14/18 en 39/45: influence et permanence de la Grande Guerre sur la Seconde Guerre mondiale

14/18 en 39/45: influence et permanence de la Grande Guerre sur la Seconde Guerre mondiale

 

Les deux guerres mondiales ne sont pas seulement distantes d’à peine une vingtaine d’années dans le temps, elles sont indissolublement liées par des liens de causalité. Bien plus, sur le plan militaire, ces liens étroits se traduisent par des similitudes aussi bien sur le plan humain que matériel, voire doctrinal. Quelle fut donc l’influence du premier conflit mondial sur le second ? Loin d’être exhaustive, cette courte étude se veut un début de réflexion sur ce vaste sujet.

 

Les hommes : combattants des deux guerres et sujets des empires coloniaux

Soldats de la Wehrmacht capturés en Normandie. Beaucoup de quadragénaires et de quinquagénaires ont déjà combattu au cours de la Première Guerre mondiale, et pas uniquement parmi les cadres…

Une génération à peine sépare les deux conflits mondiaux. Nombre de combattants ont donc dû vivre les deux terribles épreuves. Pour ceux qui étaient encore des jeunes gens dans les tranchées en 14/18, la Seconde Guerre mondiale les surprend à un âge mûr, fin de la trentaine pour les plus jeunes, ou quadragénaires : un âge qui ne les dispense pas du service actif, au besoin (mais non de façon systématique) au sein d’unités de l’arrière. Toutefois, la violence qui s’est déchaînée au cours de la Première Guerre mondiale a bouleversé à jamais la psychologie de ceux qui l’ont vécue. Si l’expérience du conflit précédent pourra certes être de quelque utilité (le soldat n’est plus un « bleu »), la guerre s’est modernisée et les plus âgés ne sont pas forcément les mieux équipés et, surtout, ils sont souvent mobilisés –en Allemagne comme en Union Soviétique- par nécessité lorsque les pertes immenses consenties depuis l’entrée en guerre conduisent les gouvernements à « racler les fonds de tiroir ». L’expérience de la débâcle de 1940 a d’ailleurs un goût amer pour les anciens poilus de 1914 : à quoi bon les souffrances endurées sur la Somme et à Verdun ? La France ne sait-elle plus se battre ?

Bien plus, les généraux de la Seconde Guerre mondiale sont d’anciens combattants de la Grande Guerre pour beaucoup d’entre eux et en particulier pour ceux qui occupent les postes les plus élevés de la hiérarchie. Leur personnalité est déjà apparente en 14/18 et, souvent, leur façon de mener les combats prend racine dans leurs pratiques de la Grande Guerre. Ainsi, Patton, cavalier dans l’âme et premier commandant d’une formation de blindés américains au front en 1918 est-il devenu l’un des meilleurs généraux spécialistes de blindés du conflit. Le Rommel s’infiltrant au sein du dispositif français en mai 1940 ne rappelle-t-il pas le jeune officier subalterne vainqueur des Italiens au mont Matajur? Les hommes politiques de la Seconde Guerre mondiale sont parfois directement liés à la guerre précédente. Songeons ainsi au maréchal Pétain, considéré un temps comme le « sauveur de la France » et un espoir alors que la France demande l’armistice. Pétain est alors un mythe, celui du « vainqueur de Verdun ».

Australiens pendant la Grande Guerre: leurs fils combattront pour l’Angleterre vingt ans plus tard

Autre point commun sur le plan humain, on fait une nouvelle fois appel aux ressources de l’empire, notamment à ce que le général Mangin appelait « la force noire » avant 1914. Quant à l’armée britannique, en 1914 comme en 1939, elle demeure composite (par nécessité pour aligner des effectifs suffisants), reflet de son immense empire. Canadiens, Australiens, Néo-Zélandais et Indiens sont à chaque fois mis à contribution (volontairement pour les soldats des Dominions), et ce de façon décisive sur tous les fronts. A ce propos, comment ne pas faire le lien entre l’armée des généraux Murray et Allenby (en Egypte et en Syrie-Palestine) en 1917/18 et la Western Desert Force et la 8th Army en 1940/43? En revanche, l’idéologie raciste qui prévaut dans l’Allemagne nazie et l’absence de colonies font que l’Allemagne n’engagera pas cette fois-ci d’unités composées de Noirs comme en 1914-18.

 

Permanences au sein des unités : régiments, chevaux, voies ferrées…

Véhicule allemand hippomobile en URSS pendant la Seconde Guerre mondiale

Ces hommes vont retrouver des unités dont les faits d’armes les lient directement à la Grande Guerre. Chez tous les belligérants, nombre d’unités arborent avec fierté qui un insigne, qui un drapeau de régiment orné de noms de batailles, qui un numéro faisant référence au conflit précédent. Les unités australiennes et néo-zélandaises ont toutes une numérotation commençant par « 2 », par référence et comme signe de continuité avec l’unité similaire levée en 14/18. Ainsi, la 2nd New-Zealand Division de Bernard Freyberg n’est pas la 2ème division d’infanterie de la Nouvelle-Zélande mais son unique division d’active portant le numéro 2 puisque la première fut celle qui combattit 20 ans auparavant. De façon similaire, chaque bataillon australien est numéroté de façon identique: 2/13, 2/20…

L’organisation des armées et des nombreuses unités n’a en outre pas forcément fondamentalement évolué depuis le conflit précédent. Ainsi, le cheval y tient encore une place majeure. La plupart des armées restent non motorisées pour une large part et l’artillerie hippomobile restera majoritaire dans l’armée allemande jusqu’à la fin de la guerre. Les chevaux se retrouvent aussi au sein des formations de cavalerie qui existent dans les armées des principaux belligérants. La désillusion née de l’utilisation de la cavalerie en 14/18 (si on excepte quelques chevauchées mémorables notamment en Palestine et en Syrie en 1918), n’a donc pas sonné le glas de cette arme jadis jugée noble. L’utilisation qu’en feront les Soviétiques démontre le potentiel encore réel de la cavalerie. Comme en 14/18, monter à cheval est plus un moyen de locomotion rapide avant de combattre à pied qu’une monture pour mener la charge.

Corolaire direct de l’importance encore accordée au cheval et à l’absence de motorisation générale, la voie ferrée tient un rôle de premier plan absolument crucial pendant la Seconde Guerre mondiale, y compris pour les armées les plus motorisées que sont les armées américaine et britannique. L’armée allemande, en particulier, réussira le tour de force à transférer sans difficultés majeures des divisions du front de l’Est au front de l’Ouest et vice-versa. Sa logistique sera avant tout l’affaire de convois ferroviaires sauf impossibilité presque totale (Afrique du Nord, Grand Nord vers Mourmansk). Bien que motorisées, les armées américaine et britannique doivent absolument remettre en état le réseau ferré français et renouveler le stock de matériel roulant pour assurer l’approvisionnement jusqu’aux frontières du Reich. De la même manière, l’aide apportée par les Américains aux Soviétiques dans le cadre du Prêt-Bail inclut de nombreuses locomotives et des wagons en quantité.

 

Des armes qui traversent les deux conflits

S’il est bien un domaine dans lequel on décèle permanences et continuités entre les deux guerres, c’est bien celui des armes. Nombre d’entre-elles sont utilisées aussi bien en 14/18 qu’en 39/45. Plusieurs raisons expliquent ce phénomène: budgets alloués à la défense resserrés dans les années 20 et existence de stocks et surplus, existence d’armes toujours efficaces et suffisantes pour les besoins tactiques, nécessité de faire flèche de tout bois pour équiper l’ensemble des unités faute de disposer d’une production de guerre suffisante. Dans le domaine des armes individuelles, citons le pistolet Lüger, les revolvers modèle 92 français et Webley, le mousqueton Berthier, les fusils Gewehr 98, Lebel, M1903 Springfield, Arisaka… Plusieurs mitrailleuses reprennent du service: Lewis (qu’on retrouve notamment sur les premiers camions du Long Range Desert Group), MG 08/15 (pour les unités allemandes de second ordre, ou pour renforcer la puissance de feu, notamment sur le Mur de l’Atlantique), voire fusils-mitrailleurs Chauchat… Ces armes sont rarement attribuées aux formations d’active de première ligne mais restent suffisantes pour des tâches secondaires sur les arrières, les lignes de communications ou pour des missions de surveillance diverses.

Si, bien entendu, les avions et les tanks sont de 14/18 sont remisés (il y a certes bien eu de FT-17 affectés notamment à la protection des aérodromes français en mai-juin 1940), de même que les crapouillots et autres Minenwerfer qui sont les ancêtres des mortiers plus modernes, nombre d’armes lourdes abondamment utilisées au cours de la Première Guerre poursuivent leur belle carrière dans la Seconde. C’est le cas aussi de nombreuses unités navales, au besoin refondues et mises aux nouvelles normes de guerre. L’artillerie est en partie la même au cours des deux guerres. Les canons sur voie-ferrée français participent aux deux conflits. Le fameux canon de 75 mm français participe -non sans efficacité- à la campagne de 1940. Les Allemands en saisissent de grandes quantités et, pourvu d’un nouveau bouclier et d’un frein de bouche, il devient le Pak 97/38 A ce titre, ils participent aussi bien aux combats de Russie que de Normandie. Sur le Mur de l’Atlantique, de nombreuses pièces d’artillerie de prise -comme le Schneider modèle 13 de 105 mm ou encore le 155 mm GPF (Grande Portée Filloux)- sont réutilisées par les Allemands. Des pièces de 155 mm françaises participent également à la campagne de Libye au sein des forces de l’Axe (certaines appartiennent à l’armée italienne depuis le conflit précédent). Les pièces d’artillerie françaises de 1914 sont d’ailleurs à l’origine de canons de l’autre guerre: le 75 mm du Sherman dérive du canon français et le fameux « Long Tom » est un 155 mm français amélioré. Bien des innovations de la Grande Guerre -mitraillettes, généralisation des mitrailleuses, lance-flammes…- voient leur développement et leur utilisation s’accentuer. D’autres -les gaz en particulier- ne seront pas employées.

Les armes les plus meurtrières –l’artillerie et les mortiers- restent les mêmes. La baïonnette, généralement raccourcie chez les nouveaux modèles de fusils (le paroxysme étant atteint avec la baïonnette dite « clou » du Lee-Enfield N°4 Mk I), symbole –dans l’image d’Epinal- des charges de la guerre de 14, ne fera pas plus de morts en 39/45 qu’au cours de la première guerre. Elle reste pourtant dans l’attirail de tous les soldats. Comme leur aînés, la plupart des soldats de la Seconde Guerre mondiale sont victimes de l’artillerie (et des mortiers).

 

Une apparence similaire d’une guerre à l’autre

 

A gauche, en kaki: 1940. A droite, en bleu horizon: 1916.

Pour un oeil non averti, particulièrement sur les clichés en noir et blanc, la silhouette du piou-piou de 1940 ressemble à s’y méprendre à celle de 1916. De fait, les casques des principaux belligérants de 1939 sont très semblables à ceux des armées qui combattaient 20 ans plus tôt. Le symbole national que représente la forme du casque semble en effet bien ancré. Le « Tommy » porte toujours un « plat à barbe », certes d’un modèle différent (mais, pour des raisons d’identification nationale, comme les Canadiens, les Anglais n’adopteront pas le nouveau casque américain USM1). Le casque français modèle 1926 est très proche du célèbre casque Adrian de 1915 (d’ailleurs, certaines unités portent encore l’ancien casque). Si ce n’était la couleur khaki de la capote de drap, certaines formations évoluant à pied ou à cheval et dotées de fusils Lebel ressemblent à s’y méprendre aux poilus de 1916-18. L’allure du Landser de 1939 n’est pas non plus sans évoquer le soldat du Kaiser de la fin de la guerre précédente, au moins en ce qui concerne les lignes générales du casque d’acier. Le Stahlhelm 35 dérive en effet du modèle 1916, avec des formes plus ramassées aboutissant à une protection optimale du combattant par ailleurs ainsi pourvu d’une coiffure assez esthétique. Sous les tropiques, le casque colonial n’a parfois pas évolué : c’est le cas du type Wolseley, le plus répandu au sein des forces du Commonwealth.

La coupe de certains uniformes et l’équipement individuel du soldat sont parfois similaires ou très proches d’une guerre à l’autre. Des stocks du premier conflit mondial sont d’ailleurs largement sollicités pour équiper la troupe, plus particulièrement les unités de seconde ligne ou les armées de petites nations aux ressources très limitées. Le soldat allemand porte toujours un uniforme Feldgrau et enfile le plus souvent une paire de bottes, comme en 14. Son équipement individuel standard est toujours en cuir et la casquette modèle 43 (ainsi que le modèle tropical de l’Afrika Korps et celui des Gebirgsjäger) s’inspire directement de la coiffure des troupes autrichiennes de 14/18. S’il ne porte plus de casquette, le combattant russe monte en ligne avec une tenue similaire à celle de l’armée tsariste, dont on finira par reprendre les pattes d’épaules et autres éléments caractéristiques au cours du conflit. De l’allure générale du GI’s de 1944 découle une image de décontraction et de modernisme. Pourtant, lorsque l’Europe s’embrase en 1939, la tenue standard de l’US Army semble pour le moins compassée dans sa coupe. Il n’est pas jusqu’au fameux chapeau type presse-citron pour lui donner une image passéiste. De fait, une partie de l’équipement individuel en coton filé est similaire, voir identique, pendant les deux guerres. Même constat chez les Australiens qui montent au combat en Libye en 1940 avec une tenue qui rappelle que trop bien 14/18 : fusils Lee-Enfield Mk III, tenues de drap, Leather Jerkins et casque plat à barbe ou –à l’arrière- le célèbre Slouch Hat, ce chapeau en feutre qui résume à lui seul l’identité de celui qui le porte.

 

Les tactiques : quelques continuités

L’ombre de la Première Guerre mondiale porte également sur les tactiques. Sans entrer dans les détails d’un combat particulier, relevons quelques éléments. Sur mer, si le premier porte-avions est mis au point par les Britanniques en 1918 (le HMS Furious), les implications tactiques (voire stratégiques) qu’implique ce nouvel instrument de combat n’est clairement appréhendé par aucune amirauté en 1939. Les Japonais, dont l’escadre de porte-avions sonne le lever de rideau sur la guerre du Pacifique, attaquent Pearl Harbour selon un schéma inédit (mis à part le précédent anglais à Tarente) mais, outre que les porte-avions américains ne constituent en aucune manière un cible prioritaire ce 7 décembre 1941, les amiraux japonais (y compris Yamamoto) entendent l’emporter sur la flotte américaine à l’issue d’une bataille navale rangée dans laquelle cuirassés et croiseurs tiennent le rôle principal (c’est le but recherché lorsque l’offensive est lancée sur Midway au printemps 1942). Pourtant, en 1939-45, l’utilisation du porte-avions, inventé en 14/18, révolutionne la guerre navale. Les autres aspects de la guerre sur mer font-ils aussi exception en étant radicalement différents? Il semblerait bien que non. En 1939-45, comme en 1914-18, après avoir semble-t-il oublié la leçon, les Alliés en reviennent à la navigation en convois de leurs cargos dûment escortés par des destroyers. Même si on privilégie encore la destruction des navires marchands au canon à l’utilisation de la torpille, les U-Boote ont certes beaucoup évolué dans leurs capacités, de même que les moyens employés pour les contrer (« Huff-Duff », Asdic qui est pourtant mis au point dès 1918, …). Si la flotte de surface de la Kriegsmarine de 1939 n’est qu’un bien faible reflet de la Hochseeflotte de 1914, les deux marines allemandes en ont été réduites à mener toutes les deux une guerre de course avec une poignée d’unités sur les mers et océans éloignés du globe.

Les Stoβtruppen

Les techniques d’infiltration des Stoβtruppen ne vont pas être sans influencer ce qui donnera le Blitzkrieg allemand des premières années de guerre. Tirant enseignement du premier conflit, les Allemands comprennent l’importance du tank, de la mobilité et de la percée en profondeur débouchant sur des encerclements. C’est précisément la rapidité d’action des Allemands en 1940 qui surprend l’état-major français. Si ce dernier n’est pas en retard d’une guerre, il raisonne selon des schémas hérités de 14/18 : un assaut allemand, pense t-il, ne peut s’effectuer sans le concours d’une puissante préparation d’artillerie et les unités motorisées devront s’adapter à la vitesse des divisions d’infanterie. Dans les deux cas (songeons notamment aux Stukas qui suppléent au manque d’artillerie lorsque Guderian traverse la Meuse à Sedan), la Wehrmacht surprend son adversaire.

L’impact de la guerre de 14/18 se voit également dans la façon dont les généraux de la Seconde Guerre mondiale, qui ont été souvent des officiers subalternes au cours du conflit précédent, mènent les opérations. Témoins de boucheries monstrueuses ainsi que du règne en maître de l’artillerie, ces généraux sont décidés à épargner le sang de leurs hommes et à n’attaquer qu’à la faveur d’un assaut méticuleusement préparé. On songe naturellement à un Montgomery, taxé le plus souvent d’une prudence excessive, sans qu’il faille oublier qu’il n’a jamais manqué de rendre visite à ses troupes a contrario de son expérience de jeune officier plongé dans l’enfer des tranchées en 14/18 où il n’a jamais eu l’occasion d’apercevoir un général. Les tirs de barrages qui annoncent les grandes offensives alliées (soviétiques comme anglo-saxonnes) rappellent elles-aussi les terribles préparations d’artillerie de 1914/18, mais, si leur ampleur est impressionnante, ils le cèdent en durée à ceux de 14/18. La portée de pièces s’est accrue cependant, de même que leur mobilité et, surtout, point désormais de bombardements s’éternisant pendant des jours, au risque de perdre le bénéfice de la surprise face à un adversaire maintenant en mesure de faire intervenir des réserves rapidement.

Creuser, se fortifier, adopter une posture défensive… : voilà bien un des legs de la Première Guerre mondiale. Croyant épargner des vies et son sol, la France se dote d’un puissant système défensif –la Ligne Maginot- et adopte un plan de bataille qui prévoit de stopper l’ennemi à l’abri de défenses établies sur plusieurs cours d’eau en Belgique. La guerre de position, s’appuyant parfois sur un système de tranchées similaire à celui du conflit précédent, est une réalité en plus d’une occasion en 39/45 : de grandes portions du front de l’Est, notamment sur le front du Heeresgruppe Nord ou, à une échelle plus restreinte, sur la Ligne Gustav en Italie ou encore en Normandie, face à la tête de pont alliée à l’est de l’Orne en juin-août 1944. Coups de main, frappes de l’artillerie, barbelés, boue, monotonie… : bien des similitudes avec la guerre des tranchées des poilus. Mais, en 1939, les armées ont des mines (antipersonnel et antichars), des mortiers transportables de divers calibres et bien plus d’armes automatiques.

Les deux guerres ayant été menées dans tous les types d’environnement et sous toutes les latitudes, différents types de tactiques se retrouvent dans les deux conflits, mais pas tous. Les tactiques de guerre urbaine sont plus caractéristiques de la Seconde Guerre (songeons à Stalingrad), de même que les combats dans le bocage. Les opérations amphibies ont également évoluées de telle manière qu’elles ne sont plus comparable (comment comparer un débarquement à bord de chaloupes comme à Gallipoli en 1915 avec un assaut mené en 43-45 par des Marines à bord de péniches LCVP et de tracteurs LVT ?). En revanche, on s’est battu en montagne, dans le désert et, dans une bien moindre mesure, dans la jungle au cours des deux guerres. Dépourvu de tout l’attirail moderne disponible en 1939, les chasseurs alpins qui combattent en haute altitude dans le Caucase, dans les Alpes ou dans les Apennins sont contraints d’affronter l’adversaire dans des conditions similaires à celles qu’ont connu leurs aïeux sur le front italien ou roumain en 15/18. L’enfer vert de la jungle de Nouvelle-Guinée a frappée tout autant les Australiens en 14/18 (avec les effets terribles de l’humidité intense sur les blessés) que, par exemple, en 1942 sur la piste de Kokoda. En Afrique du Nord, la mobilité de l’Afrika Korps et de ses adversaires impose une guerre de mouvement, aux antipodes de l’expérience vécue par les troupes de Commonwealth et des Germano-Turcs qui se sont affrontés au Moyen-Orient au cours de la guerre précédente. Pourtant, lorsqu’il crée le Long Range Desert Group en 1940, Ralph Bagnold a à l’esprit l’expérience des Desert Patrols qui ont combattu les Sénoussis dans le désert libyen 25 ans plus tôt. Si la tactique de l’Afrika Korps reste sans lien avec celle des Askaris de Lettow-Vorbeck en Afrique Orientale en 1914-18, l’uniforme originel du célèbre corps d’armée de Rommel n’est pas sans avoir été influencé par celui des troupes coloniales allemandes du début du siècle.

Le char, le tank, est une invention de la Première Guerre mondiale. Si ses premières interventions sur le champ de bataille se sont soldées par bien des déboires, son engagement massif dans les offensives de l’Entente en 1918 a tenu un rôle dans la victoire. Les deux camps n’en tireront pas les mêmes conclusions. Ces premiers chars sont lents et vulnérables. Ils marchent au pas de l’infanterie qu’ils ont pour mission de soutenir. En 1940, à l’opposé des Allemands, les Français et les Britanniques emploient une grande partie de leurs tanks à cette tâche de soutien (ce qui génère d’ailleurs une dispersion bien regrettable). Les Anglais ont d’ailleurs des « Infantry Tanks« , Matilda puis Valentine, bien dans la continuité de 14/18. Bien plus, lorsque le général Percy Hobart prend les rênes de la 79th Armoured Division avec pour mission de mettre au point des blindés pour briser les défenses du Mur de l’Atlantique le 6 juin, on ne trouve pas meilleur dispositif que fixer sur des Churchill AVRE des rouleaux de fascines (si ce n’est des ponts) pour franchir les fossés antichars: c’est tout simplement une méthode employée au cours de la guerre précédente.

Autre constante entre les deux guerres, le mépris de la vie humaine affiché par le haut-commandement russe: plus encore que l’armée du tsar, l’Armée Rouge fait fi de toutes considérations humanitaire en ce qui concerne ses propres troupes. L’évolution tactique au cours de la guerre et la mise en pratique d’un art opérationnel dûment théorisé n’y changent absolument rien: comme en 1914, les Frontoviki subissent des hécatombes du début à la fin des deux guerres.

 

Permanences dans la stratégie

Si l’armée française tient le rôle majeur au sein de l’Entente jusqu’à la victoire de 1918 alors que l’armée russe s’est écroulée, le schéma est inversé en 1939-45: l’Armée Rouge est essentielle à la victoire des Alliés et supporte le choc de l’invasion nazie alors que l’armée française ne jouera qu’un rôle secondaire et non décisif jusqu’en 1945…

Pourtant, en dépit de cette différence essentielle entre les deux guerres, des similitudes se font jour sur le plan stratégique. Certes, la France s’attend cette fois-ci à mener une guerre longue, espérant asphyxier l’économie allemande. Les Allemands, au contraire, misent, comme en 14, sur des campagnes remportées rapidement puisque le temps joue contre eux. L’Allemagne, pilier de la coalition à laquelle elle appartient au cours des deux guerres, doit également se résoudre à combattre par deux fois sur deux fronts après avoir vainement tenté d’éviter ce qui est un écueil stratégique majeur (plan Schlieffen en 14; tentative de paix avec l’Angleterre en 40). Les deux guerres embrasent l’ensemble de la planète, notamment en raison du fait que les puissances européennes sont également des puissances coloniales. Certes, nulle épopée à la Lawrence d’Arabie au Moyen-Orient ni de geste africaine dans la savane semblable à celle de Lettow-Vorbeck. Toutes les mers du globe sont également touchées. Par deux fois, les U-Boote vont sérieusement menacer les liaisons maritimes de la Grande-Bretagne, faisant à chaque fois de la bataille de l’Atlantique un des champs de bataille majeurs et cruciaux du conflit. Le Royaume-Uni est également touché pendant les deux guerres par des bombardements aériens. Pourtant, comme en Allemagne, les quelques tonnes de bombes larguées ne soutiennent pas la comparaison avec le Blitz (les attaques de la Luftwaffe sur les villes anglaises en 40/41) et moins encore avec l’intense campagne de bombardements menées par les forces aériennes alliées sur le Reich. Cependant, la peur du Zeppelin constitue les prémices de celle que susciteront un temps les bombes volantes V1 et les fusées V2 en 1944.

Gallipoli

L’importance accordée par les Britanniques aux opérations périphériques sur des fronts secondaires pour mieux affaiblir l’ennemi est une autre constante. Dans les deux guerres, les Anglais préconisent des offensives contre les armées du pays jugé le maillon faible de la coalition adverse: l’empire ottoman en 14/18 et l’Italie en 39/45. Le théâtre des opérations est à chaque fois la Méditerranée (quoique tout de même plus axé vers le Moyen-Orient et la Méditerranée orientale pendant la Grande Guerre). Dans les deux cas, le canal de Suez apparaît être un enjeu essentiel pour les deux camps. Ainsi, en 1915-18, les Britanniques (et leurs alliés mais le rôle essentiel est tenu par les forces du Commonwealth, au moins au Moyen-Orient) lancent-ils des opérations à Gallipoli puis Salonique, depuis Bassorah et en Syrie-Palestine. Dans l’autre guerre, outre la guerre du désert, les Britanniques parviennent à détourner l’effort de guerre des Alliés en Méditerranée en procédant à trois opérations amphibies successives: en Afrique du Nord (opération Torch), en Sicile (opération Husky) et en Italie (opération Avalanche). Ce front méditerranéen et moyen-oriental est trop longtemps négligé par les Allemands au cours des deux guerres qui ne consentent à y épauler leurs alliés que par des unités trop peu nombreuses (Asien Korps puis Afrika Korps).

Plus à l’Est, le théâtre des opérations d’Asie-Pacifique peut apparaître comme secondaire à un Européen. Il ne l’est certainement pas pour un Américain, un Australien, un Japonais ou un Chinois. En 1914, l’empire du Japon, alors allié à ceux qu’il va affronter 25 ans plus tard, fait main basse sur la majeure partie des possessions allemandes de la région. Ces territoires feront d’excellentes bases de départ pour la conquête de la « sphère de coprospérité ». Le legs entre les deux guerres est ici immédiat.

Mis à part ses possessions dans le Pacifique, Etats-Unis seront épargnés sur le plan territorial. Une situation similaire au conflit précédent. Comme au cours de la Grande Guerre, ces derniers apparaissent comme étant les grands vainqueurs du conflit. Les dégâts matériels subis sur le territoire et les pertes civiles sont mineurs, les pertes militaires, certes non négligeables, restent raisonnables, si tout au moins on puisse employer cet adjectif. Bien plus, encore une fois, et de façon beaucoup plus nette et justifiée que pour la Grande Guerre, les Américains apparaissent comme les « sauveurs ».

 

Chansons et surnoms de 14 en 39

Certaines rengaines de 14/18 encore la guerre suivante: « Tipperary », « La Madelon », « Over There », « Argonnenwald »… Les surnoms donnés aux soldats parfois également: le Britannique reste le Tommy et l’Allemand « the Hun« . Mais l’Américain n’est plus le Sammy ou le Doughboy mais le GI. Pour les Français, l’Allemand, plus que le Boche, est avant tout le Fritz, le Schleu, etc.

 

 

Combattants en 14/18; généraux et leaders en 39/45

De Gaulle, Hitler, Patton, Rommel, Montgomery, etc: ils ont combattu au front et connu l’enfer de la Grande Guerre. Churchill, premier Lord de l’Amirauté en 1914, retrouve ce poste en 1939. Tous ces hommes, marqués par ce conflit titanesque, vont présider au destin de millions d’autres au cours d’un second conflit encore plus meurtrier. Il n’y a guère Staline et Roosevelt qui n’ont pas combattu en 14/18.

 

 

Symboles

Certains événements survenus au cours de la Seconde Guerre mondiale sont comme un écho à d’autres moments historiques du conflit précédent. Les souvenirs reviennent à plus d’un général lorsque leurs troupes parviennent à Verdun ou encore à Tannenberg. Rethondes, près de Compiègne, est encore plus chargé de Sens. Le 11 novembre 1918, c’est à bord d’un wagon, ensuite pieusement conservé, que Foch impose l’armistice à une Allemagne vaincue avant le Diktat de Versailles. Sensible au sens de l’Histoire et décidé à effacer cette humiliation, c’est à bord du même wagon dans la même clairière que Hitler impose aux plénipotentiaires français les conditions de l’armistice du 22 juin 1940. Le dictateur nazie croit avoir effacé 1918 par 1940.

 

Des guerres de coalitions

On attribue à Foch cette formule célèbre : « depuis que je sais ce qu’est une coalition, j’admire beaucoup moins Napoléon ». Les pouvoirs conférés à Foch en 1918 préfigurent d’une certaine manière ceux de Wavell dans la cadre de l’ABDACOM et plus encore ceux d’Eisenhower au sein du SHAEF. Cependant, seul ce dernier peut être véritablement considéré comme un commandement suprême unique aux pouvoirs étendus. Comme au cours de la guerre précédente, les Alliés ont dû composer avec des intérêts nationaux divergents, aussi bien sur le plan diplomatique qu’au niveau stratégique et opérationnel.

 

 

 

Conclusion : Les deux guerres mondiales qui ont endeuillé le vingtième siècle recèlent donc bien des similitudes : les mêmes hommes ont parfois participé aux deux conflits ; les armes, les tenues et l’équipement sont parfois les mêmes ou liés dans la même évolution ; les opérations menées au cours de la Seconde Guerre mondiale ont marqué de l’expérience tactique, opérationnelle et stratégique de la guerre précédente. Si les Première et Seconde Guerre mondiales sont marquées par des génocides –arménien dans le premier cas, juif dans le second- les différences l’emportent cependant, ne serait-ce que par l’ampleur des pertes, du caractère total de certains affrontements (la guerre à l’Est) et des destructions subies pendant la Seconde Guerre mondiale qui s’achève par l’apocalypse atomique. Les armées, mieux motorisées et bien mieux équipées dans l’ensemble, ont connu également une évolution qui ne cessera de toute la guerre : si, en 1939, certaines d’entre-elles rappellent encore leurs illustres prédécesseurs de 1918, les armées de 1944-45 ont désormais un caractère moderne nettement plus marqué, aussi bien dans l’uniforme et le matériel que dans les tactiques. Il en va de même du règlement du conflit par les vainqueurs, soucieux de ne pas rééditer les mécomptes du traité de Versailles de juin 1919.

11 novembre 1918: la réaction de G. S. Patton

Le 11 novembre 1918, Patton note dans ses carnets : « La paix a été signée et Langres est très excitée. Beaucoup de drapeaux. Je me débarrasse de mon pansement. J’ai écrit un poème sur la paix. » Alors que ses poèmes rédigés avant l’armistice, plus optimistes, étaient pour lui une façon de se rappeler qu’il ne fallait pas céder à la peur, ce poème sur la paix est une ode au soldat qui ne reflète ni joie ni soulagement à l’annonce de la fin des hostilités. Il fustige les pacifistes. Comme beaucoup, il pense qu’il n’y aura plus de guerre : ce sera la « der des ders », au moins pour sa génération. L’heure est au pacifisme… Triste perspective quand on connaît son tempérament.

Que l’armistice du plus grand conflit qui a endeuillé la planète soit signé le jour même de son anniversaire a valeur de signe du destin pour Patton. La Grande Guerre a été son heure de gloire : il a mis sur pied la première unité de tanks opérationnelle de l’armée américaine et il l’a conduite au combat où elle s’est révélée efficiente. Il a aussi atteint le grade de colonel. Mais la frustration a été paradoxalement tout aussi grande : il n’a passé au combat que cinq jours…

L’écriture de mes livres, mes motivations, mes sources…

L’écriture de mes livres, mes motivations, mes sources…

Je suis passionné d’Histoire et d’écriture et j’ai la chance infinie de pouvoir m’y consacrer.L’idée d’écrire un ouvrage procède en partie de mon métier d’enseignant: communiquer son savoir à d’autres, avec tout le plaisir que cela suppose. J’écris en fait les livres que je souhaite lire, sur des sujets qui me tiennent à coeur. Corollaire du plaisir d’écrire, celui de procurer  un beau moment de lecture : la vraie récompense est toujours celle qui provient de la remarque agréable d’un lecteur, qui avoue avoir apprécié un de mes ouvrages…Car écrire génère un véritable bien-être, satisfaction qui ne peut être que renforcée à l’idée qu’avoir accordé de belles heures de lecture et de détente à des lecteurs passionnés comme moi.

Ma manière d’écrire est aussi celle que j’attends d’un auteur.

 

Ecrivant sur l’Histoire, l’humain est au centre de mes écrits : le vécu, le ressenti de ceux qui nous ont précédé est essentiel et, de la même façon dont je fais mes cours, je ne peux imaginer ni envisager de textes sans références à des relations fournies par des témoins, ni faire l’économie d’anecdotes parlantes et évocatrices.

Il s’agit donc de rendre le récit vivant, car c’est le style d’écriture que j’affectionne, puisqu’il permet de rendre la lecture du texte beaucoup plus agréable qu’une litanie froide de récits de batailles et d’unités. L’Histoire est ainsi plus accessible, et plus plaisante à découvrir.

Il s’agit aussi de se démarquer, de sortir de l’ordinaire, mais sans pour autant faire preuve de sensationnalisme. Prendre la posture d’une remise en cause systématique est non seulement ridicule, mais également préjudiciable. Pour se démarquer, trop d’auteurs recherchent l’originalité en prenant le contrepied de tout ce qui est établi, balayant d’un revers de main tous leurs devanciers, et vont s’évertuer à démontrer des absurdités : avec de tels auteurs, Montgomery devient un dieu de la guerre, Rommel est considéré comme surestimé et Patton ne serait pas un grand général… Telle n’est pas ma manière de procéder. Si la remise en cause est essentielle en Histoire, les motivations doivent être nobles, et non sacrifier la vérité historique au nom de la recherche d’une célébrité futile et éphémère.

Je m’oblige également à éviter toute forme de préjugés, ce que certains auteurs ne sont absolument pas capables de faire, souvent pour des raisons politiques plus ou moins assumées: ainsi,  des historiens, obnubilés par le front de l’Est notamment, finissent par avoir une vision par trop biaisée de la Seconde Guerre mondiale. Il faut également être honnête avec les lecteurs et ne pas annoncer qu’on apporte un récit dépassionné quand ce n’est pas le cas. En ce qui me concerne, je m’oblige à être impartial, mais je n’ai pas dissimulé -par exemple- que j’ai toujours éprouvé de la sympathie pour Patton.

Il m’a pourtant fallu proposer des textes différents, qui ne font pas double-emploi et qui apportent du nouveau aux lecteurs. Comment donc se démarquer sur des sujets traités par de nombreux devanciers, dont beaucoup ont incontestablement été de très bons historiens?

 

Afrikakorps; L’armée de Rommel (Tallandier, 2013):

il n’y avait aucune synthèse complète en français de l’ensemble des opérations de l’Afrika-Korps en Afrique. Inédites ont été mes réflexions stratégiques sur l’importance de la bataille d’El Alamein et les conséquences d’une invasion de l’Egypte, de même que les conséquences de la campagne de Tunisie. J’ai mis par ailleurs un point d’honneur à expliquer à plusieurs reprises le quotidien d’un soldat sous ces latitudes. Le plus original est incontestablement la dernière partie, consacrée à la postérité de l’Afrika-Korps, la question du degré de nazification de ce corps d’armée ainsi que celle d’une prétendue « guerre sans haine ». Autant d’éléments qui, s’ils ne proviennent le plus souvent pas de sources primaires, n’émanent que de ma propre réflexion: c’est moi qui ait relié des événements ou des faits et qui leur a donné un sens.

Opérations Aéroportées du Débarquement (Ouest France, 2014):

un sujet rebattu. Pour me distinguer, j’ai décidé de consacrer une partie non négligeable de l’ouvrage à l’entraînement des forces aéroportées et à la préparation du Jour J. Je dresse également un bilan en guise de conclusion. Quant aux opérations, si l’essentiel est relaté, j’ai multiplié encadrés, témoignages et anecdotes.

Invasion. Le Débarquement vécu par les Allemands (Tallandier, 2014):

la bataille de Normandie est sans doute la plus connue des campagnes de la Seconde Guerre mondiale. Il manquait un récit objectif et complet (donc au-delà de la poche de Falaise et incluant des considérations stratégiques) du point de vue des Allemands, défi que j’ai relevé: le célèbre livre de Paul Carell est partial, incomplet et parfois erroné; les nombreux et très réussis ouvrages d’unités allemandes en Normandie ou les souvenirs de vétérans n’embrassent pas toute la bataille, concernent souvent quelques individus et, surtout, au mieux une seule division. J’ai donc établit ma propre synthèse, inédite, compilé de nombreux chiffres (et fait, au besoin, me propres calculs) et tiré des réflexions d’ordre stratégique, en n’oubliant pas, comme d’accoutumée, la vie quotidienne du soldat: j’y consacre toute une partie.

Patton. La chevauchée héroïque (Tallandier, 2016):

s’il existait deux bons livres en français sur Patton (ceux de W. Huon et de Y. Kadari), il n’existait pas de grande biographie (1,3 millions de signes pour la mienne), complète, du général américain, sauf en langue anglaise. Par ailleurs, la plus grande partie des Patton’s Papers n’a jamais été traduite en français. Ma biographie du grand général pallie donc ce manque (voir mon article), agrémenté de nombreuses anecdotes concernant ce personnage truculent, puisées à de nombreuses sources. Comme à mon habitude, je termine par une grande partie largement inédite et issue de mon seul travail, abordant les qualités de général de Patton, sa méthode de commandement, ainsi que sa postérité, dans tous les domaines.

Rommel (Perrin, 2018):

avec Rommel, il était a priori difficile de se démarquer tout en restant un historien sérieux, loin de la recherche du faux scoop. J’y suis parvenu : il manquait une biographie qui ne néglige pas les faits militaires, aussi bien dans leur déroulement que dans les conclusions tactiques et stratégiques à en tirer, tout en étant assez proche de cet officier pour en saisir le quotidien, et donc fournir des anecdotes pertinentes. Il ne fallait surtout pas négliger l’année 1944 et la bataille de Normandie, souvent abordées très succinctement par rapport à la guerre du désert. Des écueils qui touchent les deux précédentes biographies publiées en français mais que j’ai su éviter, en raison notamment du fait que je connais très bien le sujet traité. En filigrane de l’ouvrage, par ailleurs servi par une importante iconographie, parfois inédite, des questions importantes reçoivent une réponse : Rommel était-il un grand général? Etait-il apolitique (pour autant que cet adjectif ait un sens…)?

 

    

L’Armée d’Hitler et Les Divisions du Débarquement, que j’ai écrit avec beaucoup de plaisir, n’ont pas posé les mêmes difficultés: les sujets sont connus mais ces livres, très illustrés (notamment de nombreux mannequins pour les second), constituent des mines d’informations actualisées, condensées dans des formats relativement courts (respectivement 150 et 200 pages tout de même), n’ont pas d’équivalents car uniques dans leur genre, et donc sans concurrence véritable.

Les sources (voir mon article plus précis sur les sources de l’historien) doivent être les plus diverses. Je mets par ailleurs un point d’honneur à n’indiquer en bibliographie que des ouvrages effectivement utilisés, que je possède le plus souvent. L’accès des archives en ligne facilite bien des démarches, qui pour consulter via internet, qui pour passer commande de tel ou tel microfilm. Les principales sources primaires sont néanmoins plus ou moins connues -et depuis longtemps : les utiliser n’a de sens que si on décèle un élément nouveau , ce qui suppose découvrir une nouvelle archive (comme je l’ai fait pour certains articles et hors-série sur la campagne de Tunisie, trop méconnue). Les sources secondaires, à savoir des textes écrits qui ne sont pas des archives, sont également du plus haut intérêt et absolument indispensables à l’historien. On ne peut tout simplement pas s’en faire l’économie. Le retour sur le terrain est essentiel à l’historien qui en a l’opportunité: arpenter un champ de bataille confère un avantage déterminant dans la narration qui sera ensuite donnée des faits. J’ai l’avantage, pour la bataille de Normandie, d’être né à Caen et d’y a avoir vécu plusieurs décennies. J’ai par ailleurs visité de nombreux champs de bataille, d’El Alamein à Arnhem, en passant par les Ardennes ou Monte Cassino.

Enfin, et contrairement à d’autres auteur (je pense à un spécialiste de la guerre du désert qui m’a reproché -lors de la sortie d’Afrikakorps– de « marcher sur ses plates-bandes »), j’aime lire les travaux des autres ayant pour thèmes mes sujets de prédilection, et découvrir des ouvrages qui complètent les miens.

Je termine en précisant que j’assume entièrement les erreurs qui peuvent s’être glissées dans mes ouvrages : les choix, les réflexions et les traductions émanent de moi seul.

8 novembre 1942: opération « Torch »

OPERATION « TORCH »

 

 

Le principe d’une intervention conjointe anglo-américaine est finalement accepté par un Etat-major américain de prime abord réticent en raison de l’impossibilité d’envisager une opération d’envergure en France en 1942. Les Américains doivent donc se résoudre à entreprendre la stratégie périphérique qui a la faveur des Britanniques et qui consiste à frapper l’Axe en priorité en Méditerranée, afin de mettre rapidement l’Italie hors-jeu et de percer au cœur de l’Europe occupée en l’assaillant par son « ventre mou », tout en assurant une maîtrise complète de la Méditerranée. Le second front, tant réclamé par Staline, ne peut qu’être à ce moment ouvert en Afrique et dans le sud de l’Europe. C’est donc dans cet esprit que les états-majors britannique et américain conçoivent et mettent en œuvre l’opération « Torch », le débarquement en Afrique du Nord française. Le plan prévoit des débarquements au Maroc et en Algérie, à Casablanca, Oran et Alger. Une attaque simultanée sur Tunis et Bizerte est écartée en raison des concentrations aériennes ennemies en Sicile et en Sardaigne. L’assaut de territoires dépendant de la France, alors neutre, n’est alors pas sans poser de sérieux problèmes politiques. Les instructions du gouvernement de Vichy concernant l’Afrique du Nord sont cependant claires : « se défendre contre un adversaire d’où qu’il vienne ! ». De tels ordres laissent présager des débarquements difficiles aux forces alliées.

L’opération « Torch » a lieu le 8 novembre 1942. Le général américain Patton, avec 35 000 GI et 250 chars, transportés directement des USA, doit s’emparer de la côte atlantique du Maroc. Venant du Royaume-Uni, 33 000 Anglo-américains doivent s’emparer d’Alger sous le commandement du général Ryder. Enfin, l’Américain Fredendall et 39 000 hommes s’embarquent d’Angleterre pour Oran. 800 navires de guerre et transports de troupes participent à cette première grande opération amphibie de la guerre.

L’aviation embarquée, en raison des pertes en porte-avions dans le Pacifique, est assez limitée mais suffisante pour faire face à l’aviation française et ses 168 avions considérés comme opérationnels. Une opération aéroportée américaine menée par 500 hommes d’un bataillon du 509th Parachute Infantry Regiment doit permettre de s’emparer de plusieurs aérodromes. Les Français disposent pour leur part de 120 000 hommes pour repousser l’invasion des 107 000 Anglo-américains. Le matériel est souvent ancien et démodé. En revanche, un des atouts de la défense réside en la présence de nombreuses unités de la Marine Nationale en Afrique du Nord. Les Alliés vont toutefois bénéficier d’un effet la surprise, d’autant plus que l’armée française ne dispose d’aucun radar. A Casablanca, la totalité de la flotte française est coulée en quelques heures. A Oran, 24 navires de la marine Française sont coulés ou mis hors de combat, dont le cuirassé Jean Bart. Dans ces conditions, la lutte apparaît désespérée pour les Français. Si les combats s’arrêtent très vite à Alger, ils se prolongent jusqu’au 11 novembre au matin au Maroc, en raison notamment de l’ordre de résister donné par le maréchal Pétain, ordre suivi à contre-cœur par les soldats français qui apprécient que fort peu de devoir soutenir l’Axe. Venu en Afrique au chevet de son fils, l’amiral Darlan, sous la pression des Américains, va finalement imposer le cessez-le-feu aux forces françaises.

Le bilan humain de « Torch » est cependant tragiquement lourd. Les Alliés ont perdu 550 tués et disparus, 70 avions abattus, une centaine de petits bâtiments détruits et un certains nombre de grands navires endommagés. Les Français ont perdu 1 500 morts, des milliers de blessés, 18 bâtiments de surface et 14 sous-marins.

L’opération « Torch » a réussi mais les Alliés sont à 900 kilomètres de Tunis. Ils sont donc bien loin du général Barré et des troupes françaises de Tunisie, 15 000 hommes, qui sont seuls pour faire face à la réaction germano-italienne à l’invasion Anglo-américaine. Cette réaction va s’avérer des plus rapides et efficaces.

Liste de mes articles sur la Seconde Guerre mondiale publiés dans la presse

 

Magazine 2e Guerre Mondiale Magazine

(mes nombreuses recensions de livres ne sont pas précisées)

N°80 : La 7. Armee dans les Ardennes

N°79 : Wittmann : le héros de la Panzerwaffe. Une légende méritée ?

N°78 : Dossier « Le carrousel des Blindés : opérations Cobra, Bluecoat et Lüttich »

N°77 : Dossier « Hitler face au Débarquement et à Bagration. Quelles options stratégiques pour le III. Reich ? «

N°76 : Dossier « Rommel : grand stratège et tacticien de génie ? » et « L’artillerie allemande pendant la bataille de Normandie »

N°75 : « Unités interarmes et de circonstance. Kampfgruppen, Combat Command, Corps francs… »

N°73 : Actualité : 73e anniversaire du Débarquement

N°72 : Ecrire l’Histoire « Le German Bias ».

« Guerre et Psychologie. De l’estimation de l’adversaire et ses conséquences »

HORS-SERIE N°42 : « La bataille de Caen. Rommel/Montgomery : le duel »

N°71: « L’impact du front méditerranéen sur Overlord »
« Les unités blindées méconnues allemandes en Normandie (par rapport aux Panzer proprement dits): les formations de Panzerjäger et Sturmgeschütze

N°70 : Ecrire l’Histoire « De la polyvalence de l’historien militaire »

« Ardennes 44 : les mythes d’une bataille »

N°69: Dossier « Les Commandos du Reich. Une élite à la mesure des unités alliées? »

N°68: Ecrire l’Histoire « Les commémorations du Débarquement:évolution dans le temps »

N°67: Dossier: « Les Fallschirmjäger en Italie. Une troupe d’élite sur la défensive ».

« La Wehrmacht à Cassino: l’apogée du combat défensif? »

Ecrire l’Histoire: « Conseil permanent de sécurité de l’ONU. De la légitimité des vainqueurs »

N°66: « La 90. Leichte Afrika-Division. Atout méconnu du DAK »

N°64: Dossier: « Heer. Equipements et matériels: vraie supériorité? Westfront 1944-45 »

« La tête de pont de l’Axe en Tunisie. Un exploit logistique? »

N°63: Ecrire l’Histoire: « La bataille de Normandie: des soldats alliés novices face à des Allemands chevronnés? »

« L’US Army dans le Pacifique: dans l’ombre de l’USMC? »

N°62: Ecrire l’Histoire: « Montgomery, un mythe forgé et malmené par l’historiographie » « Les mythes de la bataille de Kasserine »

Recension du livre « Les Mythes de la Seconde Guerre Mondiale » (Perrin) ainsi que mon interview de Christophe Prime pour son ouvrage « La Bataille du Cotentin »

N°61: Ecrire l’Histoire: »De l’usage des témoignages »

« L’Afrika-Korps: force d’élite ou image de propagande? »

N°60: « Le Mur de l’Atlantique. Grand gaspillage? »

N°59: Ecrire l’Histoire: »Le soldat allemand au cinéma: de la caricature à la réalité »

« La 16. ID (mot) dans le Caucase. L’unité la plus à l’Est de la Wehrmacht ».

N°58: « 14/18 en 39/45: influence et permanence de la Grande Guerre sur la Seconde Guerre mondiale »

N°57: Ecrire l’Histoire:« L’Empire britannique et ses armées : grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale? »

« L’infanterie de l’Afrikakorps », Biographie « Hasso-Eccard von Manteuffel »,

N°56: « La 8th Army britannique dans la guerre du désert » et Ecrire l’Histoire: « Terminologie et seconde guerre mondiale »

N°55: Biographie « Dietrich von Choltitz »

HORS-SERIE N°35: « Le III. Reich pouvait-il repousser les Alliés en Normandie? » .

N°54: Ecrire l’histoire: « Que signifie le 6 juin pour les différents belligérants? »

N°53: Deux articles: « Les Généraux Limogés » et Ecrire l’Histoire: « L’image du soldat »

N°51: dossier « Fallschirmjäger face à l’Invasion »

Ecrire l’Histoire: « Champs de batailles et objets militaires: à préserver ou à oublier? »

N°50: Biographie « Ralph Bagnold, le père du LRDG »

N°49: Stratégie: « Germany First! L’impact du principe sur la guerre en Asie-Pacifique »

N°48: Dossier « Panzergrenadiere!Compagnons indispensables des Panzer »,

Ecrire l’Histoire: « L’historiographie de la guerre en Afrique du Nord, 1940-1943 »

N°47: Biographie « Sir Claude John Eyre Auchinleck »

Ecrire l’Histoire: « Doit-on tout remettre en cause? Méthodologie de l’étude de la Seconde Guerre mondiale »

N°45 : Ecrire l’Histoire:  « Ecrire le Débarquement et la bataille de Normandie ».

N°44 : Stratégie:  « Le Second Front ouvert en 1944 : un mythe? » et biographie « Walter Koch, le Fallschirmjäger de la première heure »

N°43: Biographie de Hans-Werner Schmidt de l’Afrika Korps

N°41: critique du livre « Bir Hakeim » de Jacques Mordal

N°38: compte-rendu journée d’étude sur le front russe au Mémorial de Caen

HORS-SERIE N°24 sur « La campagne de Tunisie, 1942-43 »

N°37: Dossier « Les divisions blindées en Afrique du Nord »

N°35 : Dossier « Les divisions d’infanterie en Normandie »

Thématique N°21 sur « Koursk »:article sur la pince nord de Model

N°34 d’août 2010 avec mon premier article: « Shweygin; Birmanie 1942 » ; critique du livre « Le Jour le Plus Long » de Cornélius Ryan

 

Magazine Batailles & Blindés

N°82 : « Les unités de reconnaissance du DAK. Deux ans de campagne» (2)

N°81 : « Bach à Halfaya »in Les fiasco blindés de la 2eGM

N°80 : « El Alamein : Rommel pouvait-il l’emporter ? »

N°79 : « Les unités de reconnaissance du DAK. Les yeux de Rommel » (1)

N°75: « La Kampfstaffel « Rommel ». La garde rapprochée du « Renard du Désert » au combat ».

N°72: « Sie Kommen! Contre-attaquer les têtes de ponts amphibies avec les Panzer: mission impossible? »

N°70: «  »Capri », c’est fini! La dernière offensive de Rommel en Afrique »

N°69 « Le « Chaudron » de Gazala. L’Afrika-Korps au bord du gouffre? »

HORS-SERIE N°26 « Dictionnaire des unités de l’Axe en Afrique du Nord. 1941-1943 » (avec David Zambon et Yann Mahé)

N°64: «Les raisons de la victoire de l’US Army dans les Ardennes »

N°62: « Le LRDG »

N°60: « Les occasions manquées du DAK »

N°59:  « Ochsenkopf »

N°58:  « Mersa Matrouh »

 

Magazine Ligne de Front

HORS-SERIE N°29: « La 5. Panzerarmee. La meilleure ennemie des Alliés »

N°64: « Les commandos américains dans la Pacifique »

« Ligne de Front » N°61 (mai-juin 2016): « Tobrouk 1941. Un été d’enfer pour les Australiens ».

N°60 : « Fallschirmjäger durant Market Garden »

N°59: « Entrée au pays des Nibelungen: les Alliés franchissent le Rhin »

N°58: « La 7th Armored Division: de la Normandie à l’Allemagne »

 

 

Magazine Axe & Alliés 

N°29 : la Ligne Maginot (rubrique « Les grandes impostures »)

 

Magazine Voyage et Histoire

N°4 : El Alamein

N°5: Poche de Falaise

Recension d' »Arromanches. Les ports artificiels et la logistiques alliée » de Christophe Prime

Christophe Prime, Arromanches. Les ports artificiels et la logistiques alliée, OREP, 2018, 127 pages

Je ne peux qu’objectivement recommander ce bel ouvrage écrit par Christophe Prime, fin connaisseur du sujet traité. Habitué à lire et à étudier cette bataille depuis des décennies, je reste toujours un lecteur comblé lorsqu’un nouvel ouvrage paraît, à condition qu’il soit sérieux et apporte du neuf (au moins dans sa présentation), tant ma passion pour la bataille de Normandie est profonde. Certes, on pourra être déçu car le titre insiste sur Arromanches, alors qu’il est surtout question de beaucoup d’autres choses que du Mulberry B stricto sensu, mais plutôt de logistique en général. Mais c’est là justement l’intérêt du propos de Christophe Prime, qui a par ailleurs, comme d’accoutumée, un style qui se lit bien, ce qui est loin d’être le cas de tous les auteurs. L’historien consacre tout de même beaucoup de pages à ces ports artificiels (ainsi qu’aux Goosberries), de leur genèse à leur mise en place. De façon fort heureuse, il n’a de cesse de nous replacer dans le contexte des événements, au fur et à mesure de la progression de la bataille de Normandie. On appréciera beaucoup dans ce livre, outre la riche iconographie d’époque (souvent bien choisie), les nombreux clichés d’objets d’époque, une habitude chez cet auteur (cf aussi ses livres publiés chez Ouest-France ou encore son Omaha Beach sorti chez OREP), responsable des collections du Mémorial de Caen (un atout certain, outre l’assurance que l’auteur soit un spécialiste). L’autre grand intérêt de ce livre est la quantité d’informations fournies, y compris chiffrées, ainsi que le large spectre des thèmes abordés: la tempête du siècle, Seabees et autres spécialistes de la logistique, les menaces de la Kriegsmarine et de la Luftwaffe, le port de Cherbourg, les rations, le service de santé, les soldats afro-américains, et surtout de nombreuses pages consacrées à l’approvisionnement  en carburant des armées alliées, etc. Un livre réussi, qui ne fait pas double-emploi avec ce quid ciste déjà: à lire pour le 75e anniversaire du débarquement!

 

GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (44/44): La Mandchourie (1945)

LA MANDCHOURIE :

STALINE EFFACE L’HUMILIATION DE 1905

 


   La dernière bataille de la guerre est un immense succès pour les armées soviétiques

Le 8 août 1945, Staline déclara la guerre au Japon dans le but de conquérir d’importants territoires à l’est, actuellement sous contrôle japonais. L’Armée Rouge devait conquérir la Mandchourie, le nord de la Corée, les îles Kouriles et le sud de Sakhaline. Le 9 août 1945, les soldats soviétiques se lancèrent à l’assaut. L’opération, baptisée « Orage d’Août », bénéficie de forces considérables. Les Soviétiques engagent en effet trois fronts sous le commandement général du maréchal Vassilevsky, placé à la tête du commandement en Extrême-Orient. Le Front Transbaïkal du maréchal Malinovsky, qui frappe à l’ouest de la Mandchourie, est fort de 5 armées, dont une blindée, et d’un groupe de cavalerie mécanisée soviéto-mongol, dirigé par Pliyev. Le 1er Front d’Extrême-Orient du maréchal Meretskov, qui attaque en Mandchourie orientale, rassemble uniquement deux armées. Enfin, le 2ème Front d’Extrême-Orient du général Purkayev en concentre quatre, sans compter le groupe Chuguevsk et la flottille du fleuve Amour. Il convient d’ajouter deux armées aériennes pour que le dispositif soit complet. Il s’agit donc là de forces considérables rompues aux techniques de combats manœuvrières apprises dans la lutte menée à l’ouest contre l’occupant nazi : pas moins de 80 divisions totalisant 1,5 millions d’hommes, plus de 5 000 chars et canons automoteurs, 28 000 pièces d’artillerie et 4 300 avions. La flotte soviétique opérant depuis Vladivostok dispose pour sa part de 12 grosses unités et de 78 sous-marins. En face, l’armée du Kuantoung fait bien piètre figure devant cette débauche impressionnante de moyens. Ce groupe d’armées nippon est placé sous la direction du général Otsuzo Yamada. Le moins que l’on puisse dire est que les précédentes confrontations russo-japonaises et les différences en matière de qualité d’armement des armées respectives, ne serait-ce qu’en blindés, augurent bien mal du combat pour le Japon. L’armée du Kuantoung rassemble deux zones d’armées, soit quatre armées (équivalents chacun à un corps d’armée selon les normes des armées occidentales) et trois armées indépendantes, sans compter les forces dont disposent les Japonais en Corée. Pour être complet, il convient également de faire mention des troupes chinoises de l’armée du Mandchoukuo, un bien faible apport qualitatif pour les Japonais. Trois années de guerre du Pacifique n’ont fait qu’affaiblir l’armée du Kuantoung au profit du théâtre d’opération principal où les meilleures unités ont été englouties dans une lutte désespérée. La partie semble donc entendue. Yamada dispose tout de même d’un million d’hommes, 1 000 chars de faible qualité, 6 700 pièces d’artillerie et 1 800 avions. La disparité des forces en présence n’explique pas seule la terrible défaite que s’apprête à subir le Japon. Les responsables militaires nippons se fourvoient en effet totalement quant aux intentions d’attaque russes. Ils partent du présupposé que l’attaque soviétique depuis l’ouest se portera en direction de Hailar en suivant l’ancienne voie ferrée ou de Solun depuis la Mongolie. En fait, les Soviétiques vont non seulement attaquer suivant ces deux axes, mais leur effort principal se portera à travers la chaîne de Khingan, supposée à tort infranchissable. Bien plus, les effectifs transférés depuis le front de l’ouest par les Soviétiques sont gravement sous-estimés et la date de l’offensive est supposée être octobre 1945, voire le printemps 1946.

Les Japonais ne dispose d’aucun blindé capable d’affronter les T-34

L’offensive « Orage d’août » est lancée comme convenue le 8 août 1945. Les Soviétiques opèrent en fait une manœuvre d’encerclement tout à fait classique, si ce n’est que le champ de bataille couvre une superficie équivalente à l’Europe occidentale. La pince sud traverse les déserts et les montagnes depuis la Mongolie. Cette manœuvre, qui place les Russes loin de leurs lignes ferroviaires, surprend les Japonais, qui ne s’attendent pas à une telle possibilité en matière de logistique. Les troupes nippones sont donc battues en dehors de positions fortifiées et les zones avancées sont vite hors de tout contact. Les Russes engagent en outre des unités aéroportées qui s’emparent sans coup férir d’aérodromes et de zones urbaines en soutien de l’avance des troupes terrestres. La 6ème armée blindée parvint à franchir les montagnes de Khingan et prend à revers les lignes japonaises mais sa progression subie toutefois les aléas dus aux problèmes de ravitaillement. Les Soviétiques effectuent une percée vers le sud depuis le fleuve Amour. Le 10 août, ils entrent en Corée et ils envahissent la presqu’île de Sakhaline le 11. La guerre ne dure que depuis une semaine quand l’empereur Hiro Hito annonce la capitulation de l’empire du Soleil Levant sur les ondes. Le lendemain, le cessez-le-feu est déclaré pour le front de Mandchourie.

La supériorité de la VVS est écrasante

Les Soviétiques se sont alors déjà grandement enfoncés en Mandchourie et ils poursuivent leur avance, qui n’est désormais plus confrontée à la moindre opposition. Le 20 août, la garnison japonaise de Moutankiang capitule devant les 1ère et 5ème armées soviétiques. Les Russes prennent Tchang-Tchun et Moukden et avancent à pas de géants. A l’ouest, Guiha tombe également. Le 21 août, le général Pliyev opére sa jonction avec l’armée populaire de Mao-Tse-Toung, après avoir franchi la Grande Muraille. Pu Yi, l’empereur du Mandchoukuo, ancien empereur de Chine, tombe lui-même entre les mains soviétiques. Les soldats de Purkayev ont plus de difficulté à avancer. La 15ème armée russe prend de son côté Harbin et rejoint d’autres unités du 1er Front d’Extrême-Orient le 21 août après avoir parcouru 800 kilomètres en 12 jours. La campagne de Mandchourie est maintenant terminée.

A partir du 18 août, l’Armée Rouge entreprend une série de débarquements. Trois opérations amphibies sont ainsi effectuées dans le nord de la Corée, une sur Sakhaline et finalement une autre dans les îles Kouriles. Les Russes s’emparent de ces dernières le 1er septembre. Toutefois, les troupes débarquées en Corée sont encore isolées du gros des troupes, qui sont stoppées à peu de distance de la rivière Yalu, à l’extrémité nord de la péninsule coréenne. Les soldats soviétiques déjà en Corée parviennent à occuper une partie du nord du pays mais l’espoir caressé par les Soviétiques de faire main basse sur l’ensemble du territoire est contrecarré par le débarquement inopiné de troupes américaines dans le sud de la péninsule le 8 septembre, soit six jours après la capitulation effective du Japon à bord du cuirassé Missouri,  ancré dans la baie de Tokyo. D’après l’Armée Rouge, la campagne de Mandchourie coûta aux Soviétiques 8 219 et 22 264 blessés. Les Japonais eurent 83 737 tués, 20 000 disparus et 594 000 prisonniers de guerre. Les estimations japonaises mentionnent au contraire la perte de 20 000 morts dans chaque camp, sans compter 50 000 blessés soviétiques.

L’armée nipponne est balayée par une véritable « Blitzkrieg » soviétique

L’offensive menée par les Soviétiques en Mandchourie et les deux bombardements atomiques opérés par les Américains ont convaincus les dirigeants japonais que la lutte est désormais vaine. La présence russe en Mandchourie n’est pas sans conséquences sur les tensions internationales de l’après-guerre. La Mandchourie sera en effet la base opérationnelle du communiste chinois Mao Tsé-Toung, qui sortira victorieux en 1949 de sa confrontation avec Tchang Kai –Chek pour le contrôle de la Chine. Avant de quitter la Mandchourie, qui retourne à la Chine, les Russes démantèlent le pays de ses infrastructures industrielles pour reconstruire leur pays dévasté par la guerre. L’URSS s’empare également définitivement des îles Kouriles et de Sakhaline. Enfin, l’impossibilité pour les Soviétiques de s’emparer de l’ensemble de la Corée va mener à la partition du pays entre deux Etats, en prélude à la guerre qui va embraser la région cinq ans plus tard.

GUERRE DU PACIFIQUE/PACIFIC WAR (43/44): Le Japon Capitule (mai-septembre 1945)

LE JAPON CAPITULE,

MAI-SEPTEMBRE 1945

 

2 septembre 1945: la Seconde Guerre Mondiale prend fin au bout de 6 ans, presque jour pour jour

 

 

Le Japon est soumis à des bombardements dévastateurs

Au printemps 1945, la victoire finale alliée ne fait plus de doute pour personnes, si ce n’est au sein de l’état-major impérial japonais, qui s’obstine à vouloir poursuivre la lutte jusqu’au bout. La situation est pourtant indéniablement préoccupante sur tous les fronts. En Indochine, les forces japonaise, passées de 35 à 50 000 hommes, attaquent les garnisons françaises le 9 mars 1945, probablement pour éviter tout pont d’appui qui pourraient faciliter les opérations américaines en direction de la Chine. En Chine, l’hiver 1944-45 voit un terme à l’offensive Ichi-Go, lancée en avril 1944. Cette opération, couronnée de succès, permet aux Japonais de s’emparer des bases aériennes de la 14th USAAF de Chennault dont les B-29 sont de plus en plus menaçants. Toutefois, en mai 1945, le front nord japonais est devenu prioritaire en raison de la menace soviétique. La contre-attaque des forces sino-américaines de Wedemeyer, qui a succédé à Stilwell, et de Tchang Kai-Chek, permet la reconquête du sud-ouest de la Chine sans grandes difficultés.

L’armée britannique en Birmanie est prête pour une nouvelle offensive

Le général Slim dispose alors de 2,7 millions d’hommes, répartis entre la 12th British Army, qui doit envahir la Thaïlande, et la fameuse 14th British Army aux Indes, qui doit reconquérir la Malaisie et Singapour. Slim, renforcé par des unités en provenance d’Europe, commande alors 28 divisions. L’aviation britannique est également montée en puissance puisqu’elle aligne 207 000 hommes et 184 escadrilles en juillet 1945. Les Japonais ne peuvent aligner de leur côté que 50 000 hommes en Thaïlande, autant dans les îles indonésiennes de Bornéo, Sumatra et Java, et 85 000 hommes en Malaisie et à Singapour. Mountbatten et Slim mettent au point les plans des futures opérations, le terme de la reconquête étant fixé au printemps 1946 dans le Pacifique du sud-ouest, mais plusieurs unités seront alors engagés aux côtés des Américains au Japon. Pendant ce temps, le 1er mai 1945, les Australiens du général Morshead procèdent à un premier débarquement sur Bornéo, suivis par d’autres en juin et en juillet. Des opérations ont précédemment touché Basilan, les Tawi-Tawi et Jolo.

La flotte alliée peut impunément lancer des attaques sur la côte nippone

Depuis le mois d’avril, les chefs d’états-majors combinés ont en effet ordonné à MacArthur et à Nimitz de préparer l’invasion du Japon. Alors que les stratèges de l’US Navy préconisent de s’emparer au préalable des côtes méridionales de la Chine afin d’établir un blocus total de l’archipel nippon et de le soumettre à des bombardements de grande envergure. Rien ne prouve pourtant que les bombardements stratégiques suffiront à emporter la décision, l’exemple de l’Allemagne étant assez parlant à cet égard. Macarthur préconise donc de son côté un débarquement à Kyushu, l’île la plus méridionale du Japon, suivi par une invasion de l’île principale de Honshu. Nimitz se range finalement aux arguments de MacArthur. L’invasion de Kyushu, baptisée opération « Olympic », doit être lancée à l’automne 1945 par 11 divisions de la 6th US Army de Krueger. De plus, la fin de la guerre en Europe doit voir le transfert de nombreuses unités de ce théâtre d’opération vers le Pacifique. Si les pertes sont du même ordre de grandeur que celles subies à Okinawa, les stratèges tablent sur des pertes d’environ 270 000 hommes pour 770 000 engagés pour « Olympic ». Truman est très anxieux sur la question des pertes américaines, mais une invasion de la Corée ou de Formose serait tout aussi coûteuse. La bataille d’Okinawa, incontestable succès américain, a comme conséquence surprenante de décourager les vainqueurs et au contraire redonner confiance aux Japonais. Les succès attribués aux kamikaze laissent espérer aux stratèges nippons que 30 à 50% de la force d’invasion pourraient être détruits en mer. Bien plus, le relief montagneux de Kyushu garantira aux défenseurs les mêmes avantages qu’à Okinawa. Sur Okinawa, 3 divisions japonaises coupées de tout soutien ont tenu pendant cent jours face à un ennemi nettement supérieur. A Kyushu, ce sont 14 divisions et 5 brigades, disposant de pièces lourdes, qui s’apprêtent à tenir les plages jusqu’au dernier homme. Cette fois-ci, les défenseurs japonais ne seront pas des garnisons isolées. Au contraire, les lignes de ravitaillement seront courtes et, comme pour le débarquement en Normandie, l’ennemi pourra bénéficier de l’arrivée de renforts pour repousser les assaillants à la mer. L’invasion est donc redoutée par l’armée américaine.

La reddition des forces japonaises: une scène si commune à l’été 1945, mais impossible en 4 ans de guerre impitoyable et acharnée

Pour de nombreux dirigeants américains, l’obstacle majeur à la reddition d’un Japon désormais vaincu réside dans la clause de reddition sans conditions décidée à la conférence de Casablanca en 1943. A leurs yeux, ceci ne peut que renforcer la détermination des Japonais à se battre avec acharnement contre toute invasion, d’autant plus qu’aucune garantie n’est donnée quant au maintien sur le trône de l’empereur, personnage sacré pour les Japonais. L’administration Truman va donc devoir trouver un compromis qui rende la reddition acceptable pour le Japon tout en ne heurtant pas l’opinion publique aux Etats-Unis, largement favorable à l’abolition du système impérial. Ce compromis prit la forme de la déclaration de Potsdam dans laquelle le président américain promet l’instauration au Japon d’ « un gouvernement pacifique et responsable, conforme à la volonté librement exprimée du peuple japonais ». Au Japon, bien des dirigeants sont désormais pleinement conscients des dangers d’une poursuite de la lutte. Toutefois, se déclarer ouvertement en faveur de la paix signifie la mort certaine. En avril 1945, le nouveau premier ministre, l’amiral Suzuki, voit en l’URSS le dernier médiateur possible pour obtenir des conditions honorables pour accepter la fin des hostilités. Le 22 juin, l’empereur lui-même demande aux responsables civils et militaires de tout mettre en œuvre pour trouver une issue diplomatique à la guerre. Toutefois, les négociations avec Moscou n’aboutissent pas. En outre, officiellement, Suzuki, relayé par la presse nipponne considère, la déclaration de Potsdam sans valeur. Les Alliés en concluent donc à un rejet des offres de paix.

 

A Yalta, les Alliés occidentaux acceptent la restauration des droits privilégiés de la Russie en Mandchourie, le retour du sud de Sakhaline et l’annexion des îles Kouriles comme prix de l’entrée en guerre de l’URSS contre le Japon. Toutefois, quelques mois plus tard, cette intervention soviétique n’est plus jugée nécessaire par Marshall puisque l’armée américaine dispose désormais de l’arme atomique. Elle est même considérée comme non souhaitable. Il est toutefois trop tard pour mettre à l’écart les Russes. En avril 1945, ceux-ci ne renouvellent pas leur traité de non-agression avec le Japon. Le 8 août, l’URSS attaque la Mandchourie où elle opère une véritable Blitzkrieg. Tout espoir de médiation soviétique s’envole donc pour le gouvernement japonais. Staline a toutefois avancée la date de l’offensive d’une semaine. Un événement de portée considérable a en effet en lieu deux jours plus tôt.

L’horreur d’Hiroshima: l’homme entre dans l’ère atomique

Le 6 août 1945, à Hiroshima, une bombe atomique, larguée par le bombardier B-29 « Enola Gay », piloté par le colonel Tibbets, réduit la ville en décombres. Près de 100 000 personnes périssent sur le coup. Le 9 août, une deuxième bombe atomique détruit la ville de Nagasaki, causant la mort immédiate de 35 000 personnes. Ce même jour, en dépit de l’aveuglement des militaires qui ne veulent pas mettre fin à la guerre, l’empereur Hiro Hito fait savoir qu’il désire qu’un terme soit mis au conflit sur la base de la déclaration de Potsdam, à l’unique condition que la dignité impériale soit maintenue. Le 15 août, l’empereur nippon s’adresse à la radio à ses sujets. Cette allocution absolument sans précédent annonce à tous qu’un terme est mis à la guerre.

MacArthur au sommet de sa gloire

La reddition officielle du Japon survient le 2 septembre 1945 à bord du cuirassé USS Missouri, à l’ancre dans la baie de Tokyo, en présence de MacArthur, nouveau commandant suprême des puissances alliées au Japon. La Seconde Guerre Mondiale, le conflit le plus meurtrier de l’humanité, au cours duquel 52 millions d’êtres humains ont péri, est enfin arrivé à son terme. Les tensions futures du monde sont pourtant déjà en germe et l’horreur des bombardements nucléaires offre une touche finale bien à l’image des cruautés innombrables qui ont déchiré et martyrisé l’humanité pendant six longues années.

 

LE PROJET MANHATTAN

Après Hiroshima, une bombe atomique détruit Nagasaki

Avant la guerre, en dépit de divers obstacles théoriques et technologiques, les progrès de la physique rendent possible la mise au pont d’une arme atomique. La question redevient pressante avec le début de la guerre en Europe. C’est ainsi que, en octobre 1939, Albert Einstein, sous la pression des physiciens Wigner et Szilard, écrit une lettre au président Roosevelt dans laquelle il affirme la possibilité de créer une bombe à uranium, précisant à l’occasion que les Nazis sont probablement déjà engagés dans cette entreprise. En juillet 1941, Vannevar Bush, conseiller du président en matière nucléaire, estime que la fabrication d’une bombe nucléaire est possible d’ici la fin du conflit. La course à l’arme atomique commence alors, les Alliés pensant à tort que les Allemands ont pris de l’avance. Le projet, baptisé « Manhattan », devient le programme de recherche et de développement militaire le plus coûteux de la guerre, atteignant finalement 2 milliards de dollars. 120 000 personnes sont impliquées, dans le cadre de 37 usines et laboratoires. Sur la base aérienne d’Alamogordo au Nouveau-Mexique, le 16 juillet 1945, la première bombe atomique explose avec succès. Elle a été mise au point à Los Alamos par l’équipe de J.Robert Oppenheimer. Dès lors, les Américains ont l’arme nécessaire pour faire plier le Japon, sauver de nombreuses vies américaines et impressionner l’allié soviétique.

2 novembre 1942 :  l’opération « Supercharge »

2 novembre :  l’opération « Supercharge »

 

La dernière offensive des Australiens a trompé Rommel sur les intentions de Monty. Le « Renard du désert » est persuadé que la 8th Army va tenter sa principale percée le long de la route côtière. Montgomery a au contraire le projet de frapper plus au sud, dans le secteur de « Woodcock » et de « Snipe ». Le secteur est en effet défendu par des troupes italiennes. Monty convoque ses principaux subordonnés pour leur expliquer avec détails la manœuvre attendue. La discussion est très précise et de nombreuses modifications sont adoptées. La manière de commander de Montgomery et les qualités de de Guingand au poste de chef d’état-major sont brillamment illustrées par cette conférence. Lors de la première bataille d’El Alamein, personne, à part Auchinleck et Dorman-Smith, n’était en mesure de saisir la totalité des buts et objectifs d’une opération. La 8th Army se prépare à cette poussée finale, qui doit réaliser enfin une percée et aboutir à la victoire dès le 27 octobre. Le 30th Corps reçoit en effet l’ordre de retirer du front la 2nd New-Zealand Division,y compris la 9th Armoured Brigade, et rejoindre la 10th Armoured Division, déjà mise en réserve. La 7th Armoured Division reçoit également pour consigne de se préparer à rejoindre cette réserve qui se constitue dans le secteur nord du front.

Le plan de l’opération « Supercharge » offre quelques similitudes avec celui de « Lightfoot ».Sous le couvert des formations aériennes et avec le soutien d’une nouvelle préparation d’artillerie, les unités d’infanterie partiront les premières à l’attaque pour ouvrir le chemin aux blindés. L’objectif est distant de quatre kilomètres. Une différence de taille avec l’assaut du 23 octobre réside dans le fait essentiel que les champs de mines sont peu profonds, moins denses et non continus. L’attaque initiale de l’infanterie sera le fait de la 2nd New-Zealand Division, renforcée par l’appoint de la 151st Brigade de la 50th Division et de la 152nd Brigade de la 51th Division, toutes deux soutenues par un bataillon blindé de 38 Valentines, soit un appuis de 76 chars. Précédée d’un tir de barrage roulant de l’artillerie, la9th Armoured Brigade suivra de près l’avance des formations d’infanterie et devra exploiter immédiatement sans perdre le moindre temps. La percée de cette brigade blindée, commandée par le brigadier Briggs, devra se poursuivre deux kilomètres au-delà de l’objectif assigné à l’infanterie, jusqu’à la piste de Rahman. Il s’agit d’une véritable mission de sacrifice pour laquelle Monty dit à Briggs qu’il est prêt à assumer 100% de pertes ! Toutefois, les équipages de chars de l’unité ne sont pas mis au courant de leur mission de sacrifice afin de ne pas les démoraliser. L’initiative et l’allant de l’attaque ne doivent en aucun cas être perdu, de sorte que la 1st Armoured Division interviendra aussitôt, prête à repousser l’Afrika Korps. Des attaques simultanées seront également lancées sur d’autres secteurs du front, les unités guettant la moindre opportunité d’exploiter une éventuelle brèche. Ayant atteint la piste de Rahman, la 8th Army pourra envelopper les unités allemandes et les acculer à la mer avant de les détruire.

En fin de journée du 1er novembre, la Royal Navy se livre à un simulacre de débarquement pour abuser l’ennemi. La Desert Air Force et l’USAAF commencent pour leur part une suite ininterrompue de 7 heures de bombardement et de matraquage systématique des positions germano-italiennes. 184 tonnes de bombes tombent sur les forces de l’Axe, coupant toutes les communications téléphoniques du QG de l’Afrika Korps. L’opération « Supercharge » est lancée à 1h05 dans la nuit du 2 novembre. Un terrible barrage d’artillerie jette un ouragan de feu devant la 2nd New-Zealand Division qui part une nouvelle fois à l’attaque. 150 000 obus s’abattent sur les positions germano-italiennes en un déluge ininterrompu de feu et d’acier de 4 heures 30. Les 151st et 152nd Brigades et leurs chars Valentines de soutien se ruent courageusement sur les lignes adverses, pendant que la couverture des flancs est assurée au nord par la 133rd Lorried Brigade et au sud par le28th Maori Battalion. L’attaque débute de façon fort satisfaisante puisque la 2nd New-Zealand Division parvient à conquérir ses objectifs après avoir enfoncé les lignes ennemies sur 4 kilomètres de profondeur sans avoir subi de pertes excessives. Les Allemands de la 90.Leichte Division et les Italiens de la Trieste ont pourtant luttés avec détermination, souvent jusqu’à la mort. Profitant sans tarder de la percée effectuée, deux régiments d’automitrailleuses tentent de s’engouffrer dans la brèche. La ruée des véhicules du 1st Royal Dragoons s’avère particulièrement réussie puisque l’unité va causer de sérieux dégâts sur les échelons arrières de la Panzerarmee Afrika.

            Comme prévu, suivant de près l’infanterie, la 9th Armoured Brigade se porte à son tour à l’attaque à 6h15. En raison de nombreux problèmes mécaniques, seuls 94 chars sur 133 parviennent sur la ligne de départ. Précédés d’un barrage d’artillerie, les chars de Briggs chargent courageusement les défenses antichars germano-italiennes en position sur la piste de Rahman. Bien que Rommel s’attend à une offensive sur la côte, il n’a pas pour autant négligé les défenses plus au sud, en particulier dans le secteur de Tell el Aqaqir où de nombreuses pièces antichars sont enterrées le long de la piste de Rahman avec au moins 24 pièces de 88 mm dans des positions défensives plus en arrière. Le ciel commence à s’éclaircir à l’est, de sorte que les silhouettes des chars se découpent sur l’horizon. Le feu nourri des canons antichars parvient presque à stopper la brigade blindée mais celle-ci parvient à atteindre son objectif, au prix exorbitant de 70 chars détruits sur 94 ! Sur 400 hommes d’équipages, plus de 200 sont perdus. Les antichars germano-italiens ont retenu leur tir jusqu’au dernier moment, puis le combat se transforme en une multitude de duels. Les pertes de l’infanterie d’accompagnement sont également sensibles car le nombre de camions détruits est terrifiant. La voie est donc ouverte pour les autres unités blindées. A ce moment précis, la 1st Armoured Division est introduite dans la bataille mais sa 2nd Armoured Brigade se heurte aux Panzer et aux antichars de l’Afrika Korps au nord de Tell el Aqaqir. Rommel a décidé de contre-attaquer et ses Panzer manoeuvrent sous le couvert des 88 mm. Ce n’est pas du tout ce que voulait Monty. Les pertes sont lourdes dans les deux camps. Un autre secteur de Tell el Aqaqir est alors attaqué à son tour, cette fois-ci par la 8th Armoured Brigade. Les blindés britanniques sont une nouvelle fois stoppés dans leur élan mais ils parviennent à infliger des pertes substantielles à Rommel. Ce dernier lance tout ce qu’il possède dans la bataille mais ses concentrations sont soumises à 7 raids de 18 bombardiers. La bataille autour de Tell el Aqaqir et sur la piste de Rahman, appelée piste du Télégraphe par les Allemands, atteint donc une intensité inégalée. Sur les autres parties du front, les lignes germano-italiennes, durement pressées depuis 10 jours de combat, commencent à donner des signes de craquement. En fin de journée, Rommel fait le point. Il ne lui reste que 35 Panzer en état et à peine plus de chars italiens. Le ravitaillement est en outre plus déficient que jamais, d’autant que les mouvements des unités brûlent un carburant précieux. Du côté britannique, les pertes sont très lourdes, dépassant les 150 chars. Mais plus de 300 chars sont encore opérationnels au sein des quatre brigades blindées britanniques. Montgomery peut donc attaquer à presque 10 contre un, sans compter 300 autres blindés pouvant intervenir à plus ou moins brève échéance en cas de nécessité. La seule division blindée encore intacte dont dispose Rommel, l’Ariete, n’est pas encore sur place avec sa centaine de chars. La ligne germano-italienne n’a cependant pas cédée et aucune percée n’a été réalisée l’opération « Supercharge » est donc un échec à cet égard

Films de Guerre/ War Movies (17/100): LE PONT

 LE PONT

 

Le Pont: un groupe de jeunes soldats allemands confrontés en 1945 à l’invasion de leur patrie.

La version de 2008 bénéficie de moyens plus conséquents que celle de 1959.

                                                        

A gauche, l’affiche de 1959. A droite, la version de 2008.

Après la version de Bernhard Wicki datant de 1959, inspiré d’une histoire vraie, Le Pont de Wolfgang Panzer (sic!), sorti en 2008 (ce n’est qu’un téléfilm; l’oeuvre de 1959 étant destiné au grand écran), se déroule dans un petit village allemand en avril 1945. Un groupe d’adolescents sont poussés à combattre pour défendre leur patrie. Enrôlés au moment où leur village est menacé, ils auraient dû théoriquement rattachés au Volkssturm, bien que leurs uniformes soient plus dignes de ceux de la Wehrmacht. A ce propos, la version de 2008 est nettement plus réaliste que celle de 1959: uniformes, armements et équipement sont bien plus conformes à l’année 1945 (nos jeunes Landser du film de 1959 ont l’air d’être des recrues de 1940…). Ces jeunes soldats sont en fait incorporés au sein d’une Volksgrenadier-Division, soit une division d’infanterie, de la catégorie levée à partir de l’automne 1944.

Les jeunes Allemands sont fanatisés par les cadres locaux du parti (le père d’un des garçons). Une critique de l’endoctrinement et du nazisme, très visible dès la version de 1959, sortie dans un contexte de Guerre Froide et de création d’une nouvelle armée allemande, la Bundeswehr.
Dans les deux versions, les « anciens » soldats semblent s’émouvoir de leur sort. On leur assigne une mission secondaire, avec l’espoir qu’il ne leur arrivera rien: en l’occurrence, la défense du pont de leur propre village.
L’instruction qu’ils reçoivent est des plus sommaires (à la caserne uniquement dans la 1ère version en noir et blanc), ce qui ne les empêche pas d’accomplir quelques exploits face aux soldats américains… On perçoit clairement la fierté de ces Allemands lorsqu’ils revêtent l’uniforme de la Wehrmacht, leur enthousiasme, leur fascination pour des armes tels que le Panzerfaust, mais aussi leur naïveté et leur jeunesse… La mort du premier d’entre eux va les déterminer à combattre avec acharnement.
Des combats acharnés face aux Américains, assez réalistes. Dommage qu’in char moderne suive une réplique de M4 Sherman, beaucoup plus à sa place en 1945 (même s’il s’agit d’un vieux modèle)…
Dans ce film, les réalisateurs nous dressent des portraits de jeunes allemands aux profils psychologiques fort variés, tous plus ou moins va-t’en-guerre, avec l’insouciance de la jeunesse. Autre préoccupation de leur âge, les filles, à tout le moins les jeunes femmes car l’un des héros noue une idylle avec sa professeur, de façon fort explicite dans la version moderne (en 1959, un des garçons -Karl- s’est amouraché de l’assistante-coiffeuse de son père, tandis qu’une autre fille est amoureuse du jeune Klaus), mais beaucoup moins déshabillée et pudique dans l’ancienne version…
Une enseignante bien entreprenante…
Le début du film nous montre le quotidien de civils allemands d’un petit village alors que le III. Reich s’écroule
 L’absurdité de la guerre, le sacrifice inutile de la jeunesse, des ordres insensés: on critique la guerre et les conséquences de l’endoctrinement dans l’Allemagne nazie. On éprouve de la sympathie pour ces jeunes sacrifiés pour rien. Ce ne sont après tout que des gamins, encore adolescents et ignorant des choses de la vie. On laisse le lecteur découvrir le final… On reste surpris de l’indifférence des Américains à l’égard d’un des protagoniste
Au final, un téléfilm bien fait, que ce soient pour les scènes d’action ou celles plus calmes, avant et pendant l’affrontement avec les Américains, et tout aussi -voire plus- intéressantes, dans lesquelles le réalisateur nous montre un groupe d’adolescents pris dans les tourments d’une époque tragique. L’atmosphère de l’Allemagne de 1945 paraît bien rendue.