77 years ago: El Alamein 1942 (6). Article: opérations dans la nuit du 23 au 24 octobre

L’offensive débute par un formidable barrage d’artillerie

23-24 octobre 1942 : l’opération « Lightfoot » est lancée

Au soir du 23 octobre, les unités d’assaut de la 8th Army sont en place. Trois attaques simultanées vont être lancées. Au nord, le 30th Corps va enfoncer la ligne principale de défense ennemie et établir une tête de pont sur une position nommée ligne « Oxalic ». Le 10th Corps pourra alors traverser la zone conquise par le 30th. Au sud, le 13th Corps doit enfoncer les lignes germano-italiennes dans le secteur de la dépression de Munassib. La 7th Armoured Division doit maintenir les forces blindées adverses dans le sud du fait de la seule menace qu’elle représente. Enfin, plus au sud, le 13th Corps va s’attaquer au mont Himeimat et plateau de Taqa en y engageant la 1ère Brigade des Français Libres. L’effort principal est dévolu au 30th Corps. La 9th Australian Division, depuis Telle el Eisa, et la 51th Highlands, jusqu’à Kidney Ridge, ouvrent le chemin à la 1st Armoured Division. Au sud de ces deux unités, la 2nd New-Zealand Division et la 1st South African Division prépare la voie de la 10th Armoured Division en s’emparant de la crête de Miteiriya. La 4th Indian Division ne lance pour sa part que des raids de diversion. Les quatre divisions d’infanterie du 30th Corps attaquent sur une largeur de 16 kilomètres avec deux brigades de front et un régiment de Valentines de la 23rd Armoured Division en soutien, hormis la division néo-zélandaise, qui dispose de sa propre brigade organique, la 9th.

Les Churchill: nouveaux tanks dans l’arsenal de la 8th Army

L’offensive débute le 23 octobre à 21h40 par une formidable préparation d’artillerie. Les canons de la 8th Army n’ouvrent pas tous le feu au même moment. Le minutieux plan de tir mis au point a en effet été calculé précisément de façon à tenir compte du temps nécessaire à chaque obus pour atteindre sa cible. Un timing parfait assure que tous les obus atteignent leurs cibles au même moment. L’heure de vérité est arrivée pour le patient travail de repérage des batteries d’artillerie ennemies mis au point au cours des mois précédant. Le déluge de fer et de feu qui s’abat sur les lignes de la Panzerarmee Afrika constitue en fait le plus fort barrage d’artillerie de l’armée britannique depuis la Première Guerre Mondiale. La préparation d’artillerie est d’abord un tir de contre-batterie : les positions connues de canons germano-italiens sont copieusement bombardées. Chaque batterie de quatre pièces d’artillerie de l’Axe est pilonnée une centaine d’obus. Puis, après une pause de quelques minutes pour effectuer les réglages, l’artillerie britannique frappe les premières lignes adverses sous un déluge de feu. Dans un troisième temps, un barrage roulant précède l’attaque de l’infanterie tandis qu’une partie des pièces d’artillerie britanniques reprennent leurs tirs de contre-batterie. Les pièces d’artillerie de l’Axe n’ont pourtant connu aucun répit puisque la Desert Air Force et l’USAAF ont pris le relais de la Royal Artillery dès la fin du premier tir de contre-batterie. Chaque canon de l’Axe qui réplique est impitoyablement attaqué par les bombardiers. La confusion au sien de la Panzerarmee est d’autant plus marquée que les communications radiotéléphoniques sont perturbées par des bombardiers Wellington spécialement équipés.

Sur le front de la 9th Australian Division, la 26th Brigade atteint ses objectifs sur la ligne « Oxalic » mais l’unité du flanc gauche, la 20th Brigade, reste stoppée par une résistance tenace à un kilomètre de la ligne devant être atteinte cette première nuit. Les pertes sont cependant assez lourdes, notamment en officiers subalternes, qui guident leurs hommes dans la nuit à l’aide de boussoles. A la gauche des Australiens, deux brigades écossaises, les 153rd et 154th, avancent au combat encouragées par les accents des cornemuses. Les bataillons se succèdent en permanence, prenant la tête à tour de rôle au fur et à mesure que les objectifs intermédiaires sont conquis. Les soldats sont lourdement chargés et une croix de Saint André a été placée sur les sacs pour faciliter l’identification dans l’obscurité. Il reste que ce sont les Ecossais qui ont la plus grande distance à défendre au sein du 30th Corps puisque le secteur de ligne « Oxalic » qu’ils doivent couvrir est deux fois plus large sur cette ligne que sur leurs positions de départ. Comme pour les Australiens, si l’avance rencontre de prime abord que bien peu de difficultés, la défense se raidit et devient vite acharnée, de sorte que la ligne de principale germano-italienne n’est pas entamée. Une seule compagnie a atteint ses objectifs et les pertes sont lourdes. Une compagnie entière est ainsi anéantie dans les champs de mines par les tirs provenant des nids de mitrailleuses. Les retards pris dans les déminages laissent peu d’espoir quant à l’ouverture d’un corridor pour la 1st Armoured Division dans les délais voulus.

L’attaque des Néo-Zélandais est couronnée de succès puisque les objectifs sont à peu près atteints, en dépit de pertes sévères. Les positions de la crête de Miteiriya sont consolidées pendant que les sapeurs ouvrent la voie à la 9th Armoured Brigade de Currie. Celle-ci se déploie sur le versant ouest de la crête avant de se replier à l’abri de cette dernière devant la vivacité de la réaction ennemie. Les régiments blindés ont auparavant éprouvé des difficultés dans les champs de mines car les Matildas « Scorpions » sautent sur les mines qu’ils sont sensés détruire. Les chars tentent lors de les contourner mais ils sont aussitôt victimes des mines à leur tour. Le Royal Wiltshire Yeomanry, le régiment de tête de la 9th Armoured Brigade, n’atteint la crête qu’avec 12 chars ! La perte de 19 Shermans et Grants aurait été une catastrophe pour la 8th Army en juillet mais, en octobre, ces pertes sont tout à fait supportables. Les Sud-Africains de Piennar usent de la même tactique que les Néo-Zélandais, à savoir que les unités d’infanterie attaquent seules dans un premier temps tout en aménageant des couloirs pour les blindés de soutien. Si, après avoir consentis de grands efforts, l’infanterie est parvenue à l’est de la crête avec quelque soutien blindé, les Sud-Africains éprouvent en revanche les pires difficultés à faire traverser les champs de mines aux armes antichars et au véhicules, de sort que l’armement lourd fait défaut, rendant la position de la division des plus fragiles. La résistance adverse est telle que les Sud-Africains doivent s’enterrer sur la crête de Miteiriya plutôt que de se retrancher plus à l’ouest avec l’idée d’exploiter le succès sur le flanc gauche de l’attaque du 30th Corps y engageant des automitrailleuses et des chars. Le pire est survenu au centre du secteur d’attaque sud-africain où les assaillants tombent sur un champ de mines non reconnu pour ensuite se trouver bloqués par une solide redoute de la 164.Leichte Division. 36 combattants allemands seront finalement capturés. Le Frontier Force Battalion perd 189 hommes cette nuit là.

Globalement, les premières heures de l’attaque de Leese sont un succès : quatre divisions d’infanterie ont pénétré en profondeur dans le dispositif ennemi et sont parvenues à s’emparer de l’importante crête de Miteiriya. L’offensive prend au contraire un tour inquiétant pour le 10th Corps, dont les démineurs de chaque division blindée doivent aménager des couloirs dans les champs de mines avant l’aube. Le travail de déminage est effectué de concert avec les opérations de l’infanterie, mais cette phase de l’opération doit être menée dans des conditions confuses et dangereuses. Au nord, un seul corridor de la 1st Armoured Division est aménagé sur toute sa longueur, les équipes ayant par ailleurs été retardées par de nombreuses poches de résistance ennemies qui prennent sous leurs feux le tracé des routes dévolues aux blindés. Il s’est avéré très difficile de localiser les points de défense germano-italiens, à fleur de sol sur un terrain essentiellement plat, avant que ceux-ci ouvrent le feu. La 10th Armoured Division doit pour sa part établir des passages dans le secteur de la 2nd New-Zealand Division. La situation semble ici plus favorable puisque quatre couloirs sont aménagés. Mais en fait un seul est réellement utilisable à son extrémité ouest, face à l’ennemi. Les blindés qui parviennent à rejoindre l’infanterie sont la cible de tirs antichars ennemis si intenses que les engins rescapés n’ont d’autre alternative que de s’abriter en arrière de la crête de Miteiryia. Le seul régiment des Sherwood Rangers perd 16 chars sous les coups des antichars italiens, soit le tiers de l’effectif initial. Les pertes sont d’autant plus lourdes que les chars de fabrication américaine utilisent du carburant d’avion et prennent donc feu comme des torches dès qu’ils sont touchés au réservoir, y compris par des obus perforants chauffés à blanc en perforant un blindage. En fait, peu de chars au total sont parvenus à franchir les champs de mines cette nuit-là en raison de la congestion qui accable les corridors et l’incroyable embouteillage qui survient à l’extrémité est de ceux-ci. De sorte que, au lever du jour, aucune des deux divisions blindées n’est à même d’exploiter la percée du 30th Corps ni affronter comme prévu la contre-attaque de l’Afrika Korps.

Troupes des Dominions et de l’armée des Indes: le fer de lance de « Lightfoot »

Les attaques menées au sud par le 13th Corps sont confrontées aux mêmes difficultés. Les champs de mines gênent considérablement la 7th Armoured Division et la 44th Home Counties Division. Les pénétrations ne concernent que le premier des deux grands champs de mines de l’Axe. Toutefois, ces opérations, tout comme l’attaque des FFL en direction du mont Himeimat et de Nabq Rala, participent à la confusion au sein de l’état-major de la Panzerarmee. Celle-ci atteint son comble lorsqu’elle perd son propre chef dès cette première nuit de bataille. Le général Stumme meurt en effet d’une crise cardiaque alors qu’il s’accroche désespérément à la portière de son véhicule de commandement qui tente de se mettre à l’abri des tirs d’artillerie de la 8th Army. La disparition de Stumme n’est réalisée qu’à midi le lendemain : le commandement de l’armée est alors temporairement assuré par von Thomas, le chef de l’Afrika Korps. Au regard de la situation sur le front des 30th et 10th Corps, l’offensive de Monty commence donc apparemment sous de mauvais auspices. Pourtant, lorsque les premiers rapports parviennent au QG de la 8th Army au petit matin, Monty se montre plutôt satisfait des résultats obtenus. Il constate que la défense ennemie a été acharnée comme prévue. Mais il constate également que ses unités ont progressé partout et que, si peu de blindés sont déjà parvenus au-delà de la zone des champs de mines, la tête de pont obtenue peut néanmoins être renforcée dans la journée. Les opérations de grignotage de l’infanterie germano-italienne pourront alors commencer, provoquant ainsi la réaction de l’Afrika Korps qui le mènera à sa perte. Il reste que l’échec quant à réussir une percée au travers de la crête de Miteiriya était prévisible à la lumière des échecs répétés des Australiens au mois de juillet. Par trois fois les Australiens avaient atteints la crête pour finalement se trouver exposés à un feu intense provenant de l’autre versant. En fait, en fixant la crête de Miteiriya comme objectif à l’infanterie, Montgomery est tombé dans le piège ennemi. Après les combats de juillet, les Germano-Italiens ont bien saisi l’importance stratégique de cette crête et ils ont en conséquence adoptés des mesures défensives pour empêcher toute exploitation au-delà. Combiné avec l’ordre d’alléger les avant-postes, la ligne de défense principale de la Panzerarmee est établie sur la contre-pente avec un dispositif en profondeur. La 8th Army a donc réussi à atteindre la crête, mais toute tentative menée au-delà a été sévèrement repoussée par un torrent de feu.

 

Les FFL dans l’opération « Lightfoot »

Les FFL sont engagés dans l’extrême sud du front, près de l’infranchissable dépression de Qattara.

Le 23 octobre 1942, plusieurs unités participent à l’opération « Lightfoot ». La 13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère doit ainsi se porter au combat, soutenue par une colonne volante d’automitrailleuses et renforcée par des chars et des autocanons. Tandis que les engins de reconnaissance doivent faire diversion vers l’observatoire allemand du mont Himeimat, les légionnaires doit s’emparer du plateau de Taqa. Vers 19 heures, la formation franchit le dernier champ de mines britannique. Le terrain n’est pas favorable à la manœuvre et les fantassins s’enfoncent dans le sable jusqu’aux chevilles tandis que les éléments motorisés ne progressent qu’avec d’énormes difficultés, de nombreux véhicules devant être remorqués par les chars. C’est ainsi que seulement deux kilomètres ont pu être parcouru en l’espace de deux heures ! Peu avant 22 heures, le fracas du terrifiant barrage d’artillerie de la 8th Army sonne le début de l’offensive. Tandis que les sapeurs commencent à frayer un passage au sein des champs de mines ennemis, celui-ci, bénéficiant de magnifiques postes d’observation sur les éminences du secteur, tels le mont Himeimat, ouvre le feu avec son artillerie. La progression est cependant assez satisfaisante et les champs de mines sont traversés par l’unité de reconnaissance française, qui se rend compte que ce premier obstacle est franchi en découvrant les panneaux « Achtung Minen ! » qui marquent l’extrémité occidentale de ces « jardins du Diable ». Les Spahis ont perdu deux automitrailleuses qui ont tenté de faire demi-tour. Les Spahis et leurs automitrailleuses sont envoyés en diversion à l’est d’Himeimat. Un peloton intercepte une patrouille ennemie mais perd un de ses engins, victime d’une mine lui aussi, en tentant de la poursuivre. L’attaque du 1er bataillon de la Légion débute à 2 heures du matin mais l’armement lourd ne suit pas la progression et plusieurs Bren-Carriers sont perdus. L’unité est clouée au sol au pied de la falaise de l’Himeimat par un violent tir de mousqueterie, de mortier et d’artillerie ennemie et toute tentative de débordement est vouée à l’échec. Les Français sont dans une situation délicate : ils ne peuvent prendre pied sur la falaise du Narb Rala et sont déployés à découvert. Il est donc impératif de profiter du couvert de l’obscurité pour effectuer un mouvement de repli. Celui-ci s’effectue dans des conditions dramatiques car les blindés ennemis de la Kampfstaffel Kiel (il s’agit en fait de blindés anglais récupérés par les Allemands : M3 Honey, M3 Grant, Crusaders) ouvrent le feu sur les légionnaires et deux Bren-Carriers et une ambulance sont mis en feu.

Au cours de la matinée, les Français doivent affronter une nouvelle fois les blindés ennemis qui tentent une contre-attaque. L’assaut se solde par un échec tandis qu’une esquisse de débordement par le sud-ouest est stoppée par les chars français appuyés par l’intervention fort opportune de chasseurs Hurricane d’appui au sol qui font feu de leurs canons de 37 mm. Plus tard, huit carcasses de blindés ennemis seront comptabilisées sur le terrain. Les Allemands ont été surpris par la chaude rencontre avec les blindés français et les appareils de la Royal Air Force. Devant l’attitude résolue des Français, les Allemands se mettent sur la défensive, laissant à leurs adversaires l’impression assez inattendue de rester maîtres du terrain alors que l’alerte a été sérieuse.

Dans le secteur du 2ème bataillon, qui s’attaque également aux positions ennemies de l’Himeimat, la situation est autrement plus favorable. Les légionnaires réussissent en effet l’exploit de prendre pied sur la falaise et de l’escalader en dépit des tirs meurtriers de l’adversaire. A 6 heures 15, la conquête du premier objectif est signalée par le tir de fusées Very. Sans moyens de défense adéquats pour résister à une attaque de blindés ennemis sur le plateau, les antichars étant bloqués par les champs de mines, les légionnaires n’ont d’autre alternative que de se retrancher sur le rebord de l’escarpement pour éviter l’anéantissement. L’unité doit donc se replier à son tour sous le feu de l’ennemi. Le décrochage s’effectue sous le couvert des unités de la colonne volante qui permettent aux légionnaires d’éviter le tir des mortiers et des mitrailleuses mais ne les mettent pas à l’abri de l’artillerie et des blindés ennemis. C’est au cours de cette action que tombe le lieutenant-colonel Amilakvari, qui avait glorieusement contribué à la défense de Bir-Hackeim au printemps précédant. Les positions ennemies du mont Himeimat, bénéficiant de vues plongeantes sur les Français, semblent inexpugnables. La colonne volante a perdu sept automitrailleuses dans son engagement des 23-24 octobre 1942. Le bilan de la journée se solde donc par un échec puisque les fantassins, en raison du mordant de l’ennemi et de l’extrême difficulté du terrain, n’ont pu se maintenir sur leurs objectifs. Les pertes françaises se montent à 123 hommes. Néanmoins, partout, les Spahis et leurs blindés se sont imposés à l’ennemi et leur intervention a sauvé les légionnaires de la destruction. De toute façon, toutes ces opérations ne présentent qu’un caractère secondaire dans l’offensive de Montgomery, mis à part la fixation de la 21.Panzerdivision dans le sud : la décision est recherchée ailleurs.

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