« Afrikakorps, l’armée de Rommel » Dans Vingtième Siècle, Revue d’Histoire

Une de mes recensions préférées, parue il y a quelques années, sous la plume de Berna Günen

Vingtième Siècle. Revue d’histoire 2014/1 (N° 121)

 

Rondeau Benoît, Afrikakorps : l’armée de Rommel, Paris, Tallandier, 2013, 510 p., 26,90 €.

Soixante-dix ans après la capitulation de l’Afrikakorps, corps d’armée qui avait fait d’Erwin Rommel une légende, celle-ci a enfin trouvé son auteur en langue française. Tout est là : le récit des opérations, les précisions sur les problèmes logistiques et topographiques propres à la guerre dans le désert, et bien plus. Le récit de Benoît Rondeau a le mérite d’être très clair et précis et, de ce fait il se présente comme le manuel d’accompagnement idéal pour ceux qui souhaitent lire ou relire les mémoires de Rommel. En outre, tout au long  de l’ouvrage, l’auteur explique en détail les enjeux stratégiques du front nord-africain. Les pages qui discutent des conséquences supposées d’une victoire de l’Axe en Afrique du Nord constituent l’un des moments forts du livre. Elles font comprendre la myopie stratégique d’Adolf Hitler et la non-viabilité d’une pensée stratégique qui est fondée non sur la rationalité, mais sur l’annihilation physique et la haine raciale. Par ailleurs, l’ouvrage de Benoît Rondeau apporte deux éléments précieux à l’historiographie de ce sujet, qui a déjà fait coulé et fera couler sans doute encore beaucoup d’encre. Premièrement, l’ouvrage se lance dans la démystification de plusieurs mythes entourant la campagne d’Afrique du Nord, dont la légende de la guerre sans haine. À l’aide d’exemples pertinents, l’auteur montre que l’Afrikakorps, comme le reste de la Wehrmacht, avait inclus des soldats imprégnés de l’idéologie nazie. D’ailleurs, les juifs ont commencé d’être persécutés pendant la brève occupation de la Tunisie par les forces de Rommel, ce qui suscite bien des interrogations sur l’éventuel sort des juifs du MoyenOrient si jamais cette région avait été capturée par les forces de l’Axe. La guerre que l’on qualifie de « sans haine » aujourd’hui aurait-elle alors été considérée comme tout aussi courtoise ? Cela dit, l’auteur ne tombe pas dans le piège du sensationnalisme en faisant de la campagne nord-africaine une guerre pleine de haine, et souligne que les soldats de nations démocratiques n’étaient pas exempts de considérations racistes à l’occasion. Ces exemples isolés, confinés à quelques individus et guère comparables à des cas d’endoctrinement nazi, aident à compléter une vue d’ensemble. Deuxièmement, les brefs récits portant sur le sort des soldats, la vie quotidienne de ceuxci dans le désert, ainsi que leurs points de vue sur la conduite et l’issue de la guerre apportent une touche humaine que l’on a peut-être peu l’habitude de trouver dans les ouvrages d’histoire militaire. Comme pour rendre hommage au célèbre poème de Bertolt Brecht, l’ouvrage montre que, oui, les rois de Thèbes avaient à leur service des ouvriers, le jeune Alexandre des soldats et César un cuisinier. Benoît Rondeau, qui dit avoir concrétisé « la passion d’une vie » en cet ouvrage, tient donc son pari.

Berna Günen

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