26 juin 1942: Mersa Matrouh

MERSA MATROUH 26-28 JUIN 1942:DERNIERE VICTOIRE DE ROMMEL DANS LE DESERT

 
Les unités de reconnaissance sont les premières à franchir la frontière. A droite, l’Oberst Bayerlein aux côtés de Rommel, qui vient d’être promu Generalfeldmarschall, alors au zénith de sa gloire.
 La Luftwaffe ne suit pas la progression en EgypteUn Panzer III Sur l’escarpement dominant Mersa Matrouh

Mersa Matrouh est la bataille qui n’aurait pas dû avoir lieu. Cavallero et Kesselring auraient souhaité que la Panzerarmee de Rommel se positionne sur la frontière égypto-libyenne après la prise de Tobrouk le 20 juin 1942. Il importe avant tout, selon eux, de s’emparer de Malte. Fort de l’appui du Führer et de celui du Duce, Le Feldmarschall Rommel entame pourtant l’invasion de l’Egypte où son destin se jouera à El Alamein. Avant d’atteindre cette position appelée à entrer dans l’Histoire, il va devoir au préalable affronter la 8th Army au cours d’un premier affrontement majeur sur le sol égyptien qui aurait pu tourner à son désavantage. L’entrée de Rommel en Egypte est cependant un risque calculé: les messages décryptés adressés à Washington par le colonel Fellers, l’attaché militaire américain au Caire, ne confirment-ils pas les importantes pertes subies par la 8th Army?

Mersa Matrouh ou El Alamein?

Le général Neil Ritchie, qui tient encore les rênes de la 8th Army, entend s’appuyer sur les défenses de Mersa Matrouh, décision fort logique puisque la petite localité égyptienne constitue le pivot de la défense britannique de l’Egypte face à un assaillant venant de l’Ouest depuis 1940, et même avant. Depuis ce temps-là, il est entendu que la perte de Matrouh signifierait immanquablement la chute de l’Egypte. La position, base principale de l’ancienne Western Desert Force, est fortifiée. Les sapeurs, protégés par un cordon de protection, s’activent à renforcer les champs de mines: 9 000 mines doivent être posées par les troupes du génie des 2nd New-Zealand et 5th Indian Divisions pour renforcer la zone au sud du point dit « Charing Cross ». Un travail dangereux, sans même pouvoir disposer du relevé exact des anciens champs de mines sur des cartes mises à jours. Un camion transportant 350 mines explose après avoir roulé par mégarde sur une mine: 2 hommes sont tués, 5 autres blessés et le 8ème, disparu, s’est volatilisé. Rommel estime que près de 200 000 mines protègent la forteresse. De toute façon, Ritchie ne présidera en aucune manière aux destinées des troupes de la 8th Army défendant l’Egypte: le 25 juin, Auchinleck le relève et assume personnellement le commandement sur le terrain.

Estimant la situation comme particulièrement critique, Auchinleck tergiverse: il ne veut pas prendre le risque de voir la plus grande partie de son corps de bataille anéantie à Mersa Matrouh. Surestimant le nombre de Panzer dont dispose Rommel (les services de renseignements britanniques créditent le « Renard du Désert » de 339 blindés dont 220 Panzer), il craint une percée au centre ou enveloppement par le sud et il ne pense pas que la position soit tenable. Un repli est sans doute à envisager jusqu’à El Alamein, où déjà les Sud-Africains donnent les premiers coups de pioches pour renforcer les défenses existantes. S’il avalise l’idée d’un repli d’abord sur Fouka (les plans sont déjà distribués aux unités), il envisage finalement d’accepter de livrer bataille à Mersa Matrouh ne serait-ce que pour retarder l’ennemi: « j’ai donc annulé les ordres de tenir à Matrouh et j’ai donné les instructions à la 8th Army pour se replier jusqu’à El Alamein, en retardant l’ennemi le plus possible au cours de cette manoeuvre ». L’ordre n°83 qu’Auchinleck envoie à la 8th Army est quelque peu ambigu (d’autant qu’il complète cet ordre par des instructions additionnelles). Certes, il annule la directive précédente qui envisageait de livrer la bataille décisive à Matrouh. Certes, le repli jusqu’à El Alamein est clairement établi. Mais l’ordre stipule également que « la 8th Army stoppera l’avance de l’ennemi vers l’Est et le dans la zone Matrouh-El Alamein-Naqb Abu Dweiss-Ras el Qattara » (ces deux dernières positions se situant au sud d’El Alamein). Les forces déployées à Mersa Matrouh reçoivent l’ordre de retarder (voir de défaire) Rommel mais de retraiter de Matrouh si l’ennemi menace d’anéantissement les unités qui s’y trouvent. Que faut-il comprendre? Les Xth et XIIIth doivent-ils donc tenir à Matrouh si aucune attaque sérieuse les menace (c’est à dire s’il n’y pas danger d’annihilation) tout en préparant le repli? Ils doivent en effet se préparer à mener des opérations mobiles. Tout le matériel, le ravitaillement et les troupes (les unités d’artillerie doivent rester mais seulement le « minimum d’infanterie ») non jugés comme essentiels pour les combats dans la zone de Mersa Matrouh doivent se replier. Alors que les ordres précédents visant à transformer Matrouh en forteresse ne se sont pas encore complètement traduits effectivement sur le terrain. La 10th Indian Division, qui devait se fortifier, reçoit l’ordre de se préparer à passer d’un combat statique à une guerre de mouvement. Ce n’est que dans la nuit du 25 au 26 juin, voire en début d’après-midi le 26 juin que les formations de la 8th Army sont informées des nouveaux ordres. Mais Rommel n’est plus très éloigné… Par ailleurs, les blindés (qui ont beaucoup souffert à Gazala) ne doivent intervenir que si une opportunité particulièrement favorable se présent.

Le regard d’Auchinleck se porte déjà sur El Alamein, position beaucoup plus forte que celle de Mersa Matrouh (car non contournable si on dispose de suffisamment de défenseurs). Aussi est-ce à son corps défendant qu’il est contraint par Rommel à combattre à cet endroit. La bataille décisive ne sera pas donc livrée à Mersa Matrouh: c’est un changement radical par rapport aux directives données par Ritchie quelques jours auparavant. Mais la 8th Army va devoir y livrer un combat. Les limites du style de commandement d’Auchinleck apparaissent ici au plus grand jour: si tout est clair dans son esprit et dans celui de Dormann-Smith, son chef d’état-major officieux, les ordres transmis sont moins limpides pour les subalternes.

 

Pour en savoir plus : Mon article dans Batailles & Blindés N°58,« Mersa Matrouh »

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