Publication annulée

La publication de mon petit ouvrage qui devait sortir pour la mi-septembre est définitivement annulée.

La Campagne de Sicile 1943

OPERATION « HUSKY » :

LE RETOUR DES ALLIES EN EUROPE, 10-11 JUILLET 1943

La défense de l’île est confiée à la 6ème Armée italienne du général Guzzoni. Les troupes mises à sa disposition sont essentiellement italiennes, dont les unités sont mal équipées, mal commandées et au moral particulièrement bas, particulièrement au sein des divisions côtières. Il dispose néanmoins de l’appoint de quelques unités allemandes. Convaincu de l’impossibilité de remporter la décision sur les plages, il décide de garder une masse de manœuvre en réserve afin de pouvoir frapper en force les unités débarquées. Ces réserves sont articulées autour de la 15.Panzergrenadier-Division et de la Panzer-Division « Hermann Goering ».

Les deux unités alignent 184 Panzer, dont 17 « Tiger ». En tout, Guzzoni dispose de 200 000 soldats italiens et de 35 000 Allemands. Ceci étant, Kesserling a autorisé ses deux commandants de divisions d’agir à leur guise, ce qui augure mal de la coopération entre Italiens et Allemands. Il n’a en effet plus confiance dans les qualités combatives de ses alliés et craint une capitulation de ceux-ci. La Lutfwaffe et la Regia Aeronautica alignent 1 560 avions en Méditerranée occidentale, mais, en raison des raids incessants des Alliés, seuls 175 avions allemands se trouvent en Sicile le jour du débarquement. Stationnée à la Spezia, la lotte italienne compte 6 cuirassés, 7 croiseurs et 30 destroyers. En outre, les forces de l’Axe possèdent 68 sous-marins, dont 20 U-Boote.

Aéroportés américains

L’opération « Husky » prévoit pour la première fois l’engagement de nombreuses troupes aéroportées. Dans le secteur britannique, ce sont 2 000 aéroportés de la 1stAirlanding Brigade du général Hopkinson qui doivent arriver sur l’île en planeurs et s’emparer du pont de Ponte Grande. Outre la prise du pont, la mission des aéroportés britanniques est de s’emparer. Le décollage s’effectue correctement mais la tempête se déchaîne et déporte les appareils de leur ligne de vol. 133 avions sur 145 atteignent le cap Passero, à la corne sud-est de la Sicile, mais en raison de l’obscurité qui empêche un certains nombre de pilotes inexpérimentés des remorqueurs de repérer les sites d’atterrissage, seuls 115 avions lâchent leurs planeurs. Les formations sont aussitôt dispersées par le feu nourri des pièces de DCA germano-italiennes.

Un terrible catastrophe s’abattit alors sur les aéroportés puisque plus de la moitié des planeurs atterrit en mer ! 252 hommes périssent noyés en mer. Seuls 12 planeurs se posent sur l’objectif. Beaucoup d’hommes sont blessés à l’atterrissage tandis qu’une partie des rescapés se heurte à des unités ennemies et sont tués, blessés ou capturés. Deux heures après les Britanniques, 266 C-47, chargés de 3 045 parachutistes américains du 505th Parachute Infantry Regimentdu colonel Gavin, décollent à leur tour des aérodromes africains. Dès le départ, les groupes perdent leur cohésion. Novices au vol de nuit, les pilotes abordent la Sicile depuis plusieurs directions et les largages sont d’une imprécision stupéfiante : moins de 200 hommes sont sur leur objectif au lever du jour. Toutefois, la majorité des parachutistes sautent à proximité de la zone de débarquement de la 45th ID.

A 1h45, le 10 juillet, débute le bombardement préparatoire de la flotte de guerre alliée. Il n’y a cependant aucune surprise tactique car des appareils de la Luftwaffe ont repéré plusieurs convois la veille tandis que la présence de parachutistes confirme qu’une opération de grande envergure a été lancée par les Alliés. A 2h45, les débarquements des troupes britanniques débutent, face à une opposition légère. Des unités de commandos participent à l’opération, une unité du SAS et le N°3 Commando s’emparant d’une batterie côtière au Cap Murro di Porco, tandis que les N°40 et N°41 Royal Marine Commando débarquent dans la péninsule de Pachino. La nuit et le manque d’entraînement sont toutefois à l’origine d’une certaine confusion. Certaines unités se trompent de plage ou débarquent en retard sur l’horaire prévu.

Près d’Avola, le débarquement de la 50th ID est encore plus difficile en raison du vent et des vagues. Dès le lever du jour, la situation s’améliore cependant, d’autant plus que la résistance ennemie est très faible. Sur le flanc droit, la 5th ID de Kirkmann s’empare du Ponte Grande, pris par les « Red Devils » la nuit puis repris par les Italiens, puis marche sur Syracuse qui tombe le jour même. Sur le flanc gauche, l’avance des Canadiens est également rapide et ils se rendent maître du terrain d’aviation de Pachino.

La 8th Army a donc débarqué la 1st Canadian Division, la 5th ID, la 50th ID, la 51th ID, une brigade indépendante et des unités de commandos pour des pertes très légères. Le débarquement est donc un succès.

Dans le secteur attribué à la 7th Army de Patton, les péniches de débarquement souffrent également de l’état de la mer. Ainsi, sur le flanc gauche, à Licata, la 3th ID de Truscott touche terre à 3h30, avec trois quarts d’heures de retard. L’unité est soumise aux tirs de l’artillerie lourde et de nids de mitrailleuses et doit subir une contre-attaque italienne. Toutefois, la tête de pont est solide. A l’aube, la ville de Licata est capturée. Les pertes américaines s’élèvent seulement à cent hommes. Au centre, la 1st ID, la « Big Red One », commandée par le général Terry de la Mesa Allen, commence son débarquement sur les plages de Géla à 2h, soutenue par des unités de Rangers, commandés par le colonel Darby. La résistance italienne s’avère acharnée et les Rangers doivent mener un dur combat pour nettoyer la plage et s’emparer de Géla en milieu de matinée. A droite de la 1st ID, la 45th ID de Middleton débarque sans encombre de part et d’autre de Scoglitti. En fin de journée, l’avance atteint 10 kilomètres. Trois divisions renforcées de plusieurs unités indépendantes sont donc à terre. Le débarquement de l’armée de Patton a donc réussi.

La réaction des forces germano-italiennes ne se fait toutefois pas attendre. Elle vient en premier lieu du ciel, où la Lutftwaffe intervient avec force dans la matinée. UnStuka touche de plein fouet le destroyer USS Maddox, qui explose aussitôt. Plusieurs autres navires sont coulés, dont deux précieux LST. Sur terre, Guzzoni est déterminé à réagir également avec force. La Panzerdivision « Hermann Goering »  du général Conrath est chargée de repousser les Américains à Géla. La première attaque est toutefois délivrée par une colonne blindée italienne de la Force Mobile E, équipée de chars Renault R-35, bien obsolètes en cet été 1943. Repoussée par l’infanterie américaine tirs des navires alliés, les Italiens n’en font pas moins preuve de courage et ils arrivent aux abords même de Géla.

Le Kampfgruppe de la « Hermann Goering » qui attaque également Géla est de son côté cloué au sol par l’intervention décisive des navires de guerre alliés. A Géla, les combats continuent. La Force Mobile E, renforcée par la division « Livorno » du général Chirieleison, s’accroche courageusement dans la ville où les combats font rage pendant des heures. Les pertes sont toutefois lourdes et les Italiens sont contraints au repli. Plus à l’est, un deuxième Kampfgruppe de la division « Hermann Goering » échoue face à la 45th ID, principalement en raison de l’incapacité des « Tiger » à venir porter soutien aux fantassins allemands. Au soir du 10 juillet, la tête de pont ne semble pas encore assurée. Guzzoni et Kesselring espèrent encore rejeter l’envahisseur à la mer. Le 11 juillet sera une journée cruciale.

Le 11 juillet, les Germano-italiens décident de lancer une opération conjointe avec pour seul objectif le secteur de Géla. Tandis que la division « Livorno » attaquera par l’ouest, la Panzerdivion « Hermann Goering » lancera des attaques convergentes vers Géla. L’attaque débute à 6h15, en même temps que l’aviation de l’Axe qui lancent de nombreux raids sur les plages et la flotte alliée. La division « Livorno » est stoppée nette devant Géla par un déluge d’artillerie terrestre et surtout marine qui pulvérise les véhicules italiens et écrasent les fantassins sous un feu d’enfer. Au bout de deux heures, les Italiens refluent. Les Rangers font 400 prisonniers. Les Panzer et les fantassins de Conrath passent également à l’attaque et sont très vite engagés dans des combats à très courte portée. Conrath regroupe en personne ses unités et les renvoie à l’assaut. Les Allemands finissent par submerger certaines positions avancées américaines et progressent irrésistiblement jusqu’à 9h. Les troupes de Conrath sont alors frappées de flanc à partir de l’est par un groupe de parachutistes menés par le colonel Gavin. Conrath doit alors détourner une partie de ses troupes pour parer à la menace mais gavin résiste à tous les assauts. Pendant que la division « Livorno » se fait écraser, sous les yeux même de Patton, les Panzer font mouvement vers les plages, et ne sont plus qu’à deux kilomètres du rivage, prenant d’enfilade les dépôts de ravitaillement et les chalands de débarquement. La victoire apparaît à portée de main. Les adversaires étant trop proches, la marine ne peut intervenir. Conrath est cependant repoussé et doit suspendre son attaque. Les Panzer subissent alors le feu des canons lourds de marine au cours du repli et le tiers des blindés de la division « Hermann Goering » sont détruits ou endommagés. Les Américains n’ont pas été rejetés à la mer : l’opération « Husky » est un succès.

Cette journée du 11 juillet se termine cependant par un drame pour les forces alliées. Les multiples raids aériens des forces de l’Axe dans la journée vont provoquer une tragique méprise de la part de la DCA américaine. En fin de journée, juste après avoir subit une attaque aérienne germano-italienne, la flotte américaine entend le grondement des moteurs d’une formation aérienne. Une mitrailleuse ouvre alors le feu sur les avions. En quelques minutes, toutes les pièces de DCA alliées de la flotte et de la tête de pont entrent en action. Personne n’a prévenu la flotte du passage des avions transportant les 2 300 Américains du 504th Parachute Infantry Regiment du colonel Tucker. 23 appareils sont abattus et 37 endommagés. En ce qui concerne les passagers, 141 parachutistes et pilotes sont tués, 132 sont blessés et 16 sont portés disparus. En outre, les formations aériennes perdent leur cohésion et les largages sont totalement dispersés. Les opérations aéroportées en Sicile se déroulent donc sous le sceau de la malchance, du manque d’entraînement et de l’inexpérience, des défauts auxquels il faudra remédier pour l’assaut à travers la Manche, prévu en 1944. Heureusement, ce désastre est sans conséquence sur « Husky », Patton et Monty ont déjà gagné la bataille pour assurer les têtes de pont.

Patton débarque en Sicile

Hors-Série Batailles & Blindés « La Campagne de Tunisie »

Sortie le 10 juillet dans les maisons de presse de mon dernier travail pour les éditions Caraktère dans le cadre de la revue Batailles & Blindés, pour laquelle j’écris depuis quelques années… Un hors-série que le lecteur peut compléter avec celui (le N°26) co-écrit avec David Zambon et Yann Mahé sur les forces de l’Axe en Afrique du Nord, ainsi que mon hors-série sur la 5. Panzerarmee (Ligne de Front, Hors-série N°29, également chez Caraktère): ces ouvrages ne font pas double-emploi.

Il s’agit de la première véritable synthèse sur la campagne de Tunisie disponible en français (bien que j’aborde la question, mais de façon moins détaillée, dans mes livres Afrikakorps, Patton et Rommel). Les études sur le DAK se focalisent sur la guerre du désert proprement dite, jusqu’à El Alamein.

La Tunisie constitue pourtant un théâtre d’importance stratégique primordiale.

Les affrontements les plus célèbres, comme Kasserine, sont revisités et questionnés, tandis que la lumière est faite sur des batailles beaucoup moins connues telles que Bouerat et l’Oued Akarit, mais aussi les premières semaines de combat en Tunisie.

J’emmène le lecteur sur les traces de l’Afrika-Korps et des autres formations germano-italiennes (la méconnue 5. Panzerarmee), des 8th et 1st British Armies, du II US Corps, mais aussi des Français de l’Armée d’Afrique.

L’US Army affronte pour la première fois la Wehrmacht sur le champ de bataille et c’est le retour de la France au combat avec des effectifs conséquents.

Il est question de nombreuses unités d’élite, telles que les Fallschirmjäger et les « Red Devils », mais aussi les Rangers et les dernières interventions en Afrique du SAS et du LRDG.

Les opérations menées en Libye (l’incroyable retraite de Rommel, qui est un véritable exploit) et en Tunisie sont étudiées de façon concomitante jusqu’à l’effondrement total de l’Axe en Afrique du Nord en mai 1943.

La question de la logistique, nerf de la campagne, est évidemment traitée, en n’oubliant pas l’autre exploit qui fut celui du GQG du Middle East Command qui a permis à la 8th Army d’atteindre Tripoli, certes sans détruire son adversaire.

Comme à mon habitude, la part belle est accordée aux détails et le travail est impartial, sans écarts visant à prétendre faire du neuf avec des affirmations erronées. Donc point de dénigrement inutile et systématique des qualités militaires de Patton ou de Rommel (à la mode chez certains) ou de mise en valeur injustifiée de Montgomery en passant sous silence les faiblesses du général anglais (un autre travers constaté ces dernières années) : seule compte l’Histoire… L’occasion est aussi donnée de découvrir certains officiers méconnus.

Au final, le lecteur découvrira l’âpreté des combats au niveau tactique, ainsi que l’importance stratégiques de cette campagne sur le cours de la guerre.

Il s’agit d’une victoire majeure -et complète- des forces alliées, la première d’importance remportée au cours du conflit. Elle est une étape cruciale qui mène à « Overlord », ce seul fait justifiant l’intérêt qu’on doit y porter.

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-Tous les jours en juillet, une photographie de Patton avec une anecdote ou une déclaration.

-Jusqu’à la fin-août, revivez aussi la bataille de Normandie au jour le jour avec l’événement (ou les événements) marquant du jour, une ou plusieurs photographies, des vidéos.

Recension « 1940. Vérités et légendes » de Rémy Porte

Rémy Porte, 1940. Vérités et légendes, Perrin, 2020

C’est le livre du moment à acheter au moment où nous commémorons les 80 ans de la défaite de la France. Fort bien écrit, sans ces partis pris malheureux qui entachent bien des ouvrages consacrés à cette période douloureuse de l’histoire nationale, Rémy Porte, que l’on connaît avant tout pour ses excellents livres consacrés à la Grande Guerre, nous offre un panorama fort instructif de la défaite de 1940. Pour ce faire, son ouvrage s’organise en 30 courts chapitres qui offrent autant de réponses aux questions essentielles qu’on se pose sur la « Drôle de Guerre », la campagne de Norvège, les combats de mai-juin 1940 et l’armistice du 22 juin. L’auteur dépasse les sujets militaires stricto sensu avec des entrées comme « Un gouvernement nomade pouvait-il gouverner? » ou « L’appel à Pétain était-il un complot contre la République? ».

Le lecteur saura tout ce qui est à savoir sur l’état de préparation de nos armées, de l’importance de la ligne Maginot, des responsabilités ou non du Front Populaire dans la défaite, des relations avec nos alliés, sur nos généraux… Des chapitres originaux questionnent la pertinence d’avoir déclaré Paris ville ouverte ou la possibilité d’avoir pu ouvrir un front dans les Balkans ou le Caucase. L’appel du 18 juin est replacé dans son contexte et dans sa réalité, de même que Philippe Pétain, qui n’est pas encore le collaborateur qu’il va devenir…

Bref, un livre très intéressant, répondant à de nombreuses questions sans sombrer dans la remise en cause systématique (une norme pitoyable chez certain(e)s auteurs/revues).

L’auteur est par ailleurs un fin connaisseur et ses orientations bibliographiques, bien choisies, seront fort utiles pour le lecteur qui veut approfondir tel ou tel point. je peux notamment recommander cet ouvrage d’Eric Denis, celui-ci et celui-là de Max Schiavon, un autre de Michel Truttmann, ainsi que cette somme de Jean-Yves Mary, et, plus récemment, un livre sur Rommel en Normandie en 1940.

Le petit format est par ailleurs très pratique et l’ouvrage se lit assez rapidement (284 pages tout de même). Je le recommande donc très vivement!

Recension de « Les Soldats de 1940. Une génération sacrifiée » de René Dalisson

Rémi Dalisson, Les Soldats de 1940. Une génération sacrifiée, CNRS Editions, 2020

Un titre qui promet, ainsi qu’un 4e de couverture enageant. L’auteur nous présente d’abord les faits, à savoir la « Drôle de Guerre » puis la débâcle (une vingtaine de pages). Les pages consacrées à la capture puis à la captivité -assez classiques mais bien écrites- occupent la plus grande part du passage couvrant la période de la guerre, selon toute logique puisqu’il s’agit là de l’expérience la plus longue vécue par les infortunés combattants français de 1940. Les conditions du retour sont bien rendues, avec un certain amalgame qui a pu se réaliser chez les autorités entre toutes les catégories de Français déplacés de gré ou de force en Allemagne, ainsi que le difficile retour à la vie civile et à la vie de couple (expérience commune à tous les belligérants, cela dit en passant).

La suite est tout aussi intéressante. J’ai particulièrement apprécié le chapitre 4 : « Les oubliés dune représentation collective: une mémoire qui flanche? ». Les deux autres chapitres de la 2e partie (de 1945 à nos jours) sont également passionnants et assurément le fruit d’un travail documenté: « la fabrique d’une représentation pendant les Trente Glorieuses » et « Dire, comprendre et penser « le syndrome de 1940″ ».

En dépit de leur intérêt, ces chapitres ne m’ont toutefois pas apporté tout ce que j’espérais.

L’auteur montre bien comment la politique a tenu un rôle dans l’oubli des vaincus de 40 (quoique le fait que leur mémoire ait été entachée par Vichy ne me convainc que modérément : l’Armée d’Afrique était aussi celle de Vichy (elle a même ouvert le feu sur les Alliés !) et, pourtant, elle s’est couverte de gloire. En revanche, on voit combien le mythe de la Résistance s’est emparé des esprits. L’évocation de cet oubli (ou de ce refoulement) au cours des Trente Glorieuses puis jusqu’à nos jours est intéressante. L’attrait pour des chercheurs pour l’Occupation, Vichy, la Résistance et la Déportation est prégnant, et il ne se dément pas (l’histoire militaire de la Seconde Guerre mondiale n’attire que peu de spécialistes dans les universités françaises, et encore cela se cantonne souvent aux FFL).

Certes, le nombre d’ouvrages consacrés aux combattants de 1940 n’a de cesse d’augmenter, de même que l’intérêt qu’on y porte, et l’auteur de citer les musées, mais aussi les bandes-dessinées. Etrangement, alors que Rémi Dalisson souligne le regain d’intérêt pour l’armée française, il ne cite pas les ouvrages majeurs publiés en français ces dernières années (sauf le dithyrambique mais intéressant Lormier, ainsi que Claude Quétel), à tout le moins ceux qui sont spécifiquement consacrés à l’histoire militaire (un manque d’intérêt pour la chose militaire si courante ?). Idem pour les revues, si 39/45 Magazine est cité (pourtant plus porté sur les SS), quid de GBM, revue très fouillée spécifiquement  dédiée aux armées françaises des deux guerres mondiales, avec des articles signées des meilleurs spécialistes comme François Vauvillier ou Eric Denis ? Par ailleurs, le propos tourne souvent sur la question des prisonniers (en citant même bizarrement des films fameux qui ne mettent pas en scène des prisonniers français…), plus que sur les combats de 1940 et l’impact que ceux-ci ont eu sur la postérité de nos soldats. Des soldats qui comptaient aussi dans leurs rangs de nombreux jeunes, mobilisés à 20 ans, ce qui fait qu’il ne fauta pas imaginer que les résistants étaient forcément plus jeunes que les prisonniers, d’autant que les réfractaires qui ont pris le maquis ne représentent qu’une partie du phénomène de la Résistance.

Pis, aucune allusion à l’image de notre armée et de nos soldats aux yeux des contemporains, Allemands, Américains et autres, ce qui aurait mérité un chapitre (ceci étant, chaque auteur est libre de traiter son sujet selon la manière qui l’entend). Pourtant, si notre historiographie a redonné sa place à nos troupes, il n’en va guère de même ailleurs… et cela dure depuis 1940. Les documentaires anglo-saxons consacrés à 1940 sont à l’avenant, mais l’auteur ne les cite pas.

Quant aux films et aux fictions TV, Rémi Dalisson leur consacre des lignes intéressantes (évidemment La Vache et le Prisonnier ainsi que La 7ème Compagnie…, Un Village Français), si la mise en avant de la Résistance est soulignée, ainsi que la piètre image de nos soldats de 40, les oeuvres illustrant la concurrence mémorielle des troupes des FFL ou issues des rangs de l’armée d’Afrique sont ignorées (citons Carillons sans Joie sur Medjez-el-Bab ou Bataillon du Ciel sur les SAS).

L’auteur a ainsi tendance à présenter la mémoire de ceux de 40 comme uniquement occultée par celle de la Résistance. Pour Rémi Dalisson, celle-ci semble avant tout la résistance intérieure. J’ai été surpris qu’il passe sous silence l’importance mémorielle de la France Libre et des FFL : nulle mention de Koufra, de Normandie-Niemen, de Cassino ou de l’Armée B, et surtout de Bir Hacheim, combat épique entre tous qui a redoré le blason de l’armée humiliée de 1940.

Bref, en dépit des réserves exprimées, un livre original et fort intéressant, qui a pour lui d’aborder cette campagne de 1940 sous un angle peu abordé, à savoir l’image du soldat français de 1940 (j’y consacre deux petites pages dans 2e Guerre Mondiale Magazine N°89, paru en mai 2020, l’ultime numéro d’une revue qui disparaît…).