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le « Mook 44 » N°2 auquel je participe avec un gros article sur la bataille de Cherbourg.

Dans les kiosques

J’ai co-écris le Thématique de 2e Guerre Mondiale magazine n°45 (éditions Mars & Clio):
« Controverses du Jour J et de la bataille de Normandie »

Mes articles:

« La Wehrmacht en Normandie: toujours à la hauteur en 1944? »

« Les commandements: qui est le plus efficient? »

« Les occasions manquées. Les Alliés pouvaient-ils écourter le conflit? »

« Qui a remporté la bataille de Normandie? Les Britanniques ou les Américains? »

Recension « Le siècle des as. Une autre histoire de l’aviation » de Pierre Razoux

 

Pierre Razoux, Le siècle des as. Une autre histoire de l’aviation, Perrin, 2019, 462 pages

Un livre qui se dévore car le propos est passionnant, mais aussi car l’auteur, Pierre Razoux, est particulièrement agréable à lire. Il nous épargne un récit chronologique de l’aviation de combat -la chasse en particulier- et l’historique des as, qui n’aurait somme toute qu’aboutit à une litanie de combats aériens et de scores qui se seraient rapidement avérés rébarbatifs (le travers de bien de publications portant sur les batailles aériennes). Au contraire, Pierre Razoux prend le parti de procéder à l’étude de thèmes spécifiques au sujet de son étude: les as. Qu’est-ce qu’un as? A priori un pilote de chasse qui atteint le seuil limite de 5 victoires aériennes, mais les lecteurs verront que cela n’est pas aussi simple… Nous croisons ainsi plusieurs fois les mêmes personnages,  souvent croqués avec bonheur, avec les anecdotes qui rendent toute lecture savoureuse. L’intérêt du choix de suivre un axe thématique est, outre de pousser la réflexion, de découvrir des as méconnus, mais aussi de feuilleter l’ouvrage au gré des envies de chacun: on peut lire ce livre dans l’ordre qui nous plaît. L’auteur aborde des sujets originaux, comme le devenir de ces as après la guerre, ou encore leur personnalité. Il questionne aussi avec pertinence ce qu’est un as et s’il convient d’appliquer ce terme (ou qualificatif) à d’autres armes (les tanks, les sous-marins, les snipers, etc). Le chapitre qui questionne la crédibilité des revendications des as allemands est d’un propos pertinent. Il est parfois apparemment légèrement hors-sujet, bien qu’abordant des points passionnants, lorsqu’il évoque plus les pilotes de chasse que les as en tant que tels: d’où les allusions à Chuck Jaeger, John Glenn ou Youri Gagarine. On croise aussi Saint-Exupéry, ni as ni pilote de chasse, mais cela se justifie parce que cela survient lorsqu’il est question des « montures « de ces héros des temps modernes. Un chapitre fort intéressant et très instructif, mais où il n’est pas question d’as, est aussi celui consacré aux femmes pilotes. Mais cela reste le bienvenu et témoigne de la maîtrise du sujet par l’auteur. Celui-ci est passionné, et cela se ressent lorsqu’il nous décrit l’effet d’un Spitfire en meeting ou lorsque, comme moi, il fait à plusieurs reprises référence au cinéma (ce que j’affectionne dans mes écrits), à la littérature ou à la BD (ah! Buck Danny ou les « Angle Wings », mais quelques oublis ici, comme « Le Faucon du Désert » de Franz Zumstein sur Hans-Joachim Marseille). Chaque chapitre, Pierre Razoux explore un large spectre qui s’étalle du temps de la Grande Guerre au combat les plus récents. Je confesse que je me suis moins attardé sur ce qui succède à la Seconde Guerre mondiale, faute d’avoir jamais été séduit par le vrombissement d’un moteur à réaction ou par les guerres modernes…Le texte est cependant passionnant. On ne s’ennuie pas un instant. On se sent dans le cockpit!  Fonck, Guynemer, von Richthofen, Hartmann, Galland, Boyington (ah! « Les Têtes Brûlées »), Clostermann, et bien d’autres qui sortent de l’oubli: vous les retrouverez tous, parfois de façon surprenante… Chaudement recommandé!

Mon nouveau livre, « Etre soldat de Hitler », aux éditions Perrin

LE LIVRE – CONTENU ET INTERETS

Le propos de cet ouvrage de 490 pages est inédit. Les campagnes et batailles menées par l’armée allemande au cours de la Seconde Guerre mondiale sont bien connues et on fait l’objet d’une pléthore d’ouvrages dans toutes les langues. Il restait à étudier la manière dont cette guerre a été vécue par les soldats de la Wehrmacht (Heer, Luftwaffe et Kriegsmarine) et par ceux de la Waffen SS, ainsi que questionner le particularisme de servir Adolf Hitler. Quel était le quotidien  des soldats allemands? Dans quelles conditions ont-ils servi au front ou à l’arrière ? Ces soldats allemands étaient-ils avantagés vis-à-vis de leurs adversaires ? Cette guerre est celle de parcours fort diversifiés, sous toutes les latitudes, du général au pilote de Messerschmitt, de l’administratif à Paris au tankiste d’un Panzer. La question des compromissions de l’armée avec le régime nazi est centrale : être un soldat de la Wehrmacht ou de la Waffen SS, donc servir Hitler, est-ce être un soldat comme les autres ? J’accorde ainsi une place importante au degré de nazification de cette armée, à la question des relations avec les populations civiles et, partant, de son rôle dans les crimes nazis. Bref, que signifiait être un soldat allemand entre 1939 et 1945?

LES POINTS FORTS

Le soldat allemand : un sujet mythique pour tous les passionnés, sans oublier l’engouement du grand public pour la Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement pour l’armée qui est au centre de ce conflit. Une analyse exhaustive de tous les aspects que revêt la question, du matériel utilisé à la vie quotidienne en passant par les tactiques, les permissions, etc. Impartial et documenté, je n’oublie pas la postérité et l’image de l’armée allemande après la guerre, auxquelles je consacre une longue partie finale.

 

SOMMAIRE

PROLOGUE

INTRODUCTION

Etre soldat d’Hitler : la diversité des situations

La spécificité d’une armée constituant le bras armé d’une dictature

Une entente précoce et une communion de vues entre Hitler et son armée

Etudier le quotidien du soldat et questionner la réputation d’excellence de la Wehrmacht

Pourquoi écrire un nouveau livre sur l’armée allemande de 1939 à 1945 ?

 

I/ FORMATION ET DISCIPLINE : DE LA CASERNE AU FRONT

De futurs soldats formés dès le plus jeune âge

Le Wehrkreiss : une armée à cadre territorial

La Kaserne : l’entrée dans la vie militaire

La Wehrmacht : une armée à la discipline de fer

L’entraînement des soldats de la Heer

Les sous-officiers : colonne vertébrale de l’armée de Hitler

Les officiers allemands, symboles de l’excellence de la Wehrmacht

La Luftwaffe : la formation des soldats d’Hermann Goering

Les recrues de la Kriegsmarine

Les femmes de l’armée de Hitler

L’idéologie nazie au sein de l’armée de Hitler

La Waffen SS

De l’Erstazheer à la Feldheer : la montée au front

La poursuite de l’entraînement dans le cadre de la reconstitution d’une unité

 

II/LA GUERRE SUR TERRE : CONDITIONS MATERIELLES ET VIE QUOTIDIENNE AU FRONT

La nourriture du soldat allemand

Les troupes de Hitler : des drogués ?

Equipement individuel et uniformes

Le service de santé aux armées

Enterrer les morts

Le moral du soldat allemand

Le quotidien sur le front de l’Est

La guerre en Méditerranée : désert et montagnes

Glace, neige et roc

Marais, forêts et bocage

Les loisirs des soldats de Hitler

Le soldat de Hitler : un commando ou un soldat de troupes d’élite?

L’importance des décorations

Les relations avec les alliés

Les Waffen SS et leurs camarades de la Wehrmacht

Vision de l’ennemi

 

 

III/ LA GUERRE SUR TERRE : LES CONDITIONS DE COMBAT

Les années fastes de la Blitzkrieg, 1939-1942

La transition vers une guerre de position de 1942 à 1945

La Wehrmacht à l’abri de lignes bétonnées

Deux expériences nouvelles et déconcertantes : la retraite et l’encerclement

Etre soldat allemand : combattre en état d’infériorité numérique

La guerre sur plusieurs fronts

Les Panzer : l’avantage majeur de la Wehrmacht

1943-1945 : de meilleurs blindés… mais toujours trop peu nombreux

Les meilleurs blindés du conflit ?

Les armes antichars : l’autre atout de la Wehrmacht

Un armement de qualité pour les soldats de Hitler

Un armement cependant bien souvent hétéroclite

Les armes miracles : aucune incidence majeure pour les soldats allemand

Les transmissions : une lacune au sein de la Wehrmacht

L’équipement des Pioniere : dépassé dans presque tous les domaines

La Wehrmacht : une armée faiblement motorisée

Un parc de véhicules motorisés hétéroclite

Des véhicules de facture allemande de qualité

Les conséquences d’une trop faible motorisation

Une logistique défaillante

Souplesse d’organisation et supériorité tactique

Pourquoi le soldat de Hitler a t-il été en mesure de faire preuve d’une telle combativité ?

Des leaders d’exception bridés par le Führer?

 

IV/LA GUERRE AERIENNE DES SOLDATS DE HITLER

Les hommes d’Hermann Goering

Une Luftwaffe taillée pour une Blitzkrieg lancée dans une guerre mondiale

Des chasseurs sur tous les fronts

Bombarder : du Stuka au V1

Les missions de transports : un rôle méconnu de la Luftwaffe

Les bases de la Luftwaffe : le quotidien des hommes de Goering

La Flak : l’arme la plus redoutée de la Luftwaffe

La Luftwaffe sous béton et les radars

Les forces de combat terrestres de la Luftwaffe

 

V/LA GUERRE SUR MER

La branche défavorisée de la Wehrmacht

L’impossible guerre navale

L’impossible coopération avec la Luftwaffe

Une vaine course aux armements

Les marins de Hitler

Une flotte de surface réduite

U-Boote : les loups gris

Les corsaires : les oubliés de la flotte de surface

L’assaut amphibie

Missions auxiliaires méconnues mais essentielles

Marins sous le béton

Marins sur le front : navires de soutien et fantassins de fortune

 

VI/ LES SOLDATS DE HITLER ET LES CIVILS

Le courrier du pays : le moment tant attendu

Préserver la famille avant tout

Le sens du devoir mais un Vaterland devenu une altérité

La permission

Les soldats de Hitler et les civils des pays occupés

L’occupation à l’Ouest

Le quotidien avec les civils

Paris, « Ville Lumière » pour les soldats de Hitler

Les tensions se multiplient avec les populations occupées à l’Ouest

En Méditerranée et dans les Balkans

A l’Est : le racisme à son paroxysme

Une Russie idyllique

Des relations avec les femmes slaves empreintes de violence

 

VII/ CRIMES

Une efficacité militaire au service de crimes innommables

Les crimes à l’Ouest dès la Westfeldzug de 1940

Le temps de l’Occupation à l’Ouest, 1940-1944

Les crimes à l’encontre des soldats alliés à l’Ouest en 1944-45

La campagne de Pologne : le laboratoire d’une guerre menée sous l’égide d’une idéologie raciste

Le massacre des prisonniers de guerre soviétique : le plus grand crime des soldats de Hitler

Les civils soviétiques : victimes des brutalités des soldats allemands

Les soldats de Hitler : complices de la Shoah en Union soviétique

Les crimes de la Wehrmacht et la Waffen SS dans les Balkans

Une guerre sans haine en Afrique ?

L’Italie : cadre de méfaits méconnus de la Wehrmacht

1945 : un cortège de crimes dans le Vaterland

Résister à Hitler : l’opposition au sein de la troupe

Des généraux résistants ?

Une opposition qui naît de la perspective de la défaite

Tentatives d’assassinat

L’attentat du 20 juillet 1944

L’énigme Canaris

Le Comité national pour l’Allemagne

 

VIII/ APRES HITLER : LA POSTERITE D’UNE ARMEE CONTROVERSEE

La défaite

L’épreuve de la captivité

Le refoulement d’un passé et la négation de toute culpabilité

Un contexte international favorable à l’ancienne Wehrmacht

Le mythe de l’excellence de la Wehrmacht

Les aspects protéiformes de l’intérêt porté à la Wehrmacht

Les lieux du souvenir

La postérité du matériel et de l’uniforme du soldat allemand

La remise en cause d’une image édulcorée en Allemagne même

Un renouveau historiographique salutaire au-delà de l’Allemagne

L’image de la Wehrmacht sur le grand écran : un résumé en images de sa postérité

 

EPILOGUE/ LE TEMPS DE LA RECONCILIATION

 

Recension : « Le Jour le Plus Long » de Cornélius Ryan, éditions de « luxe » par Ouest-France

Cornélius Ryan, Le Jour le Plus Long, éditions Ouest-France, 2019, 304 pages

Faut-il encore présenter l’oeuvre de Cornélius Ryan, écrit en 1959, passée à la postérité grâce au film hollywoodien éponyme? La fameuse oeuvre fait l’objet d’une réédition réussie chez Ouest-France. Cette nouvelle version se distingue par trois aspects: son grand format, sa riche et abondante iconographie, la reproduction d’une partie des interviews et des documents d’archives utilisés par le journaliste pour réaliser son ouvrage. Avec le grand grand format retenu pour l’ouvrage, certaines photographies en double-page sont particulièrement bien mises en valeur. Un bonheur pour l’amateur… Un des intérêts majeurs du texte de Ryan est de faire partager l’épopée du Jour J au lecteur selon un rythme vivant, parsemé de dialogues, proche de celui d’un roman bien que fourmillant d’éléments historiques. Bref, un texte captivant. Il s’agit de la grande Histoire racontée au niveau de la petite histoire. Le livre comprend trois grandes parties, « L’Attente », « La Nuit » et « La Journée ». Le lecteur est facilement sais par l’atmosphère régnant ces jours fatidiques dans les deux camps et ce à tous les échelons de la hiérarchie, puisque nous suivons aussi bien des personnages aussi célèbres que Rommel que des hommes du rang lancés dans la grande aventure. Nous voguons au sein de l’immense armada alliée, entendons les accents de la cornemuse de Bill Millin, éprouvons le choc et la confusion du GI’s sur Omaha ou largués près de Sainte-Mère-Eglise… Certes, le lecteur aura sans doute à l’esprit les images de la grande fresque cinématographique de D. Zanuck (que j’ai présentée ici), mais le livre se lit avec autant de plaisir et sera un complément heureux à la fois des ouvrages historiques relatant les combats avec détails et des recueils de témoignages qui se sont multipliés ces dernières années. Un certain nombre d’erreurs se sont bien glissées dans le texte du journaliste américain -on pense au Major allemand Pluskat qui se prétend aux premières loges à Omaha Beach alors qu’il se trouvait en galante compagnie à Bayeux- mais cela ne nuit en aucune manière à la qualité de l’ensemble.

 

Recension de « Naissance de la Grèce: De Minos à Solon, 3 200 à 510 avant notre ère »

Brigitte le Guen (sous la direction) Naissance de la Grèce: De Minos à Solon, 3 200 à 510 avant notre ère, Belin, 2019, 686 pages

Quel bonheur de lecture! Sous la direction de Brigitte Le Guen, Maria Cecilia d’Ercome et Julien Zurbach. Parmi les abordées, la période archaïque, sur laquelle je m’étais spécialisé à l’université sous la direction de Françoise Ruzé. Nous avons là un très bel ouvragent fruit d’un grand travail.

Un texte grand public? Je le craignais. En fait, le propos, abordable pour le néophyte, est tout aussi passionnant pour le passionné éclairé et averti et nullement de niveau médiocre, ni un ouvrage qui ne serait qu’une mise bout à bout de poncifs éculés sur la Grèce antique.Les chapitres (pas moins de 18) fourmillent d’une multitude d’informations bénéficiant des acquis de la recherche la plus récente.

Cette étude embrasse avec brio près de 3 millénaires. Point d’affirmation péremptoire dans ce texte, pas plus que d’hypothèse qui ne soit étayée solidement avec des arguments réfléchis. Les possibilités sont clairement formulées, de même que l’évolution historiographique des concepts étudiés.

L’iconographie est abondante et de qualité, puisées aux meilleurs musées et sites les plus emblématiques, et légendée avec soin. Les cartes sont superbes. Les encadrés, très nombreux, permettent de détailler une ouvre d’art, un site ou un texte, ou encore d’approfondir ou d’éclaircir des points abordés dans le chapitre, avec un système de renvoi fonctionnel (aucun encadré n’arrive sans que la relation avec le texte qui l’entoure ne soit évidente).

Les données premiers chapitres se résument essentiellement à celles fournies par l’archéologie, ce qui multiplie les conjectures. Fort heureusement, les auteurs écrivent bien et les pages consacrées à la civilisation minoenne constituent une entame indispensable et bien menée au sujet. Un de grands intérêt de ces pages est la mise en évidence des acquis les plus récents sur les mondes minoens et mycéniens. On suit ensuite avec bonheur la description du monde grec de l’époque mycénienne, des âges obscurs, puis de la période archaïque.

Les auteurs nous épargnent une histoire événementielle qui ne serait nullement un travail novateur. Tout au long du livre, ils embrassent un large spectre d’éléments propres à toute civilisation: la vie quotidiennes, les croyances, le logis, le mode de gouvernement, le commerce, l’art, la guerre, les relations avec les autres peuples, etc. Il suffit de citer quelques titres de chapitres pour illustrer le large spectre couvert par ce livre: « Les sociétés grecques vues par leurs poètes », « La guerre est toujours! », « Les Grecs et leurs voisins », « Les nouveaux espaces civiques et religieux », « L’Epire et la Macédoine: deux mondes grecs? », « La voie spartiate »…

Un détail m’a semblé erroné: un auteur évoque des javelots pour les hoplites, et non des lances, ainsi que l’idée que les guerriers en phalange ne courent pas avants le choc (la marche au pas ne semble pourtant être qu’une patraque purement spartiate)… Deux points qui me laissent dubitatifs car en désaccord avec tout ce qui est admis sur le sujet.

Au final, nous avons là un superbe ouvrage qui me donne envie de découvrir les autres titres de la collection, que j’ai négligé faute de penser lire des banalités sur des thèmes que je connais bien. Il n’en est rien: nous avons là un ouvrage majeur. De grands moments de bonheur pour le passionné de la civilisation grecque que je suis… Je n’étais pas pressé d’arriver à la dernière page! Je le recommande vivement.

Recension « Vu d’un drone. Les plages et les sites du D-Day » de Yves Lecouturier et Hervé Ronné

Yves Lecouturier et Hervé Ronné. Vu d’un drone. Les plages et les sites du D-Day, Ouest-France, 2019, 95 pages

Les sites de la bataille de Normandie sont bien connus pour les amateurs. Les bibliophiles ne manquent pas non plus de posséder les remarquables ouvrages qui présentent la Normandie vue du ciel grâce aux clichés de Hervé Ronné. Si les vues aériennes d’Omaha sont présentées au public depuis des années, ce nouveau livre ne fait en aucun cas double-emploi: et pour cause, les prises de vues ont été obtenues par un drone, ce qui change absolument la perspective, ne serait-ce qu’en raison de la plus faible altitude. Rien est oublié: de Caen à la cote 112 en passant par Avranches ou Sainte-Mère-Eglise… J’apprécie plus particulièrement l’image présentée en double-page nous dévoilant le site actuel de Pegasus Bridge, avec les deux ponts (l’historique et son « petit » frère), le planeur et le musée… Un belle initiative. Original.

 

Recension de Leo Marriott, « Le Débarquement et la bataille de Normandie, hier et aujourd’hui », Ouest-France, 2019

Leo Marriott, Le Débarquement et la bataille de Normandie, hier et aujourd’hui, Ouest-France, 2019
Le « then and now » a toujours eu le vent en poupe en Grande Bretagne, notamment grâce au fameux, et par ailleurs réussi, magazine « After the Battle ». Les éditions Ouest-France nous gratifient d’une version française d’un livre signé Simon Forty, un habitué des ouvrages « retour sur le terrain ». 75e anniversaire du D-Day oblige, c’est la Normandie qui est à l’honneur dans un ouvrage dont on apprécie l’abondance d’illustrations et la mise en perspective avant/après de tant de lieux emblématiques de cette grande bataille. Nous pouvons ainsi appréhender d’une nouvelle manière certains clichés, bien connus. Une mention particulière pour l’image colorisée de la Pointe-du-Hoc et son vis-à-vis actuel, ainsi que pour la non moins célèbre photographie (elle aussi colorisée) d’une colonne de fantassins de la 2nd ID « Indian Head » au Ruquet, à Omaha Beach. De nombreux clichés auxquels nous sommes habitués sont ainsi remis dans leur contexte actuel et puisque le livre est assez léger et de petit format, il est facilement transportable pour une visite in situ. On regrettera juste le contraste de quelques-unes des images d’époque, quelques peu foncées. Un livre de photographies qui constitue un bon complément à un récit de la bataille.

Le mythe de Bir Hacheim: assez de contre-vérités!

   

 

Le dernier livre sur Bir Hakeim affirme une contre-vérité: selon l’auteur, cette bataille « change le cours de l’histoire de la région : les Britanniques profitent de l’immobilisation des troupes de Rommel pour préparer leur victoire à El-Alamein et bloquer l’Afrika Korps dans son avancée vers le canal de Suez »

Erwan Bergot, dans un récit vivant et détaillé, François Broche, très récemment dans un livre tout aussi passionnant, Jacques Mordal (alias Hervé Cras) et Dominique Lormier ont, entre autres, fourni leur version de ce grand événement pour la France Combattante, à tel point qu’on se demande si, en France, la guerre du désert ne se limite pas à ce combat, que j’ai replacé dans ses justes proportions dans mon livre Afrikakorps. L’armée de Rommel (Tallandier, 2013), ainsi que dans ma biographie du maréchal allemand (Perrin, 2019). On est pourtant en droit de se demander en quoi la multiplication d’ouvrages apporte quoi que ce soit de neuf sur le sujet, sauf peut-être sur le plan iconographique, ainsi que dans les témoignages, sauf que le point de vue strictement allemand ou italien de la bataille serait le bienvenu, pour changer… On aimerait aussi enfin un long chapitre sur l’exploitation politique et la mémoire de cet événement.

En effet, tous ces auteurs ont pour point commun de rappeler avec insistance une contre-vérité historique, à savoir que la résistance prolongée de Bir Hacheim a permis le rétablissement britannique sur El Alamein. Une assertion ridicule et sans fondements, qui a le don de m’exaspérer. Il faut en être conscient: Cette résistance prolongée n’a nullement permis le rétablissement britannique sur El Alamein. 

Tous les faits, du déroulement de la bataille de Gazala (pendant les combats de Bir Hacheim qui n’en sont qu’une partie et où ne sont engagés en fait que très peu d’éléments de l’Afrika-Korps) à l’affrontement de Mersa Matrouh et à la mise en place de la ligne de défense d’Alamein militent contre cette thèse bien présomptueuse, sans parler de l’état de faiblesse dans laquelle se trouve la Panzerarmee à son entrée en Egypte. Ce sont les combats menés ailleurs sur la ligne de Gazala qui signent l’échec de la 8th Army (plus de 100 000 hommes et plus de 800 tanks sont impliqués), en particulier le désastre de l’opération « Aberdeen ». Rappelons que les Panzer de l’Afrika-Korps et le gros des troupes allemandes de l’armée de Rommel ne se battent pas à Bir Hacheim… Or quelques dizaines de chars allemands en plus à El Alamein le 1er juillet 1942 auraient pu faire toute la différence, et Koenig n’y est pour rien.

N’oublions pas que nos FFL n’étaient pas seuls: quelques Britanniques étaient avec eux, et surtout la Desert Air Force, ils ont été ravitaillés par la 8th Army et, surtout, si Rommel avait appliqué le plan « Theseus », plutôt que la variante « Venezia », c’est le DAK et non les Italiens qui auraient attaqué Bir Hacheim dès le 26 mai, Dans ce cas, c’est l’intégralité de l’Afrika Korps qui aurait frappé de plein fouet le « box » de Bir Hacheim, l’emportant probablement rapidement sans que ne retentisse la gloire qui sera celle des FFL au cours de la véritable bataille. La neutralisation et la destruction de Bir Hacheim dès les premières heures aurait eu des conséquences très avantageuses pour Rommel. Il n’aurait pas eu la nécessité d’y déployer des jours durant des moyens non négligeables (d’abord la « Trieste » puis la 90. Leichte, sans oublier les bombardements de la Luftwaffe). Rommel aurait alors disposé de davantage de troupes pour frapper en direction de la route côtière sans avoir besoin de réduire les « boxes » de Gott-el-Ualeb et de Bir Hacheim.

Lorsque Bir Hacheim est évacué la nuit du 10 juin, les combats sont loin d’être terminés: il faut encore attendre plus de dix jours pour que Tobrouk tombe (le 21 juin). Quid par exemple, de la bataille de chars de « Knightsbridge », le 12 juin, qui est particulièrement funeste pour l’arme blindée anglaise qui se fait de nouveau étriller : 138 tanks sont détruits… On semble aussi oublier l’incroyable combat mené à Mersa Matrouh

Outre-Manche, où on s’intéresse bien plus à la guerre du désert que dans l’Hexagone, aucun historien ne se risquerait à une telle inexactitude. Il n’y a guère qu’un Churchill,e n son temps, soucieux de multiplier les hommages à visées politiques, pour adhérer à une conclusion aussi farfelue que celles avancée par les écrivains français cités en début de mon propos: à savoir que le rétablissement -et, partant, la victoire- à El Alamein est dû Bir Hacheim…

Cette falsification de l’Histoire, contraire à l’esprit qui doit animer tout historien, perdure sans ajouter une gloire nécessaire au sacrifice consenti par les FFL qui ont mené un superbe combat, auquel les Allemands n’ont pas manqué de rendre hommage.

Rommel ne cache pas son admiration devant « l’admirable exploit de la part des défenseurs » et reconnaît les qualités de Koenig. Mais il tient sa victoire : les lignes de communications germano-italiennes sont désormais assurées. Avec la chute de Bir Hacheim, le second acte de la bataille de Gazala peut commencer et, pour les Britanniques, il n’est pas encore question d’El Alamein.

Les Français de Koenig, qui ont rempli leur mission au-delà des prévisions, ont en effet indubitablement mené avec brio un combat dont le retentissement mondial suffit à la pérennité de l’exploit. C’est d’ailleurs non sans une certaine fierté rétrospective qu’on peut, avec François Broche et les autres, lire cette page glorieuse de l’histoire de notre armée. Mais il faut désormais faire un plus d’esprit de recul dans notre hexagone…

Recension de  « Histoire de la guerre » de John Keegan Perrin, Tempus, 2019

John Keegan, Histoire de la guerre, Perrin, Tempus, 2019
Une réédition d’un classique en format poche. Difficile de résumer le livre de Keegan, tant l’auteur aborde de thèmes. Il s’agit ni plus ni moins d’un voyage encyclopédique à travers le temps (depuis la Préhistoire) et les lieux nous permettant de découvrir le fait de guerre dans la diversité des cultures et des sociétés, du silex taillé à la bombe atomique… Le début de l’ouvrage, peut-être un peu ardu pour le néophyte, recadre l’oeuvre et la pensée de Clausewitz et nous explique combien il est illusoire de lui accorder une application universelle, et de le prouver en évoquant des situations extra-européennes fort pertinentes. Les chapitres qui suivent sont plus aisés et plus concrets. Le fait de guerre, la manière de faire la guerre, les raisons de faire la guerre sont multiples et liés à des contingences les plus diverses. On croise dans ce livre aussi bien les chevaliers que les hoplites, les guerriers zoulous, les Huns, les Samouraï ou encore les Landser de Hitler.  L’auteur nous gratifie de chapitres plus spécifiques traitant qui des fortifications, qui des armée, qui des peuples cavaliers, qui de la logistique. On apprécie la diversité des sujets abordés, embrassant toutes les cultures et les périodes. La question de la guerre est Car celui qui fait la guerre n’est pas que le soldat professionnel, mais aussi le guerrier, le milicien, le mercenaire, le conscrit, le volontaire… Si certains chapitres m’ont semblé un peu longuets et rébarbatifs, la plus grande partie du propos est captivante et la réflexion poussée, argumentée et très documentée. Nous avons là un ouvrage sérieux, même si les erreurs de détails percent dès lors qu’on maîtrise certains éléments, ce qui est tout de même problématique: pour Marathon, Darius était absent, il n’était pas empereur et les guerriers perses n’étaient pas des esclaves, et que dire de l’erreur d’affirmer que la flotte perse a vaincu celle d’Athènes à Aigos Potamos avant de se déployer au Pirée (non! c’est celle de Sparte, même si elle est levée grâce à l’or perse!)… Une lecture, assez longue il faut l’avouer, mais passionnante et enrichissante, presque un passage obligé pour tout passionné d’histoire militaire comme moi. Vivement recommandé.