Recension « La mesure de la force. Traité de stratégie de l’Ecole de guerre », sous la direction de Martin Motte

Martin Motte (sous la direction de), La mesure de la force. Traité de stratégie de l’Ecole de guerre, Tallandier, 2018

La plume de Martin Motte et de ses collaborateurs -Georges-Henri Soutou, Jérôme de Lespinois et Olivier Zajec- est d’une limpidité et d’une richesse qui donne accès aux fondamentaux de la stratégie à tous. D’éminents auteurs, gage de sérieux, qui donnent du poids à la qualité de l’ensemble. L’ouvrage, passionnant et fourmillant de cas concrets -fort bien explicités- ainsi que d’une revue des théories stratégiques, est de haut niveau: il ne s’agit ni plus ni moins que de la publication d’une partie du contenu de l’enseignement que ces spécialistes donnent l’Ecole de guerre. Fidèle lecteur d’ouvrages militaires de toutes les époques (ou presque), je ne peux que valider les exemples choisis qui me sont connus auxquels se réfèrent les quatre auteurs de ce livre.

L’exhaustivité confère un autre attrait à ce travail, puisque tous les aspects de la question sont abordés. Les liens entre la politique et la guerre, les armées et leurs gouvernements, et ce sur le temps long, puisqu’on remonte jusqu’à l’Antiquité (la diversité des situations envisagées est remarquable), ne peut que ravir les passionnés. L’entame du livre est une nécessaire et passionnante mise au point des données élémentaires de la stratégie. On y croise évidemment des sommités -parfois remises en cause, ou dont les conceptions sont à tout le moins discutés et mises en perspectives- comme Clausewitz, Sun Tzu, Jomini, Napoléon, Foch, etc. Suivent des études sur stratégie et relations internationales, la définition d’un stratège, l’art et la science de la stratégie, ainsi qu’une réflexion sur les principes de la stratégie et ceux de la guerre. Le lecteur passionné des questions militaires (et en particulier de la stratégie) ne peut qu’être satisfait du contenu très complet et didactique du propos des auteurs, dûment étayé par des exemples et des explications qui nous donnent toutes les clés explicatives pour comprendre la stratégie et ses principes, ainsi que leur évolution. On y découvre des invariants, qui défient les siècles, même si les auteurs posent la question de l’influence des techniques et de la technologie sur la stratégie (et en explicitent les conséquences), mais aussi les limites de la pensée stratégique de certains généraux.

Passées ces 129 premières pages, denses, le lecteur poursuit sa découverte de la science de la stratégie en découvrant, sur plus de 200 pages, des chapitres aussi passionnant les uns que les autres, abordant les différents types de contextes imaginables: stratégies navale et maritime (où il n’est pas question que de Mahan…), stratégie aérienne (où il n’est pas plus question que de Douhet ou de « Bomber » Harris), stratégie nucléaire, stratégie spatiale, cyberstratégie… ces trois derniers chapitres, passionnants, écrit par Jérôme de Lespinois, ont constitué une découverte complète pour moi… Appuyés sur des données pertinentes, ils font beaucoup réfléchir sur les armées et les problématiques de l’avenir. La réflexion est poussée, jusque dans les implications des conceptions stratégiques dans les guerres les plus récentes, celles issues de l’irruption de Daech notamment (voir le chapitre « Des stratégies alternatives » qui expose nombre de réflexions pertinentes sur le sujet). Si les guerres du passé sont analysées sur le plan stratégique,  la nouvelle donne opérationnelle et stratégique est présentée dans toutes les configurations évoquées (guerre sur mer, etc), ce qui est du plus haut intérêt. Je souligne un intérêt plus particulier pour les chapitres « Les cultures stratégiques » et « géostratégie », signés Martin Motte, des modèles du genre dans leur clarté et dans l’intérêt des éléments qui nous sont fournis.

Au final, un ouvrage qui englobe tous les aspects du sujet, qui plus est écrit par des auteurs parfaitement au fait de leur propos. Un texte qui nous emmène sous toutes les latitudes, à toutes les époques, aux côtés des plus grands penseurs et des plus grands généraux… On y découvre la pérennité de certains concepts stratégiques, l’inanité d’autres, les idées reçues que l’on peut nourrir à l’endroit de certaines formes de guerre ou de stratégie…

Une somme bienvenue pour moi, qui ait l’habitude de travailler et d’écrire sur les généraux « du terrain », sur des hommes qui mettent en ouvre la stratégie décidée par leurs supérieurs, de généraux comme Patton ou Rommel qui entendent parfois imposer leur vision stratégique, parfois étroite, faute d’éprouver des difficultés à s’extraire du cadre essentiellement opérationnel.

Un ouvrage essentiel pour les passionnés d’histoire militaire. Un livre qui semble également indispensable à ceux qui embrassent une carrière militaire ou entendent s’orienter en politique ou devenir journalistes. Un conseil davantage appuyé pour celles et ceux qui occupent déjà des emplois dans ces secteurs…

Recension « Les Champs de la Shoah. L’extermination des Juifs en Union soviétique occupée. 1941-1944 » par Marie Moutier-Bitan

Marie Moutier-Bitan, Les Champs de la Shoah. L’extermination des Juifs en Union soviétique occupée. 1941-1944, Passés Composés, 2019

Voilà un ouvrage magistral qui fera date. Bien écrit, clair, dûment renseigné et, surtout, le fruit d’un travail conséquent mené sur le terrain, dans les archives et avec le concours de témoignages recueillis in situ. Un  impressionnant travail d’historienne de premier plan. Le lecteur découvre un récit chronologique organisé en une successions de chapitres relativement courts. Le propos est toujours pertinent, chaque affirmation étant dûment étayé. le point fort du livre est son aspect résolument humain, comme à l’accoutumée avec Marie Moutier-Bitan (j’avais apprécié son excellent Lettres de la Wehrmacht). Une approche d’autant plus efficace que l’auteure a mis un point d’honneur à faire intervenir des témoins présentant tous les points de vue: victimes, bourreaux, voisins…

L’entame du livre est intelligente et bienvenue, car elle replace la Shoah en Union soviétique dans son contexte culturel. On apprend beaucoup sur le peuple juif en Russie, puis en Union soviétique, ainsi que de ses rapports avec les autres populations. L’un des nombreux autres intérêts de ce travail est que Marie Mounier-Bitan ne se limite pas à la période de 1941-42, mais étudie le drame à l’Est en dehors des camps d’extermination jusqu’à la reconquête soviétique de 1944 (certes plus brièvement, puisque les populations juives ont déjà été massacrées à cette date).

L’auteure, qui nous présente également les pérégrinations de Himmler sur les lieux du crime, explique avec clarté les différentes phases de la Shoah dans la première partie de la guerre, avec la « répétition » de Pologne, mais aussi les pogroms des premières phases de Barbarossa, avec le concours actif des populations locales (dont Marie-Bitan met en lumière la forte propension au pillage des biens juifs, ainsi qu’à la délation), en particulier dans les Pays Baltes et en Ukraine. La complicité de toutes les formes de police, mais aussi de la Wehrmacht (qui n’a rien de l’image d’armée apolitique et « propre » qu’elle a si longtemps voulu donner), ainsi que celle des forces roumaines, est mise en évidence à travers les récits proposés. On découvre un autre exode que celui de 1940, fuite qui ne fait le plus souvent au mieux que retarder l’échéance, sauf, paradoxalement, pour ceux qui ont eu la « chance » d’être déportés à l’Est par Staline… La diversité des situations et des modes de procédure est intéressante à noter (le passage sur les mines du Donbass, terrible, est à retenir).

Même lorsque le lecteur est bien au fait des atrocités commises dans le cadre du génocide, on reste sidéré devant la brutalité et l’horreur des événements décrits. L’exécution dans des conditions atroces ne saurait suffire aux nazis, il leur faut imposer souffrances et humiliations de toutes sortes, du calvaire dans des ghettos surpeuplés à une agonie dans un froid glacial, en passant par les humiliations de la nudité avant l’assassinat et la pratique du viol. Les portraits des assassins qui nous sont dressés font froid dans le dos. Que penser de cette épouse de SS qui écrase des enfants juifs en chevauchant sa monture ?

Le rythme d’écriture est haletant, en plus d’être agréable. On espère que le protagoniste parviendra à survivre… Je pense à cet homme dissimulé dans des toilettes condamnées, désigné aux nazis par une voisine depuis sa fenêtre, mais sauvé par son épouse… Je pense à ces quelques jeunes qui ont réussi à survivre à une fuite à travers champ ou à une chute dans la fosse aux cadavres, en ayant survécu aux tirs…

Au final, il s’agit là du meilleur travail qu’il m’est été donné de lire sur le sujet. Un ouvrage à découvrir sans aucune hésitation !

 

FILMS DE GUERRE / WAR MOVIES (24/100): LES CANONS DE NAVARONE

LES CANONS DE NAVARONE

La bande-annonce originale:

Tourné à Rhodes et en Angleterre en 1961 par le réalisateur Jack Lee Thompson, Les Canons de Navarone, succès immense à une époque où le film de guerre est un genre qui a le vent en poupe, inaugure d’une certaine manière le film de commandos (voire ma présentation des Douze Salopards), dont il représente un modèle du genre.Bénéficiant d’un casting de premier choix, les péripéties et le rythme de l’action font des Canons de Navarone une des grandes réussites cinématographique dans la catégorie des films de guerre, une oeuvre justement récompensée par un Oscar et deux Golden Globes.

L’histoire, fictive mais haletante (dont je ne dévoile pas les péripéties), raconte un raid de commandos mené sur une île grecque. Le but de la mission est de neutraliser  deux puissants canons allemands qui empêche l’évacuation des troupes britanniques déployées sur l’île de Kheros, en mer Egée. Le propos s’inspire d’événements réels suivant la réaction allemande sur la mainmise par les Britanniques d’îles du Dodécanèse, en Egée, à l’automne 1943. Le film est aussi l’occasion de présenter la brutalité de la présence allemande en Grèce au cours de la guerre.

Parmi les conseillers techniques du film, le général Fritz Bayerlein, l’ancien chef d’état-major de l’Afrika-Korps puis commandant de la Panzer-Lehr, qui n’a rien à voir avec les événements survenus en Egée.

Avant de commenter le film, un rappel historique:

En marge de la campagne d’Italie, des événements importants surviennent en Egée en raison de la défection italienne qui compromet les positions allemandes dans les Balkans, en Grèce et en Egée. Les garnisons italiennes de Céphalonie, Corfou et Split sont mises hors d’état de nuire dès la fin septembre. Une fois sûrs de la maîtrise des routes de ravitaillements vers la Grèce et l’Adriatique et sûrs d’avoir conjuré toute menace d’une invasion alliée des Balkans par le canal d’Otrante, les Allemands tournent les yeux vers les îles du Dodécanèse dans l’Egée orientale. Les Britanniques se sont en effet empressés d’occuper certaines possessions italiennes. La réaction allemande ne tarde pas. Le 3 octobre, 1 200 soldats allemands, commandés par le général Müller, débarquent à Cos, appuyés par les Stukas et les Me-109. L’île est reprise en deux jours. Les Allemands utilisent ensuite 300 appareils de la Luftwaffe pour affaiblir Léros. Le 12 novembre, près d’une centaine de Junker 52 larguent 700 Fallschirmjäger sur l’île, qui est également reprise sans difficultés. La prise de Léros entraîne l’évacuation de Syros et de Samos par les Britanniques. Ces victoires montrent à la Turquie qui est maître en Egée. Elle refuse donc de rejoindre les alliés et reste neutre jusqu’à la fin de la guerre.

Photo de famille des « raiders » et de leurs acolytes de la résistance grecque. Deux femmes dans le lot, dont la grande Irene Papas.

Pièce maîtresse du commando: un alpiniste de renom, le capitaine Mallory (un clin d’oeil au fameux grimpeur disparu sur l’Everest en 1924?), dont le rôle est admirablement tenu par Gregory Peck.

Mallory est aidé dans sa mission (en fait dirigée par le Major Franklin, alias Anthony Quayle) par un spécialiste des explosifs: le caporal Miller, plutôt désabusé par la guerre, joué par l’excellent David Niven, toujours aussi « British ».

Anthony Queen est le colonel Stavros, résistant grec, personnage haut en couleur comme il se doit avec cet acteur (d’origines mexicaine et irlandaise, l’acteur a déjà été un Hellène crédible dans le fameux Zorba le Grec).

Image d’Epinal obligée en ces temps de Guerre Froide: le mauvais allemand est toujours l’Aryen-type, blond, sans pitié, tandis que les officiers de la Wehrmacht sont immanquablement corrects et humains. Evidemment, l’officier de l’armée régulière supplie le captifs de parler avant qu’il ne soit contraint de les livrer à la SS ou à la Gestapo…

L’objet de la mission…

Un superbe film d’aventure et de guerre, sans la violence gratuite qui devient commune, dans un cadre magnifique avec de bons acteurs: que demander de plus?

 

FILMS DE GUERRE/ WAR MOVIES (25/100): La Bataille pour Anzio

LA BATAILLE POUR ANZIO

Une fois n’est pas coutume, le 7e art visite le front italien, chose peu courante, n’étant évoqué qu’à l’occasion sur le plan militaire, comme dans Indigènes. Dans cette fresque sortie en 1968 en et coréalisée par Duilio Coletti et Edward Dmytryk, les réalisateurs ambitionnent de traiter du débarquement à Anzio-Nettuno, l’opération Shingle, que j’ai évoquée dans un article.

La réalisation est correcte, quoique très en-deça des films les plus récents, mais souvent peu réaliste dans le matériel employé. Quant aux généraux, les noms des vrais protagonistes ont bizarrement été remplacés…

L’oeuvre se veut une réflexion sur la guerre et ce qui pousse les hommes à combattre, plusieurs des protagonistes ressentant a priori un attrait particulier à être en opération.

Le rôle titre est réservé à Robert Mitchum, qui joue le rôle de Dick Ennis, un reporter, décontracté, peu militariste et très perspicace comme il se doit. L’acteur est très plausible.

Un de ses principaux acolytes est Peter Falk (acteur de talent -notamment avec son ami Cassavetes- que tous les téléspectateurs sont trop habitués à identifier à Columbo), un baroudeur de la 1st Special Service Force, une unité de commandos qui se distingue en Méditerranée.

Robert Ryan joue un rôle -le « général Carson »- qui fait écho au véritable chef de la 5th US Army: Mark Clarck.

Le général Lesley (Arthur Kennedy) est censé représenter le général Lucas, le trop pusillanime responsable de l’opération Shingle. L’idée qu’une jeep ait réussi à pénétrer dans la Ville Eternelle sans encombre peu après le débarquement n’est que pure fiction. En revanche, le film dépeint bien le caractère de Lucas, alias Lesley, ainsi que les tensions avec ses subordonnés britanniques.

Le film met en scène un fait réel : la destruction des unités de Rangers (les commandos américains) dans une embuscade. Le nombre de rescapés est également correct…

Si des efforts sont faits pour rendre les Allemands relativement réalistes (camouflages des tanks modernes, tenues bariolés de certains combattants), sans oublier Wolfgang Preiss dans le rôle de Kesselring (après Rommel, Rundstedt, Pemsel et autres…), on se demande comment l’accessoiriste a pu armer un tireur d’élite d’une carabine digne d’une fête foraine…

Les jolies filles : cliché qui semble obligé dès qu’il faut tourner en Italie… Elles sont immanquablement plus amènes avec les Américains qu’avec les Allemands.

De ce point de vue, la plus belle vision est réservée à ces GI lorsqu’ils parviennent à Rome…

 

Au final, un beau sujet et de bons acteurs, mais desservis par une mise en scène trop paresseuse dans la reconstitution et des longueurs. Un film qui reste toutefois distrayant avec quelques bonne scènes d’action.

Films de Guerre / War Movies (26/100): L’Express du Colonel von Ryan

L’EXPRESS DU COLONEL

VON RYAN

 

Dans un genre très différent d’Anzio, et chronologiquement antérieure (septembre 1943 pour ce film, janvier-février 1944 pour Anzio), cette aventure entre dans la catégorie des films d’évasion. Filmé par Frank Robson et sorti en 1965, cette oeuvre ne manque pas d’intérêt, quoique d’un style quelque peu désuet. Tourné en extérieur en Italie, ce long métrage est aussi l’occasion pour le réalisateur de tourner des scènes dans le cadre de ce pays magnifique, y compris de mettre à profit d’illustres ruines antiques.

La Grande Evasion, modèle du genre, se déroule en Allemagne, s’inspirant de très près faits véridiques. Il n’en va pas exactement de même de L’Express du Colonel von Ryan. Si, de fait, nombre de soldats alliés détenus en Italie (selon un accord passé avec les Allemands, les Italiens prennent en charge les prisonniers alliés capturés en Egypte et en Libye) profitent de l’armistice annoncée le 8 septembre 1943 pour s’évader, cette aventure rocambolesque en train ne repose sur rien de tangible, on s’en doute.

Les prisonniers parviennent en effet à se rendre maîtres d’un train (se qui est absolument impensable) et entendent rejoindre la Suisse, neutre, pour échapper aux Allemands. Bien que détenus au sud de Rome (qu’ils vont traverser), ils ne songent pas à rallier le sud de la péninsule, où on débarqué les Alliés, ce qui est pour le moins surprenant…

Le film ne nous épargne aucun cliché, mais il se regarde avec intérêt, bien qu’il ne faille guère y chercher plus qu’un moment de détente.

Premier cliché: la plupart des Italiens sont anti-Allemands et pro-Alliés et n’ont en rien l’allure de soldats (la scène de la capture de Frank Sinatra est édifiante à ce propos…). Ci-dessus à droite, l’officier italien fasciste, mélomane et soucieux de ses apparences, mais aussi incompétent (comme se doit de l’être un officier italien à l’écran…).

 

 

Deuxième cliché: la belle italienne (jouée par Raffaela Carra), qui ne laisse personne indifférent (et surtout pas Frank Sinatra en dehors des plateaux…).

3e cliché. Sinatra est encore un de ces Alliés déguisé en Allemand qui se fait passer facilement pour un Landser en n’étant pourtant pas capable de prononcer autre chose qu’un « Ja!« . Autre morceau de chance récurrent dans les films de guerre: les uniformes saisis correspondent parfaitement à la taille des soldats alliés (y compris le casque et les bottes…).

Le héros est un Américain (comme dans La Grande Evasion), et quelques tensions surgissent avec les Britanniques. Le plus décontracté est bien sûr le GI (Sinatra est d’ailleurs élégant avec son blouson de cuir et sa caquette de pilote) cependant, a contrario de l’image d’Epinal, les premières scènes nous présentent des soldats britanniques bien dépenaillés et vêtus de guenilles (je laisse les téléspectateurs en découvrir la raison), ce qui rappelle certes l’arrivée des Britanniques dans le camp du film Le Pont de la Rivière Kwaï, mais semble bien loin de l’élégance et de la prestance britanniques.

L’Allemand qui a le rôle le plus impitoyable est évidemment un SS…

La captivité n’a pas engourdi la dextérité de ces soldats (visiblement tous des combattants d’élite et des tireurs hors-pairs). La portée de leurs mitraillettes et leur habileté est impressionnante…

La cellule réservée aux fortes têtes fait écho à celle où est enfermé le colonel Nicholson/Alec Guiness dans Le Pont de la Rivière Kwaï.

 

Pas de soucis à se faire: les évadés font preuve de courage, sont inventifs et, en dépit de la captivité, particulièrement apte à neutraliser toute leurs gardiens et à leur subtiliser leurs armes…

La poursuite est haletante, y compris dès la fuite du camp italien…Mais ce sont les passages de la course entre les deux trains qui sont les plus palpitants…

Un film agréable.

 

Joyeux Noël

Joyeuses fêtes, avec des images de Noël tirées de mon film de guerre préféré…
http://www.benoitrondeau.com/films-de-guerre-war-movies-4100-un-taxi-pour-tobrouk/

Actuellement dans les kiosques

Deux de mes articles actuellement dans Magazine dans  2e Guerre Mondiale MagazinN°87 :

« De la Normandie aux Ardennes…l’incroyable redressement de la Wehrmacht »

« Tanks vs Panzer sans les Ardennes. L’épreuve de force »

Recension « Hackenberg. Le géant de la ligne Maginot » de Michel Truttmann

Michel Truttmann, Hackenberg. Le géant de la ligne Maginot, Editions Arès, 2019, 187 pages

Un magnifique ouvrage écrit par un  spécialiste incontesté: Michel Truttmann; Les passionnés de la ligne Maginot connaissent le nom de cet auteur précis et talentueux, dont j’ai d’ailleurs déjà recensé un ouvrage, La ligne Maginot du Désert, consacré à la ligne Mareth.

Michel Truttmann revient cette fois-ci sur un des ouvrages les plus fameux de la ligne Maginot, celui du Hackenberg. Superbement illustré, agrémenté de plans et de croquis ou coupes des différents blocs, tous très précis, le livre nous présente par le menu la genèse, la construction, l’emploi opérationnel en 1940 puis en 1944. Le lecteur découvre ainsi avec précision comment est pensée et réalisée la ligne Maginot par le prisme de l’une des positions emblématiques. Comme à l’accoutumée, Michel Truttmann est très précis sur le plan technique, ce qui ravira les amateurs.

On reste coi devant les pratiques peu scrupuleuses de certains maîtres d’oeuvre. Le lecteur découvrira également une affaire d’espionnage. Le choix du site peut également surprendre, en raison de l’existence d’une forêt à proximité de l’ouvrage, et du maintien de celle-ci, alors qu’à l’évidence elle ne peut que favoriser la dissimulation d’un assaillant.

Le fort reçoit un panel fort varié de visite de premier plan. Celle du roi d’Angleterre George VI est racontée par le menu et constitue un passage passionnant, de même que s’avèrent particulièrement instructif les évocations du quotidien des soldats affectés à l’ouvrage (avec la bétonnite qui guette).

Les chapitres qui ont le plus retenus mon attention sont ceux qui évoquent les combats. On comprend combien le système défensif de la ligne Maginot devient inopérant en l’absence des unités d’intervalles. Les combats n’en ont pas été moins acharnés (cf par exemple le fait d’arme du sergent Pinard au bloc 9 bis). les combats menés par les GI’s de Patton à l’automne 1944 sont également disputés, Michel Truttmann soulignant l’apport de la Résistance qui communique des cartes et des plans .

On comprend dans les deux derniers chapitres combien l’auteur est lié au site en raison des responsabilités assumées par son père au sein de l’armée, mais aussi du fait de ses pérégrinations sur le site depuis sa jeunesse.

A lire pour les passionnés du sujet et de 1940 en général!

https://www.editions-ares.fr/accueil/24-hackenberg-97829558385.html

 

 

7 décembre 1941: le jour de l’infamie

Pearl Harbor, 7 décembre 1941 : le jour de l’infamie

Le plan d’attaque contre Pearl-Harbor a été mis au point par l’amiral Yamamoto. L’amiral risque gros en engageant ses six meilleurs porte-avions dans cette entreprise, au détriment des opérations en Asie du Sud-Est. Mais il a compris que la neutralisation de la flotte américaine du Pacifique est la seule manière de gagner les six mois nécessaires aux forces armées japonaise pour s’emparer de tous leurs objectifs. Il sera alors temps de négocier avec les Américains. Connaissant bien les Etats-Unis, il sait pertinemment qu’ils représentent une puissance au formidable potentiel industriel et qu’une guerre de longue durée est nécessairement vouée à l’échec. La flotte des porte-avions japonais est confiée à l’amiral Nagumo. Elle appareille du Japon le 26 novembre 1941. Une autre flotte, constituée de sous-marins, fera office de barrage à l’avant de celle-ci. Le 6 décembre, l’amiral Nagumo apprend avec consternation que les trois porte-avions américains ont quitté Pearl-Harbor et il se demande s’il n’est pas préférable de renoncer à l’attaque. Ses officiers l’encouragent à poursuivre, arguant que 9 cuirassés valent mieux que trois porte-avions. Le lendemain, 7 décembre, à 6h15, la première vague d’attaque des appareils de la flotte de porte-avions japonais s’éloigne des porte-avions Akagi, Kaga, Hiryu, Soryu, Shokaku et Zuikaku. Ces six porte-avions, escortés par quatre croiseurs et neuf destroyers, ont à leur bord 423 appareils. La première vague comporte 183 appareils. Une deuxième vague d’avions, 170 en tout, décollera une heure après la première. Sitôt les porte-avions placés face au vent, le décollage commence. La flotte de Nagumo se trouve alors à 370 kilomètres d’Oahu. Les chasseurs Zéro sont lancés en premier, puis les bombardiers, puis les bombardiers en piqué et, finalement, les avions-torpilleurs. Un second groupe de chasseurs destiné à assurer la couverture de la première vague complète celle-ci. L’opération débute à 6h et l’ensemble de la formation peut prendre la direction de Pearl-Harbor vers 6h15-6h20.

 Décollage vers les îles Hawaï

 La base de Pearl Harbor: surprise le dimanche 7 décembre 1941 au petit jour…

Pearl-Harbor est la base navale de la flotte américaine du Pacifique de l’amiral Kimmel. Une attaque contre les îles Hawaï est considérée comme impossible par les chefs de l’armée et de la marine américaines. La 7 décembre 1941, 70 navires sont à l’ancre dans le port, dont 8 cuirassés, 2 croiseurs lourds, 6 croiseurs légers, 29 destroyers et 5 sous-marins. Les services de renseignements américains ont bien établis des risques d’attaque japonaise, mais les précisions manquent. A Pearl-Harbor, les cuirassés ne sont pas protégés par des filets anti-torpilles et les munitions de DCA sont enfermées dans des caisses ! Par ailleurs, aucun dispositif d’écran fumigène n’est prévu, pas plus qu’un barrage de ballons. Beaucoup d’hommes sont alors à terre et les navires sont remarquablement alignés comme les appareils sur les différents terrains d’aviation, par crainte de sabotage. Il y a alors environ 300 avions américains sur Oahu, dont 150 de la Navy et du Marine Corps. A 3h42, un dragueur de mines repère un des sous-marins de poche japonais. A 6h, un hydravion PBY Catalina repère également un sous-marin. Le destroyer Ward intervient alors et coule le sous-marin à 6h54 et en informe le commandant de district d’Hawaï, c’est-à-dire l’officier en charge des défenses du port. Ce n’est qu’à 7h25 que l’amiral Kimmel est mis au courant de l’attaque. Le général Short, commandant de l’armée de terre Hawaï, n’est pas encore prévenu. Bien plus, à 6h45, un radar établi à Kahuku Pint, sur la côte nord, détecte les appareils des croiseurs japonais envoyés en reconnaissance en avant de la première vague d’assaut des porte-avions japonais. L’écho radar de celle-ci est capté trente minutes plus tard. Les japonais sont alors encore à 211 kilomètres d’Oahu. L’information est transmise mais le jeune officier alors de service pense qu’il s’agit d’un vol de bombardiers américains B-17 attendu ce matin là en provenance de Californie.

 

 Le désastre s’accomplit…

 Les cuirassés ont été les cibles prioritaires, mais la guerre du Pacifique va rapidement prouver que ces navires de ligne ne représente plus l’atout majeur des flottes de guerre.

La première vague atteint la côte nord d’Oahu à 7h53 et le commandant Fuchida donne alors l’ordre d’attaque. Il envoie à Nagumo le message radio « Tora !Tora !Tora ! », signifiant que l’effet de surprise est acquis. Deux minutes plus tard, l’attaque est lancée. La surprise est telle qu’il n’y a même pas de réplique de la part de la DCA au cours des premières minutes de l’attaque. Comme prévu, les avions japonais se divisent en deux groupes : les chasseurs et les bombardiers en piqués se concentrent sur le terrain d’aviation de Wheeler, Kaneohe Naval air Station et le terrain de Bellow; les avions-torpilleurs et les autres bombardiers attaquent la flotte américaine à Fort Island et les aérodromes d’Ewa et d’Hickam. Les dommages infligés aux américains sont considérables. Les cuirassés sont les objectifs majeurs des pilotes japonais. Après le passage de la première vague, les cuirassés Utah, California, Arizona et Oklahoma ont coulé et le West Virginia chavire, tandis que le Tennessee brûle. Sur l’Arizona, touché par un chapelet de bombes dont une fait exploser la soute à munitions avant, 80% des hommes de l’équipage sont tués par l’explosion ou se noient. Sur l’Oklahoma, 400 hommes périssent lorsque le navire coule presque instantanément après avoir reçu trois torpilles. Sur le California, les cloisons étanches sont déverrouillées en prévision d’une inspection !

 Les escadrilles au sol ont été pareillement neutralisées

La seconde vague atteint Oahu à 8h50, soit une trentaine de minutes après la fin de l’attaque de la première vague. La défense antiaérienne est à ce moment-là assez fournie et cause des pertes aux Japonais. Les défenseurs se sont en effet remis du choc initial causé par l’assaut de la première vague et toutes les armes disponibles sont engagées contre les appareils japonais. Des chasseurs P-40 réussissent même à décoller de Haleiwa Field pour engager les avions nippons. Comme pour la première, la seconde vague japonaise est divisée en deux groupes : les chasseurs et les bombardiers en piqué attaquent Fort Island et tous les navires encore à flots dans le port, tandis que les bombardiers d’altitude attaquant le terrain d’Hickam. A 9h55, la seconde vague japonaise fait demi-tour vers les porte-avions qu’ils atteignent à 12h15. La deuxième vague japonaise force les Américains à échouer le Nevada afin d’éviter de bloquer le chenal d’entrée du port et elle endommage sévèrement le Pennsylvania et le Maryland. Les attaques sur les bases terrestres ont éliminés pratiquement tous les avions qui s’y trouvaient. Les Japonais n’ont perdu que 29 appareils sur les 353 engagés. Dans le camp américain, les pertes sont considérables. 3 600 hommes sont tués ou blessés. 6 cuirassés sont coulés ou en perdition. 2 autres cuirassés, 3 destroyers et 3 croiseurs sont endommagés. 180 avions sont détruits et 128 sont endommagés. Les porte-avions américains, en exercice au moment de l’attaque japonaise, sont miraculeusement épargnés par le raid.

 La flotte du Pacifique est sévèrement atteinte: les Japonais ont désormais un sérieux avantage pour réaliser leur programme de conquêtes.

Après le raid, Fuchida insiste pour lancer la troisième vague sur Pearl-Harbor. Mais Nagumo, par excès de prudence, estime que la neutralisation des cuirassés américains comme un résultat suffisant pour cette attaque surprise. Trop heureux de n’avoir subi aucune perte, il est d’avis que l’attaque a largement atteint ses objectifs. Les conseils de Genda de rester dans la région afin de localiser et de couler les deux porte-avions américains ainsi que pour détruire les facilités portuaires et les stocks de carburant d’Oahu ne sont donc pas retenus. Nagumo pense que les défenses américaines sont maintenant en état d’alerte et il sait que ses porte-avions sont attendus pour les opérations en Asie du Sud-Est. Ce faisant, les Américains disposent encore de leur base et c’est autour de leurs porte-avions que se constituera les forces navales qui vont entreprendre la reconquête du Pacifique. On perçoit là la limite de la doctrine navale japonaise et du conservatisme de nombreux de ses amiraux : alors que leur propre flotte vient de démontrer l’importance des porte-avions dans les batailles à venir, ces amiraux résonnent toujours en terme de cuirassés et de croiseurs lourds. Ils laissent donc échapper une opportunité qui ne se reproduira pas. Ce qui est le plus grave dans les plans japonais réside dans le fait que le plan de débarquement à Hawaï a été rejeté au profit des opérations en Asie du sud-Est en raison de la pénurie de navires de transport et de débarquement. Hawaï est pourtant le seul point de départ possible pour une contre-offensive américaine à travers le Pacifique. Les Américains auraient alors dû lancer la reconquête depuis la côte ouest des USA ! En négligeant cet aspect, les Japonais vont devoir par la suite combattre à la fois en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique central. Dans les plans japonais, l’attaque préventive contre Pearl-Harbor est lancée pour gagner du temps et permettre d’effectuer des conquêtes dans d’autres secteurs du Pacifique. Cet objectif est atteint et l’US Navy ne peut effectuer des concentrations navales dans le Pacifique occidental et la Flotte du Pacifique se replie sur la côte est des Etats-Unis. Les japonais ont donc gagné plusieurs mois mais c’est surtout le manque de porte-avions en nombre suffisants qui a retardé les américains. En fait, la question est ailleurs. La plus grande erreur des Japonais est de s’être attaqués aux Etats-Unis. Si les forces japonaises s’étaient emparées des possessions européennes du sud-ouest asiatiques sans attaquer les américains, Roosevelt aurait sans doute éprouver bien des difficultés pour convaincre ses compatriotes d’entrer en guerre pour défendre de lointaines colonies européennes. Pourtant, les calculs japonais ne sont pas dénués de fondements : en Europe, la victoire de l’Allemagne nazie semble assurée et les stratèges nippons estiment que les Etats-Unis, occupés par la situation en Europe, ne pourraient mener une guerre sur deux fronts. Ce fut une grossière erreur de calcul.

 L’amiral Yamamoto, qui a imposé l’opération sur Pearl Harbor. L’homme ne se berce guère d’illusions quant aux chances de son pays de remporter un conflit face aux Etats-Unis en cas de guerre prolongée.

Dans l’après-midi, le président Roosevelt réunit ses conseillers tandis que parviennent les nouvelles des attaques sur Guam, Wake et les possessions britanniques en Asie. Le lendemain, vers midi, les Américains apprennent la nouvelle de l’attaque japonaise à la radio par la voix du président Roosevelt lui-même : « Hier, 7 décembre 1941, jour à jamais marqué du sceau de l’infamie, les Etats-Unis ont été soudainement et délibérément attaqués par des forces navales et aériennes du Japon. » moins d’une heure plus tard, le Congrès approuve la déclaration de guerre au Japon. Aux Etats-Unis, la côte pacifique est mise en état de défense et on rappelle la flotte de Pearl-Harbor. A Tokyo, c’est le premier ministre Tojo Hideki qui lit à la radio le rescrit impérial annonçant le début des hostilités. Une terrible et sanglante guerre vient de débuter.

 Pearl Harbor: un affront que les Américains n’auront de cesse rappeler dans leur propagande de guerre.

Recension « Des héros ordinaires » de Maurin Picard

Maurin Picard, Des Héros Ordinaires, Perrin, Tempus, 2019, 398 pages

Passionnés de la Seconde Guerre mondiale, n’hésitez pas à investir dans ce petit livre (près de 400 pages, tout de même), qui se lit comme un roman. Le style de Maurin Picard n’est en rien rébarbatif, au contraire, et,de surcroît, ses récits sont vraiment vivants car établis à partir d’interviews données par des vétérans. L’auteur a eu l’excellente idée de conjuguer la petite et la grande histoire, à savoir raconter des événements aussi majeurs que le bombardement atomique d’Hiroshima (le texte qui m’a le plus captivé),que le raid de Doolittle sur le Japon en 1942, ou encore le D-Day (avec Léon Gautier, l’un des derniers du 1er BFMC, ou  l’Américain Jake McNiece, passé à la postérité pour s’être rasé le crâne à la mode iroquois), en passant par Bastogne et la fin du cuirassé Yamato, ou encore la fameuse unité de commandos américano-cabadienne dite des « Diables Noirs ». Des aventures et des exploits narrés sans tabous (il suffit de lire McNiece), sans forfanterie, sans faux remords, mais toujours avec modestie: ils n’ont pas l’impression d’avoir été des héros, puisqu’ils n’ont fait « que leur devoir », suivi les ordres. De fait, nous avons pris l’habitude (moi, le premier) d’applaudir et de faire montre de respect au moindre vétéran croisé. S’il y a eu des lâches, des planqués ou des criminels, il y eut de véritables héros et, surtout, des hommes ordinaires, devenus des « héros ordinaires » par le prisme du regard qu’on leur porte. Ces hommes ont vécu des situations exceptionnelles au cours d’une époque exceptionnelle. Un beau récit captivant, hommage mérité à ces combattants. Une façon également de revisiter le grands événements autrement que par le sec récit des seules opérations.