Bataille Ardennes / Battle of the Bulge (3)

Le Kampfgruppe Peiper

Des officiers du Kampfgruppe Knittel

 

              

Ci-dessus: Peiper

La première tentative pour exploiter la percée a lieu au sud du front de la 6.Panzerarmee et elle est menée par la 1.SS Panzerdivision du général Preiss. Cette dernière est fragmentée en plusieurs Kamfgruppen. Le plus puissant, le Kampfgruppe Peiper, commandé par Jochen Peiper, le chef du régiment de chars de la division. Le Kampfgruppe commence sa marche vers Buchholz dans la nuit du 17 décembre, balayant quelques petites unités américaines sur le passage. Peiper surgit ainsi de nuit à Honsfeld, capturant 250 Américains. Alors que ceux-ci sont évacués vers Lanzerath, une cinquantaine de GI’s sont massacrés avec des civils belges : c’est le début d’une série de crimes de guerre dont se rend coupable la 1.SS Panzerdivision pendant la bataille des Ardennes. Peiper se dirige ensuite sur Büllingen. Peu avant d’arriver dans la localité, un blessé américain est achevé par les SS. Un accrochage a lieu avec une unité du génie, le 254th Engineer Battalion et quelques Panzer sont victimes de tirs antichars. La colonne Peiper, qui s’étale jusqu’à la frontière allemande, poursuit son avance dans un paysage d’openfield et quelques blindés tentent de gagner du temps en coupant à travers champ : peine perdue car le sol s’avère bien trop boueux et les véhicules s’enlisent. Peiper envoie en avant de son Kampfgruppe une avant-garde commandée par Sternebeck. Arrivant au carrefour de Baugnez, les SS surprennent une colonne de la batterie B du 285th Field Artillery Observation Battalion, appartenant à la 7th Armored Division en route pour Saint-Vith. Un Panzer IV initie un bref combat et, très vite, une centaine d’Américains sont capturés par Sternebeck. D’autres GI’s sont capturés inopinément à leur tour par la suite. Les prisonniers sont regroupés dans un champ près d’un carrefour. Après le passage de la plus grande partie du Kampfgruppe Peiper, un crime de guerre est perpétré par les SS à Baugnez. Il semble que des SS aient voulu abattre des prisonniers au hasard et que les mitrailleuses se soient mises à crépiter. Les blessés sont achevés. Au total, une centaine de cadavres sont découverts par les Américains en janvier. Cet incident, devenu célèbre sous le nom de massacre de Malmédy, donnera lieu à un procès après la guerre. Pour l’heure, les médias vont s’emparer de l’affaire et les soldats américains vont apprendre à haïr leurs adversaires et à chercher vengeance. Beaucoup de SS capturés sont ainsi abattus dans les jours qui suivent.

 Malmédy mise en défense

Quand Peiper arrive à Ligneuville, le combat est également bref et un Panther est détruit par un Sherman-Dozer (équipé à l’avant d’une pelle de bulldozer). Alors que la nuit tombe, la colonne traverse les collines de la vallée de l’Amblève et s’approche de Stoumont. Juste devant la ville, un barrage édifié par des hommes du génie stoppe la progression des SS. Peiper décide de marquer une pause et d’attendre le lendemain matin pour reprendre l’avance, jugeant que ses hommes ont besoin de repos. Agissant ainsi, il permet aux Américains d’organiser et de renforcer la défense de Stoumont mais l’obscurité ne favorise pas les préparatifs américains. L’attaque reprend à 4h le 18 décembre. Des Panzergrenadiere parviennent à traverser le pont mais ils sont vite obligés de regagner l’autre rive devant la résistance des Américains. La situation tourne en faveur des Allemands quand le premier Panther entre en action : un canon antichar de 57 mm ouvre le feu mais l’obus ricoche et le char allemand écrase la pièce antichar. A 10h, la ville est entre leurs mains. Les derniers défenseurs américains se replient vers le nord afin de protéger un important dépôt de carburant à Francorchamps. Afin de protéger ce dernier, le peloton belge de garde met le feu à un grand nombre de jerrycans (près de 500 000 litres) pour empêcher toute progression des allemands dans cette direction.

Alors que des civils sont assassinés par les SS alors qu’ils apparaissent aux fenêtres, Peiper, ignorant la proximité d’un dépôt de carburant américain, fonce vers l’ouest afin de saisir les ponts de Trois-Ponts. Contrairement à Stavelot, les Américains ont préparé des charges de démolition sur les ponts. Une unique pièce antichar et des unités d’arrière-garde détruisent un Panzer et retardent Peiper suffisamment pour que les soldats du génie américain fassent exploser le pont sur l’Amblève et un des deux ponts sur la Salm. Peiper est donc dans l’incapacité d’emprunter la route directe vers Werbomont et, puisqu’il a laissé en arrière le pont démontable de sa colonne, il n’a d’autre issue que de remonter la vallée de l’Amblève vers La Gleize, en empruntant une route tortueuse au pied de collines escarpées.

 

Un avion d’observation américain repère la colonne et celle-ci est vite attaquée par des chasseurs-bombardiers tandis que des renseignements rapportés par l’appareil permettent d’évaluer la force de Peiper et de connaître la direction qu’il emprunte. Pendant quelques temps, les véhicules détruits bloquent le passage à Cheneux, mais les Allemands parviennent à faire basculer les carcasses sur les côtés alors que la nuit tombe. Les unités de tête de Peiper parviennent jusqu’à la Lienne sur laquelle il découvre un pont, mais celui-ci est vite détruit par les Américains, qui ont eu le temps de préparer la destruction de l’ouvrage pendant que les SS sont retardés par l’aviation. Pendant ce temps, une colonne blindée SS tente d’atteindre Werbomont en suivant des routes secondaires mais elle est prise dans une embuscade. Peiper n’a plus qu’à retourner à La Gleize. La 30th US ID est entrée en lice. Désormais, Peiper ne sera plus opposé qu’à des éléments retardateurs : les Américains se renforcent considérablement sur la route de Liège. Hodges, dont le QG établi à Spa n’est distant que de 13 kilomètres des SS, se sent directement menacé et déplace son état-major pour Liège.

Le lendemain, Peiper reçoit en renfort le Kampfgruppe Knittel, arrivé par Stoumont. Cependant, les nouvelles sont mauvaises. La veille, un bataillon de la 30th ID a contre-attaqué Stoumont. Les Allemands interviennent avec des blindés, dont plusieurs Tiger II « Königstiger » mais, le 20 décembre, Stavelot, où les SS de Knittel ont encore tués des civils belges, est à nouveau entre les mains des américains. Peiper est donc coupé de la 3.Fallschirmjäger-Division qui devrait progresser derrière lui et du reste de la 1.SS Panzerdivision. Il ne subsiste entre Stavelot et Trois-Ponts que le petit pont de Petit-Spai mais celui-ci cède sous le poids d’un Jagdpanzer IV qui tente de la traverser. Le 19 décembre, Peiper tente de progresser vers l’ouest mais, dans les réservoirs des véhicules allemands, le niveau de carburant est bien préoccupant. Peiper dispose alors à La Gleize de 19 Panther, 6 Panzer IV et 6 Königstiger, les des dizaines de Panzer étant tombés en panne ou embourbés, quelques uns ayant été détruits. Peiper décide de frapper à Stoumont. Les blindés SS suivent la route avec les Panzergrenadiere à leurs côtés, profitant de l’avantage conféré par le brouillard. Après deux heures de combat, une compagnie américaine est encerclée et les autres sont repoussées hors du village. A la sortie du village, alors que des Sherman mènent des combats retardateurs, une pièce de DCA américaine de 90 mm stoppe un instant les SS. Quelques Panzer parviennent toutefois à Targnon, mais la question de l’essence devient de plus en plus préoccupante. Les Américains contre-attaquent avec des blindés et détruisent trois Panther. Peiper se replie alors sur La Gleize. Pendant ce temps, à Trois-Ponts, les GI’s résistent toujours. Furieux devant cet échec, les SS se vengent sur la population et une dizaine de civils sont tués. Peiper, à court de carburant, est encerclé et il se trouve à encore 65 kilomètres de son objectif : Huy, sur la Meuse. Liège est encore à 45 kilomètres. Il est contraint à la défensive. Les Américains ne cessent eux de se renforcer et la 3rd Armored Division entre en lice au nord ainsi que la 82nd Airborne à partir de Neufmoulin, la 30th ID tenant le front de Stoumont à Stavelot. Ces trois unités sont regroupées au sein du 18th Airborne Corps de général Ridgway.

   

Les Américains s’emploient alors à réduire la poche où sont enfermés les restes des Kampfgruppen Peiper et Knittel et des Fallschirmjäger qui les accompagnent. Les combats du 20 décembre sont durs et pas toujours couronnés de succès pour les Américains. Néanmoins, Stavelot reste entre les mains des Américains et les tentatives de dégagement des troupes encerclées par les Allemands s’avèrent être des échecs. Le 21 décembre, Peiper doit se résoudre à céder du terrain. Des aéroportés de la 82nd Airborne reprennent Cheneux. En revanche, les assauts des GI’s sur Stoumont sont repoussés. Ne disposant pas de suffisamment de fantassins, Peiper replie les défenseurs de Stoumont sur La Gleize à la faveur de la nuit. Le 22 décembre, la Task Force Lovelady du CCB de la 3rd Armored Division inflige de lourdes pertes au Kampfgruppe Hansen de la 1.SS Panzerdivision : Dietrich et Preiss ne pourront pas dégager Peiper ! Peiper en est avisé par radio le soir même. Preiss demande à Dietrich d’envoyer la 9.SS Panzerdivision pour secourir Peiper mais Dietrich refuse. Dans la nuit, trois Junker 52 larguent du ravitaillement aux unités encerclées mais 90% tombe en dehors du périmètre des forces de Peiper. Le 23, la 9.SS Panzerdivision se positionne vers Wanne et prend Grand-Cheneux. Knittel est quand à lui définitivement repoussé de la zone de Stoumont.

Le Tiger II, resté en place depuis la guerre (un bâtiment abritant un musée a été construit depuis la prise de ce cliché)

Peiper ne tient plus que La Gleize le 23 décembre et ses hommes sont soumis à une intense activité de la part de l’artillerie américaine. Peiper reçoit l’autorisation de se replier. Il décide de saboter les véhicules restant et de détruire la radio. Les blessés sont abandonnés avec 107 prisonniers. Les survivants indemnes, 770 hommes, quittent leurs positions dans la nuit du 24 décembre et franchissent la Salm près de Rochelinval. Ils ont donc réussi à rejoindre les lignes allemandes après avoir parcouru 20 kilomètres. Il n’y a donc que 770 rescapés sur les 5 800 hommes de Peiper et Knittel. Tout le matériel, soit 70 à 87 Panzer et de nombreux blindés, est définitivement perdu. C’est un grave revers pour la 1.SS Panzerdivision et la 6.Panzerarmee. Peiper a échoué dans sa mission. Bien plus, le haut-commandement allemand a perdu l’espoir d’atteindre la Meuse.

 

 

Write the message

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>