Dans les kiosques

J’ai participé au Thématique N°48  de 2e Guerre Mondiale Magazine consacré aux unités d’élite et forces spéciales.

Je traite des unités commandos, forces spéciales et parachutistes des forces alliées (front Ouest, Méditerranée, Asie-Pacifique).

Il y a 77 ans: février 1943

Recension « Tempête d’acier sur le Pays d’Auge » de Didier Lodieu

Didier Lodieu, Tempête d’acier sur le Pays d’Auge. L’histoire d’une division hippomobile allemande, la 272.ID, Editions LaPoche de Falaise-Chabois-Didier Lodieu, Tome 2, 2016 

Superbe travail de mémoire sur les combats de Normandie qui fait suite au Tome 1 consacrés aux combats dans le secteur de Caen, en particulier celui de May-sur-Orne. Le grand intérêt est d’être ployé dans le quotidien des troupes d’une simple division d’infanterie, soit ce qui fût l’expérience la plus commune au sein de la Wehrmacht, ce qui est trop souvent oublié. On mesure combien quelques Pak ou Sturmgeschütze peuvent faire la différence, de même que la compétence d’un cadre subalterne, mais aussi l’énergie et la détermination d’un groupe de soldats. on découvre ainsi qu’affronter ces divisions d’infanterie de la Heer n’est en rien une sinécure pour les Alliés. La route qui mène à Lisieux est semée d’embûches, le nombre de tanks incendiés par la 272. ID et les forces qui lui sont rattachées est proprement stupéfiant. Un ouvrage avec les qualités de toutes les productions de Didier Lodieu, qui nous fait découvrir les combats au sud de Caen et dans la Pays d’Auge à partir du 26 juillet 1944, avec des combats d’ordre tactique méconnus. La trame générale des événements n’est pas oubliée pour autant avec des rappels -certes brefs- de la situation générale et des décisions d’ordre stratégique, ainsi que les grandes offensives, comme Totalize et Tractable. Bref, un éclaircissement remarquable sur un épisode majeur de la bataille de Normandie. dans les dernières pages, l’auteur nous raconte comment il en est venu à écrire ce livre, et on sent poindre l’émotion quand il évoque les combattants dont il narre le parcours en Normandie. C’est à regretter que de si valeureux soldats aient servi une cause aussi ignoble… A lire sans modération.

Le livre est à commander auprès de l’auteur : didier-lodieu.fr

Recension « Le Dernier Combat des Fallschirmjäger » de Didier Lodieu

 

Didier Lodieu,Le Dernier Combat des Fallschirmjäger. Tome II. Du 6 au 31 août 1944, Editions Poche de Falaise-Chambois-Didier Lodieu, 2019

Voici le 2e opus du récit fait par Didier Lodieu des combats menés par le II. Fallschirmjäger-Korps d’Eugen Meindl en Normandie. J’ai présenté le premier tome, excellent, ici. Cette suite de son étude est toute aussi réussie. On y retrouve toutes les qualités déjà énoncées dans ma précédente recension. L’iconographie reste toujours de choix (dotées de légendes intéressantes et réfléchies), les témoignages bien choisis, le rythme bien haletant et le récit prenant, restant agréable à lire car Didier Lodieu est un des rares auteurs à savoir rapporter des affrontements au niveau tactique sans que cela soit rébarbatif (d’autres récits sur la Normandie restent de pâles copies de journaux de marches d’unités et/ou une litanie de noms d’unités et de localités qui lassent vite…). Le lecteur suit ici avec intérêt la prise de Vire, les terribles combats de la poche de Falaise et l’incroyable repli à travers la Seine. Le propos est précis et très clair lorsque, normand, le lecteur connaît le terrain… Un tel ouvrage est d’ailleurs une invite à se rendre sur les lieux pour comprendre davantage les événements et s’y replonger. Le texte nous fait admirablement comprendre la manière de procéder des Allemands dans le bocage, mais aussi combien certains combats méconnus du mois d’août (à l’est de Vire) restent acharnés.  Notons que sont repris ici les derniers chiffres avancés pour les pertes subies dans la poche de Falaise, mais qui ne me convainquent pas (j’y reviendrai dans un autre article). Les témoignages (des deux camps, il faut le souligner) sont une fois de plus la force de l’ouvrage. L’auteur nous présente aussi bien le point de vue du haut-commandement que celui de la troupe, ne se cantonnant d’ailleurs nullement aux seules unités de parachutistes, bien au contraire. Ce faisant, lus découvrons une vision rarement offerte, je pense notamment aux nombreuses pages consacrées à la 353. ID et celles qui traitent de la 363. ID. On appréhende clairement les  décisions prises dans la « Kessel » et les conditions pour s’en extirper. Le livre se termine par une évocation  de la carrière d’Eugen Meindl par la fille du général, avec laquelle l’auteur a été en contact très étroit. On regrettera juste qu’il n’est nulle fait mention de l’arrivée au pouvoir de Hitler ni des nazis, ce qui est dommage à près de 80 ans de distance. Au final, un livre réussi qui ravira les amateurs et passionnés de la bataille de Normandie ou des Fallschirmjäger.

Le livre est à commander auprès de l’auteur : didier-lodieu.fr

Recension de « Von Rundstedt. Le maréchal oublié » de Laurent Schang

 

Laurent Schang, Von Rundstedt. Le maréchal oublié, Perrin, 2020, 396 pages 

Enfin! Une biographie sur Gerd von Rundstedt en français est un événement que j’attendais, que j’espérais. C’est Laurent Schang qui signe ce travail qui mérite toute notre attention. L’auteur a la plume agréable, le verbe bien choisi et un rythme qui accroche: ne boudons pas notre plaisir car j’ai connu des biographies de personnages illustres de la Seconde Guerre mondiale au phrasé aussi rébarbatif et impersonnel qu’un journal de guerre de division… L’introduction est habilement menée car elle donne indéniablement envie d’aller jusqu’au bout de l’ouvrage.

Certes, Rundstedt n’a pas laissé de mémoires personnels, de journal intime, pas plus que de papiers personnels sur lesquels s’appuyer pour rendre compte du parcours militaire d’une des figures majeures de la Wehrmacht. L’auteur n’a pourtant pas négligé sa peine et est allé puiser aux sources allemandes les plus sérieuses détenues par le Bundesarchiv.

Le texte est suivi de notes très importantes qu’il faut absolument lire , car le informations données sont très importantes (conseil que j’ai déjà donné à propos du dernier livre de Daniel Feldmann). On ne peut que regretter que ces notes n’aient pas été mises en bas de pages ou incluses dans le texte car elles courent le risque de n’être pas lues (ce qui est, de l’aveu de lecteurs, le cas de mes notes informatives dans mon Etre Soldat de Hitler et dans mon Patton)…

A travers Rundstedt, Laurent Schang nous fait découvrir l’Allemagne et ses armées successives, armée impériale, Reichswehr puis Wehrmacht. Ce faisant, il nous dresse un portrait passionnant de l’institution militaire allemande et de cette élite d’officiers prussiens à laquelle appartient Rundstedt, qui en est en quelque sorte devenu le symbole depuis 1945. Il nous fait découvrir en parallèle  une galerie de personnages très intéressante. J’ai bien entendu été particulièrement attentif à tout ce qui a trait à Erwin Rommel.

Les pages consacrées à la Grande Guerre mettent certes  le plus souvent Rundstedt au second plan, dans une certaine mesure, mais elles sont fort instructives et indispensables pour bien appréhender le parcours de ce militaire dans l’âme, mais aussi la stratégie allemande adoptée, plus particulièrement pour l’année 1914  (le plan Schlieffen revu par Moltke est fort bien raconté).

Le coeur de l’ouvrage est bien évidemment consacré à la période nazie. Le doyen des maréchaux de Hitler s’est, comme ses pairs, largement dédouané des erreurs stratégiques de l’armée allemande en en faisant peser la responsabilité sur le Führer. 

Amateur de cigares et appréciant un bon cognac, Gerd von Rundstedt, qui en semble pas manquer d’humour, peut apparaître sympathique de prime abord. C’est se tromper lourdement. L’homme a aussi prétendu être apolitique, antienne des anciens de la Wehrmacht qui constitue un non-sens. Il a pourtant bénéficié des largesses de Hitler, l’a servi fidèlement jusqu’au bout, quoique détenant le record d’avoir été limogé par trop fois.

Le Feldmarschall a ainsi entériné les ordres criminels de l’OKW à l’Est. Il s’est montré impitoyable dans la lutte contre la résistance française, refusant d’accorder aux FFI le statut de combattants comme le lui demande Eisenhower. Il s’est montré tout aussi ferme à l’endroit des Italiens lors de leur revirement de septembre 1943. Son sens du devoir le pousse -au nom d’un serment et de ses valeurs- à une soumission aveugle à un dictateur qu’il n’apprécie guère, mais contre lequel il n’envisage à aucun moment la moindre forme de rébellion, y compris lors des circonstances les plus favorables des années 1930. Seul compte pour lui l’honneur de la Generalität.

Pourtant, son acceptation plus ou moins tacite des ordres le plus criminels ne lui a guère été reproché après le conflit. Rundstedt doit beaucoup au Britannique Liddell Hart et consorts de n’avoir pas fini au bout d’une corde après avoir été livré aux Soviétiques (ce qui lui a été épargné faute de pouvoir être extradé), ou d’être condamné à la réclusion à perpétuité.

Très apprécié de Hitler, Rundstedt a assumé les commandements les plus importants, de la Pologne à 1945, à l’exception notable de toute implication dans la guerre en Méditerranée. Pourtant, conquérant de Varsovie et de l’Ukraine, présidant au « coup de faucille » de 1940, Rundstedt n’a rien d’un génie militaire, rien de la trempe d’un Guderian, d’un Manstein ou d’un Rommel, dont l’élan, le charisme et l’habileté ont été les plus grands atouts de la Wehrmacht, rien non plus de comparable à la maestria avec laquelle Albert Kesselring mène la difficile campagne d’Italie.

Rundstedt est d’une rigidité toute prussienne. Certes, on appréciera à sa juste valeur ses efforts pour faire valoir la révision du plan de la Westfeldzug (l’invasion de l’Ouest en 1940), mais rien de transcendant dans sa manière de mener cette campagne, pas plus que son art du commandement au cours de Barbarossa (il n’a d’ailleurs qu’une piètre opinion des alliés du Reich), et cela est pire encore à l’Ouest en 1944, où le valeureux maréchal ne brille guère. Un couche-tôt, porté sur l’alcool, peu intéressé par les tournées, incapable de saisir l’évolution de la situation quant à l’usage optimale de la Panzerwaffe en 1944… A côté du dynamisme de Rommel, on découvre un homme qui préfère lire des romans policiers que se dévouer corps et âme à oeuvrer pour la victoire (pour peu, il aurait pu échanger ses romans avec les histoires de westerns qu’apprécie tant Eisenhower…).

Au final, un bel ouvrage dont la lecture est indispensable aux amateurs de la Seconde Guerre mondiale, et plus particulièrement pour ceux qui s’intéressent à la Wehrmacht. Grâce à ce livre, on perçoit clairement ce que ressent et était un officier supérieur allemand, un Prussien, et quelles étaient ses valeurs.

On pourra certes regretter le traitement plus rapide de l’année 1944, quelques très rares données chiffrées discutables (200 Tiger dans les Ardennes et 800 Panzer qui retraversent la Seine?) qui ne nuisent pas pour autant au sérieux de l’ouvrage, de même que l’absence de notes de référence, mais Laurent Schang se révèle ici être un excellent écrivain et un très bon historien. Espérons que ce n’est qu’un début et qu’il nous réserve d’aussi bonnes lectures à l’avenir. D’autres éminents généraux et maréchaux allemands et alliés méritent une biographie…

Une lecture particulièrement recommandée sur un sujet inédit, passionnant, très bien traité et indispensable pour la connaissance de la Wehrmacht et de la Seconde Guerre mondiale.

Dans les kiosques…

Mon dernier article paru dans Batailles & Blindés N°95 :

« Comment devient-on Panzermann ? Recrutement et formation au long du conflit »

Des éléments que je n’avais pas pu inclure dans Etre Soldat de Hitler.

Recension de Hans Baur « J’étais le pilote de Hitler »

Hans Baur, J’étais le pilote de Hitler, Perrin, 2020, 415 pages

En moins d’une année, après Nicolaus von Below, que j’avais beaucoup apprécié et recensé ici, puis Albert Speer dans la collection Tempus, les éditions Perrin continuent sur leur lancée en nous proposant les mémoires d’un proche de Hitler.

Un nouvel ouvrage très intéressant pour un parcours pour le moins original et atypique: celui d’Hans Baur, le pilote de Hitler. Nazi bon teint qui n’aborde jamais la Shoah ni n’esquisse la moindre réflexion sur le caractère criminel du régime qu’il servait, qui ne renie pas son passé (ne jouant pas la comédie comme un Albert Speer), qui n’exprime aucun regret, Baur faite partie de ces intimes de Hitler qui nous dévoile le dictateur sous l’angle du personnage privé.

On est certes toujours mis un peu mal à l’aise en lisant les écrits d’un individu qui a côtoyé le Führer, l’a apprécié (et réciproquement), pour finalement lui survivre (pensons aussi à Traudl Junge et Rauchus Misch, ou encore Emile Maurice) , souvent sans en avoir subi de trop sérieuses conséquences (un long séjour en captivité pour Baur, tout de même).

Le texte est servi par une présentation très intéressante et instructive de Claude Quétel, qui nous révèle biens des aspects du personnage, ainsi qu’une interview assez édifiante réalisée dans les années 1980. On apprécie aussi les précisions qui émaillent le texte, corrigeant les erreurs de Baur, ainsi que des données sur les appareils ou les personnages évoqués.

La vie de Baur se confond avec la genèse de l’aviation, civile comme militaire. Baur , pilier des débuts de la Lufthansa, est un véritable pionnier et ses récits de pilotage de l’après-guerre, en particulier les traversées des Alpes, les orages, ainsi que les conditions de travail et de transport de passagers sont fascinants et passionnants. Son aventure panafricaine réalisée avec son épouse vaut aussi son lot de péripéties… Une période au cours de laquelle l’aviateur pilote « vraiment » son appareil, le sent vivre, comme l’aurait dit Antoine de Saint-Exupéry, autre grand de l’aviation.

Le lecteur aura au préalable goûté avec intérêt aux débuts de la vie de pilote de Hans Baur qui, à peine adolescent, se révèle être un jeune pilote casse-cou et téméraire au cours de la Grande Guerre.

Le coeur du récit est la relation que Baur noue avec Hitler. Le lecteur revit la carrière politique puis de conquérant du dictateur nazi. Baur est en effet au plus prêt des événements, attentif au bien-être de son illustre passager (il en bien d’autres, comme Goering ou Mussolini). La proximité et la connivence entre les deux hommes est évidente. Le Führer se confie souvent à son pilote, qui l’accompagne dans sa découverte de paris en juin 1940, et auquel il offre, lors des adieux dans le bunker, sa toile représentant Frédéric le Grand, sans aucun doute le tableau auquel le dictateur nazi tenait le plus.

Bref, un livre qui se lit vite et bien et qui présente un double intérêt: suivre le récit passionné d’un des pilotes des débuts de l’aviation civile et de l’aéropostale, mais aussi revivre l’entre-deux-guerre et surtout les événements majeurs de la Seconde Guerre mondiale au plus près d’Adolf Hitler.

Un livre passionnant qui regorge d’anecdotes. Je laisse aux lecteurs le soin de découvrir la fonction de la manette rouge placée sur le fauteuil de Hitler…

Un livre qu’il faut aussi lire avec le recul nécessaire.

 

Recension « La mesure de la force. Traité de stratégie de l’Ecole de guerre », sous la direction de Martin Motte

Martin Motte (sous la direction de), La mesure de la force. Traité de stratégie de l’Ecole de guerre, Tallandier, 2018

La plume de Martin Motte et de ses collaborateurs -Georges-Henri Soutou, Jérôme de Lespinois et Olivier Zajec- est d’une limpidité et d’une richesse qui donne accès aux fondamentaux de la stratégie à tous. D’éminents auteurs, gage de sérieux, qui donnent du poids à la qualité de l’ensemble. L’ouvrage, passionnant et fourmillant de cas concrets -fort bien explicités- ainsi que d’une revue des théories stratégiques, est de haut niveau: il ne s’agit ni plus ni moins que de la publication d’une partie du contenu de l’enseignement que ces spécialistes donnent l’Ecole de guerre. Fidèle lecteur d’ouvrages militaires de toutes les époques (ou presque), je ne peux que valider les exemples choisis qui me sont connus auxquels se réfèrent les quatre auteurs de ce livre.

L’exhaustivité confère un autre attrait à ce travail, puisque tous les aspects de la question sont abordés. Les liens entre la politique et la guerre, les armées et leurs gouvernements, et ce sur le temps long, puisqu’on remonte jusqu’à l’Antiquité (la diversité des situations envisagées est remarquable), ne peut que ravir les passionnés. L’entame du livre est une nécessaire et passionnante mise au point des données élémentaires de la stratégie. On y croise évidemment des sommités -parfois remises en cause, ou dont les conceptions sont à tout le moins discutés et mises en perspectives- comme Clausewitz, Sun Tzu, Jomini, Napoléon, Foch, etc. Suivent des études sur stratégie et relations internationales, la définition d’un stratège, l’art et la science de la stratégie, ainsi qu’une réflexion sur les principes de la stratégie et ceux de la guerre. Le lecteur passionné des questions militaires (et en particulier de la stratégie) ne peut qu’être satisfait du contenu très complet et didactique du propos des auteurs, dûment étayé par des exemples et des explications qui nous donnent toutes les clés explicatives pour comprendre la stratégie et ses principes, ainsi que leur évolution. On y découvre des invariants, qui défient les siècles, même si les auteurs posent la question de l’influence des techniques et de la technologie sur la stratégie (et en explicitent les conséquences), mais aussi les limites de la pensée stratégique de certains généraux.

Passées ces 129 premières pages, denses, le lecteur poursuit sa découverte de la science de la stratégie en découvrant, sur plus de 200 pages, des chapitres aussi passionnant les uns que les autres, abordant les différents types de contextes imaginables: stratégies navale et maritime (où il n’est pas question que de Mahan…), stratégie aérienne (où il n’est pas plus question que de Douhet ou de « Bomber » Harris), stratégie nucléaire, stratégie spatiale, cyberstratégie… ces trois derniers chapitres, passionnants, écrit par Jérôme de Lespinois, ont constitué une découverte complète pour moi… Appuyés sur des données pertinentes, ils font beaucoup réfléchir sur les armées et les problématiques de l’avenir. La réflexion est poussée, jusque dans les implications des conceptions stratégiques dans les guerres les plus récentes, celles issues de l’irruption de Daech notamment (voir le chapitre « Des stratégies alternatives » qui expose nombre de réflexions pertinentes sur le sujet). Si les guerres du passé sont analysées sur le plan stratégique,  la nouvelle donne opérationnelle et stratégique est présentée dans toutes les configurations évoquées (guerre sur mer, etc), ce qui est du plus haut intérêt. Je souligne un intérêt plus particulier pour les chapitres « Les cultures stratégiques » et « géostratégie », signés Martin Motte, des modèles du genre dans leur clarté et dans l’intérêt des éléments qui nous sont fournis.

Au final, un ouvrage qui englobe tous les aspects du sujet, qui plus est écrit par des auteurs parfaitement au fait de leur propos. Un texte qui nous emmène sous toutes les latitudes, à toutes les époques, aux côtés des plus grands penseurs et des plus grands généraux… On y découvre la pérennité de certains concepts stratégiques, l’inanité d’autres, les idées reçues que l’on peut nourrir à l’endroit de certaines formes de guerre ou de stratégie…

Une somme bienvenue pour moi, qui ait l’habitude de travailler et d’écrire sur les généraux « du terrain », sur des hommes qui mettent en ouvre la stratégie décidée par leurs supérieurs, de généraux comme Patton ou Rommel qui entendent parfois imposer leur vision stratégique, parfois étroite, faute d’éprouver des difficultés à s’extraire du cadre essentiellement opérationnel.

Un ouvrage essentiel pour les passionnés d’histoire militaire. Un livre qui semble également indispensable à ceux qui embrassent une carrière militaire ou entendent s’orienter en politique ou devenir journalistes. Un conseil davantage appuyé pour celles et ceux qui occupent déjà des emplois dans ces secteurs…

Recension « Les Champs de la Shoah. L’extermination des Juifs en Union soviétique occupée. 1941-1944 » par Marie Moutier-Bitan

Marie Moutier-Bitan, Les Champs de la Shoah. L’extermination des Juifs en Union soviétique occupée. 1941-1944, Passés Composés, 2019

Voilà un ouvrage magistral qui fera date. Bien écrit, clair, dûment renseigné et, surtout, le fruit d’un travail conséquent mené sur le terrain, dans les archives et avec le concours de témoignages recueillis in situ. Un  impressionnant travail d’historienne de premier plan. Le lecteur découvre un récit chronologique organisé en une successions de chapitres relativement courts. Le propos est toujours pertinent, chaque affirmation étant dûment étayé. le point fort du livre est son aspect résolument humain, comme à l’accoutumée avec Marie Moutier-Bitan (j’avais apprécié son excellent Lettres de la Wehrmacht). Une approche d’autant plus efficace que l’auteure a mis un point d’honneur à faire intervenir des témoins présentant tous les points de vue: victimes, bourreaux, voisins…

L’entame du livre est intelligente et bienvenue, car elle replace la Shoah en Union soviétique dans son contexte culturel. On apprend beaucoup sur le peuple juif en Russie, puis en Union soviétique, ainsi que de ses rapports avec les autres populations. L’un des nombreux autres intérêts de ce travail est que Marie Mounier-Bitan ne se limite pas à la période de 1941-42, mais étudie le drame à l’Est en dehors des camps d’extermination jusqu’à la reconquête soviétique de 1944 (certes plus brièvement, puisque les populations juives ont déjà été massacrées à cette date).

L’auteure, qui nous présente également les pérégrinations de Himmler sur les lieux du crime, explique avec clarté les différentes phases de la Shoah dans la première partie de la guerre, avec la « répétition » de Pologne, mais aussi les pogroms des premières phases de Barbarossa, avec le concours actif des populations locales (dont Marie-Bitan met en lumière la forte propension au pillage des biens juifs, ainsi qu’à la délation), en particulier dans les Pays Baltes et en Ukraine. La complicité de toutes les formes de police, mais aussi de la Wehrmacht (qui n’a rien de l’image d’armée apolitique et « propre » qu’elle a si longtemps voulu donner), ainsi que celle des forces roumaines, est mise en évidence à travers les récits proposés. On découvre un autre exode que celui de 1940, fuite qui ne fait le plus souvent au mieux que retarder l’échéance, sauf, paradoxalement, pour ceux qui ont eu la « chance » d’être déportés à l’Est par Staline… La diversité des situations et des modes de procédure est intéressante à noter (le passage sur les mines du Donbass, terrible, est à retenir).

Même lorsque le lecteur est bien au fait des atrocités commises dans le cadre du génocide, on reste sidéré devant la brutalité et l’horreur des événements décrits. L’exécution dans des conditions atroces ne saurait suffire aux nazis, il leur faut imposer souffrances et humiliations de toutes sortes, du calvaire dans des ghettos surpeuplés à une agonie dans un froid glacial, en passant par les humiliations de la nudité avant l’assassinat et la pratique du viol. Les portraits des assassins qui nous sont dressés font froid dans le dos. Que penser de cette épouse de SS qui écrase des enfants juifs en chevauchant sa monture ?

Le rythme d’écriture est haletant, en plus d’être agréable. On espère que le protagoniste parviendra à survivre… Je pense à cet homme dissimulé dans des toilettes condamnées, désigné aux nazis par une voisine depuis sa fenêtre, mais sauvé par son épouse… Je pense à ces quelques jeunes qui ont réussi à survivre à une fuite à travers champ ou à une chute dans la fosse aux cadavres, en ayant survécu aux tirs…

Au final, il s’agit là du meilleur travail qu’il m’est été donné de lire sur le sujet. Un ouvrage à découvrir sans aucune hésitation !

 

FILMS DE GUERRE / WAR MOVIES (24/100): LES CANONS DE NAVARONE

LES CANONS DE NAVARONE

La bande-annonce originale:

Tourné à Rhodes et en Angleterre en 1961 par le réalisateur Jack Lee Thompson, Les Canons de Navarone, succès immense à une époque où le film de guerre est un genre qui a le vent en poupe, inaugure d’une certaine manière le film de commandos (voire ma présentation des Douze Salopards), dont il représente un modèle du genre.Bénéficiant d’un casting de premier choix, les péripéties et le rythme de l’action font des Canons de Navarone une des grandes réussites cinématographique dans la catégorie des films de guerre, une oeuvre justement récompensée par un Oscar et deux Golden Globes.

L’histoire, fictive mais haletante (dont je ne dévoile pas les péripéties), raconte un raid de commandos mené sur une île grecque. Le but de la mission est de neutraliser  deux puissants canons allemands qui empêche l’évacuation des troupes britanniques déployées sur l’île de Kheros, en mer Egée. Le propos s’inspire d’événements réels suivant la réaction allemande sur la mainmise par les Britanniques d’îles du Dodécanèse, en Egée, à l’automne 1943. Le film est aussi l’occasion de présenter la brutalité de la présence allemande en Grèce au cours de la guerre.

Parmi les conseillers techniques du film, le général Fritz Bayerlein, l’ancien chef d’état-major de l’Afrika-Korps puis commandant de la Panzer-Lehr, qui n’a rien à voir avec les événements survenus en Egée.

Avant de commenter le film, un rappel historique:

En marge de la campagne d’Italie, des événements importants surviennent en Egée en raison de la défection italienne qui compromet les positions allemandes dans les Balkans, en Grèce et en Egée. Les garnisons italiennes de Céphalonie, Corfou et Split sont mises hors d’état de nuire dès la fin septembre. Une fois sûrs de la maîtrise des routes de ravitaillements vers la Grèce et l’Adriatique et sûrs d’avoir conjuré toute menace d’une invasion alliée des Balkans par le canal d’Otrante, les Allemands tournent les yeux vers les îles du Dodécanèse dans l’Egée orientale. Les Britanniques se sont en effet empressés d’occuper certaines possessions italiennes. La réaction allemande ne tarde pas. Le 3 octobre, 1 200 soldats allemands, commandés par le général Müller, débarquent à Cos, appuyés par les Stukas et les Me-109. L’île est reprise en deux jours. Les Allemands utilisent ensuite 300 appareils de la Luftwaffe pour affaiblir Léros. Le 12 novembre, près d’une centaine de Junker 52 larguent 700 Fallschirmjäger sur l’île, qui est également reprise sans difficultés. La prise de Léros entraîne l’évacuation de Syros et de Samos par les Britanniques. Ces victoires montrent à la Turquie qui est maître en Egée. Elle refuse donc de rejoindre les alliés et reste neutre jusqu’à la fin de la guerre.

Photo de famille des « raiders » et de leurs acolytes de la résistance grecque. Deux femmes dans le lot, dont la grande Irene Papas.

Pièce maîtresse du commando: un alpiniste de renom, le capitaine Mallory (un clin d’oeil au fameux grimpeur disparu sur l’Everest en 1924?), dont le rôle est admirablement tenu par Gregory Peck.

Mallory est aidé dans sa mission (en fait dirigée par le Major Franklin, alias Anthony Quayle) par un spécialiste des explosifs: le caporal Miller, plutôt désabusé par la guerre, joué par l’excellent David Niven, toujours aussi « British ».

Anthony Queen est le colonel Stavros, résistant grec, personnage haut en couleur comme il se doit avec cet acteur (d’origines mexicaine et irlandaise, l’acteur a déjà été un Hellène crédible dans le fameux Zorba le Grec).

Image d’Epinal obligée en ces temps de Guerre Froide: le mauvais allemand est toujours l’Aryen-type, blond, sans pitié, tandis que les officiers de la Wehrmacht sont immanquablement corrects et humains. Evidemment, l’officier de l’armée régulière supplie le captifs de parler avant qu’il ne soit contraint de les livrer à la SS ou à la Gestapo…

L’objet de la mission…

Un superbe film d’aventure et de guerre, sans la violence gratuite qui devient commune, dans un cadre magnifique avec de bons acteurs: que demander de plus?