Bataille des Ardennes / Battle of the Bulge (10)

ARDENNES 44 : LES MYTHES D’UNE BATAILLE

 

La bataille des Ardennes, le « dernier coup de dés de Hitler », est bien connue. Comme bien des événements historiques, des controverses sont nées de son étude alors que, comme bien souvent, des clichés restent attachés quant à son déroulement dans l’esprit du grand public. Dans cet article, nous tenterons de répondre à certaines questions et nous reviendrons sur quelques idées reçues.

 

Bastogne constitue t’elle le pivot de la bataille des Ardennes ?

Une tendance bien ancienne est de résumer –chez le grand public ou dans les œuvres qui lui sont destinées- est de résumer la bataille des Ardennes aux seuls combats pour Bastogne. Tous les passionnés savent qu’il en va tout autrement. La réussite du plan allemand réside d’abord dans la percée que doit réaliser la 6. Panzerarmee de Dietrich au nord du front, percée qui ne sera pas obtenue, si ce n’est l’espace de quelques jours avec ce qui constitue la pitoyable équipée du Kampfgruppe Peiper. De ce point de vue, le sort des armes dans cette zone du champ de bataille s’est en grande partie joué sur la crête d’Elsenborn.

Sur le front de la 5. Panzerarmee de Manteuffel, qui sera le cadre des principaux faits d’armes allemands au cours de la contre-offensive, Saint-Vith représente un point nodal essentiel à Manteuffel pour espérer l’emporter et atteindre la Meuse. Le 20 décembre, une brèche de 30 kilomètres s’ouvre au sud de l’agglomération. Les 2. et 116. Panzer s’y engouffrent. En face, comme devant Bastogne, Middleton n’a presque rien à opposer aux Allemands : essentiellement des bataillons du génie. Ces derniers, dont le 81st Engineer Combat Battalion du lieutenant-colonel Riggs, parviennent à ralentir les Allemands le temps que les renforts parviennent à la rescousse, en l’occurrence la 7th US Arm Div. La chute de Saint-Vith interviendra trop tard : les Allemands ont manqué l’occasion de causer davantage de pertes aux Américains tout en permettant à la PzAOK5 de soutenir le flanc des divisions SS de la PzAOK 6, coincées au nord du front et incapables de déboucher des quelques gains de territoire obtenus.

Au sud, Bastogne est un carrefour routier d’importance, au même titre que Saint-Vith. La résistance américaine, épique car dramatisée par l’encerclement d’une formation d’élite, les paras de la 101st Airborne, a contrecarrée les espoirs de Manteuffel car si la Panzer Lehr, la 116. Pz et la 2. Pz continuent sur leur lancée, leurs lignes de communications ne sont pas assurées. Pis, elles ont perdu un temps précieux. La contre-attaque de la 3rd Army de Patton, avec pour 1er objectif Bastogne, puis la concentration de force ordonnée par Hitler qui est désormais obnubilé par cette bataille, achèvent de faire entrer la petite ville belge dans l’Histoire. Lorsque tout espoir d’atteindre Anvers est perdu, Bastogne devient effectivement le point de mire de la bataille.

On a eu pourtant donc trop souvent tendance à ramener la bataille des Ardennes à la lutte épique qui s’est déroulée pour cette petite ville, ce qui est une injustice pour les soldats américains qui ont offert une résistance remarquable sur d’autres parties du front, au cours de combats tout aussi cruciaux. Néanmoins, plus que toute autre, la bataille de Bastogne symbolise la défaite des Allemands dans les Ardennes et marque la victoire de l’armée américaine.

 

La 101st Airborne seule à Bastogne ? Du mythe à la réalité…

Un autre cliché fermement rattaché à cette mémorable bataille est celui d’une unité d’élite encerclée, jouant sa survie et ne devant son salut qu’à son excellence. De fait, Troy Middleton, le chef du VIIIth Corps, décide de confier le commandement de Bastogne à McAuliffe, le patron de l’artillerie de la 101st et commandant par interim de la division. Celui-ci organise la défense du périmètre en positionnant ses quatre régiments de parachutistes et d’aéroportés en première ligne. Pourtant, les Screaming Eagles ne sont pas seuls. Dans la ville même, Mc Auliffe a organisé des réserves : les restes du CCB de la 10th Arm Div de Roberts et du CCR de la 9th Arm Div de Gilbreth, soit environ 50 M4 Sherman, le 705th Tank Destroyer Battalion avec des chasseurs de chars M 18, ainsi qu’une formation ad hoc regroupant tous les isolés et les fuyards : le Team SNAFU, regroupant 5 à 600 hommes. McAuliffe dispose aussi d’une artillerie nombreuse : 130 pièces d’artillerie sont en effet à Bastogne. Un soutien en blindés et en artillerie conséquent et décisif.

18 000 hommes sont encerclés, les Allemands étant à peu près aussi nombreux. Il faut donc écarter l’image d’un groupe de soldats isolés, dépourvus de tout, livrés à d’innombrables cohortes d’adversaires. Le fait d’être encerclés ne constitue en outre aucunement une expérience déroutante pour la 101st Airborne car les parachutistes sont précisément entraînés à opérer derrière les lignes ennemies. En revanche, la question du ravitaillement peut se poser si le siège s’éternise. En effet, la 101st Airborne n’est pas arrivée à Bastogne avec le plein de munitions.

Ajoutons que si bataille de Bastogne il y a eu, cela est dû avant tout au sacrifice d’unités qui ont ralenti la progression de la Pz AOK 5 alors que la 101st Airborne n’est pas encore sur le front. Le 17 décembre, outre quelques fuyards, Middleton ne peut mettre en ligne que le CCR/9, 3 bataillons du génie et un bataillon autonome d’artillerie. Les restes de la 28th US ID disponibles à Bastogne sont limités : le 110th US IR est virtuellement anéanti (2 750 pertes), le 707th Tank Bn n’aligne plus que 9 chars presque tous endommagés et le 630 Tank Destroyer Bn ne compte plus que 6 pièces antichars. C’est avec ces unités qu’il va mettre en place des « bouchons » qui vont s’avérer en fait des plus efficaces. Freiné, Manteuffel ne pourra gagner la course à la Meuse. Citons simplement l’exemple d’un bataillon du génie. Au matin du 18 décembre, le lieutenant-colonel Tabet établit son 158th Engineer Combat Battalion à Foy, Neffe et Luzery. Pour renforcer ses positions, Tabet obtient 4 pièces de 105 mm automotrices, 8 chars légers et 2 Sherman. Tous ces engins proviennent des dépôts de l’intendance et sont manœuvrés par des mécaniciens. Bientôt le CCB/10 entre en lice. Fantassins, sapeurs, mécanos, tankistes… : eux aussi sont les héros de Bastogne. Mais sans la 101st, l’important carrefour serait tombé…

 

Des forces allemandes bien équipées et des troupes d’élite ?

Il est incontestable qu’en cette fin d’année 1944, la Wehrmacht dispose de tout un panel de matériel, d’équipements et d’armes de qualité exceptionnelle, souvent en avance sur leurs temps. Outre les clichés d’époque, les vitrines des beaux musées des Ardennes belges et luxembourgeoises sont là pour en témoigner. La réalité est bien entendu plus nuancée. En cet hiver 1944-45, la Wehrmacht doit toujours compter avec la tare d’être une arme avant tout hippomobile. Si les images d’époque s’attardent sur les Panzer de dernier cri (on n’a bien peu d’images de chevaux…), certaines, fameuses, nous montrent le Landser occupé à une pratique endémique au sein de la Wehrmacht : la récupération de l’équipement et du matériel ennemi.

Si les effectifs ont été complétés depuis les désastres de l’été, les formations d’élite ne sont que le pâle reflet de ce qu’elles ont pu être. A la 5. FJD, il n’y a pas d’entraînement parachutiste et la fourniture d’armements et d’équipements modernes se fait attendre. Le 1er décembre, il manque encore des vêtements d’hiver, des Pak, des radios, des mortiers… Eduard Krüger, un des hommes de la 5. FJD, ne perçoit son MP 44 que le 15 décembre –la veille de l’offensive- et découvre à cette occasion cette arme pour la première fois ! Cette unité est censée être d’élite…

Les meilleures unités d’infanterie ne sont pas logées à meilleure enseigne, ce qui en dit long sur les autres. Selon le General Schmidt, le commandant même de la 352. VGD, les hommes ont certes entre 22 et 30 ans, mais ils ont été trop brièvement entraînés et restent sans expérience. La qualité et l’expérience des officiers et des sous-officiers sont très variables. Le général observe un bon esprit combattif aux 914. et 915. Grenadier-Regiment. L’artillerie a manqué de temps pour s’entraîner et certains équipages de Jagdpanzer 38 (t) n’ont jamais combattu. Les artilleurs manquent de maîtrise dans les techniques de pointage. L’équipement est presque complet. Le jour de l’offensive, il manque encore 25% des MP 44, un tiers des Jagdpanzer 38 (t) et un tiers des radios pour diriger les tirs.

La question des blindés est elle-même révélatrice de la nécessité de relativiser la puissance de frappe des unités impliquées dans « Herbstnebel ». Une division en pointe de l’assaut comme la 2. Panzer-Division n’aligne que 112 blindés (hors Flakpanzer et Behfelpanzer), dont seulement 87 Panther et Panzer IV, soit beaucoup moins qu’en Normandie (177), mais cela est conforme à la dotation des nouvelles Panzer-Divisionen de l’automne 1944. De nombreux tankistes sont novices et découvrent à peine leurs engins. Le 21 décembre, la 2. Pz a saisi une telle quantité de véhicules depuis le début de l’offensive qu’elle se trouve désormais en mesure d’équiper ses deux bataillons de cyclistes avec des engins américains de prise. La Panzer-Division d’élite avait donc des cyclistes en son sein au début d’une l’offensive qui se veut décisive… On compte au final 1 279 Panzer, Sturmgeschütze et Panzerjäger d’impliqués dans la bataille, soit deux fois moins qu’en Normandie.

 

Les Tiger ont-ils été engagé en nombre ?

Le char Tiger constitue une des images les plus attachées aux Ardennes. Le super Tiger II préservé à La Gleize, inoubliable pour les visiteurs, perpétue le mythe. Les amateurs de la bataille sont loin des clichés du pitoyable film où des Tiger (de type Patton) sans nombre surgissent des bois, engins présentés en outre comme de nouveaux modèles alors que le Königstiger fait ses premières armes à l’ouest en Normandie. 138 Tiger ont combattu à l’ouest de la Seine, ce qui est peu, mais c’est plus que pour « Herbstnebel » pourtant associée à ces engins : seuls 113 participent à la bataille des Ardennes. En revanche, la tendance s’inverse pour ce qui est de la parité Tiger I/Tiger II : la majorité sont des Königstiger dans les Ardennes, avec 86 exemplaires, contre à peine 12 en Normandie. A la veille de l’offensive, outre 8 Sturmmörser, on dénombre sur le front Ouest 123 Tiger, dont 79 opérationnels. La Pz. AOK 6 se taille la part du lion puisque on dénombre 41 Tiger II du s. Pz-Abt 506 en réserve et 45 Tiger II du s. SS-Pz-Abt 501 rattachés à la « Leibstandarte Adolf Hitler ». A la Pz AOK 5, ce sont 27 Tiger I qui sont disponibles au sein de la Pz-Abt 301 (Funklenk) rattachée à la 9. Panzer-Division. Mais ces engins ne furent pas engagés au front avant que la bataille ne soit perdue : le 25 décembre, ils sont détachés de la division, faute de pouvoir être convoyés par trains suite à des destructions. Ils seront finalement engagés en Rhénanie face aux Britanniques. La Kompanie Hummel, à l’origine une formation d’entraînement devenue unité d’alerte, déjà engagée à Arnhem, participe à la bataille avec 8 Tiger I dont certains de début de production. Ils sont intégrés à la s. Pz-Abt 506 en qualité de 4. Kompanie. On est donc loin d’un raz-de-marée de Tiger. Ces derniers subiront par ailleurs des pertes sensibles, leur mécanique fragile, leur forte consommation d’essence et surtout leur encombrement posant de sérieuses difficultés. Au 24 décembre, le s. SS-Pz-Abt 501 aura perdu 11 Tiger, dont les 6 qui doivent être abandonnés par Peiper. 14 Tiger II et un Tiger I doivent aussi être sabordé au s. Pz-Abt 506 à la mi-janvier 1945.

 

Quel bilan peut-on tirer de la confrontation entre Panzer et Tanks ?

Comme d’accoutumée, la Panzerwaffe peut s’enorgueillir de faits d’armes retentissants aux dépends de ses adversaires. Les pertes totales en blindés des deux camps seraient respectivement de 610 Panzer, Panzerjäger et Sturmgeschütze et 730 tanks et Tank Destroyers américains, étant entendu que nombre de blindés allemands ont dû être abandonnés ou sabordés, ce qui fait que les pertes aux combats sont plus élevés au sein des formations américaines. La 9th Arm Div perd ainsi 88 tanks dans la défense de Saint-Vith tandis que pendant la phase délicate du repli, le 21 décembre, le CCB 7th Arm de Hoge est anéanti : si les Tank Destroyers survivent au désastre, le CCB n’aligne plus que 4 chars et 900 hommes sont perdus. Devant Bastogne, des dizaines de carcasses de chars et de Tanks Destroyers des différentes Task Forces et Teams blindées des CCB/10 et CCR/9 témoignent également de la valeur des Panzer-Divisionen. Peu avant Noël, 17 tanks sont détruits par la 2. SS Panzer-Division « Das Reich » à Baraque de Fraiture. Au cours de la première semaine de janvier, en 4 jours, la 11th Arm Div n’est parvenue à avancer que de 9 kilomètres pour la perte de 220 tués, 441 blessés et 54 tanks détruits. Face à elle s’est distinguée plus particulièrement la Führer Begleit Brigade.

Pour autant, échecs et succès semblent se contrebalancer dans chaque camp. Le 19 décembre, la 2. Panzer souffre à Noville, dans le périmètre nord de Bastogne, face au Team Desobry : 19 Panzer sont incendiés contre 2 Sherman et un Tank Destroyer détruits. A Krinkelt-Rocherath, si le 741st Tank Battalion perd 11 Sherman, il détruit en revanche 37 Panzer selon les estimations. 60 blindés de la 12. SS Panzer auraient été touchés, dont 31 Panzer et StuG. La « Hitlerjugend » est définitivement stoppée à Dom Bütgenbach. Les combats pour ces trois localités n’ont duré que cinq jours, mais cinq jours au cours desquels la 12. SS Panzer accuse la perte de 65 Panzer et Panzerjäger : il ne lui en reste plus que 50 ! A Bütgenbach, les Américains ne perdent que 6 tanks et TD M10 et 5 canons antichars détruits.

Le Kampfruppe Peiper évacue la Gleize après avoir perdu une partie non négligeable du matériel de la 1. SS Panzer : il a perdu 87 Panzer ! La 2. Pz, parvenu à quelques kilomètres de la Meuse en s’emparant de Celles puis de Foy-Notre-Dame subit un désastre similaire quasiment au même moment puisque la 2nd US Arm dénombre en effet sur le terrain pas moins de 82 Panzer, 83 canons d’assaut et pièces d’artillerie et 441 véhicules. Pour réaliser cet exploit de taille, la « Hell on Wheels » n’a consenti que des pertes mesurées : 17 tués, 26 disparus et 201 blessés ainsi que 28 chars touchés, dont seulement 2 seront perdus définitivement. Les pertes au cours des différents engagements paraissent au final plutôt équilibrées même si les engins détruits directement par le feu de l’ennemi sont plus nombreux dans le camp américain puisque des Panzer sont sabordés pour raisons mécaniques ou faute d’essence.

 

La Wehrmacht a-t-elle réellement manquée d’essence dans les Ardennes ?

C’est une des idées les plus attachées à la bataille. Pourtant, la Wehrmacht a fait des efforts surhumains pour se constituer les 23 millions de litres nécessaires de réserves de carburant pour l’offensive. Pour autant, les difficultés de fret et la crainte que des dépôts de carburant ne soient détruits par des frappes aériennes alliées font que la moitié du précieux liquide se trouve encore sur la rive est du Rhin lors du lancement d’ « Herbstnebel ». Les forces de Model n’ont donc avec elles que cinq jours de carburant. Si les nombreuses unités hippomobiles n’en souffrent évidemment pas, l’essence manque ainsi à plus d’une reprise aux unités constituant le fer de lance de l’offensive : la 2. Panzer-Division manque d’essence le 20 décembre, alors que la route s’ouvre à elle au-delà d’Ortheuville, puis le 21 décembre, alors que le moindre délai peu avoir des conséquences dramatiques. Faire monter le ravitaillement à travers des routes congestionnées se révèlent être une gageure. Même des unités qui interviennent en second échelon comme la Führer Begleit Brigade ou la 9. SS Panzer-Division en manquent dès le début. Parfois, c’est la découverte inopinée qui permet à une colonne de poursuivre l’avance alors que les réservoirs sont ainsi à sec : ainsi Peiper à Büllingen (227 000 litres) et la 116. Panzer à Samrée (136 000 litres). Cette division menace les arrières des forces américaines déployées en arc de cercle autour de Saint-Vith. Mais si un dépôt de carburant est découvert par un bataillon de reconnaissance presque à sec, l’occasion de réaliser un encerclement est manquée. Le carburant a donc manqué, et ce depuis la période de remise en condition avant l’offensive. Si les stocks étaient conséquents, la difficulté première, comme en Normandie, aura été de faire parvenir le précieux liquide jusqu’aux premières lignes. Quant à compter sur la saisie de stocks chez l’ennemi, on ne peut raisonnablement baser une offensive majeure et décisive sur un tel postulat…

 

Une infériorité du GI comme à Kasserine en Tunisie ?

Outre le manque d’essence, la Wehrmacht a encore fait preuve de ses insuffisances habituelles et récurrentes. Dans les Ardennes, comme en Tunisie et en Normandie, une offensive de Panzer est dramatiquement retardée par l’intervention énergique de petits groupes de combattants américains déterminés, souvent dépourvus –mis à part devant Saint-Vith et Bastogne- de tout soutien antichar et blindé digne de ce nom. Sur ordre ou de leur propre chef, des petits groupes de GIs vont établir des roadblocks qui, mis bout à bout, et sur toute la largeur du front d’attaque allemand, vont finir par multiplier les retards dans une offensive au timing serré et dont la condition sine qua non du succès repose précisément sur la rapidité d’intervention. Si deux régiments de la 106th ID doivent déposer les armes dans le Schnee Eiffel, on reste surpris devant l’incapacité des Allemands à anéantir la 28th US ID étirée sur un front démesurément étendu.

On ne peut que constater le succès de petites unités américaines qui ont été en mesure de retarder les Allemands. Le branle-bas de combat touche jusqu’à l’intendance américaine. On vit des secrétaires, cuisiniers et autres non-combattants s’initier à la hâte au maniement des bazookas, des mortiers et des mines. De faibles unités comme les deux formations de cavalerie américaines, le 14th Cavalry Group, 800 hommes étalés sur 8 à 9 kilomètres entre les 99th et 106th US ID, et le 102nd Cavalry Group, font parfois preuve d’une capacité de résilience étonnante. Au sud-ouest de Saint-Vith, à l’initiative d’un certain Stone, le chef d’une unité de DCA, un groupe de combat ad hoc est formé en intégrant les survivants de la 28th US ID qui refluent vers le nord-ouest. A Bertrix, les plans pour une défense coordonnée sont établis par le lieutenant-colonel Wells, le commandant du 509th Maintenance Battalion…. 4 Sherman et un half-track sont pris dans l’atelier de réparation lourde et sont confiés à 21 hommes de la 553rd Ordnance Heavy Maintenance Company. Ces hommes de l’intendance sont ensuite positionnés en dehors de la ville, prêts à affronter l’ennemi ! Comme à Kasserine, le génie américain, dont les hommes reprennent leurs armes remisées depuis des semaines, fait des merveilles et les bataillons indépendants disponibles au niveau des corps d’armées sont mis à profit pour édifier tant bien que mal des défenses alors que les unités d’infanterie font défaut pour tenir le terrain. C’est ainsi que le 291st Engineer Combat Battalion est confronté au Kampfgruppe Peiper et s’évertue à retarder un adversaire pourtant particulièrement redoutable. Au matin du 18 décembre, devant Bastogne non encore défendue par la 101st, le lieutenant-colonel Tabet obtient 4 pièces de 105 mm automotrices, 8 chars légers et 2 Sherman pour renforcer les positions de son 158th Engineer Combat Battalion. Tous ces engins proviennent des dépôts de l’intendance et sont manœuvrés par des mécaniciens. C’est avec ce genre de Task Forces combattantes que l’offensive de la Wehrmacht s’enraille et, finalement, échoue.

On a déjà souligné les erreurs des 2., 116. et Panzer-Lehr-Divisionen ainsi que les échecs coûteux de la « Leibstandarte Adolf Hitler », de la Hitlerjugend » et de la 2. Panzer-Division. Les Fallschirmjäger, surtout ceux de la 3. FJD, ne font pas davantage montre de réussite… L’élite de la Wehrmacht et de la Waffen SS subit des revers significatifs. Les combats défensifs menés par les Américains sur la crête d’Elsenborn, face au Kampfgruppe Peiper, à Saint-Vith et à Bastogne témoignent de la parité tactique entre les deux armées à ce stade de la guerre. En dépit d’un rapport de force initial largement en sa défaveur et de l’effet de surprise, la victoire des Ardennes est avant tout celle du soldat américain.

 

Qui a gagné la course aux renforts ?

La Wehrmacht attaque dans les Ardennes avec des réserves substantielles. Outre des Panzer-Divisionen devant être engagées en second échelon afin d’assurer le maintien du tempo de l’offensive : c’est le cas du II. SS-Panzerkorps à la Pz AOK 6 avec les 2. SS et 9. SS Panzer-Divisionnen, ou encore la Führer-Grenadier-Brigade. L’OKW fera intervenir la Führer-Begleit-Brigade (réserve de Manteuffel) et la 3. Panzer-Grenadier-Division, de même que la 9. Panzer-Division (en soutien du XLVII. Panzerkorps au-delà de Bastogne) ou encore la 15. Panzer-Grenadier-Division initialement prévue pour la 7. Armee, mais d’autres unités ne participeront pas à la bataille (ainsi de la « Frundsberg »). Plusieurs Volksgrenadiere-Divisionen interviennent aussi au cours de la bataille : les 9., 79. et 167. VGD. DE façon caractéristique, c’est sur le front de la 5. Panzerarmee que sont envoyés la majeure partie des réserves, la Pz AOK 6, stoppée sur un front étroit, s’étant rapidement fourvoyée dans une impasse.

En face, les restes des unités malmenées au cours des premiers jours de combats soutenus par les soldats du génie et de l’intendance ne vont pas rester longtemps seuls. Les nombreux renforts dépêchés dans les Ardennes par un Eisenhower clairvoyant sont à mettre au crédit d’une US Army très réactive et très bien organisée. Certes, certaines unités sont engagées au compte-gouttes et subissent des pertes sérieuses (notamment la 10th Arm Div) mais les Allemands sont retardés en attendant l’arrivée de nouveaux renforts et c’est ce qui compte.

C’est ainsi que la 82nd Airborne, d’abord destinée à la défense de Bastogne mais que l’urgence de la situation a envoyée plus au nord, comble quelque peu la brèche à Werbomont et au sud de l’axe d’avance du Kampfgruppe Peiper. La 3rd US Arm Div est également sur le point de se déployer contre la 116. Panzer qui continue sont avance au-delà d’Houffalize. A Bastogne, Middleton peut désormais compter sur le CCB 10th Arm Div et sur la 101st Airborne. Ces quatre divisions ne sont que les premières à venir épauler le VIIIth Corps. Au 19 décembre, les Américains ont déjà 180 000 hommes engagés dans les Ardennes contre 80 000 au 16 décembre. 14 divisions américaines sont engagées contre 18 chez les Allemands.

Pis pour les Allemands, la 3rd US Army de George Smith Patton, qui a déjà cédé sa 10th Arm Div, est sur le point de frapper en force le flanc sud de la percée allemande. Les Allemands doivent aussi compter avec le chef du 21st Army Group de Montgomery qui déploie des formations britanniques pour mettre en défense les ponts de la Meuse. Montgomery ordonne aussi au VIIth US Corps de Collins de se positionner derrière l’Ourthe avec les 2nd Arm, 84th et 75th US Divisions.

L’offensive des Ardennes a obligé les Américains à faire intervenir leurs dernières divisions encore présentes en Angleterre au 16 décembre. Il s’agit des 11th Arm, 17th Airborne, 66th ID (débarquant en France le 26 décembre), 76th ID (arrivée en Angleterre le 21 décembre et dépêché en urgence en France dès le 17 janvier) et la 69th ID. Bien plus, à Noël, 30 000 remplaçants ont été fournis au 12th US Army Group : un luxe qu’ignorent les divisions du Reich… La brèche est donc colmatée et la Wehrmacht perd rapidement la supériorité matérielle et numérique acquise à la veille de l’offensive.

 

La prière de Noël de Patton : un mythe ?

Immortalisée par le biopic hollywoodien « Patton », le commandant de la 3rd Army, irrité par les conditions météorologiques alors que la percée vers Bastogne se fait attendre, aurait donné l’ordre à l’aumônier O’Neill de rédiger une prière pour le beau temps. Pourtant, cette décision passée à la postérité a été prise deux semaines plus tôt, bien avant l’offensive allemande. Cette fameuse prière fait toutefois son chemin jusque dans les Ardennes puisqu’elle est imprimé au dos de la carte de vœu de Noël distribuée par Patton à ses GIs. Ce dernier aurait rédigé en personne d’autres prières, dont une en date du 23 décembre mais elles n’ont été mises à la connaissance du public qu’après la guerre par l’office du tourisme du Luxembourg,

 

Les Ardennes : une bataille dans la neige ?

Incontestablement, la neige a posé de sérieuses difficultés aux belligérants des deux camps. Pour autant, les affrontements des premières journées –décisives- ne se sont nullement déroulées dans le cadre d’une nature revêtue d’un blanc manteau neigeux, si ce n’est sur certaines crêtes ou quelques versants, sans pour autant que la couche soit profonde. La neige s’invite pourtant rapidement. Le 21 décembre, les températures chutent, avant que ne commence à tomber la neige, procurant une meilleure mobilité pour les véhicules. Il faudra donc parfois combattre dans des bourrasques de neige. Les clichés des combats de janvier 1945 nous montrent invariablement le champ de bataille recouvert d’une neige épaisse. Celle-ci est donc une donnée essentielle et caractéristique de la bataille des Ardennes. Pour autant, les premiers jours de la contre-offensive, ceux qui seront décisifs, se déroulent certes dans le froid et dans le brouillard, mais avant tout sur un terrain boueux, peu propice au déploiement des blindés. Quand la neige fait son apparition, la cause est entendue.

 

Une Luftwaffe absente du champ de bataille ?

Le choix d’attaquer en novembre, puis en décembre, est un choix tactique délibéré du Führer. Le mauvais temps et le brouillard sont sensés annuler tout bénéfice de soutien aérien aux Alliés dont la suprématie aérienne est incontestable. Il reste que ceci signifie également toute absence d’aide significative de la part des escadrilles de la Luftwaffe tandis que les V1 et V2, qui font fi de la météo, sont lancés sur Anvers, l’objectif ultime d’ « Herbstnebel ». De fait, la bataille des Ardennes sera avant tout une bataille menée au sol.

Le 16 décembre, la Luftwaffe, qui renaît de ses cendres, disposerait à l’Ouest de 1 770 chasseurs monomoteurs, 140 bimoteurs, 55 bombardiers, 40 bombardiers à réaction, 65 appareils de reconnaissance et peut-être 390 appareils d’appui au sol. La bataille aérienne sera plus équilibrée qu’en Normandie. Handicapée par le manque d’expérience de nombre de son personnel volant ainsi que du manque de carburant, la Luftwaffe fera tout son possible pour procurer un appui aux troupes au sol, notamment à Bastogne les 24, 25 et 26 décembre. Elle epeut se révéler redoutable : 53 appareils alliés sont revendiqués détruits le 24 décembre (en fait, une trentaine de réellement détruits au maximum). La veille de Noël, le premier bombardement à partir de jets (des Arado) est mené sur Liège, où, le lendemain, pour la première fois également, un chasseur à réaction Me-262 est abattu. Quelques jours auparavant, des Marauders sont décimés par la Tagjagd. De vénérables Stuka interviennent la nuit au sein d’un Nachtschlachtgruppe. Des Ju-52 et des He-111 sont engagés pour larguer des leurres ainsi que de véritables parachutistes : les hommes de von der Heydte (opération « Stösser »). Les combats ne se limitent pas aux Ardennes : de nombreuses incursions s’effectuent dans la profondeur dès le 16 décembre pour frapper les aérodromes et les lignes de communications des Alliés (parfois jusqu’à Calais), afin de contrecarrer l’arrivée des renforts.

L’impact de l’aviation alliée dans la bataille se mesure à plusieurs niveaux. Au niveau stratégique, il empiète sur l’arrivée des renforts et surtout sur l’acheminement des munitions et du carburant accumulés pour l’offensive. Sur le plan tactique, outre les mitraillages de convois et les bombardements de concentration de troupes, une simple attaque peut perturber gravement toute une chaîne de commandement : ainsi, lorsque le PC du LXVII AK est touché par l’aviation, il ne peut plus coordonner et diriger ses divisions ! Les unités de transport interviennent avec la même efficacité. Le 23 décembre, 241 Dakota larguent 144 tonnes de ravitaillement aux assiégés de Bastogne, qui manquent alors cruellement de munitions et de matériel médical. C’est ainsi que 80 tonnes de ravitaillement sont parachutées jusqu’au 26 décembre en même temps qu’arrivent 11 planeurs, transportant notamment quelques chirurgiens. La FLAK réussit à abattre 19 Dakota. L’aviation tactique appuie également les assiégés en multipliant les attaques et les bombardements, notamment au napalm. La Luftwaffe ne peut guère l’en empêcher.

Hitler n’a pas dit son dernier mot et déclenche l’opération « Bodenplatte » le 1er janvier 1945. Retardée à plusieurs reprises, cette opération aérienne de grande ampleur vise à la destruction de l’aviation tactique alliée an l’attaquant sur ses bases en Belgique et aux Pays-Bas. Elle est également de nature à montrer une nouvelle fois aux Alliés que les Allemands ne sont pas encore vaincus et que le Reich est déterminé à poursuivre la lutte. Trois formations totalisant 1 035 chasseurs Focke-Wulf 190 et Messerschmitt 109 attaquent en rase-motte à partir de 9h20. Les Alliés perdent environ 500 appareils (305 pertes certaines et 190 avions endommagés), dont à peine 15 chasseurs alliés en combat aérien… Mais la DCA et la chasse alliées font payer un lourd tribut à la Luftwaffe qui perd 280 appareils et 60 commandants d’unités. Les Allemands perdent 210 pilotes contre une cinquantaine… La Luftwaffe a été saignée à blanc mais les Alliés, très surpris, vont continuer à la redouter et elle continue à participer à la bataille au cours de laquelle elle n’a pas été absente, se montrant, comme en Normandie, plus efficace et plus dangereuse au cours de ses missions nocturnes.

 

Patton et Montgomery : leurs interventions ont-elles eu un impact décisif sur les opérations?

  

Films et documentaires accordent la part belle à George Patton, de nombreux ouvrages sont à l’avenant. Le succès final de l’US Army doit beaucoup de crédit à la réactivité d’Eisenhower mais, si Hodges (le chef de la 1st US Army) est resté en retrait, aussi à la qualité des chefs de corps d’armées, à commencer par ceux de la 1st US Army, Ridgway et Gavin notamment, mais aussi Middleton, dont le VIIIIth Corps est sérieusement malmené au cours des premiers jours de la contre-offensive.

Pour autant, davantage que pour Bradley (qui commande le 12th US Army Group), le professionnalisme et le talent de la 3rd US Army et de son chef, le bouillant Patton, tiennent un rôle essentiel dans la victoire. Les talents multiples du Californien se révèlent avec brio au cours de sa brillante participation à la bataille. Fin novembre 1944, Patton démontre la pertinence de son jugement de général. « La 1ère armée commet une terrible erreur en laissant le 8e corps statique car il est hautement probable que les Allemands se renforcent à l’est de celui-ci ». Une semaine avant l’attaque allemande, Oscar Koch, son chef de renseignement, s’attend à une offensive, probablement en direction de Luxembourg. Patton est donc le seul des grands subordonnés d’Eisenhower à rejeter l’idée que les Allemands considèrent les Ardennes comme un secteur calme destiné aux unités au repos. Des plans sont donc dressés en conséquence, de sorte que de toutes les armées alliées, la 3rd US Army sera la moins prise au dépourvue par la contre-offensive de la dernière chance de Hitler.

Cela va lui permettre de lancer sa contre-attaque avec une surprenante célérité, ce qui sera déterminant pour la survie de la garnison de Bastogne et, partant, pour l’échec final de l’offensive voulue par Hitler Pour autant, il serait à ce propos abusif de lui attribuer tous les mérites de ce virage à 90° : il bénéficie d’une équipe de collaborateurs de premier ordre. Une fois la jonction établie avec Bastogne, Patton a su tenir ouvert le corridor au cours de la phase la plus disputée de la bataille. Il est injuste de lui attribuer l’échec de l’anéantissement des forces allemandes aventurées au-delà de Bastogne : de façon fort avisée, il préconisait au contraire de frapper à la base du saillant, en dépit du terrain difficile et des intempéries.

Que dire de Montgomery ? Ce dernier écrit à Eisenhower le 15 décembre, que « sa situation [en parlant de l’ennemi] est telle qu’il n’est pas en mesure de déclencher d’opérations offensives en force ». On ne pouvait mieux se tromper… L’une des décisions les plus controversées d’Eisenhower est celle d’avoir placé la 1st US Army sous le commandement du Field-Marshall britannique, qui dispose déjà de la 9th US Army. Dire que sa reprise en main de la 1st US Army fût salvatrice est une absurdité (ce qui ne signifie pas pour autant que les mesures décidées par Montgomery n’ont pas été forcément pertinentes, notamment en ce qui concerne Saint-Vith). Le rétablissement défensif est avant tout le fait des GIs engagé sur la ligne de front et celui de leurs supérieurs, chefs de corps et de divisions. Timoré, il ne cesse de repousser la date de contre-attaque, au grand dam de ses subordonnés américains à qui, il faut le reconnaître, il finira par laisser tout de même une certaine liberté d’action. Quant au déploiement du XXXth Corps britannique sur la Meuse, sa volte-face aurait de toute façon été ordonnée par Ike. Ses propos trop polémiques lors d’une conférence de presse feront croire qu’il s’est considéré comme le sauveur de l’US Army, ce qu’il n’est assurément pas.

 

Les Allemands ont-ils manqué des occasions ?

Peut-on imaginer un retournement complet de situation à ce stade du conflit ? C’est vraiment difficile à admettre sérieusement. En revanche, la bataille des Ardennes est celle des occasions manquées pour les Allemands qui auraient pu davantage capitaliser l’effet de surprise acquis ainsi que leurs qualités manoeuvrières. Les chefs allemands, pourtant loués pour leur esprit d’initiative, manquent d’exploiter de nombreux succès alors que des opportunités incroyables s’offrent à eux.

On écartera la possibilité d’un éventuel succès pour les opérations spéciales « Stösser » (largage de 800 Fallschirmjäger commandés par l’Oberst von der Heydte) et « Greif » (infiltration de commandos du SS Otto Skorzeny vêtus en GIs dans les lignes américaines). Le fiasco attendu est inévitable : préparation brouillonne, équipages de Ju-52 inexpérimentés, Fallschirmjäger novices pour la majorité d’entre eux, un manque de matériel lourd et de communications, des formations SS dans l’incapacité de percer et d’établir la jonction… Quant à Skorzeny, il ne dispose que de trop peu de soldats allemands parlant anglais et vêtus et équipés en GIs.

A la 6. Panzerarmee, on reste coi devant l’avance isolée de Peiper. Fonçant de l’avant, Peiper et ses hommes sont à La Gleize au 19 décembre. A cette date, la 116. Panzer est à Houffalize mais les autres unités allemandes de la 5. Panzerarmee sont encore devant Bastogne et Saint-Vith. Un peu plus d’énergie moins d’occasions manquées et Peiper ne serait pas isolé ainsi vers l’avant. Le plan retenu va être aussi l’occasion de bien des ratés, faute de souplesse dans sa mise en œuvre. Au nord de Büllingen, il laisse passer une chance inouïe de prendre à revers les 99th et 2nd US ID et provoquer un effondrement de la défense américaine sur la crête d’Elsenborn, ce qui aurait changé la donne pour une 6. Panzerarmee qui ne sera jamais en mesure de percer sur une largeur de front suffisante pour se déployer en puissance. Et pour cause : les Panzer-Divisionen ont reçu l’ordre de foncer au plus vite vers la Meuse… Après le succès de l’embuscade du 14th Cavalry Group à Poteau, le Kampfgruppe Hansen ne poursuit pas l’avance vers Vielsam, pourtant à portée. Pis, en dépit de la manœuvre de contournement effectuée par la 2. SS Panzer « Das Reich », les Allemands ne parviennent pas à saisir l’occasion de capturer les 20 000 Américains qui défendent Saint-Vith…

L’échec devant Saint-Vith n’est pas le seul « raté » de la 5. Panzerarmee. Le 18 décembre, le bataillon de reconnaissance de la 116. PZD est au sud d’Houffalize tandis que la division se regroupe en arrière, à Heinerscheid. Continuant vers La Roche-en-Ardennes, les Allemands atteignent l’Ourthe mais le pont est détruit. Il faut donc se résoudre à tenter le passage par le sud-ouest, en rejoignant la route Marche-Bastogne. Les Allemands sont maintenant devant le pont d’Ortheuville, faiblement défendu par une poignée d’Américains. Ils n’osent pas attaquer, convaincus que le pont sautera lui aussi. Krüger, le chef du LVIII Panzerkorps, ordonne alors de reprendre le chemin en sens inverse (la nuit est tombée!) et de repasser par Houffalize. Cette décision malheureuse constitue une des erreurs majeures de l’opération « Herbstnebel ».

A Bastogne, la 2. Panzer, puis la Panzer Lehr, ratent toute deux l’occasion de prendre Bastogne sans coup férir le 18 décembre. Bayerlein a commis une erreur de taille en empruntant un chemin boueux en négligeant toute reconnaissance préalable. Le lendemain, il manque une nouvelle occasion de faire tomber Bastogne sans difficulté majeure. Parvenue à deux kilomètres de Longvilly en soirée du 20 décembre, la 2. Panzer oblique vers le nord, en direction de Bourcy. Une belle occasion est de nouveau manquée. Ce même jour, la 26 VGD n’est pas plus en mesure d’exploiter une faille dans le dispositif défensif américain autour de Bastogne car seul un bataillon de fantassins appuyé par 7 Sturmgeschütze tente la percée.

Ces quelques exemples illustrent les occasions manquées, mais ils ne doivent pas ternir plus qu’il ne faut les succès remportés : bien des faits d’armes et des coups d’éclat jalonnent le parcours des unités ayant participé à « Herbstnebel », une bataille marquée par un certain nombre d’idées reçues ou de clichés que nous espérons avoir contribué à briser.

Mon article a été publié dans 2e Guerre Mondiale Magazine n°70

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