Recension de « Troie, portrait historique d’un site mythique » de Thierry Piel

Thierry Piel, Troie, portrait historique d’un site mythique, Lemme Edit, 2019, 142 pages

Etudier la guerre de Troie, c’est d’abord poser une question d’ordre toponymique : Troie, Ilion, Hissarlik, etc. Une belle entame qui entraîne le lecteur sur des chemins passionnants. Thierry Piel écrit bien et, à l’évidence, il maîtrise son sujet. Le lecteur ne doit pas être induit en erreur : le propos de l’ouvrage n’est pas de nous conter le mythe en une énième redite de la geste d’Achille ou d’Hector (le lecteur qui s’attend à un résumé de l’épopée sera déçu). On assiste au contraire à une véritable enquête historique et archéologique. En se mettant dans les pas de Schliemann, en suivant la démarche déductive de l’auteur, on aimerait trouver la preuve qu’Ilion corresponde bien à la Troie homérique, celle de Priam. On souhaiterait que les puissants restes de remparts et les vestiges de portes soient ceux qui ont vu Hector. Las, il est désormais vain de chercher une confirmation du fait qu’une coalition grecque de l’Age du Bronze ait jamais pu se constituer pour réduire en cendres la fameuse ville anatolienne. Les pages consacrées aux archives hittites sont à cet égard fort intéressantes. L’évolution de la cité est appréhendée sur plusieurs millénaires, à travers les entrelacs des vestiges archéologiques révélant l’évolution de la nature de l’occupation des lieux, avec ou non une ville basse, jusqu’à l’érection d’un sanctuaire d’Athéna et de lieux de cultes liés directement à l’épopée dont Homère narre les épisodes les plus fameux. On apprécie à ce sujet le cahier d’illustrations, ainsi que les croquis et cartes inclus dans l’ouvrage. Le chapitre qui a retenu le plus mon attention est celui de la postérité du site et du mythe à partir de l’époque archaïque, chez les Grecs comme chez les Romains. La manière dont la légende est instrumentalisée par Athènes et Sparte, de même qu’Alexandre le Grand, mais aussi par César ou Auguste, est captivante. On sera aussi surpris de découvrir l’intérêt des Perses pour les lieux. La perspective change avec Rome quand ce ne sont plus les Achéens qui font référence, mais Enée et ses compagnons. L’auteur questionne aussi la raison pourquoi le site actuellement identifié comme étant Troie, l’Ilion de la Grèce, ait été davantage assimilée au mythe que ses voisines comme Alexandrie de Troade. Et l’auteur de terminer en évoquant la postérité du mythe jusque chez les rois francs… Au final, Thierry Piel est un indubitablement un vrai professionnel (ce qui est loin d’être le cas de tous les universitaires) et un spécialiste, et son texte fort enrichissant. Un très beau récit assurant un beau moment de lecture à tous les passionnés –si nombreux- du mythe intemporel transmis par l’Iliade et l’Odyssée.

Troie, portrait historique d’un site mythique

Recension « Sur les traces de la Brigade Piron en Normandie » de Hugues Wenkin

« Sur les traces de la Brigade Piron en Normandie » de Hugues Wenkin, Weyrich, 2019, 130 pages

Hugues Wenkin nous emmène sur les traces de la Brigade Piron, une unité dont il a déjà présenté le parcours dans un ouvrage précédent. Son nouveau livre ne fait nullement double-emploi car l’auteur se concentre exclusivement sur la bataille de Normandie (ainsi que sur la mise sur pied de l’unité et sa préparation à « Overlord ») et y apporte tous les éléments qui n’avaient pu figurer dans le 1er opus. On ne peut qu’être admiratif devant le parcours étonnant de ces Belges, qui ont fui leur patrie tombée sous le joug nazi. Les effectifs de cette unité sont constitués de légionnaires, de volontaires issus notamment du Congo et des quelques rescapés du désastre de 1940 réfugiés en Angleterre, ainsi que quelques centaines de Luxembourgeois. La lecture est plaisante, car l’historien sait conjuguer l’apport des nombreux témoignages avec les faits tirés des archives, ainsi que les données techniques portant sur telle ou telle arme, ou encore les informations d’ordre tactique. Un petit livre qui sort de l’ordinaire sur un des épisodes les moins connus  de la campagne: les combats pour le Pays d’Auge, plus précisément pour la côte fleurie, de Sallenelles à Honfleur. Frustrés de n’avoir pu en découdre avec les Allemands dès le 6 juin, ce sont des soldats très motivés qui entrent en action en août 1944. C’est l’occasion de suivre les tactiques de combat d’un type d’unité moins abordée que d’autres (par exemple les Armoured Regiment ou les Paratroopers) puisque la Brigade Piron s’apparente peu ou prou à une unité de reconnaissance, mais sans l’être non plus ne serait-ce qu’avec sa batterie de 25 pounder. Les engagements sont brefs, non décisifs et peu meurtriers, mais très évocateurs de cette phase de la bataille en ce secteur du front. On apprécie comme d’accoutumée l’iconographie originale (et très fournie), le road-book, ainsi que les cartes. Un livre écrit de manière vivante qui a particulièrement retenu mon attention puisqu’il traite d’une région que je connais très bien, pour avoir vécu près de 40 années à Caen.  Au final, un beau petit livre que je recommande aux amateurs pour compléter leur connaissance de la bataille de Normandie.

Recension de « La Guerre des Scientifiques. 1939-1945 » de Jean-Charles Foucrier

La Guerre des Scientifiques. 1939-1945″ de Jean-Charles Foucrier, Perrin, 2019, 439 pages

Les éditions Perrin gâtent les amateurs de la Seconde Guerre mondiale en proposant au lectorat des ouvrages qui sortent des sentiers battus. Après La Peur et la Liberté. Comment la Seconde Guerre mondiale a bouleversé nos vies, voici La Guerre des Scientifiques. Vaste et beau sujet traité avec dextérité par un universitaire, ce qui n’est pas coutume car les universités de l’Hexagone boudent l’histoire militaire de la Seconde Guerre mondiale (autres que quelques sujets franco-français redondants). Outre l’originalité du propos, on soulignera le fait que les sujets les plus divers sont abordés, le plus souvent avec bonheur car l’auteur, sérieux, est très bien documenté. Au-delà des célébrissimes Einstein et autres von Braun, on est reconnaissant à Jean-Charles Foucrier de mettre l’accent sur nombre de personnages méconnus du grand public, en dressant leur portrait et leurs contributions à la recherche scientifique durant la guerre, parfois non sans humour. On découvre (ou à tout le moins on comprend davantage le rôle qu’ils ont tenu) des individus tels que Tizard, Zuckermann, Bowen, Pyke, Decourt, Tiltmann, Beurling, etc. Le plus surprenant, quoique malheureusement conforme à la nature humaine, est de découvrir d’incroyables querelles d’égo (Lindemann et Tizard), mâtinées quelques fois de tensions d’ordre nationaliste, qui ont pu opposer ces scientifiques, voire freiner ou handicaper la recherche à des moments pourtant cruciaux du conflit. Le sujet porte en effet bien sur les scientifiques, non sur la science. Le chapitre sur la bombe atomique, passionnant, est évidemment attendu. Les parties consacrées aux Allemands et aux Japonais sont les plus instructives. Il met en exergue la puissance financière américaine et la capacité d’organisation de ce pays, a contrario de l’Allemagne nazie. L’autre sujet attendu concerne les décryptages, et donc ULTRA et Enigma, une affaire beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît lorsqu’il convient d’en apporter la paternité à tel ou tel individu, sans oublier que les différentes branches de la Wehrmacht n’ont pas usé du même système (le rôle des Polonais et des Français, et surtout des Américains, est fort bien explicité). Encore une fois, on apprécie de découvrir d’autres sommités que Tuning. Le chapitre sur la « naissance de l’informatique » est également savoureux et fort instructif.

On reste stupéfait devant l’incapacité des Allemands à rationnaliser la recherche dans des domaines fondamentaux, et ce en dépit d’un potentiel en raison de la pépinière de scientifiques de premier plan que représente ce pays dans les années 1930. A en juger par l’impressionnante fuite des cerveaux hors d’Allemagne, on est en droit de se poser la question de ce qui serait advenu sur le plan militaire si ne nazisme n’avait pas été antisémite par nature… Les passages les plus poignants se trouvent dans les pages consacrées à la médecine, puisqu’il est question des camps de concentration et de beaucoup de souffrances. Les chapitres consacrés à la pénicilline, au typhus et au paludisme ont retenu mon attention. Nombre de lecteurs seront surpris de découvrir que, dans la cadre de la « course » à l’arme atomique, la si démocratique Amérique n’a pas hésité à user de cobayes humains, à l’insu de ceux-ci… La justice appartient aux vainqueurs… Mais on ne saurait cependant comparer ces écarts avec l’éthique pourtant attendue chez une démocratie avec les horreurs innombrables perpétrées outre-Rhin (ou au service de l’empire nippon) au nom d’une idéologie abjecte (il en va de même en ce qui concerne la question des bombardements aériens des villes, n’en déplaisent aux révisionnistes d’extrême-droite). La question de la famine du Bengale est le seul sujet sur lequel l’auteur passe à côté d’une donnée essentielle, même s’il établit de façon juste la responsabilité des Britanniques: la destruction préventive de toutes les barques de la région, afin d’éviter de laisser aux Japonais le moindre élément de franchissement des coupures humides lors de l’invasion qu’on croit imminente (cf entre-autres India’s War. The making of Modern South Asia 1939-1945).

Jean-Charles Foucrier n’est pas exhaustif, ce qui serait une gageure, mais embrasse un large spectre d’aspects scientifiques. Néanmoins, même si le sujet porte sur la Seconde Guerre mondiale, on y trouvera peu d’armements ou équipements qui y sont liés, si ce n’est les radars et la bombe atomique, l’improbable porte-avions Habakkuk, et, très accessoirement, les fusées (ces dernières bizarrement pas vraiment traitées). Quid des systèmes infra-rouges ou des avions à réaction? Des avancées technologiques telles que celles du bombardier « Superfortress » B-29, dont le développement a coûté plus cher que la bombe atomique, avec son système de pressurisation et de tourelles automatiques ? Sans parler de la recherche, elle-aussi scientifique, pour la mise au point d’équipements les plus divers, dont des uniformes adaptés au froid ou au camouflage répondant à la technologie infra-rouge, ou encore les balises et émetteurs Eurêka/Rebecca utilisées lors des largages du Jour J, etc. On pourrait multiplier les exemples à l’envi.

Mais ce n’était pas là le propos d’un ouvrage remarquable à tout point de vue et qui, à n’en point douter, fera date dans l’historiographie de la Seconde Guerre mondiale, un conflit que les passionnés se doivent d’embrasser sous tous ses aspects.

Films de Guerre/ War Movies (23/100): WHITE TIGER

WHITE TIGER

 

Etrange film que celui de Karen Shakhnazarov, tournée en Russie en 2012. La Grande Guerre Patriotique a inspiré des réalisateurs soviétiques, et maintenant russes (et autres slaves), dans un contexte de fort sentiment nationaliste.

Etrange car on est en partie dans une ambiance de science fiction. Le principal protagoniste du film est le soldat Naïdenov, miraculeusement guéri après avoir été brûlé à 90% dans son tank (science fiction…). Il est pris en charge par un certain Fedotov, qui a tout du Commissaire politique obligé d’obtenir des résultats. Le char Tigre, qui donne son nom au film, est une sorte de fantôme, insaisissable (je ne dévoile pas le sort du Panzer…). Le scénario tourne autour de la traque de ce « monstre » qui sème la terreur dans les rangs des unités blindées soviétiques. L’interrogatoire d’un prisonnier participe à l’aura de mystère qui entoure ce blindé… Les scènes de combat sont intéressantes, mais Shakhnazarov ne nous épargne pas les images violentes de tankistes carbonisés…

 

 

Des acteurs peu charismatiques et aux physiques quelconques: on est loin des critères hollywoodiens… Volonté de réalisme?

Le Tiger insaisissable. Faute de disposer d’un véritable Panzer, le réalisateur a eu le mérite d’utiliser un engin maquillé dont les lignes ressembler en partie à un Tiger I (il ressemble en fait plus à un de prototypes présentés en 1942).

En revanche, les moyens ne manquent pas pour figurer l’Armée rouge. Outre les sempiternels T-34/85, on apprécie la présence rarissime de Su-152, BT-5, mais aussi de tanks anglais Matilda (cédés au titre du prêt-baiol en début de guerre). Côté allemand, un bel effort avec Panzer IV, Pak 40 et Opel-Blitz.

Naïdenov: l’homme qui murmurait à l’oreille des tanks… Ces derniers lui parlent…

Le film nous présente la fin de la guerre à Berlin, y compris une reconstitution de la scène de la signature de la capitulation à Karlshorst, le 8 mai 1945. La scène du repas de Keitel avec Friedeburg et Stumpff est stupéfiante…

La scène de combat dans le village est l’affrontement le mieux réussi du film. Globalement, le réalisateur sait nous mettre dans la peau des tankistes (en filmant l’intérieur du tank, ainsi que des vues depuis l’habitacle ou depuis la caisse de l’engin). L’ambiance dans le village tient en fait plus du duel de western que du film de guerre.

 

Je termine en évoquant la scène finale qui clôture el film. Elle nous présente Hitler, dans une conversation au coin du feu à propos de la guerre qui met en fait plutôt mal à l’aise. On épine à comprendre où veut nous emmener l’auteur. Avec les passages consacrés à la capitulation, on semble s’éloigner du thème du film… Ou alors est-ce pour nous faire comprendre que les hommes à la guerre deviennent des machines à tuer…

Films de Guerre/War Movies (22/100): TROP TARD POUR LES HEROS

TROP TARD POUR LES HEROS

 

La guerre du Pacifique, dans les Nouvelles-Hébrides, mais sous un angle peu commun: les héros du film de Robert Aldrich (1970; j’ai évoqué ses Douze Salopards ici) ne sont pas des Américains (sauf un), mais des Britanniques. Autre différence marquante: alors que, d’accoutumée, Hollywood affecte de donner aux soldats (et surtout aux officiers) de Sa Majesté une attitude raide et compassée sous un uniforme impeccable, des hommes par ailleurs très stricts sur la discipline, alors que les GI’s sont inévitablement d’éternels joyeux drills, prompts à la plaisanterie et très décontractés, nous avons l’inverse ici: ces Britanniques, peu élégants, ont tout des fortes têtes alors qu’au contraire, l’Américain qui les accompagne -le lieutenant Lawson- semble peu sûr de lui et se présente dans un uniforme plutôt ridicule pour une mission devant se dérouler dans la jungle.

Le lieutenant Lawson ( Cliff Robertson) : un Américain lancé bien malgré lui dans une incroyable aventure…

Les soldats britanniques qui assurent la défense de la base, mais qui sont bien incapables de couvrir leurs camardes qui doivent franchir un dangereux No Man’s Land

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces Tommies ne sont pas des va-t’en-guerre… Des tire-au-flanc plutôt oisifs et plus portés sur les courses de cafards que sur leur devoir de soldats…

Des personnalités très diverses au sein du commando, dont les inévitables individus dépourvus de tout scrupule. On notera l’inévitable scène du camarade abandonné pour ne pas retarder les autres (Percy Herbert, à qui il arrive la même mésaventure dans Les Diables du désert, dont je parle ici)…

Une aventure dans la jungle: la mission est assez palpitante à suivre. Pour autant, le comportement de certains membres du « commando » est déconcertant…

Un officier japonais cruel et inquiétant, assez cynique et fourbe, comme bien souvent au cinéma

Un petit rôle d’ouverture pour Henri Fonda. 

 

Le scénario du film réside dans l’envoi d’un commando en mission pour détruire un radio transmetteur japonais. On épargne au lecteur de dévoiler les péripéties du raid (la 1ère embuscade est un moment fort original en raison même de son déroulement)… Le réalisateur nous dépeint certes certains événements attendus, mais nous offre en même temps tout un panel de personnalités fort différentes et qui réagissent chacune à leur manière à une situation de guerre. On sent d’ailleurs, au début du film, combien des soldats peuvent se sentir éloignés de toute motivation patriotique: ils acceptent un statu quo avec leurs homologues japonais (ce qui reflète la situation dans nombre d’îles avant les opérations finales de 1945, comme Bougainville ou La Nouvelle-Bretagne).

Un film qui ne joue pas sur la fibre patriotique et qui ne manque pas de cynisme, comme l’illustre d’emblée le générique au cours duquel la bannière étoilée, l’Union Jack et le Soleil Levant…

Le final, dans l’espace à découvert sous le feu des Japonais, est assez palpitant…

 

 

 

 

Films de Guerre/ War Movies (21/100): KOKODA

 

KOKODA

Ce film australien d’Alister Grierson, tourné dans le Queensland, est sorti en 2006. Il s’écarte des sentiers battus en raison du sujet abordé : la difficile bataille de la piste de Kokoda, en Papouasie, survenue au cours de l’été 1942. Une bataille que j’ai relaté ici.

La guerre dans la jungle apparaît au cinéma le plus souvent avec pour cadre la guerre du Vietnam, voire les Marines ou les GIs à Guadalcanal, mais on n’y voit que très rarement les Britanniques (même Alerte en Birmanie avec Errol Flynn présente des parachutistes américains, sans parler de Les Marauders attaquent avec Jeff Chandler, deux films sur lesquels je reviendrait).

Le spectateur suit le pérégrinations d’un groupe isolé de miliciens australiens appartenant au 39th Battalion.

Les rudiments du film d’action dans la jungle: boue cours d’eau, attaque nocturne, maladie (celle-ci emportant beaucoup plus de soldats dans la mort que les Japonais)…

La piste de Kokoda, traversant les monts Owen Stanley, exigeait un effort physique considérable, avec montée et descentes dans un environnement et un climat éprouvants.

Des Australiens coiffés de leur traditionnel « Slouch Hat »

Au combat, on portait souvent le casque d’acier de type britannique, comme l’illustre ces personnages du film. Le réalisateur a pris garde de choisir des équipements, des armes et des uniformes conformes à cette campagne menée en 192: les hommes portent bien des tenues tropicale prévues pour… les déserts du Moyen-Orient

Les scènes de combat sont bien rendus. On s’identifie aux héros australiens du film. L’ambiance du combat nocturne, l’oppression et le stress générés par la guerre dans la jungle, dans laquelle on ne voit pas l’adversaire, sont saisissants.

Au final, il ne faut pas s’attendre à un grand film, faute certes de moyens, mais surtout en raison d’un scénario assez simplet. Mais le film a le mérite d’illustrer une campagne méconnue, ainsi qu’un armée passionnante, l’armée australienne de la Seconde Guerre mondiale, à laquelle je vais consacrer un livre d’ici la fin de l’année.

Films de Guerre/ War Movies (20/100): LA LIGNE ROUGE

LA LIGNE ROUGE

La bataille de Guadalcanal, à laquelle j’ai consacré un article sur mon blog, est le cadre de ce beau film de Terrence Malick (tourné en 1998), cinéaste hors norme, ouvre dans laquelle on retrouve sa « patte »: ode à la nature, voix-off… Si la bataille est justement associée au corps des Marines dans la plupart des oeuvres hollywoodiennes (cf Les Diables de Guadalcanal avec John Wayne, Guadalcanal avec Anthony Quinn ou encore un des épisodes de la très réaliste série The Pacific), Malick met en scène le parcours d’un groupe de GIs de l’armée de terre, qui ont effectivement pris le relais des Marines au cours de la campagne.

Le film est l’un des films de guerre le plus réussis. Il est servi par un groupe de bon acteurs au mieux de leur forme : Sean Penn, Jim Cavieziel, Nick Nolte, John Cusak,… On se serait en revanche bien passés de John Travolta ou encore de George Clooney (acteur appréciable, mais qui n’est guère crédule ici). La psychologie des personnages est bien étudiée ; les scènes de combat sont réalistes ; l’action alterne avec des moments plus de pause dans les combats qui sont les bienvenus ; les paysages et les prises de vue remarquables…

La scène de l’assaut contre la casemate japonaise sise au sommet d’une colline est un des grands moments du films, de même que l’une des scènes finales mettant aux prises les Japonais à une patrouille américaine remontant un cours d’eau.

 

Witt, le héros du film. Les voix-off représentent un élément crucial du film: on accède à l’intimité et aux sentiments des protagonistes, qui n’ont de cesse de rechercher un sens à leur action, une raison à la violence, une origine au mal… Quelle sens donner à la vie? Pourquoi la guerre?

Beauté des mers du Sud, palmiers à l’arborescence généreuse, herbes hautes ondulant sous l’effet du vent… Cadre idyllique pour le pire dont l’être humain soit capable… Bref, l’enfer au paradis…

 

Types de tenues, équipement et casques conformes à la période et à la campagne, grenades jaunes comme il sied en 1942: Melick est un réalisateur qui cherche le réalisme dans le détail…

Nick Nolte, alias le Colonel Tall, le « dur » qui exige beaucoup de ses hommes.

Sean Pean, dans le rôle du sergent : baroudeur, mais soucieux de ses hommes…

Le Captain Staros: l’exemple-type de l’officier tiraillé entre son devoir de soldat et son souci de la vie humaine et du confort minimum que méritent ses hommes, à ses yeux

Dans quelques instants, ce soldat va se sacrifier pour sauver les autres en se jetant sur une grenade: un geste d’altruisme absolu qui sera répété à maintes reprises par des soldats américains au cours de la guerre…

 

Jungle, hautes herbes, paysages colinéaires, bunker: tout un panel de situations variées pour un film d’action bien mené

John Travolta et George Clooney: perdus à Guadalcanal…

Les Japonais sont rarement visibles et non étudiés comme ils le seront dans « Lettres d’Iwo Jima » du grand Clint Eastwood, mais ils apparaissent dans quelques scènes fortes, notamment dans le village occupé par les GIs… S’ils subissent des brutalités, le réalisateur ne nous épargne pas des images éprouvantes sur leurs exactions…

Un film de guerre? Oui, mais dans le bon sens du terme: non une ode au champ d’honneur, mais une réflexion sur son horreur et su la violence; un film qui milite donc contre la guerre en nous la montrant…

L’occasion également pour tout féru de la Seconde Guerre mondiale, et plus particulièrement de la guerre du Pacifique, de regarder une oeuvre fort réussie du 7e art…

Terminons en évoquant la bande sonore du film, superbe, que je vous recommande.

 

Films de Guerre/ War Movies (19/100): LES MARAUDERS ATTAQUENT

LES MARAUDERS ATTAQUENT

Ce film de Samuel Fuller (Merril’s Marauders), tourné en 1961, est un grand classique, mais aussi un film très réussi. Il met en scène l’histoire véridique d’une unité américaine engagées en Birmanie et commandée par le General Merril. Le rôle titre est tenu par Jeff Chandler. Fuller rapporte des faits en partie exacts: Merril est frappé d’une crise cardiaque, ses hommes sont épuisés et décimés, ils ont pour mission de s’emparer de Myitkyina. Le réalisateur parvient à nous transmettre les épreuves de la longue marche des héros de son épopée à travers les lignes japonaises.

LES MARAUDERS DE MERRIL: l’HISTOIRE VRAIE

  

Les Marauders de Merril (assis à droite sur le cliché de gauche): une petite participation américaine à la campagne de Birmanie passée à la postérité, notamment grâce à Hollywood

La seule unité de l’US Army engagée auprès des Chinois, en l’occurrence en Birmanie, baptisée force Galahad, ou détachement 1688, puis régiment 5 307 le 1er janvier 1944, ou encore appelée les Marauders de Merrill, du nom du 1er commandant de l’unité, ne rassemble que 2 850 hommes, théoriquement rompus au combat dans la jungle et tous volontaires. Ces hommes vont combattre héroïquement dans des conditions particulièrement difficiles. L’exploit réalisé par les Marauders est sans conteste la prise de Myitkyina et de son important aérodrome en mai 1944, même si les combats s’y éternisèrent jusqu’au mois de juillet. Fin mai, il n’y a alors plus que 200 Marauders de valides ! La mission est couronnée de succès grâce à une marche forcée exténuante exécutée de concert avec plusieurs unités chinoises. Toutefois, Stilwell a beaucoup trop exigé des ses hommes et 80% des Marauders, totalement épuisés, sont hospitalisés. Galahad n’est plus opérationnel. Pourtant l’unité est reconstituée et forme ensuite la Task Force Mars, comprenant le 475th Infantry Regiment (ex-5 307), le 124th Cavalry, le 612th Field Artillery et un régiment chinois. Une unité de l’OSS, le service d’espionnage américain, sert également sous les ordres de Stilwell : le détachement 101 du major Eifler. Pendant cette campagne de Myitkyina, les Rangers kachins se battent aux côtés des forces de Merrill. Fin 1944, le détachement 101 compte 566 Américains et près de 10 000 Kachins. Les pertes totales qu’il inflige aux Japonais sont estimées à 5 500, pour seulement 15 tués Américains et à peine 200 Kachins. En outre, plus de 200 aviateurs alliés sont secourus par l’unité.

LE FILM: LES PERSONNAGES

Un chef charismatique joué avec bonheur par Jeff Chandler.

 

Le lieutenant Stockton, joué par Ty Hardin, le « beau gosse » nécessaire à tous les films américains. Comme dans les films de John Ford, on sent une relation paternaliste entre le commandant et son fidèle second.

Des soldats pittoresques, râleurs, dont un farfelu coiffé d’un chapeau de paille qui n’aime rien de plus que sa jument…Fuller s’arrête sur le quotidien de ces soldats dans la jungle et s’arrêt sur quelques individus aux caractères très différents.

Peu de femmes dans un film d’hommes…Une charmante birmane, à l’occasion d’un passage de la troupe dans un village. L’occasion d’une scène touchante avec un enfant.

 

LE FILM: L’ACTION

 

La traversée d’un cours d’eau: toujours un moment risqué, surtout dans la jungle… Les tenues sont plutôt réalistes (les hommes sont de plus en plus dépenaillés et les barbes fleurissent…).

La scène de combat à Shaduzup dans un dédale de béton près de cuves: une des scènes d’anthologie du film.

Une unité poussée au-delà des limites du raisonnable, comme dans la réalité

Deuxième scène d’anthologie: le combat défensif de nuit des GI’s près de la rivière

 

Ces soldats américains perdus dans la jungle sont tout sauf des va-t-en-guerre. Epuisés, nullement à la recherche d’une vaine gloriole, ils accomplissent cependant leur devoir. La mission accomplie, aucun sentiment triomphaliste. Ils partent pour Myitkyina… Merril risque de mourir. Cela en vaut-il la peine? Au final, aucune gloire ne semble surgir d’un fait de guerre…

Presse

Deux de mes articles actuellement dans les maisons de presse dans 2e Guerre Mondiale magazine n°82:
« Le Landser de 1940 », soit une étude du fantassin allemand, grand oublié de la campagne de 1940.
Ecrire l’histoire: « Dis-moi ce que tu écris et je te dirais quel historien de la 2e Guerre Mondiale tu es »

Recension de « Trajan »de Christophe Burgeon

Christophe Burgeon, Trajan, Perrin, 2019, 272 pages

Christophe Burgeon comble un lacune historiographie: une biographie de l’empereur Trajan. Les Romains l’ont souvent acclamé pour son excellence: il est donc particulièrement important d’en découvrir l’explication. Historien spécialisé sur la période, l’auteur manie avec dextérité les sources à disposition -elles ne sont pas si nombreuses pour connaître cet empereur antonin- pour brosser un tableau assez complet de la vie de Trajan. Connu avant tout pour ses conquêtes, ce princeps semble s’être intéressé à des questions sociales, notamment au sort des enfants pauvres. Après avoir évoqué la carrière de son père (nommé Trajanus pour éviter toute confusion…), l’auteur poursuit en relatant le cursus honorum du futur empereur sous Domitien et Nerva. Les lignes concernant le processus de succession impériale entre Nerva et Trajan, puis entre Trajan et Hadrien sont intéressantes. J’ai particulièrement apprécié le récit de la conquête de la province d’Arabie. Les campagnes de Dacie et face aux Parthes sont évidemment des incontournables sur un tel sujet. Des chapitres portent sur des questions peu abordées, comme « l’idéologie politico-morale et religieuse de Trajan ». En évoquant le gouvernement impérial, l’auteur s’attache plus particulièrement aux institutions romaines (fonctions politiques, finances, justice). En revanche, peu de choses sur le Trajan intime, sur la vie quotidienne du personnage, presque rien sur son oeuvre de bâtisseur à Rome (quid de son forum et des fameux marchés?) et quelques longueurs sur les carrières de différents individus dans un style trop académique et, parfois, des litanies de noms. J’ai été consterné de lire par deux fois « maïs » au lieu de blé lorsqu’il est question de  congiaires/alimenta… On serait donc déjà au 16e siècle? Les biographies de grands personnages romains publiées aux éditions Perrin sont remarquables et représentent les meilleures dont dispose le lectorat francophone. IL faut donc se réjouir de constater que cela continue, mais j’aurais préféré un texte chronologique et thématique à la fois, ainsi qu’un style plus enlevé… Les amateurs de Trajan et, plus généralement, de la Rome impériale, y trouveront cependant leur plaisir, d’autant que Christophe Burgeon argumente ses hypothèses en présentant les éléments qui le pousse à les présenter. Trajan a voulu marcher sur les traces d’Alexandre le Grand, mais, s’il reste un personnage moins grandiose que le Grec, son règne constitue un moment décisif qu’il est impératif de connaître. On attend avec impatience la prochaine biographie d’un illustre romain chez les éditions Perrin.