Alamein (I)

 

« Le 29 juin, les nouvelles en provenance de la 90. Leichte-Division sont des plus satisfaisantes car l’unité a atteint El Daba avant de poursuivre au milieu de dépôts en flammes des troupes sud-africaines encore plus à l’est jusqu’à un lieu-dit appelé Sidi Abd El Rahman, dont la mosquée blanche offre un repère remarquable. Le lendemain, des escarmouches rompent à nouveau la quiétude du désert. Des unités des deux camps ont la consternation de constater qu’elles ont bivouaqué non loin l’une de l’autre. La 90. Leichte-Division poursuit prudemment son avance le long de la route côtière, s’attendant à tout instant à se voir confrontée à une solide ligne de résistance. La progression de l’unité sur l’unique route bitumée dans le désert est sérieusement mise à mal par une escadrille de bombardiers Boston, qui détruisent un certain nombre de véhicules sans qu’il y ait espoir de se dissimuler. A midi, les Allemands sont à Tell el Eisa où ils se trouvent soumis à des tirs d’artillerie de plus en plus nourris. La 90. Leichte-Division vient d’atteindre la position défensive d’El Alamein. El Alamein est une gare ferroviaire qui va donner son nom à une bataille. Elle a été édifiée dans les années 1920. El Alamein signifierait les deux cairns ou les deux drapeaux. En arabe, en effet, « A’alam » signifie drapeau ou cairn et « ein » est la marque de la paire. Ce sont des bédouins qui ont baptisé ainsi le lieu au moment de la construction de la gare. Les hommes du génie qui ont bâti celle-ci avaient en effet planté deux drapeaux pour en marquer l’emplacement. Le Kamfgruppe Briel est un le premier à atteindre la position d’El Alamein. « A quelle distance est encore Alexandrie ? » demande un soldat allemand. « D’ici, cela fait encore 85 km » répond un de ses camarades, et tous d’espérer atteindre la fameuse métropole égyptienne dès le lendemain.

A quelques kilomètres de là, solitaire, tête nue, regardant passer le cortège des colonnes britanniques en retraite, se tient l’artisan de la défense établie à El Alamein : le général Claude Auchinleck. Sur ses épaules reposent le sort de l’Egypte. Celui-ci est bien déterminé à stopper la progression apparemment irrésistible de l’Afrika Korps. La bataille décisive pour l’Egypte sera donc menée sur les positions d’El Alamein. Pourquoi Auchinleck a-t-il fait le choix de livrer bataille à cet endroit? L’intérêt porté à cet endroit a priori insignifiant débute en fait assez tôt au cours de la Seconde Guerre mondiale. Lorsqu’en juin 1941 il succède au général Wavell en tant que commandant en chef au Moyen-Orient, il ordonne la construction de positions défensives à El Alamein. Il s’écoule en fait une année avant que ces positions soient utilisées au combat. La configuration particulière du terrain confère à la position d’El Alamein son intérêt et son caractère exceptionnel. Il s’agit de la seule ligne de défense dans le désert occidental égyptien qui soit limitée au sud par la dépression de Qattara, ses sables mous et ses marais salés réputés infranchissables. Les 60 kilomètres du front sont donc délimités au nord par la mer et au sud par la dépression. Impossible à contourner, la position d’El Alamein est donc naturellement forte.

La première semaine de juillet 1942 est l’une des plus cruciales de la guerre. »

Extrait de mon livre, Afrikakorps. L’armée de Rommel, Tallandier, 2013, qui est bientôt republié dans la collection « Texto ».

 

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