Recension « Les Vikings. Vérités et légendes » de Jean Renaud, éditions Perrin

Jean Renaud, Les Vikings, vérités et légendes, Perrin, 2019, 352 pages

J’ai été passionné par ce livre écrit par mon spécialiste préféré de la civilisation viking: Jean Renaud. L’avant-propos introduit assez longuement la question de l’image véhiculée par les Vikings jusqu’à nos jours, évoquant ainsi bien des approximations, que le cinéma n’a fait qu’amplifier. Cela nous rappelle l’importance des représentations en Histoire. L’auteur répond à toutes ces questions et revient sur nombre d’idées reçues dans les 30 chapitres qui constituent son remarquable ouvrage. Ce faisant, il brise bien des mythes (qui ne le sont pas tous pour les passionnés de la civilisation viking, bien au fait d’éléments bien connus) ou donne des précisions bien utiles. Les navires vikings sont-ils des drakkars ? Sont-ils arrivés en Amérique? Quid de leurs casques: ailés et à cornes? Les Vikings sont-ils avant tout des guerriers pirates, ou bien des commerçants ? Et d’ailleurs, d’où vient le mot « viking » et que signifie-t-il ? Vous le saurez en lisant ce livre. Il traite aussi bien de la Russie et des Varègues, que de l’Irlande, du Groenland ou encore de savoir si la Bretagne aurait pu connaître le destin de la Normandie. Pour les Normands comme moi, le chapitre consacré à Rollon et celui sur les traces qu’ils ont laissé en Normandie retiennent particulièrement l’attention. Le sujet a pu être sulfureux, laissé entre les mains d’extrémiste set autres identitaires. Avec Jean Renaud, nous sommes rassurés : c’est un spécialiste qui sait pertinemment de quoi il parle. Le livre, fort documenté, se révèle passionnant. Un seul bémol (s’il le fallait) : le recours à la graphie scandinave pour les noms propres et les mots techniques, qui ne doit surtout pas rebuter le néophyte car ce choix se défend pleinement (d’autant plus que l’étymologie est essentielle à maintes démonstrations).

Un livre consacré à une civilisation fascinante bien fait, bien écrit, relativement rapide à lire.

MARKET-GARDEN: les Fallschirmjäger face aux aéroportés alliés

MARKET-GARDEN: les Fallschirmjäger face aux aéroportés alliés

 

La bataille d’Arnhem et l’imposante opération « Market-Garden » renvoient invariablement aux images d’aéroportés britanniques, américains et polonais. De très nombreuses unités de parachutistes allemands sont pourtant elles-aussi impliquées dans les combats. C’est à elles que nous nous intéresserons dans cet article.

 

Défendre les Pays-Bas

Au moment même où Ramcke, commandant de la 2. FJD devenu responsable de la Festung Brest, vient d’accepter la reddition, les Alliés, pressés de hâter la fin de la guerre et espérant déboucher au-delà du Rhin, viennent de déclencher l’opération « Market-Garden » aux Pays-Bas. Le 17 septembre 1944, à son QG à Vught, le General Student, le père de l’arme parachutiste allemande, ne peut s’empêcher d’exprimer son admiration et son envie quand il observe le spectacle impressionnant de l’armada aérienne alliée: « Oh, comme j’aurais aimé avoir une force d’une telle puissance à ma disposition ».

En septembre 1944, Kurt Student crée la I. Fallschirm-Armee (nous ne nous intéresserons ici qu’aux unités de parachutistes dont il dispose) en même temps que les divisions de parachutistes durement malmenées en Normandie sont remises sur pied. La 2. FJD détruite en Bretagne et la 5. FJD anéantie en Normandie, les 3. et 6. FJD ne sont elles-mêmes que des unités réduites à des Kampfgruppen. Les régiments et les unités organiques de ce qui n’est une armée que de nom (Student ne commande qu’à 20 000 hommes le 17 septembre) sont regroupés aux Pays-Bas et en Prusse-Orientale. Les effectifs sont complétés à partir de jeunes recrues en provenance des dépôts, des unités d’entraînement parachutistes ou encore de formations terrestres de la Luftwaffe. La 3. FJD, désormais commandée par le Generalleutnant Wadehn, ne compte alors plus que quelques Kampfgruppen. Elle sera reformée en novembre 1944 et combattra en Hollande de même que la nouvelle 2. FJD (FJR 2, 7 et 23) du Generalleutnant Lackner, la 6. FJD (FJR 16, 17 et 18) du Generalleutant Plocher et la 7. FJD (FJR 19, 20 et 21) du Generalleutnant Erdmann. Ce dernier ne peut plus demeurer aux côtés de Student qui doit donc commander une armée sans chef d’état-major puisque l’officier promu à ce poste, l’Oberst Kusserow, n’arrive qu’en octobre 1944. Si certains régiments, comme les FJR 2 et 6, comptent des vétérans et sont aptes au combat, encore que la plupart des nouveaux venus n’aient jamais tiré un coup de feu au front, les autres ne comptent que des recrues récentes. Début septembre, les unités de paras n’engerbent encore aucune artillerie. Student dispose également d’un nouvel Panzerjäger-Abteilung de paras ainsi que de 5 000 Fallschirmjäger affectés à des tâches de logistiques.

Quelles sont les troupes parachutistes dont dispose Student pour contrer l’opération « Market Garden »? Parmis les unités de premier plan on compte encore le FJR 6 de l’Oberstleutnant von der Heydte (1 000 hommes), régiment qui s’est illustré en Normandie et qui garde toujours une certaine indépendance. Pour compléter ses effectifs, Heydte dispose d’un bataillon disciplinaire de la Luftwaffe, le Luftwaffe-Straf-Bataillon 6 z.b.V. en provenance d’Italie : souvent d’anciens officiers dégradés, la plupart des hommes portent encore leur tenue tropicale… Les formations défendant la zone de Neerpelt, soit 3 000 hommes, sont regroupées au sein du Kampfgruppe Walther (cet officier est un para). Les trois autres régiments mis à disposition de Student constituent la Fallschirmjäger-Lehr-Division Erdmann. L’entrée en lice de ces unités en Hollande début septembre participe à la reconstitution d’un front cohérent mais n’empêche pas les Britanniques d’établir deux têtes de pont sur le canal Meuse-Escaut avant le lancement de l’opération « Market-Garden ».

La Divisionsverband Walther tient la première ligne aux Pays-Bas pour empêcher toute percée depuis la tête de pont de Neerpelt. On trouve le FJR 6 et les trois bataillons du Fallschirmjäger-Lehr-Regiment Hoffmann –futur FJR 18, dont seul le 1er bataillon, commandé par le Major Kerutt, peut être considéré de bonne qualité. Ce FJR Hoffmann doit intégrer une nouvelle 6. FJD (qui doit compter également les Luftwaffen-Festungs-Bataillone 2, 29, 31, 38 et 40). Walther dispose en outre du II./FJR 2 ainsi que d’unités de la Waffen SS, dont le Kampfgruppe Heinke avec des éléments des 9. et 10. SS Panzer-Divisionen, dont 2 bataillons de Panzergrenadiere, 4 batterie d’artillerie et 12 StuG IV de la SS-Panzerjäger-Abteilung 10. Ce Kampfgruppe comble la brèche qui s’était formée entre le Kamfgruppe Chill et la Division Erdmann. Au niveau de la route principale (la route le long de laquelle attaque le XXXth British Corps vers Arnhem, baptisée « Hell’s Highway ») se trouve le bataillon pénal. A l’est de la route est postée une autre unité commandée par un Fallschirmjäger, le Kampfgruppe Henke, soit deux bataillons de Waffen SS de la « Hohenstaufen » et de la « Frunsberg ». L’Oberst Walther dispose aussi d’une artillerie nombreuse et des chasseurs de chars. Sur sa gauche se trouve positionnée la 85. ID du General Chill et sur sa droite est déployée la Fallschirmjäger-Lehr-Division Erdmann.

 

Les premiers combats

Parmi les premiers aéroportés alliés à être confrontés à une unité « parachutiste » allemande se trouvent les GIs du 506th PIR du colonel Sink. Pas très loin du pont de Zon, en un lieu-dit appelé Wolfswinkel, quelques vieux Panzer III et IV du II. Abteilung du Fallschirmjäger-Ersatz-und-Ausbildungs-Regiment « Hermann Goering » contre-attaquent en vain et laissent trois engins sur le terrain grâce à l’intervention efficace de p-51 Mustang équipés en chasseurs-bombardiers. Un 4e Panzer sera engagé contre le 501st PIR à Veghel. Quelques autres soldats de la « Hermann Goering » vont s’opposer le 18 septembre aux parachutistes américains (du 504th PIR de la 101st cette fois-ci) qui s’emparent du pont de Neerbosch sur le canal Maas-Waal, entre Grave et Nimègue. Le Kampfgruppe Runge aligne en effet notamment le 21. Unterführer-Lehrkommando (c’est à dire une unité d’entraînement pour sous-officiers) du « Hermann Goering » Ersatz-und-Ausbildungs-Regiment de l’Oberst Böhme.

Les seuls Fallschirmjäger qui vont lutter contre la 1st British Airborne Division au cours de ses combats épiques menés à Arnhem sont précisément des éléments de cette unité de la « Hermann Goering », en l’occurrence le bataillon Wossowski -600 hommes- qui intègre la Kampfgruppe von Tettau. L’unité se distingue d’ailleurs par sa participation brutale à la répression contre la résistance locale. Les soldats du bataillon sont parvenus à Arnhem depuis la côte en bicyclettes. C’est d’ailleurs montés sur ces moyens de locomotion peu dignes d’une formation d’élite qu’ils essuient les premiers tirs des « Red Devils » le 21 septembre. Soutenus par 4 chars Renault, les Allemands parviennent à repousser leurs adversaires des hauteurs de Westerbouwing. Succès à la Pyrrhus : la moitié du bataillon est hors de combat, Wossowski ayant lui-même perdu la vie.

Alors que les paras alliés sont largués sur les Pays-Bas, le XXXth Corps de Horrocks déclenche son attaque à 14h15 le 17 septembre 1944. Un feu roulant tiré par 350 pièces d’artillerie sème le chaos et la destruction dans les lignes allemandes alors que les Typhoons mènent des attaques en appui des troupes au sol. La Guards Division perd rapidement 9 chars et 2 scouts cars mais la réplique est puissante et, bientôt, Roestel, qui commande les chasseurs de chars, n’aligne plus que 8 Jagpanzer IV. Le poids de l’offensive britannique s’abat sur les paras du Major Kerutt, le chef du I./FJR 18. Kerutt dipsoe bien de 9 pièces de 7,62 au sein de sa 14. Kompanie mais, malheureusement, l’absence de tracteurs l’empêche de les déployer dans les bois : les canons sont donc disposés en terrain clair, le long de la route. A un kilomètre derrière ses lignes, Kerutt met cependant en place une deuxième ligne antichar au sein de son dispositif sous la forme d’un Panzer-Vernichtungs-Zug, soit 30 paras commandés par le Leutnant Finke et armés de Panzerfaust et de Panzerschreck, dans des foxholes de part et d’autre de la route. Ce sont ces hommes qui causeront le plus de pertes, et non les Pak, pulvérisés par le barrage d’artillerie qui a sonné le lever de rideau de « Garden ». 9 tanks anglais seront ainsi détruits dans le secteur. Le XXXth Corps fera, ce jour-là, des prisonniers du régiment Hoffmann, de la division Erdmann et aussi du FJR 6 qui est pourtant peu engagé à la grande frustration de son chef. Heydte, sans contact avec Walther ou les autres unités, décide de prendre le commandement des forces positionnées à gauche de la route. Il peste contre le manque de moyens alloués au Kampfgruppe Walther, notamment en moyens de communications, et s’insurge contre le manque de professionnalisme de son état-major : il ne comprend pas qu’un seul et unique officier n’ait pas eu clairement en charge la défense de la « Hell’s Highway » en ayant sous ses ordres toutes les unités se trouvant de part et d’autres. Contraint au repli, qu’il effectue sans autorisation ainsi qu’il lui est reproché (il est décidément un habitué de la chose, si l’on songe à l’épisode de Carentan en Normandie), Heydte est rattaché à la 85. ID le lendemain. Ordre est également donné de maintenir le contact avec la division Erdmann. La Guards Division s’arrête à Valkenswaard au soir du premier jour de l’offensive. La situation du Kampfgruppe Walther et cependant précaire et l’Oberst Hofmann reçoit la tâche d’organiser la défense d’Eindhoven (dont il devient le Kampfkommandant).

 

Les Fallschirmjäger au cœur des combats

Le II. Fallschirm-Korps d’Eugen Meindl reçoit l’ordre de contre-attaquer sur Eindhoven dès que la « Frunsberg » sera à Nimègue. La route principale sur laquelle évolue le British XXXth Corps est attaquée de part et d’autre: depuis l’ouest par le FJR 6 et la 59. ID et depuis l’est par le Kampfgruppe Walther et la Panzerbrigade 107. Cette dernière unité est sans doute la mieux équipée que l’armée allemande va engager au cour de « Market-Garden » : outre 36 Panther et 11 PanzerJäger IV, la brigade aligne plus de 100 Sdkfz 251 pour ses Panzergrenadiere et ses Pioniere dont beaucoup avec un armement lourd (4 avec un lance-grenade de 8 cm ; 4 avec lance-flammes ; 10 avec un 7,5 cm court ; 42 avec un affût de trois MG ; 2 avec un Nebelwerfer de 6 tubes et 8 avec un mortier de 12 cm). Toutefois, le II. Fallschirm-Korps est bien faible en regard de son titre (il n’aligne plus que 7 bataillons, dont 2 d’entraînement et de dépôt de la 6. FJD et des unités de services). Meindl le sait bien et Model ordonne que les unités attaquantes soient renforcées par les Kampfgruppen Becker et Hermann constitués de parachutistes. La Panzerbrigade 107 est donc appuyée par un bataillon de Fallschirmjäger commandé par l’Hauptmann Vosshage. L’attaque sur le pont de Son (un pont du génie Bailey qui remplace le pont originel détruit à temps par les Allemands) est lancée le 19 septembre contre des éléments de la 101st US Airborne mais les Allemands ne parviennent pas à empoter la décision. De façon exceptionnelle, 76 bombardiers de la Luftwaffe frappent Eindhoven cette même nuit… Il s’agit en fait de sa dernière attaque de grande envergure sur un ville de la guerre.

Les Américains de la 82nd US Airborne sont eux aussi sujets aux contre-mesures prises par les Allemands. Le secteur sensible consiste en ses Landing Zones T et N pour le contrôle desquelles elle va assigner beaucoup trop d’unités au détriment de l’attaque des ponts de Nimègue (une erreur qui sera aussi celle de la 1st British Airborne à Arnhem). La menace provient de la 406. Landesschütze-Division du Generalleutnant Scherbening, formation ad hoc qui n’est qu’un patchwork d’unités fort bigarrées et plutôt faibles du point de vue des capacités combattantes. Les paras occupent le flanc droit : 600 soldats au sein de la Kampfgruppe Jenkel (soit les restes des Fallschirm-Artillerie-Regiment 2 et 4 avec à peine 7 obusiers, renforcés par une compagnie de cadets de la Kriegsmarine en provenance de Nimègue) et les 700 Fallschirmjäger de la 3. FJD soutenus par 5 Stug de la Fallschirm-Sturmgeschütz Brigade 12 réunis au sein de la Kampfgruppe Becker. Les allemands ne pourront s’emparer des zones d’atterrissages.

Les Allemands vont aussi s’employer à menacer les lignes de communications pour isoler les paras alliés et les forces du XXXth British Corps. Meindl attaque donc la 82nd Airborne sur le front de la Reichswald le 20 septembre et s’empare du village de Riethorst. Plus au nord, le 508th PIR est repoussé de ses positions par les Kampfgruppen Becker et Fürstenberg à Wyler tandis que le 505th PIR est pris à partie par le Kampfgruppe Herrmann (des restes de la 6. FJD, notamment du Fallschirmjäger-Lehr-Regiment 21 de l’Oberstleutnant Herrmann ainsi que des pièces d’artillerie du I./ Fallschirmjäger-Art-Rgt 6, des SS flamands et des canons de la 4. Flak-Division) à Mook, situé à seulement deux kilomètres du pont d’Heumen. Au centre, l’assaut est mené par le Kampfgruppe Greschick. Les combats seront acharnés dans le secteur jusque dans la nuit même si les Allemands seront dans l’impossibilité d’avancer jusqu’aux ponts et à la route. A Monk, la bataille va s’éterniser une semaine durant. Les Allemands ne peuvent s’emparer des hauteurs de Groesbeck, leur objectif. Mais l’alerte a été chaude pour Gavin.

C’est à Nimègue que se joue en grande partie le sort de « Market-Garden ». Gavin a sans doute mésestimé l’importance de la capture du pont sur la Meuse dès le premier jour alors que cela aurait certainement dû constituer la priorité absolue. Les combats menés dans la ville seront acharnés, de l’aveu même des participants. Si le passage en force du fleuve par le 3rd Battalion du 504th PIR de Julian Cook a été immortalisé dans le film « Un Pont Trop Loin » (avec Robert Redford prêtant ses traits à l’officier américain), on oublie que la bataille menée pour le contrôle de la ville a été déterminante. Les abords sud du pont routier sont particulièrement défendus, notamment le Hunnerpark mais aussi la villa Belvoir, sorte de manoir sis sur une place contrôlant l’accès à la rampe du pont. Cette villa est défendue par une compagnie de Fallschirmjäger qui s’y installe le 17 septembre. Les paras allemands aménagent une défense tout azimut : des MG sont embusquées au fenêtres, des tranchées et des barbelés disposés dans le jardin. Sur le rond-point limitrophe, une pièce de 8,8 cm complète le dispositif ainsi que des Pak. L’ensemble constitue le Kampfgruppe Henke, du nom de l’Oberst commandant le Fallschirmjäger-Lehr-stab 1. Les paras allemands proviennent d’une compagnie du Fallschirmjäger-Ersatz-und-Ausbildungs-Regiment « Hermann Goering » commandée par le Major Ahlborn. Lorsque la position tombe enfin le 20 septembre après de durs combats, les Alliés pourront photographier un antique Panzer II Ausf B de ce régiment parmi le butin abandonné par les Allemands. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas tous été capturés puisque Euling parvient à s’esquiver avec une soixantaine d’hommes.

 

Menacer la « Hell’s Highway »

On a déjà évoqué les assauts en direction de Nimègue, qui menacent eux-aussi de couper le corridor. La 101st doit cependant faire face à une attaque coordonnée de la part de Student. La « Hell’s Highway » est sujette à ces assauts de part et d’autre. A l’est, la Panzerbrigade 107 change de tactique à partir du 20 septembre, optant pour soumettre la route à des tirs d’interdiction plutôt que de viser à s’en emparer. L’attaque menée depuis l’ouest, c’est à dire de l’autre côté de la route, est dirigée par l’expérimenté Major Jungwirth. L’attaque est couronnée de succès puisque Jungwirth parvient à couper le corridor du 24 au 26 septembre. Il dispose du Kampfgruppe Huber, un agrégat de différentes unités de Fallschirmjäger et de la 59. ID, ainsi que 7 Pak et 2 Sturmgeschütze en provenance du Kampfgruppe Chill. Jungwirth commande aussi en théorie le FJR 6 d’Heydte, renforcé d’un nouveau bataillon, qui doit donc se désengager des Britanniques à Best avant de remonter vers le nord. Les Fallschirmjäger ont marché jour et nuit et c’est épuisés que les hommes d’Heydte bouclent les 90 kilomètres les séparant de la zone d’attaque. Ils arrivent pourtant trop tard pour participer à l’assaut lancé le 22 septembre, dans le secteur de Veghel. La menace venant de l’est semble plus dangereuse et les Américains y font face, repoussant les Allemands de la route. Ce faisant, ils parviennent à encercler une partie du Kampfgruppe Huber. A cette occasion, certains soldats allemands, tapis dans un fossé, sont tués par l’acide chloridrique déversé par les Américains. Les Fallschirmjäger font cependant preuve de mordant et on rapporte que Student se serait exposé en personne en première ligne. Les Américains de la 101st et les Britanniques de la 50th parviennent cependant à réouvrir la route.

Le 23 septembre, toutefois, le FJR 6 (l’unité aligne alors 301 MG, 4 lIG, 2 Pak, 9 Flak de 2 cm, 58 Panzerschreck et 46 mGR.W.) attaque à son tour et se rapproche de Veghel. Les combats sont toutefois inégaux car Heydte attaque seul, avec le support des quatre derniers Jagdpanther du Panzer-Jäger-Abteilung 559. De surcroît, ignorant la situation et les plans des troupes allemandes situées à l’est de la route et de Veghel, il se trouve dans l’incapacité de coordonner son assaut avec d’autres unités. A 9 heures, Heydte s’empare des dunes surplombant les positions américaines qu’ils soumettent aux tirs d’artillerie et de mortiers. A l’ouest de Eerde, le 501st PIR appuyé par des blindés britanniques stoppe le FJR 6. L’attaque est donc un échec et le FJR 6 n’a plus qu’à s’enterrer provisoirement où il se trouve. Model et la 15. Armee s’entêtent pourtant et ordonnent que l’attaque se poursuivent, au contraire de Reinhard (le chef du LXXXVIII Korps), Chill et Poppe (le chef de la 59. ID).

Student n’a pourtant pas dit son dernier mot. Jungwirth prépare une nouvelle attaque en envoyant des patrouilles reconnaître les secteurs les plus faiblement tenus de la ligne adverse. Mais l’arrivée des derniers éléments de la 101st -1 077 hommes et 400 véhicules- décourage les Allemands. De son côté, l’Oberst Walther (il a alors perdu 1/5 de ses fantassins et 1/4 de ses blindés) apprend que le British VIIIth Corps s’apprête à attaquer Deurne. Il décide donc de replier ses hommes sur une nouvelle ligne à l’ouest de la Meuse et installe son QG à Venray.

Le 25 septembre, mettant à profit les reconnaissances effectuées la veille, Student attaque à nouveau depuis l’ouest. Les unités dont il dispose ont plus de succès que ne le laisserait croire leur nombre. Les restes de la 59. ID et du Kampfgruppe Huber (du Grenadier-Regiment 1035), le FJR 6 ainsi que le Bataillon Jungwirth (200 hommes, trois Jagdpanther et un canon automoteur) sont de la partie. L’objectif principal sont les ponts routier et ferroviaire sur le canal Zuid-Willemsvaart. Fort du succès de l’avant-veille qui leur avait permis de prendre les dunes à un bataillon américain, les paras de Heydte lancent l’assaut à 10 heures contre un autre bataillon du 501st PIR en poste à Eerde. A midi, les GIs contre-attaquent les Allemands dans les dunes de sable. La section du Lieutenant Mosier charge en terrain découvert 5 mitrailleuses allemandes soutenues par un mortier. Pris d’un soudain accès de furie guerrière, ces Américains parviennent à balayer les positions allemandes, tuant 15 Landser et en capturant 7, tandis que les 50 autres s’enfuient sans demander leur reste. L’artillerie allemande reste cependant active et parvient à tenir la « Hell’s Highway » sous ses feux pendant toute la journée et jusque dans la nuit. Plusieurs camions et trois tanks sont détruits: la logistique britannique ravitaillant la tête du XXXth Corps doit donc s’interrompre.

E son côté, Jungwirth reprend son avance dès la fin d’après-midi et, la nuit tombée, il parvient jusqu’à la route, à Koevering. Rejoint par une partie des hommes de Heydte et de Huber, il peut annoncer la destruction de 50 véhicules, dont 3 tanks, ainsi que la capture de 40 soldats ennemis et de 2 tanks britanniques: personne ne s’attendaient à voir surgir ici des Fallschirmjäger! Au moins 30 camions ont été détruits. Bien plus, les Allemands coupent les câbles reliant les arrières de la 101st Airborne à St Oedenrode avec les forces présentes à Veghel et Eerde.

Les Alliés entreprennent de nettoyer cette position allemande bien gênante. L’attaque est menée depuis le nord (de Veghel) et du sud, isolant bientôt le Bataillon Jungwirth, qui tient cependant toujours une portion de la « Hell’s Highway » mais qui subit désormais des tirs ravageurs depuis trois côtés. L’artillerie frappe les Fallschirmjäger avec des effets dévastateurs. Zangen (le commandant de la 15. Armee) consent toutefois d’ordonner un repli et Jungwirth s’esquive avant le lever du jour. Parmi les engins ennemis dont s’emparent les Alliés, on retrouve des antiquités comme au cours des combats précédents : un Stug III Ausf E doté d’un canon court de calibre 7,5 cm L/24 appartenant évidemment du Fallschirmjäger-Ersatz-und-Ausbildungs-Regiment « Hermann Goering », unité exceptionnelle pour le conglomérat de blindés déclassés qu’elle rassemble (mais c’est une unité d’instruction), ainsi qu’un L43 Pak (t) auf PzKpfw 35R (f) armé pour sa part d’un canon antichar tchèque de 4,7 cm.

La « Hell’s Highway » n’est pas ouverte au trafic pour autant: il faudra attendre jusqu’à 14 heures le 26 septembre pour que le génie américain ait fini de la déminer. S’il n’y a plus désormais d’attaque contre le corridor, les Allemands continuent leurs tirs de harcèlement, poursuivent leurs missions de patrouilles et affrontent les Alliés dans des escarmouches. La circulation sur le corridor a été interrompue pendant une grande partie de cinq journées. Certes, des colonnes de ravitaillement ont pu emprunter des routes secondaires dans le secteur du VIIIth Corps.

 

Un essai de bilan

Les unités de Fallschirmjäger engagées par la Wehrmacht pour contrer « Market-Garden » semblent bien bigarrées et manquant de puissance. De fait, elles ne purent contenir la progression du XXXth British Corps ni empêcher les paras américains de mener à bien leur mission. Néanmoins, la menace constante et l’activité permanente des forces allemandes sur les flancs, notamment les paras, ont tenu un rôle dans l’échec final de l’opération. Il fut loin d’être le plus décisif et d’être le seul, mais il reste un succès indéniable en dépit de pertes élevées liées notamment à la piètre qualité de la plupart des troupes impliquées et engagées dans des formations de circonstances. Celles-ci font pourtant face aux meilleurs éléments des forces adverses -à commencer par les troupes aéroportées mais aussi les unités blindées- et leur tenue au feu reste donc honorable.

 

Recension « Barbarossa » de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, éditions Passés/Composés

Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, Barbarossa 1941. La guerre absolue, Passés/Composés, 2019, 957 pages

Colossal! Magistral! Ce sont les mots qui viennent à l’esprit à l’issue de la lecture de cette somme remarquable dont nous gratifient Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri. On pourrait presque écrire qu’à l’ouverture de l’ouvrage, le monde des amateurs de la Seconde Guerre mondiale retient son souffle… Ce pavé de plus de 900 pages est remarquable à plus d’un titre. Le lecteur passionné ne doit pas être rebuté devant son épaisseur: le sujet et la masse des informations, ainsi que des questions à aborder le justifie amplement. L’opération « Barbarossa« , l’offensive terrestre la plus formidable de la guerre, représente la tournant du conflit. Elle inaugure un affrontement titanesque qui décide du cours de la guerre.

Que trouvera le lecteur dans ce livre? Une énième narration des combats? Que nenni: il lui faut pour cela attendre d’avoir lu plus de 300 pages… 300 pages qui posent le cadre, expliquent le contexte, donnent les clés de ce qui va suivre. Jean Lopez ne renouvelle pas l’erreur d’Antony Beevor dans son histoire du débarquement qui commence… au débarquement. Le prélude, « Le dîner de la rue Bendler », un épisode méconnu survenu le 3 février 1933, constitue une excellente entame après une courte introduction. Au cours de cette soirée mémorable, le nouveau chancelier expose sans fard ses projets de guerre et d’expansion à l’Est. Suit un chapitre sur Hitler avant son accession au pouvoir, les origines de son antisémitisme, de son antislavisme, de sa haine du bolchevisme, bref de la genèse de son projet de conquête à l’Est, qui est une idée fixe chez lui… L’ouvrage nous amène peu à peu à la fatidique année 1941 en nous exposant la vision des événements vus depuis l’Allemagne et l’Union soviétique. Le récit de la conquête de la Pologne est particulièrement intéressant. La paranoïa de Staline, capable d’imaginer une connivence entre Londres et Berlin est remarquablement mise en valeur. Les auteurs accordent comme il se doit une place importante à la préparation de l’affrontement, ainsi qu’à la coopération entre les deux puissances avant la rupture: partie essentielle où il est question aussi bien des purges staliniennes, que des plans de campagne face à la Grande Bretagne, ou encore de la campagne des Balkans de 1941 (loin d’avoir été la cause de l’échec de « Barbarossa »). Ce qui ressort en permanence est que le projet de la guerre à l’Est constitue LE projet de Hitler, celui qui justifie toute son action politique depuis le début. L’un des traits saillants du texte est de mettre en évidence l’aspect idéologique du conflit, et donc ses conséquences sur le terrain. « Barbarossa » débouche sur la Shoah, le massacre des prisonniers soviétiques, l’assassinat, l’asservissement et la mise en famine des populations slaves. Des crimes sont la Wehrmacht se rend complice. « De l’autre côté de la colline », la brutalité inouïe du système soviétique, ses incohérences, les ordres inconséquents du Vojd (Staline). On est sidéré de la valse des menaces, exécutions, déportations des familles d’officiers qui auraient failli à leur devoir (l’infâme ordre numéro 270)…

Les amateurs d’histoire militaire peuvent se réjouir: Jean Lopez est toujours aussi excellent quand il s’agit de la guerre à l’Est. On apprend beaucoup. Le récit des opérations est clair, bourré d’informations et suffisamment dense (qu’on peut facilement compléter avec des livres, le plus souvent anglo-saxons spécifiquement consacrés à telle ou telle bataille), et remet en cause bien des idées reçues (comme la transhumance industrielle vers l’Oural, l’impact de la boue, etc) et aborde des sujets souvent rapidement survolés, ou à tout le moins non saisis dans leur importance (comme l’action vaine du général Dietl pour s’emparer de Mourmansk, dans le grand nord ou encore l’invasion anglo-soviétique de l’Iran). Les erreurs commises dans les deux camps ne cessent de surprendre… J’ai particulièrement apprécié les nombreux témoignages de hauts gradés, les passages consacrés à l’organisation des deux armées (notamment le commandement), ainsi que les nombreuses cartes (par ailleurs très claires), signées Aurélie Boissière. On apprécie aussi le va-et-vient entre le front et d’autres considérations sur al guerre. Les auteurs n’oublient pas de faire intervenir les nombreux alliés -souvent négligés- de Hitler, d’expliciter leurs motivations, ni d’aborder la politique, avec les voyages d’Eden et autres envoyés anglo-saxons auprès de Staline (les prémices du soutien américain et le début de l’aide britannique sont passionnants à découvrir).

Les pages les plus terribles sont celles qui touchent à la genèse de la Shoah, ainsi que brutalités, massacres et autres horreurs réservés au civils (les pages sur Leningrad sont édifiantes) et aux soldats soviétiques, mais aussi, dans l’autre camp, la terreur stalinienne et l’action du NKVD. L’implication des Roumains est plus qu’explicite. On découvre aussi l’étonnante histoire de la république antisoviétique de Lokot.

In fine, Hitler ne porte pas seul la responsabilité de l’échec de « Barbarossa » puis de « Typhon« . Les auteurs semblent n’accorder aucune chance de victoire au Reich, même en anticipant une campagne en deux temps, avec hivernage en Russie. J’en doute, pour un certain nombre de raisons. En revanche, comme l’ouvrage le souligne, il est impensable d’imaginer un succès du plan « Barbarossa » en posant le postulat que les Allemands utilisent à leur profit le capital de sympathie que leur apporte le rejet du régime stalinien auprès de nombreux soviétiques, et pas seulement les Ukrainiens. L’organisation du système est telle que toute révolte est impensable: 1941 n’est pas 1917… Et surtout, ce serait supposer que le III Reich et la Wehrmacht fassent fi de l’antislavisme et du racisme intrinsèque au nazisme. On ne comprend pas « Barbarossa » sans le projet de colonisation à l’Est de Hitler. On ne peut séparer « Barbarossa » de l’asservissement des Slaves. On comprend aussi qu’aucun compromis ne peut survenir pour mettre fin aux hostilités: le projet de Hitler vise ni plus ni moins à l’anéantissement de l’union soviétique. La guerre contre l’Angleterre, il n’en voulait pas… Quant à la Wehrmacht, son attitude eau cours de « Barbarossa » révèle, s’il le fallait encore, que l’armée allemande n’est pas une armée comme les autres, ce qui est au coeur de mon livre paru cette année aux éditions Perrin: « Etre Soldat de Hitler« .

Lecteur assidu de Jean Lopez, qui a su faire découvrir le front de l’Est au lectorat français, j’attendais depuis longtemps qu’il se lance dans l’aventure de l’écriture d’un ouvrage sur « Barbarossa« . Avec Lasha Otkhemzuri en tandem, le résultat ne pouvait qu’être à la hauteur des espérances. L’ouvrage, qui met la barre très haut, fera date, sans nul doute, et restera une référence. Je ne peux que le recommander: il est passionnant, incontournable.

Documentaire « Rommel » sur la chaîne « Toute l’Histoire »

Mon interview pour le documentaire de Sandra Rude pour « Toute l’Histoire » avait été réalisée à La Roche-Guyon : l’idéal pour parler de Rommel… A approfondir avec mon livre paru aux Editions Perrin.

Un nouveau blog d’histoire militaire

 

Un nouveau blog d’histoire militaire à découvrir, celui de Christophe Prime, historien de talent du Mémorial de Caen et spécialiste de la  Seconde Guerre mondiale

tracesdeguerre.com

Recension de « S’adapter pour vaincre. Comment les armées évoluent » de Michel Goya

 

Michel Goya, S’adapter pour vaincre. Comment les armées évoluent, Perrin, 2019, 427 pages 

Michel Goya nous propose une étude passionnante sur la façon dont les armées s’adaptent à l’évolution de l’art de la guerre et aux conditions de combat, et ce en dépit de multiples obstacles de natures fort variées, qu’ils soient budgétaires, doctrinaux ou encore incompréhension de la forme de guerre à laquelle elles sont confrontées, etc. Les armées, en particulier les hauts-commandemenst, ont parfois la réputation d’être conservatrices, lentes à accepter les évolutions, l’armée française ayant eu notamment la réputation d’être toujours en « retard d’une guerre ». Qu’en est-il en réalité? Quand l’innovation devient-elle nécessaire? C’est à ces questions, et à bien d’autres, que répond l’auteur à travers quelques études bien choisies pour leur exemplarité et leur absence de redondance. Le propos est en effet fort varié, nous emmenant de l’armée prussienne de l’époque révolutionnaire (une superbe entame qui donne envie de lire tout le livre…) à l’US Army contemporaine. Il est aussi bien question de guerre aérienne, avec l’épineuse question du bombardement stratégique durant la Seconde Guerre mondiale, que de guerre navale avec un très intéressant texte consacrée à l’évolution de la Royal Navy (un choix évident pour évoquer la guerre sur mer, et qui explique clairement un certain déclin), ou encore de l’arme atomique (un chapitre édifiant et particulièrement instructif: la façon dont on a imaginé utiliser cette arme qui n’a cessé d’évoluer est loin d’être restée immuable). L’armée française est mise à l’honneur à travers deux chapitres traitant d’une adaptation aux circonstances dans deux situations extrêmement différentes: la Grande Guerre (un superbe passage qui réhabilite, arguments à l’appui, notre armée en 1918, et qui revient sur bien des idées reçues, notamment sur l’adaptation de l’armée dès 1914) et la guerre d’Algérie. Faire évoluer une armée n’est pas si simple, surtout lorsqu’on sort vainqueur d’une guerre et que les surplus sont abondants, alors que les crédits baissent, ou bien quand les militaires ne comprennent pas que la nature de la nouvelle guerre à laquelle ils auront éventuellement à faire face sera toute autre que la précédente. J’ai particulièrement apprécié la façon dont la Prusse a réagi aux défaites de 1806 face à Napoléon, ainsi que la réaction de l’armée française dès 1914. La plume de Michel Goya est toujours aussi limpide et le propos documenté et passionnant. Un très beau moment de lecture, jamais ennuyeux. On apprend beaucoup. Un ouvrage fortement recommandé à tous les passionnés de la « chose » militaire.

 

 

Documentaire sur Erwin Rommel

 

J’ai le plaisir de vous annoncer la diffusion du documentaire sur Rommel auquel j’ai participé (interview à La Roche-Guyon) jeudi 12 septembre à 20h40 sur la chaîne « Toute l’Histoire ».Annonce dans le programme:

http://www.toutelhistoire.com/Default.aspx

Recension « La bataille de Caen » de Yann Magdelaine, éditions OREP, 2019

 

Yann Magdelaine, La bataille de Caen, éditions OREP, 2019, 120 pages

Ce livre retient mon attention à plus d’un titre. Il est d’abord question d’une des batailles qui me passionne le plus, celle menée en 1944 pour ma ville natale, dans laquelle j’ai vécu 37 ans. Ensuite, je connais fort bien l’auteur, camarade de lycée, compagnon de jeux de stratégie et, dans la jeunesse, voisin de la même commune, en secteur « Atlantic/Goodwood ». Le texte, richement illustré (c’est un des points forts d’OREP), agrémenté des superbes cartes dont l’auteur a le secret (cf ses deux atlas publiés chez Ouest-France, incontestablement les meilleurs dans leur catégorie) va ravir les amateurs. Destiné au grand public, il ne manque pas d’intérêt, particulièrement parce que l’auteur ne relate pas seulement les opérations militaires, gardant le souci constant d’évoquer le sort des civils pendant cette grande bataille. Caen, on le sait, est sûrement frappée, mais sur une surface beaucoup plus restreinte qu’on l’a souvent cru. L’auteur fait en effet référence aux recherches les plus récentes à ce propos. Si la genèse du débarquement qui entame l’ouvrage est un peu longue (28 pages), on apprécie le chapitre, original, sur l’après-guerre et la reconstruction. Bienvenus aussi sont le rappel des années noires de l’Occupation (très bien fait), ainsi que la narration du quotidien des Caennais pendant cet été 1944, notamment la vie des réfugiés vivant comme des troglodytes dans des carrières. L’auteur a eu la bonne idée de convier les souvenirs de membres de sa famille, qui ont vécu les événements en témoins directs. C’est un privilège que nous avons tous, auteurs normands dont les parents et grands-parents ont assisté à ces heures tragiques. le texte, bien écrit et précis offre un résumé clair des opérations militaires, forcément concis en raison du format (120 pages tout de même). Pour approfondir en langue française, je ne peux que vous conseiller le très bon ouvrage de Jean-Pierre Benamou, La bataille de Caen, paru chez Heimdal en 1988. On est tout de même surpris de l’absence de références à des livres anglo-saxons dans la bibliographie. Yann Magdelaine insiste à plusieurs reprises sur les qualités de général de Bernard Montgomery et la façon dont il a mené la bataille, notamment sur l’anticipation du blocage à Caen. Je suis un peu plus critique en la matière. Pour la controverse -qui de Rommel ou de Montgomery l’emporte sur l’autre-, voir mon HS N°42 de « 2e Guerre Mondiale Magazine » : « La bataille de Caen. Rommel/Montgomery : le duel » et mes articles dans le Thématique N°45 « 2e Guerre Mondiale Magazine »: Controverses du Jour J et de la bataille de Normandie. Au final, un livre très bien fait et très intéressant: bizarrement, il manquait un tel ouvrage sur la bataille de Caen, complet et accessible au grand public, particulièrement les nombreux touristes qui visitent les plages du Débarquement. C’est désormais chose faite grâce à Yann Magdelaine.

Recension « Les opérations le plus extraordinaires de la Seconde Guerre mondiale » de Claude Quétel

Claude Quétel, Les opérations le plus extraordinaires de la Seconde Guerre mondiale, Perrin, 2019

Les grandes batailles de la Seconde Guerre mondiale sont passées à la postérité: Stalingrad, la Normandie, El Alamein, Monte Cassino, etc. Des images sont devenues emblématiques: la bannière étoilée à Iwo Jima, les Tommies évacuant Dunkerque… Claude Quétel nous fait (re)découvrir des opérations de moindre envergure, mais effectivement « extraordinaires », pour ne pas dire parfois complètement farfelues (le porte-avions en glace de Mountbatten tient ici une bonne place, mais sans doute pas autant que l’idée incroyable illustrée dans un coin de la 4e de couverture, que je laisse aux lecteurs le soin de découvrir), voire « folles ». L’auteur a eu la bonne idée de regrouper ces opérations hors-normes en 9 chapitres: audace, occasion, psychologie, ruse, inconséquence, persévérance, sacrifice, imagination, rayon d’Etat. Le propos est donc fort varié, ce qui est un point fort du récit, toujours agréable à lire sous la plume alerte de Claude Quétel. Le lecteur est ainsi emmené sur toutes les latitudes, de Scapa Flow à Tokyo, du désert de Libye à la jungle de Birmanie, sur les mers et océans, dans le ciel… Il est tout autant question d’espionnage, d’assassinat, que de fausse monnaie, de raids, de poupées parachutistes et de la fameuse grande évasion immortalisée au grand écran. Certains événements relatés ont eu un impact significatif sur le cours des événements: citons simplement l’exemple du raid de Tarente. Une place particulière est bien évidemment accordée aux opérations de types commandos, mais le lecteur ne doit pas croire qu’il s’agit là du propos du livre (environ 5 opérations sur plus d’une trentaine de cas étudiés), car ce dernier est fort varié. On ne s’ennuie donc pas une minute. L’occasion de redécouvrir la Seconde Guerre mondiale sous un angle original.

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Je suis en kiosque… en Espagne!

Retrouvez mon article sur le combat mené entre le DAK et la 4th Armoured Brigade au premier jour de la bataille de Gazala dans le numéro spécial de Desperta Ferro consacré à la Panzerwaffe.

https://www.despertaferro-ediciones.com/revistas/numero/especial-xx-panzer-1942-langrohr-tiger/