73 years ago : Iwo Jima

                 IWO JIMA : L’ETAU SE RESSERRE, 19 FEVRIER-26 MARS 1945

Fin 1944, les Américains se rapprochent inexorablement du Japon. Les Mariannes offrent la formidable possibilité de soumettre l’archipel japonais au bombardement des superforteresses volantes Boeing B-29. A mi-chemin entre le Japon et les Mariannes, l’île d’Iwo Jima, étape obligée du trajet aérien suivi par les bombardiers, se doit d’être sécurisée. En effet, la mainmise sur cette île assurerait une base idéale pour frapper l’intégralité du Japon. En outre, il serait alors possible aux bombardiers endommagés d’y trouver refuge au lieu de s’abîmer en mer. Le programme de bombardement du tissu industriel japonais doit prendre de l’ampleur en 1945. Il faut donc s’emparer d’Iwo Jima. Cette tâche est assignée au 5th US Marine Corps du général Harry Schmidt, subordonné à Holland-Smith, soit 70 000 hommes regroupés au sein des 3rd, 4th et 5th Marine Divisions. Le commandement japonais a clairement saisi l’importance d’Iwo Jima et les travaux de mise en défenses ont en fait débuté dès le mois de mars 1944. La garnison est dirigée par le brillant général Kuribayashi qui dispose de 21 000 hommes sous ses ordres, beaucoup plus que les estimations américaines qui lui en accordent à peine 13 000. Les Japonais possèdent en outre 361 pièces d’artillerie, 65 mortiers et 33 pièces navales de gros calibre. Kuribayashi est prêt à recevoir l’assaut américain. Ses hommes sont préparés à lutter jusqu’à la mort et les défenses sont conséquentes. Les bunkers, partiellement bétonnés, s’avèrent si habilement construits que des semaines de bombardements aériens et navals n’ont pas permis de les neutraliser. Kuribayashi a bien compris que les charges Banzaï n’aboutissent sur absolument aucun résultat tangible. Il préconise en revanche de combattre sur des positions de résistance préparées à l’avance. Le général japonais sait qu’il ne peut remporter la victoire, mais il est fermement disposé à infliger le maximum de pertes aux Américains. Lui-même et tous ses hommes sont prêts au sacrifice suprême pour leur patrie.

La formidable armada d’invasion quitte Saipan le 15 février. Le lundi 19 février 1945, les Marines débarquent à Iwo Jima. Dès le début, la bataille s’avère être un véritable cauchemar pour les Américains. Les jours précédents le débarquement voit se succéder une série de déconvenues au cours des bombardements préparatoires : mauvais temps, coups au but des batteries côtières japonaises, … Le Jour J, tandis que les cuirassés et les croiseurs soumettent l’île à une terrible et ultime préparation d’artillerie et que l’aviation embarquée frappe durement les défenses ennemies, des milliers de Marines embarquent à bord des LVT. Alors que les Amtracks déversent leur lot de Marines et que les Sherman débarquent de concert, le sable noir volcanique s’avère être un premier obstacle, sans parler de la légère élévation haute d’une quinzaine de mètres qui court tout au long de la plage. Seuls des tirs d’armes légères et l’explosion d’un obus de mortier sporadique accueillent les assaillants.

 

   

Les vagues d’assaut se succèdent au rythme toutes les 5 minutes et, très vite, les plages sont congestionnées. Kuribayashi décide alors de déclencher comme prévu un terrible barrage en employant toutes se pièces d’artillerie et ses mortiers. Il est alors 10h. L’ensemble du front s’embrase sous les tirs d’obus et les rafales de mitrailleuses japonais. La confusion est totale. Toutefois, sur Green Beach, au pied du mont Suribashi, le terrain, plus rocheux est moins difficile pour les Marines du 28th Rgt. Les combats sont cependant partout particulièrement acharnés et les Américains doivent lutter pour chaque bunker et chaque grotte défendu par les Japonais. Le mont Suribashi est rapidement isolé puisque les premiers Marines atteignent la côte ouest à 10h35. Sur les Red et Yellow Beaches, les 27th et 23rd Rgts progressent difficilement et subissent de lourdes pertes. Sur Blue beach, le 25th Rgt est aussi durement accueilli, particulièrement sur le flanc droit, dans le secteur de l’éminence baptisée « Quarry », où à peine 150 Marines d’un bataillon de 900 hommes sont encore sains et saufs. Toutefois, à 11h30, les Marines ont atteint l’extrémité sud de l’aérodrome n°1. Le soir, les objectifs n’ont pas tous été atteints et les pertes sont lourdes. 30 000 hommes sont déjà à terre. Aucune contre-attaque n’est lancée cette nuit-là.

Les cinq jours qui suivent, les Marines s’attaquent au mont Suribashi vers le sud tandis que plusieurs régiments sont engagés au nord afin de s’emparer des aérodromes n°1 et 2. Le volcan est soumis au bombardement terrifiant des appareils américains qui larguent bombes après bombes, dont du napalm, tandis que les destroyers apportent également leur concours aux assauts du 28th Rgt. Les combats sont particulièrement disputés et ce n’est que le 23 février que les Marines s’emparent du mont Suribashi, sur le sommet duquel est hissé le drapeau américain.

Le pire est pourtant à venir. Les pertes élevées, le manque de soleil, l’absence de nourriture chaude et les intempéries minent le moral et l’efficacité des troupes américaines. Les navires de la Navy Task Force qui soutient les débarquements sont eux-mêmes soumis à une des premières véritables attaques Kamikaze de la guerre. Le porte-avions USS Bismark Sea succombe à l’attaque, tandis que deux autres sont endommagés, dont le vénérable USS Saratoga, vétéran du début de guerre. Le 24 février, une attaque d’envergure est lancée entre les deux aérodromes par le 21st Rgt sous le couvert d’une puissante préparation d’artillerie. Après un féroce corps à corps et des combats à la grenade et au lance-flammes, les Marines contrôlent l’aérodrome n°1. En six jours, les pertes américaines sur Iwo Jima se montent déjà à 1 034 tués, 3 741 blessés, 5 disparus et 558 souffrant d’épuisement consécutif aux combats. Le mont Suribashi et moins de la moitié de l’île sont contrôlés.

  

Les Marines doivent maintenant s’emparer de la partie septentrionale d’Iwo Jima. De J+6 à J+9, de terribles combats vont avoir lieu pour s’emparer de quatre formidables positions défensives situées à l’est de l’aérodrome n° 2 et baptisées ironiquement le « Hachoir à Viande » par les Marines de la 4th Division. La première journée révèle d’emblée l’enfer des combats : en dépit d’un soutien en armes lourdes conséquent, 500 hommes sont perdus pour des gains inférieurs à 100 m ! La colline 382 est en outre la scène d’une retraite humiliante des restes d’une section encerclée par les Japonais. Le lendemain, le 23rd Rgt est cloué par les tirs de mitrailleuses dans les secteurs « Amphitheater » et « Turkey Knob ». Ce jour-là toutefois, le Marine Douglas Jacobson réduit au silence à lui seul pas moins de 16 positions défensives ennemies avec son bazooka, tuant 75 Japonais à cette occasion. Cet exploit lui vaudra de recevoir la Médaille d’Honneur. A D+12, les Marines, soutenus par les Sherman, s’approchent du sommet de « Turkey Knob » pour être finalement repoussés. Seule la colline 382 tombe enfin. Sur la côte ouest, la 5th Marine Division repousse les défenses nippones après la prise de la colline 362A. Au centre, l’avance de la 3rd Marine Division est également satisfaisante mais les combats ont été acharnés, provoquant des pertes prohibitives. A J+16, le 8 mars, les pertes américaines sont alors terrifiantes : 16 000 hommes, dont 3 000 tués, ont été perdus depuis le Jour J. Dans le camp adverse, Kuribayashi ne dispose plus quant à lui que de 7 000 combattants. Entre-temps, l’aérodrome n°1 est déjà opérationnel et les premiers B-29 en perdition peuvent s’y poser.

                      

Le 9 mars, le périmètre défensif japonais est coupé en deux poches : une au nord-ouest, avec le général Kuribayashi, dont un secteur recevra le très révélateur surnom de « La Vallée de la Mort » avec de nombreux canyons, et une seconde poche de résistance au nord-est, avec notamment le « Hachoir à Viande ». Ces poches vont s’avérer être le théâtre de violents combats très meurtriers. Les chars lance-flammes sont un appoint non négligeable mais la nature rocailleuse du terrain et les mines rend l’emploi des Sherman des plus délicats. Dans la nuit du 26 mars, 200 à 300 Japonais parviennent à s’infiltrer dans les lignes américaines et surprennent un campement américain encore endormi. Le carnage est complet mais les assaillants ont été massacrés. La bataille est maintenant achevée. A l’issue de cette coûteuse campagne, 2 200 B-29 en détresse se poseront sur l’île d’Iwo Jima, avec 22 000 hommes d’équipages à leur bord, autant de vies humaines épargnées par le sang des Marines versé pour la prise de haute lutte de l’île. Les Américains ont perdu 6 871 tués et près de 20 000 blessés pour s’emparer d’Iwo Jima. 18 des 24 chefs de bataillons sont au nombre des pertes. Les 21 000 Japonais sont presque tous morts, dont leur chef, le général Kuribayashi, qui a réussi l’exploit d’infliger plus de pertes aux Américains qu’il n’en a lui-même subit, un cas unique dans la guerre du Pacifique.

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