77 years ago: El Alamein 1942 (18). Le champ de bataille aujourd’hui

  LE CHAMP DE BATAILLE D’EL ALAMEIN AUJOURD’HUI

Le champ de bataille

Il émane des champs de bataille une atmosphère comparable à nul autre site historique. Le spécialiste ou l’amateur averti, tout autant que le touriste lambda, ne peut que ressentir le drame qui s’est déroulé sur le sol qu’il foule de ses pieds. Ses pensées peuvent aisément restituer le tumulte et le fracas de l’affrontement, son esprit se porte invariablement vers les hommes qui ont souffert et qui sont morts en ce lieu désormais inscrit dans la mémoire des hommes. Pour le passionné de la guerre du désert entre 1940 et 1943, El Alamein représente le champ de bataille qui a le plus à offrir en terme d’émotion et de vestiges. Le sable n’a cessé d’y effacer les traces des combats depuis 75 ans. Pourtant, l’esprit de la bataille et l’atmosphère unique de l’endroit procurent une sensation particulière. Il n’est guère malaisé de se projeter en arrière et de laisser exalter son imagination. Le désert a en grande partie gardé son aspect d’alors. Le site de la bataille est facilement accessible par la route côtière depuis Alexandrie. Le site d’une unique gare est devenue une petite ville de 5 000 habitants. Cette petite gare, qui a donné son nom à El Alamein, est toujours debout, quoique malmenée par les ans. Cet endroit est aisément reconnaissable pour celui qui a vu les photographies du bâtiment en 1942. C’est en fait un des rares éléments du décor de l’affrontement qui soit identifiable au premier coup d’œil. Les reliefs et autres particularités du terrain sont bien connus, mais il est bien dur, voire impossible, de réaliser le lien avec une photographie précise, sauf pour les accidents de terrain particulièrement remarquables comme le mont Himeimat , tout au sud, aux confins de la Dépression de Qattara. Le Trig 33, sur la crête de Tell el Eisa est également aisément repérable, puisque orné d’un monument commémoratif, à proximité du cimetière italien. L’entreprise hasardeuse consistant à effectuer le tour de tous les hauts lieux des trois batailles d’El Alamein est pourtant une entreprise à risque, à telle point qu’elle s’avère impossible. Les routes utilisables laissent immanquablement place à des pistes difficilement praticables pour un véhicule motorisé. Le danger le plus immédiat et le plus à craindre est bien sûr la grande quantité de mines encore présentes sur le terrain, bien souvent enterrées dans des zones difficilement repérables. Des centaines de milliers d’engins de mort sont encore dissimulés sous le sable.

 

Les jardins de la mémoire

  

Comme toujours, les espaces les plus émouvants sur un champ de bataille sont les cimetières militaires, où reposent les combattants qui sont tombés au cours de la bataille. Les trois cimetières militaires d’El Alamein, toujours remarquablement entretenus, offrent chacun une atmosphère différente. Le cimetière où reposent en paix les soldats de la 8th Army est le plus impressionnant des mémoriaux d’El Alamein. 7 367 soldats y sont inhumés. 815 tombes contiennent des restes non identifiés. 102 soldats non britanniques ou n’appartenant pas au Commonwealth sont enterrés avec leurs frères d’armes. Une liste impressionnante des noms des disparus complète l’œuvre de mémoire et du souvenir de l’endroit. Sont en effet gravés sous les arcades du cimetière les noms de près de 8 500 soldats disparus en Egypte et en Libye ainsi que celui de 3 000 aviateurs tombés en Afrique du Nord, au Proche-Orient, en Ethiopie-Somalie et à Madagascar. Le calme et le cadre favorisent le recueillement et la réflexion. Les emplacements des demeures d’éternité des soldats tués au combat sont marqués par les habituelles stèles de l’armée britannique. Un escalier permet de mener au sommet du bâtiment d’entrée qui surplombe l’ensemble du cimetière. Le panorama offre une vue en direction de la crête de Miteiriya avec, au premier plan, le vaste cimetière aux stèles parfaitement agencées, constellé de plantes et d’arbustes, des bougainvilliers, impeccablement entretenus, ajoutant une touche colorée à cet espace dévolu aux souvenir de ceux qui sont tombés. La croix élevée dans le cimetière rappelle l’espérance mise dans une existence après la mort pour la majeure partie de ces combattants. Comme d’accoutumée, les tombes britanniques sont dotées d’épitaphes émouvantes choisies par la famille, outre le blason du régiment du défunt, qui orne élégamment la stèle. Plus inhabituel est en revanche la multiplicité des nations représentées par ces tombes, illustrant sans détour sans l’aspect polyglotte de la 8th Army et le sacrifice consenti par tous. Ici, point de pelouse impeccablement tondue si caractéristique des cimetières britanniques de part le monde, mais le sable du désert, qui courre inlassablement entre les tombes.

Quelques kilomètres plus à l’ouest, sur la colline de Tell el Eisa, les deux cimetières militaires des troupes de l’Axe offrent un spectacle et une atmosphère différents. A trois kilomètres du cimetière britannique se dresse l’imposant cimetière allemand affectant l’allure d’un château médiéval. Surplombant la mer et le désert depuis le Gebel Alam Abd el Gawad, l’édifice octogonal exprime une fierté ardente et rappelle la connotation militaire de l’endroit. Des trois cimetières, le cimetière allemand est incontestablement le plus sombre et celui qui témoigne ainsi le plus de la cruauté de la guerre. De belles mosaïques accueillent le visiteur. Elles représentent notamment des soldats allemands. Une chapelle attenante permet le recueillement. L’aire centrale du mausolée est entourée d’arcades qui forment autant de niches au sein desquelles sont disposés des sarcophages portant les noms des défunts, à raison d’un sarcophage pour chaque région d’Allemagne. En fait, les cendres des 4 280 soldats allemands sont toutes regroupées au centre de la cour, dans un caveau commun, sous l’obélisque orné à ses pieds de quatre faucons, symboliques de la terre d’Egypte et du dieu Horus.

Cinq kilomètres plus loin se dresse le mémorial dédié aux Italiens tombés au cours de la bataille. Le visiteur doit en premier lieu passer un porche, encadré de vestiges de blindés, avant de remonter une majestueuse allée bordée d’arbres à la verte parure fleurie tranchant élégamment avec l’ocre du désert. L’allée mène au mausolée : une tour de marbre, dont les ouvertures vitrées offrent la vue sur le bleu de la mer. D’innombrables niches contiennent les restes de 4 634 soldats italiens dont les noms ornent les parois. Une immense croix surplombe l’aire centrale de l’édifice. Les patronymes de pas moins de 38 000 disparus sont également inscrits dans la pierre. Un cloître et une chapelle permettent au visiteur chrétien de se recueillir dans le souvenir des disparus. Une mosquée et un bâtiment particulier destinés à l’accueil des sépultures des soldats libyens jouxtent le mémorial italien.

 

Le musée

A proximité du cimetière britannique, sur la crête côtière, a été édifié le musée de la bataille d’El Alamein. Un premier musée est inauguré en 1956 sous la présidence de Nasser. Après réorganisation et aménagements, une deuxième réouverture a lieu en 1992, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la bataille d’El Alamein. Les concepteurs du musée ont demandé la contribution des vétérans et de leurs familles. L’Egypte espère développer le tourisme sur la côte ouest de la Méditerranée et attend une contribution de la part des onze nationalités qui ont participé à la bataille. Elle espère en outre que celles-ci vont réussir à coordonner leurs dons et l’acheminement de ceux-ci en dépit des distances qui séparent ces pays entre eux et qui les séparent en outre du musée d’El Alamein. Il faudra toutefois huit années de persévérance au gouvernement égyptien pour qu’un accord soit enfin acquis pour l’envoi de matériel. Trois semaines avant l’inauguration, toutes les pièces devant être présentées au public sont enfin arrivées en Egypte. L’ensemble est fort réussi est peut paraître surprenant dans un lieu aussi éloigné. Mais le nombre de touristes ne cesse de s’accroître et les vétérans reviennent régulièrement sur les lieux des combats. La vue embrasse un large panorama, d’un côté l’azur de la mer tranche sur les dunes blanches de la côte, de l’autre l’immensité désertique, parsemée ci et là par des pylônes électriques. L’extérieur du musée est d’une grande richesse en matière de matériel militaire préservé. Certaines raretés trônent majestueusement au milieu d’épaves de véhicules plus classiques, plus ou moins bien conservés. L’entretien et la peinture des véhicules laissent hélas à désirer… Il reste néanmoins que le passionné et l’amateur averti ne peuvent que se réjouir devant tant de merveilles sauvegardées dans le désert égyptien, en un lieu qui semble si isolé. L’intérieur du musée contient des merveilles encore plus insoupçonnées. L’édifice contient cinq salles dans lesquelles sont exposées documents, matériel, uniformes, armes, mannequins et maquettes, tous dans un magnifique état, qui illustrent remarquablement le propos du musée, à savoir la bataille d’El Alamein et la guerre du désert. Le premier hall expose remarquablement les origines et les principales phases de la guerre du désert et aborde la question du quotidien des combattants dans le désert. Puis la visite se poursuit à travers quatre salles successives, chacune dédiée à une armée particulière : l’armée égyptienne et son rôle pendant le second conflit mondial, l’armée italienne, l’armée allemande et la 8th Army. Les concepteurs du musée n’ont pas oublié d’aborder toutes les armes, aussi bien les forces terrestres, qu’aériennes et navales. L’ensemble est remarquable tant par la qualité de la présentation que par celle des objets présentés au public. L’intérieur du musée est donc exaltant pour le passionné. Les différentes salles sont particulièrement réussies. Les photographies qui suivent donnent une idée de la richesse du musée d’El Alamein, consacré exclusivement à la guerre du désert de 1940 à 1943 avec une réussite remarquable. Les vitrines fourmillent de documents authentiques, dont des cartes, des armes et des photographies très intéressantes. Notons aussi la couleur vert olive d’origine des effets tropicaux de la l’armée de terre allemande.

 

La partie extérieure du musée d’El Alamein réserve bien des surprises également et conserve de superbes reliques et des engins ou des pièces d’artillerie parfois très rares. On y trouve en effet un rare camion de commandement britannique un grand nombre de canons britanniques, allemands et italiens : citons un Flak 88, un sFH 18, un canon russe de 76.2 réutilisé par la Wehrmacht et un Pak 38 en parfait état, des 17 Livres (un peu égarés, amis très rares…), un 6 Livres, un Bofors, diverses pièces italiennes et allemandes. En ce qui concerne les blindés, le musée n’est en aucune manière en reste puisque le visiteur peut ainsi observer tout à loisir un Semovente, un M13/41, un Grant, un Sherman (d’un modèle plus ancien que ceux ayant participé à la bataille), un Vickers Mark VI B, une automitrailleuse Lancia, un Bren-Carrier… Côté véhicules non blindés ou tracteurs d’artillerie, le musée possède plusieurs camions britanniques et les restes tout de même assez usés d’un Hanomag Sdkfz 9. Au total, la collection est assez impressionnante. On déplorera toutefois l’état parfois déplorable de certaines reliques. C’est le cas notamment de ce très rare Lorraine Schlepper, dont l’angle de prise de la photographie ci-contre le montre sur son seul côté favorable, bien que toutes les pièces soient présentes pour le réhabiliter au mieux. De même, la peinture retenue pour l’ensemble des véhicules et des canons exposés est bien trop uniforme. Il serait bénéfique pour la présentation générale de peindre les engins aux couleurs appropriées, avec insignes divisionnaires et tactiques. Il reste que l’usure due au vent de sable et l’entretien représentent un inconvénient de taille. Les richesses de la collection de ce musée perdu dans une petite bourgade du désert occidental égyptien font qu’il s’agit incontestablement d’une réussite et d’une remarquable œuvre de mémoire de la guerre du désert en général et de la bataille d’El Alamein en particulier.

 

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