26 mai 1942: la veille de la bataille de Gazala

Le 26 mai,  les 10 000 véhicules des divisions motorisées de Rommel rejoignent leurs positions d’attaque pour l’opération qui doit aboutir enfin à la prise de Tobrouk, trophée qui échappe au « Renard du Désert » depuis un an. Certains éléments effectuent une feinte en direction du nord, afin de leurrer les britanniques, avant de rejoindre le gros des troupes. Le plan de Rommel (l’offensive « Theseus ») est ambitieux –la victoire doit être acquise en quelques jours à peine- et simple : pendant que talentueux General der Panzertruppen Crüwell –l’ancien chef de l’Afrika-Korps de retour d’Allemagne- effectuera une diversion au nord, appuyée par un débarquement sur les arrières de la ligne de Gazala, l’Afrika-Korps du Generalleutnant Nehring (un autre spécialiste éminent des blindés) et les divisions motorisées italiennes entreprendront une vaste manœuvre d’enveloppement après avoir réduit le « box » de Bir Hacheim.

Ce 26 mai, la tempête de sable qui se lève dissimule les mouvements aux yeux des Britanniques. « Nous avons eu de la chance durant notre déplacement de nuit, rapporte Horst Sonnenkalb. Il n’y a pas eu de collisions. Après presque 3 heures de route nous nous arrêtons à nouveau. A nouveau le ravitaillement en carburant, le nettoyage des filtres à air, la vérification des goupilles et des boulons. On distribue des provisions et du café chaud. Pendant le ravitaillement nous avons reçu l’ordre de vider les bisons à essence et de les stocker sur les véhicules de la logistique. Les armes sont nettoyées ainsi que les canons des Panzer et les armes automatiques. La durée de la halte a pu être de 70, 80 ou 90 minutes. Durant ce mouvement de nuit, on n’avait aucune sensation de temps, de lieu ou d’orientation. Nous savions que nous faisions mouvement vers le sud. Il était impossible d’utiliser le compas gyroscopique. Toute la concentration allait dans le fait de rester dans la colonne, de ne pas perdre contact et de ne pas heurter le véhicule qui précédait. Qui peut identifier un lieu dans la nuit, quand vous yeux brûlent et qu’il n’y aucun point de repère dans le désert, mais seulement de l’herbe à chameaux ».

La Panzerarmee Afrika et la 8th Army à la veille de la bataille

Le Panzergruppe Afrika, rebaptisé Panzerarmee Afrika le 30 janvier 1942, reçoit 284 Panzer au cours de l’hiver et du printemps 1942 et 44 Panzer perçus en plus par la 21. Panzer-Division. Rommel aligne 332 Panzer (plus 77 autres Panzer en réserve), 228 chars italiens, 48 pièces de 88 mm, 117 canons de 76,2 cm soviétiques, 16 automoteurs Semoventi de 75/18 et 100 000 hommes.Le General-Leutnant Walter Nehring quitte le front russe et se voit confier le commandement de l’Afrika Korps. Comme Crüwell, il s’agit d’un officier particulièrement compétent. Les généraux von Bismarck et von Vaerst arrivent eux aussi pour commander respectivement les 21. et 15. Panzer-Divisionen. La 90. Leichte-Infanterie-Division (nouveau nom depuis février 1942) est confiée au général Kleemann. Rommel bénéficie enfin de l’avantage décisif d’une supériorité aérienne certaine, forte de 704 avions pour appuyer son offensive, sans compter les 1 000 avions de la Luftflotte 2 de Kesselring basés en dehors de l’Afrique.

La 8th Army, déployée sur la ligne de Gazala, compte 126 000. Ritchie dispose de 850 chars en première ligne, dont des nouveaux Grant américains (dont nous parlerons dans un prochain article) avec 150 autres blindés en réserve. 112 nouveaux canons antichars de 6 livres sont versés à la 8th Army. L’excellente pièce antichar arrive un peu tardivement toutefois et en trop faible quantité.  La Desert Air Force aligne 350 appareils, sur les 739 avions disponibles au sein des escadrilles de la RAF au Moyen-Orient. Les adversaires les plus redoutés de Rommel, Australiens et Néo-Zélandais, en garnison en Syrie, sont absents du dispositif qui fait face à la Panzerarmee.

Afrika-Korps (1)

Cette photographie que j’ai achetée il y a quelques années est très emblématique. Ce « vieux briscard » de l’Afrika-Korps, coiffée de la fameuse casquette à visière devenue un des symbole du DAK, illustre bien les contraintes de la guerre en milieu désertique: un foulard, pour se prémunir de la poussière et du sable, surtout en cas de tempête; des lunettes, pour les mêmes raisons, voire pour se prémunir de la trop forte luminosité; des jumelles, indispensables dans un théâtre d’opérations où les compartiments de combats sont profonds; une barbe de quelques jours et un uniforme défraîchie: l’allure martiale de la Wehrmacht n’est plus de rigueur dans le désert, d’autant plus que l’eau se fait rare. Le soldat semble fatigué: les effectifs sont relativement faibles, il y a peu de relèves et de permissions et le climat exige beaucoup de l’organisme, qui ne le supporte pas forcément.

The Men Behind Monty

Richard Mead,  « The Men Behind Monty »,Pen & Sword, 2015, 290 pages

Ce livre très réussi nous plonge dans le fonctionnement d’un état-major, celui de Bernard Montgomery, non sans avoir présenté ce qui avait cours avant lui au sein de la 8th Army, sous le commandement de Claude Auchinleck. Le grand mérite est de dévoiler des méthodes de commandement ainsi que de faire connaître des individus injustement méconnus. Passionnant, d’autant que le « style » Monty et ses réussites est bien mise en avant sans dithyrambisme déplacé, à l’instar du « Montgomery » de Mas/Feldmann qui manque singulièrement d’objectivité quant aux erreurs et à la méthode de commandement du Britannique.

« « Strafer » Desert General: The Life and Killing of Lieutenant General WHE Gott »

« « Strafer » Desert General: The Life and Killing of Lieutenant General WHE Gott », N.S. Nash, Pen & Sword, 2013, 250 pages

Cette biographie du méconnu général Gott, une des figures éminentes de la guerre du désert, est fort intéressante pour tout passionné de cette campagne. L’homme, à qui devait échoir le commandement de la 8th Army, meurt carbonisé entre El Alamein et Le Caire alors qu’il s’apprête à prendre son poste. Son appareil, pris en chasse par la Luftwaffe qui a intercepté et interprété un message radio trop explicite, s’écrase en plein désert le 7 août 1942. Bernard Montgomery le remplace pour entrer dans l’Histoire. « Strafer » Gott n’est certes pas un officier qui n’aura connu que le succès sur le champ de bataille, loin s’en faut. Ses décisions ont pu être controversées. Mais il n’a cessé de gravir les échelons et il faillit devenir celui qui devait affronter Rommel dans une bataille décisive. C’est l’intégralité de la carrière d’un officier admiré par ses hommes et plus particulièrement de son engagement au cours de la guerre du désert que nous convie ici N.S. Nash. Un sujet original qui procure une autre lecture des événements selon le point de vue britannique.

« Tunisian Tales. The 1st Parachute Brigade in North Africa 1942-43 »

« Tunisian Tales. The 1st Parachute Brigade in North Africa 1942-43 », Niall Cherry, Helion, 2011, 410 pages

Niall Cherry mène ici une étude détaillée et documentée sur l’engagement des forces aéroportées britanniques en Tunisie. Le propos est donc original à la fois sur les Red Devils et sur la campagne d’Afrique du Nord. L’auteur, qui a puisé ses informations dans les archives, en donne de larges extraits, complétés par de longues annexes également issues des archives, présentant notamment des rapports divers. La mise en place de l’arme aéroportée constitue un prologue fort intéressant. La narration des différenst épisodes de la campagne est vraiment exhaustive, ne se limitant pas aux parachutages et aux combats de novembre 1942 (notamment le largage sur Dépienne du bataillon du Lieutenant-Colonel Frost, le futur héros du pont d’Arhnem), puisque les oéprations se poursuivent jusqu’en mars 1943. On regrettera seulement une répétition des faits relatés puisque N. Cherry résume en fait chaque opération avant d’en fournir l’extrait tiré des archives. Les photographies sont assez nombreuses et originales. Elles ont le mérite d’indiquer clairement au lecteur ce à quoi ressemblait le terrain des zones mentionnées dans le texte.

« Armies of Empire »

« Armies of Empire. The 9th Australian and 50th British Divisions in battle 1939-1945 », Adrian Converse, Cambridge, 2011, 347 pages

Ce livre se propose une étude comparée de deux formations différentes des forces du Commonwealth pendant la Seconde Guerre mondiale : la 9th Australian Division et la 50th Northumbrian Division. Ces deux unités ont combattu sur plus de fronts et souffert plus de pertes que n’importe quelle unité de leurs catégories respectives. Après des débuts marqués par l’amateurisme, puis une période d’efficacité optimale, la combativité des deux divisions décline en 1944-45. La mise sur pied, l’entraînement et l’engagement des 9th Australian et 50th Northumbrian ID nous entraîne sur de nombreux fronts, de la campgne de France en 1940 et du désert jusqu’au Pacifique et au Rhin en passant par la Normandie et la Sicile. L’ouvrage fourmille de détails. Il s’avère particulièrement instructif sur la guerre du désert où les deux divisions furent toutes les deux engagées. Un des grands intérêts du livre est de montrer les nombreux points communs mais aussi les différences au sein des formations du Commonwealth. A. Converse s’intéresse beaucoup au moral des unités combattantes. Il nous dresse un portrait d’un soldat australien non exempt de crise de moral alors que le soldat de la 50th ID, moins célébré, sait à l’occasion faire montre d’une combativité remarquable. Les appendices fournissent des ordres de bataille au cours des diverses campagnes.

Réédition de « Invasion! »

« Invasion! Le Débarquement vécu par les Allemands « est réédité par Tallandier en format poche (collection Texto).

Le but recherché lors de sa rédaction était : 1) de donner un récit de la bataille de Normandie selon un point de vue original, celui des Allemands sans verser dans l’hagiographie de la Wehrmacht (on ne masque pas les crimes de guerre) ni adopter la posture d’un déni systématique; 2) faire comprendre la vie quotidienne d’un soldat au front (un chapitre y est consacré) tout en ne perdant pas de vue la compréhension de l’ensemble de la bataille (d’où les réflexions au niveau opérationnel et stratégique, appuyées sur de nombreux chiffres).

Les « + » de mon ouvrage:

-un récit objectif (à cent lieues de Paul Carrell)

-un récit vivant qui fait comprendre le vécu du soldat allemand

-un texte qui embrasse l’intégralité de la bataille de Normandie jusqu’au franchissement de la Seine, avec des parties équilibrées, un accent étant mis sur les périodes cruciales parfois moins connues (la 1ère semaine de la bataille ainsi que les combats au-delà de la Poche de Falaise)

-des réflexions stratégiques

-un point de vue allemand qui va de celui du maréchal, et même de Hitler, à celui du simple soldat

-un bibliographie récente

Cette réédition a permis de corriger des erreurs. Par ailleurs, de nombreuses données chiffrées ont été ajoutées à celles, déjà nombreuses, des annexes de l’édition en grand format.

Nouveaux articles

Articles actuellement en kiosque:

Hors-Série Ligne de Front: « La 5. Panzerarmee. La meilleure ennemie des Alliés »

J’aborde toutes les campagnes de cette fameuse 5. Panzerarmee, qui n’a combattu que les alléis occidentaux: Tunisie, Normandie, Lorraine, Ardennes, Allemagne. Le travail est basé sur les archives allemandes. beaucoup de précisions inédites pour les lecteurs français sur la trop méconnue campagne de Tunisie. Beaucoup de détails également sur la bataille de Normandie, ma campagne de prédilection.

2e Guerre Mondiale Magazine N°68: Ecrire l’Histoire « Les commémorations du Débarquement:évolution dans le temps »

Normand de naissance, j’ai assisté à l’évolution des commémorations du Jour J, dans leur contenu, comme dans leur ampleur.

Ligne de Front N°64: « Les commandos américains dans la Pacifique »

Un sujet inédit sur des forces spéciales méconnues, mis à part les célèbres Marauders.

Publication biographie de George S. Patton

Ma biographie de George S. Patton (1,3 millions de signes) est publiée en novembre 2016.

Elle se base sur la version américaine des carnets du général (traduite ou retraduite par mes soins) et l’abondante bibliographie anglo-saxonne.

Si son parcours pendant la Seconde Guerre mondiale retient bien évidemment mon attention, je consacre une partie non négligeable de l’ouvrage à l’entre-deux-guerres, globalement moins connue.

Anecdotes diverses et détails du quotidien du grand homme donnent au lecteur des éléments jusqu’alors souvent inédits en français.

J’offre donc un portrait précis et documenté de Patton, effectuant des allers et retours de l’état-major à l’action sur le terrain.

Ma dernière partie porte sur l’analyse du commandement de Patton ainsi que sur la postérité du personnage, dans tous les domaines.

Il manquait jusqu’à présent une véritable biographie en langue française du Californien.rondeau_patton

News

Mon dernier article dans « Batailles & Blindés N°75« : « La Kampfstaffel « Rommel ». La garde rapprochée du « Renard du Désert » au combat ».