Recension : « Le Jour le Plus Long » de Cornélius Ryan, éditions de « luxe » par Ouest-France

Cornélius Ryan, Le Jour le Plus Long, éditions Ouest-France, 2019, 304 pages

Faut-il encore présenter l’oeuvre de Cornélius Ryan, écrit en 1959, passée à la postérité grâce au film hollywoodien éponyme? La fameuse oeuvre fait l’objet d’une réédition réussie chez Ouest-France. Cette nouvelle version se distingue par trois aspects: son grand format, sa riche et abondante iconographie, la reproduction d’une partie des interviews et des documents d’archives utilisés par le journaliste pour réaliser son ouvrage. Avec le grand grand format retenu pour l’ouvrage, certaines photographies en double-page sont particulièrement bien mises en valeur. Un bonheur pour l’amateur… Un des intérêts majeurs du texte de Ryan est de faire partager l’épopée du Jour J au lecteur selon un rythme vivant, parsemé de dialogues, proche de celui d’un roman bien que fourmillant d’éléments historiques. Bref, un texte captivant. Il s’agit de la grande Histoire racontée au niveau de la petite histoire. Le livre comprend trois grandes parties, « L’Attente », « La Nuit » et « La Journée ». Le lecteur est facilement sais par l’atmosphère régnant ces jours fatidiques dans les deux camps et ce à tous les échelons de la hiérarchie, puisque nous suivons aussi bien des personnages aussi célèbres que Rommel que des hommes du rang lancés dans la grande aventure. Nous voguons au sein de l’immense armada alliée, entendons les accents de la cornemuse de Bill Millin, éprouvons le choc et la confusion du GI’s sur Omaha ou largués près de Sainte-Mère-Eglise… Certes, le lecteur aura sans doute à l’esprit les images de la grande fresque cinématographique de D. Zanuck (que j’ai présentée ici), mais le livre se lit avec autant de plaisir et sera un complément heureux à la fois des ouvrages historiques relatant les combats avec détails et des recueils de témoignages qui se sont multipliés ces dernières années. Un certain nombre d’erreurs se sont bien glissées dans le texte du journaliste américain -on pense au Major allemand Pluskat qui se prétend aux premières loges à Omaha Beach alors qu’il se trouvait en galante compagnie à Bayeux- mais cela ne nuit en aucune manière à la qualité de l’ensemble.

 

Films de Guerre/ War Movies (1/100): LE JOUR LE PLUS LONG

LE JOUR LE PLUS LONG (1962)

Je ne pouvais débuter ma série sur les films de guerre autrement que par un monument du 7e Art: Le Jour le Plus Long, superproduction de Darryl F. Zanuck (avec un budget colossal de 8 millions de dollars), avec le concours de plusieurs cinéastes passés derrière la caméra: Ken Annakin, Andrew Marton, Bernhard Wicki, Gerd Oswald.

Le propos du film est de narrer la préparation et le déroulement d’un événement majeur de la Seconde Guerre mondiale: le débarquement en Normandie du 6 juin 1944. Passée à la postérité, cette journée, célèbre entre toutes, est devenue une des grandes dates de l’Histoire, ce que ne pouvait ignorer le monde du cinéma.

 

Ci-dessous, une des répliques célèbres du film, mettant en scène le personnage à l’origine du titre du film: le Generalfeldmarschall Rommel, qui aurait déclaré que le jour du Débarquement serait « Le Jour le Plus Long »

 Une superproduction

Immense succès international (qui a sauvé la Fox menacée de faillite par le superbe Cléopâtre de Mankiewicz), Le Jour Le Plus Long c’est une musique signée Maurice Jarre, passée à la postérité, mais aussi une pléthore de célébrités, mises au service du souvenir de cette journée historique.

  

(source photos : https://www.quizz.biz/quizz-900969.html et http://www.cinetom.fr/archives/2009/05/09/13667734.html

Zanuck offre un cachet de 25 000 $ pour chaque acteur, la superstar John Wayne se distinguant en négociant un contrat de 250 000 $, accepté par le producteur qui veut absolument s’assurer de la présence de la vedette dans son film. Quant aux milliers de figurants, ce sont des milliers de soldats « prêtés » à Zanuck pour l’occasion… Certains seconds rôles, comme Edward Meeks, endossent les uniformes des deux camps, selon les scènes…

On ne compte plus les célébrités qui participent au tournage: Bourvil, Robert Mitchum, Henry Fonda, Richard Burton (qui tourne également dans Cléopâtre )… Certaines acteurs de premier plan n’apparaissant que très brièvement, au mieux pour quelques répliques, à l’instar de Sean Connery, Mel Ferrer, et, davantage encore, Rod Steiger. Citons la présence de stars venues d’Outre-Rhin dans les principaux rôles d’Allemands: Curd Jürgens, Gert Fröbe (quelques années plus tard dans Paris brûle t-il?), Hans Christian Blech (que l’on retrouve dans La bataille des Ardennes) et l’incontournable Wolfgang Preiss, lorsqu’un réalisateur recherche un officier supérieur de la Wehrmacht (Preiss est le général Pemsel dans Le Jour le Plus Long ; il tiendra également le rôle des maréchaux Rommel,  Kesselring et Rundstedt dans d’autres films). Certains choix d’acteurs s’avèrent pourtant malheureux: citons le casa d’Eddie Albert, au jeu très mauvais dans le rôle d’un colonel Thompson qui perd la vie sur Omaha Beach…

 

Les lieux du tournage

L’une des grandes réussites de Zanuck est d’avoir réussi à tourner plusieurs scènes en Normandie, sur les lieux des événements. Il n’est pas erroné d’affirmer que certains sites ou événements du Débarquement sont passés à la postérité et restent gravés dans la mémoire collective grâce au Jour le Plus Long. Cinq zones de tournage sont retenues, parfois pour plusieurs scènes:  la Pointe du Hoc ; Bénouville, au pont de Pegasus Bridge ; Saint-Mère-Eglise ; la batterie de Longues-sur-Mer (entre Arromanches et Port-en-Bessin), pour des scènes se déroulant… à Omaha Beach et à Caen ; à proximité de Caen, près d’un pont d’une ligne secondaire de chemin de fer ; à Port-en-Bessin, où est reconstitué l’attaque du casino de Ouistreham.

Les scènes filmées à Bénouville ont été tournées sur le véritable pont de Pegasus Bridge, qui ne fût démonté et déplacé qu’en 1993, avant de rejoindre le site du nouveau musée des forces aéroportées britanniques. La prise -intacte- de l’ouvrage d’art constitue un fait d’armes remarquable du Jour J, auquel a participé l’acteur Richard Todd (au centre de la photographie ci-dessous, Todd appartenait à la 6th Airborne et à rejoint les aéroportés tenant Bénouville au cours de la nuit), qui joue le rôle du Major Howard, l’auteur du coup de main. Si la véritable bataille a été plus rondement menée que dans le film (les combats n’eurent essentiellement lieu qu’aux abords du pont, les Britanniques ne déplorant qu’un seul tué), la reconstitution, faisant appel à des répliques de Horsa (mais avec hélas trois fois la même prise de vue proposée aux spectateurs pour simuler les atterrissages des trois planeurs…), est convaincante.

Les acteurs jouant Lord Lovat et John Howard sur le pont de Pegasus Bridge: un lieu, une scène et des hommes immortalisés sur la pellicule d’un film devenu culte (source photo: https://www.ouest-france.fr/europe/france/d-day-1961-tournage-de-longest-day-le-jour-le-plus-long-)

La reconstitution de l’assaut de la Pointe-du-Hoc constitue un autre moment phare du film: l’exploit est bien rendu et, à l’instar de Pegasus Brigde, le site, par ailleurs d’une grande beauté, est sans aucun doute passé à la postérité au-delà d’un cercle restreint de vétérans et de passionnés d’histoire militaire.

L’assaut des Rangers à la Pointe-du-Hoc reconstitué par Hollywood (source photo : http://www.dday-overlord.com/forum/viewtopic.php?t=8918)

 

John Steele suspendu au clocher de sainte-Mère-Eglise: une des scènes les plus célèbres du film qui a indubitablement fait la célébrité de la petite ville normande, désormais haut lieu du tourisme de mémoire de la région. (source photo: https://www.ouest-france.fr/europe/france/d-day-les-paras-de-la-82e-et-de-la-101e-sainte-mere-eglise-2292126)

 

Mis à part l’assaut de la Pointe-du-Hoc, les scènes de débarquement ont été tournées sur l’Ile de Ré et en Corse (plage de Saleccia), Zanuck mettant à profit la présence de la VIth US Fleet (ainsi que le bâtiment français « Argens ») qui effectue des exercices. Le château où sont filmés les scènes avec Rommel n’est pas celui de la Roche-Guyon, où était établi le quartier-général du « Renard du Désert ».

Rommel (joué par Werner Hinz) n’est pas filmé à la Roche-Guyon… (source photo : http://www.cinetom.fr/archives/2009/05/09/13667734.html)

Enfin, des scènes sont tournées aux studios de Boulogne-Billancourt.

 

Des erreurs…

Des erreurs factuelles se sont glissées dans le film : Werner Pluskat qui observe, aux premières loges, l’incroyable armada devant Omaha Beach (l’homme était alors en galante compagnie à Bayeux ) ; John Steele suspendu au cocher de Sainte-Mère-Eglise au-dessus de la place (il était accroché en fait sur une autre face de l’édifice, un deuxième para étant également suspendu à l’église) ; le carnage sur cette même place de Sainte-Mère-Eglise est exagéré ; Bill Millin traversant Pegasus Bridge avec sa cornemuse, dans un incroyable acte de bravoure, (le Bagpiper de Lord Lovat a en fait joué un air écossais avant l’ouvrage d’art et entre les ponts de Bénouville et de Ranville) ; aucune charge de destruction n’avait été mise en place par les Allemands sur le pont de Bénouville, etc.

Si John Wayne rappelle à ses hommes de marcher « Nord-Quart Nord-Est », ses parachutistes en marche vers Sainte-Mère-Eglise sont vêtus d’uniformes dont les détails peuvent heurter les spécialistes soucieux d’authenticité.

D’autres détails ne sont pas historiques : le casino de Ouistreham avait été rasé et le bunker occupait les anciens soubassements, mais le réalisateur a préféré un décor plus grandiose… L’uniformologie est également à cent lieues d’un Band of Brothers, que ce soient les Américains ou les Allemands. Le matériel peut être à l’avenant : trop de mitraillettes allemandes MP 40 (aux chargeurs qui ne se vident jamais…), des Sherman mais pas du modèle en dotation le 6 juin 1944, les faux- mannequins destinés à induire les Allemands en erreur n’étaient pas des poupées si réalistes (plusieurs musées normands permettent aux visiteurs de se faire une idée des leurres utilisés par les Alliés). On pourra également questionner le manque de réalisme de certaines scènes, à commencer par la première du film, qui nous montre un résistant qui a réussi à courir dans un champ sur une distance raisonnable avant d’être rattrapé par un voiture allemande, l’un des SS choisissant étrangement d’abattre un individu qu’il lui était facile de capturer vivant…

La batterie de Longues-sur-Mer: une des rares batteries majeures à avoir affronté l’armada alliée la 6 juin 1944.

La batterie de Longues apparaît dans le film pour illustrer… Omaha Beach et… Caen. On peut regretter Zanuck n’ait pas décidé de tourner des scènes illustrant l’intervention réelle de cette batterie le Jour J. Les oublis sont nombreux (certes, producteur et réalisateurs doivent faire des choix), mais on peut être surpris de l’absence de Churchill et de De Gaulle, du peu de cas fait de Juno Beach, le secteur canadien du Débarquement (la contribution canadienne a la bataille a pourtant été cruciale). Même de façon allusive, on aurait aimé une évocation de la batterie de Merville, de l’incapacité des Britanniques à s’emparer de Caen, etc.

La plupart des Allemands (mis à part Marcks dans le film et, dans une moindre mesure, Pemsel) donnent l’illusion que tous s’attendent à un débarquement au nord de la Somme sans en expliquer les raisons (surestimation des effectifs alliés, ignorance de l’existence des ports artificiels, erreurs de renseignements, armes V déployées au nord, opération Fortitude, etc). Rien non plus sur la fameuse Panzerkontroverse qui a tant divisé les officiers supérieurs allemands. Tout l’opprobre des erreurs stratégiques semble retomber sur le seul Hitler… La faiblesse de la Luftwaffe, certes réelle et décisive, est surestimée dans l’ouvre: Josef Priller et son co-équipier n’ont pas été les seuls pilotes à avoir affronté l’Invasion le 6 juin. Quant à Blummentritt, qui estime que le Débarquement représente une occasion à célébrer avec une bonne bouteille (que l’on devine gardée pour célébrer la victoire du Reich)…

Les criquets du Débarquements sont passés à la postérité grâce au film.

 

…qui ne nuisent pas à la réussite d’un grand film de guerre

Toutes ces erreurs et approximations ne suffisent pas à contrebalancer les nombreuses réussites du film, indubitablement une très grande œuvre du 7e art. Si on le compare à Saving Private Ryan, dont l’aspect didactique est proche du néant pour les jeunes générations (si ce n’est montrer l’horreur de la guerre et les sacrifices consentis pour recouvrir liberté et démocratie : j’y reviendrait quand je traiterai du film de Spielberg), Le Jour le Plus Long a l’immense mérite d’exposer les deux camps aux spectateurs, qui plus est, la Résistance n’est pas oubliée, de même que les Britanniques (et même le commando Kieffer). Zanuck nous offre un panorama presque complet du Débarquement : préparatifs dans les deux camps avant la confrontation , va-et-vient permanent entre le haut-commandement et la troupe, événements majeurs de cette journée fatidique sur plus de 100 kilomètres de côtes, de Sainte-Mère-Eglise à Pegasus Bridge. La confusion régnant dans le camp allemand est assez bien rendue (même si on pourra toujours –évidemment- discuter, de façon stérile à mes yeux, la pertinence de certaines scènes). Si le film n’a rien de’anti-militariste, le coût de la Libération n’est pas occulté. Zanuck n’a pas hésité non plus à faire figurer une scène de crimes de guerre dont se rend coupable un Ranger à la Pointe-du-Hoc. Outre les scènes majeures du film et le scénario,  la variété des personnages et des situations assurent la réussite de cette oeuvre, sans que le spectateur ne soit perdu dans la confusion d’une journée qui le fût assurément pour beaucoup…

 

 

Si les tranchées dans lesquelles s’accumulent des Landser prêts à repousser l’Invasion font très peu « Mur de l’Atlantique », les obstacles de plages sont bien rendus, et les ils sont orientés dans le bon sens (contrairement au film de Spielberg !). Les conditions météorologiques sont trop ensoleillées pour simuler le 6 juin 1944 normand, et la mer est bien vide…

 

 

Le Jour le Plus Long est indubitablement un grand film de guerre, mais aussi un monument du cinéma. Son importance va au-delà d’une simple œuvre de fiction majeure : ce film a participé au souvenir du Débarquement, il a fait œuvre de Mémoire, rendu célèbre des faits et personnages qui resteraient largement inconnus du grand public… Le sacrifice et l’héroïsme des soldats alliés et la gloire des combattants sont ainsi mis en avant. On peine à imaginer une œuvre aussi complète qui atteigne cet ampleur, avec son budget colossal et sa pléthore de célébrités, une œuvre qui pourrait tourner des scènes sur les lieux exacts des événements… On l’espère pourtant…

Ce n’est pas l’horreur de la guerre qui est dépeinte, mais l’héroïsme et le courage. 

(Sources photo: http://www.cinetom.fr/archives/2009/05/09/13667734.html et https://tv-programme.com/le-jour-le-plus-long_film/)

 

 

Terminons par une scène culte du film:

 

 

 

Et ce fut… le jour le plus long…

7 décembre 1941: le jour de l’infamie

Pearl Harbor, 7 décembre 1941 : le jour de l’infamie

Le plan d’attaque contre Pearl-Harbor a été mis au point par l’amiral Yamamoto. L’amiral risque gros en engageant ses six meilleurs porte-avions dans cette entreprise, au détriment des opérations en Asie du Sud-Est. Mais il a compris que la neutralisation de la flotte américaine du Pacifique est la seule manière de gagner les six mois nécessaires aux forces armées japonaise pour s’emparer de tous leurs objectifs. Il sera alors temps de négocier avec les Américains. Connaissant bien les Etats-Unis, il sait pertinemment qu’ils représentent une puissance au formidable potentiel industriel et qu’une guerre de longue durée est nécessairement vouée à l’échec. La flotte des porte-avions japonais est confiée à l’amiral Nagumo. Elle appareille du Japon le 26 novembre 1941. Une autre flotte, constituée de sous-marins, fera office de barrage à l’avant de celle-ci. Le 6 décembre, l’amiral Nagumo apprend avec consternation que les trois porte-avions américains ont quitté Pearl-Harbor et il se demande s’il n’est pas préférable de renoncer à l’attaque. Ses officiers l’encouragent à poursuivre, arguant que 9 cuirassés valent mieux que trois porte-avions. Le lendemain, 7 décembre, à 6h15, la première vague d’attaque des appareils de la flotte de porte-avions japonais s’éloigne des porte-avions Akagi, Kaga, Hiryu, Soryu, Shokaku et Zuikaku. Ces six porte-avions, escortés par quatre croiseurs et neuf destroyers, ont à leur bord 423 appareils. La première vague comporte 183 appareils. Une deuxième vague d’avions, 170 en tout, décollera une heure après la première. Sitôt les porte-avions placés face au vent, le décollage commence. La flotte de Nagumo se trouve alors à 370 kilomètres d’Oahu. Les chasseurs Zéro sont lancés en premier, puis les bombardiers, puis les bombardiers en piqué et, finalement, les avions-torpilleurs. Un second groupe de chasseurs destiné à assurer la couverture de la première vague complète celle-ci. L’opération débute à 6h et l’ensemble de la formation peut prendre la direction de Pearl-Harbor vers 6h15-6h20.

 Décollage vers les îles Hawaï

 La base de Pearl Harbor: surprise le dimanche 7 décembre 1941 au petit jour…

Pearl-Harbor est la base navale de la flotte américaine du Pacifique de l’amiral Kimmel. Une attaque contre les îles Hawaï est considérée comme impossible par les chefs de l’armée et de la marine américaines. La 7 décembre 1941, 70 navires sont à l’ancre dans le port, dont 8 cuirassés, 2 croiseurs lourds, 6 croiseurs légers, 29 destroyers et 5 sous-marins. Les services de renseignements américains ont bien établis des risques d’attaque japonaise, mais les précisions manquent. A Pearl-Harbor, les cuirassés ne sont pas protégés par des filets anti-torpilles et les munitions de DCA sont enfermées dans des caisses ! Par ailleurs, aucun dispositif d’écran fumigène n’est prévu, pas plus qu’un barrage de ballons. Beaucoup d’hommes sont alors à terre et les navires sont remarquablement alignés comme les appareils sur les différents terrains d’aviation, par crainte de sabotage. Il y a alors environ 300 avions américains sur Oahu, dont 150 de la Navy et du Marine Corps. A 3h42, un dragueur de mines repère un des sous-marins de poche japonais. A 6h, un hydravion PBY Catalina repère également un sous-marin. Le destroyer Ward intervient alors et coule le sous-marin à 6h54 et en informe le commandant de district d’Hawaï, c’est-à-dire l’officier en charge des défenses du port. Ce n’est qu’à 7h25 que l’amiral Kimmel est mis au courant de l’attaque. Le général Short, commandant de l’armée de terre Hawaï, n’est pas encore prévenu. Bien plus, à 6h45, un radar établi à Kahuku Pint, sur la côte nord, détecte les appareils des croiseurs japonais envoyés en reconnaissance en avant de la première vague d’assaut des porte-avions japonais. L’écho radar de celle-ci est capté trente minutes plus tard. Les japonais sont alors encore à 211 kilomètres d’Oahu. L’information est transmise mais le jeune officier alors de service pense qu’il s’agit d’un vol de bombardiers américains B-17 attendu ce matin là en provenance de Californie.

 

 Le désastre s’accomplit…

 Les cuirassés ont été les cibles prioritaires, mais la guerre du Pacifique va rapidement prouver que ces navires de ligne ne représente plus l’atout majeur des flottes de guerre.

La première vague atteint la côte nord d’Oahu à 7h53 et le commandant Fuchida donne alors l’ordre d’attaque. Il envoie à Nagumo le message radio « Tora !Tora !Tora ! », signifiant que l’effet de surprise est acquis. Deux minutes plus tard, l’attaque est lancée. La surprise est telle qu’il n’y a même pas de réplique de la part de la DCA au cours des premières minutes de l’attaque. Comme prévu, les avions japonais se divisent en deux groupes : les chasseurs et les bombardiers en piqués se concentrent sur le terrain d’aviation de Wheeler, Kaneohe Naval air Station et le terrain de Bellow; les avions-torpilleurs et les autres bombardiers attaquent la flotte américaine à Fort Island et les aérodromes d’Ewa et d’Hickam. Les dommages infligés aux américains sont considérables. Les cuirassés sont les objectifs majeurs des pilotes japonais. Après le passage de la première vague, les cuirassés Utah, California, Arizona et Oklahoma ont coulé et le West Virginia chavire, tandis que le Tennessee brûle. Sur l’Arizona, touché par un chapelet de bombes dont une fait exploser la soute à munitions avant, 80% des hommes de l’équipage sont tués par l’explosion ou se noient. Sur l’Oklahoma, 400 hommes périssent lorsque le navire coule presque instantanément après avoir reçu trois torpilles. Sur le California, les cloisons étanches sont déverrouillées en prévision d’une inspection !

 Les escadrilles au sol ont été pareillement neutralisées

La seconde vague atteint Oahu à 8h50, soit une trentaine de minutes après la fin de l’attaque de la première vague. La défense antiaérienne est à ce moment-là assez fournie et cause des pertes aux Japonais. Les défenseurs se sont en effet remis du choc initial causé par l’assaut de la première vague et toutes les armes disponibles sont engagées contre les appareils japonais. Des chasseurs P-40 réussissent même à décoller de Haleiwa Field pour engager les avions nippons. Comme pour la première, la seconde vague japonaise est divisée en deux groupes : les chasseurs et les bombardiers en piqué attaquent Fort Island et tous les navires encore à flots dans le port, tandis que les bombardiers d’altitude attaquant le terrain d’Hickam. A 9h55, la seconde vague japonaise fait demi-tour vers les porte-avions qu’ils atteignent à 12h15. La deuxième vague japonaise force les Américains à échouer le Nevada afin d’éviter de bloquer le chenal d’entrée du port et elle endommage sévèrement le Pennsylvania et le Maryland. Les attaques sur les bases terrestres ont éliminés pratiquement tous les avions qui s’y trouvaient. Les Japonais n’ont perdu que 29 appareils sur les 353 engagés. Dans le camp américain, les pertes sont considérables. 3 600 hommes sont tués ou blessés. 6 cuirassés sont coulés ou en perdition. 2 autres cuirassés, 3 destroyers et 3 croiseurs sont endommagés. 180 avions sont détruits et 128 sont endommagés. Les porte-avions américains, en exercice au moment de l’attaque japonaise, sont miraculeusement épargnés par le raid.

 La flotte du Pacifique est sévèrement atteinte: les Japonais ont désormais un sérieux avantage pour réaliser leur programme de conquêtes.

Après le raid, Fuchida insiste pour lancer la troisième vague sur Pearl-Harbor. Mais Nagumo, par excès de prudence, estime que la neutralisation des cuirassés américains comme un résultat suffisant pour cette attaque surprise. Trop heureux de n’avoir subi aucune perte, il est d’avis que l’attaque a largement atteint ses objectifs. Les conseils de Genda de rester dans la région afin de localiser et de couler les deux porte-avions américains ainsi que pour détruire les facilités portuaires et les stocks de carburant d’Oahu ne sont donc pas retenus. Nagumo pense que les défenses américaines sont maintenant en état d’alerte et il sait que ses porte-avions sont attendus pour les opérations en Asie du Sud-Est. Ce faisant, les Américains disposent encore de leur base et c’est autour de leurs porte-avions que se constituera les forces navales qui vont entreprendre la reconquête du Pacifique. On perçoit là la limite de la doctrine navale japonaise et du conservatisme de nombreux de ses amiraux : alors que leur propre flotte vient de démontrer l’importance des porte-avions dans les batailles à venir, ces amiraux résonnent toujours en terme de cuirassés et de croiseurs lourds. Ils laissent donc échapper une opportunité qui ne se reproduira pas. Ce qui est le plus grave dans les plans japonais réside dans le fait que le plan de débarquement à Hawaï a été rejeté au profit des opérations en Asie du sud-Est en raison de la pénurie de navires de transport et de débarquement. Hawaï est pourtant le seul point de départ possible pour une contre-offensive américaine à travers le Pacifique. Les Américains auraient alors dû lancer la reconquête depuis la côte ouest des USA ! En négligeant cet aspect, les Japonais vont devoir par la suite combattre à la fois en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique central. Dans les plans japonais, l’attaque préventive contre Pearl-Harbor est lancée pour gagner du temps et permettre d’effectuer des conquêtes dans d’autres secteurs du Pacifique. Cet objectif est atteint et l’US Navy ne peut effectuer des concentrations navales dans le Pacifique occidental et la Flotte du Pacifique se replie sur la côte est des Etats-Unis. Les japonais ont donc gagné plusieurs mois mais c’est surtout le manque de porte-avions en nombre suffisants qui a retardé les américains. En fait, la question est ailleurs. La plus grande erreur des Japonais est de s’être attaqués aux Etats-Unis. Si les forces japonaises s’étaient emparées des possessions européennes du sud-ouest asiatiques sans attaquer les américains, Roosevelt aurait sans doute éprouver bien des difficultés pour convaincre ses compatriotes d’entrer en guerre pour défendre de lointaines colonies européennes. Pourtant, les calculs japonais ne sont pas dénués de fondements : en Europe, la victoire de l’Allemagne nazie semble assurée et les stratèges nippons estiment que les Etats-Unis, occupés par la situation en Europe, ne pourraient mener une guerre sur deux fronts. Ce fut une grossière erreur de calcul.

 L’amiral Yamamoto, qui a imposé l’opération sur Pearl Harbor. L’homme ne se berce guère d’illusions quant aux chances de son pays de remporter un conflit face aux Etats-Unis en cas de guerre prolongée.

Dans l’après-midi, le président Roosevelt réunit ses conseillers tandis que parviennent les nouvelles des attaques sur Guam, Wake et les possessions britanniques en Asie. Le lendemain, vers midi, les Américains apprennent la nouvelle de l’attaque japonaise à la radio par la voix du président Roosevelt lui-même : « Hier, 7 décembre 1941, jour à jamais marqué du sceau de l’infamie, les Etats-Unis ont été soudainement et délibérément attaqués par des forces navales et aériennes du Japon. » moins d’une heure plus tard, le Congrès approuve la déclaration de guerre au Japon. Aux Etats-Unis, la côte pacifique est mise en état de défense et on rappelle la flotte de Pearl-Harbor. A Tokyo, c’est le premier ministre Tojo Hideki qui lit à la radio le rescrit impérial annonçant le début des hostilités. Une terrible et sanglante guerre vient de débuter.

 Pearl Harbor: un affront que les Américains n’auront de cesse rappeler dans leur propagande de guerre.

La 16. ID (mot): l’unité de la Wehrmacht a s’être enfoncé le plus loin en territoire soviétique

16. Infanterie-Division (mot) dans la steppe kalmouke

Sdkfz 251 dans la steppe kalmouke: la 16. ID (mot.) sera l’unité de la Wehrmacht la plus à l’Est…

 

Le propos de cet article, axé selon le seul point de vue allemand, est de présenter un aspect souvent négligé de la campagne menée par la Wehrmacht vers le Caucase au cours de l’été 1942, à savoir les opérations menées sur les vastes étendues de la steppe kalmouke alors que le Heeresgruppe A s’avance en direction de Grozny et Bakou et que, plus au nord, la 6. Armee s’approche de Stalingrad. Entre les deux, un gouffre béant de près de 400 kilomètres couvert essentiellement par une unité la 16. Infanterie-Division (mot).

 

L’arrivée dans la steppe aux confins de l’Europe

La 16. ID (mot) du Generalmajor Sigfrid Heinrici est l’une des premières divisions allemandes à s’enfoncer vers les confins européo-asiatiques en direction du Caucase. Le Don est franchi à la fin du mois de juillet 1942. Le 4 août, la division traverse le Kouban et s’empare d’Armavir. 6 août, elle est à Labinskaja, non loin de Maikop. Continuant sa progression vers les contreforts du Caucase, la division atteint Abadsechskaja où, le 20 août, elle est relevée par la 101. Jäger-Division. L’unité motorisée d’Heinrici prend alors la direction du Nord-Est, vers Astrakhan, en cheminant via Maïkop.

La zone dans laquelle opère la division n’est d’abord couverte que par des cartes au 1/300 000e manquant singulièrement de détails. Ce qui paraît symboliser une grande route ne s’avère être rien de plus qu’un chemin non macadamisé, voire qu’une piste. De façon caractéristique, une photographie nous montre une de ces pistes « Rommelweg », c’est à dire le chemin de Rommel. Comme en Afrique, les cartes indiquent également des dunes avec des passages pour chameaux ainsi que les oasis et les lacs salés. Lorsqu’une bonne carte soviétique au 1/100 000e tombe enfin entre les mains des Allemands, Heinrici la fait parvenir au département cartographique de la 4. Panzerarmee qui a tôt fait de la dupliquer avec des ajouts d’indications supplémentaires.

L’absence de relief significatif désigne l’ennemi à distance mais cette difficulté de dissimulation est réciproque. L’aviation n’aurait eu aucun mal à engager l’ennemi au sol mais seule une poignée d’appareils sont affectés à la 16. ID (mot) depuis la base qui sera établie à Yashkul: la Luftwaffe a beaucoup trop de tâches à accomplir de la Mer Noire à Bakou et du Caucase à Stalingrad : un front de 1 500 kilomètres ! Les reconnaissances tactiques menées à terre seront en revanche plus fréquentes : les éléments de l’Aufkälrung-Abteilung 341 disposent d’un vaste terrain d’opération, comparable uniquement à celui dont dispose ses homologues opérant en Libye et en Egypte.

Comme en Afrique du Nord, les combattants ne seront guère embarrassés par les populations locales, à savoir, ici, les Kalmouks, d’origine mongole, qui sont des nomades vivant dans des yourtes. Les Kalmouks sont plutôt hostile au régime stalinien et ils font bon accueil aux Allemands, d’autant plus que ces derniers font preuve de modération dans le traitement qu’ils leur réserve. La bonne entente ne se cantonne pas à un bon voisinage mais prend l’allure d’une coopération sur le plan militaire. Un escadron de volontaires kalmouks opère ainsi avec les Allemands.

 

Les Kalmouks et l’envahisseur allemand

L’Oberleutnant Holtermann, Ic de la 16. ID (mot), demande à Hitler l’autorisation de lever une « milice de volontaires » kalmouks pour assurer les flancs des forces allemandes. Un interprète, ancien agent de l’Abwehr en Crimée, est dépêché sur place : il s’agit d’un certain Vrba, un ancien Russe blanc et membre du parti nazi. L’homme maîtrise le Tibétain, langue que pratiquent les Kalmouks. Pour les attirer dans leur camp, les nazis promettent entre autres aux Kalmouks la réouverture des temples bouddhistes ainsi qu’une souveraineté presque totale sous l’occupation temporaire des Allemands. Les Kalmouks se montrent très coopératifs. A la mauvaise saison, ils ne vont pas hésiter à céder leurs Panje pour remplacer les chevaux européens qui ont succombé aux rigueurs du climat. En septembre, 25 unités défensive fortes d’une centaine d’hommes chacune sont constituées de Kalmouks. Outre assister les allemands dans leur défense, une de leurs missions premières est d’assurer la protection des communautés kalmoukes contre la guérilla soviétique. Toutefois, les Kalmouks se montrent assez brutaux, notamment à l’égard des Juifs. En décembre, 3 000 d’entre eux se battent aux côtés des Allemands.

 

Après une journée de repos à Armavir, la division opère un mouvement de 200 km le 18 août via Voroshilovsk jusqu’à Stavropol. L’unité de tête, depuis quelques jours, est le 116. Panzer-Bn, qui a progressé pendant plusieurs jours dans le sillage de la 17. Panzer. La 16. ID (mot) doit pourtant marquer le pas : la logistique est tendue à l’extrême et le carburant fait défaut. D’autres unités ont la priorité de sorte que le III. Panzer-Korps ordonne à Heinrici de rester sur place pendant une semaine, soit jusqu’au 25 août. Il faudra pourtant siphonner les réservoirs d’une division de Panzer pour permettre à la 16. ID (mot) de reprendre son avance car, depuis le 22 août, Hitler a décidé une nouvelle mission pour la division…

 

En mission de couverture de part et d’autre d’Elitsa

Entretemps, les ordres sont en effet tombés : l’unité devra assurer la liaison entre les Heeresgruppe A et B, étant rattachée à ce dernier bien que sa ligne de ravitaillement soit du ressort du Heeresgruppe A (malheureusement, un tronçon de voie ferrée entre Petrovskoe et Divnoe sera démantelé par le génie pour approvisionner d’autres secteurs du front en rails). Hitler craint ne effet une attaque soviétique de flanc depuis Astrakhan. Son front s’étire dans la steppe kalmouke entre le Manych et la confluence de Kuma sur sa droite et la ville de Yenotaevsk sur la Volga sur son flanc gauche. Un front démesuré pour une seule unité ! Le climat aride rend les conditions de vie difficiles. En août et septembre, les rivières sont à sec. Les seuls cours d’eaux encore existants se limitent à une succession d’étangs. Comme en Libye et en Egypte, l’approvisionnement en eau et son rationnement tient un rôle essentiel et impose ses sur la stratégie. La Luftwaffe tient ici un rôle pour suppléer en partie les carences de la logistique par voie terrestre. Des planeurs Dornier DFS 230 du 1/DFS 4 atterrissent ainsi sur l’aérodrome d’Utta avec des cargaisons de carburant, de rations et de munitions.

Lorsque l’avance reprend enfin le 25 août, celle-ci ne concerne d’abord qu’une avant-garde constituée du Kradschützen-Bn 165, deux batteries d’artillerie ainsi que quelques autres détachements dont le 3/228 Pz-Jäger. Divnoe est prise le jour même tandis qu’une compagnie de motocyclistes accompagnée des Panzerjäger relève la 370. ID à Elitsa, atteinte le lendemain par la plus grande part de l’unité de motocycliste, à savoir le Kampfgruppe Laroche. Elitsa avait été prise le 12 août par la 370. ID, qui n’était toutefois parvenue à s’emparer de la place qu’avec le concours de l’Aufklärungs-Bataillon 111 de la 111. ID. Le 26 juin, le Kampfgruppe occupe Ulan Erge où il relève un bataillon d’infanterie de la 370. ID. Les Soviétiques ne sont pas loin : ils sont retranchés à Sovkhoz Dolgan, à à peine 18 kilomètres. La position soviétique est attaquée avec succès dès le 27 août par le Kampfgruppe Laroche assisté du I/60 commandé par l’Hauptmann Torley. La poursuite de l’avance dans la steppe kalmouke se heurte pourtant à de plus amples difficultés, la nature du terrain –désespérément plat- favorisant les défenseurs de l’oasis de Yashkul. Torley parvient à avancer jusqu’à la localité mais ce n’est qu’à la faveur d’une attaque nocturne qu’il emporte la place. En récompense, on lui adjoint les feuilles de chênes à sa croix de chevalier de la Croix de Fer. Bien plus, l’oasis est rebaptisé en son nom.

Les unités de la division doivent se déployer sur un vaste front pour assurer la couverture d’Elitsa. Bien souvent, les points d’appuis qui se succèdent et qui ne consistent qu’en une unique compagnie. Chilgir, à 80 kilomètres au nord d’Elitsa, est ainsi occupé par la seule 10/60. Fort heureusement, la ligne téléphonique Elitsa-Stalingrad est intacte, ce qui facilite grandement les communications. L’avance se poursuit également vers l’est. Le 30 août, le Kampfgruppe Laroche occupe Utta abandonnée par les Soviétiques. L’environnement est sableux et les Landser découvrent des dunes dignes des déserts que parcourent au même moment leurs camarades de l’Afrika Korps. En fait de localité, Utta, s’il faut en croire le journal de marche du Kradschützen-Bn 165, se résume à deux oasis et une quinzaine de huttes d’argile.

Les reconnaissances menées sur la route Utta-Astrakhan observent de nombreuses positions défensives, notamment un fossé antichar creusé à 45 kilomètres à l’ouest de la ville. Celle-ci, place stratégique d’importance sur la Volga, est particulièrement bien défendue. Pourtant, les interrogatoires de prisonniers laissent penser que le moral est bas. Les revers subis par les Russes au cours du printemps et de l’été 1942 seraient-ils les signes annonciateurs de la victoire qui a échappé à la Wehrmacht en 1941 ? La ruée toujours plus loin vers l’est va-t-elle se poursuivre ?

Renforcé, l’Infanterie-Regiment 60 s’attaque aux défenses soviétiques de Khalkuta (que les Landser appellent Calcutta…). L’assaut s’effectue dans un secteur dunaire, ce qui ne correspond que difficilement à l’image d’Epinal qu’on se fait du front russe… Le contrôle des stations d’eau revêt une importance cruciale dans cet environnement ride. S’il faut en croire Wilhelm Tieke, l’oasis sera prise en partie grâce au courage individuel et à l’esprit d’initiative de l’Obergrefreiter Kulot. Ce dernier mène un assaut décisif au niveau des dernières dunes alors que le soleil accable les combattants un gosier sec. Suivant l’exemple stimulant de Kulot, les fantassins, dans un dernier effort, s’emparent enfin de l’oasis. Un fait d’armes qui vaut à Kulot d’être fait chevalier de la Croix de Fer. A l’instar de Torley quelques jours plus tôt, Kulot se voit honorer en baptisant l’oasis de son nom. Les combats pour Khalkuta sont donc acharnés et ce n’est qu’après un difficile combat que les Allemands parviennent à repousser l’adversaire qui parvient néanmoins à rétablir une nouvelle ligne de défense à 5 kilomètres à l’est de la ville. Le contrôle des points d’eau est si vital que l’incapacité de s’emparer de l’un d’entre eux oblige plusieurs Kampfgruppen à faire demi-tour pour se replier sur Utta. Khalkutta constituera la position défensive la plus orientale qui sera aménagée par le Wehrmacht pendant la Seconde Guerre mondiale. Plusieurs assauts soviétiques seront repoussés, le plus important survenant le 7 septembre mais, apportant un soutien efficace aux fantassins, les Panzer et l’artillerie brisent la menace de concert.

 

Pendant que l’Infanterie-Regiment 60 s’avance vers l’est, en direction de la Caspienne, le Infanterie-Regiment 156, qui a atteint à son tour Elitsa, doit pour sa part rechercher le contact avec les Roumains déployés plus au nord, au sud de Stalingrad. La liaison est établie près de Vodin, à l’est de Derberty. Le 30 août, le régiment, dont les compagnies sont dispersées, doit faire face à de sévères contre-attaques soviétiques près de Bakhana et à Sertin. Le terrain, plat comme la main, facilite certes l’acquisition d’objectif par l’artillerie, mais celle-ci se voit aussi être particulièrement exposée, faute de couverts. Une configuration qui n’est pas sans rappeler la guerre du désert. Comme dans le désert libyen, dans un tel espace dépourvu de repères, les véhicules sont contraints d’évoluer au compas pour éviter de s’égarer dans la steppe inhospitalière. Elitsa, qui est le centre logistique est assez éloignée. Ce n’est que le 3 septembre qu’une liaison aérienne est effectuée depuis cette ville vers la ligne de front pour évacuer les blessés et apporter des approvisionnements. Les Soviétiques sont décidemment plus nombreux et plus pugnaces qu’escompté. L’avance programmée le long de la route Khanata-Surgan doit être abandonnée au profit d’une mise sur la défensive. Cette ligne de points d’appui suit un front qui va de Kharnud à l’est de Zharkov via Mosheen. Deux compagnies occupent en sus des postes isolés : la 2/156 à Chilgir et la 11/256 à Keryulchi.

Ces positions ne sont occupées qu’un temps. Heinrici relève l’Infanterie-Regiment 60 par le 156 à Khalkuta tandis que la 4e armée roumaine prend en charge certaines positions au nord du front. Le secteur sud, jusqu’au Manych oriental, ne l’inquiète guère puisqu’il est couvert par le Korps Felmy. En revanche, la zone vers Astrakhan est lourde de menaces. Déployée en intégralité, la 16. ID (mot) court en permanence le risque de voir ses éléments dispersés coupés de leurs bases logistiques en cas d’infiltration ennemie en profondeur à travers les vastes interstices qui subsistent entre les points d’appui. L’Hauptmann Herzer, responsable des transmissions de la division, assure le maintien des communications entre les unités, en s’appuyant notamment sur le réseau téléphonique soviétique, toujours intact. Le contact est aussi maintenu avec les Roumains, déployés 100 kilomètres plus au nord ainsi qu’avec les troupes cantonnées au sud, à Adyk, soit à 100 kilomètres de Yashkul. Les Soviétiques doivent certes également compter avec les contingences du terrain, à savoir le manque d’eau et l’absence de réseau routier digne de ce nom, sans compter la gravité de la situation de Voronej à Stalingrad et de Novorossisk à Bakou.

Il n’empêche que ces derniers sont capables d’exercer une menace constante sur les Allemands. Dans la nuit du 17 au 18 septembre 1942, la ville de Keryulchi, défendue par le 2/60, est ainsi la proie d’un assaut habile menée par une unité formée à partir de l’école des sous-officiers d’Astrakhan. Une ruse vieille comme la guerre est utilisée à cette occasion puisque, la veille de l’attaque, les Allemands découvrent une patrouille adverse vêtue comme de tenues de Landser et opérant à bord de véhicules de la Wehrmacht. Les combats ont apparemment été acharnés : lorsque l’Infanterie-Regiment 60, prévenu par une estafette 12 heures après l’attaque, envoie des renforts, le 2/60 a été entretemps intégralement anéanti. Les assaillants se sont pour leur part repliés sur Astrakhan après leur raid. Tous n’auront pas cette chance puisque le II/156, renforcé par des pionniers, en intercepte une partie à Kharsk.

Deux jours plus tard, dans la nuit du 20 septembre, l’Infanterie-Regiment 156, retranché à Khalkuta, le poste, rappelons-le, le plus oriental tenu par la Wehrmacht, subit une attaque en règle. Mais les défenseurs de l’oasis, soutenus par la 2e compagnie de Panzer, tiennent bon. Les infiltrations ennemies s’avèrent dangereuses puisqu’elles s’enfoncent en profondeur du dispositif allemand. Le 20 septembre dans la journée, des renforts de la 16. ID (mot) parviennent à Khalkuta puisque Heinrici s’attend à ce que les Soviétiques renouvellent leurs efforts. Ce ne sera pas le cas. Tirant les leçons des semaines passées, le commandant de la division décide de concentrer ses effectifs dans les deux points fortifiés de Khalkuta et d’Utta tandis que les autres localités seront défendues en hérisson par des garnisons plus réduites. Renforcés par des Kalmouks et soutenus par la population locale, la ligne défensive allemande devient inexpugnable, y compris pour les partisans.

 

Au sud de la 16. ID (mot) : la steppe Nogaï !

Au sud de la Kuma, jusqu’au cours du Terek, s’étend la steppe Nogaï, semblable à la steppe kalmouke. Alors que la 3. Panzer-Division combat à proximité de Mozdok sur le Terek et que des éléments des 13. et 22. Panzer-Divisionen atteindront un point une centaine de kilomètres plus à l’est, le flanc de la Pz AOK1 , soit l’immense espace steppique entre Terek et Kuma, n’est tenu que par des quelques éléments, dont le Korps Felmy au nord et le Gruppe von Jungschulz au centre. Le Korps Felmy, déployé autour d’Achikulak, n’aligne guère que quelques milliers hommes, dont le fameux Sonderverband 287 (de l’Orient-Korps) et ses soldats familiers du monde arabe destinés à l’origine à opérer en Transcaucasie puis au Moyen-Orient dans l’hypothétique espoir d’atteindre la frontière turco-iranienne. Jungschulz commande un régiment de Cosaques auquel sera adjoint le Panzer-Regiment 201 de l’Oberst Burmeister. Comme dans la steppe kalmouke, ce sont donc avec des effectifs tenus qu’il faut repousser les assauts soviétiques lancés en septembre-octobre 1942, en l’occurrence le 4e Corps de Cavalerie de la Garde de Cosaques du Kouban ravitaillé par des caravanes de chameaux.

 

La pénétration la plus orientale de la Wehrmacht

C’est au cours de ce mois de septembre 1942, le 13, que sont lancées les quatre fameuses patrouilles de reconnaissances qui pousseront des soldats allemands le plus loin vers l’Est qu’aucun autre de leurs camarades au cours de cette guerre. Le commandant du XVI. Armee-Korps, qui sait qu’il ne peut espérer de nouveaux renforts avant la fin du mois de septembre, veut absolument connaître les intentions de l’ennemi sur le front qui longe la Caspienne sur près de 300 kilomètres entre le Terek et la Volga. Y-a-t-il des mouvements de troupes ? L’ennemi est-il en train de faire franchir des troupes au niveau du delta de la Volga ? Il s’agit également de déterminer les capacités routières de la zone, observer la voie ferrée Astrakhan-Kizlyar ainsi que la zone côtière. Les reconnaissances tactiques sont généralement menées avec des engins de reconnaissance, des motos et des canons antiaériens légers. Les raids doivent être menés sur 150 kilomètres. Chaque patrouille compte deux engins à 8 roues dotés d’une pièce de 2 cm, une section motocycliste de 24 hommes, deux ou trois Pak 38 motorisés ou montés sur SPW. Les soldats proviennent en grande partie de l’Aufklärung-Abteilung 341 mais on compte aussi des sapeurs et du personnel de la logistique –il faut être autonome en eau et en carburant- ainsi qu’un médecin avec son ambulance. Cinq camions sont donc assignés à chaque patrouille : deux chargés d’essence, un de vivres et deux transportant de l’eau. Quelques mécanos accompagnent le groupe, ainsi qu’une estafette motocycliste, un radio et un interprète.

La patrouille du Leutnant Schroeder ne tarde pas à entrer au contact de l’ennemi après s’être porté à l’est d’Utta. L’officier meurt dans l’escarmouche qui s’ensuit et la mission fait long feu : la petite troupe parvient à se dégager et à faire demi-tour. Elle reprendra la route de l’Est le lendemain avec une autre colonne, celle du Leutnant Euler.

Cette patrouille commandée par le Leutnant Euler a pour mission de se diriger sur Sadovske, y reconnaître les positions défensives et établir si oui ou non des forces soviétiques franchissent la Volga en cet endroit. Euler parvient à 5 km de la ville avec ses deux engins blindés. Il essuie aussitôt des tirs des défenseurs soviétiques qui semblent solidement fortifiés. Il faut vite rebrousser chemin avec les deux prisonniers qu’Euler est parvenu à capturer. Si on excepte le cas des aviateurs bombardant les sites industriels de Sibérie, le Leutnant et ses hommes sont probablement les soldats de la Wehrmacht qui se sont enfoncé les plus à l’Est dans le territoire soviétique.

La troisième patrouille, menée par l’Oberleutnant Gottlieb, bien que desservie par l’utilisation de mauvaises cartes, réussit l’exploit de parvenir à 40 km d’Astrakhan le 14 septembre. Le lendemain, les Allemands ne sont plus qu’à 25 km de la Volga qu’ils aperçoivent du sommet d’une dune de sable. Le terrain s’avère impraticable, ce qui sera confirmé en s’informant, par le biais d’un Cosaque nommé Georg, auprès des Kalmouks qui nomadisent aux alentours.

La dernière patrouille, celle du Leutnant Schliep, atteint la voie ferrée Kislyar-Astrakhan le 14 septembre. Elle surprend un train dont les locomotives sont rapidement mises hors d’action par quelques obus tirés des engins de reconnaissance. Les Allemands détruisent alors les wagons-citernes remplis d’essence un à un avant d’arriver à la gare de Senseli où un des Allemands converse au téléphone avec un Soviétique qui s’inquiètent de savoir si le train de carburant de Bakou est passé car un autre train doit arriver. L’interprète tente en vain d’inciter le Soviétique à laisser partir le second train. Toutefois, le Soviétique, peu convaincu par les réponses de Grinning, l’interprète de Schliep, comprend que la situation est anormale… La patrouille essaye d’aller en reconnaissance sur Bassy mais elle s’y heurte à l’ennemi, alerté par l’attaque du train. Plusieurs trains blindés soviétiques ainsi que des unités de cavalerie vont assurer la sécurité de la voie ferrée.

Le 17, Schliep est de retour. C’est à l’occasion de ces raids en profondeurs menés avec célérité que la division reçoit le surnom de Windhund-Division, c’est-à-dire la division du lévrier. En effet, un chien de cette espèce, trouvé dans la steppe, devient la mascotte de la division après avoir été baptisé Sascha. L’animal, peint de façon stylisé sur les véhicules, devint l’emblème de l’unité (et, plus tard, celui de la 116. Panzer-Division).

L’état-major allemand est rassuré. Les quatre patrouilles confirment que l’ennemi ne prépare aucune attaque d’envergure depuis le secteur d’Astrakhan : l’énorme flanc gauche du Heeresgruppe A, alors en difficulté dans le Caucase où la percé attendue ne se réalise pas, ne semble pas menacé. L’offensive qui devrait amener la 1. Panzerarmee de Kleist jusqu’à Bakou pourrait donc se faire sans risques. Quelques autres reconnaissances seront lancées plus tard, notamment une patrouille qui parvient à capturer six camions et à s’emparer par la même occasion d’un appareil de projection de cinéma. Une patrouille de l’Infanterie-Regiment 156 (les soldats du Kradschützen-Bn ont besoin d’un peu de repos…) est également lancée vers un pont de chemin de fer enjambant la Kuma, mis en place à 20 km de l’embouchure sur la Caspienne s’il faut en croire les indications portées sur les cartes dont disposent les Allemands. Après quatre jours et demi de mission, il faut se rendre à l’évidence : ce pont n’existe pas. En cette saison, le Kuma n’est qu’une rivière asséchée et sableuse…

 

Un front nord solide ?

Le front au nord de la zone tenue par la 16. ID (mot) est défendu par la faible 4e armée roumaine -75 000 hommes- qui souffre également des difficultés logistiques et du terrain, sur lequel elle est très vulnérable à une attaque de blindés. Constituée de deux corps totalisant sept divisions, elle a la responsabilité de 270 km de front qu’elle ne peut couvrir qu’avec 255 pièces antichars dont seulement 24 de 75 mm, les seuls pouvant venir à bout d’un T 34 à distance. Comme pour leur voisine allemande, certaines unités ont une tâche qui semble démesurée : la 2e division d’infanterie est la mieux lotie avec tout de même 18 km à défendre, mais la 8edivision de cavalerie doit en couvrir une centaine… La division allemande la plus proche, la 29. ID (mot) est déployée à Verth-Taritzynski mais avant tout en couverture des arrières de la 6Armee de Paulus. Enfin, les informations précises sur les intentions de l’ennemi dans le secteur font défaut.

 

Dans la tourmente de la contre-offensive soviétique

Si une offensive d’envergure stratégique n’est pas à craindre des Soviétiques dans le secteur, une attaque en force contre la 16. ID (mot) reste toujours à craindre. Fin octobre, la Luftwaffe repère les préparatifs pour une action d’envergure des Soviétiques qui font alors mouvement à seulement 20 km au sud de Khalkuta. Des éléments du II/6 interviennent mais ne parviennent pas à localiser l’ennemi dans la steppe. C’est le concours de deux chasseurs de la Luftwaffe qui leur permettra de surprendre l’adversaire et d’en capturer plus d’une centaine en train d’établir un dépôt pour une formation situé dans un oasis plus en arrière. Une petite escarmouche sans commune mesure avec les terribles combats qui ensanglantent alors le front de l’Est. Dans une autre occasion le Major Lindner, à la tête du même bataillon, est guidé par d’autres appareils par messages radio (grâce au Flivo, l’Oberleutnant Damm, qui accompagne la troupe au sol dans son SPW) ou parachutés, parvient à s’emparer d’un kolkhoze où des forces adverses ont été repérées. D’autres combats similaires tournent à l’avantage des Allemands

La 16. ID (mot) est cependant passée définitivement sur la défensive. Le 15 novembre, elle passe sous le commandement du Generalmajor Graf Gerhard von Schwerin (qui sera plus tard un fameux commandant de la 116. Panzer-Division sur le front de l’Ouest en 1944, cette unité étant une émanation directe de la 16. ID (mot)). Une semaine plus tard, le 21 novembre, alors que les Soviétiques lancent l’opération « Uranus » de part et d’autre de Stalingrad, offensive qui aboutira à l’encerclement de la 6. Armee de Paulus et au fameux désastre qui s’ensuit, la 16. ID (mot) est elle-aussi l’objet des attentions de l’ennemi. L’effondrement des positions roumaines au nord des fantassins et les difficultés du Korps Felmy qui opère au sud représentent de graves menaces. La division elle-même est en grand danger lorsque l’Infanterie-Regiment 156 est sur le point d’être encerclé à Khalkuta. Les rapports allemands indiquent que les assaillants soviétiques sont constitués de la 38e ID de la Garde, de la 152e brigade d’infanterie motorisée ainsi que de la 6e brigade de chars. Les Allemands ne parent au désastre qu’avec l’entrée en lice de l’Infanterie-Regiment 60. Trois compagnies sont tout de même anéanties dans le processus. Le 22 novembre, la division s’est repliée sur de bonnes positions –dites « Tobrouk »- à Yashkul. La 16. ID (mot) est alors rattachée à la 4. Panzerarmee de Hoth. La défense est inspirée, plusieurs pénétrations étant éliminées dès le 26 novembre, de sorte que, le 9 décembre, les positions restent fermement tenues. Les renforts qu’obtient Schwerin ne sont cependant pas à la hauteur de ses difficultés et de l’immense front dont il a la charge : des unités d’alerte correspondant à à peine deux compagnies … A la décharge de ses supérieurs, au premier rangs desquels Manstein, les Allemands doivent alors faire face à une situation gravissime sur le front du Don et à Stalingrad, désormais encerclée. Wintergewitter, l’opération de dégagement de Stalingrad, bat alors son plein avant que d’autres offensives soviétiques n’aggravent une situation déjà fort délicate…

 

L’inévitable repli hors de la steppe kalmouke

Le 28 décembre, Schwerin constate que les Soviétiques entament une vaste manœuvre d’encerclement en s’avançant vers Remontnoe et Divnoe. Comment y parer ? Berlin ordonne à la 1. Panzerarmee de quitter ses positions sur le Terek et à la 16. ID (mot) de se replier sur Elitsa après avoir résisté le plus longtemps possible. Toutefois, le repli des Roumains de Sagista a ouvert une brèche avec la 4. Panzerarmee. La 16. ID (mot) risque de se faire encercler et, le 31 décembre, elle annonce qu’elle n’est plus en mesure de tenir Elitsa. Elle reçoit alors l’ordre de batailler pour s’ouvrir une route pour Driyutnoe, un peu plus à l’ouest. La situation le long du Manytsch en direction de Rostov est critique : si les Soviétiques s’enfoncent dans le secteur et s’emparent de la grande métropole, s’en est fini de la 1. Panzerarmee et de la 17. Armee qui tentent de s’extirper du Caucase. Heureusement pour les Allemands, l’intervention d’unités rapides, à savoir les 17. et 23. Panzer-Divisionen, la division Wiking mais aussi la 16. ID (mot) permettra de sauver une situation fort compromise. Lors de cette retraite épique, la division de Schwerin n’a eu de cesse de parer les tentatives de contournement de la part de la 28e armée soviétique. A partir du 13 janvier 1943, la division, renforcée par des Tiger du schweres Panzer-Abteilung 503, assiste la 17. Panzer-Division dans la défense de la zone allant de la tête de pont de Proletarskaya à Yekaterinovska. La 16. ID (mot) quitte alors la steppe kalmouke.

 

Ordre de bataille en juillet 1942

 

En mai 1942, les tableaux d’effectifs accordent 13 415 hommes à la division.

Infanterie-Regiment 60 (mot)
Infanterie-Regiment 156 (mot)
Kradschützen-Bataillon 165
Panzer-Abteilung 116

Aufkälrung-Abteilung 341
Artillerie-Regiment 146 (mot)
– I. – III. Abteilung
– IV. Abteilung [= renommé He.-Flak.Art.Abt 281]
Panzerjäger-Abteilung (Sfl) 228
Nachrichten-Abteilung 228 (mot)
Pionier-Bataillon 675 (mot)
Infanterie-Divisions-Nachschubführer 228 (mot)
Verwaltungsdienste 228
Sanitätsdienste 228

 

Bibliographie :

Wilhelm Tieke, « The Caucasus and the Oil. The German-Soviet War in the Caucasus 1942/43 », Fedorowicz, 1995, qui a constitué ma source principale.

Rolf-Dieter Mülle, « The Unknown Eastern Front: The Wehrmacht and Hitler’s Foreign Soldiers », I.B. Tauris, 2012

www.lexikon-der-wehrmacht.de

http://forum.axishistory.com

FILMS DE GUERRE/ WAR MOVIES (26/100): BONS BAISERS D’ATHENES

BONS BAISERS D’ATHENES

  

Ce film de George Costamos a tout du film « de commandos », genre initié par Les Canons de Navarone, modèle incontesté auquel le réalisateur fait référence à diverses reprises : choix des acteurs, lieu de l’action (un île grecque), base secrète avec une arme redoutable, résistants hellènes menés par un individu haut en couleur… Mais le résultat final n’est pas au niveau de l’oeuvre de Jack Lee Thompson.

La présence de David Niven (le professeur Blake), toujours flegmatique, est un premier clin d’oeil aux Canons de Navarone.
Les occupants se montrent impitoyables, en particulier les SS, éternels méchants des films de guerre, ce qu’ils méritent, certes, mais il est désormais établi que la Wehrmacht a sa part de responsabilité dans les crimes commis par le III Reich. La brutalité de l’occupant est aussi illustrée dans Les Canons de Navarone et reflète le quotidien terrible qui fut celui des Grecs pendant les années noires.

Une arme secrète, destructrice, et des soldats, la démarche mécanique à l’allure de robots: un touche « science-fiction ». Si la référence au V2 est évidente, on se demande bien pourquoi les nazis auraient choisi un endroit perdu de la mer Egée pour édifier une base de cette nature, outre les moyens pour y faire parvenir le matériel…
Roger Moore tient le rôle d’un officier de la Wehrmacht (le Major Otto Hecht) qui a tout du bon vivant et de l’officier cultivé, contrairement aux SS. Icône de James Bond et d’Amicalement Vôtre oblige, l’acteur joue un personnage très porté sur les jolies femmes.
Comme il se doit, Roger Moore ne peut qu’embrasser la bonne cause… Il s’oppose donc à ses compatriotes et c’est en grande partie grâce à ses talents de soldat que la
Elliott Gould tient le rôle d’un personnage assez farfelu, comme souvent à son habitude. Les soldats allemands sont assez facile à distraire de leur devoir: une récurrence dans de nombreux films (déjà dans Le Jour le Plus Long avec la première scène à Pegasus Bridge)
Le chef des partisans se doit d’être un individu hors-norme: si Anthony Quinn était excellent, Telly Savalas se distingue aussi dans ce film. Comme il se doit, son personnage est ambigu, à la frontière entre la fripouille, le chef de bande et le patriote combattant. Evidemment, il fréquente les femmes de petites vertus, dont une tenancière de bordel (Claudia Cardinale), décidée elle aussi à combattre l’occupant…

Au final, un film à prendre pour ce qu’il est : une distraction avec beaucoup d’action et une comédie, mais avec un humour assez loufoque. Ce n’est ni le meilleur film de commandos, ni un grand film de guerre, mais il se laisse regarder pour un moment de détente.

Mes articles de « 2e Guerre Mondiale Magazine »

A commander sur le site de la revue:

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Liste de mes articles de 2e Guerre Mondiale Magazine

N°89 : Dossier « La Wehrmacht en Normandie a-t-elle été à la hauteur ? »

« La mémoire du combattant de 1940 dans la littérature et au cinéma »

« Mémoire de l’armée française : deux batailles oubliées de la campagne de France »

« 14 septembre-16 décembre 1944 : la bataille de la forêt d’Huertgen »

N°88 : « Gebirgsjäger dans le Caucase »

Thématique N°48 : Unités d’élite et forces spéciales

N°87 : « De la Normandie aux Ardennes…l’incroyable redressement de la Wehrmacht »

« Tanks vs Panzer sans les Ardennes. L’épreuve de force »

Thématique N°45 : Controverses du Jour J et de la bataille de Normandie

N°86 : « Les 5. et 3. Fallschirmjäger-Divisionen dans l’offensive des Ardennes »

Ecrire l’Histoire : « Les sources de l’historien de la Seconde Guerre mondiale »

N°85 : « Rückmarch ! Quand la Wehrmacht bat en retraite ou l’art de se replier en ordre »

N°83 : Oberkommando der Wehrmacht. Efficace ou chaotique ? Hitler et son haut-commandement.

N°82 : Le Landser de 1940 : cheville ouvrière de la Wehrmacht

Ecrire l’Histoire : « Dis-moi ce que tu écris et je te dirais quel historien de la Seconde Guerre mondiale tu es. »

N°81 : Ecrire l’Histoire « Batailles décisives et leaders providentiels : un mythe ? »

N°80 : La 7. Armee dans les Ardennes

N°79 : Wittmann : le héros de la Panzerwaffe. Une légende méritée ?

N°78 : Dossier « Le carrousel des Blindés : opérations Cobra, Bluecoat et Lüttich »

N°77 : Dossier « Hitler face au Débarquement et à Bagration. Quelles options stratégiques pour le III. Reich ? « 

N°76 : Dossier « Rommel : grand stratège et tacticien de génie ? » et « L’artillerie allemande pendant la bataille de Normandie »

N°75 : « Unités interarmes et de circonstance. Kampfgruppen, Combat Command, Corps francs… »

N°73 : Actualité : 73e anniversaire du Débarquement

N°72 : Ecrire l’Histoire « Le German Bias ».

« Guerre et Psychologie. De l’estimation de l’adversaire et ses conséquences »

HORS-SERIE N°42 : « La bataille de Caen. Rommel/Montgomery : le duel »

N°71: « L’impact du front méditerranéen sur Overlord »
« Les unités blindées méconnues allemandes en Normandie (par rapport aux Panzer proprement dits): les formations de Panzerjäger et Sturmgeschütze

N°70 : Ecrire l’Histoire « De la polyvalence de l’historien militaire »

« Ardennes 44 : les mythes d’une bataille »

N°69: Dossier « Les Commandos du Reich. Une élite à la mesure des unités alliées? »

N°68: Ecrire l’Histoire « Les commémorations du Débarquement:évolution dans le temps »

N°67: Dossier: « Les Fallschirmjäger en Italie. Une troupe d’élite sur la défensive ».

« La Wehrmacht à Cassino: l’apogée du combat défensif? »

Ecrire l’Histoire: « Conseil permanent de sécurité de l’ONU. De la légitimité des vainqueurs »

N°66: « La 90. Leichte Afrika-Division. Atout méconnu du DAK »

N°64: Dossier: « Heer. Equipements et matériels: vraie supériorité? Westfront 1944-45 »

« La tête de pont de l’Axe en Tunisie. Un exploit logistique? »

N°63: Ecrire l’Histoire: « La bataille de Normandie: des soldats alliés novices face à des Allemands chevronnés? »

« L’US Army dans le Pacifique: dans l’ombre de l’USMC? »

N°62: Ecrire l’Histoire: « Montgomery, un mythe forgé et malmené par l’historiographie » « Les mythes de la bataille de Kasserine »

Recension du livre « Les Mythes de la Seconde Guerre Mondiale » (Perrin) ainsi que mon interview de Christophe Prime pour son ouvrage « La Bataille du Cotentin »

N°61: Ecrire l’Histoire: »De l’usage des témoignages »

« L’Afrika-Korps: force d’élite ou image de propagande? »

N°60: « Le Mur de l’Atlantique. Grand gaspillage? »

N°59: Ecrire l’Histoire: »Le soldat allemand au cinéma: de la caricature à la réalité »

« La 16. ID (mot) dans le Caucase. L’unité la plus à l’Est de la Wehrmacht ».

N°58: « 14/18 en 39/45: influence et permanence de la Grande Guerre sur la Seconde Guerre mondiale »

N°57: Ecrire l’Histoire:« L’Empire britannique et ses armées : grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale? »

« L’infanterie de l’Afrikakorps », Biographie « Hasso-Eccard von Manteuffel », 

N°56: « La 8th Army britannique dans la guerre du désert » et Ecrire l’Histoire: « Terminologie et seconde guerre mondiale »

N°55: Biographie « Dietrich von Choltitz »

HORS-SERIE N°35: « Le III. Reich pouvait-il repousser les Alliés en Normandie? » .

N°54: Ecrire l’histoire: « Que signifie le 6 juin pour les différents belligérants? »

N°53: Deux articles: « Les Généraux Limogés » et Ecrire l’Histoire: « L’image du soldat »

N°51: dossier « Fallschirmjäger face à l’Invasion »

Ecrire l’Histoire: « Champs de batailles et objets militaires: à préserver ou à oublier? »

N°50: Biographie « Ralph Bagnold, le père du LRDG »

N°49: Stratégie: « Germany First! L’impact du principe sur la guerre en Asie-Pacifique »

N°48: Dossier « Panzergrenadiere!Compagnons indispensables des Panzer »,

Ecrire l’Histoire: « L’historiographie de la guerre en Afrique du Nord, 1940-1943 »

N°47: Biographie « Sir Claude John Eyre Auchinleck »

Ecrire l’Histoire: « Doit-on tout remettre en cause? Méthodologie de l’étude de la Seconde Guerre mondiale »

N°45 : Ecrire l’Histoire:  « Ecrire le Débarquement et la bataille de Normandie ».

N°44 : Stratégie:  « Le Second Front ouvert en 1944 : un mythe? » et biographie « Walter Koch, le Fallschirmjäger de la première heure »

N°43: Biographie de Hans-Werner Schmidt de l’Afrika Korps

N°41: critique du livre « Bir Hakeim » de Jacques Mordal

N°38: compte-rendu journée d’étude sur le front russe au Mémorial de Caen

HORS-SERIE N°24 sur « La campagne de Tunisie, 1942-43 »

N°37: Dossier « Les divisions blindées en Afrique du Nord »

N°35 : Dossier « Les divisions d’infanterie en Normandie »

Thématique N°21 sur « Koursk »:article sur la pince nord de Model

N°34 d’août 2010 avec mon premier article: « Shweygin; Birmanie 1942 » ; critique du livre « Le Jour le Plus Long » de Cornélius Ryan

GI’s au combat: l’image renvoyée

Le GI de la propagande et de Hollywood: beau, bien armée, héroïque…

Scènes de liesse et vivats pour les libérateurs: une autre image symbolique de la période

Le GI et les chewing-gums, bonbons et autres chocolats : deux petites française vêtues aux couleurs de l’Amérique découvrent ou redécouvrent des douceurs après les restrictions de l’Occupation.


            Quelle idée se fait-on le plus souvent en France du soldat américain de la Seconde Guerre mondiale? L’image renvoyée par le GI est bien sûr celle du libérateur. Selon cette vulgate, le soldat d’Outre-Atlantique est invariablement beau comme un acteur d’Hollywood, riche, bien équipé, plein de bons sentiments et respectueux du code de la guerre. Il a un uniforme seyant, roule en Jeep et mâche le chewing-gum. Il est sympathique et généreux. On considère facilement qu’il a libéré l’Europe à lui tout seul. Beaucoup considèrent encore que les Américains sont entrés en guerre et ont débarqué en Normandie pour libérer la France. Bien plus, il s’est porté volontaire pour le faire. Si l’image d’Epinal reste vraie dans l’ensemble, elle passe sous silence les exactions (certes menées par une minorité n’en déplaisent à R. Lilly et consorts, et hors d’un cadre idéologique remettant en cause les lois de la guerre), la discrimination raciale, la conscription qui a présidé à la mise sur pied d’une armée très efficace et, plus encore, le fait que la victoire sur l’Axe repose sur une coopération étroite entre les membres d’une vaste coalition.

Bref, une image idéalisée qui se doit d’être pondérée, sans pour autant tomber dans les travers des dénigrements anti-américains, voire des comparaisons dont le dessein ne vise rien de moins qu’à atténuer -pour ne pas dire nier- les crimes commis par la Wehrmacht et la Waffen SS. Dans une autre optique, mais tout aussi politisée, un historien qui a publié récemment sur la campagne à l’Ouest de 1944-45 ose absurdement -et à l’encontre toute démarche historique- affirmer que l’incapacité qu’ont eu les généraux américains à coopérer entre eux provient de leur éducation reçue dans un contexte libéral, capitaliste et individualiste (comme si des tensions similaires aux conséquences parfois dramatiques n’avaient pas existé entre généraux allemands, britanniques, japonais et soviétiques éduqués dans un tout autre contexte…).

A trop écorner les mythe, on finit par écrire des contre-vérités qui ne servent personne…

L’image du libérateur telle qu’elle doit rester: elle permet à la France de sortir de la nuit nazie et d’éviter le joug soviétique.



Il reste que nous sommes immensément redevables à cette génération de soldats américains. La liberté et la démocratie dont nous jouissons ont un prix. N’oublions jamais!

Le sacrifice suprême consenti par des milliers de GI suffit à justifier le maintien du souvenir sans polémiques stériles et malveillantes.




Hollywood ou la mise au pinacle du GI, entre réalisme et idéalisation, de l’héroïsme du « Jour le Plus Long » au réalisme d’une série telle que « Band of Brothers »

Revoir mes présentations de films mettant en scène des GI’s:

Le mythe n’est pas mort et l’image d’Epinal n’est pas entièrement usurpée…

« Un Pont Trop Loin ». Le cor de chasse du colonel Frost et autres méthodes d’identification

Anthony Hopkins, le J.D. Frost du 7e art, jouant du cor de chasse

Avant d’être un parachutiste, John D. Frost, le héros du pont d’Arnhem (mais aussi du raid sur Bruneval, en Normandie, du largage sur Depienne, en Tunisie et du pont de Primosole, en Sicile), est d’abord officier aux Cameronians (Scottish Rifles). A partir de 1932, il sert au sein de cette unité en Angleterre puis en Palestine. Capitaine en 1938, il est transféré au sein des Iraq Levies, avec lesquels son contrat expire en 1940. En guise de cadeau de départ, il reçoit un cor de chasse en cuivre, ornée d’une inscription en argent: « Au Captain JD Frost avec les meilleurs voeux des Membres de la Royal Exodus Hunt« . Frost considère qu’il s’agit-là d’un des plus beaux présents qu’il lui ait été faits.

A droite, le véritable J. D. Frost

Quid des méthodes dont disposent les parachutistes alliées pour identifier de troupes amies le Jour J?

L’histoire du cor de chasse de Frost, qu’il utilise pour rameuter ses hommes pose la question de la façon dont les forces aéroportées ont appréhendé la question de reconnaître l’ami de l’ennemi au cours de l’opération « Overlord« .

Une fois que les hommes seront arrivés en Normandie grâce à leurs parachutes (ou à bord de leur planeur), une question tenaille les responsables des divisions aéroportées: comment se repérer dans la nuit? Comment reconnaître l’ami de l’ennemi? En cas de dispersion, outre les mots de passe, les paras alliés adoptent différents moyens de ralliements. Les Américains utilisent des criquets. La 5th Parachute Brigade britannique dispose de différents signes de reconnaissance: le 7th Bn aura des bugles (pour la chasse au renard), le 12th Bn des klaxons de motos et le 13th Bn des cornes de vélo.

Chez les paras US, on utilise au besoin des fusées tirées de pistolets lance-fusées. Le sifflet ou le corps de chasse peut également être utilisé. Un bataillon du 501st PIR utilise un clairon et un autre une cloche… Un mot de passe est adopté: à l’annonce « Flash » (« Foudre ») doit répondre « Thunder » (« Tonnerre »). Le crie de ralliement est « V for Victory » à la 6th Airborne.

 

On adopte aussi, au sein de la 101st (peut-être également, mais sous forme différente, au sein de certaines unités de la 82nd, mais sans que cela ne soit généralisé), les fameux criquets du débarquement. Il s’agit en fait d’une idée d’un aide de camp du Major General Maxwell Taylor, ce dernier veut absolument éviter une nouvelle dispersion de ses hommes comme en Sicile (il était alors à la 82nd). Ce criquet en métal est un jouet, et une commande est passée à une usine anglaise en quantités suffisantes pour en fournir aux membres de la 101st. Comme l’a immortalisé « Le Jour le Plus Long« , un « clic » doit avoir pour réponse deux « clics ».

Certains bataillons ont donc eu recours à des moyens sonores autres que le criquet pour se rassembler: un clairon au 3/506th PIR, un cor de chasse au 501st PIR, une cloche au 502nd PIR… Un brassard d’identification est également parfois en dotation: porté sur l’épaule gauche au 2/502nd PIR ou au cou au sein du 3/502nd PIR.

A L’OMBRE DES GEANTS

A L’OMBRE DES GEANTS

 

Rommel, Patton, Montgomery, Eisenhower : des généraux passés à la postérité, connus du grand public et définitivement rattachés à la Seconde Guerre mondiale dans la mémoire collective. On connaît le fameux texte de Brecht « Questions d’un ouvrier qui lit » dans lequel le dramaturge allemand écrit notamment : « Le jeune Alexandre conquit les Indes. Tout seul ? César vainquit les Gaulois. N’avait-il pas à ses côtés au moins un cuisinier ? » De fait, les hauts faits de bien des grands hommes doivent beaucoup à nombre d’individus dont l’Histoire n’a pas retenu le nom. Pis, on attribue parfois un mérite à celui qui n’en est pas à l’origine. Intéressons-nous ici aux collaborateurs oubliés de quelques-uns des généraux les plus célèbres.

 

Rommel, Patton, Montgomery: la gloire est à eux

Frederick Morgan

Les adjoints proches d’Eisenhower sont peu connus. Certes, Harry Butcher a laissé ses mémoires tandis que Kay Summersby, cette jeune britannique qui n’était initialement que son chauffeur, a rédigé deux ouvrages sur sa vie et ses relations avec Ike. Pourtant, si certains personnages émergent parfois du souvenir, tel le Group-Captain Stagg, le météorologue dont les prévisions ont poussé le commandant suprême à reporter le Débarquement de 24 heures, on ignore le nom de la plupart des responsables du SHAEF (le haut-commandement des forces alliées). Si Bedell Smith, l’irascible et terrible chef d’état-major, est connu, son rôle réel dans les prises de décision reste méconnu. On oublie aussi très souvent que Frederick Morgan, qui a fourni la première ébauche de plans de l’Invasion dans le cadre du COSSAC (chef d’état-major du commandant suprême) en 1943, est ensuite passé au SHAEF où il a continué à servir la cause alliée.

Après l’exploitation de la percée d’Avranches, l’exploit de Patton est incontestablement sa brillante contre-attaque menée dans les Ardennes. Le Californien a démontré qu’il n’était pas seulement un bon tacticien mais qu’il était également supérieur pour organiser, mettre en mouvement des troupes et pour les encourager. Il a montré qu’il est capable d’anticiper et de réagir. Il serait pourtant abusif de lui attribuer tous les mérites du virage à 90° de la 3rd Army : le colonel Maddox et les officiers de plan changent une ligne de front ; le colonel Perry organise le transport des unités à bord des transports de troupes; la colonel Muller réorganise la logistique, ce qui suppose la mise en place de nouveaux dépôts de munitions et d’essence ; le colonel Hammond met en place un nouveau réseau de transmission ; le colonel Coates transfère et installe de nombreux hôpitaux d’évacuation. Tous ces officiers, de même qu’Oscar Koch, le chef des renseignements de Patton, grâce auquel il avait prévu à l’avance l’éventualité d’une contre-attaque allemande dans les Ardennes, et Robert Allen, adjoint G-2, demeurent inconnus du grand public.

Ludwig Crüwell

Un autre général a, comme Patton, finit par incarner son armée : Erwin Rommel, le chef de l’Afrika-Korps. De fait, on attribue les succès du DAK et de la Panzerarmee Afrika au seul « Renard du Désert » en oubliant un peu rapidement les chefs d’état-major (Gause, Westphal, Bayerlein) et même de divisions (comme Bismarck). Pis, qui du grand public sait que Rommel, très vite devenu chef de la Panzergruppe puis de la Panzerarmee Afrika, aura des successeurs brillants à la tête du prestigieux Afrika-Korps. Citons seulement les deux premiers, Crüwell et Nehring, qui ne se montreront pas inférieurs en jugement, bien au contraire. L’ouvrage de Samuel Mitcham intitulé Rommel ‘s Desert Commanders (2007) permet de rétablir un peu les choses.

Il en va tout autant sur le front de Normandie où toutes les responsabilités semblent lui appartenir alors qu’il faut tenir compte des chefs d’armées (Schweppenburg, Dollmann et Hausser), mais aussi de corps sans oublier que Rommel a un supérieur direct en la personne du Feldmarschall Gerd von Rundstedt. Au sein de son état-major, Hans Speidel, connu pour son implication dans l’attentat du 20 juillet ainsi que pour son ouvrage Invasion 44 (1964), et Friedrich Ruge, auteur du célèbre Rommel face au Débarquement (1960), sortent du lot. Pourtant, le Heeresgruppe B fonctionne grâce à plusieurs responsables dont les noms restent inconnus pour la plupart et leurs actions restent méconnues. Au Heeresgruppe B, qui connaît l’Oberst Tempelhof (Ia , opérations) ou l’Oberst Staubwasser (Ic, chef des renseignements ) ? Au Panzergruppe West, le Major Burgsthaler (Ia) et l’Oberstleutnant von Zastrow (Ic) ? A la 7. Armee, mis à part peut-être le Generalmajor Pemsel (grâce au Jour le Plus Long), qui peut parler du rôle de l’Oberst Helmdach (Ia) ou de l’ Oberstleutnant Vorwerk (Ic) ? Le lecteur pourra cependant lire certains ouvrages comme Panzer in Normandy (2009) de Samuel Mitcham qui reprend les écrits de Hans Eberbach, le commandant de la 5. Panzerarmee.

Bernard Montgomery, qui ne mérite certes pas autant le titre de grand général que Patton ou Rommel, est passé à la postérité pour sa victoire remportée à El Alamein. Quelle fut sa part dans le succès ? Monty, il faut le reconnaître, a souvent su s’entourer des subordonnés compétents pour les responsabilités qui leur incombaient, sans que cela constitue une règle absolue. De Guingand, qui fut le brillant chef d’état-major de Monty, mérite ainsi de rester dans la mémoire collective de la guerre. Montgomery n’a pas seulement attiré vers lui toute la renommée, l’Histoire a fini par oublier qu’il y avait une 8th Army avant celle de Monty, en remontant jusqu’à l’époque de la Western Desert Force en 1940.

Si la gloire reste attachée aux principaux généraux dans la mémoire collective, le blâme retombe-t-il a contrario de façon injuste sur les grands hommes ? En Histoire, on a parfois tendance à attribuer un échec patent à l’incompétence d’un subordonné. Dans ce cas précis, l’homme de l’ombre sort à la lumière. Si certains historiographes ont voulu minimiser des échecs notoires, comme Caen ou Arnhem dans le cas précis de Montgomery, la rigidité de l’armée britannique en matière de doctrine du commandement implique que le général en chef assume a pleine responsabilité des décisions prises et, donc, des échecs (puisque les subordonnés n’ont pas le droit de faire preuve d’initiative). La règle ne vaut pas toujours. Ainsi, Miles Dempsey, qui a voulu cette opération, a-t-il sa part de responsabilité dans l’échec de Goodwood, lancée au-delà de Caen le 18 juillet 1944, ce que montre bien John Buckley dans son Monty’s Men (2013) de même que Stephen Hart dans Colossal Cracks (2007), deux ouvrages majeurs sur les opérations menées par le 21st Army Group.

Eichelberger

On constate qu’en France, si on franchit les mers et les continents, la guerre en Asie-Pacifique du côté américain se résume au mieux à deux noms : Chester Nimitz et Douglas McArthur. On reste donc au niveau des commandants de théâtres des opérations ! Qui connaît les chefs d’armées comme Slim, Holland-Smith, Eichelberger, Buckner ou encore Krueger, sans parler de leurs différents subordonnés au sein de leurs états-majors ?

 

L’oubli des généraux qui ne sont pas « du terrain »

Les acteurs de l’ombre, ce sont aussi les généraux occupants les plus hauts postes de la hiérarchie et qui, de par leur position, ont été amenés à prendre des décisions fatidiques pour l’issue du conflit. Il ne suffira pas à George Marshall de devenir Secrétaire d’Etat et de donner son nom au fameux programme de redressement de l’économie européenne initié en 1947 pour imprimer dans la mémoire du plus grand nombre le souvenir sa qualité de chef d’état-major de l’US Army pendant la Seconde Guerre mondiale. Somerwell (le responsable de la logistique de l’US Army), ou encore McNair, le commandant des Army Ground Forces, et qui a donc présidé à la mise sur pied de l’US Army, méritent mieux qu’une mention comme victime collatérale du carpet bombing de lors de l’opération Cobra le 25 juillet 1944.

Sir Alan Brooke

En dehors des passionnés, qui connaît le rôle –et même l’existence- d’Albert Kesselring et autres Ettore Bastico, pourtant supérieurs hiérarchiques du « Renard du Désert » qui se couvre de gloire en Afrique du Nord ? Du maréchal Alan Brooke, chef d’état-major impérial britannique, sans même parler de ses prédécesseurs, à l’instar de Sir John Dill, qui a par ailleurs tenu un rôle clé au sein des chefs d’états-majors combinés anglo-américains.

La victoire remportée par Montgomery à El Alamein puis l’incroyable poursuite qui s’ensuivit jusqu’à Tripoli et au-delà doit beaucoup à l’action du Middle East Command dirigé par un Harold Alexander secondé par des subordonnés de talent à l’instar de McCreery, son chef d’état-major. On pourra peut-être regretter la part trop belle accordée à Alexander par certains de ses biographes (cf Adrian Stewart dans son The Campaigns of Alexander of Tunis. 1940-1945 (2008)).

Les grands oubliés sont aussi souvent ceux du renseignement ou de la logistique. Il est pourtant possible de connaître les officiers responsables de ces services si essentiels dans certains ouvrages. Pour ce qui est de la guerre du désert, citons par exemple Für Rommels Panzer durch die Wüste (2010) par Hellmuth Frey (responsable de la logistique de la 15. Panzer) ou encore  Rommel’s Intelligence in the Desert Campaign (1980) de Hans-Otto Behrendt, qui était un des officiers de renseignement de Rommel. Le rôle de la composante aérienne et de ses officiers est souvent tout aussi négligé. C’est chose rectifiée pour la 3rd Army de Patton grâce au très bon Patton’s Air Force (2002) de David Spires.

 

Une possible inversion de la tendance ?

Des ouvrages récents nous permettent de découvrir des personnalités qui ont servi dans l’entourage des grands généraux : outre ceux déjà évoqués, citons Mon père, l’aide camp du général Rommel (Privat, 2007) de Hans-Albrecht Schraepler. L’excellent Corps Commanders of the Bulge (2007) d’Harold Winton a le double mérite de présenter la bataille des Ardennes du point de vue américain mais aussi d’insister sur le rôle effectif des chefs de corps, ce qui ne remet pas pour autant en cause l’importance de Patton. Le tout récent The Men Behind Monty de Richard Mead (2015) est remarquable à cet égard car son propos est précisément de révéler aux lecteurs les noms et les actions des principaux membres des états-majors de Montgomery. Outre De Guingand, le brillant chef d’état-major, le rôle d’individus comme Brian Robertson, Fred Kish, Sydney Kirkam, Bill Williams ou encore Charles Richardson, sans parler des nombreux aides de camp, est remarquablement expliqué. A l’inverse, Wavell in the Middle East, 1939-1941. A Study in Generalship (1993) de Harold Raugh permet par exemple de rétablir les faits sur différentes décisions prises, notamment lors des préparatifs de Compass (décembre 1940) et d’accorder plus honnêtement les mérites qui reviennent à Wavell par rapport à O’Connor.

Je ne pense pourtant pas que l’on puisse assister à un renversement de la tendance. Les raisons qui sont à l’origine de cette mémoire collective sélective semblent constituer des impondérables. Une biographie remarquée de Joukov comme celle de Jean Lopez ne suffira pas à diffuser largement et durablement l’intérêt pour les généraux soviétiques. La principale explication est aussi éditoriale : ce serait un suicide pour une maison d’édition que de publier une suite de biographies de personnages connus d’un cercle trop restreint, même si des ouvrages sur William Slim, Albert Kesselring ou Claude Auchinleck seraient les bienvenus. Quant aux officiers d’état-major, il n’est nul besoin d’y songer. Celui qui dirige attire naturellement l’intérêt. La pérennité du souvenir d’un général victorieux est aussi liée au pays. Sera-t-on surpris du peu de place accordée à de Gaulle en tant que chef de guerre en mai-juin 1940 dans des livres publiés hors de France ? Dans notre pays, peut-on imaginer des biographies de généraux britanniques autres que Montgomery ?

Ces illustres généraux ont accaparé la gloire des victoires remportées par leurs armées. Constat moins injuste qu’il n’y paraît. Brecht oublie que les soldats ont besoin de guides, de leaders pour les inspirer et donner l’impulsion. En définitive, le choix final et les ordres décisifs et nombre de paramètres essentiels dépendent pour beaucoup de la personnalité et des qualités, ainsi que des défauts, du chef. Les grands hommes ont leur place dans l’Histoire et celle-ci leur rend justice. Nier l’importance des grands hommes est faire montre de contresens. Pour autant, il serait souhaitable que les noms d’une partie des hommes qui les ont assistés, souvent de façon décisive, de leurs compétences ou de leurs conseils, sortent des méandres de l’Histoire et ne soient pas connus que par un cercle limité d’initiés.

 

 

 

 

 

 

Liste de mes articles sur la Seconde Guerre mondiale publiés dans la presse

 

Magazine 2e Guerre Mondiale Magazine

(mes nombreuses recensions de livres ne sont pas précisées)

N°80 : La 7. Armee dans les Ardennes

N°79 : Wittmann : le héros de la Panzerwaffe. Une légende méritée ?

N°78 : Dossier « Le carrousel des Blindés : opérations Cobra, Bluecoat et Lüttich »

N°77 : Dossier « Hitler face au Débarquement et à Bagration. Quelles options stratégiques pour le III. Reich ? «

N°76 : Dossier « Rommel : grand stratège et tacticien de génie ? » et « L’artillerie allemande pendant la bataille de Normandie »

N°75 : « Unités interarmes et de circonstance. Kampfgruppen, Combat Command, Corps francs… »

N°73 : Actualité : 73e anniversaire du Débarquement

N°72 : Ecrire l’Histoire « Le German Bias ».

« Guerre et Psychologie. De l’estimation de l’adversaire et ses conséquences »

HORS-SERIE N°42 : « La bataille de Caen. Rommel/Montgomery : le duel »

N°71: « L’impact du front méditerranéen sur Overlord »
« Les unités blindées méconnues allemandes en Normandie (par rapport aux Panzer proprement dits): les formations de Panzerjäger et Sturmgeschütze

N°70 : Ecrire l’Histoire « De la polyvalence de l’historien militaire »

« Ardennes 44 : les mythes d’une bataille »

N°69: Dossier « Les Commandos du Reich. Une élite à la mesure des unités alliées? »

N°68: Ecrire l’Histoire « Les commémorations du Débarquement:évolution dans le temps »

N°67: Dossier: « Les Fallschirmjäger en Italie. Une troupe d’élite sur la défensive ».

« La Wehrmacht à Cassino: l’apogée du combat défensif? »

Ecrire l’Histoire: « Conseil permanent de sécurité de l’ONU. De la légitimité des vainqueurs »

N°66: « La 90. Leichte Afrika-Division. Atout méconnu du DAK »

N°64: Dossier: « Heer. Equipements et matériels: vraie supériorité? Westfront 1944-45 »

« La tête de pont de l’Axe en Tunisie. Un exploit logistique? »

N°63: Ecrire l’Histoire: « La bataille de Normandie: des soldats alliés novices face à des Allemands chevronnés? »

« L’US Army dans le Pacifique: dans l’ombre de l’USMC? »

N°62: Ecrire l’Histoire: « Montgomery, un mythe forgé et malmené par l’historiographie » « Les mythes de la bataille de Kasserine »

Recension du livre « Les Mythes de la Seconde Guerre Mondiale » (Perrin) ainsi que mon interview de Christophe Prime pour son ouvrage « La Bataille du Cotentin »

N°61: Ecrire l’Histoire: »De l’usage des témoignages »

« L’Afrika-Korps: force d’élite ou image de propagande? »

N°60: « Le Mur de l’Atlantique. Grand gaspillage? »

N°59: Ecrire l’Histoire: »Le soldat allemand au cinéma: de la caricature à la réalité »

« La 16. ID (mot) dans le Caucase. L’unité la plus à l’Est de la Wehrmacht ».

N°58: « 14/18 en 39/45: influence et permanence de la Grande Guerre sur la Seconde Guerre mondiale »

N°57: Ecrire l’Histoire:« L’Empire britannique et ses armées : grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale? »

« L’infanterie de l’Afrikakorps », Biographie « Hasso-Eccard von Manteuffel »,

N°56: « La 8th Army britannique dans la guerre du désert » et Ecrire l’Histoire: « Terminologie et seconde guerre mondiale »

N°55: Biographie « Dietrich von Choltitz »

HORS-SERIE N°35: « Le III. Reich pouvait-il repousser les Alliés en Normandie? » .

N°54: Ecrire l’histoire: « Que signifie le 6 juin pour les différents belligérants? »

N°53: Deux articles: « Les Généraux Limogés » et Ecrire l’Histoire: « L’image du soldat »

N°51: dossier « Fallschirmjäger face à l’Invasion »

Ecrire l’Histoire: « Champs de batailles et objets militaires: à préserver ou à oublier? »

N°50: Biographie « Ralph Bagnold, le père du LRDG »

N°49: Stratégie: « Germany First! L’impact du principe sur la guerre en Asie-Pacifique »

N°48: Dossier « Panzergrenadiere!Compagnons indispensables des Panzer »,

Ecrire l’Histoire: « L’historiographie de la guerre en Afrique du Nord, 1940-1943 »

N°47: Biographie « Sir Claude John Eyre Auchinleck »

Ecrire l’Histoire: « Doit-on tout remettre en cause? Méthodologie de l’étude de la Seconde Guerre mondiale »

N°45 : Ecrire l’Histoire:  « Ecrire le Débarquement et la bataille de Normandie ».

N°44 : Stratégie:  « Le Second Front ouvert en 1944 : un mythe? » et biographie « Walter Koch, le Fallschirmjäger de la première heure »

N°43: Biographie de Hans-Werner Schmidt de l’Afrika Korps

N°41: critique du livre « Bir Hakeim » de Jacques Mordal

N°38: compte-rendu journée d’étude sur le front russe au Mémorial de Caen

HORS-SERIE N°24 sur « La campagne de Tunisie, 1942-43 »

N°37: Dossier « Les divisions blindées en Afrique du Nord »

N°35 : Dossier « Les divisions d’infanterie en Normandie »

Thématique N°21 sur « Koursk »:article sur la pince nord de Model

N°34 d’août 2010 avec mon premier article: « Shweygin; Birmanie 1942 » ; critique du livre « Le Jour le Plus Long » de Cornélius Ryan

 

Magazine Batailles & Blindés

N°82 : « Les unités de reconnaissance du DAK. Deux ans de campagne» (2)

N°81 : « Bach à Halfaya »in Les fiasco blindés de la 2eGM

N°80 : « El Alamein : Rommel pouvait-il l’emporter ? »

N°79 : « Les unités de reconnaissance du DAK. Les yeux de Rommel » (1)

N°75: « La Kampfstaffel « Rommel ». La garde rapprochée du « Renard du Désert » au combat ».

N°72: « Sie Kommen! Contre-attaquer les têtes de ponts amphibies avec les Panzer: mission impossible? »

N°70: «  »Capri », c’est fini! La dernière offensive de Rommel en Afrique »

N°69 « Le « Chaudron » de Gazala. L’Afrika-Korps au bord du gouffre? »

HORS-SERIE N°26 « Dictionnaire des unités de l’Axe en Afrique du Nord. 1941-1943 » (avec David Zambon et Yann Mahé)

N°64: «Les raisons de la victoire de l’US Army dans les Ardennes »

N°62: « Le LRDG »

N°60: « Les occasions manquées du DAK »

N°59:  « Ochsenkopf »

N°58:  « Mersa Matrouh »

 

Magazine Ligne de Front

HORS-SERIE N°29: « La 5. Panzerarmee. La meilleure ennemie des Alliés »

N°64: « Les commandos américains dans la Pacifique »

« Ligne de Front » N°61 (mai-juin 2016): « Tobrouk 1941. Un été d’enfer pour les Australiens ».

N°60 : « Fallschirmjäger durant Market Garden »

N°59: « Entrée au pays des Nibelungen: les Alliés franchissent le Rhin »

N°58: « La 7th Armored Division: de la Normandie à l’Allemagne »

 

 

Magazine Axe & Alliés 

N°29 : la Ligne Maginot (rubrique « Les grandes impostures »)

 

Magazine Voyage et Histoire

N°4 : El Alamein

N°5: Poche de Falaise