Airborne Museum de Sainte-Mère-Eglise: Expo Temporaire et Festivités 74e Anniversaire du Débarquement

Airborne Museum de Sainte-Mère-Eglise:

Expo Temporaire et Festivités 74e Anniversaire du Débarquement

 

C’est dans le Hall Ronald Reagan, où est également projeté un film sur les opérations aéroportées du 6 juin 1944, que se situe l’espace consacré aux expositions temporaires.


Cette année, l’exposition est consacrée aux « Agents de l’Ombre », donc à la Résistance.A travers différentes scènes, l’exposition met en lumière ces hommes et ces femmes, militaires ou civils, formés à devenir des agents secrets. Les visiteurs sauront quel est le rôle d’une équipe Jedburgh, ce que font les agents du SOE (services secrets britanniques) en liaison avec la Résistance, ou bien encore comment fonctionnent une radio clandestine ainsi que les containers et le matériel de sabotage. Ils seront le temps de la visite, eux aussi des agents secrets grâce aux nombreux objets, documents et photos –pour la plupart jamais exposés- qui permettent de plonger au cœur des actions clandestines de ces guerres secrètes.

 

74ème anniversaire du Débarquement

 

Comme chaque année, l’Airborne Museum s’associe aux commémorations du Débarquement, notamment avec l’installation du camp « Geronimo », un incontournable.

  

Camp de reconstitution «Geronimo» de 2017

Du samedi 2 au mercredi 6 juin : Camp de reconstitution «Geronimo» mettant en scène les troupes aéroportées américaines en Normandie, avec la participation d’Overlord 76, des Aigles Bagarreurs, de V for Victory et de MVCG Bretagne.

Du samedi 2 au lundi 4 juin : Exposition de véhicules militaires Place Chenevière, à côté du village interarmées, en face du musée Samedi 2 juin : démonstration stick paras – Place Chenevière Nocturne du camp Geronimo : ouverture jusqu’à minuit.

 

Le défilé en 2017

Dimanche 3 juin (18h00) au retour des parachutistes de la Fière : défilé de véhicules d’époque (23h00) : démonstration de stick pathfinder place de l’Église

Airborne Museum de Sainte-Mère-Eglise: La Collection

Airborne Museum de Sainte-Mère-Eglise: La Collection

 

Un Sherman M4A4, d’un modèle conforme à la bataille de Normandie, a remplacé en 2017 le Sherman M4A3E8, donc d’un modèle trop tardif, qui trônait devant son entrée depuis les premiers temps du musée: la muséographie de l’Airborne Museum n’a cessé d’évoluer avec les années.

 

LE BÂTIMENT DU WACO

A l’origine, le musée des parachutistes de Sainte-Mère-Eglise se résumait à ce bâtiment, qui affecte la forme d’une corolle de parachute. Son point focal est le planeur Waco qui s’y trouve, mais les vitrines recèlent de nombreuses pièces intéressantes. Cette partie du musée, qui commençait à vieillir il y a encore quelques années, est désormais bien mise en valeur.

    Un jeep: apparemment banal, mais celle-ci, aux couleurs de la 82nd Airborne, est superbement équipée avec trois mannequins et une pléthore de matériels.

 

LE BÂTIMENT DU C-47

La première extension du musée possède des collections d’uniformes époustouflantes, montées sur des mannequins réalistes. Les quelques images qui suivent n’offrent qu’un petit aperçu (il faut découvrir le matériel, parfois lourd, les parachutes colorés selon le contenu des containers, les mannequins de pilotes, d’auxiliaires féminise mais aussi de soldats allemands).

Ci-dessous, deux raretés parmi tant d’autres: une tenue complète de para US de l’opération « Husky » (débarquement en Sicile, 10 juillet 1943) et une autre de l’opération « Avalanche » (débarquement à Salerne, 9 septembre 1943). 

 

 

Ci-dessous: autour du C-47, une reconstitution de la fameuse scène de la visite d’Eisenhower à des Gis du 502nd PIR de la 101st US Airborne sur l’aérodrome de Greenham Common, le 5 juin 1944.

                    

 

Ci-dessous: un des fameux leurres largués dans la nuit du 5 au 6 juin pour tromper les forces allemandes.

 

 

LE BÂTIMENT « NEPTUNE »

Le troisième bâtiment du musée, dit « Neptune », fait la part belle à l’immersion du visiteur dans l’ambiance du D-Day grâce à des effets sonores, des dioramas et, désormais, l’HistoPad.

Le visiteur traverse un C-47 avec tous ses parachutistes doté de l’intégralité de leur équipement; une autre scène narre le fameux parachutage au centre de la petite ville de Sainte-Mère-Eglise.

Ci-dessous: dans tous les bâtiments, les visiteurs découvrent des pièces originales exceptionnelles ayant appartenu aux plus célèbres gradés des troupes aéroportées américaines. A gauche: un mannequin avec les traits et l’uniforme du Général Ridgway; à droite, le général Gavin, qui sera son successeur à la 82nd Airborne.

Ci-dessous: le remarquable diorama consacré à un fait d’armes passé à la postérité: les combats pour le pont de la Fière. Une nouvelle pièce de collection, un superbe et rare canon antichar de 57 mm (non photographié ici) a intégré le décor.

Ci-dessous: à côté de l’évocation d’un hôpital de campagne (avec une superbe ambulance détaillée avec l’HistoPad), une belle scénette avec des Fallschirmjäger.       

Airborne Museum, Sainte-Mère-Eglise: HistoPad Nouvelles Technologies

 Airborne Museum à Sainte-Mère-Eglise:

HistoPad et Nouvelles Technologies

On ne présente plus le fameux Airborne Museum, situé dans la célèbre petite ville nomade de Sainte-Mère-Eglise et consacré aux forces aéroportées américaines pendant la Seconde Guerre mondiale, et plus particulièrement aux opérations du D-Day du 6 juin 1944.

 

La grande nouveauté cette année est l’HISTOPAD que j’ai testé la semaine dernière et qui sera proposé aux visiteurs à partir du 15 MAI 2018.

 

Grâce aux nouvelles technologies du numérique, notamment de la 3D et de la Réalité Augmentée, ce nouveau support de visite, intuitif, interactif, pédagogique et ludique, permettra au grand public de vivre sur les lieux mêmes cet évènement historique.

Les salles en visite augmentée: • Le bâtiment Planeur WACO pour entrer dans le cockpit du planeur, connaitre la signification des différentes couleurs de voilure de parachute ou comprendre comment fonctionne la radio clandestine. • L’entrée du bâtiment C-47 pour découvrir comment est balisé une zone de saut par les Pathfinders (éclaireurs) • La sortie du bâtiment C-47 pour entrer dans l’avion « Argonia » ou encore fouiller l’intérieur d’un bureau de campagne • L’entrée du bâtiment Opération Neptune pour équiper un para et se rendre compte de la lourde charge de cet équipement • La scène de la Fière dans le bâtiment Opération Neptune pour connaître l’issue de la Bataille en interrogeant les collections

Une véritable jeep, mais aussi le même engin en 3D

avec toutes les explications sur votre Histopad!

 

Peu encombrant, l’HistoPad est un atout certain pour la visite, particulièrement pour le plus jeunes! D’autant que la visite s’accompagne d’une chasse aux reliques de guerre, ludique et interactive. Destinée aux plus jeunes, cette quête réjouira aussi les plus grands. Dans chaque lieu reconstitué est caché un objet symbolique de la Bataille de Normandie. Les visiteurs seront récompensés par des médailles décernées aux chasseurs les plus assidus.

Dans le planeur Waco: tous les détails du cockpit ainsi que la reconstitution virtuelle 360° d’un site d’atterrissage de planeurs, le visiteur pouvant découvrir l’évolution des lieux entre 1944 et 2018 en manipulant son HistoPad. Le même procédé se répète plusieurs fois dans le musée, notamment devant l’ambulance de l’US Army en fin de parcours.

A partir du 15 mai 2018, Airborne Museum et la société Histovery invitent tous les visiteurs du musée à une immersion spectaculaire dans Sainte-Mère-Eglise en juin 1944 ! L’HistoPad vous plongera dans l’histoire de Sainte-Mère-Eglise sous l’Occupation et pendant l’été 44 : découvrez la vie des civils sous l’Occupation, sautez avec les paras américains, prenez part aux combats pour défendre la ville, rencontrez des acteurs clés de la bataille, manipulez les armes et matériels des deux camps, et revivez l’émotion de cet événement historique ! Un guide de visite interactif pour vivre, voir et comprendre les moments-clés du Jour-J Au travers de reconstitutions 3D de très grande qualité, le visiteur pourra s’immerger dans les heures décisives de la bataille. Tout au long de son parcours de visite, il pourra manipuler virtuellement une sélection d’objets exposés dans le musée pour en découvrir la fonction et en comprendre le fonctionnement. Des expériences interactives variées permettront, de plus, de découvrir le rôle clé des troupes aéroportées dans le succès du Débarquement Allié : prendre part au briefing des paras des 82e et 101e Airborne la veille du 6 juin 1944, découvrir le rôle des « Pathfinders » (éclaireurs) pour baliser les zones de saut, s’équiper comme un para avant d’embarquer pour le saut, etc.

 

Vous êtes devant un canon d’un affût Flakvierling 38? L’Histopad vous donne des précisions sur le canon de DCA ainsi qu’une image 3d de la pièce.

Un mannequin de pathfinders (les fameux éclaireurs) retient votre attention ainsi que son matériel spécifique? Votre HistoPad vous explique de façon claire et didactique le rôle et la manière de procéder de ces hommes qui furent l’avant-garde des parachutistes.

Avec l’HistoPad, on découvre également l’équipement complet d’un para, chaque pièce de la vitrine se retrouvant sur la tablette où le visiteur peut habiller un mannequin virtuel tout en visualisant le pics accumulé d’équipement, la manière de le fixer ainsi que des informations sur ce matériel.

Les soldats allemands ne sont pas oubliés…

 

            

Le « clou » de l’HistoPad à mes yeux: après être sorti de la carlingue d’un C-47 Skytrain avec ses parachutistes dûment équipé (et avec un bruitage « d’ambiance »), le visiteur se trouve sur une passerelle, au-dessus d’une maquette du secteur de Sainte-Mère-Eglise. On découvre alors une image reconstituée de la ville (cf photo de droite) sur laquelle sont indiqués les noms de véritables parachutistes et le visiteur visualise alors leur saut opérationnel comme s’ils étaient à la place du parachutiste sélectionné! Très réussi!

Les 8 scènes immersions: 1. La place de l’église de SainteMère-Eglise un jour de marché en mai 1944 2. Une salle de briefing en Angleterre pour connaitre les objectifs de la 82e et de la 101e Airborne 3. La traversée de la Manche avec plus de 800 avions dans la nuit du 5 au 6 juin 1944 4. Le saut du stick de John Steele sur la place de l’église de SainteMère-Eglise le 6 juin 1944 5. La place de l’église de SainteMère-Eglise au petit matin du 6 juin 1944 6. La pont de la Fière le 6 juin 1944 en milieu d’aprés-midi alors que les combats font rage 7. La zone d’atterrissage de planeurs sur la LZW Les Forges le 6 juin 1944 en fin de journée 8. Le château de la Colombière à Hiesville transformé en hôpital pour la 101è Airborne le 6 juin

 

UNE CHASSE AUX RELIQUES POUR CAPTIVER LE JEUNE PUBLIC ET UN PHOTOMATON HISTORIQUE Tout en partant à la découverte des théâtres d’opération, le visiteur pourra participer à une chasse aux reliques, ludique et interactive. Destinée aux plus jeunes, cette quête réjouira aussi les plus grands. Dans chaque lieu reconstitué est caché un objet symbolique de la Bataille de Normandie. Les visiteurs seront récompensés par des médailles décernées aux chasseurs les plus assidus. L’HistoMaton permettra au visiteur de se prendre en photo selfie en uniforme de parachutiste ou de soldat de la 101e ou de la 82e airborne ou en tenue d’infirmière. Le visiteur pourra, s’il le souhaite, recevoir sa photo historique par email à la fin de sa visite.

 

Au final, la visite, que je trouvais déjà passionnante auparavant, en a encore gagné en intérêt. Il est évident qu’il va attirer un public beaucoup plus large: il est essentiel d’accorder de l’importance aux nouvelles technologies (pensons aussi aux reconstitutions 3d visibles dans la musée d’Arromanches).

Nous avons donc une technologie de pointe accessible à tous, validée scientifiquement par des spécialistes des forces aéroportées américaines. Ce bond technologique dans la muséographie, unique dans l’espace touristique consacré à la bataille de Normandie, fera des émules, à n’en point douter !

Commémorations du Débarquement: mon avis

L’évolution des commémorations

du Débarquement en Normandie

Nul autre événement du conflit que le Débarquement ne peut prétendre à l’engouement qu’il suscite. Qu’en-est il donc des commémorations du 6 juin 1944 –alliant cérémonies, présence de vétérans et manifestations de collectionneurs- depuis ces dernières décennies ? Normand natif de Caen, historien et fils de témoins de la bataille,ce sujet revêt une importance primordiale pour moi…

 

Une page se tourne

Avant d’être une grande fête et l’occasion d’une sortie pour les passionnés et les touristes, les cérémonies du Débarquement sont celles du souvenir, du rappel de notre attachement aux valeurs de la démocratie et de la mémoire de ceux qui sont tombés pour nous apporter la liberté. La première place revient donc légitimement aux vétérans, soldats des armées alliées ou combattants de la Résistance, qui, dans leur jeunesse, ont connu et ont été les acteurs de cette période tragique. Qui n’a ressenti de l’émotion et de la gratitude à la vue d’un vieux monsieur, très bien habillé, la poitrine ornées de décorations hautement méritées ainsi que des « chest badges », remis à l’occasion des grandes cérémonies de 2004 ? N’est-ce pas un privilège de les avoir rencontrés ? Ces honorables grands-pères avancent dans l’âge et sont chaque année moins nombreux (on ne compte plus que 3 anciens du 1er BFMC de Kieffer). Les plus illustres, comme John Howard et Lord Lovat, nous ont quittés il y a déjà quelques années. Ne nous le cachons pas : quel que soit l’attachement que l’on a pour ces cérémonies et du soin qui est apporté à leur organisation, elles perdront de leur attrait et de leur force lorsque les vétérans ne seront plus présents. Il n’étaient que quelques centaines en ce mois de juin 2019…

 

Cette année, le sosie de Churchill était parmi nous…

 

Une portée internationale

La reine Elisabeth II d’Angleterre, qui a présidé aux superbes commémorations de Portsmouth le 5 juin, est elle-aussi en quelque sorte un vétéran de cette guerre, au cours de laquelle elle a servi comme conductrice. Sa présence aux cérémonies leur a toujours conféré un cachet hors du commun. Apercevoir le prince Charles dans une réplique de Horsa à l’inauguration de ce dernier dans le très réussi musée des aéroportés britanniques de Pegasus Bridge est également une expérience qui se savoure.

Il n’est en fait nul autre événement historique qui ne soit autant commémoré, par autant d’Etats et sur une aussi longue durée. La présence du président Poutine et du chancelier Schroeder sur les terres normandes en 2004 inaugure une nouvelle période pour les commémorations (l’absence du premier cette année a été remarquée). L’aspect décisif de la guerre germano-soviétique est si évident qu’il n’a pas à être rappelé : la Guerre froide est finie tandis que le rapprochement avec l’Allemagne, effectif depuis longtemps et ferment de la construction européenne, justifie la présence du chef de gouvernement de l’ancien pays ennemi. Rappelons tout de même (n’en déplaisent à certains trop politisés ou anti-américains primaires), que les Soviétiques n’auraient jamais été en mesure de battre les nazis à eux seuls.

Si la Guerre froide est terminée, le passage en Normandie est presqu’obligé pour les présidents américains en exercice : au-delà de la nécessité de se souvenir du sacrifice des GIs en des lieux si emblématiques (du cimetière d’Omaha Beach à la Pointe du Hoc), occasion unique de rappeler à l’Europe sa dette envers l’Amérique, c’est aussi de l’endroit pour réaffirmer à la face du monde quelles sont les valeurs défendues par les Etats-Unis et pour lesquelles ils continueront à lutter. Le passé comme message politique pour le présent.

Le Sherman de Brad Pitt dans « Fury » était à Omaha en 2019. Hollywood a contribué à assoir la légende d' »Overlord ».

 

L’ampleur des cérémonies aboutit à des spectacles les plus divers

L’évolution des anniversaires du D-Day au cours des dernières décennies se caractérise indubitablement par un accroissement sensible de leur ampleur. Les spectacles présentés aux chefs d’Etats et de gouvernements invités lors des 60e et 70e anniversaires témoignent de cette évolution. Les festivités ne se bornent pas à un grand « show » à destination de ces hôtes illustres mais des commémorations à caractère plus nationales se déroulent sur l’ensemble des principaux sites du D-Day, de Sainte-Mère-Eglise, à l’ouest, à la batterie de Merville, à l’est. Les stèles se sont multipliées, dans le moindre village où un événement d’importance s’est déroulé ou, le plus souvent, en mémoire et en témoignage de reconnaissance de l’unité alliée qui a libéré la commune, sans oublier les blindés exposés à titre commémoratifs, à l’instar du Sherman exposé place Patton à Avranches, bien que le plus beau et le plus spectaculaire reste pour moi le Tiger de Vimoutiers, un char allemand… Des cérémonies plus accessibles car, paradoxalement, les Normands sont frustrés des principales cérémonies se déroulant sur leur sol en raison des multiples mesures de sécurité qu’entraînent la présence d’un tel aéropage en un seul lieu. Un nouvel espace est désormais consacré aux forces britanniques à Ver-sur-Mer, ce qui n’est que justice eût égard à la contribution de l’empire britannique à l’opération « Overlord » et à la victoire.

 

La semaine du 6 juin, en Normandie, est le cadre de festivités les plus diverses qui attirent les foules.

Feux d’artifices, bals, concerts, expositions temporaires, meeting, visites guidées du champ de bataille (parfois en tenue), etc : le visiteur n’a que l’embarras du choix. Un de mes plus grands plaisirs est de croiser un groupe de véhicules sur une route normande, plaisir accentué si l’engin qui me précède en est un aussi : une expérience courant tous les débuts juin et sans cesse renouvelée sans y ressentir la moindre lassitude… Ecouter un joueur de cornemuse à Bénouville tandis que déambulent des collectionneurs tout de Denison Smoke vêtus n’est pas non plus désagréable. Par-ci par-là, des bourses aux armes, qui se sont multipliées, même si celles-ci n’ont pas le caractère presque de grand’ messe que pouvait avoir jadis la défunte bourse de Cabourg.

De superbes dioramas sont exposés (ici près de l’Overlord Museum). A gauche, le Mont Pinçon réalisé par un maquettiste de talent…

Ce constat d’inflation quantitative concerne en premier lieu le matériel militaire exposé. En juin 1984, encore enfant, je découvre aux côtés de mon père l’un des premiers rassemblements de véhicules de collections militaires qui m’ait été donné de voir. Quelques blindés, dont un halftrack White M3, un tank M3 Stuart et une automitrailleuse USM8, tous dûment équipés, renforcés de sacs de sables et de paquetage de toutes sortes. L’ère des grands rassemblements n’en est qu’à ses premiers balbutiements. Bientôt, dans la seconde moitié des années 1980, au-delà des plages normandes, les rendez-vous de Mourmelon procureront au grand public une approche plus concrète de l’histoire militaire.

Un DUKW à Arromanches cette année

Le 6 juin 1989, je suis aux aurores pour voir débarquer des DUKWs sur la plage d’Arromanches qui sera bientôt couverte de véhicules d’époque entourés de collectionneurs, dont un de mes camarades du lycée en superbe « Red Devil ». Les défilés de véhicules militaires n’ont eu de cesse de se multiplier, au-delà de celui de Bayeux (encore une réussite cette année), qui perdure avec certes moins d’ampleur mais en nous gratifiant d’une multitude de raretés aux couleurs anglo-canadiennes.

Les spectacles de parachutages sont à couper le souffle.  Les largages en tenue d’époque depuis des C-47 Skytrain ou des DC3 Dakota (avec un rassemblement « monstre » de dizaines de ces engins pour le 75e) sont encore davantage émouvants pour l’amateur, surtout quand il s’accompagne du saut d’un ancien 70 ans après son baptême du feu en Normandie ! Le « clou » de ces parachutages est sans conteste le spectacle offert sur le site de La Fière. Pour peu que la Normandie bénéficie ce jour-là d’un bel ensoleillement, cette vision de centaines de canopées larguées à rythmes réguliers est inoubliable, grandiose…

Quelques paras le soir, à Arromanches, un beau spectacle certes, mais sans commune mesure avec le spectacle de La Fière avec ses centaines de corolles ‘à droite, en 2014)…

 

Des spectacles qui n’auront plus cours ?

Le 40e anniversaire du débarquement sera également le cadre des premiers meetings d’envergure sur le sol normand. Le rassemblement de Warbirds et autres engins volants de guerre à Falaise et à Carpiquet laisseront un souvenir tout particulier aux chanceux, dont je fus, qui purent assister à leur spectacle. Hélas, depuis lors, P-38 Lighting, Boeing B-17 ou encore Mosquito. Les amateurs doivent maintenant s’éloigner des pâturages normands et se rendre à la Fertais-Allais, stupidement programmé le même week-end de juin que les festivités de Normandie…

Des engins rares, de véritables merveilles (les amateurs me comprendront…) font leur apparition ces années-là : citons par exemple une automitrailleuse Marmonn-Herrington en camouflage désert et un Humber Mk II, ou encore un superbe char Cromwell, qui a fait ses premières armes en Normandie. Les premiers défilés organisés à Bayeux au 45e et au 50e anniversaire sont à cet égard réussis et n’ont plus leur équivalent, ne serait-ce que par la désormais absence des chars de combat (on imagine en effet sans peine les conséquences du passage de leurs chenilles sur la chaussée). Il faut reconnaître également que certaines lois malvenues pénalisent les collectionneurs (imagine-t-on sérieusement que leur matériel puisse être de nature à intéresser des malfaiteurs qui n’ont aucun mal à se fournir en Kalachnikov ?), ce qui explique la tiédeur de ceux qui viennent de l’étranger. Il n’y aura jamais un Beltring normand…

Les véhicules britanniques et canadiens: des raretés très agréables à voir…

Les amateurs n’ont pas à se désoler pour autant : les années récentes ont également offert leurs lots de belles surprises : n’est-il pas original de voir se déployer une batterie de 25 pounder à Tilly-sur-Seulles il y a quelques années, des pièces des 105 mm à Sainte-Mère-Eglise ? N’est-il pas intéressant de voir évoluer un LCVP sur l’eau à Carentan ? En 2008, la route côtière de la plage d’Omaha, sise entre Vierville-sur-Mer et Saint-Laurent-sur-Mer est couverte d’engins américains garés pare-chocs contre pare-chocs, vision qui s’est multipliée depuis lors. L’un de plus beaux défilés de véhicules américains est celui qui s’ébranle de Grandcamp-Maisy en direction d’Isigny, de même que celui de Sainte-Mère-Eglise. En 2014, sous un soleil de plomb, les blindés sont de retour en nombre et, avec eux, de plus en plus de visiteurs en uniformes. Avec parfois une belle surprise : deux vedettes du D-Day qui ont jeté l’ancre de part et d’autre de Pegasus Bridge.

 

La multiplication des groupes de reconstitution

Un collectionneur sérieux et correctement vêtu: ce n’est pas toujours le cas

On constate une tendance qui n’a cessé de s’accentuer depuis les années 1990 et de plus en plus dans les années 2000 : la multiplication des groupes de reconstitution, le plus souvent regroupés dans des camps (citons les «camp « Arizona » et « Geronimo » respectivement à Carentan et Sainte-Mère-Eglise, score superbes en 2019). Ces derniers peuvent offrir un remarquable aperçu du matériel et de l’équipement militaire au visiteur. L’aspect visuel de certains campements peut être très réussi lorsque tentes, véhicules et positions de combats aménagées sont disposés avec art et réalisme, que ce soit dans un champ (avec vue sur les plages), dans un village (notamment tout autour de la place de Sainte-Marie-du-Mont), près d’un musée (le Dead Man’s Corner et ses paras) ou encore une batterie allemande (Saint-Marcouf ou Merville). Les reconstituteurs sont visiblement heureux de faire partager leur passion et c’est l’occasion, notamment pour les plus jeunes, de manipuler un bazooka ou encore de prendre la pose dans une jeep. On appréciera aussi la thématique de la plupart des campements : ici des GIs, là des Tommies ou des Canucks, ici encore ce sont des fantassins américains, dans la localité voisine des paratroopers. Des femmes se prêtent aussi au jeu, en uniforme d’auxiliaires féminines ou en arborant les tenues des élégantes de l’époque. J’apprécie grandement cette multiplication d’évocation de la mode et des civils de l’époque, le « clou » étant la reconstitution de l’Exode à Carentan.

Ou comment faire original et se démarquer avec un véhicule aussi « classique » que la jeep…

Certes, le meilleur côtoie le pire : entre la présentation rigoureuse d’une tenue de GI de 1944 avec tout l’équipement et un figurant bedonnant aux cheveux longs vêtu d’une tenue mixant le vêtement de chasse au treillis de surplus, il y a un monde… Heureusement, de nombreux groupes se distinguent par la qualité de leurs uniformes et de l’équipement, avec le souci du détail authentique (citons par exemple le cas de paras américains coiffés et grimés à l’indienne comme sur des clichés bien célèbres), regroupant des soldats appartenant à la même unité. Des commandos britanniques aux GI du service de santé, les groupes sérieux sont légions. Il faudrait cependant veiller à ne pas verser dans le ridicule : j’ai vu un « MP » d’un jour assurer la circulation, au besoin en hurlant contre les récalcitrants, avant qu’un conducteur lui demande pour qui il se prenait. Un autre de ces « MP » n’a d’ailleurs pas hésité à se frayer un chemin jusqu’au guichet d’un musée (celui d’Arromanches), imaginant sans doute que le port de l’uniforme accordait quelques privilèges… Des exceptions, fort heureusement !

Des collectionneurs en paras anglais à Bénouville en 2013

 D’autres en soldats américains sur Omaha Beach, en 2008.

Ci et là, d’autres, y compris des enfants, ont revêtus des effets civils de l’époque. Sous des accents de jazz, l’ambiance est assurée. Sur les routes, le passionné ou le touriste amateur sera ravi de croiser qui un convoi de jeeps et de camions, qui un halftrack arrêté sur le bas-côté. Près des musées et sur les plages, ce ne sont qu’uniformes kaki.

 

De plus en plus de femmes participent aux festivités, dont de nombreuses en tenues des années 40

Côté couleurs d’uniforme, la nouveauté c’est aussi l’apparition du Feldgrau. La présence de collectionneurs pose un certain nombre de difficultés, voire peut susciter un certain émoi, surtout pour ceux qui ont connu les heures noires de l’Occupation (une réalité difficile à appréhender pour un Américain, qu’il soit historien ou simple touriste). Ne tombons pas dans la facilité qui consisterait à faire un procès d’intention à ces collectionneurs, souvent sympathiques et consciencieux : s’intéresser à la Wehrmacht, l’armée qui est incontestablement au cœur de la Seconde Guerre mondiale et dont l’étude est incontournable sur ce sujet, ne signifie aucunement faire siennes l’idéologie abjecte dont cette armée fut le glaive. Mais c’est justement sur ce point que le bas blesse : les commémorations du 6 juin sont celles de la victoire des démocraties, de la Libération… La complicité de la Wehrmacht aux crimes de guerre nazi est désormais clairement établie. Ceci étant, les spectacles offerts à la batterie de Crisbecq ainsi qu’à celle de Merville, dans lesquels des reconstituteurs arborent ces uniformes, sont superbes. Je reste partagé : montrer des véhicules pourrait suffire…

Voir évoluer devant soi des Panzer: une vision mémorable pour un passionné comme moi…

Je concède qu’en dépit de ces réticences j’ai apprécié de croiser ces groupes et je suis le premier, aussi bien à Saumur qu’en Normandie, à sortir mon appareil pour immortaliser par un cliché une belle reconstitution de soldats allemands. Cette année, le plus remarquable a été de découvrir les Panther et le Panzer IV en état de marche en provenance du musée des blindés de Saumur. Un superbe spectacle pour tous les passionnés… Mais en Normandie, en juin, ce sont avant tout des commémorations. Pis, les déclarations de certains individus appartenant à certains groupes, sans parler de leurs pseudonymes sur internet, laissent pantois… Un phénomène certes à la marge, mais qui peut jeter un discrédit sur l’ensemble.

 

Une pléthore de musées de qualité

L’inflation du nombre de musées et de sites désormais bien mis en valeur est une autre donnée de ces dernières années. La perspective de retombées financières acceptables pourrait a priori faire être en partie à l’origine du phénomène. Une telle entreprise est pourtant un pari sur l’avenir, comme l’illustre la fermeture du regretté musée des tanks de Catz, près de Carentan (remplacé par le superbe Normandy Victory Museum)ou encore la remarquable collection de mannequins d’Avranches (pour ceux qui ont connu Arlon, la Belgique a vécu pire).

Normandie, où on ne dénombrait encore que quelques musées dans les années 1970, dont le vénérable musée d’Arromanches, on en observe désormais une multitude. Beaucoup, comme celui de Sainte-Mère-Eglise (voir ma présentation sur mon blog), se sont considérablement modernisés et présentent une richesse de collection qui a longtemps fait défaut : avec le Dead Man’s Corner (présenté aussi sur mon blog), les amateurs de paras américains sont maintenant comblés. Même constat du côté de la 6th Airborne : le tandem musée de la batterie de Merville-musée de Pegasus Bridge sont d’un intérêt sans commune mesure avec ce qui existait à l’époque du petit musée sur les paras près du café Gondrée. La cure de jouvence qui a touché le musée d’Utah Beach est tout aussi remarquable. Celui qui recherche l’ambiance d’un bunker a le choix entre les batteries de Crisbecq et de Merville, le Grand Bunker de Ouistreham, où les salles des bunkers sont admirablement reconstituées, ou des sites comme les batteries d’Azeville et de Longues-sur-Mer. De même, il a longtemps manqué un musée dédié à l’armée canadienne : c’est chose avec le Juno Beach Center. J’attends l’équivalent britannique… On fait aussi dans le moderne (Arromanches 360°) ou dans l’original (D-Day Academy où l’amateur est mis en contact avec le matériel et peut s’offrir une sortie en véhicule d’époque). Cette dernière tendance se retrouve dans les différents C-47 dans lesquels les touristes peuvent s’immerger dans le passé, en particulier celui du Dead Man’s Corner, dont la réplique montée sur vérins faire vivre de belles sensations. Les civils ne sont désormais pas oubliés : il existait déjà de belles reconstitutions de boutiques au musée de Quinéville, désormais un musée entier leur est consacré à Falaise.

Il est évident que le succès des commémorations et le tourisme de mémoire expliquent en grande partie le nombre impressionnant de musées. Le superbe Overlord Museum et son unique collection de blindés, autrement mieux situé qu’à Falaise, a évidemment tenu compte de cette manne (il est situé au rond-point qui mène au site phare des plages du Débarquement : le cimetière américain de Saint-Laurent-sur-Mer) et complète avec brio les autres musées de qualité déjà présents sur Omaha Beach. Que dire aussi du choix du site du musée de référence de la Seconde Guerre mondiale, à savoir le Musée Mémorial ? Caen, bien sûr, le pivot de la bataille de Normandie. Saluons aussi les musées méconnus mais réussis comme celui de la percée du bocage, sis à Saint-Martin-des-Besaces, celui du Mont Ormel sur la poche de Falaise, et surtout le remarquable Normandy Victory Museum à Catz.

Utah Beach bénéficie désormais d’un musée fort réussi

 

Une œuvre qui sera pérenne

Un bémol toutefois: l’organisation parfois par trop dilettante de certaines mairies, les publicités mensongères qui nous promettent des événements qui n’ont pas lieu, ou d’une ampleur infiniment moindre que présenté…

De plus, les marchés du temple ne sont jamais loin, dans certaines boutiques ou pour certaines publications opportunes. Mais l’engouement du public, les visites scolaires et le dynamisme des responsables de musées laissent espérer que ces commémorations ont de beaux jours devant elles. Le Musée Mémorial de Caen est un musée pour la paix édifiée dans ce qui fut une ville martyre, il consacre l’intérêt et la raison d’être de l’enjeu de la mémoire et du souvenir. Il incarne dans la pierre ce pourquoi on commémore toujours le Débarquement : témoigner notre reconnaissance aux libérateurs, se rappeler des sacrifices consentis, ne pas oublier une époque tragique et en tirer pour œuvrer pour la paix. Le visiteur qui arpente les cimetières militaires de la région prend inévitablement la mesure du caractère crucial que revêt cette œuvre de mémoire.

Il faut pérenniser la mémoire et le souvenir

Arnhem 17/09/1944

 

L’OPERATION MARKET-GARDEN: ECHEC A ARNHEM

Le pont de Nimègue: moins connu que celui d’Arnhem, mais peut-être le cadre des combats les plus décisifs

 Vue aérienne pont d’Arnhem, où s’est écrite une des pages le plus héroïque de l’armée aéroportée britannique

 

Les moyens alloués à Monty sont considérables et celui-ci est persuadé que rien ne peu plus empêcher le succès des armées alliées. Il reste qu’un excès d’optimisme peut conduire à un désastre. Les Allemands ne sont pas aussi désorganisés que veulent bien le croire les principaux chefs alliés et les renseignements exacts et précis concernant les unités ennemies font en fait défaut. L’armée allemande réussit à reconstituer contre toute attente un front cohérent en Hollande avant que les alliés profitent pleinement de la situation, l’entrée en lice de nombreuses unités de parachutistes allemands ne fait que renforcer le dispositif. En outre, les restes du 2. SS Panzerkorps sont encore largement présents aux Pays-bas le jour de l’offensive, le 17 septembre, depuis qu’il a été décidé de recompléter les 9. et 10. SS Panzer Divisions. Mais les pertes en Normandie et au cours de la poursuite ont été effrayantes et ces unités ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes, ne disposant que de quelques dizaines de blindés. Le groupe de combat de la 9. SS « Hohenstaufen », positionné à Arhnem, ne dispose ainsi que de 2 500 hommes, sans blindés pouvant intervenir le premier jour.

 Les retards accumulés en Angleterre pour les décollages seront décisifs

 La nécessité de consacrer d’importants effectifs à la sécurité des Landing Zone sera lourd de conséquence

 Les Panzer: relativement peu nombreux, ils pèsent de tout leur poids aussi bien à Arnhem, qu’à Nimègue et surtout le long de la route empruntée par le XXXth Corps

 La Flak, dont le danger potentiel poussera la RAF à renoncer à mener des largages trop, près des ponts

Le général Horrocks, chef du XXXth British Corps, décide d’engager la Guards Armored Division en tête de son dispositif. Il est décidé à contourner les obstacles et les défenses de l’adversaire pour foncer vers Arnhem en empruntant une route unique bordée de terrains marécageux et boisés ou peu propices au déploiement de blindés. L’avance des troupes de tête est favorable mais il n’en va pas de même pour les troupes qui suivent car elles sont assaillies par des attaques de flanc opérées par les Fallschirmjäger et les Waffen SS d’éléments du 2. SS Panzerkorps. Le XXXth Corps atteint son objectif du jour : Valkenswaard, à 8 kilomètres seulement d’Eindhoven.

Le XXXTh Corps ne sera pas en mesure de tenir des délais raisonnables lors de sa poussé en direction du Rhin

    

Les aéroportés américains sont en proie à de nombreuses difficultés: les opérations menées par les 82nd et 101st US Airborne auraient pu être davantage décisives

Des oubliés de Market-Garden: les Fallschirmjäger, les paras allemands

La 101st Airborne Division de Taylor doit s’emparer de plusieurs ponts, de la ville d’Eindhoven et de s’assurer du contrôle de la route que doit emprunter le XXXth Corps. Le largage débute peu après 13h et 6 769 hommes sont à terre, ne déplorant que des pertes très légères. En quelques heures, le 501st Parachute Infantry Regiment s’empare de tous ses objectifs et se prépare à garder le contrôle des ponts capturés en attendant la jonction avec le XXXth Corps. Le 502nd Parachute Infantry Regiment remplit également sa mission et ne rencontre que peu de difficultés. Les opérations du 506th Parachute Infantry Regiment ne sont hélas pas couronnées de succès en dépit d’un parachutage remarquable de précision. Les combats pour le village de Zon et deux pièces de 88mm retardent en effet les aéroportés qui ne disposent pas du moindre armement lourd. Lorsqu’ils s’apprêtent a s’emparer du pont qui enjambe le canal Wilhelmine, celui-ci est détruit par les Allemands. Les Américains traversent néanmoins le cours d’eau par des moyens de fortune et, vers 23h, le 506th a franchi le canal en direction d’Eindhoven. Le lendemain, les Américains s’emparent de la ville et de ses ponts. Le XXXth Corps éprouve cependant les pires difficultés à neutraliser les défenses ennemies et à s’assurer le passage et ce n’est qu’à 19h que les premiers chars de la Guards Armored Division pénètrent dans Eindhoven. Ce même jour, Taylor, les planeurs amènent 2 579 hommes en renfort à Taylor. Le retard du XXXth Corps est aggravé par le temps perdu à Zon où un pont Bailey est établi : l’avance ne peut reprendre qu’à 6h45 le 19 septembre, avec presque 1 jour et demi de retard ! Zon est particulièrement visée par les contre-attaques allemandes tandis que les Britanniques poursuivent leur avance vers Nimègue. Ce 19 septembre, Taylor reçoit de nouveaux renforts, retardés par le brouillard en Angleterre, mais une intervention massive de la Luftwaffe cause des pertes sensibles et 45 avions ainsi que 73 planeurs sont perdus.

 Des civils enthousiastes accueillent les libérateurs: pas de nature à favoriser le maintien d’un tempo suffisant de l’avance

 Le pont de Nimègue est enfin sous contrôle: est-il encore temps pour emporter la décision?

 

La 82nd Airborne Division de Gavin se voit assigner la difficile tâche de s’emparer de deux cours d’eau majeurs, deux fleuves : la Meuse et le Rhin. En raison de la difficultés que représente le contrôle des objectifs, la faiblesse des moyens à disposition en raison d’un largage étalé sur plusieurs jours et conscient du risque de n’être rejoint par le 30th Corps qu’au bout de quelques jours, le général Gavin décide de s’emparer prioritairement des hauteurs stratégiques situées au sud-est de Nimègue en sus de la capture des ponts. Le parachutage est également parfait et les pertes sont peu nombreuses parmi les 7 277 hommes largués. Les hommes du 504th Parachute Infantry Regiment s’emparent sans coup férir du pont sur la Meuse à Grave tandis que les résultats sont plus mitigés concernant les ponts sur le canal du Rhin à la Meuse puisque un pont est complètement détruit par les Allemands, un autre sérieusement endommagé, un seul étant capturé intact. La ville de Groesbeek et les hauteurs au sud-est de Nimègue sont en revanche occupées sans opposition notable par les 505th et 508th Parachute Infantry Regiments. En revanche, le seul bataillon du 508th qui est disponible pour la prise du pont de Nimègue qui enjambe le Rhin ne tente de prendre l’ouvrage qu’à la nuit tombée. Il est repoussé par une défense allemande sérieusement renforcée par des éléments de la 9.SS Panzerdivision puis par l’intégralité de la 10.SS Panzerdivision. De durs combats ont lieu dans Nimègue le lendemain, à l’avantage des Waffen SS. Ce même 18 septembre, les Allemands menacent les Landing Zones où doivent atterrir les renforts aéroportés par planeurs. Gavin doit réagir promptement au détriment des combats pour Nimègue et la situation est rétablie non sans mal par les Américains, juste à temps pour accueillir les 450 planeurs tant attendus. Le contact avec le 30th Corps s’effectue à Grave le 19 septembre à 8h20. Les combats pour s’emparer du pont de Nimègue se soldent à nouveau par un échec devant un adversaire déterminé et retranché en force. Il est alors décidé de faire traverser le fleuve le 20 septembre à un bataillon du 504th en utilisant les canots du génie britannique. Pendant ce temps, les Fallschimjäger du 2.Fallschirmjägerkorps de Meindl passent à l’attaque sur le front de la Reichswald et les combats qui les opposent aux Américains sont si menaçants que la Guards Armored Division doit intervenir pour soutenir les aéroportés. A 15h, sous le couvert d’une intervention aérienne et d’une préparation d’artillerie, les parachutistes du colonel Cook entament la traversée des eaux impétueuses du Rhin, pagayant avec courage au milieu d’un feu nourri provenant de la rive opposée, avant de gagner un point d’appui sur la berge. Seule la moitié des 28 canots réussit la traversée et les 11 bateaux encore intacts à leur retour sur la rive gauche du fleuve, vont entamer un va-et-vient toute l’après-midi pour transporter d’autres aéroportés afin de renforcer Cook. Au sud du Rhin, un assaut simultané est lancé par les hommes du 505th appuyés par les blindés des Guards. Les Alliés s’emparent enfin de l’ouvrage d’art. Le 21 septembre, la Guards Armoured Division se remet en route vers Arnhem mais elle se voit vite contrainte de stopper son avance face à l’opposition de la 10.SS Panzerdivision « Frünsberg ». Les combats sont acharnés et l’avance est très lente, le contact est cependant pris avec les parachutistes polonais à Driel, juste en face des positions de la 1st Airborne Division. Nous sommes le 22 septembre et le sort de cette unité semble alors scellé.

     

 Les Red Devils de la 1st British Airborne à Arnhem: un sacrifice vain faute d’un soutien suffisant et d’un plan adapté et suffisamment réfléchi

Comme dans le secteur américain, les largages se sont parfaitement déroulés. Néanmoins, les zones de parachutages sont très éloignées de l’objectif majeur que représente le pont routier sur le Rhin à Arnhem. Urquhart, le commandant de la 1st Airborne Division, ne peut donc bénéficier d’aucun élément de surprise, d’autant que les jeeps qui doivent foncer sur le pont sont dans les rares planeurs qui n’ont pas atteint leur objectif. les troupes de la 1st Airlanding Brigade du général Hicks ne peuvent pas participer aux combats pour Arnhem car elles doivent sécuriser les Landing Zones et les Dropping Zones. Dans ces conditions, la 1st Parachute Brigade de Lathbury doit remplir seule cette mission. Deux bataillons de cette unités sont bloqués par les SS du Kampfgruppe Kraft et les rampants de la Luftwaffe du Kampfgruppe Weber, très inférieurs aux Britanniques, mais qui connaissent bien le secteur et qui font perdre à leurs adversaires un temps précieux, permettant l’entrée en lice de la 9.SS Panzerdivision. Les bataillons britanniques sont incapables de poursuivre leur progression. Néanmoins, le dernier bataillon de la 1st Parachute Brigade, le 2nd Parachute Battalion de John Frost, renforcé par quelques éléments dont 5 canons antichars de 6 livres, réussit à atteindre l’entrée nord du pont vers 20h et s’y retranche avec 750 hommes. Les tentatives pour prendre le pied sur le pont et s’emparer de l’entrée de la rive sud échouent. Le lendemain, une attaque vers le pont routier pour renforcer les hommes de Frost est déclanchée mais les pertes sont lourdes face à un adversaire déterminé et l’avance n’atteint qu’un kilomètre dans la journée. Tandis que le général Urquhart se retrouve isolé deux jours dans les lignes ennemies et se voit contraint de se cacher chez des civils hollandais, la 4th Airborne Brigade du général Hackett est larguée sur ses Dropping Zones. Les unités fraîches renforcent le dispositif britannique mais la résistance allemande est tenace et les aéroportés doivent faire face à de sérieuses contre-attaques qui annihilent presque intégralement un bataillon de Hackett. Pendant ce temps, Frost remporte un succès notable en anéantissant sur la rampe du pont routier le bataillon de reconnaissance de la 9.SS Panzerdivision qui remonte depuis Nimègue où il a stoppé l’avance des parachutistes américains avant d’être relevé par les hommes de la « Frünsberg ». Le 19 septembre, des chars lourds « Tiger II » interviennent contre le périmètre défensif de Frost et les pertes commencent à augmenter considérablement. Pour l’ensemble de la division, la situation est de plus en plus critique en raison du manque de munitions et de la difficulté à soigner les blessés, de plus en plus nombreux d’heure en heure. Urquhart réussit à rejoindre sa division et il doit se résoudre à l’évidence : les défenses adverses sont trop fortes et aucun secours ne peut être fourni à Frost. Il décide donc de constituer un périmètre défensif autour de l’hôtel Hartenstein, son PC, à Oosterbeek. Le 20 septembre, ce périmètre mesure 5, kilomètres de long et compte environ 3 600 hommes, soit le tiers de l’effectif initial de la division. Le 21 septembre, le bataillon de Frost est débordé. Ce même jour, les 1 003 parachutistes polonais sont enfin largués, au sud du Rhin, dans le secteur de Driel. Il n’y a aucun bateau, ce qui exclut tout passage des Polonais pour renforcer les hommes d’Urquhart. Seuls quelques hommes franchissent le cours d’eau sur des radeaux improvisés. Quand le contact est pris avec le XXXth Corps, Horrocks décide de faire traverser le fleuve aux hommes ce Sosabowski et à un bataillon de la 43rd Division. Face au feu intense de l’ennemi, l’opération s’avère être un échec. Horrocks et Browning doivent alors se résoudre à évacuer la tête de pont de la 1st Airborne Division. Dans la nuit du 25 au 26 septembre, 2 398 hommes sont évacués. Les pertes de la division d’Urquhart se montent à 7 077 hommes (sur 8 969 hommes engagés), tandis que la 82nd Airborne enregistre 1 432 pertes et la 101st en compte 2 118, le XXXth Corps n’ayant perdu que 1 500 hommes.

       

A gauche: Roy Urquhart ; A droite; Montgomery, qui a trop présumé de ses forces, naïvement convaincu de pouvoir assurer la victoire des Alliés par un effort dans le seul secteur nord du front de l’Ouest

L’opération « Market Garden » est donc un échec stratégique en dépit des gains acquis et de l’avance non négligeable des Alliés. Il reste que le front allemand ne s’est pas effondré, pas plus que dans les autres secteurs du front de l’ouest à cette même date. La guerre ne va pas s’achever avant Noël 1944.

Arnhem et ses environs perpétuent le souvenir de ces journées tragiques par de nombreux musées fort réussis et des sites préservés (ici l’hôtel Hartenstein)