21 janvier 1942: Rommel contre-attaque en Libye

 

21 janvier 1942: Rommel contre-attaque en Libye

 

 

 

 

D’après le journal de Goebbels en date du 20 janvier 1941, il semblerait que Hitler entende reprendre Benghazi puis céder le commandement des opérations en Afrique à Crüwell et utiliser son « meilleur général » ailleurs, en Russie probablement[1]. Il n’en sera rien. Le 21 janvier 1942, sans prévenir l’OKW ni les Italiens en qui il n’a aucune confiance, Rommel repart à l’attaque avec environ 200 chars et affronte la 1st Armoured Division, forte de 150 chars, à Agedabia. Bien que le sable mou leur cause quelques difficultés, les Allemands, favorisés par une tempête de sable, démontrent à nouveau leur supériorité sur le terrain. En novembre 1941, les services de renseignements d’Auchinleck apprennent que les Panzer III et IV sont maintenant équipés de plaques de blindages additionnelles et sont dotés de canons plus performants. La largeur accrue de leurs chenilles -400 mm- accroît leurs performances tout terrain[2]. Mais, de façon surprenante, cette information essentielle n’est pas transmise au front. Les unités de tanks britanniques découvrent donc ces nouveaux Panzer en janvier 1942 lorsque Rommel lance sa contre-attaque (en mai selon K. Fish)[3].

     

L’avancée de Rommel apparaît aussi irrésistible que lors de sa première offensive de mars-avril 1941. Rommel rappelle à l’Oberstleutnant Marcks l’objectif qu’il lui a assigné : « Ne perdez pas de vue que votre objectif est Agedabia ». Le Kampfgruppe Marcks, composé d’unités de la 90. Leichte-Afrika-Division ainsi que des 15. et 21. Panzer-Divisionen, s’ébranleà nouveau vers l’est. Marcks s’empare d’Agedabia 24 heures après avoir percé le front à Mersa el Brega. Le MG-Bataillon 8 suit Marcks. Les mitrailleurs doivent s’emparer de Saunnu et de son point d’eau avec le soutien de 25 Panzer de la 21. Panzer-Division ainsi que de deux Flak de 88 mm. Les Allemands se heurtent à une centaine de blindés britanniques. Pourtant, ces derniers ne sont guère enclins à résister jusqu’au bout et ne cessent de manoeuvrer sous le couvert d’un rideau de fumée. Ce dernier ne les préserve aucunement des frappes des 88 mm : 32 engins sont incendiés. De leur côté, les mitrailleurs empêchent toute tentative de débordement britannique. Sous l’œil attentif de Rommel présent sur les lieux, la coopération interarmes démontre une fois de plus toute son efficacité. Les soldats de l’Afrika Korps poursuivent leur progression sur un terrain ondulant avant de parvenir au sommet d’une crête. De là, ils découvrent la dépression de Saunnu occupée par une cinquantaine de tanks, deux batteries d’artillerie et un certain nombre d’autres véhicules. Soudain, dix blindés anglais se dirigent vers la crête. Mais les mitrailleurs allemands appuyés par des pièces antichars les attendent de pied ferme. Mouvement pour le moins téméraire. Les Pak du 2./Panzerjäger-Abteilung 39 ont vite fait de repousser cette attaque risquée mais une deuxième tentative britannique parvient à ses fins. Trois canons allemands sont même broyés sous les chenilles des tanks anglais tandis que les tracteurs sont criblés de balles par les mitrailleuses de bord. Pendant ce temps, les Panzer ont fait mouvement pour attaquer la cuvette depuis l’ouest. Le puits de Saunnu est pris par les Allemands. Le matin du 24 janvier, ne soupçonnant rien, un convoi britannique venu faire le plein d’eau tombe, pénètre dans la dépression sans précaution et tombe dans une souricière : 5 camions sont détruits et 12 autres capturés[4].

Le 24 janvier, le Kamfgruppe Marcks reçoit l’ordre de s’emparer de Msus. Les Britanniques parviennent in extremis à détruire les stocks d’essence mais abandonnent 127 canons et 600 véhicules aux Allemands. Ces derniers découvrent en outre 50 blindés dans un atelier qui n’a pu être évacué à temps[5]. Les Allemands estiment par ailleurs les pertes ennemies du 21 au 24 janvier à 143 tanks et automitrailleuses ainsi que 80 canons. Le 25 janvier, le butin de l’Afrika Korps se monte à 96 chars, 38 canons antichars[6]. Selon la 8th Army, les pertes britanniques du 21 janvier au 6 février se monteraient à 1 390 hommes, 72 chars détruits ou abandonnés ainsi que 40 pièces d’artillerie (hors antichars)[7]. La victoire de Rommel est obtenue à moindre frais : 1 tué et 13 blessés au Kampfgruppe Marcks du 27 au 29 janvier et 5 morts et 10 blessés au sein de l’Afrika Korps[8]. Les combats de chars ont encore une fois tourné à l’avantage des Allemands. Leur supériorité en la matière est incontestée depuis les affrontements de « Battleaxe » en juin 1941. Auchinleck ne peut qu’amèrement transmettre à Churchill que le personnel du Royal Armoured Corps a perdu confiance en son équipement[9].

   

Le Comando Supremo, furieux de ne pas avoir été informé de la contre-attaque, mais également inquiet pour le ravitaillement, veut limiter l’offensive[10]. Au contraire, montant son approbation, Hitler promeut Rommel au grade de General der Panzer le 24 janvier[11]. Rommel poursuit cependant l’attaque et trompe Ritchie en lançant une feinte vers Mechili avec le DAK lors que son véritable objectif est Benghazi. La 4th Indian Division, positionnée à Benghazi, est partiellement encerclée et perd 1 000 hommes. Toutefois, 4 000 hommes parviennent habilement à s’extirper de la nasse[12]. L’Afrika Korps parvient cependant à faire main basse sur un stock d’équipement impressionnant, entreposé à Benghazi en vue de l‘opération « Acrobat ».

Comme en avril 1941, l’Afrika Korps parvient jusqu’au paysage déroutant des montagnes vertes du Djebel Akhdar. « Sommes-nous encore en Afrique ? Quel pays merveilleux ! Des bosquets verts, des prairies, des cyprès, des bouleaux, des pins et partout des fleurs »[13]. La poursuite s’achève début février sur la ligne de défense de Gazala. Mussolini se montre satisfait de Rommel. Hitler également. Le Führer accorde au « Renard du désert » l’insigne honneur d’être le premier officier de la Heer à recevoir les Glaives à sa croix de chevalier de la croix de fer[14]. Début février, les deux armées, à cours de ravitaillement, ne peuvent poursuivre les opérations. Les forces de Rommel se limitent à 14 700 Allemands et 21 712 Italiens[15]. Pour l’heure, il n’est nullement question de poursuivre l’avance.

[1] Kitchen M., p 184

[2] Battistelli P.P., p 61

[3] Piekalkiewicz J., p 96

[4] Kurowski F., p 131-132

[5] Kurowski F., p 135

[6] KTB OKW, volume 2, I 25-26-27/01/1942

[7] Playfair I.S.O., p 151-152

[8] KTB OKW, volume 2, I 30/01/1942

[9] Neillands R., p 101

[10] Playfair I.S.O., p 145

[11] Kitchen M., p 192

[12] Playfair I.S.O., p 150

[13] Carell P., p 214

[14] Lemay B., p 216

[15] KTB Anlage 19 E 14/02/1942

Write the message

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>