Films de Guerre/ War Movies (9/100): CARILLONS SANS JOIE

CARILLONS SANS JOIE

Une fois n’est pas coutume, la France est à l’honneur dans un film de guerre signé Charles Brabant (sur un scénario de Denys de la Patellière qui, décidément, se passionne pour la guerre en Afrique: il réalisera peu après Un taxi pour Tobrouk, que j’ai commenté ici, puis Les Epées de Diamant, fiction basée sur la vie de Hans-Joachim Marseille, l’as de la Luftwaffe en Afrique). Et le sujet est pour le moins original: la bataille de Medjez-el-Bab, en novembre 1942, sur un front méconnu, pourtant le cadre d’une campagne majeure et de prime importance: la Tunisie.
Ce petit film original -que je recommande- a été tourné dans le sud de la France -dans la Var- en 1961, sur un espace qui rappelle l’Afrique du Nord, moyennant l’implantation d’un « village tunisien » dans le décor et un défrichement de la végétation.

Si les faits relatés sont véridiques, et d’autant plus importants qu’ils représentent le retour de l’armée française -l’Armée d’Afrique qui dépendait de Vichy- du côté des Alliés avec des effectifs conséquents (ce que n’étaient certes pas les FFL, bien peu nombreux…), le film fait quelques entorses avec la réalité.

On note d’abord l’absence de paras allemands -les Fallschirmjäger– parmi les assaillants, puisque ce sont les soldats du FJR 5 qui réaliseront l’exploit, sans blindés -contrairement au film- et sans bénéficier de la supériorité numérique, bien au contraire. Soutenus par des Stuka, c’est à la faveur d’un véritable coup de bluff que Knoche s’empare du pont sur la Medjerda, qui donne toute son importance à ce carrefour routier.

Ci-dessus: Fallschirmjäger en Tunisie, près d’un panneau indicateur mentionnant le lieu de leurs exploits du début de campagne.

Le réalisateur met bien en lice une poignée d’Américains, ce qui est réaliste (sauf la présence d’un Noir: les formations américaines partaient encore la ségrégation…), les Britanniques, paras (« Red Devils ») et artilleurs, sont oubliés…

 

Moyens et acteurs

Une pléiade d’acteurs français célèbres de l’époque jouent dans le film: Paul Meurisse (le capitaine de Lambérie, l’officier français qui entend faire son devoir), Raymond Pellegrin (Bourgeon, un autre cadre français, pressé d’en découdre avec les Allemands), Roger Hanin, Georges Wilson, la belle Dany Carrel (une juive tunisienne)… Les rôles allemands ne sont pas vraiment développés

Côté matériel d’époque , il y a bien un half-track américain, des Kübelwagen, des motos BMW et Zundapp ainsi qu’un Laffly, mais, si les Français son corrects (avec de beaux FM 24/29 et les fameuses bandes molletières), en revanche, les uniformes des Allemands ne sont pas conformes: ce ne sont pas des paras et, quand bien même il s’agirait d’évoquer des soldats de la Heer ou des rampants de la Luftwaffe, les tenues sont fantaisistes, l’équipement en cuir et non en coton filé (ceinturons, brelages, etc), les bottes en caoutchouc (le cuir aurait été aussi une erreur: il aurait fallu des brodequins ou des bottes lacées en toile)…

Le film

En dépit d’un fidélité absolue à la réalité historique, le récit est tout de même bien fait et intéressant car il met bien en évidence le dilemme qui frappait le forces de Vichy déployées en Tunisie commandées par le général Barré: des ordres contradictoires, une envie de reprendre la lutte contre l’envahisseur de 1940 mais un légalisme absolu des officiers supérieurs, les directives de l’amiral Esteva en Tunisie… Pour étoffer le scénario, une idylle survient entre Pellegrin et Carrel, mais elle n’est pas incongrue. On notera un élément stupéfiant et osé: Roger Hanin campe un soldat ouvertement antisémite… Comme dans la ralité, les Allemands doivent négocier leur passage, mais les Français attendent les directives de leurs supérieurs. Finalement, le combat éclate. Un des épisodes forts du film est le moment de bravoure -ou de folie?- de Meurisse/Lambérie défiant les Allemands du haut de son cheval sur le pont tant convoité…

Pour voir des photographies du tournage:

http://www.livresdeguerre.net/forum/contribution.php?index=20447

Les faits historiques:

Le Fallschirmjäger-Regiment 5. ne possède que les I et III bataillonen, le second étant affecté à la Brigade Ramcke depuis le printemps 1942. Koch, un des héros d’Eben-Emaël en 1940, et ses Fallschirmjäger parviennent à s’emparer de l’important carrefour de Medjez el Bab à la faveur d’un incroyable coup de bluff. Le 18, les Allemands, appuyés par Vichy, lancent un ultimatum à Barré : celui-ci doit laisser le passage aux Allemands où les hostilités seront déclenchées. Devant le refus d’obtempérer des Français, les Allemands mettent leur menace à exécution et les parachutistes de Knoche se lancent à l’assaut avec l’appui de la Luftwaffe. Après avoir essuyé un premier échec, les Fallschirmjäger traversent le fleuve par petits groupes à la faveur de la nuit. Simulant un nouvel assaut avec l’arrivée de renforts, Knoche, le chef du FJ Bn III, parvient à provoquer le décrochement des Alliés, qui ne prennent même pas la peine de détruire le précieux ouvrage d’art qui enjambe la Medjerda. Ce succès n’a coûté que 22 pertes aux Fallschirmjäger renforcés par deux compagnies italiennes. Ils tiennent cependant fermement la rive et couvrent le pont de leurs tirs, coupant ainsi la route de Tunis aux Alliés. Le 26, à la grande fureur de Kesselring, Medjez-el-Bab est abandonné par les paras sur ordre de Nehring (qui dirige alors la tête de pont de l’Axe en Tunisie), non sans avoir au préalable détruit son pont et offert une résistance acharnée aux alliées pendant plusieurs jours.

 

Les Allemands, qui engagent quelques Tiger I nouvellement arrivés en Tunisie, tentent en vain de reprendre l’important carrefour en décembre 1942. Medjez-el-Bab et ses alentours seront le cadre de combats acharnés jusqu’à la fin de la campagne, notamment au cours de la très méconnue opération « Ochsenkopf »:

Campagne Tunisie/Tunisian Campaign (2) Ochsenkopf

 

Pour voir le film:

QUE SIGNIFIE LE 6 JUIN POUR LES DIFFERENTS BELLIGERANTS?

QUE SIGNIFIE LE 6 JUIN POUR LES DIFFERENTS BELLIGERANTS?

 

Jour J, Invasion, D-Day, Second Front… au-delà des différentes appellations retenues pour qualifier le débarquement des forces alliées en Normandie le 6 juin 1944, quel est la signification de cet événement majeur de la Seconde Guerre mondiale pour les principaux belligérants?

 

Le Jour J pour les Français

Le 6 juin 1944 est devenu pour les Français LE Débarquement, avec un « D » majuscule, sans qu’il soit nécessaire de préciser davantage. Le retour des Alliés sur le continent européen, cette fois-ci avec l’appui massif et décisif des Etats-Unis, signifie la promesse de la libération. La France subit en effet le joug nazi et les conséquences d’une occupation très dure depuis déjà quatre années. Sur le plan militaire, la participation française reste une anecdote mais un symbole fort: quelques paras SAS et les 177 commandos de Kieffer, des marins des FNFL ainsi que des aviateurs des FAFL. Le 6 juin, c’est aussi, pour la résistance, le signal d’un passage à l’action / Au final, ce jour mémorable signifie, pour les Français, le symbole de la victoire sur l’Allemagne nazie et la première étape de la Libération. Certes, le souvenir reste vivace chez tous les témoins d’alors. Tout le monde se souvient de ce qu’il a fait ou vu le 6 juin. A l’espoir et au soulagement de beaucoup se conjugue malheureusement la souffrance et le deuil pour ceux qui, à l’aube de la liberté, ont perdu tous leurs biens et leurs proches…

 

Le D-Day des Britanniques

Churchill prépare le retour des forces armées britanniques depuis quatre ans, depuis l’humiliante mais décisive évacuation de Dunkerque. Le jour tant attendu survient enfin, en dépit de son intense activité en faveur d’une stratégie périphérique en Méditerranée ou vers les Balkans. Le chemin de la victoire et du retour en France commence à El Alamein. Il a été rendu possible par les victoires remportées dans le ciel anglais en 1940 et dans l’Atlantique. Après le Blitz et diverses humiliations, l’heure de la revanche a sonné! En 1940, le BEF n’aligne que quelques centaines de milliers d’hommes. L’armée qui débarque en 1944 est bien plus puissante et rôdée au combat par un entraînement et une préparation intensive. Pour peu de temps encore, elle peut se targuer d’être à parité avec l’US Army. Car cette bataille qui s’inaugure avec le 6 juin n’est pas seulement la campagne la plus importante de la guerre pour les Britanniques, elle aussi celle où l’allié américain devient prédominant au sein de l’alliance. Le 6 juin, elle démontre toute sa capacité d’innovation : chars « funnies », engins de débarquement, matériel spéciaux et, bientôt, ports artificiels.

 

Le 6 juin des Canadiens

Les Canadiens débarquent sur « Juno Beach » en cette aube grisâtre de juin 1944. Eux aussi ont une revanche à prendre: celle du raid insensé de Dieppe qui leur a coûté près de 1 000 tués en 1942… Un raid dont, pourtant, on a tiré de précieux enseignements pour ce 6 juin 1944. Ces valeureux soldats canadiens, qui sont tous des volontaires, ne demandent qu’à en découdre avec l’adversaire. Une partie de leur contingent est resté bloqué dans la campagne d’Italie mais c’est en Normandie que cette armée trouve sa raison d’être: participer à l’effort de guerre des démocraties, et en particulier la Grande Bretagne dont on se sent toujours proche, dans leur lutte contre les dictatures de l’Axe. Les soldats qui débarquent le Jour J ne sont que l’avant-garde d’un corps puis finalement d’une armée canadienne, mise sur pied dans le but de débarquer en France pour y vaincre l’ennemi. Le 6 juin 1944 est donc, pour ces Canadiens, l’aboutissement d’un engagement. Pour certains d’entre eux, francophones du Québec, cette participation à la libération de la France, a peut-être une résonnance encore plus forte.

 

« The Invasion of Normandy » des Américains

Les autres Nord-Américains impliqués dans l’opération « Overlord » sont bien sûr les soldats des forces armées des Etats-Unis. Depuis l’entrée en guerre du pays et l’acceptation du principe du « Germany First », l’US Army se prépare à ce qui constitue la raison d’être de sa mise sur pied et de l’entraînement minutieux auquel elle est soumis: le débarquement en France suivi d’une poussé vers le coeur du Reich dans un affrontement du fort au fort visant à détruire la Wehrmacht et la capacité de l’Allemagne à poursuivre la guerre. Toutes les autres opérations, notamment en Méditerranée, ne sont que des pis-aller faute d’être en mesure de débarquer dès 1942 (elles ont pourtant été essentielles pour l’apprentissage des opérations amphibies et aéroportés d’envergure ainsi que dans l’expérience acquise pour l’US Army). Le 6 juin 1944, la bataille décisive pour l’US Army peut donc commencer. Le sang versé à « Omaha Beach » et les actes héroïques à l’instar de l’assaut de la Pointe-du-Hoc vont devenir le symbole de l’engagement des Etats-Unis dans la victoire, de leur lutte pour la démocratie et les droits de l’Homme, de leur sacrifice pour que le Bien triomphe. Dans un geste hautement politique, les présidents américains sauront s’en souvenir et, dans les décennies qui suivent la guerre, ils ne manquent pas de faire le voyage en Normandie à l’occasion des commémorations du Débarquement pour réaffirmer leurs principes et leur engagement.

 

 

Le Second Front des Soviétiques

Le 6 juin 1944 c’est, pour les Soviétiques, l’ouverture tant attendue du Second Front, encore et toujours réclamé par Staline depuis « Barbarossa » et encore à Téhéran à l’automne 1943. Pour les Soviétiques, les combats menés en Afrique du Nord puis en Italie ne constituent en aucune manière un second front, bien que l’incidence sur le front de l’Est de l’envoi de troupes de l’Axe sur ces théâtres des opérations ne doit en aucune manière être négligée. De même, l’importance des moyens affectés par la Wehrmacht (et l’effort industriel concomitant) à la bataille de l’Atlantique et à la défense du ciel du Reich constituent pourtant également un second front d’une importance décisive (pour tous ces éléments, on se reportera à mon argumentation dans mon long article « Le Second Front ouvert en 1944: un mythe? » paru dans « 2e Guerre Mondiale Magazine n°44 »). Depuis des mois, Hitler a accordé la priorité au renforcement du front de l’Ouest, derrière le fameux « Atlantikwall » afin de s’assurer de la victoire sur les Anglo-américains, espérant retourner ainsi le cours de la guerre en sa faveur. Pour Staline et les Soviétiques, cela signifie que de nombreuses unités de Panzer seront mobilisées face aux Alliés occidentaux et que, par conséquent, la marge de manoeuvre de l’Ostheer est des plus réduites: c’est une opportunité à saisir pour la campagne d’été à l’Est qui s’annonce décisive. Par ailleurs, le débarquement allié en Normandie est dans un autre sens menaçante car cela signifie qu’une puissante armée en mesure de s’enfoncer au coeur du Reich a posé le pied sur le continent européen: si la Wehrmacht s’effondre à l’Ouest mais résiste à l’Est, Staline sera t-il en mesure d’être en position de force au moment de la victoire? Une certaine suspicion demeure chez les Soviétiques d’alors et les Russes d’aujourd’hui. Selon eux, l’Armée rouge a porté seule le fardeau de la guerre et consenti bien plus de sacrifices et ce Second Front apparaît bien tardif, voire inutile pour une victoire déjà acquise: les Occidentaux n’ont-ils pas à dessein épargné le sang de leurs soldats pour que la Wehrmacht s’épuise à l’Est?

 

L’« Invasion » des Allemands

Pour Hitler, le 6 juin est l’événement tant attendu: la confrontation majeure avec les Alliés occidentaux peut commencer. Selon lui, la bataille qui va s’ensuivre revêt un caractère décisif car il pense qu’il peut encore espérer une issue favorable au conflit à condition qu’il repousse l’assaut amphibie. Il pense alors pouvoir renforcer sensiblement le front de l’Est et obtenir une paix de compromis. Le répit obtenu pourra aussi, selon lui, permettre à la Wehrmacht de disposer en nombre des armes qu’il juge à même de lui donner un avantage décisif: sous-marins de dernière génération, avions à réaction, bombes volantes V1, fusées V2, …

Le peuple allemand et les soldats en poste à l’Ouest ne voient pas les choses autrement: on attend avec angoisse une bataille à laquelle on sait ne pouvoir échapper et à laquelle on accorde un caractère décisif sur le cours de la guerre. On défend certes le Vaterland, mais on se prépare surtout pour le combat de « la dernière chance ». La défaite majeure que constitue la bataille de Normandie est donc vécue en conséquence: c’est un désastre qui sonne le glas du III. Reich et de tout espoir -vain- de victoire et dont le souvenir perdure jusqu’à nos jours.

 

Conclusion:

Pour les alliés de l’Axe, le 6 juin est aussi un moment décisif et attendu: si l’Allemagne, le membre le plus puissant de l’Axe, échoue, s’en est fini de leur cause et la défaite est certaine (mais ne l’est-elle pas déjà depuis des années?). Au-delà de la terminologie retenue pour désigner cette bataille, on constate que tous les belligérants lui accordent un caractère décisif.

« Les Alliés sous l’uniforme anglais » de Jean Bouchery

Les Alliés sous l’uniforme anglais, Jean Bouchery, Histoire & Collection, 2013

 

Paru aux éditions Histoire & Collections, dont les ouvrages sont toujours de qualité, le livre de Jean Bouchery, incontestable spécialiste de l’armée britannique, a le mérite de nous présenter les unités non britanniques (ni canadiennes) du 21st Army Group. Les Français sont bien sûr représentés par le 1er BFMC et les SAS engagés en Bretagne. L’unité la plus célèbre est la 1st Polish Armoured Division. Le lecteur découvrira également le parcours de la Brigade « Piron » et celui de la Brigade « Irene » avec force détails. Tchécoslovaques et Scandinaves ne sont pas oubliés. Si le texte est relativement court, il relate suffisamment les événements pour en avoir l’essentiel, d’autant que les légendes des nombreuses illustrations apportent un surcroit d’information. L’ouvrage, très réussi, fournit avant tout des détails d’organisation, d’effectifs/pertes, de matériel et d’uniformologie. Un bon complément à des ouvrages sur la campagne de Normandie menée par le Field-Marschal Montgomery.


Films de Guerre/ War Movies (8/100): RETOUR VERS LA RIVIERE KWAI

 RETOUR VERS LA RIVIERE KWAI

Sorti en 1989, ce film réalisé par Andrew McLagen relate l’évacuation de prisonniers alliés du chantier du fameux pont sur la rivière Kwai.

L’un des acteurs les plus connus du casting est Edward Fox, abonné aux rôles d’officier de Sa Majesté, qui revêt ici l’uniforme d’un médecin-major. Tatsuya Nakadai, acteur japonais de 1er plan, est le major japonais Harada. Que dire de ce film par rapport à celui de David Lean?

Cette oeuvre ne manque certes pas d’intérêt pour celui qui s’intéresse à ce théâtre des opérations, sans pour autant qu’il laisse un souvenir impérissable. Plus réaliste, il lui manque le souffle épique de son prédécesseur des années 1950, malgré les quelques péripéties insérées dans le scénario.

Le réalisme des faits relatés:

Ci-dessus: le vrai pont de la rivière Kwai. Le film s’ouvre par une attaque aérienne sur un pont métallique, ce qui est conforme aux faits.

Un prisonnier qui a tenté de s’évader va être décapité d’un coup de sabre : une punition attendue et couramment appliquée pendant la guerre par les Japonais. Contrairement à David Lean, Andrew McLagen ne nous épargne aucune atrocité… (Angela Jolie et d’autres ont fait pire depuis…).

 

Les prisonniers britanniques avant l’embarquement sur les navires nippons. Effectivement, les Japonais procèdent à l’évacuation de la majeure partie de leurs détenus vers la métropole. Les conditions de vie terribles à bord de ces « navires de l’enfer » sont bien rendus. le navire des héros du film est envoyé par le fond par un sous-marin américain, une tragédie qui est également réaliste.

Des clins d’oeil au chef d’oeuvre de David Lean?

Comme dans « Le Pont de la Rivière Kwai », la résistance autochtone est largement évoquée.

Denholm Elliott, tout de même âgé de 67 ans lors du tournage, est le colonel Grayson, commande les guérilleros, n’est pas sans nous rappeler Jack Hawkins (y compris physiquement) dans le film de Lean. 

Le lieutenant Tanaka, portant casque colonial blanc comme le commandant Saïto

Un bémol:

Le lieutenant Tanaka (à gauche) me paraît un peu caricatural, trop systématiquement brutal. Par ailleurs, son sourire narquois (voir l’image) lorsque le major Harada se fait rabrouer par un supérieur ne me paraît pas de mise. Harada, alcoolique étrangement humain, flirte aussi d’une certaine manière vers la caricature.

Au final, un film sans prétention qui se laisse voir comme une certaine antithèse du « Pont de la Rivière Kwaï », plus réaliste mais moins grandiose.

Helmet from Alamein

I bought this helmet 20 years ago.

 

Typical way to create a camouflage for an helmet: sand color with sand put on it. The helmet is also typical from the beginning of the war (kind of color of painting…). Real 8th Army / Western Desert Force helmets are always with their basic color with sand color on top of them, never with the desert color inside as the basic color from the factory, as those used in the Middle East were at first designed for Europe.

Inside the helmet, hidden, I discovered part of a newspaper : « The Egyptian Mail », dating from July 3rd, 1942, that is at the beginning of the first battle of El Alamein.

So the owner of this helmet, Wilson, was a member of British forces in Egypt during WWII.

« Afrikakorps, l’armée de Rommel » Dans Vingtième Siècle, Revue d’Histoire

Une de mes recensions préférées, parue il y a quelques années, sous la plume de Berna Günen

Vingtième Siècle. Revue d’histoire 2014/1 (N° 121)

 

Rondeau Benoît, Afrikakorps : l’armée de Rommel, Paris, Tallandier, 2013, 510 p., 26,90 €.

Soixante-dix ans après la capitulation de l’Afrikakorps, corps d’armée qui avait fait d’Erwin Rommel une légende, celle-ci a enfin trouvé son auteur en langue française. Tout est là : le récit des opérations, les précisions sur les problèmes logistiques et topographiques propres à la guerre dans le désert, et bien plus. Le récit de Benoît Rondeau a le mérite d’être très clair et précis et, de ce fait il se présente comme le manuel d’accompagnement idéal pour ceux qui souhaitent lire ou relire les mémoires de Rommel. En outre, tout au long  de l’ouvrage, l’auteur explique en détail les enjeux stratégiques du front nord-africain. Les pages qui discutent des conséquences supposées d’une victoire de l’Axe en Afrique du Nord constituent l’un des moments forts du livre. Elles font comprendre la myopie stratégique d’Adolf Hitler et la non-viabilité d’une pensée stratégique qui est fondée non sur la rationalité, mais sur l’annihilation physique et la haine raciale. Par ailleurs, l’ouvrage de Benoît Rondeau apporte deux éléments précieux à l’historiographie de ce sujet, qui a déjà fait coulé et fera couler sans doute encore beaucoup d’encre. Premièrement, l’ouvrage se lance dans la démystification de plusieurs mythes entourant la campagne d’Afrique du Nord, dont la légende de la guerre sans haine. À l’aide d’exemples pertinents, l’auteur montre que l’Afrikakorps, comme le reste de la Wehrmacht, avait inclus des soldats imprégnés de l’idéologie nazie. D’ailleurs, les juifs ont commencé d’être persécutés pendant la brève occupation de la Tunisie par les forces de Rommel, ce qui suscite bien des interrogations sur l’éventuel sort des juifs du MoyenOrient si jamais cette région avait été capturée par les forces de l’Axe. La guerre que l’on qualifie de « sans haine » aujourd’hui aurait-elle alors été considérée comme tout aussi courtoise ? Cela dit, l’auteur ne tombe pas dans le piège du sensationnalisme en faisant de la campagne nord-africaine une guerre pleine de haine, et souligne que les soldats de nations démocratiques n’étaient pas exempts de considérations racistes à l’occasion. Ces exemples isolés, confinés à quelques individus et guère comparables à des cas d’endoctrinement nazi, aident à compléter une vue d’ensemble. Deuxièmement, les brefs récits portant sur le sort des soldats, la vie quotidienne de ceuxci dans le désert, ainsi que leurs points de vue sur la conduite et l’issue de la guerre apportent une touche humaine que l’on a peut-être peu l’habitude de trouver dans les ouvrages d’histoire militaire. Comme pour rendre hommage au célèbre poème de Bertolt Brecht, l’ouvrage montre que, oui, les rois de Thèbes avaient à leur service des ouvriers, le jeune Alexandre des soldats et César un cuisinier. Benoît Rondeau, qui dit avoir concrétisé « la passion d’une vie » en cet ouvrage, tient donc son pari.

Berna Günen

Recension « Le Débarquement. De l’événement à l’épopée » sous la direction de Jean-Luc Leleu

Le Débarquement. De l’événement à l’épopée, sous la direction de Jean-Luc Leleu, Presses Universitaires de Rennes, 2018, 309 pages

Il est remarquable qu’on réussisse à sortir des sentiers battus sur un thème si souvent rabâché!! Un livre bienvenu et qu’il faut lire quand on est passionné par le Débarquement, même s’il ne saurait se suffire à lui-même, mais tel n’et pas son objet. Jean-Luc Leleu rassemble en fait des articles qui sont la reprise d’interventions réalisées au cours d’un colloque tenu au Mémorial de Caen en 2014, à l’occasion des festivités liées au 70e Anniversaire du débarquement. De commémorations, il en est justement question dans ce remarquable ouvrage car les thèmes abordés concernent en grande partie l’image et la postérité du Jour J: comment s’est forgé le mythe? Certains auteurs sont des spécialistes incontestés du sujet qu’ils traitent, comme Stephen Hart, Jean Quellien (mon ancien prof de fac et une connaissance lorsque je travaillais à la Fondation pour la Mémoire de la Déportation), Adam Tooze, etc. Le panel des intervenants est éclectique puisqu’on compte également plusieurs intervenants allemands. L’ensemble de l’ouvrage est bien écrit, pertinent et aborde des sujets passionnants et souvent originaux ou peu traités par rapport au sujet (« Les Français à l’écoute de la BBC » par Aurélie Luneau). De nombreux mythes sont abordés: celui de la « Forteresse Europe », le moral des troupes britanniques (combattre pour la liberté?), le « Blitzkrieg » manqué des forces alliées, etc. Certes, l’article de Peter Lieb sur la violence, son ampleur est ses limites au cours de la bataille est sans surprise, mais, à mes yeux, il faut veiller à ne pas banaliser les crimes de guerre en mettant les exactions des deux camps sur le même pied: à l’encontre des civils, il y a de nettes différences, mais il est juste de reconnaître que certaines divisions SS réputés fanatiques (et le sont de fait) n’ont pas commis spécialement de forfaits pendant la bataille de Normandie. Je ne trouve vraiment pas pertinent d’avoir inclus les victimes civiles normandes des bombardements dans cet article, pas plus qu’on ne saurait passer sous silence le conditionnement idéologique des soldats allemands, SS et Wehrmacht et des conséquences que cela eut.

La partie peut-être la plus passionnante est celle qui concerne le D-Day à travers l’art et les médias, à commencer par le mythe du Jour le Plus Long (le film), longuement traité (et avec bonheur), et les mythes dont l’oeuvre est elle même à l’origine… L’analyse de l’évolution et du sens donné aux commémorations -y compris pour les Allemands- est pertinente et passionnante, un article décortiquant plus particulièrement le sens et le symbole du discours de Reagan à la Pointe-du-Hoc en 1984 (le début des grandes commémorations dans mes souvenirs). « Le débarquement à la télévision française de 1950 à nos jours » de Muriel de la Souchère fait partie de ces articles qui nous font enfin lire autre chose sur le Débarquement. La 5e et dernière partie s’intitule « Faire (re)vivre l’épopée: enjeu du tourisme de mémoire » et elle est captivante: mémoire, guides touristiques, musées… L’analyse que Françoise Passera donne de la muséographie a particulièrement retenu mon attention et ses remarques sont en grande partie fondées (même si je récuse notamment son affirmation selon laquelle présenter des mannequins en situation fait « vieilli »: c’est plutôt l’inverse! Et tout dépend du public recherché!). Si la version revue des articles de 2014 mentionne certains éléments datant de 2015-2016, il est regrettable que les nouveautés de 2017 (Falaise, Catz, …) ne soient pas prises en compte. Enfin, l’article final signé Jean-Luc Leleu offre un bon résumé et une réflexion approfondie de la part d’un spécialiste, même si je ne partage pas du tout son affirmation selon laquelle la guerre a été gagnée sur la front de l’Est. Je renvois les lecteurs à mon argumentation: ici.

Pour avoir beaucoup lu sur la bataille de Normandie, je peux affirmer que ce présent ouvrage ne fait aucunement double-emploi avec ce qui a déjà été écrit sur le sujet. Une belle initiative.

 

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Il y a 74 ans en Normandie : 13 juin 1944

13 juin 1944

Le fait d’armes attribué à Michael Wittmann à Villers-Bocage appartient à la légende de la bataille de Normandie depuis que l’exploit a fait les choux gras de la propagande de Goebbels. Des années plus tard, Paul Carell ne manque pas de grossir le trait: « ce combat de Villers-Bocage, le 13 juin, est à coup sûr un des plus extraordinaires épisodes de toute la bataille de Normandie: une douzaine de Tiger engagés contre toute une brigade anglaise, contre l’élite des « rats du désert de Montgomery ». Dès le 11 juin, le QG de la 7. Armee a bien compris que l’ennemi prévoit d’introduire la 7th British Armoured Division à la jonction des 352. ID et Panzer Lehr.Que s’est-il réellement passé ?

Le 13 juin, alors que la Panzer Lehr, qui défend le secteur de Lingèvres et de Tilly, est fixée par les 49th et 50th divisions britanniques, la 1st British Army de Dempsey lance l’opération Perch, qui constitue la première tentative d’enveloppement en vue de prendre Caen. La percée américaine jusqu’à Caumont -prise le 13 juin par la 1st US ID- permet au chef du 30th British Corps, le général Bucknall, d’envisager une opération pour contourner la Panzer Lehr, fermement installée autour de Tilly-sur-Seulles. La 7th Armoured Division, les fameux « rats du désert », mène l’audacieuse offensive et traverse Villers-Bocage. L’exploitation est alors possible vers Caen. Ce faisant, la Panzer Lehr, isolée, risquerait l’anéantissement. Mais c’est sans compter avec les Tiger du 101. SS schwere Panzer Abteilung du SS-Sturmbannführer von Westernhagen. Michael Wittmann, un as des Panzer, alors chef d’une compagnie de Tiger, est informé de l’avance britannique et saute immédiatement dans le Tiger n°222. Il est 9h05. Il est immédiatement suivi par deux autres blindés.

A la faveur du bocage qui le dissimule à la vue de l’adversaire, Wittmann s’approche d’un ennemi, imprudemment arrêté sur la route et qui ne soupçonne rien du danger qui le menace. Le Tiger ouvre alors le feu sur l’escadron du QG et, soutenu par un second engin qui se joint au massacre, remonte toute la colonne en faisant feu de toutes ses armes. Tiré à bout portant, un obus de 75 mm de char Cromwell aurait -aveu d’impuissance- ricoché sur l’épais blindage du Tiger de Wittmann.

Pendant ce temps, un peu plus à l’est de cette même route, d’autres Tiger anéantissent les chars Cromwell britanniques qui tiennent la côte 213. L’infortunée colonne britannique qui n’est plus que carcasses calcinées… Les combats vont se poursuivre toute la journée, mais le plan de Montgomery est mis à l’échec. Trop confiants, les Allemands poursuivent leur avantage dans Villers-Bocage. Wittmann fait alors montre d’un singulier manque de jugement tactique puisqu’il expose dangereusement ses Tiger en les engageant dans un combat urbain sans soutien d’infanterie. Le propre Tiger de Wittmann tombe sous les coups bien ajustés d’un antichar britannique. Le célèbre officier SS a donc l’honneur controversé d’avoir été le premier chef de char à perdre son char Tiger en Normandie… Le piège qui s’est refermé sur les Allemands leur coûte cher: 5 Tiger sont incendiés dans la ville, 6 en tout, sans compter 2 Panzer IV détruits également au cours de combats de rues particulièrement acharnés. Le 101. SS schwere Panzer Abteilung ne percevra jamais de nouveaux engins pour combler ces pertes. Les Alliés ont pour leur part perdu un peu plus de 30 chars, mais ce sont pour eux des pertes faciles à combler.

Le 13 juin, alors que la 1st US ID s’empare de Caumont-L’Eventé tandis que la 2nd US ID s’approche de Saint-George-d’Elle (elle perd 540 hommes en deux jours en progressant vers Bérigny), la 2. Panzer-Division -sans les chars du Panzer-Regiment 3 qui sont alors débarqués des trains à l’est de Paris- est montée en ligne dans la région de Villers-Bocage et verrouille solidement le secteur au sud de Caumont-L’Eventé, établissant la jonction avec la 3. FJD sur le flanc droit de celle-ci. L’armée allemande a conjuré la menace. Saint-Lô est solidement tenu. Mais, une fois encore, de puissantes formations, parachutistes et blindés, sont contraintes d’adopter une posture défensive. Arrivés avant l’armement lourd -Panzer, antichars automoteurs et artillerie automotrice-, les Panzergrenadiere de la 2. Panzer-Division subissent des pertes anormalement élevées.

Plus à l’Ouest, le principe d’une attaque pour refouler les Américains de Carentan ne soulève pas d’objections. Dans la nuit du 12 au 13 juin, une atmosphère fiévreuse règne parmi les Fallschirmjäger note Martin Pöppel: « est-ce que nos troupes vont être en mesure de repousser l’ennemi? »Le 13 juin, en lever de rideau, la préparation d’artillerie devance une contre-attaque dont la modestie des effectifs engagés n’est pas en rapport avec l’importance stratégique. L’avance s’effectue haie après haie en terrain connu.

Les limites de la ville sont atteintes mais le baptême du feu des Waffen SS est rude. Sévèrement repoussés par les parachutistes et les tanks américains, les Allemands perdent environ 500 hommes. La discipline confine à la cruauté lorsqu’un officier, vétéran de la « Das Reich » abat ses propres soldats fuyant devant les blindés américains. « Maintenant tout est calme sur le champ de bataille. Ici et là des hommes remettent de l’ordre. Les camions se déplacent sans cesse pour évacuer les blessés, les munitions sont complétées et, le plus important de tout, les unités sont réorganisées ». Pöppel se lamente sur les restes de sa compagnie de Fallschirmjäger, encore « si fière et si forte » il y a peu.

   L’échec de la contre-attaque sur Carentan est cuisant. L’Oberstleutnant Criegern, le chef d’état-major du LXXXIV. Korps, ne cache pas son amertume devant le manque de combativité des Osttruppen et l’absence de la Luftwaffe, qui avait pourtant promis d’apporter son concours à cette opération d’une importance cruciale. Rommel entend faire de Carentan sa priorité mais, on l’a vu, Hitler impose sa volonté: les Panzer doivent être affectés à la défense de Caen.

La perte de Carentan pose à Rommel un autre problème. Il est impératif de s’opposer à l’extension de la tête de pont américaine en direction du sud, ce qui suppose d’allouer à la défense du secteur des renforts qui vont manquer dans le Cotentin où la pression américaine est également sensible.

. Le 13 juin, la 7. Armee prévoit que: « puisque un débarquement dans la baie de Vauville se combinera probablement avec des opérations aéroportées autour de Cherbourg (cette hypothèse n’est pas si qu’il n’y paraît: le 10 juin, les alliés annulent l’opération « Reinforcement » qui consistait en un largage de la 1st British Airborne sur Saint-Sauveur-le-Vicomte), le centre de la Festung Cherbourg côté terre doit être occupé immédiatement, avec l’effort principal dirigé au sud-ouest. Pour cela, le Maschinengewehr-Bataillon 17 et un bataillon de la 77. ID sont disponibles, ce dernier devant être amené au cours d’une marche nocturne le 12/13 juin. De solides défenses antichars seront construites ».On se prépare néanmoins à un siège en cas d’isolement de la forteresse. L’OKW ordonne ainsi de convoyer du bétail vers le grand port.

Collins est contraint de porter l’effort vers l’ouest, avec l’idée de couper la presqu’île du Cotentin. La 7. Armee en a parfaitement conscience, et ce dès la 11 juin.Mais les « bleus » de la 90th US ID ne se montrent pas à la hauteur et subissent des pertes très sérieuses. A la faveur d’une contre-attaque allemande, les GIs doivent même abandonner Pont-l’Abbé tout juste conquise.La 77. ID du Generalleutnant Stegmann -10 500 hommes et une cinquantaine de canons- arrive enfin à partir du 10 juin. Décision est prise de l’intégrer dans le dispositif de défense à Montebourg au lieu de l’engager sur le front de Saint-Lô. Marcks avait demandé par ailleurs le renforcement de la 709. ID avec des armes antichars. La situation reste néanmoins très précaire. En cinq jours, depuis le Jour J, la 91. Luftlande-Division accuse la perte de 4 000 hommes, soit près de la moitié des effectifs si l’on exepte le FJR 6 et ses 2 200 pertes au 12 juin (selon N. Zetterling). La division a dû remiser un tiers de ses obusiers, des 105 mm de montagne, faute d’avoir été en mesure de les approvisionner en munitions. Pour compenser, les artilleurs se voient doter de canons d’origine étrangère jusqu’alors en position sur l’Atlantikwall sur la façade ouest du Cotentin. Mais un tel expédient rend impossible toute coordination des tirs, faute de disposer de pièces du même modèle.

Ce 13 juin, pour tenir la ligne Baupte-Les Moitiers face à l’avance américaine au sud-ouest de Saint-Sauveur-le-Vicomte, la 7. Armee déploie le Kampfgruppe de la 265. ID, nouvellement arrivé, ainsi qu’un bataillon du Grenadier-Regiment 1049 de la 77. ID. Une semaine après le Jour J, les Allemands ont stoppé l’avance alliée sur Cherbourg et le Cotentin n’est pas encore isolé.

 

Bilan : une semaine après l’Invasion

La première semaine s’est écoulée et les Alliés sont désormais solidement implantés sur le continent. Au 13 juin, 331 600 soldats et 55 600 véhicules alliés ont été débarqués en Normandie. Les Allemands ont engagé 270 000 hommes face à l’Invasion.Les plans de Rommel, de Rundstedt et de Schweppenburg ont échoué. Rommel, toujours obnubilé par la menace que fait planer le faux groupe d’armée de Patton écrit à sa femme le 13 juin: « Il est temps pour la politique d’entrer en jeu. Nous nous attendons à ce que la prochaine invasion, probablement d’une envergure encore plus grande, se produise ailleurs dans les jours qui viennent ». Rommel, persuadé qu’il ne peut plus l’emporter, est donc d’avis qu’il faut terminer la guerre tant que l’Allemagne tient encore certains atouts entre ses mains comme gages pour des négociations.Marcks, tué le 12 juin, ne croyait plus non plus en la victoire.

Ce 13 juin, le Lieutenant General Miles Dempsey prend pourtant la mesure de l’échec qu’il vient de subir: « nous n’avons plus aujourd’hui aucune chance de nous emparer de Caen, ni d’élargir la tête de pont sur le front du XXXth Corps par une opération éclair qui aurait engagé la 1st British Airborne Division. Il convient de l’admettre, Caen ne pourra plus désormais être enlevée que par une bataille rangée, et nous n’avons ni les hommes ni les munitions qu’elle nécessite ». Mais Rommel a désormais la certitude que l’Invasion ne peut plus être repoussée: « Toutes les réserves qui nous parvinrent arrivèrent trop tard pour désorganiser par des contre-attaques le débarquement allié. Lorsqu’elles furent enfin à pied d’oeuvre, l’ennemi avait déjà débarqué des effectifs infiniment plus puissants et il était passé à l’assaut sous le couvert de son artillerie et de son aviation ».

Recension « Les Marines dans l’enfer du Pacifique » de Charles Trang

Charles Trang, Les Marines dans l’enfer du Pacifique, Heimdal, 2018

Comme d’accoutumée, un très bel album avec la qualité habituelle des éditions Heimdal: des centaines de clichés, un texte intéressant. J’avais un a priori sur Charles Trang en raison de ses publications axées sur la Waffen SS (ce qui est toujours malsain sur la durée, dont des dictionnaires d’un intérêt douteux à répétition), mais son deuxième opus sur les Marines (le 1er ne concernait que la 1st Marine Division « The Old Breed ») est vraiment le bienvenu. L’ouvrage est de qualité et comble une lacune sur le sujet. On aurait certes aimé davantage de considérations stratégiques et de liaisons entre les chapitres. Les textes sont par ailleurs difficiles à lire, non pas par leur qualité et leur sérieux (très documentés, bien écrit, laissant la part aux témoignages, etc), mais par l’absence de paragraphes sur de très longs passages, de même qu’une mise en page qui fait alterner ces longues pages d’écriture peu aérée avec des reportages photos (superbes et légendées avec soin). Par ailleurs, les textes concernant les opérations de Marines auxquelles a pris part la 1st Marine Division sont identiques à ceux publiés dans « The Old Breed ». L’auteur, qui connaît très bien son sujet, a cependant mis un point d’honneur a présenter de nouvelles photographies pour ces campagnes. L’ouvrage ne fait donc aucunement double-emploi avec « The Old Breed ». Mieux: il est indispensable à tous les passionnés de la guerre du Pacifique, voire du second conflit mondial car je n’arrive toujours pas à admettre qu’un véritable passionné se focalise sur un seul front, ce qui ne peut que provoquer un jugement biaisé du conflit (très marqué chez les amateurs de l’Ostfront). Je ne peux qu’en recommander la lecture.