Normandy Victory Museum (3): Modernisme et Nouvelles Technologies

Normandy Victory Museum (3):

Modernisme et Nouvelles Technologies

 

Le Normandy Victory Museum est un musée est dynamique et moderne: le visiteur suit un parcours très clair, didactique, avec des films très explicatifs (sur le thème de la guerre des haies) qui complètent avec bonheur des dioramas très réussis.

J’ai évoqué dans un article précédent les effets sonores visant à rendre plus « vivante » la visite d’un musée consacré à la guerre des haies.

La muséographie se veut en effet résolument moderne et ludique, comme l’illustrent les lignes et les photographies qui suivent…


Une réplique de P-47 « Thunderbolt » sur le terrain de manoeuvre sur lequel les visiteurs peuvent monter sur un transport de troupes d’après-guerre chenillé : une expérience ludique originale

 

  

Au fil du musée, des répliques d’armes (Sten, MP 40, USM1, MP 44, MG 42) sont laissés à la libre manipulation des visiteurs, qui peuvent également coiffer des casques: une initiative également aussi originale qui vise le public le plus jeune.

 

Les propriétaires du musée ont également prévu de permettre aux visiteurs de s’offrir une photo-souvenir à bord d’une véritable jeep!

 

SIMULATEURS

Ci-dessous: 2 des 4 simulateurs sont à disposition des visiteurs (le plus réussi et réaliste n’est pas visible sur ces clichés)

REALITE VIRTUELLE

De même, le musée offre deux systèmes de jeux (ambiance 1944…) avec casque de réalité virtuelle pour un parachutage sur la Normandie ou un combat pour Carentan… Détente et amusement garantis…

   

 

NOUVEAUTE POUR LE 74e ANNIVERSAIRE DU D-DAY

Le musée a mis en place un véritable parcours du combattant, qui sera inauguré le 4 juin 2018 par les acteurs de la série TV « Band of Brothers », sans aucun doute la production la plus réussie et la plus réaliste consacrée à la Seconde Guerre mondiale.

 

 

PROJET POUR LE 75e ANNIVERSAIRE DU D-DAY

Une heureuse initiative pour 2019, toujours dans l’esprit à la fois didactique et ludique qui caractérise le Normandy Victory Museum : reconstituer un système de fortifications du Mur de l’Atlantique avec son panel d’obstacles de plages.

 

 

Normandy Victory Museum (2): Collections Militaires

Normandy Victory Museum (2): Collections Militaires

Ce GI n’est qu’un aperçu d’une collection impressionnante

Le Normandy Victory Museum c’est aussi un superbe collection. De nombreux mannequins, loin d’être figés dans des vitrines comme jadis, sont mis en valeur dans des dioramas, agréablement pourvus qui de façades de maisons, qui de végétation… En 1987, j’avais découvert pour la 1ère fois le musée de Diekirch au Luxembourg, et celui de Bastogne en Belgique: avec leurs scénettes et leurs mannequins réalistes, les musées des Ardennes (dont désormais ceux de La Roche-en-Ardenne, La Gleize, etc) étaient très en avance sur ceux de Normandie. Nos musées ont enfin rattrapé ce retard, notamment l’Overlord Museum (Omaha), le Dead Man’s Corner (Saint-Côme-du-Mont),  mais aussi bien d’autres (cf les bunkers remarquablement remis à neuf à Ouistreham, Saint-Marcouf et Merville).

Le dernier-né des musées, le Normandy Victory Museum, est remarquable à cet égard: il s’agit tout simplement d’un des musées le plus beaux et le plus réussis de l’espace historique de la bataille de Normandie. Les réserves sont remplies de merveilles, telles que pas moins de deux barges de débarquement en cours de restauration!

Ci-dessous: une fois n’est pas coutume, le premier diorama est consacré à la campagne de 1940, la normandie étant alors envahie par la 7. Panzer-Division d’un certain Erwin Rommel… L’occasion de présenter enfin au public des tenues  de nos soldats de 1940, dont une de tirailleur sénégalais.

 


Vient le temps de l’Occupation: un diorama évoque la Résistance (ci-dessous)

Ci-dessous. L’Atlantikwall et le Jour J sont représentés par deux dioramas, dont une reconstitution du débarquement dans secteur d’Utah Beach

Ci-dessous. Les forces aériennes alliées ont été décisives dans la victoire: elles sont commémorées par de superbes mannequins

Ci-dessous. Bruitages de tirs de mitrailleuse et d’explosions, fumées, reconstitution d’un chemin creux: le visiteur est plongé dans l’ambiance de la guerre des haies…

 

  

Ci-dessous. Le musée possède aussi du matériel lourd:USM8, Halftrack US M3. Les mannequins américains comme allemands sont remarquables par la richesse de leurs variétés et la présentation de pièces extrêmement rares.

  

 

Ci-dessous. L’armée allemande en Normandie est largement hippomobile: les visiteurs ont la chance de découvrir un chariot allemand ainsi que plusieurs véhicules motorisés agrémentés de mannequins remarquablement habillés, illustrant la variété des effets des forces allemandes: tenues Feldgrau diverses, uniformes en treillis, effets camouflés.

   

 

 

Le bazooka: une arme redoutable et terriblement efficace dans les combats à courte portée caractéristiques de la guerre dans le bocage

 

Quelques vues général du musée:

Les vitrines recèlent des trésors. Je suis, comme toujours, particulièrement attirés par les coiffures:

Le coin des Fallschirmjäger, incontournables pour un musée qui traite de la guerre des haies

 

 

Ci-dessous: le Normandy Victory Museum n’oublie pas les ultimes étapes de la Libération, ce qui inclut certes quelques moments de détente pour les libérateurs, mais aussi le déminage ou encore la gestion des prisonniers de guerre.

 

 

     

Normandy Victory Museum: Femmes et Vie Quotidienne

LE NORMANDY VICTORY MUSEUM DE CATZ:

UN INCONTOURNABLE!!!

Le Normandy Victory Museum n’ a pas un an mais c’est déjà un des musées les plus réussis consacrés à la bataille de Normandie. Ces derniers sont pléthoriques et le meilleur côtoie le pire: ici, à Catz, près de Carentan, les propriétaires peuvent être très fiers de leur réussite.

Consacré à la bataille du bocage -« l’enfer des haies-« , ce musée nous offre d’autres surprises, qui font qu’il a le mérite de sortir des sentiers battus en proposant des thématiques propres à intéresser davantage la gent féminine aux musées de guerre.

 

La vie quotidienne des civils sous l’Occupation est évoquée à travers plusieurs vitrines, des mannequins et la reconstitution réaliste d’un intérieur normand:

  

      

20 000 Normands ont péri sous les bombes, et de nombreux autres ont été blessés, une dure réalité qui est rappelée dans un des dioramas du musée:

Les prisonniers de guerre détenus dans les Oflags et les Stalags ne sont pas oubliés:

La Résistance est évoquée dans un diorama et dans plusieurs vitrines:

  

 

Le quotidien des soldats, à commencer par leurs rations:

Les jouets et les jeux de la Libération : robe en soie de parachute, chamboule-tout avec l’effigie de Hitler, jeux de stratégie…

Le musée présente aussi de nombreux objets de guerre de récupération, détournés de leur usage initial après les combats, notamment dans les campagnes :

Enfin, l’étape ultime du Normandy Victory Museum est consacré aux femmes dans la guerre: pilotes, auxiliaires féminines, résistantes, épouses demeurées au foyer… Des mannequins peu courants dans nos musées, ainsi que des photographies qui rendent hommage aux femmes au cours de la guerre.

        

 

Le visiteur désireux de rapporter une boisson ou des friandises typiquement normandes est invité à se prendre à l’épicerie qui jouxte le Normandy Victory Museum: la décoration de cette boutique en fait un véritable musée à elle seule!

Quelques mètres plus loin, une brasserie qui s veut dans l’esprit « années 50 », juste après la Libération…

Commémorations du Débarquement: mon avis

L’évolution des commémorations

du Débarquement en Normandie

Nul autre événement du conflit que le Débarquement ne peut prétendre à l’engouement qu’il suscite. Qu’en-est il donc des commémorations du 6 juin 1944 –alliant cérémonies, présence de vétérans et manifestations de collectionneurs- depuis ces dernières décennies ? Normand natif de Caen, historien et fils de témoins de la bataille,ce sujet revêt une importance primordiale pour moi…

 

Une page se tourne

Avant d’être une grande fête et l’occasion d’une sortie pour les passionnés et les touristes, les cérémonies du Débarquement sont celles du souvenir, du rappel de notre attachement aux valeurs de la démocratie et de la mémoire de ceux qui sont tombés pour nous apporter la liberté. La première place revient donc légitimement aux vétérans, soldats des armées alliées ou combattants de la Résistance, qui, dans leur jeunesse, ont connu et ont été les acteurs de cette période tragique. Qui n’a ressenti de l’émotion et de la gratitude à la vue d’un vieux monsieur, très bien habillé, la poitrine ornées de décorations hautement méritées ainsi que des « chest badges », remis à l’occasion des grandes cérémonies de 2004 ? N’est-ce pas un privilège de les avoir rencontrés ? Ces honorables grands-pères avancent dans l’âge et sont chaque année moins nombreux (on ne compte plus que 3 anciens du 1er BFMC de Kieffer). Les plus illustres, comme John Howard et Lord Lovat, nous ont quittés il y a déjà quelques années. Ne nous le cachons pas : quel que soit l’attachement que l’on a pour ces cérémonies et du soin qui est apporté à leur organisation, elles perdront de leur attrait et de leur force lorsque les vétérans ne seront plus présents. Il n’étaient que quelques centaines en ce mois de juin 2019…

 

Cette année, le sosie de Churchill était parmi nous…

 

Une portée internationale

La reine Elisabeth II d’Angleterre, qui a présidé aux superbes commémorations de Portsmouth le 5 juin, est elle-aussi en quelque sorte un vétéran de cette guerre, au cours de laquelle elle a servi comme conductrice. Sa présence aux cérémonies leur a toujours conféré un cachet hors du commun. Apercevoir le prince Charles dans une réplique de Horsa à l’inauguration de ce dernier dans le très réussi musée des aéroportés britanniques de Pegasus Bridge est également une expérience qui se savoure.

Il n’est en fait nul autre événement historique qui ne soit autant commémoré, par autant d’Etats et sur une aussi longue durée. La présence du président Poutine et du chancelier Schroeder sur les terres normandes en 2004 inaugure une nouvelle période pour les commémorations (l’absence du premier cette année a été remarquée). L’aspect décisif de la guerre germano-soviétique est si évident qu’il n’a pas à être rappelé : la Guerre froide est finie tandis que le rapprochement avec l’Allemagne, effectif depuis longtemps et ferment de la construction européenne, justifie la présence du chef de gouvernement de l’ancien pays ennemi. Rappelons tout de même (n’en déplaisent à certains trop politisés ou anti-américains primaires), que les Soviétiques n’auraient jamais été en mesure de battre les nazis à eux seuls.

Si la Guerre froide est terminée, le passage en Normandie est presqu’obligé pour les présidents américains en exercice : au-delà de la nécessité de se souvenir du sacrifice des GIs en des lieux si emblématiques (du cimetière d’Omaha Beach à la Pointe du Hoc), occasion unique de rappeler à l’Europe sa dette envers l’Amérique, c’est aussi de l’endroit pour réaffirmer à la face du monde quelles sont les valeurs défendues par les Etats-Unis et pour lesquelles ils continueront à lutter. Le passé comme message politique pour le présent.

Le Sherman de Brad Pitt dans « Fury » était à Omaha en 2019. Hollywood a contribué à assoir la légende d' »Overlord ».

 

L’ampleur des cérémonies aboutit à des spectacles les plus divers

L’évolution des anniversaires du D-Day au cours des dernières décennies se caractérise indubitablement par un accroissement sensible de leur ampleur. Les spectacles présentés aux chefs d’Etats et de gouvernements invités lors des 60e et 70e anniversaires témoignent de cette évolution. Les festivités ne se bornent pas à un grand « show » à destination de ces hôtes illustres mais des commémorations à caractère plus nationales se déroulent sur l’ensemble des principaux sites du D-Day, de Sainte-Mère-Eglise, à l’ouest, à la batterie de Merville, à l’est. Les stèles se sont multipliées, dans le moindre village où un événement d’importance s’est déroulé ou, le plus souvent, en mémoire et en témoignage de reconnaissance de l’unité alliée qui a libéré la commune, sans oublier les blindés exposés à titre commémoratifs, à l’instar du Sherman exposé place Patton à Avranches, bien que le plus beau et le plus spectaculaire reste pour moi le Tiger de Vimoutiers, un char allemand… Des cérémonies plus accessibles car, paradoxalement, les Normands sont frustrés des principales cérémonies se déroulant sur leur sol en raison des multiples mesures de sécurité qu’entraînent la présence d’un tel aéropage en un seul lieu. Un nouvel espace est désormais consacré aux forces britanniques à Ver-sur-Mer, ce qui n’est que justice eût égard à la contribution de l’empire britannique à l’opération « Overlord » et à la victoire.

 

La semaine du 6 juin, en Normandie, est le cadre de festivités les plus diverses qui attirent les foules.

Feux d’artifices, bals, concerts, expositions temporaires, meeting, visites guidées du champ de bataille (parfois en tenue), etc : le visiteur n’a que l’embarras du choix. Un de mes plus grands plaisirs est de croiser un groupe de véhicules sur une route normande, plaisir accentué si l’engin qui me précède en est un aussi : une expérience courant tous les débuts juin et sans cesse renouvelée sans y ressentir la moindre lassitude… Ecouter un joueur de cornemuse à Bénouville tandis que déambulent des collectionneurs tout de Denison Smoke vêtus n’est pas non plus désagréable. Par-ci par-là, des bourses aux armes, qui se sont multipliées, même si celles-ci n’ont pas le caractère presque de grand’ messe que pouvait avoir jadis la défunte bourse de Cabourg.

De superbes dioramas sont exposés (ici près de l’Overlord Museum). A gauche, le Mont Pinçon réalisé par un maquettiste de talent…

Ce constat d’inflation quantitative concerne en premier lieu le matériel militaire exposé. En juin 1984, encore enfant, je découvre aux côtés de mon père l’un des premiers rassemblements de véhicules de collections militaires qui m’ait été donné de voir. Quelques blindés, dont un halftrack White M3, un tank M3 Stuart et une automitrailleuse USM8, tous dûment équipés, renforcés de sacs de sables et de paquetage de toutes sortes. L’ère des grands rassemblements n’en est qu’à ses premiers balbutiements. Bientôt, dans la seconde moitié des années 1980, au-delà des plages normandes, les rendez-vous de Mourmelon procureront au grand public une approche plus concrète de l’histoire militaire.

Un DUKW à Arromanches cette année

Le 6 juin 1989, je suis aux aurores pour voir débarquer des DUKWs sur la plage d’Arromanches qui sera bientôt couverte de véhicules d’époque entourés de collectionneurs, dont un de mes camarades du lycée en superbe « Red Devil ». Les défilés de véhicules militaires n’ont eu de cesse de se multiplier, au-delà de celui de Bayeux (encore une réussite cette année), qui perdure avec certes moins d’ampleur mais en nous gratifiant d’une multitude de raretés aux couleurs anglo-canadiennes.

Les spectacles de parachutages sont à couper le souffle.  Les largages en tenue d’époque depuis des C-47 Skytrain ou des DC3 Dakota (avec un rassemblement « monstre » de dizaines de ces engins pour le 75e) sont encore davantage émouvants pour l’amateur, surtout quand il s’accompagne du saut d’un ancien 70 ans après son baptême du feu en Normandie ! Le « clou » de ces parachutages est sans conteste le spectacle offert sur le site de La Fière. Pour peu que la Normandie bénéficie ce jour-là d’un bel ensoleillement, cette vision de centaines de canopées larguées à rythmes réguliers est inoubliable, grandiose…

Quelques paras le soir, à Arromanches, un beau spectacle certes, mais sans commune mesure avec le spectacle de La Fière avec ses centaines de corolles ‘à droite, en 2014)…

 

Des spectacles qui n’auront plus cours ?

Le 40e anniversaire du débarquement sera également le cadre des premiers meetings d’envergure sur le sol normand. Le rassemblement de Warbirds et autres engins volants de guerre à Falaise et à Carpiquet laisseront un souvenir tout particulier aux chanceux, dont je fus, qui purent assister à leur spectacle. Hélas, depuis lors, P-38 Lighting, Boeing B-17 ou encore Mosquito. Les amateurs doivent maintenant s’éloigner des pâturages normands et se rendre à la Fertais-Allais, stupidement programmé le même week-end de juin que les festivités de Normandie…

Des engins rares, de véritables merveilles (les amateurs me comprendront…) font leur apparition ces années-là : citons par exemple une automitrailleuse Marmonn-Herrington en camouflage désert et un Humber Mk II, ou encore un superbe char Cromwell, qui a fait ses premières armes en Normandie. Les premiers défilés organisés à Bayeux au 45e et au 50e anniversaire sont à cet égard réussis et n’ont plus leur équivalent, ne serait-ce que par la désormais absence des chars de combat (on imagine en effet sans peine les conséquences du passage de leurs chenilles sur la chaussée). Il faut reconnaître également que certaines lois malvenues pénalisent les collectionneurs (imagine-t-on sérieusement que leur matériel puisse être de nature à intéresser des malfaiteurs qui n’ont aucun mal à se fournir en Kalachnikov ?), ce qui explique la tiédeur de ceux qui viennent de l’étranger. Il n’y aura jamais un Beltring normand…

Les véhicules britanniques et canadiens: des raretés très agréables à voir…

Les amateurs n’ont pas à se désoler pour autant : les années récentes ont également offert leurs lots de belles surprises : n’est-il pas original de voir se déployer une batterie de 25 pounder à Tilly-sur-Seulles il y a quelques années, des pièces des 105 mm à Sainte-Mère-Eglise ? N’est-il pas intéressant de voir évoluer un LCVP sur l’eau à Carentan ? En 2008, la route côtière de la plage d’Omaha, sise entre Vierville-sur-Mer et Saint-Laurent-sur-Mer est couverte d’engins américains garés pare-chocs contre pare-chocs, vision qui s’est multipliée depuis lors. L’un de plus beaux défilés de véhicules américains est celui qui s’ébranle de Grandcamp-Maisy en direction d’Isigny, de même que celui de Sainte-Mère-Eglise. En 2014, sous un soleil de plomb, les blindés sont de retour en nombre et, avec eux, de plus en plus de visiteurs en uniformes. Avec parfois une belle surprise : deux vedettes du D-Day qui ont jeté l’ancre de part et d’autre de Pegasus Bridge.

 

La multiplication des groupes de reconstitution

Un collectionneur sérieux et correctement vêtu: ce n’est pas toujours le cas

On constate une tendance qui n’a cessé de s’accentuer depuis les années 1990 et de plus en plus dans les années 2000 : la multiplication des groupes de reconstitution, le plus souvent regroupés dans des camps (citons les «camp « Arizona » et « Geronimo » respectivement à Carentan et Sainte-Mère-Eglise, score superbes en 2019). Ces derniers peuvent offrir un remarquable aperçu du matériel et de l’équipement militaire au visiteur. L’aspect visuel de certains campements peut être très réussi lorsque tentes, véhicules et positions de combats aménagées sont disposés avec art et réalisme, que ce soit dans un champ (avec vue sur les plages), dans un village (notamment tout autour de la place de Sainte-Marie-du-Mont), près d’un musée (le Dead Man’s Corner et ses paras) ou encore une batterie allemande (Saint-Marcouf ou Merville). Les reconstituteurs sont visiblement heureux de faire partager leur passion et c’est l’occasion, notamment pour les plus jeunes, de manipuler un bazooka ou encore de prendre la pose dans une jeep. On appréciera aussi la thématique de la plupart des campements : ici des GIs, là des Tommies ou des Canucks, ici encore ce sont des fantassins américains, dans la localité voisine des paratroopers. Des femmes se prêtent aussi au jeu, en uniforme d’auxiliaires féminines ou en arborant les tenues des élégantes de l’époque. J’apprécie grandement cette multiplication d’évocation de la mode et des civils de l’époque, le « clou » étant la reconstitution de l’Exode à Carentan.

Ou comment faire original et se démarquer avec un véhicule aussi « classique » que la jeep…

Certes, le meilleur côtoie le pire : entre la présentation rigoureuse d’une tenue de GI de 1944 avec tout l’équipement et un figurant bedonnant aux cheveux longs vêtu d’une tenue mixant le vêtement de chasse au treillis de surplus, il y a un monde… Heureusement, de nombreux groupes se distinguent par la qualité de leurs uniformes et de l’équipement, avec le souci du détail authentique (citons par exemple le cas de paras américains coiffés et grimés à l’indienne comme sur des clichés bien célèbres), regroupant des soldats appartenant à la même unité. Des commandos britanniques aux GI du service de santé, les groupes sérieux sont légions. Il faudrait cependant veiller à ne pas verser dans le ridicule : j’ai vu un « MP » d’un jour assurer la circulation, au besoin en hurlant contre les récalcitrants, avant qu’un conducteur lui demande pour qui il se prenait. Un autre de ces « MP » n’a d’ailleurs pas hésité à se frayer un chemin jusqu’au guichet d’un musée (celui d’Arromanches), imaginant sans doute que le port de l’uniforme accordait quelques privilèges… Des exceptions, fort heureusement !

Des collectionneurs en paras anglais à Bénouville en 2013

 D’autres en soldats américains sur Omaha Beach, en 2008.

Ci et là, d’autres, y compris des enfants, ont revêtus des effets civils de l’époque. Sous des accents de jazz, l’ambiance est assurée. Sur les routes, le passionné ou le touriste amateur sera ravi de croiser qui un convoi de jeeps et de camions, qui un halftrack arrêté sur le bas-côté. Près des musées et sur les plages, ce ne sont qu’uniformes kaki.

 

De plus en plus de femmes participent aux festivités, dont de nombreuses en tenues des années 40

Côté couleurs d’uniforme, la nouveauté c’est aussi l’apparition du Feldgrau. La présence de collectionneurs pose un certain nombre de difficultés, voire peut susciter un certain émoi, surtout pour ceux qui ont connu les heures noires de l’Occupation (une réalité difficile à appréhender pour un Américain, qu’il soit historien ou simple touriste). Ne tombons pas dans la facilité qui consisterait à faire un procès d’intention à ces collectionneurs, souvent sympathiques et consciencieux : s’intéresser à la Wehrmacht, l’armée qui est incontestablement au cœur de la Seconde Guerre mondiale et dont l’étude est incontournable sur ce sujet, ne signifie aucunement faire siennes l’idéologie abjecte dont cette armée fut le glaive. Mais c’est justement sur ce point que le bas blesse : les commémorations du 6 juin sont celles de la victoire des démocraties, de la Libération… La complicité de la Wehrmacht aux crimes de guerre nazi est désormais clairement établie. Ceci étant, les spectacles offerts à la batterie de Crisbecq ainsi qu’à celle de Merville, dans lesquels des reconstituteurs arborent ces uniformes, sont superbes. Je reste partagé : montrer des véhicules pourrait suffire…

Voir évoluer devant soi des Panzer: une vision mémorable pour un passionné comme moi…

Je concède qu’en dépit de ces réticences j’ai apprécié de croiser ces groupes et je suis le premier, aussi bien à Saumur qu’en Normandie, à sortir mon appareil pour immortaliser par un cliché une belle reconstitution de soldats allemands. Cette année, le plus remarquable a été de découvrir les Panther et le Panzer IV en état de marche en provenance du musée des blindés de Saumur. Un superbe spectacle pour tous les passionnés… Mais en Normandie, en juin, ce sont avant tout des commémorations. Pis, les déclarations de certains individus appartenant à certains groupes, sans parler de leurs pseudonymes sur internet, laissent pantois… Un phénomène certes à la marge, mais qui peut jeter un discrédit sur l’ensemble.

 

Une pléthore de musées de qualité

L’inflation du nombre de musées et de sites désormais bien mis en valeur est une autre donnée de ces dernières années. La perspective de retombées financières acceptables pourrait a priori faire être en partie à l’origine du phénomène. Une telle entreprise est pourtant un pari sur l’avenir, comme l’illustre la fermeture du regretté musée des tanks de Catz, près de Carentan (remplacé par le superbe Normandy Victory Museum)ou encore la remarquable collection de mannequins d’Avranches (pour ceux qui ont connu Arlon, la Belgique a vécu pire).

Normandie, où on ne dénombrait encore que quelques musées dans les années 1970, dont le vénérable musée d’Arromanches, on en observe désormais une multitude. Beaucoup, comme celui de Sainte-Mère-Eglise (voir ma présentation sur mon blog), se sont considérablement modernisés et présentent une richesse de collection qui a longtemps fait défaut : avec le Dead Man’s Corner (présenté aussi sur mon blog), les amateurs de paras américains sont maintenant comblés. Même constat du côté de la 6th Airborne : le tandem musée de la batterie de Merville-musée de Pegasus Bridge sont d’un intérêt sans commune mesure avec ce qui existait à l’époque du petit musée sur les paras près du café Gondrée. La cure de jouvence qui a touché le musée d’Utah Beach est tout aussi remarquable. Celui qui recherche l’ambiance d’un bunker a le choix entre les batteries de Crisbecq et de Merville, le Grand Bunker de Ouistreham, où les salles des bunkers sont admirablement reconstituées, ou des sites comme les batteries d’Azeville et de Longues-sur-Mer. De même, il a longtemps manqué un musée dédié à l’armée canadienne : c’est chose avec le Juno Beach Center. J’attends l’équivalent britannique… On fait aussi dans le moderne (Arromanches 360°) ou dans l’original (D-Day Academy où l’amateur est mis en contact avec le matériel et peut s’offrir une sortie en véhicule d’époque). Cette dernière tendance se retrouve dans les différents C-47 dans lesquels les touristes peuvent s’immerger dans le passé, en particulier celui du Dead Man’s Corner, dont la réplique montée sur vérins faire vivre de belles sensations. Les civils ne sont désormais pas oubliés : il existait déjà de belles reconstitutions de boutiques au musée de Quinéville, désormais un musée entier leur est consacré à Falaise.

Il est évident que le succès des commémorations et le tourisme de mémoire expliquent en grande partie le nombre impressionnant de musées. Le superbe Overlord Museum et son unique collection de blindés, autrement mieux situé qu’à Falaise, a évidemment tenu compte de cette manne (il est situé au rond-point qui mène au site phare des plages du Débarquement : le cimetière américain de Saint-Laurent-sur-Mer) et complète avec brio les autres musées de qualité déjà présents sur Omaha Beach. Que dire aussi du choix du site du musée de référence de la Seconde Guerre mondiale, à savoir le Musée Mémorial ? Caen, bien sûr, le pivot de la bataille de Normandie. Saluons aussi les musées méconnus mais réussis comme celui de la percée du bocage, sis à Saint-Martin-des-Besaces, celui du Mont Ormel sur la poche de Falaise, et surtout le remarquable Normandy Victory Museum à Catz.

Utah Beach bénéficie désormais d’un musée fort réussi

 

Une œuvre qui sera pérenne

Un bémol toutefois: l’organisation parfois par trop dilettante de certaines mairies, les publicités mensongères qui nous promettent des événements qui n’ont pas lieu, ou d’une ampleur infiniment moindre que présenté…

De plus, les marchés du temple ne sont jamais loin, dans certaines boutiques ou pour certaines publications opportunes. Mais l’engouement du public, les visites scolaires et le dynamisme des responsables de musées laissent espérer que ces commémorations ont de beaux jours devant elles. Le Musée Mémorial de Caen est un musée pour la paix édifiée dans ce qui fut une ville martyre, il consacre l’intérêt et la raison d’être de l’enjeu de la mémoire et du souvenir. Il incarne dans la pierre ce pourquoi on commémore toujours le Débarquement : témoigner notre reconnaissance aux libérateurs, se rappeler des sacrifices consentis, ne pas oublier une époque tragique et en tirer pour œuvrer pour la paix. Le visiteur qui arpente les cimetières militaires de la région prend inévitablement la mesure du caractère crucial que revêt cette œuvre de mémoire.

Il faut pérenniser la mémoire et le souvenir

Champs de batailles: à préserver où à oublier?

 

Marathon, Waterloo, Gettysburg, Islandwana, Verdun… la liste des champs de bataille que le féru d’Histoire peut découvrir est longue. Pourquoi faut-il préserver ces lieux chargés de mémoire? Intéressons-nous à ce que nous a légué la Seconde Guerre mondiale…

 

 

Tourisme et mémoire

La Normandie

Les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale perpétuent le souvenir d’une époque tragique et sont le rappel des sacrifices consentis. Les cimetières militaires ici une place primordiale.

Exemple unique concernant une bataille la Seconde Guerre mondiale, la Basse-Normandie offre la possibilité d’un séjour prolongé entièrement consacré à la visite de sites d’une bataille (on retrouve cela, dans une moindre mesure, dans les Ardennes belges et luxembourgeoises). Le visiteur qui y arpente les impressionnants cimetières alliés peut mesurer le prix de la liberté et du retour à une société où priment les droits de l’Homme. Dans de nombreux pays, le touriste peut arpenter un champ de bataille situé sur le chemin de ses pérégrinations: qui à Monte-Cassino, qui à El Alamein, qui à Corregidor… mais bien souvent, rien -ou très peu (quelques stèles)- ne demeure pour témoigner du fracas des armes et des combats.

La préservation de ces champs de bataille suppose un intérêt du public, faute de quoi ils sombrent dans l’oubli, sont négligés et abandonnés. Il faut donc susciter l’attraction tout en ne s’égarant pas dans une surenchère commerciale dénaturant les vestiges demeurés en place. Les festivités, expositions temporaires ou spectacles offerts aux visiteurs (par exemple les commémorations du Débarquement) renouvellent leur intérêt. Au demeurant très internationalisé, le public évolue peu à peu: les nouvelles générations de visiteurs comptent de moins en moins de vétérans, de témoins ou de leurs proches. Perpétuer l’intérêt des nouvelles générations représente un défi essentiel (qui semble possible si on en juge par l’attrait des sites de la guerre de Sécession ou de la Première Guerre mondiale).

 

Préserver le patrimoine militaire

Bastogne

Le patrimoine militaire fait partie intégrante du legs de nos ancêtres et, à ce titre, doit être préservé. La France, riche d’un passé militaire dense, ne fait guère preuve de dynamisme. Négligée dans l’Hexagone à l’exception notable de quelques musées établis dans des bunkers remarquables, la préservation des sites du Mur de l’Atlantique est exceptionnelle en Norvège, en Belgique et dans les Iles anglo-normandes. Depuis des décennies, arpentant les plages normandes du Jour J, je n’ai pu que constater la dégradation (ou pire: la disparition) de nombreux vestiges: blockhaus détruits, murés ou défigurés en plateformes; rarissimes pièces d’artillerie ou engins de débarquement laissés à l’abandon et à la merci des éléments avant leur ferraillage… D’impressionnantes collections rassemblées dans des musées ont disparu, dispersées aux quatre vents (musées d’Avranches dans la Manche et d’Arlon en Belgique par exemple). Prenant comparaison avec la Basse-Normandie, on admirera à ce propos le nombre de blindés et de pièces d’artillerie allemands encore présents dans les Ardennes belges et luxembourgeoises, témoins des combats de 1944-45. On saluera cependant l’action de nombre de bénévoles d’associations qui, patiemment, ont remis en état des fortifications dignes d’intérêt (y compris sur la Ligne Maginot).

 

La multiplication des musées: signe de qualité?

El Alamein

Le touriste pourra découvrir des musées sur de nombreux champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale, aussi bien à Anzio, à Saint-Marcel-Malestroit qu’à Toulon, ou encore à El Alamein (ici). Aucune autre région ne perpétue autant la mémoire du conflit et ne compte autant de musées que la Basse-Normandie. Depuis toujours, le meilleur y côtoie le pire. Au matériel (parfois des reproductions ou des pièces anachroniques) entassé pêle-mêle s’opposent de superbes collections remarquablement bien mises en valeur par des collectionneurs avertis (on ne peut que saluer l’ouverture du musée « Overlord » à Omaha Beach ou encore le « Normandy Victory Museum » de Catz, ici, ici et ici). L’un des exemples le plus réussi de muséographie reste à mes yeux le musée de Diekirch au Luxembourg: pourtant déjà ancienne, la mise en valeur des mannequins dans des scénettes imaginatives et animées est sans équivalent. Nombre de musées belges et bas-normands ont évolué dans un sens tout aussi positif. Sur les aéroportés alliés en Normandie, le touriste pourra désormais arpenter quatre musées très réussis succédant aux deux anciens musées nettement plus limités que j’ai connu dans ma jeunesse: ceux de Pegasus Bridge, de la batterie de Merville, de Sainte-Mère-Eglise (ici) et du « Dead Man’s Corner » (ici). Pourtant, les marchés du temple ne sont jamais éloignés.

 

Une préservation mise en difficulté par une (fausse) image douteuse

En France, le tourisme militaire souffre d’une image écornée issue d’une absurdité colportée par des individus à la réflexion pour le moins limitée: il ne serait que l’affaire de fanatiques, de nostalgiques, pour ne pas dire de personnes qui aiment la guerre, tout simplement. Corolaire direct en ce qui concerne la Seconde Guerre mondiale: les amateurs de l’armée allemande, friands des musées offrant de belles pièces ou autres bunkers, sont invariablement suspectés d’être des extrémistes douteux (ces gens peu recommandables existent mais il n’y a pas de lien de cause à effet). Ces jugements à la va-vite, non fondés, ne sont qu’un leurre. Mais leur impact peut peser lourdement: pourquoi dépenser des sommes pour préserver tel vestige s’il s’agit avant tout de satisfaire des nostalgiques de la Wehrmacht ou des maniaques des armes? Certaines municipalités normandes n’ont su investir dans le maintien de collections dans leurs murs faute d’avoir compris l’importance du tourisme d’Histoire militaire et du patrimoine de leur commune.

Par antimilitarisme primaire et mal compris, certains individus ont tagués, souillés des lieux de mémoires (monuments, bunkers ou blindés) en faisant l’absurde contresens de les considérer comme une apologie de la guerre et de la violence alors que c’est exactement le contraire. Le remarquable musée de Quinéville s’est longtemps targué d’être le seul musée de la bataille de Normandie à ne pas posséder d’armes. Un concept pour le moins absurde qui découle d’une évaluation erronée de ce qu’attend le grand public et de ce que recouvre la notion de préservation d’un champ de bataille et du patrimoine militaire. Il en va pourtant de l’impérieuse nécessité de garder en mémoire les combats et les sacrifices consentis par nos aïeux qui ont permis aux générations suivantes de vivre dans un monde sauvé du péril fasciste.