22 janvier 1944: opération « Shingle » à Anzio-Nettuno (3)

 

Anzio: une contre-attaque massive bien trop tardive

Extrait de mon article de Batailles & Blindés N°72: « Sie Kommen! Contre-attaquer les têtes de ponts amphibies avec les Panzer: mission impossible? » (les images sont différentes de celles de l’article)

(voir mes autres chapitres de l’article: Géla, Salerne et la Normandie)

L’histoire est bien connue : Kesselring est pris au dépourvu lorsque les Alliés débarquent à Anzio, à 58 km de Rome, le 22 janvier 1944 (opération « Shingle »). Côté allemand, près de la capitale italienne, très vulnérable, ne sont disponibles que quelques éléments éparpillés des divisions de choc. Impossible dans ces conditions d’espérer lancer le jour même une contre‐attaque sur les plages contrôlées par les Anglo‐Américains. Pourtant, l’inertie des Alliés permet à Kesselring de rameuter nombre d’unités placées en réserve ou en provenance d’autres secteurs, y compris hors d’Italie, mais aussi depuis le front de Monte Cassino.

   

Le 29 janvier, soit une semaine après le lancement de « Shingle », les Allemands ont solidement verrouillé la tête de pont. Certes, en cet hiver 1944, la Wehrmacht en Italie n’aligne que sept unités mobi‐ les – deux Panzer-Divisionen (26. et « Hermann Göring ») et cinq de Panzer-Grenadiere (3., 15., 29., 90. et 16. SS), soit, au total, seulement 428 Panzer pour tout le front italien (sans compter les Panzerjäger et les Semoventi), auxquels il faut ajouter 286 Panzer qui sont expédiés en renfort d’Allemagne en moins d’un mois après l’annonce du débarquement. Pas plus de 800 blindés pour l’ensem‐ ble du front italien : Kesselring pourra‐t‐il en concentrer une quantité conséquente pour mener une contre‐attaque d’envergure dans la seule

zone d’Anzio ? Parmi les nombreuses unités déployées, on note la présence de la « Hermann Göring », de la 3. Panzer-Grenadier-Division, de la 26. Panzer-Division, ainsi que, en réserve, des éléments de la 16. SS-Panzer-Grenadier-Division « Reichsführer‐SS ». D’autres renforts sont en route. Accrochages et engagements sérieux se multiplient, et les Allemands prennent déjà la mesure de la puissance des Alliés, notamment de leur artillerie.

Le Generaloberst Eberhard von Mackensen, Kommandeur de la 14. Armee, peut donc songer à balayer la tête de pont par une contre‐ attaque d’envergure baptisée « Fischfang ». Retardé à plusieurs reprises, l’assaut, qui se veut décisif, ne débute que le 16 février, après une série de combats préparatoires très prometteurs. Les Allemands y mettent les moyens : la progression se fera sous le couvert de plus de 600 canons (en comptant les 8,8cm de Flak), dont des pièces lourdes sur voie ferrée, ainsi que de 68 Nebelwerfer (lance‐roquet‐ tes). Sturmpanzer Brummbär, Panzerjäger Hornisse et Elefant, Tiger I et autres Panther seront aussi de la partie aux côtés des chars et chasseurs de chars des divisions de Panzer et de Panzer-Grenadiere. Après quelques notables succès tactiques des Allemands, malgré les moyens conséquents engagés par ces derniers, la bataille s’enlise et s’éternise pendant un mois.

    

Que s’est‐il passé ? Il s’est d’abord écoulé un laps de temps trop long entre l’opération amphibie et le lancement de « Fishfang » : 25 jours ! Rommel saura s’en souvenir. Ce laps de temps, considérable, a permis

aux Alliés de fortement étoffer leurs positions défensives, qui plus est appuyées par une artillerie elle aussi consé‐ quente. Une donnée qui se retrouvera en Normandie. Ainsi, des centaines de canons antichars et plus de 800 Tanks attendent de pied ferme les Panzer… La boue qui recouvre le champ de bataille, par ailleurs généralement dépourvu de couverts, et la grêle d’obus, notamment de l’artillerie navale, qui s’abat sur les assaillants ren‐ dent la tâche de ces derniers impossible. Que souhaitait Mackensen ? Affaiblir suffisamment l’ennemi en première ligne pour rendre une percée possible, après quoi les Panzer auraient foncé jusqu’à Nettuno avant de nettoyer la tête de pont. Le 28 février, l’ultime tentative fait long feu. Le 29 février, les Alliés tirent la bagatelle de 65 000 obus sur les assaillants… Certaines unités allemandes

sont épuisées, le moral est en outre défaillant, et il n’existe pas de réserves fraîches à lancer dans la bataille.

 

Convoqué devant Hitler, le général Fries, commandant de la 29. Panzer-Grenadier-Division, expose au Führer les raisons de l’échec. Outre les points déjà relevés, le général allemand l’impute avant tout aux carences de la Luftwaffe et, a contrario, à la gêne qu’a représentée l’aviation alliée. Mais Fries sous‐estime l’effort de la Luftwaffe, qui a fourni, comme à Salerne, un appui beaucoup plus efficace qu’elle ne le pourra en Normandie. Les Panzer n’ont par ailleurs pas été présents en nombre considérable : moins d’une centaine opérationnels le 1er février, guère plus de 250 au plus fort de l’offensive, cette dernière impliquant également des formations d’infanterie, y compris d’élite, comme les Fallschirmjäger.

Certes, le 6th Corps du général Truscott est enfermé dans une poche et incapable de s’en extraire face à l’épaisseur du dispositif allemand, mais le constat d’échec vaut aussi pour la Wehrmacht : alors que se profile l’« Invasion » à l’Ouest, les Panzer, pourtant bien appuyés en artillerie, n’ont pas été en mesure de repousser l’ennemi jusqu’au rivage. Une victoire allemande aurait pourtant donné un formidable coup de fouet au moral du Reich, civils comme militaires. Elle aurait surtout représenté un sérieux avertissement pour les Alliés s’apprêtant à lancer « Overlord ».

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