qu’avec l’invasion de l’Union Soviétique en 1941 que des bataillons entiers peuvent être montés sur Sdkfz 251. Un bataillon doté de Sdkfz 251 est souvent idéentifié par le suffixe (gep) -pour gepanzerte- afin de le distinguer des autres, encore montés sur camions.

En 1942, le terme Panzergrenadier devient officiel!

En 1942, les Schützen deviennent des Panzergrenadiere, un terme à mettre en rapport avec l’entrée en lice d’un nombre toujours plus grand de SPW. Ceci étant, au moment du Fall Blau, au cours de l’été 1942, certaines Panzer-Divisionen n’ont au mieux qu’une compagnie de Panzergrenadiere équipée de Sdkfz 251, voire aucune, tous les hommes étant montés à bord de camions. La Wehrmacht fait flèche de tout bois. Ainsi, en 1944, la nouvelle 21. Panzer-Division, dont le parc de véhicules fait la part belle aux engins créés à partir de châssis français, aligne des Leichter SPW (2.Ausf) auf UNIC P-107 U-304 (f) pour remplacer les Sdkfz 251 manquants.

L’industrie n’est pas en mesure de fournir des SPW en quantités suffisantes pendant les années de Blitzkrieg

En 1944, alors que l’industrie de guerre du Reich bat son plein (7780 Sdkfz 251 sortent des chaînes de montage cette année-là), la situation s’est considérablement améliorée en la matière. Toutefois, les tables d’organisation ne prévoient de pourvoir en SPW que 2 des 4 bataillons de Panzergrenadiere d’un Panzer-Division. La dotation globale maximale de Sdkfz 251 de toute la guerre semble atteinte au 1er décembre 1944 : 6155 sont en unité. Sachant que l’on compte une cinquantaine de divisions blindées et motorisées et de Panzer-Brigaden, cela ne laisse qu’une moyenne de 150-200 Sdkfz 251 pour les formations d’élite et à peine 60-80 engins pour la majorité des unités.

            Les autres belligérants adoptent eux-aussi, pour une part, des engins blindés pour leur infanterie d’accompagnement. Les Britanniques, entièrement motorisés, généralisent la série des Bren Carriers, qui traversent toute la durée du conflit mais qui ne peuvent emporter que quelques hommes. Comme les Américains, le principal engin de transport de l’infanterie mécanisée en 1944 est l’half-track M3, ce dernier étant en quelque sort le pendant du Sdkfz 251 mais présentant une moindre polyvalence d’emploi. Contrairement aux Allemands, les Britanniques et les Canadiens disposent d’engins suffisamment blindés et entièrement chenillés avec les Kangouroo, en fait des automoteurs M8 Priest auxquels on a ôté la pièce d’artillerie ou encore des chars Ram de facture canadienne dont on a déposé la tourelle. Mis en service la première fois au cours de l’opération Totalize lancée en direction de Falaise en août 1944, ce sont de véritables blindés tous terrains capables d’emporter un groupe de combat dans son entier et de suivre les chars. De ce point de vue, ils restent supérieurs aux Sdkfz 251. L’armée allemande ne s’y trompe: estimant la nécessité de disposer d’un transport de troupe entièrement blindé, elle envisageait l’avenir du Panzergrenadiere avec une nouvel engin basé sur la Pz.Kpfw. 38 (t).

Le Sdkfz 251: un blindé mythique sans réel équivalent

Panzergrenadiere! Doctrine

Panzergrenadiere

Organisation, doctrine, tactiques

La genèse des forces mécanisées

            Le développement des formations blindées et motorisées au sein de la Reichswehr a été par les contraintes du traité de Versailles, interdisant à l’Allemagne la mise au point et l’emploi d’engins blindés. En dépit des restrictions imposées par les vainqueurs de la Grande Guerre, l’étude de la guerre mobile suit son chemin en Allemagne et des grandes manoeuvres sont organisées -avec des blindés factices- tout en esquissant un rapprochement avec l’autre paria de l’Europe, l’URSS, qui accueille sur son sol une école de blindés pour la Reichswehr, à Kazan. Guderian, alors jeune officier de l’Inspection des Forces Motorisées, suggère dès 1924 de transformer ses unités de la logistique en formations de combat. Contrairement à ses homologues occidentaux et soviétiques (Toukhachevsky disparaît dans les purges des années 30), il obtient le soutien de ses supérieurs et de son gouvernement, Hitler étant immédiatement séduit par ses conceptions de la guerre motorisée.

Guderian, l’un des pères de la guerre mécanisée

            Quelles sont donc ces théories de Guderian (et d’autres comme son mentor Lutz) ? En 1937, fort de son expérience, celui-ci est en mesure d’exposer sa vision de la guerre moderne dans un ouvrage désormais célèbre, Achtung, Panzer!.  Il se démarque des autres théoriciens de l’arme blindée (Fuller -qui préconise aussi la motorisation de l’infanterie-, Liddell Hart, Hobart, Etienne, …) par l’abandon de l’idée que le rôle d’un char doive se limiter à celui d’un soutien de l’infanterie mais il refuse également le principe que la percée et l’exploitation obtenue par une concentration de blindés sur un point donné du front soit acquise par la seule intervention des chars. Pour l’officier allemand, le char n’est plus le soutien des fantassins mais ce sont l’ensemble des unités de la division qui sont en soutien des chars. Les Allemands comprennent pertinemment que les chars ne peuvent espérer l’emporter à eux-seuls, et encore moins s’assurer du terrain conquis.

Le tandem Panzer-Panzergrenadiere

            Guderian entend que la division blindée soit en quelque sorte une armée en miniature combinant diverses armes -blindés, infanterie, artillerie, génie, antichars…- , étant entendu que la coopération interarmes sera indispensable pour obtenir la percée puis le succès de l’exploitation attendue. Dans son esprit, l’infanterie motorisée tient ici un rôle primordial. Le théoricien allemand a en effet saisi l’importance décisive -et indispensable- de la coopération entre les Panzer et l’infanterie. Ilsouligne d’emblée que l’infanterie motorisée sera absolument nécessaire pour réduire toutes les poches de résistance que les Panzer ne seront pas en mesure d’annihiler.  De ce fait, elle combattra donc comme n’importe qu’elle autre unité d’infanterie. Elle sera en outre en mesure d’exploiter immédiatement toute percée en avançant sans délai. Ceci suppose que cette infanterie soit motorisée. Guderian entend que cette étroite coopération crée un esprit de camaraderie entre les équipages de Panzer et les fantassins motorisés. Bien plus, il part également du principe que, dans de nombreux cas (coupure humide, réseau de fortifications), l’attaque sera menée par les fantassins et non par les Panzer. Ceux-ci sont en outre menacés par les fantassins adverses dotés d’armes antichars (ne serait-ce que des mines ou des fusils-antichars), bien que s’attaquer à un blindé soit très hasardeux… Outre la coopération interarmes, la rapidité est le maître-mot. Il faut donc des communications fiables,  rapides et diverses (radios, balles traçantes, fusées pyrotechniques, fanions…). Dans les faits, les unités d’infanterie motorisées auront aussi à combattre seules, sans le soutien des Panzer et, parfois, mener des attaques sans lien avec un quelconque appui direct fourni aux blindés (songeons ainsi aux Schützen du régiment Grossdeutchland embarqués dans des avions Fieseler Storch pour s’emparer de ponts pour faciliter l’avance des 1. et 2. Panzer-Divisionen dans les Ardennes belges dans le cadre de l’opération NiWi).

La tactique  à l’épreuve du feu : les fantassins motorisés allemands en guerre

Les Panzergrenadiere combattent avant tout à pied

            Les principes de base esquissés par Guderian n’ont jamais été abandonnés pendant le conflit mais les circonstances et les spécificités de chaque théâtre des opérations ont eu un impact sur l’engagement des Panzergrenadiere et sur leurs tactiques. Comme au sein de toute formation d’infanterie de la Heer, la cellule de base de l’organisation des Panzergrenadiere est le groupe de combat, soit 12 hommes au maximum avec  deux mitrailleuses. Ce groupe, dirigé le plus souvent par un sergent, correspond à l’équipage d’un SPW ou d’un camion. Le sergent, assis à l’avant de l’engin, manie la mitrailleuse frontale, son second étant posté à l’arrière de l’engin, dont il ferme les portes lors de l’embarquement. Le plus souvent, une fois arrivée à destination, les soldats sautent des côtés de l’engin évoluant à vitesse ralentie ou bien s’extraient du véhicule en empruntant la porte arrière. En formation d’attaque, déployée en terrain libre, les SPW sont espacés d’environ 50 mètres, le plus souvent en configuration de flèche, en échiquier, ou encore selon une ligne brisée. Bien entendu, la belle ordonnance peut facilement être perturbée par les tirs ennemis. Mais les conducteurs sont entraînés à garder la formation sous les tirs mais, le plus souvent, les antichars et l’artillerie les forcent à chercher un couvert. Ils peuvent aussi tenter un manoeuvre d’évitement en alternant phases de tir et de mouvement. Cette procédure reste toutefois téméraire car le SPW n’est pas en mesure d’encaisser un coup au but de l’artillerie adverse et il importe donc de ne pas prolonger l’arrêt de  plus de 15-25 secondes, le temps de délivrer une rafale de mitrailleuse.

Le SPW: l’engin de combat indispensable des Panzergrenadiere

         Les tactiques sont également éprouvées au niveau divisionnaire. Pendant la campagne menée à l’Est, particulièrement au cours de l’été 1942, les fantassins motorisés s’intègrent dans le Panzer und lastkraftwagen, plus connu sous le diminutif Pulk, à savoir un immense déploiement de Panzer en forme de coin, voire de rectangle, au milieu duquel évolue les Panzergrenadiere montés sur leurs engins. Quand le coin perce le front adverse, les Panzergrenadiere sont en mesure de frapper les îlots de résistance ennemis de flanc et par l’arrière. Dans le désert, au printemps 1942, la formation de marche d’une division de Panzer -la Flaschenmarsch- repose sur l’étroite coopération entre les armes. Le commandement doit garder le contrôle de toutes ses formations afin d’assurer leur emploi optimal. Les flancs et l’avant-garde sont constitués par les unités de reconnaissances, dotés de blindés légers, d’automitrailleuses et de motocyclettes mais aussi de Flak. En second échelon, les Panzer et les Pak sont prêts à intervenir, avec le soutien de l’artillerie et, en retrait, les Panzergrenadiere. L’arrière-garde consiste en d’autre Panzergrenadiere et des unités de Flak. Les unités ainsi organisées se déploient sur un large front et sont aptes à réagir à tout danger qui se présenterait de quelque direction que ce soit.

L’infanterie motorisée dans la « Blitzkrieg » 1939-42

            La campagne de Pologne prouve le bien-fondé du concept d’infanterie mécanisée ainsi que ce qui sera ensuite baptisé la « Blitzkrieg ». Les Schützen motorisés ont bien appuyés les Panzer, s’emparant de positions bloquant toute progression, accompagnant les chars et nettoyant les poches de résistance, encore que la réduction de celles-ci soient le plus souvent dévolue aux unités d’infanterie classique. Le soutien opéré par les SPW avec leurs armes de bord s’est avéré essentiel. Pourtant, à l’origine, les Sdkfz 250 et 251 ne sont pas conçus comme devant être des plateformes de tir pour une infanterie portée. Le retour sur expérience pousse en outre à doubler le nombre de mitrailleuses au sein de chaque compagnie de Schützen et de doter les Schützen-Brigade de canons automoteurs dotés de pièces de 15 cm. Les Leichte-Divisionen sont converties en Panzer-Divisionen, ces dernières ayant donc plus de fantassins que les autres divisions blindées.

C’est l’infanterie motorisée qui est en pointe de la percée de 1940, pas les Panzer

            La Westfeldzug renforce le bien-fondé des conceptions de Guderian. Sans l’appui de formations d’infanterie motorisées et mécanisées, les Panzer n’auraient jamais été en mesure d’obtenir les succès qui ont permis à la Wehrmacht de remporter une éclatante victoire. A Sedan comme à Dinant, c’est le passage en force des Schützen et des Kradschützen, souvent à bord de simples canots pneumatiques, qui a permis le succès. Cet exploit n’a certes pas été remporté sans le soutien des Panzer et de l’artillerie ouvrant le feu depuis la berge Est de la Meuse. L’intervention massive de la Luftwaffe face à un adversaire dépassé par la rapidité d’action des Allemands sera également une des clés du succès. La percée obtenue, le rôle des fantassins motorisés  s’est avéré indispensable pour maintenir un rythme de progression soutenu ainsi que pour assurer la sécurité des flancs. Ce sont les Schützen des divisions blindées et motorisées qui assure la surveillance du front sur la Somme avant la relève des divisions d’infanterie. Pourtant, les fantassins des divisions mobiles doivent combattre à terre, démontés, et ont des difficultés à suivre l’avance des chars. Ils doivent aussi parfois combattre un ennemi qui a eu le temps de refermer un tant soit peu la brèche ouverte par les Panzer. Si ces derniers attendent les fantassins, ils perdent l’avantage de la vitesse. Ceci étant, le succès éclatant obtenu contre l’armée française, pourtant redoutée et bien dotée en chars, montre la supériorité des conceptions allemandes dans de multiples domaines, notamment en matière d’infanterie motorisée.

            Tout ne semble pas parfait pour autant. Le haut-commandement de la Wehrmacht conclut des pertes élevées essuyées par les unités de Schützen motorisées que la mécanisation (c’est à dire le fait d’être dotés de SPW) doit être améliorée, voire généralisée si possible. Par ailleurs, en dépit d’un entraînement orienté vers la coopération interarmes, le tandem Panzer-fantassins portés n’a pas si bien fonctionné qu’espéré. L’entraînement, l’équipement et l’organisation des unités d’infanterie motorisées sera donc désormais du ressort de la Panzerwaffe  en lieu et place d’une dispersion des compétences entre les écoles de Döberitz (infanterie), Krampnitz (cavalerie) et Wünsdorf (Panzer).

Les Sdkfz 250 et 251: trop peu nombreux…

            Dans l’idéal, la nécessité de disposer de suffisamment de fantassins pour appuyer les Panzer explique que les corps motorisés (qui sont rebaptisés Panzerkorps en juin-juillet 1942) aligne dans l’idéal deux divisions de Panzer et une division motorisée. En Afrique, les conditions dans lesquelles se déroulent les opérations imposent l’affectation à Rommel de divisions motorisées. La première à débarquer, en février 1941, est la 5. Leichte-Division, qui n’aligne que 2 bataillons de fantassins (Maschinengewehr-Bataillonen) pour 2 de Panzer. Au cours de l’été 1941, cette formation prend le nom de 21. Panzer-Division, avec 3 bataillons d’infanterie (un régiment est fourni par la 15. Panzer) tandis qu’est mise sur pied la Division-zbV-Afrika, future 90. Leichte-Division. Cette 90. Leichte, qui deviendra une véritable formation motorisée, donne à Rommel l’infanterie qui est nécessaire au succès de ses Panzer. Avec trois divisions –une motorisée et deux de Panzer réduite chacune à un seul régiment de Schützen- Rommel dispose d’un outil militaire plus à la mesure de ses ambitions et de l’importance qu’il veut conférer au théâtre des opérations nord-africain : l’Afrika Korps est un véritable Panzer-Korps.

L’Afrikakorps de Rommel: un corps mécanisé dont les Panzergrenadiere constituent l’indispensable infanterie (ici la 10. Panzer, tardivement versée du Pz AOK 5 au DAK)

            Avec l’invasion de l’Union Soviétique, la Wehrmacht aligne le double de divisions blindées (20). Une fois encore, les unités de Panzer et les divisions d’infanterie motorisée remportent une série de succès spectaculaires. Les SPW connaissent des améliorations : pièce antichar de 37 mm, une seconde mitrailleuse à l’arrière… La multiplication du nombre de Sdkfz 251 s’avère cruciale, permettant aux fantassins d’évoluer plus facilement au plus près des Panzer, et ce d’autant plus que la résistance acharnée des Frontoviki appuyés par de nombreuses armes antichars signifie que les Panzer sont vulnérables s’ils combattent isolés. La Russie montre également les limites du Sdkfz 251 : si l’engin est bien un semi-chenillé, la boue de  la raspoutitsa  englue plus d’un équipage. Avec l’arrivée d’un hiver rigoureux et la défaillance complète du système logistique de l’Axe à l’Est, le nombre de SPW opérationnels chute drastiquement. Les rares engins encore en état de fonctionner sont maintenus à l’arrière en réserve pour contre-attaquer toute percée soviétique. Les Panzergrenadiere seront de toutes les grandes offensives de 1942. Mais il apparaît de plus en plus évident que les SPW sont trop faiblement blindés contre les obus antichars. Si l’armement d’un SPW peut être renforcé, il n’est pas possible d’envisager d’en améliorer la protection. Or un engin touché peut signifier la mise hors de combat instantanée de tout un groupe de combat. La seule solution consiste toujours à insister sur une coopération des plus étroites entre Panzer et Panzergrenadiere.  Ces derniers suppriment les antichars ennemis -particulièrement dans une agglomération ou en forêt- tandis que ceux-là cherchent à éliminer non seulement les chars mais aussi à réduire les poches de résistance dotées d’armes lourdes. Les SPW ne se limitent dès lors plus à un unique rôle de « montures » pour devenir de véritables plateformes de combat. Les Panzergrenadiere combattent de plus en plus à bord de leurs engins. L’armement lourd devenant plus répandu et efficace, les Panzergrenadiere peuvent s’acquitter avec succès de davantage de types de missions qu’il était jusqu’alors difficile de mener à bien (reconnaissance, flanc-garde, arrière-garde, …).

Panzergrenadiere sur tous les fronts 1943-45

L’infanterie motorisée: trop peu nombreuse à l’Est…

            En 1943, devenu inspecteur des Panzertruppen, Guderian entend réorganiser les régiments de Panzergrenadiere à la lumière des enseignements accumulés au front. Les manuels, circulaires et aides pour l’entraînement sont réécris. Des écoles sont créées pour les cadres au niveau du régiment, du bataillon et de la compagnie. Chaque compagnie comptera désormais 3 pièces de 3,7 cm, deux 7,5 cm, 2 mortiers de 81 cm et 34 mitrailleuses. Le régiment comptera en outre une section de SPW dotés de lance-flammes. La grande bataille de Koursk verra certes l’emploi de nombre de Panzergrenadiere, encore bien trop souvent montés sur camions, mais leurs efforts de briseront sur les formidables et habiles défenses soviétiques ainsi que sur la ténacité des Frontoviki. Le temps est désormais le plus souvent à la défensive, mis à part quelques contre-attaques locales. Panzer et Panzergrenadiere font office de pompiers du front pour colmater les percées de l’ennemi. En 1943-44, en dépit de la vulnérabilité du Sdkfz 251 sur le champ de bataille, il apparaît indispensable de l’engager en première ligne devant la multiplication des armes antichars mis à la disposition de l’infanterie ennemie, notamment les bazookas.

Les SPW spnt disponibles en grand nombre en Normandie, mais le temps de la Blitzkrieg est révolu

            En Normandie, alors que Hitler compte sur la puissance de la Panzerwaffe pour retourner le sort de la guerre en sa faveur, nombre de Panzer-Divisionen sont assez bien pourvues en SPW : la 2. Panzer en compte 476 au 31 mai ; la 12. SS Panzer Hitlerjugend n’en ayant que 333, y compris les pionniers et l’unité de reconnaissance puisqu’un seul bataillon de Panzergrenadiere sur 6 est monté sur SPW.  Néanmoins, la supériorité aérienne alliée et l’aspect compartimenté du champ de bataille (avec le fameux bocage et ses haies) oblige l’armée allemande à revoir ses tactiques de guerre mobile. Le mot d’ordre est « dispersion ». De surcroît, les Allemands subissent en permanence la prise d’initiative de leurs adversaires, de sorte que de fer de lance d’une puissance contre-attaque, les Panzer-Divisionen et leurs Panzergrenadiere sont contraints à mener une bataille défensive pour laquelle elles n’ont pas été conçues. Comble du paradoxe, de puissantes unités mécanisées comme la Panzer Lehr, avec ses 4 bataillons de Panzergrenadiere entièrement montés sur Sdkfz 251, soit 693 half-tracks, doit remiser son matériel et l’entreposer dans des parcs à l’arrière du front! Lorsque, le 11 juillet, au bout d’un mois de guerre d’usure, la Panzer Lehr repart à l’offensive, ses Kamfgruppen regroupent bien toujours le tandem Panzer-Panzergrenadiere, ces derniers progressant à bord de leurs Sdkfz 251 hérissés de lance-flammes et de Pak. Toutefois, il faut combattre à terre, non sans pugnacité, mais les GI’s ont tôt fait d’enrayer la tentative. Les SPW s’avèrent toujours vulnérables et les Panzergrenadiere qui partent à l’assaut montés sur les plages arrière des Panzer sont massacrés.

Normandie 44 : un matériel qui in fine s’avère inutile et qui n’équipe que trop peu de divisions…

Lorsque le front est percée après l’opération « Cobra » (25 juillet 1944), le manque de formations d’infanterie motorisées sonne le glas de l’armée allemande à l’Ouest qui se montre incapable de conjurer le désastre qui culmine dans le chaudron de Falaise. Cinq mois plus tard, après un échec sanglant en Lorraine où les Panzergrenadiere des Panzer-Brigaden essuient de lourdes pertes, les fantassins mécanisés allemands repartent à l’assaut à bord de leurs half-tracks dans les Ardennes. Le terrain n’est guère propice à la manoeuvre et l’essence manque alors pour les unités de Panzergrenadiere. Pire, à la 2. Panzer, on compte 2 bataillons de cyclistes… qui seront rééquipés d’engins américains à la faveur de la capture de matériel ennemi au cours de la bataille!

Les Panzergrenadiere: troupes de choc jusqu’au bout, dans des unités qui ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes.

            Les derniers mois de la guerre voient la Wehrmacht essentiellement tournée sur la défensive. Désormais, les SPW emportent les Panzergrenadiere jusque sur le champ de bataille, les déposent et appuient leur progression avec leurs armes lourdes tout en restant en retrait. En réserve mobile demeurent avec les Panzer les Sdkfz 251 dotés uniquement de mitrailleuses.  La Wehrmacht envisage alors de faire entrer en lice le Sdkfz 251/22 Uhu, équipé de projecteur infrarouge. Un Sperber de 4 véhicules, 3 Uhu et un Sdkfz 251 classique transportant un groupe de combat, doivent alors appuyer un Panther doté lui aussi d’un matériel infrarouge du dernier cri. L’innovation technologique et tactique arrive trop tard. Le Reich s’effondre pourtant et l’infanterie motorisée de la Wehrmacht rentre dans l’histoire…

Conclusion

            La Wehrmacht a su démontrer l’importance du tandem char-fantassins mobiles dans la guerre moderne. Pendant 6 années de guerre sur tous les fronts, les Panzergrenadiere se sont avérés constituer un des atouts indispensables de l’armée allemande. En 1944, face aux armées des Alliés occidentaux entièrement motorisées et soutenues par une maîtrise aérienne absolue et confrontés à une Armée soviétique passée maître de l’exploitation en profondeur sur un front gigantesque, les Panzergrenadiere et les autres formations d’élite restent trop peu nombreux pour espérer conjurer l’inévitable défaite.

(sources images: Bundesarchiv)

Nouveau livre en septembre: « L’armée australienne 1939-1945 »

Parution à la mi-septembre aux éditions Lemme EDIT de mon ouvrage sur l’armée australienne!

Un sujet inédit en France.

Une étude portant sur les troupes les plus fascinantes des Dominions de l’Empire britannique. Au-delà de l’image d’Epinal du soldat coiffé du chapeau de brousse, des batailles mythiques telles que la Crète, Tobrouk et El Alamein, ainsi que des campagnes aussi difficiles que Singapour, la Nouvelle-Guinée et la Papouasie, ainsi que les Indes Néerlandaises.

Le lecteur découvrira le récit de ces batailles, avec les spécificités de chacun de ces théâtres d’opérations, après une présentation des forces terrestres, aériennes et navales australiennes.

Les archives australiennes ont aussi permis de sélectionner une série de clichés originaux et inédits que les lecteurs pourront découvrir dans le cahier central.

Sommaire de l’ouvrage :

  • AVANT-PROPOS
  • I/ LA MISE SUR PIED DES FORCES AUSTRALIENNES
  • II/ L’AIF EN MEDITERRANEE, 1940-1941 : 1ers PAS DANS LE CONFLIT
  • III/ LA GUERRE DU DESERT, 1940-1942 : AU FAÎTE DE LA GLOIRE
  • IV/ LA GUERRE DU PACIFIQUE : PROTEGER LA MERE-PATRIE
  • EPILOGUE

Pour commander l’ouvrage lorsqu’il sera paru, rendez-vous sur le site dé l’éditeur: https://lemmeedit.com/

GI’s au combat: l’US Army, l’oubliée du Pacifique

L’US ARMY DANS LE PACIFIQUE

DANS L’OMBRE DE L’USMC ?

Dans l’image d’Epinal du grand public, alimentée en partie par Hollywood, la guerre du Pacifique est avant tout un duel de porte-avions dans un ciel constellé de Corsair mais c’est surtout le théâtre d’opération des fameux Marines. Ce sont ces derniers à qui les quelques livres publiés en Français sur ce front font la part belle, quand ils ne portent pas sur Pearl Harbor ou Hiroshima. Pourtant, l’US Army a été elle-aussi très présente dans la guerre menée contre à l’empire du Soleil Levant. Nous attacherons dans cet article à répondre à la question suivante : le rôle de l’US Army a-t-il été secondaire sur ce théâtre des opérations qui embrasse le tiers du globe ?

Un engagement conséquent de l’US Army

J’ai déjà montré dans un article, combien il a été difficile pour les Alliés de mettre réellement en œuvre le principe du « Germany First » (« Germany First ! L’impact du principe sur la guerre en Asie-Pacifique », dossier de 2e Guerre Mondiale Magazine n°49). Ainsi, ce sont 290 000 soldats de la seule US Army qui sont déployés dans les îles du Pacifique, en Australie et en Nouvelle-Zélande avant la fin de 1942. Ce seront au final 3 armées de l’US Army (les 6th, 8th et 10th), 6 corps d’armées et 21 divisions qui serviront dans la lutte contre l’empire nippon. L’USMC fait à première vue pâle figure avec seulement 6 divisions de Marines engagées dans la guerre du Pacifique. Bien plus, ces divisions de Marines ont combattu au sein des IIIrd et Vth Amphibious Corps qui comptaient également des divisions de l’armée.

Si on prend en compte les débarquement (assaut initial seulement) lancés contre un rivage hostile par une force d’au moins un régiment ou une division, on dénombre, entre le débarquement sur Guadalcanal le 7 août 1942 et celui sur la péninsule d’Oroaku le 4 juin 1945, pas moins de 29 opérations amphibies de l’armée contre seulement 12 effectuées par les Marines ainsi qu’une opération conjointe (Okinawa, opération « Iceberg »). Certes, les pages les plus célèbres de la campagne -Guadalcanal, Tarawa, Saipan, Iwo Jima- restent attachées à l’USMC.

L’armée est donc bien présente face aux Japonais. Il convient maintenant de détailler les modalités de ses engagements et les unités impliquées dans la campagne.

La presse : une meilleure couverture des exploits de l’USMC

Les correspondants de guerre américains les plus fameux ont couvert la guerre en Europe, le célèbre Ernie Pyle ne rejoignant le Pacifique que pour Okinawa où il perdra la vie. Par ailleurs, la plupart d’entre eux, à l’instar d’Hemingway, parlent avant tout d’eux-mêmes et de leur propre expérience et non de celle des simples soldats. Le public a pu ainsi avoir l’impression que l’US Army n’était engagée qu’en Europe, face aux Allemands, alors que l’USMC a su mettre en valeur ses exploits. La presse s’est ainsi concentrée sur les batailles navales ainsi que sur les Marines à Wake, Guadalcanal, Tarawa et Iwo Jima.

Ernie Pyle, qui sera tué à Okinawa

GI vs Marine à Hollywood

A première vue, Hollywood a accordé la part belle à l’USMC sur les écrans, et ce dès la période de la guerre elle-même. Ainsi, « La sentinelle du Pacifique » de John Farrow en 1942 célèbre l’épisode de Wake). L’année suivante, c’est « Guadalcanal » de Lewis Seiler en 1943 puis « Alerte aux marines » de Edward Ludwig, en 1944. L’après-guerre est dans la même veine : « Iwo Jima » (avec John Wayne) de Allan Dwan en 1949, « Okinawa » de Lewis Milestone en 1950, « Les Diables de Guadalcanal » de Nicholas Ray en 1951« L’île des Braves » de Frank Sinatra en 1965, « Windtalkser, les messagers du vent » de John Woe en 2001 et surtout le très réussi diptyque réalisé par Clint Eastwood : « Lettres d’Iwo Jima » et « Mémoires de nos Pères » en 2006. L’US Navy n’est pas oubliée non plus : citons simplement la célèbre« La Bataille de Midway » de Jack Smight en 1976.

John Wayne dans « Les Diables de Guadalcanal »: honneur aux Marines!

L’US Army n’a cependant aucunement été boudée par Hollywood, et ce dès la fin de la guerre avec « Aventures en Birmanie » de Raoul Walsh réalisé en 1945 avec un Errol Flynn au sommet de son talent. « Les Marauders attaquent » de Samuel Fuller en 1962 immortalise la célèbre unité auprès du public tandis que « MacArthur, le général Rebelle », Joseph Sargent (1977) ancre le souvenir un général de l’US Army (après « Patton » en 1970). Enfin, avec « La Ligne Rouge » en 1998, Terence Mallick signe un des plus beaux films sur la guerre du Pacifique et les protagonistes su récit sont des GIs de l’armée de terre. Enfin, même des films plus romantiques et surtout très critiques vis-à-vis de l’armée comme « Tant qu’il y aura des hommes » de Fred Zinnemann  (1953) prennent aussi pour cadre l’US Army quand bien même l’action se déroule dans la Pacifique, en l’occurrence à Hawaï.

« Les Marauders attaquent »: l’US Army en Asie-Pacifique n’est pas oubliée par Hollywood

https://www.paperblog.fr/6242061/les-maraudeurs-attaquent-merrill-s-marauders-1962/

L’épopée des Philippines

L’histoire de la guerre du Pacifique commence par une série de déboires pour l’armée américaine. Débordées et isolées, les garnisons américaines tombent les unes après les autres. Si les Marines ont eu leur première heure de gloire avec l’épique défense de Wake (qui ne capitule que le 23 décembre 1941), l’armée a elle aussi marqués les esprits pour ses premiers engagements menés face aux Japonais, en l’occurrence aux Philippines, plus particulièrement dans la péninsule de Bataan et sur l’îlot de Corregidor. La présence de Douglas MacArthur, ancien chef d’état-major de l’armée et véritable prima donna y contribue pour une large part. L’archipel est en outre la seule zone où stationne une force américaine substantielle, en l’occurrence la Philippine Division.

Les Américains, loin de défendre Manille comme l’escomptaient les Japonais, établissent leur ligne de défense au nord de la presque île de Bataan. Le 1st Corps du général Wainwright tient l’aile droite des positions américaines tandis que le flanc est confié au 2nd Corps du général Parker. Wainwright dispose de trois divisions philippines ainsi que le reliquat du 26th Cavalry Regiment et de l’artillerie. Parker commande quant à lui quatre divisions philippines et le 57th IR des Philippines Scouts. Les flancs protégés par la mer et un massif volcanique infranchissable, le mont Natib, au centre, les Américains ont réussi à établir de solides positions défensives. Une seconde ligne est établie 13 kilomètres plus au sud est tenue par la Philippine Division. La pointe de la péninsule est en outre défendue par des unités d’infanterie de circonstances formées à partir de marins, d’aviateurs et de troupes des services, hâtivement instruits à la pratique des combats terrestres. Les combats sont disputés et ce n’est que lorsque les Japonais découvrent un chemin sur les pentes du mont Natib que les Américains sont contraints de se replier. Le 26 janvier, les forces américano-philippines se retrouvent sur leur dernière position défensive.

Le fameux tunnel de Corregidor

Le 3 avril, la 14e armée japonaise de Homma s’engage dans l’assaut final. Les forces américano-philippines cèdent et le front est enfoncé. L’état des troupes de Wainwright (MacArthur s’est réfugié en Australie après avoir menti en affirmant que des renforts étaient ne route depuis mes Etats-Unis) est à ce moment-là déplorable et il est bien sûr impensable d’envisager tout retour offensif de leur part : 80% des hommes sont atteints de paludisme, 75% souffrent de dysenterie et quelque 35% ont le béribéri. Le général King, commandant les forces de Luçon, estime que la lutte est vaine et il capitule le 9 avril. Les derniers défenseurs américains sont alors réfugiés sir l’île de Corregidor. Toute résistance cesse le 6 mai quand le général Wainwright se résout à l’inévitable et offre la reddition de ses troupes au général Homma. Si en aucune manière la résistance désespérée de Bataan et de Corregidor n’ont retardé les projets d’invasion japonais. La bataille des Philippines a en revanche un indéniable impact psychologique. La défense héroïque des troupes américaines à Corregidor remonte le moral des Américains et renforce leur volonté de vaincre.

Les îles Salomon : dans l’ombre de l’USMC

Il faudra attendre plusieurs mois avant que ne débute la reconquête. La stratégie américaine dans le Pacifique repose sur une double offensive : celle du général MacArthur (Southwest Pacific Area Command), ce qui implique donc un rôle majeur de l’US Army (mais non exclusif car la composante navale est indispensable), et celle de l’amiral Nimitz (Pacific Ocean Command)pour la reconquête des îles du Pacifique central. Cette dernière, bien que conduite opérationnellement par l’US Navy, suppose l’usage de forces terrestres et de Marines pour les combats à terre. A partir de 1942, la plupart des divisions de l’US Army font un arrêt de plusieurs mois dans les îles Hawaï pour y parfaire leur entraînement et assurer des missions de surveillance et de sécurité, qui inclut les îles sur la route maritime menant jusqu’en Australie où de plus en plus de GIs seront également stationnés. Ces exigences feront que davantage de GIs seront à l’exercice ou en garnison plutôt qu’au combat, au moins jusqu’en avril 1945.

L’état-major américain est décidé à conjurer la menace japonaise dans le Pacifique sud en lançant une série d’opérations. La première vise les îles Salomon, plus particulièrement Guadalcanal où les Marines vont écrire une page glorieuse de leur histoire à partir du 7 août 1942, date du premier débarquement effectué par les Américains pendant la Seconde Guerre mondiale. Le 13 octobre, des renforts conséquents, dont des troupes de l’US Army débarquent. L’armée participe donc désormais aux opérations mais le plus dur a été accompli par les seuls Marines auxquels revient le crédit de la victoire (sans oublier le rôle crucial de l’US Navy au cours de la bataille navale très disputée qui a en même temps cours). Le 9 décembre, les hommes de la 1st Marine Division, épuisés par plusieurs mois de combats, peuvent enfin savourer le repos. L’armée, commandée par le général Patch, prend la relève, une large part de la 2nd Marine Division étant toutefois maintenue en ligne. Le nettoyage des monts Austen commence le 17 décembre et les combats sont acharnés face à un adversaire solidement retranché. Après 22 jours d’intense combats dans la jungle, les GIs doivent être relevés par des troupes fraîches qui vont lancer l’ultime attaque. En janvier, le général Patch, qui commande désormais le 14th US Corps (Americal Division, 25th et 43rd Infantry Divisions et 2nd Marine Division) décide de frapper entre le pointe Cruz et Kokumbona. Les combats sont une nouvelle fois très disputés et ce n’est que le 24 janvier que la 25th Infantry Division du général Collins s’empare de Kokumbona. La position de Guadalcanal devient intenable pour les Japonais qui décident d’évacuer l’île.

GIs aux confins de l’Alaska

En avril 1943, un flotte américaine appareille de San Francisco. Objectif : les Aléoutiennes, conquises par les Japonais en mai 1942. Les Américains ont décidé de reconquérir les îles d’Attu et de Kiska. L’essentiel des combats repose sur la 7th ID. Les conditions climatiques sont éprouvante, même au printemps. Certains combats sont particulièrement disputés, à l’image des affrontements pour un escarpement nommé Point Able. 549 Américains périssent au combat (et un millier pour d’autres causes) au cours de cette bataille qui s’achève sur Attu à la fin du mois de mai. En août, une armée de 34 000 hommes, dont 5 500 Canadiens, débarque sur Kiska et ce n’est qu’à ce moment-là que les Américains réalisent que l’île a été évacuée par les Japonais depuis des semaines.

Débarquement à Kiska

Tarawa et Kwajalein : en soutien de l’USMC

Parallèlement aux opérations menées sous la férule de MacArthur, des divisions de l’armée sont impliquées dans l’offensive menée dans le Pacifique central, zone parsemée de milliers de petites îles réunies en archipels, qui s’étend sur plus de 5 400 kilomètres vers l’ouest et le nord-ouest à partir de l’archipel Gilbert, dont l’atoll de Tarawa, situées les plus à l’est sur l’Equateur. L’opération menée dans les Gilbert reçoit le nom de code « Galvanic ». La Task Force 54 du contre-amiral Turner dispose du 5th Amphibious Corps du général Holland Smith, formé de la 2nd US Marine Division et de la 27th US ID. Si les combats menés par les Marines à Tarawa pour la conquête de l’îlot de Bétio sont passés à la postérité, l’opération est menée conjointement avec l’armée qui s’attaque à Makin où les pertes, minimes, ne donnent pas lieu à une médiatisation sur l’aspect dramatique de la guerre et de son coût en vies humaines.

La campagne suivante, livrée dans les Marshall à partir du 31 janvier, soit à peine deux mois après Tarawa, est beaucoup moins sanglante pour les Américains, en dépit de la solidité des fortifications japonaises, souvent bétonnées, et de la lutte acharnée menée par les défenseurs. L’amiral Turner dirige les opérations contre Kwajalein où débarque la 7th ID, tandis que le contre-amiral Connoly mène l’assaut contre les îles de Roi et Namur avec les Marines. A Kwajalein, les débarquements se sont déroulés avec la précision d’un exercice. En l’espace de quatre jours, les GIs occupent toute l’île, pour le prix de 1 000 pertes, dont 173 tués. Les 6 750 défenseurs japonais sont presque tous morts. Les forces du Pacifique central se sont donc emparées d’un important atoll, pourvu de défenses aussi redoutables qu’à Tarawa, mais pour des pertes infiniment moins lourdes. Kwajalein tombe si rapidement que les troupes restées en réserve peuvent être lancées contre Eniwetok. Les défenseurs japonais sont cependant plus nombreux qu’escomptés et l’opposition rencontrée par le 106th IRrenforcé par des blindés de l’USMC (ce qui montre donc l’étroite coopération qui peut s’établir entre l’armée et les Marines), est plutôt vive. Il s’avère que les Japonais ont eux aussi tiré les leçons de Tarawa (reste à savoir comment un retour après combat a été possible…). Les défenses sont structurées autour de blockhaus entourés d’un cercle d’abris individuels, souvent protégés par de la tôle ondulée, distants de 3 à 5 mètres, et reliés entre eux et au blockhaus par un réseau de tunnels et de tranchées. Il faut ainsi deux jours et demi pour prendre Eniwetok. Au total, les Japonais subissent 2 700 pertes dans l’atoll, seulement 66 hommes survivant aux combats. Les Marines accusent de leur côté 254 tués et 55 blessés et l’US Army enregistre 94 tués et 311 blessés.

La Nouvelle-Guinée : sauts de puces de MacArthur en direction des Philippines

Mise sur pied en janvier 1943, la 6th Army sera le fer de lance de l’US Army dans sa campagne de reconquête. Dès le mois de février 1943, MacArthur lance une série d’opérations dans les Salomon puis en Nouvelle-Guinée, avant d’entamer en novembre 1943 les offensives destinées à neutraliser Rabaul, pendant que Nimitz frappe au même moment dans les Gilbert à Tarawa. Les forces américaines du sud-ouest Pacifique passent de deux divisions d’infanterie en décembre 1942 à cinq divisions en janvier 1944, sans compter les unités indépendantes et les cinq divisions australiennes combattant aux côtés des Américains. Trois autres divisions d’infanterie sont en voie d’acheminement.

Toutefois, l’isolement de Rabaul représente une tâche ardue. En mars 1943, les objectifs alliés dans le sud-ouest du Pacifique sont précisés par les chefs d’état-major combinés. L’opération est baptisée « Cartwheel ». En août 1943, les Américains du général Collins ont reconquis la Nouvelle-Géorgie, perdant 1 094 tués et 3 873 blessés, pour au moins 2 500 tués japonais. Les Alliés s’attaquent ensuite à Choiseul et débarquent sur Bougainville le 1er décembre. La 3rd Marine Division et la 37th ID esquivent le gros des forces japonaises et construisent deux pistes d’aviation près du cap Torokina, permettant d’assurer la couverture aérienne au-dessus des îles Bismarck. En mars 1944, les Japonais s’évertuent en vain à s’emparer de ces aérodromes et subissent de très lourdes pertes.

La prise de Lae, en Nouvelle-Guinée, participe à l’isolement de Rabaul. Les forces américaines de MacArthur s’attaquent également directement à la Nouvelle-Bretagne et à Rabaul en débarquant à l’ouest de l’île, afin de s’assurer de la maîtrise du détroit de Dampier, entre la mer des Salomon et la mer de Bismarck. Deux opérations sont lancées: le débarquement à Arawe le 15 décembre 1943 et la prise du cap Gloucester le 26 décembre 1943. MacArthur a en effet décidé de débarquer à l’extrémité occidentale de la Nouvelle-Bretagne. Au sud, à Arawe, les artilleurs japonais repoussent l’assaut de la 1ère vague du 112th Cavalry et le taillent en pièces. Le gros des forces américaines réussit toutefois à débarquer, mais se trouve vite englué dans la boue et les marécages. En outre, la mousson bat son plein et handicape fortement les opérations. A ce moment là, Rabaul, complètement isolée, est neutralisée.

Les Américains inaugurent alors une série de débarquement le long des côtes de la Nouvelle-Guinée, toujours plus en avant vers l’ouest, parfois non sans audace. Certes, les moyens restent en deçà des exigences de Mac-Arthur en raison de la priorité en dotation d’engins de débarquement accordée au décisif débarquement en Normandie. Mac-Arthur décide d’éviter le bastion de Wewak, où la 18ème armée japonaise du général Adachi s’apprête à recevoir chaudement les Américains, pour s’attaquer directement à Hollandia. Cette opération représente tout de même un saut de 1 000 kilomètres vers l’ouest. Le 22 avril 1944, les Américains de la 41st ID débarquent sans opposition à Hollandia. 35 kilomètres plus à l’ouest, la 24th ID débarque également sans difficultés dans la baie de Tanahmerah. Afin de prévenir toute contre-attaque de la part des forces nipponnes désormais isolées à Wewak, un régiment de la 41st ID qui s’empare d’Aitape. Outre l’effet de surprise et l’anéantissement des forces aériennes japonaises en Nouvelle-Guinée, un autre élément a favorisé l’entreprise audacieuse de MacArthur. Lorsque la flotte de porte-avions de Nimitz s’attaque à la grande base navale de Truk, les plus grosses unités japonaises ont en fait été repliées sur les Palau et, de là, vers Singapour et le Japon.

L’audace de MacArthur est donc couronnée de succès et celui-ci décide de poursuivre plus en avant l’avantage. C’est ainsi que, le 17 mai, la Tornado Task Force effectue une attaque amphibie à Arare dans la baie de Maffin, à 200 kilomètres à l’ouest d’Hollandia, puis à Wadke le lendemain. Les deux opérations visent à s’emparer d’importantes pistes d’atterrissage et sont couronnées de succès. Entre-temps, Wewak est tombée le 10 mai. Ces succès à répétition ne peuvent qu’encourager la témérité de MacArthur. Fin mai, après la préparation navale et aérienne habituelle, les GIs de la Hurricane Task Force débarquent sans coup férir à Biak. En progressant vers l’intérieur de l’île, les Américains ont pourtant la désagréable surprise de se voir confrontés à de redoutables défenses articulées autour de bunkers. La résistance acharnée des 7 000 hommes du colonel Kuzume s’éternise jusqu’au 22 juin, après un mois de combats.

Saipan : tensions entre l’US Army et l’USMC

Un Marine à Saipan: on oublie la contribution de l’Army

Dans le Pacifique central, après Eniwetok, les pires épreuves attendent encore l’US Army. Les opérations de débarquement à Saipan, dans les Mariannes, débutent le 15 juin 1944 à 7 heures pour les Marines. Le 16 juin, des unités de l’armée de terre américaine débarquent à leur tour, en l’occurrence la 27th ID. L’engagement de l’armée de terre dans la bataille au côté des Marines sera d’ailleurs à l’origine de tensions entre les deux corps lorsque le général Holland-Smith relèvera de son commandement le général Ralph C. Smith de la 27th ID. L’attaque principale débute le 22 juin. Tandis que la 2nd Marine Division peine devant le mont Tapotchau, la 27th ID affronte l’adversaire sur un terrain particulièrement difficile mais vient à bout des terribles défenses de la « Vallée de la Mort ». Au 7 juillet, les Japonais n’ont plus d’espace de manœuvre et lancent une charge Banzaï suicidaire au cours de laquelle ils parviennent à profiter d’une brèche pour écraser deux bataillons du 105th IR pour ensuite s’attaquer à des positions d’artillerie des Marines, obligés de se défendre à l’arme individuelle après avoir pilonné les attaquants. Holland-Smith s’insurge à nouveau à l’endroit de la 27th ID et jure de ne plus jamais employer l’unité. De leur côté, les généraux de l’armée de terre sont bien décidés à ne plus jamais servir sous ses ordres. Le 9 juillet, la bataille pour Saipan est arrivée à son terme.

Philippines : la plus grande campagne de l’US Army dans le Pacifique

MacArthur de retour aux Philippiness avec l’US Army

Depuis l’été 1944 et l’irruption de ses forces à l’extrémité ouest de la Nouvelle-Guinée, MacArthur n’est plus distant que de 500 kilomètres de Mindanao, l’île la plus méridionale de l’archipel philippin. Le 20 octobre, avec la 6th US Army du général Krueger, les Américains effectuent leur retour aux Philippines, en l’occurrence sur le rivage est de Leyte, au nord de Mindanao. Le jour même, MacArthur débarque lui-même de façon fort médiatisée, tenant ainsi sa promesse souvent réitérée de revenir aux Philippines. La stratégie japonaise se base alors sur une évaluation erronée des forces en présence et de la puissance américaine. Les amiraux japonais sont en effet convaincus de pouvoir anéantir la flotte américaine au large des Philippines avant d’annihiler la 6th US Army imprudemment débarquée et laissée à elle-même. En fait, la grande bataille navale livrée du 23 au 26 octobre dans le golfe de Leyte s’achève par une victoire retentissante de l’US Navy et élimine en fait les restes de la marine impériale nipponne. Si les combats s’éternisent encore pendant des mois sur Leyte, l’armée américaine contrôle l’île de Leyte. Les Américains ont perdu 3 500 tués et 12 000 blessés contre 49 000 tués japonais.

Le 15 décembre 1944, les forces de MacArthur débarquent sur l’île de Mindoro. La résistance est assez faible. Il ne s’agit en fait que d’une opération préliminaire à l’invasion de Luçon. Le débarquement de la 6th US Army de Krueger sur Luçon est effectué le 9 janvier 1945, sur la côte ouest de l’île. En quelques jours, 175 000 hommes sont à terre. Krueger va disposer en tout de 10 divisons et de 5 régiments indépendants pour cette bataille, qui représente donc la campagne la plus importante de la guerre du Pacifique en terme de troupes engagées à terre par les Etats-Unis. Les premières troupes américaines pénètrent à Manille le 3 février 1945 mais la prise de la ville est sanglante. Cette ville de 800 000 habitants est l’une des plus grandes d’Asie du Sud-Est. Ses édifices publics édifiés en béton pour résister aux tremblements de terre et les anciens forts espagnols constituent des positions défensives excellentes. La résistance japonaise est acharnée et Manille n’est totalement libérée que le 3 mars. La bataille coûte finalement la vie à 100 000 civils philippins. Les combats contre les îlots de résistance sur Mindanao et Luçon se poursuivent toutefois jusqu’à la signature de la reddition inconditionnelle du Japon le 2 septembre 1945. Alors que la bataille fait rage à Okinawa, où sont engagés les Marines, Mac-Arthur et Nimitz doivent à présent préparer leurs plans pour le stade ultime de la guerre du Pacifique : l’invasion du Japon.

Okinawa : l’ultime bataille

Okinawa est le cadre de la dernière intervention –massive- de l’US Army dans la guerre du Pacifique. L’opération est confiée à la 10th US Army –et non à un commandement de Marines– du général Buckner, initialement formée en vue d’une invasion de Formose. Elle s’articule en deux corps, totalisant 4 divisions de l’armée de terre et 3 divisions de Marines, soit 180 000 hommes. Le débarquement a lieu le 1er avril 1945. Les Marines sont chargés de la partie septentrionale de l’île tandis que l’armée s’empare de son côté sans coup férir de l’île de Shima et de son aérodrome.

Okinawa n’est pas une bataille menée par les seuls Marines

En revanche, au cours de son mouvement de progression vers le sud de l’île, l’armée américaine se heurte à une vive résistance, articulée sur un système défensif élaboré qui s’appuie habilement sur la topographie du terrain. Les troupes de l’armée de terre, maintenant épaulée par les Marines, réussissent pourtant à forcer les lignes japonaises et Shuri tombe finalement le 29 mai. Dès lors, les Japonais sont contraints à une irrémédiable retraite et les événements s’accélèrent. Le 10 juin, l’ultime assaut peut être lancé contre le dernier bastion japonais. Les combats acharnés pour le contrôle des hauteurs ne sont pas sans rappeler certains champs de bataille du premier conflit mondial. Le calvaire des Américains est également partagé entre Marines et GIs de l’US Army : il s’appelle « Sugar Loaf » pour la 6th Marine Division ou « Conical Hill » pour la 96th ID. Le 22 juin, le général Geiger, nouveau commandant de la 10th US Army, annonce la fin officielle des combats sur Okinawa. Cette bataille est de loin la plus meurtrière pour les Etats-Unis au cours de la guerre du Pacifique. 12 300 Américains sont morts dont 4 500 appartiennent à l’armée de terre.

Des conditions de guerre difficiles pour le GI

Plus de 3 millions d’Américains vont servir à un moment ou à un autre de la guerre dans le Pacifique et en Asie. Beaucoup n’ont pas entendu un coup de feu. 40% des officiers et 33% des engagés de l’aviation et de l’armée de terre ont passé une période plus ou moins longue sur le front. De fait, les périodes d’accalmie et de repos sont bien plus longues que les périodes de combat, beaucoup plus limitées dans le temps. Une division de l’armée de terre qui passe 19 mois dans le Pacifique totalise 31 jours de combat. Une autre y reste 27 mois et combat 55 jours. En Birmanie et en Nouvelle-Guinée, les unités sont cependant engagées pendant des périodes plus longues. Par contraste, les divisions engagées en Europe restent en ligne pendant des mois. Toutefois, le soldat engagé dans le Pacifique reste en général plus longtemps éloigné de son foyer et l’arrière s’avère souvent aussi chaud et insalubre que le front et les maladies ne sont pas rares. L’ennui touche de nombreux soldats, contraints bien souvent de vivre dans des bases isolées et dépourvues de confort. La lutte qui s’y déroule est néanmoins terrible et les Japonais offrent une résistance opiniâtre, fanatique. Les soldats américains méprisent cet adversaire sans pitié et un sondage effectué en 1944 est révélateur à cet égard : si seulement 5 à 9% des sondés souhaitent réellement tuer un Allemand, le taux monte de 38 à 48% en ce qui concerne les Japonais.

Forces spéciales en Asie-Pacifique

La seule unité de l’US Army engagée auprès des Chinois, en l’occurrence en Birmanie, baptisée force Galahad, ou 1688th Detachment, puis 5 307th Composite Unit, Provisional, le 1er janvier 1944, ou encore appelée les Marauders de Merrill, du nom du 1er commandant de l’unité (le surnom a été donné par James Shepley, journaliste de Time-Life), ne rassemble que 2 850 hommes, théoriquement rompus au combat dans la jungle et tous volontaires. Ces hommes vont combattre héroïquement dans des conditions particulièrement difficiles. L’exploit réalisé par les Marauders est sans conteste la prise de Myitkyina et de son important aérodrome en mai 1944, même si les combats s’y éternisèrent jusqu’au mois de juillet. Fin mai, il n’y a alors plus que 200 Marauders de valides ! La mission est couronnée de succès grâce à une marche forcée exténuante exécutée de concert avec plusieurs unités chinoises. Toutefois, Stilwell a beaucoup trop exigé des ses hommes et 80% des Marauders, totalement épuisés, sont hospitalisés. Galahad n’est plus opérationnelle. Pourtant l’unité est reconstituée et rejoint ensuite la Task Force Mars, comprenant le 475th Infantry Regiment (ex-5 307), le 124th Cavalry, le 612th Field Artillery et un régiment chinois. Une unité de l’OSS, le service d’espionnage américain, sert également sous les ordres de Stilwell : le détachement 101 du major Eifler. Pendant cette campagne de Myitkyina, les Rangers kachins se battent aux côtés des forces de Merrill. Fin 1944, le détachement 101 compte 566 Américains et près de 10 000 Kachins. Les pertes totales qu’il inflige aux Japonais sont estimées à 5 500, pour seulement 15 tués Américains et à peine 200 Kachins. En outre, plus de 200 aviateurs alliés sont secourus par l’unité.

Parmi les autres forces spéciales de l’US Army engagées dans la lutte contre les Japonais, citons : le 6th Rangers Battalion du colonel Mucci qui va combattre en Nouvelle-Guinée puis aux Philippines; la Canadian-American First Special Force engagée dans les Aléoutiennes ; le 158th IR (dit « Bushmaster ») qui servira en Nouvelle-Bretagne, en Nouvelle-Guinée et aux Philippines ; les Alamo Scouts qui font office d’unité spéciale de reconnaissance pour la 6th Army

Principales unités de l’US Army en Asie-Pacifique

  • Armées : 6th, 8th et 10th
  • Corps : I, IX, X, XI, XIV et XXIV
  • Divisions : Americal Division (American New Caledonian Division, mise sur pied en mai 1942 dans cette possession française), Philippine Division, 1st Cavalry, 11th Airborne, 6th, 7th, 24th, 25th, 27th, 31st, 32nd, 33rd, 37th, 38th, 81st, 93rd, 96th et 98th ID
  • Régiments indépendants : 503rd PIR, 112th Cavalry, 111th, 147th et 148th IR

Des barges de débarquement pour l’US Army !

Alors qu’en Europe, les GIs sont acheminés dans des péniches pilotées par du personnel de la Navy ou même par des Britanniques, ce n’est pas forcément le cas dans le Pacifique. Des unités du génie de l’armée de navires et de plages sont regroupées à raison de trois régiments pour chacune des quatre ESB ou Engineer Special Brigades. Chaque régiment aligne 7 400 hommes, 270 LCVP, 270 LCM, 32 navires de contrôle, 51 navires de patrouille, de sauvetage et d’appui-feu, 21 bateaux auxiliaires et 50 DUKWs. Plusieurs de ces ESB participeront aux opérations menées par la 7e force amphibie dans le nord des Salomons, en Nouvelle-Guinée et aux Philippines. L’armée possède également des bataillon de chars et de tracteurs amphibies ainsi que des unités de camions amphibies (DUKWs).

Blindés de l’armée face aux Japonais

Un Sherman sur le front du Pacifique

Les unités blindées américaines n’ont bien sûr pas été conçues avec l’idée de devoir combattre dans la jungle, cette dernière étant toutefois loin de recouvrir tous les champs de bataille du Pacifique. Mais quelle unité de chars ne l’a jamais été ? Lors de l’invasion des Philippines, les M3 Stuart des 192nd et 194th Tanks Battalions affrontent les Japonais, parfois dans la jungle. Lors de la reconquête, le 754th Tank Battalion intervient sur Bougainville avec ses M3 (qui ne sont pas obsolètes si on les jauge avec les tanks et les antichars japonais) puis des M4 Sherman à partir de janvier 1944. Il faut s’adapter à la jungle : se soutenant mutuellement avec les fantassins, les Sherman visent les embrasures et obligent les défenseurs à se mettre à l’abri. Sur chaque flanc, les Stuart tirent avec des schrapnels dont ne disposent pas les M4 : leur tâche est d’éliminer les snipers dans les arbres et de soutenir les M4 en mitraillant les attaques suicides de porteurs de mines japonais. Les 44th et 110th Battalions participent aux combats en Nouvelle-Guinée. Le 713th est tout très particulier car c’est l’unique bataillon de l’armée entraîné en tant qu’unité de chars lance-flammes. La bataille d’Okinawa lui coûtera cependant 16 Sherman détruits par les tirs adverses et 25 autres perdus pour d’autres raisons. Au cours de cette même campagne, le 193rd Tank Battalion subit les effets dévastateurs d’une mauvaise coopération avec des fantassins de la 27th ID : sur 30 Sherman engagés au cours d’une attaque, seuls 8 engins parviennent à rallier les lignes. Le fait que les Japonais ne disposent que de très peu de chars implique que l’armée américaine ne déploie que très peu de bataillons de Tank Destroyers dans le Pacifique. Le TD M10 a fait son baptême du feu sur ce théâtre des opérations sur Kwajalein, en soutien de la 7th US ID et au sein d’un Tank Battalion (ce qui est inhabituel). Le 1er bataillon de Tank Destroyer à combattre dans le Pacifique sera le 819th, à Peleliu. Trois bataillons participent à la campagne des Philippines (632nd, 637th et 640th).

1er janvier 1945 :

  • 13 bataillons de chars sont dans le Pacifique : 44th, 193rd, 706th, 710th, 711th, 713th Armored Flamethrower, 716th, 754th, 762nd, 763rd, 766th, 767th, et 775th.
  • 5 sont encore aux Etats-Unis : 28th, 779th et 785th qui seront tous convoyés aux Philippines en 1945 mais ils ne participeront à aucun combat.
  • 6 bataillons de Tank Destroyers sont dans le Pacifique : 632nd (M10), 637th (M18), 640th (M10), 671st (M18), 806th (M10) et 819th (M10).

Les aéroportés dans la guerre du Pacifique

Le saut du 503rd PRCT sur Corregidor

Le premier assaut aéroporté dans le Pacifique est mené par le 503rd PRCT (Parachute Regimental Combat Team) sur Nazdab, en Nouvelle-Guinée. Moins célèbres que leurs camarades des 82nd et 101st Airborne Divisions qui se sont couverts de gloire en Europe, les aéroportés de la 11th Airborne Division dite « Angels » (« Hell Angels » pour les GIs qui en font partie) et du 503rd PRCT ont eu aussi mené des opérations hardies dignes des meilleures pages des annales des forces de cette arme. Les paras et les « gliders » vont être engagés en Nouvelle-Guinée, en Indonésie et aux Philippines. Le 3e et dernier largage du 503rd PRCT sur Corregidor le 15 janvier 1945 constitue le saut opérationnel le plus périlleux effectué par une unité de paras américains. Le terrain, très accidenté, comprend de très nombreux obstacles naturels et humains (ruines, trous d’obus…) et 25% des hommes se blessent à l’atterrissage. Néanmoins, la vaillance et le professionnalisme de ces soldats d’élite leur permet de venir à bout de la garnison nippone (163 tués chez les paras américains pour 5 000 chez les Japonais). Le 511th PIR, seul régiment de paras de la 11th Airborne (qui compte deux régiments de soldats aéroportés par planeurs –les 187th et 188th- en sus de l’artillerie) est acheminé par bateau sur Leyte en novembre 1944 puis effectue de petits largages, notamment à partir de Piper Cubs. Soutenant les combats sur Luçon par un parachutage, le régiment participe aux terribles combats pour Manille. Un régiment participera au raid visant à libérer les internés civils et militaires américains de Los Banos. Lorsque la guerre s’achève, c’est à Okinwa qu’est déployée la 11th Airborne, renforcée par le 541 PIR tandis que le 188th Glider est devenu également un PIR. Au final, de petites opérations en regard de celles qui ont été menés contre les Allemands, d’autant que beaucoup d’interventions ont été amphibies avec très peu d’utilisation de planeurs (qui seront en revanche essentiels aux Chindits britanniques en Birmanie). La contribution de l’US Army est ici essentielle puisque l’USMC ne compte aucune unité aéroportée.

Les divisions de l’US Army ayant eu le plus de pertes dans le Pacifique

Comparaison avec l’USMC

  • 7th US ID : 9 212 pertes (en Europe, les pertes de la 3rd US ID sont de 25 977 GIs)
  • 96th US ID : 8 812 pertes
  • 77th US ID : 7 461 pertes
  • 32nd US ID : 7 268 pertes
  • 24th US ID : 7 012 pertes
  • 1st Marine Div : 19 284 pertes
  • 4th Marine Div : 17 722 pertes
  • 2nd Marine Div : 11 482 pertes
  • 3rd Marine Div : 8 676 pertes
  • 5th Marine Div : 8 563 pertes
  • 6th Marine Div : 8 226 pertes

Une prédominance des unités de l’US Army

Sur les 5 divisions américaines envoyées en renforts face aux Japonais en 1942, on ne compte qu’une seule division de Marine (la 1st, avec des éléments de la 2nd) alors que l’armée en expédie quatre (27th, 32nd, 37th et 43rd).

Dans le Pacifique du Sud-Ouest (MacArthur), seules deux divisions de Marines ont été engagées, et ce uniquement en début de guerre, pour la campagne des Salomon, soit essentiellement à Guadalcanal : les 1st et 2nd Marine Division en 1942-43, puis elles sont engagées dans le Pacifique Central de 1943 à 1945. Les 3rd, 4th, 5th et 6th Marine Divisions n’ont combattu que dans le Pacifique Central à partir de 1944 (1945 pour la 5th). En 1944, les divisions de Marine combattent dans le Pacifique Central aux côtés de 4 divisions d’infanterie (la 7th dans les Marshall, la 27th à Saipan, la 77th à Guam et la 81th sur Peleliu) alors que dans le Sud-Ouest Pacifique les 6th (Krueger) et 8th (Eichelberger) alignent 18 divisions de l’armée en vue de la campagne des Philippines. A Okinawa, la 10th Army de Buckner (un général de l’US Army, donc), fait montre de davantage de parité puisqu’elle aligne 4 divisions de l’armée pour 2 des Marines.

Au final, les Etats-Unis engageront plus de fantassins de l’US Army face aux Japonais qu’il n’y a de Marines. Certaines campagnes ont été menées par la seule armée de terre : Philippines (1942), Aléoutiennes, Birmanie, Nouvelle-Guinée, Philippines (1944-45), Bornéo. En revanche, sous le commandement de Nimitz (ainsi qu’à Guadalcanal), la tâche la plus dure, ce qui implique souvent l’assaut initial est dévolu aux forces de Marines.

Epilogue

Si la guerre s’était poursuivie, l’implication de l’US Army aurait était encore davantage marquée. Ainsi ; les projets de débarquement au Japon pour l’automne et l’hiver 1945 (opération « Olympic ») impliquent 650 000 hommes et 14 divisons, dont 3 de Marines. Certes, en mai 1945, si plus de 5 millions de soldats de l’armée américaines sont déployés outre-mer, on en dénombre qu’à peine un demi-million dans le Pacifique et près de 800 000 avec MacArthur, un total certes non négligeable en soi. Loin d’avoir été un partenaire secondaire dans la reconquête du Pacifique, l’armée a tenu un rôle aux côtés de l’USMC et surtout de l’US Navy, cette dernière s’avérant évidemment indispensable et décisive pour assurer la victoire sur le Japon.

GI’s au combat : infanterie à Ouest 1944-45

L’INFANTERIE AMERICAINE AU COMBAT

EN EUROPE DU NORD-OUEST

                  L’infanterie américaine a subi 661 259 des 936 259 pertes de l’armée de terre américaine au cours de la Seconde Guerre mondiale. La majeure partie de ces pertes a eu lieu en Europe de l’Ouest.

74 718 combattants américains de 45 divisions d’infanterie ont ainsi été tués entre le 6 juin 1944 et le 8 mai 1945.

Ces unités n’ont pu subsister sur la ligne de front qu’à la faveur d’une efficace système de remplacement des pertes. Ce faisant, la proportion de vétérans et de combattants confirmés ne cesse de diminuer et les divisions qui combattent en Normandie ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes en décembre 1944.

Les fantassins américains sont sans doute les mieux entraînés à l’époque, certaines unités débarquant en Normandie après trois ans d’entraînement, une chose impensable pour les unités allemandes envoyées à l’Est ou à l’Ouest.

En revanche, certains officiers supérieurs se plaignent de leur manque d’allant et de combativité dans l’attaque, un vrai problème quand on sait que la doctrine américaine vise à l’anéantissement des armées adverses au combat.

L’environnement du combat est dur. Les hommes doivent subir tour à tour les assauts de la chaleur, de la pluie, de la boue, du froid et de la neige. Les combats dans le bocage ou les forêts sont particulièrement déroutants et coûteux en vies humaines. Les hommes sont sales et les cas de pieds de tranchées, suite à l’humidité et au manque d’hygiène,  peuvent mener à l’amputation. Ils dorment peu ou mal.

Les jours se succèdent semblables aux précédents sans que les simples combattants aient une vision stratégique de la situation. Tous aspirent au retour. Mais celui-ci ne peut être obtenu que de deux façon : être blessé ou terminer la guerre.

Ni héros, ni lâches, les fantassins américains ont rempli leur devoir.