77 years ago: El Alamein 1942 (5). Article Prélude à la bataille

LA DEUXIEME BATAILLE D’EL ALAMEIN

 LES DEUX ARMEES SE PREPARENT POUR L’ULTIME CONFRONTATION

 

 

 

Rommel et Montgomery

      

On peut discerner quelques points communs aux deux adversaires. Ils sont entrés tous les deux dans l’Histoire et jouissent d’un immense prestige dans l’histoire des grands généraux de la guerre. Tous deux ont le goût du sport depuis la jeunesse. Leurs caractères et leur mode de vie ont quelques similitudes : ils s’adonnent pleinement à leur carrière militaire (Rommel ne lit que des livres concernant la guerre) et restent sobre, ne consommant ni tabac ni alcool (ou rarement). Les deux hommes ont de meilleures relations avec les officiers subalternes qu’avec les généraux de hauts rangs parmi lesquels nombreux sont ceux qui leur sont hostiles tout au long de la guerre. Ils sont en effet assez arrogants et sûrs de la justesse de leur manière de voir et de comprendre une situation. Tous deux sont efficaces et ont connu le succès. Ils sont également tous deux des subordonnés difficiles. Monty évite le contact avec ses pairs et il est incapable de discuter librement avec ses subordonnés qui ne partagent pas ses jugements militaires. Il préfère en revanche la compagnie des jeunes officiers qui lui sont acquis, qu’il encourage à parler et qu’il écoute attentivement, sans presque jamais les interrompre. Rommel et Monty ont en effet de bons rapports avec de jeunes officiers qui les admirent et qui les vénèrent parfois comme l’ensemble des soldats de leurs armées respectives qui les considèrent comme des héros. Ils jouissent en effet d’une immense popularité au sein de la troupe et dans leur pays, la presse et la propagande s’étant emparée des personnages, rôle qui leur sied absolument, les deux hommes aimant la publicité. Rommel, comme Monty, aime prendre la pose et apprécie la présence des reporters de guerre. Monty est également le champion des relations publiques parmi les généraux britanniques. Enfin, les deux hommes affectent de porter une tenue qui les distingue entre tous : le béret de tankiste et un simple pull avec un pantalon de velours pour l’Anglais, une casquette surmontée de lunettes de prise et un uniforme toujours impeccable avec manteau et écharpe anglaise en hiver pour l’Allemand.

Leur style de commandement diffère beaucoup. Rommel mène le combat depuis l’avant et son instinct lui dicte la manœuvre à appliquer dans le vif de l’action. Montgomery dirige quant à lui le combat depuis l’arrière et veut s’en tenir à ses plans dans la mesure du possible. Dans tous les cas, outre qu’il ne sache pas utiliser les blindés à bon escient, l’improvisation n’est pas son fort et il lui faut du temps pour changer de manœuvre. Ses plans sont généralement complexes et précautionneux tandis que Rommel fait preuve de hardiesse et la simplicité caractérise bon nombre de ses plans de bataille. Rommel a remporté d’immenses succès grâce à ses talents de général, tandis que Monty, qui est certes très talentueux, n’a dû son succès à El Alamein qu’en raison de son immense supériorité matérielle et humaine et grâce à la qualité de certains de ses subordonnés. Il reste toutefois à noter que Rommel n’a jamais bénéficié de l’aisance de ses adversaires en matière d’effectifs. Et on ne peut que conjecturer sur son attitude s’il avait pu bénéficier de moyens plus conséquents.

 

La Panzerarmee Afrika à la veille de l’offensive britannique

   

En octobre 1942, la Panzerarmee Afrika compte 104 000 combattants, soit 54 000 Allemands et 50 000 Italiens. A ce total il convient d’ajouter 15 000 soldats allemands de la Luftwaffe et de la Kriegsmarine ainsi que près de 90 000 Italiens répartis en Libye et sur les lignes de communications. Bien que la perte de l’Egypte serait un désastre sans précédent pour le Royaume-Uni, Hitler n’accorde qu’un intérêt bien secondaire au front d’El Alamein bien que les renforts arrivent et que la petite armée allemande présente en Afrique soit en grande part constituée de formations d’élite de la Wehrmacht, à savoir les unités blindées et motorisées et les unités parachutistes. Les effectifs en blindés se sont accrus depuis le revers d’Alam Halfa puisque l’Afrika Korps compte 242 chars, dont 31 légers. Sur ce total on dénombre 30 Panzer IV F2. Les chars italiens sont au nombre de 280. Le total général pour les forces de l’Axe est donc d’environ 520 chars. Il convient toutefois d’ajouter à ce total les canons automoteurs et chasseurs de chars. Les Italiens alignent une quarantaine de Semovente 75/18 avec leur excellente pièce de 75 mm, qui représente un progrès dans la dotation en armement lourds au sein de l’armée italienne. Les Allemands disposent de quelques automoteurs s.I.G 33 de 150 mm ainsi que de 36 pièces de 150 mm montées sur châssis de chenillettes française « Lorraine ». Les unités antichars allemandes alignent encore un certain nombre de Panzerjäger I, rescapés des premiers combats en Afrique, ainsi que 3 Sturmgeschütze et des Marder III équipés du terrible canon antichar russe de 76,2 cm, aussi redoutable que le canon de 88 mm. Ces derniers sont disponibles au nombre impressionnant de 86 au sein des unités de la Panzerarmee, tant pour un rôle antichar qu’antiaérien. Au début de 1942, en dehors des Marder III qui sont perçus à l’automne et des pièces soviétiques tractées, 9 autres canons russes de 76,2 cm sont montés sur affûts automoteurs semi-chenillés, certains étant encore en service en octobre 1942. A cette date, L’excellent canon antichar de 50 mm, le Pak 38, est également présent en nombre puisque 290 pièces sont disponibles. Au total, les Germano-Italiens possèdent 571 canons d’artillerie, 522 canons antichars (850 selon certaines sources) et 1 340 canons antiaériens. Notons au passage que les unités de 1942 de la Luftwaffe déploient 52 autres pièces de 88 mm affectées à la défense des ports et des aérodromes de la zone arrière.

Alors que Montgomery destitue de leurs postes de nombreux officiers parce qu’il perçoit en eux des capacités insuffisantes, Rommel est contraint à opérer des changements pour de toutes autres raisons. Le général Nehring, blessé à Alam Halfa, est évacué pour être remplacé par un nouvel arrivant en provenance de Russie : le général von Thomas, qui y a acquis une flatteuse réputation en tant qu’officier de l’arme blindée. Le général von Randow est placé à la tête de la 21.Panzer Division en remplacement du défunt von Bismarck. Enfin, à la 90.Leichte Division, le général von Sponeck succède au général Kleemann, blessé lui aussi à Alam Halfa. Tous ces changements n’ont que peu d’effet pour raffermir le moral de la Panzerarmee. C’est au contraire le départ de leur chef charismatique, le maréchal Rommel, qui trouble le plus les combattants germano-italiens. Le 22 septembre, en effet, remet le commandement de la Panzerarmee Afrika au général Stumme, muté depuis la Russie, avant de partir en cure en Autriche. Le 25 septembre, après une escale à Rome, Rommel reçoit son bâton de Feldmarschall des mains du Führer. Il est convié à une conférence de presse où il déclare bien mal à propos la phrase suivante alors que sa main tient une clenche de porte « c’est ainsi que j’ai la main sur la poignée de la porte d’Alexandrie ».

Avant de quitter l’Afrique, Rommel a cependant mis toute son énergie pour renforcer ses positions à El Alamein et établir un plan de défense à adopter pour contrer la future offensive britannique. Conscient des insuffisances inhérentes aux unités d’infanterie italiennes, Rommel décide d’imbriquer celles-ci avec des troupes allemandes pour renforcer sa ligne de défense. Les états-majors des unités alliées sont situés très près des uns des autres, et ce du niveau divisionnaire jusqu’à celui du bataillon au moins pour certaines unités. La ligne des avant-postes est allégée mais, en revanche, elle gagne en profondeur. En outre, les points forts tenus par des compagnies sont renforcés par des points de résistance défendus par des sections ou des groupes de combat qui se protègent mutuellement. Les positions sont à cet effet disposées en échiquier. Ces avant-postes de combat sont établis jusqu’à une profondeur d’un kilomètre. La raison première de cette ligne continue d’avant-postes est de simuler des effectifs bien plus conséquents qu’en réalité tout en assurant la sécurité des divisions en ligne. Après cette première zone de défense, il faut parcourir un espace variant de un à deux kilomètres avant de trouver la ligne principale de résistance. Les secteurs défendus par les bataillons occupent une ligne de 1,5 kilomètres de large sur 5 kilomètres de profondeur. Seule une compagnie par bataillon est déployée sur les avant-postes de la principale ligne de défense. Dans tous les cas, les troupes tenant les avant-postes sont limitées et de nombreuses mines sont posées entre les points fortifiés. Ces nombreux petits ouvrages défensifs des avant-postes, hérissés de canons antichars, mortiers et mitrailleuses incluent aussi des observateurs. Le colonel Hecker supervise la mise en place de plus de 445 000 mines sur la ligne défensive d’El Alamein. Entre le 5 juillet et le 20 octobre, les unités du génie de la Panzerarmee Afrika posent 250 000 mines antichars et 14 000 mines antipersonnelles. En outre, 180 000 mines britanniques provenant de dépôts capturés sont intégrées aux champs de mines allemands. A ce stade de la guerre, aucune armée n’a encore disposé un nombre aussi important de mines sur sa ligne de défense. Les mines sont en outre renforcées par la pose de bombes aériennes très puissantes. Pour accroître les difficultés du travail de déminage, de nombreux engins sont piégés ou reliés entre eux. Les champs de mines de Rommel, les « jardins du diable », sont certes denses, mais sont également disposés avec des brèches entre eux. Les mines sont en effet semées dans deux ceintures frontales distantes de plusieurs kilomètres et traversées par des ceintures transversales. Ces solutions de continuité sont tout à fait intentionnelles. Elles ont pour objectif d’attirer les blindés britanniques dans les pièges mortels des antichars et de soumettre les unités qui s’aventureront dans ces brèches à des tirs de flanquement provenant des zones protégées par les mines. Des barbelés et des antennes de mines sont ainsi placés apparemment au hasard dans le seul but d’attirer les Britanniques dans le champ de tir d’un canon ou d’une mitrailleuse. Il sera alors aisé à l’Afrika Korps de balayer les assaillants en lançant de puissantes contre-attaques contre un ennemi placé en bien fâcheuse posture. Enfermées comme dans une boîte entre les champs de mines, les unités britanniques courront à la destruction. Le dispositif vise également à dilapider l’effet du barrage d’artillerie britannique sur les avant-postes en préservant la ligne principale de résistance, située hors de portée. Il s’agit donc ici d’un exemple remarquable de défense en profondeur.

Le front nord de la Panzerarmee, près de la côte, est tenu par la 164.Leichte Division et la Trento. Au sud de ces deux unités, jusqu’à la crête de Ruweisat, la ligne de front est prise en charge par les divisions Bologna, Brescia et Pavia, toutes trois renforcées par les parachutistes d’élite de la 22.Fallschirmjäger Brigade Ramcke. Puis vient le secteur des parachutistes de la 1942, renforcés eux-aussi par une unité allemande, en l’occurrence le bataillon de reconnaissance 33. Tout au sud, bordant la dépression de Qattara, le front est tenu par le Kampfstaffel Kiel, l’unité de protection du QG de Rommel, qui compte aussi des éléments blindés légers et de reconnaissance. Devant l’ignorance des intentions réelles de l’adversaire quand au secteur qui sera attaqué et tenant compte de ses modestes réserves en carburant, Rommel s’est résigné à répartir ses divisions blindés en deux sous-ensembles. Au nord, dans le secteur de Tell el Aqaqir, sont regroupées la 15.Panzer Division et la Littorio. Au sud sont positionnées la 21.Panzer Division et l’Ariete. Toutefois, Rommel considère que le manque d’allant la lenteur d’exécution des Britanniques lui laissera le temps de regrouper ses unités blindées pour mener sa contre-attaque. Enfin, les deux divisions motorisées, 90.Leichte et Trieste, sont placées en réserve près de la route côtière.

 

La 8th Army en octobre 1942

 

En octobre 1942, la 8th Army est prête à l’offensive. Le 10th Corps du général Lumsden rassemble les 1st et 10th Armoured Divisions commandées par les généraux Briggs et Gatehouse. Lumsden n’est pas l’homme qu’aurait voulu Monty, qui aurait préféré placer à ce poste un officier qu’il connaît. Mais il a dû s’incliner devant l’insistance d’Alexander pour employer un général de la 8th Army ayant l’expérience de la guerre du désert. Au nord, à partir du « box » d’El Alamein, le 30th Corps du général Leese tient la ligne avec le 23th Armoured Brigade Group, 9th Australian Division de Morshead, la 51th Highlands Division de Wimberley, la 2nd New-Zealand Division de Freyberg, la 1st South par Division de Pienaar et la 4th Indian Division de Tucker. Leese, nouveau venu d’Angleterre, remplace ainsi Ramsden. Le 13th Corps, toujours positionné au sud du front, aligne la 7th Armoured Division de Harding, qui a retrouvé des chars, la Brigade des FFL de Koenig ainsi que les 50th et 44th Infantry Divisions, commandées respectivement par les généraux Nichols et Hugues. Le commandement de la 7th Armoured Division a également changé puisque le général Harding remplace le général Renton. Dans les échelons inférieurs de la chaîne de commandement, Monty promeut de nombreux officiers, nouveaux arrivées avec des idées nouvelles, pour remplacer ceux qu’il estime usés ou sur la touche. Contrairement à ses prédécesseurs, Montgomery bénéficie d’une supériorité écrasante dans tous les domaines. Les forces britanniques se montent à 220 000 hommes, soit le double de leurs adversaires.

 

Plus de 2 000 pièces d’artillerie et antichars sont répartis au sein des unités britanniques. Au début de la bataille la 8th Army aligne 849 canons antichars de 6 Livres et 554 de 2 Livres, soit 1 451 pièces au total. Cela signifie que tous les régiments antichars de la Royal Artillery sont équipés de cette excellente pièce de 6 Livres, capable de délivrer un coup mortel à tout Panzer à distance respectable. En ce qui concerne l’artillerie, les Britanniques disposent de pas moins de 832 canons de 25 Livres et de 52 pièces moyennes de 4,5 et de 5,5 Pouces. Cela signifie donc que la puissance de l’artillerie britannique a fait plus que doubler au cours de ces semaines cruciales qui ont précédé l’offensive de Montgomery. Les troupes de Rommel alignent pour leur part environ 500 canons de campagne et 1 063 antichars. A ces chiffres il convient d’ajouter les canons antiaériens, soit plusieurs dizaines de pièces par division.

 

Monty dispose également d’une nette supériorité en blindés pour son offensive. Le 23 octobre 1942, la 8th Army ne compte pas moins de 1029 tanks opérationnels. En outre, les Britanniques ont 200 autres tanks placés en réserve immédiate tandis que 1 000 autres sont en réparation ou sont en cours de modification dans des ateliers en Egypte. Rommel n’a que 218 Panzer III et IV à lui opposer, en sus de 278 blindés italiens, aux performances nettement inférieures à leurs homologues britanniques. En comptant les réserves, Monty dispose donc d’une supériorité de cinq contre un en chars. Bien plus, Monty bénéficie de la supériorité qualitative depuis que les M4 Sherman américains ont rejoint les unités blindées de la 8th Army. Pas moins de 252 de ces engins équipent l’armée. Le 11 septembre, 318 Shermans et 100 canons automoteurs M7 Priest arrivent à Suez. Le blindage des Sherman et leur armement principal, un canon de 75 mm, leur assurent un avantage décisif sur l’ennemi pour les combats à longue distance, caractéristiques de la guerre du désert. Rommel n’a que 38 Panzer IV à canon long de 75mm L48 qui soutiennent la comparaison avec les Shermans. La coque incliné offre au M4 un blindage satisfaisant pour l’époque, quoique insuffisant face aux 88 mm. En outre, les Britanniques ont également 170 M3 Lee/Grant, qui ont déjà démontré leur efficacité depuis la bataille de ferrées en mai-juin 1942, mais aussi leurs limites : leur trop haute silhouette et leur pièce de 75mm maladroitement placé en casemate sur un des flancs de la caisse. En revanche, le Grant, comme le Sherman, a l’immense avantage de tirer à la fois des obus explosifs et perforants et peut donc s’attaquer aussi bien aux blindés adverses qu’aux canons et à l’infanterie, une possibilité qui n’est pas offerte aux équipages de blindés de manufacture anglaise puisque étant équipés de canons tirant uniquement des obus perforants.

 

Les modèles britanniques qui entrent pour une large part dans la composition de l’armée ne sont guère des réussites, mais ils représentent la majeure partie de l’effectif disponible pour Monty. Les Crusaders sont mal blindés et ont une trop grande propension à prendre feu dès qu’ils sont atteints par un tir adverse. Le char a toutefois été amélioré en matière d’armement par le montage d’un canon de 6 Livres, aux performances alors satisfaisantes, mais beaucoup de Crusaders sont encore équipés de l’inefficace canon de 2 Livres. Cette pièce totalement obsolète dès sa mise en service constitue malheureusement également l’armement principal des Valentines, mieux blindés que les Crusaders. Bien qu’assez fiables, ces blindés ne sont guère une réussite. El Alamein voit aussi l’entrée en lice des premiers chars Churchills Mk III, armés d’une pièce de 6 Livres, (les premiers Churchills ont combattu à Dieppe l’été précédant). Six de ces engins combattent au sein du QG de la 1st Armoured Division. Enfin, les Matildas participent à leur dernier combat au cours de l’offensive de Montgomery, non pas comme engins de combat mais comme chars de déminage, précurseurs des Shermans Flails qui interviendront en Normandie en 1944. Les Matildas équipés de la sorte sont dénommés « Scorpion » et douze d’entre-eux participent à l’offensive de Montgomery. Ce sont les seuls Matilda qui demeurent encore en service au sein de la 8th Army. A côté des chars de combat, la 8th Army dispose, pour la première fois dans l’armée britannique, de canons automoteurs, en l’occurrence une centaine de M7 Priests américains armés d’une pièce de 105 mm et des Bishops britanniques. Les Priests ont des châssis de Lee/Grant tandis que les Bishops sont des canons de 25 Livres montés sur châssis de Valentine. En raison de sa trop haute silhouette et de la faiblesse de son blindage, le Bishop n’est pas vraiment une réussite à l’inverse de son homologue américain. L’avantage de ces canons automoteurs est bien évidemment le gain de temps considérable gagné par rapport aux pièces attelés à des camions ou à des semi-chenillés qui mettent beaucoup plus de temps à être mis en batterie ou à se mettre à couvert une fois leur position repérée. En outre, le canon automoteur a l’avantage de pouvoir se mouvoir plus près du front et d’accompagner plus rapidement les unités qui vont de l’avant. Ils sont également beaucoup plus rapides à intervenir en cas de demande de soutien de la part de l’infanterie.

L’ensemble des 1035 chars de Monty est réparti entre trois divisions blindées et deux brigades blindées indépendantes ainsi que quelques régiments.

QG 8th Army : 7 M3 Grant

QG 10th Corps : 2 Crusaders

QG 1st Armoured Division : 8 Crusaders et 6 Churchills

2nd Armoured Brigade : 1 M3 Grant, 92 M4 Sherman, 67 Crusaders

QG 10th Armoured Division : 7 Crusaders

8th Armoured Brigade : 57 M3 Grant, 31 M4 Sherman, 45 Crusaders

24th Armoured Brigade : 2 M3 Grant, 93 M4 Sherman, 45 Crusaders

QG 7th Armoured Division, 13th Corps : 7 Crusaders

4th Light Brigade : 14 M3 Grant, 67 M3 Stuart

22nd Armoured Brigade : 57 M3 Grant, 19 M3 Stuart, 50 Crusaders

9th Armoured Brigade, 30th Corps : 37 M3 Grant, 36 M4 Sherman, 49 Crusaders

23rd Armoured Brigade, 30th Corps : 194 Valentines

2nd New Zealand Divisional Cavalry Regiment, 30th Corps : 29 M3 Stuart

9th Australian Divisional Cavalry Regiment : 4 M3 Stuart, 15 Crusaders

            42 et 44 RTR, 1st Army Tank Brigade : 12 Matildas “ Scorpions”

Montgomery dispose en tout de trois divisions blindées parfaitement équipées et de deux brigades blindées.

Le rôle dévolu aux unités aériennes lors de l’offensive est primordial. La coopération entre les armées de terre et aérienne a déjà prouvé son efficacité au cours de l’ultime attaque de Rommel à Alam Halfa. La Desert Air Force de Coningham et l’USAAF dépendent du Headquarters Middle East sous les ordres du maréchal Sir Arthur Tedder. Sur plus de 700 appareils disponibles, 530 sont en état de combattre, ce qui assure une nette supériorité aérienne aux Alliés puisque les forces de l’Axe n’ont que 350 avions en état de vol à leur opposer sur les 770 dont elles disposent. Outre le bombardement des concentrations ennemies, l’aviation aura pour tâche de tenir la Luftwaffe et la Regia par loin du champ de bataille pendant que les escadrilles harcèleront sans répit les lignes de communications et de ravitaillement de la Panzerarmee Afrika.

On a vu qu’une unité française des FFL se trouve dans le dispositif du secteur sud de la 8th Army. Les mois de l’été 1942 sont employés par les deux brigades françaises à se reconstituer et à prendre du repos après les pertes sévères de Bir-Hackeim. En août 1942, le 1er groupe de reconnaissance prend position au Fayoum, dans l’éventualité d’une vaste tentative d’enveloppement par le sud de la part de l’ennemi. Le 2ème Groupe de Reconnaissance est mis à la disposition de la 7th Armoured Division dans l’extrême sud du front d’El Alamein. Il comprend un escadron d’automitrailleuse, un escadron d’autocanons et une compagnie de chars. Les mois de septembre et d’octobre sont occupés à de multiples reconnaissances le long de la falaise surplombant la dépression de Qattara. Pour obtenir des renseignements plus précis, les Spahis sont obligés de combattre le plus souvent à pied, escaladant l’escarpement à la faveur de la nuit, ne pouvant la plupart du temps se désengager de l’ennemi qu’à la grenade, voire à l’arme blanche.

 

Le plan de Monty et les préparatifs menés par la 8th Army

 

Montgomery pousse les préparatifs pour s’assurer le maximum de chances de succès. Ses talents d’organisateur et de tacticien sont mis à profit avec brio pour parvenir à former une formidable machine de guerre. Le nouveau commandant de la 8thArmy doit faire face aux pressions exercées sur lui par Alexander et Churchill qui tentent de le persuader de lancer son offensive plus tôt. Churchill insiste pour qu’une victoire retentissante soit remportée par les Britanniques à El Alamein avant le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord, prévu le 8 novembre 1942. Il est en effet crucial à ses yeux de rallier à la cause alliée avant cette date les troupes et les officiels français au Maroc, en Algérie et en Tunisie. Tout aussi important est de permettre l’arrivée de nouveaux convois à destination de Malte, ce qui suppose que les forces de l’Axe ne contrôlent plus les aérodromes de Cyrénaïque d’où leurs escadrilles exercent une menace permanente. Churchill pousse Monty de lancer son attaque dès la fin du mois de septembre. Mais Montgomery s’obstine : il ne bougera pas avant d’être parfaitement prêt. Il obtient donc ce dont Auchinleck n’avait pu bénéficier : du temps et des effectifs considérables.

Montgomery entend ne pas sombrer dans les écueils de ses prédécesseurs lors de « Crusader » et de la bataille de Gazala. Il prend la décision de concentrer deux puissantes divisions blindées au sein d’un même corps, son « corps de chasse ». Selon les vœux de Monty, celui-ci doit compter deux divisions blindées et la 2nd New-Zealand Division. En fait de nouveauté, Monty reprend l’idée qui a prévalu à la formation du 30th Corps pour « Crusader ». Montgomery a envisagé le 10th Corps comme l’équivalent britannique de l’Afrika Korps. Les deux divisions blindées qui le composent, la 1st et la 10th, totalisent 449 tanks, dont 216 Shermans, soit deux fois plus de blindés que l’Afrika Korps. Seulement, Monty se leurre en pensant que l’armée de Rommel se compose de deux ensemble distincts : les divisions qui tiennent des positions défensives et les troupes mobiles engagées dans des contre-attaques. Au contraire d’un corps d’élite tenu en réserve, l’Afrika Korps est le fer de lance de la Panzerarmee Afrika, capable de s’acquitter de toute mission qu’on lui assigne. Dans l’optique de Monty, ce sont les unités d’infanterie qui devront réaliser la percée initiale. Monty opère également un refonte de l’organisation de la 2nd New-Zealand Division, qui comptera désormais sans ses rangs deux brigades d’infanterie et une brigade blindée en sus des unités de soutien habituelles. On retrouve exactement là la notion de division mobile de type unique qu’Auchinleck préconisait. Mais Montgomery n’a jamais admis, ou même réalisé, la contribution qu’il devait à ses prédécesseurs. Montrant sa différence avec Auchinleck, Monty rejette en outre, on l’a vu, toute idée de « Jocks columns » et de brigades renforcées combattants de façon indépendantes, les « battlegroups ». Désormais, les divisions seront engagées en divisions.

Au début du mois d’octobre, Montgomery donne à ses principaux subordonnés les grandes lignes du plan de son offensive, baptisée « Lightfoot »:

  1. L’attaque principale du 30th Corps dans le mord aura lieu sur un front de

quatre divisions. Deux couloirs devront être ouverts dans les champs de mines

et le 10th Corps les empruntera ensuite pour l’exploitation.

 

  1. Le 13th Corps lancera deux assauts dans le sud, l’un le long des pics de Himeimat et l’autre dans la région du Gebel Kalakh, avec pour seul objet de faire diversion et de maintenir dans le sud des forces ennemies qui seraient autrement transférées sur le front d’assaut principal.

 

  1. Sur les deux fronts, les positions ennemies doivent être détruites mais il est nécessaire d’éviter les lourdes pertes dans le sud, principalement parmi les chars de la 7th Armoured Division.

 

  1. Dès que le 10th Corps aura passé à travers le 30th Corps et sera au sein de la position principale ennemie, il devra se déployer afin d’éviter des interférences dans le combat du 30th Corps contre l’infanterie de l’Axe. Une offensive directe contre les chars ennemis ne pourra avoir lieu qu’après le succès de la bataille d’infanterie.

 

  1. La bataille commencera de nuit, lors de la période de pleine lune ».

 

Le plan de Monty est limpide : l’effort principal sera délivré dans le nord pendant que des feintes seront lancées dans le sud afin d’abuser l’ennemi sur ses intentions réelles et le contraindre à y laisser une partie de ses unités blindées, un leurre qui semble d’autant plus facile à réussir que Rommel s’attend à une offensive contre la partie méridionale du front. Ses défenses au nord sont en effet beaucoup plus étoffées et les champs de mines y sont particulièrement denses. Monty attaque donc le secteur le mieux défendu. L’objectif du 30th Corps est de préparer le passage du 10th en s’emparant de la crête de Miteiriya. Les blindés du 10th Corps emprunteront alors les couloirs déminés pour se déployer et repousser sur un terrain adéquat et en force l’inévitable contre-attaque de l’Afrika Korps. L’envoi de l’infanterie est un pari risqué car en cas de retard des unités blindées, elle risque de se faire anéantir comme les tragédies de juillet l’ont démontré. C’est pourquoi la 9th Armoured Brigade et le 23rd Armoured Brigade Group participeront à l’assaut des les premières heures de la bataille. Notons toutefois que faire intervenir le gros des forces blindées après l’infanterie évitera les hécatombes subies par les régiments blindés britanniques depuis le début de leurs affrontements contre les Allemands dans le désert. Il demeure que faire traverser un corps par un second en pleine bataille implique que l’organisation des mouvements se doit d’être rigoureuse en dépit du chaos qu’engendre toute bataille. La crainte d’une congestion dans les couloirs est bien réelle. Le temps semble manquer pour mener à bien la percée : si les divisions d’infanterie commencent leur attaque à 22 heures, le 30th Corps estime que la tête de pont ne sera pas établie avant 3 heures du matin. Cela laisse donc peu de temps au 10th Corps pour se frayer un chemin vers l’avant à travers plusieurs kilomètres de secteurs déminés, en une seule file, pour finalement déboucher en terrain découvert à l’autre extrémité. Si les blindés sont pris en plein jour par les antichars ennemis, ils seront détruits pour un résultat nul. D’un autre côté, faire mouvement la nuit suivante signifie laisser les divisions d’infanterie seules pour faire face à la contre-attaque de l’Afrika Korps. Cette éventualité étant impossible et les tankistes étant par trop réticents à s’aventurer dans les champs de mines en plein jour, Lumsden décide que seules les brigades blindées emprunteront les couloirs déminés, les autres composantes des divisions blindées étant engagées plus tard. Lumsden insiste également pour que la lutte soit coordonnée afin de détruire les antichars ennemis si ses blindés sont encore dans les champs de mines au lever du jour. Les blindés du 10th Corps quitteront donc la ligne de départ à 1h30.

L’opération « Lightfoot », ainsi que l’a baptisée Monty, de façon quelques peu scabreuse si on l’on songe aux champs de mines ennemis que son armée va devoir franchir, est donc avant tout une bataille d’attrition. Montgomery entend emporter la partie parce qu’il dispose de plus de réserves que son adversaire, parce qu’il peut se permettre d’encaisser plus de pertes. La bataille sera donc très coûteuse. Il n’y a en outre aucune possibilité de s’attaquer uniquement aux unités italiennes comme l’avait fait Auchinleck en son temps, puisque ces troupes italiennes sont renforcées par troupes allemandes. Mais le plan vise aussi à affaiblir progressivement l’Afrika Korps lorsque ce dernier passera à la contre-attaque. L’accumulation de pertes conduira immanquablement la Panzerarmee au repli, faute de posséder suffisamment d’hommes pour tenir ses lignes. Ce qui est remarquable dans cette préparation à l’offensive par Montgomery, c’est l’absence d’un véritable plan explicite pour l’exploitation et la poursuite. Tout l’effort de réflexion est concentré sur la bataille d’attrition, ce qui représente une faille au moment où la bataille d’El Alamein arrivera à son terme.

Le plan établi, il importe de préparer les troupes à l’offensive. Monty ordonne à ses subordonnés un programme d’entraînement intensif. Pour ce faire, des divisions entières sont retirées du front pour suivre un entraînement sur un terrain similaire à celui qui constituera celui de leur objectif. Devant la bataille qui s’annonce, les unités d’infanterie doivent apprendre à attaquer et à réduire des positions défensives. Les exercices visent à maîtriser le combat de nuit, la pénétration des champs de mines, l’aménagement de couloirs au sein de ceux-ci, la consolidation rapide des gains de positions acquis afin de repousser les inévitables contre-attaque. Les unités blindées doivent s’entraîner pour leur part à la délicate manœuvre de la traversée des champs de mines et de positions conquises par l’infanterie sans que les retards s’accumulent et sans provoquer de chaos dans les mouvements. On étudie également la question du ravitaillement des unités de la tête de pont établie au-delà des champs de mines sur les positions de l’Axe. Rien n’est laissé au hasard. C’est ainsi qu’il faut s’assurer que les transmissions soient excellentes. On peaufine également les tactiques antichars. L’artillerie apprend à réaliser d’efficaces tirs de barrage, des concentrations de tirs et un feu roulant. L’infanterie et les unités motorisées doivent s’entraîner sur de vrais champs de mines à suivre un feu roulant d’artillerie à tirs réels.

Le succès de l’offensive suppose que soit remédier la question essentielle du déminage. Il importe de réussir à réaliser un certain nombre de couloirs à travers les champs de mines dès la première nuit, et ce en dépit du farcas des combats, des dangers encourus par les équipes de démineurs et du risque de confusion et de retard. Les expériences de la première bataille d’El Alamein ont montré que c’est l’unité qui doit emprunter les couloirs qui doit les réaliser elle-même. Le problème consiste surtout à faire passer le matériel lourd, en particulier les tanks, les canons antichars et les véhicules d’approvisionnement. Le brigadier Kish, chef du génie à la 8th Army confie au major Moore, des Royal Engineers la tâche de trouver des solutions. Le major Moore résout vite la première difficulté, à savoir détecter les engins explosifs, grâce à une géniale invention polonaise : le détecteur de mines, familièrement surnommée « poêle à frire ». Il reste pourtant un écueil de taille à cet appareil : le manipulateur de l’engin doit en effet se tenir debout, ce qui l’expose dangereusement aux tirs ennemis ! 500 détecteurs sont toutefois répartis au sein des unités avant le début de l’offensive. Moore met au point la technique de déminage à adopter. Sa méthode implique le travail simultané de trois équipes de neuf hommes, permettant à elles trois d’ouvrir un passage d’environ 7 mètres de large. Des bandes blanches disposées au sol par la première équipe permettent de délimiter le passage à déminer. En outre, des canons antiaériens Bofors tireront des traceurs le long de ces mêmes lignes pour éviter tout égarement dans la nuit. En outre, certains camions déversent derrière eux une traînée de diesel parfaitement visible au clair de lune. Des poteaux portant des feux oranges et verts délimitent les couloirs, les feux verts indiquant le côté déminé. Chaque équipe de neuf hommes est subdivisée en groupe de trois. La deuxième équipe cherche les engins de mort de l’ennemi. Lorsque les détecteurs repèrent une mine, un cône en fer blanc découpé à partir de bidon d’essence marque l’endroit. La dernière équipe, ventre au sol, est chargée d’extraire les mines et de les neutraliser. Moore estime qu’une heure est nécessaire pour déminer une bande de 200 mètres de long avec utilisation de détecteurs. Il faut en revanche compter deux heures de travail avec la vieille méthode consistant à sonder le sol avec des baïonnettes. Une troisième méthode consiste en l’utilisation de chars démineurs, les Matildas « Scorpions ». Mais le nuage de poussière dégagée par les fléaux de l’engin rend son utilisation des plus délicates en environnement désertique. La question du déminage réglée, il faut ensuite mettre au point la protection des équipes du génie et assurer l’organisation du trafic dans les deux sens à travers les couloirs déminés. Certaines divisions créent à cet effet une force mixte d’infanterie, de blindés, de Military Police et de transmission

L’offensive projetée par Monty réclame la constitution d’énormes stocks de munitions et de carburant afin d’assurer l’approvisionnement des unités attaquantes. Un effort gigantesque est réalisé pour y parvenir. Le ravitaillement est acheminé d’abord jusqu’aux gares de Burg el Arab et d’Amiriya avant d’être stocké ou distribué aux unités. La 8th Army dispose de 36 compagnies du RASC, la logistique de l’armée britannique. La capacité de ces compagnies est conséquente puisqu’elle atteint 10 000 tonnes. Montgomery peut en outre compter sur 6 compagnies de transporteurs de chars, qui épargnent les longs déplacements dans le désert et donc la mécanique fragile des blindés. Comme toujours dans le désert, la question de l’approvisionnement en eau est vitale. 9 compagnies de camions citernes oeuvrent à cet effet au sein de la 8th Army et plusieurs pipelines sont construits pour acheminer l’eau en quantités suffisantes. Les dépôts de la zone avancée de l’armée contiennent au total cinq jours de stocks de carburant, de munitions et de vivres pour les 13th et 30th Corps et sept jours pour le 10th Corps. Les munitions d’artillerie sont disponible en quantité impressionnantes : 286 000 obus de 25 Livres et 20 000 coups pour les pièces de 4,5 et de 5,5 Pouces sont disponibles pour l’offensive en ne comptant que les stocks. Certes, ces stocks peuvent sembler limités en regard des dépôts gargantuesques constitués avant la bataille de Gazala. Mais l’expérience a montré qu’il importe d’éviter de constituer des réserves en munitions trop importantes à proximité du front au cas où la situation prendrait un tour défavorable. En comptant les obus disponibles au total, la 8th Army peut compter sur un million d’obus ! C’est une tâche herculéenne qu’a représentée l’enterrement à proximité de chaque pièce de 600 coups par canon de campagne et 500 par pièce d’artillerie moyenne. Avec une telle débauche de moyens, on comprend aisément la latitude dont dispose Monty comparée à celle dont jouissaient ses prédécesseurs.

Tous ces stocks doivent être cependant soigneusement dissimulés pour éviter d’éveiller les soupçons de l’adversaire et les prévenir de toute destruction par des raids aériens. Il importe également de camoufler le mouvement des unités lors de leur montée en ligne sur leurs positions d’attaque. Le moins qu’on puisse dire c’est que le camouflage est un art des plus ardus dans l’immensité désertique. Les mouvements de nuit sont mis à profit mais il convient de dissimuler les traces laisser par les véhicules et faire croire que les anciennes positions ne sont pas abandonnées. Montgomery s’avère subtil dans ses manœuvres d’intoxication. Il estime qu’il n’importe pas de leurrer les faits évidents à l’adversaire. Il faut en contrepartie le tromper sur leur signification réelle. L’opération « Bertram » vise à induire Rommel en erreur en faisant croire que l’effort principal de l’offensive sera délivré dans le sud. La manœuvre « Martello » va permettre de masquer les zones de rassemblement des 2nd New-Zealand et 51th Divisions ainsi que du 10th Corps. C’est ainsi que des chars et des camions factices sont concentrés au nord du front pendant que des unités, bien réelles celles-ci, se mettent en place au sud. La 10th Armoured Division remonte alors discrètement vers le nord en laissant derrière elle des campements déserts. L’opération permet également de dissimuler 360 canons de 25 Livres, les pièces et leurs tracteurs étant camouflés en d’ordinaires camions. Les faux engins disposés au nord sont alors remplacés par de véritables tanks. Au contraire, un faux pipeline et de faux dépôts sont établis au sud du front. Des unités d’artillerie prennent ostensiblement position près de la dépression de Munassib. Pas moins de 8 400 faux véhicules ont été utilisé dans le cadre de « Bertram ». Deux jours avant l’assaut, les unités d’infanterie qui mèneront l’attaque rejoignent sans être détectées leurs tranchées en premières lignes, avec ordre de ne pas se dévoiler

 

Monty bénéficie t-il d’une réelle supériorité ?

Le plan originel de Montgomery envisageait une percée rapide du 10th Corps et une bataille décisive avec l’Afrika Korps. Monty doit en effet tenir compte des capacités de ses unités, même après un entraînement intensif. Il doit aussi admettre que les défenses édifiées par les troupes germano-italiennes dans le nord du front sont beaucoup plus solides et denses qu’escomptées. Il est impossible au 10th Corps de les traverser en l’espace d’une seule nuit. Il importe ainsi de lancer des coups de main pour repérer les postes de combat du dispositif adverse. Le lieutenant-colonel Murphy, responsable du service de renseignements de Monty, a clairement deviné les intentions de Rommel en matière défensive. Il sait en outre que même en parvenant à surprendre et à tromper l’ennemi, le plan de Rommel restera effectif et la 8th Army ne réalisera au mieux qu’une surprise tactique marginale.

On a constaté que la 8th Army bénéficie d’un net avantage, de l’ordre de deux contre un en hommes, en chars et en artillerie. Mais cette supériorité numérique est moins nette que ne le suggère les statistiques des ressources des deux armées. En fait, il importe d’analyser la situation réelle sur le front du 30th Corps, c’est-à-dire à l’endroit même où la percée décisive doit être réalisée. Les quatre divisions d’assaut de Leese vont être confrontées à deux divisions ennemies retranchées. La 164.Leichte Division et la Trento disposent à elle deux de 13 600 hommes, principalement allemands, et d’un arsenal conséquent : 180 Pak 38, 70 antichars italiens, 90 pièces d’artillerie et 16 que de 88 mm. En outre, les deux unités ont le soutien de 243 pièces d’artillerie, dont 13 lourdes, 70 moyennes et 160 de campagne. Derrière ces deux divisions sont déployés trois groupes de combats mixtes issus de deux divisions blindées, la 15.Panzer Division et la Littorio. On est donc en-dessous d’une supériorité de deux contre un et même très loin du ratio de trois contre un généralement admis comme un minimum pour toute attaque frontale. Le 30th Corps dispose même d’un moindre nombre de pièces d’artillerie de campagne. Le second sérieux problème auquel est confronté Leese est que la 2nd New-Zealand Division et la 1st South par Division n’ont pas assez de remplacements disponibles pour mener une action soutenue et une bataille d’attrition. Il ne faut pas perdre de vue les autres limites à porter à une bataille soutenue qui se prolonge. Si une division d’infanterie compte bien 17 000 hommes, la majeure partie de ces hommes appartiennent aux armes de soutien ou bien servent dans les services administratifs ou la logistique. Cela ne laisse que 9 bataillons d’infanterie avec 400 ou 500 hommes chacun. Bien plus, bien que les chiffres globaux de la 8th Army soient impressionnants, il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’une armée composée en grande partie d’unités impériales et alliées. Ainsi, les Australiens, les Indiens, les Néo-zélandais et les Sud-africains ne peuvent s’amalgamer au sein d’une même unité pour renforcer des unités affaiblies. La bataille débute en fait avec un certain nombre de bataillons aux effectifs réduits faute de possibilité de les renforcer. En ce qui concerne la supériorité en chars de Monty et des réserves impressionnantes dont il dispose, il convient de souligner que les blindés anglais en forme les gros bataillons et que cette supériorité ne pourra être effective qu’une fois la percée acquise et que les divisions blindées pourront se déployer dans le désert. Notons en fait que le très grand nombre de canons antichars et de mines représente un sérieux danger. A peine visibles, effleurant la surface depuis les positions de tir, les canons antichars sont très durs à localiser et peuvent infliger de sérieux dégâts aux forces blindées anglaises.

Rommel a donc plus d’un atout. Mais Montgomery peut compter sur une aviation omniprésente et un approvisionnement en munitions et en carburant suffisant alors que le ravitaillement reste toujours le point faible de la Panzerarmee Afrika. En outre, si la supériorité en nombre n’est pas aussi évidente à tout point de vue, elle n’en reste pas moins réelle. L’opération « Lightfoot » est certes très ambitieuse mais elle peut réussir. Tout dépends maintenant des hommes qui vont se battre avec courage dans les deux camps.

 

Opérations préliminaires à l’offensive

En dépit des difficultés en matière de ravitaillement, les officiers supérieurs de la Panzerarmee restent confiants dans leur capacité à repousser l’ennemi. Cette confiance ne fait que se renforcer à la suite de plusieurs revers essuyés par les forces britanniques pendant le mois de septembre. Les suggestions d’Auchinleck pour harasser les lignes de communications ennemies par la mer sont mises en applications. Des plans détaillés pour des raids de grande envergure contre Tobrouk et Benghazi sont mis au point au QG du Caire. Ces opérations incluent la participation des commandos du SAS et du LRDG dont on attend qu’ils atteignent Tobrouk par le désert. Ils n’interviendront pas seuls puisque des commandos de la Royal Navy seront débarqués par des destroyers et des vedettes lance-torpilles. Si l’opération, baptisée « Agriment » est minutieusement conçu, sa mise en application le 13 septembre aboutit à un fiasco total. Les Allemands parviennent à couler le croiseur antiaérien HMS Coventry et le destroyer HMS Zulu. Les pertes en hommes se montent à 280 marins, 300 Royal Marines et 160 soldats. Le raid sur Benghazi, l’opération « Bigamy », avorte devant l’évidence d’un ennemi en alerte prêt à repousser l’assaillant, qui a perdu le bénéfice de la surprise. La défense des ports et de la côte par les forces de l’Axe apparaît donc solide. Il ne paraît donc pas judicieux d’inclure des débarquements dans la grande offensive d’octobre.

Le dernier échec britannique est sans conteste le plus significatif. Après la bataille d’Alam Halfa, les Germano-Italiens sont restés en possession de la dépression de Munassib, un élément topographique d’importance majeure. Le 29 septembre, la 131st Brigade de la 44th Home Counties Division tente donc de reprendre la position avant le déclenchement de l’offensive et fragiliser ainsi les défenses ennemies. L’opération est baptisée « Braganza ». Un barrage délivré par 9 régiments d’artillerie s’abat sur les positions de la que Si le nord et l’est de la dépression sont pris sans difficultés majeures, le bataillon anglais qui attaque au sud est stoppé par les tirs de mitrailleuses et de mortiers, une compagnie isolée étant même entièrement anéantie. 328 soldats ont été perdus pour des gains insignifiants. Les Italiens ont repoussé l’ennemi sans même avoir besoin de la 21.Panzer Division dont ils ont poliment repoussé les propositions de soutien. Il semble donc que la 8th Army ait peu appris de ses attaques désastreuses contre la dépression de Munassib à la fin de la bataille d’Alam Halfa.

 

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