L’uniforme ennemi

Deux planches intéressantes, datant du début de l’année 1941, à destination des troupes de la Wehrmacht, récupérées à la Libération en Normandie…

Si la silhouette du « Tommy » et des soldats de l’Empire est globalement correcte, on discerne quelques détails erronés, à tout le moins un certain nombre de précision.

Sur la première planche, les deux personnages en tenue de campagne sont des silhouettes dignes du BEF de 1940 (ce qui est logique puisque le document date de 1941), avec masque à gaz 1er modèle sur la poitrine et couvre-casque en toile avant l’introduction de filets de camouflage, outre le webbing (équipement en toile) de l’ancien modèle de la Grande Guerre pour le soldat en tenue tropicale (de fait, cet ancien webbing sera en dotation dans les unités de second rang des Homes Forces au Royaume-Uni, mais aussi dans les Dominions). Le soldat au second plan porte un uniforme qui n’est plus caractéristique de la Seconde Guerre mondiale, ayant cédé la place au fameux Battle Dress. On notera également la tenure noire complète des tankistes, qui rappelle celles des Panzerschützen allemands.

La seconde planche a le mérite d’illustrer un fait essentiel: l’armée britannique est une armée impériale, ainsi qu’une armée polyglotte avec l’intégration de contingents des différentes nations alliées vaincues par la Wehmacht, présentés ici en uniformes britanniques (ce qui est le cas), mais avec des coiffures nationales (ce qui est moins vrai). La nuance verdâtre du Battle Dress canadien n’est pas rendue. Quant aux redoutables soldats des Antipodes, Australiens et Néo-Zélandais, ils sont évidement représentés avec leurs couvre-chefs nationaux caractéristiques (on notera aussi les Tam O’Shanters écossais). L’uniforme, de coupe dépassée à cette date, est en effet encore en dotation un temps. Les Allemands n’ont pas oublié de représenter un cipaye de l’armée des Indes, en vus-à-vis d’un Tommy coiffé d’un casque colonial de type Wolseley, jamais populaire sur la ligne de front au cours de la Seconde Guerre mondiale, pour des raisons évidentes.

Quelques approximations, mais la Wehrmacht n’est pas isolée à ce sujet: ainsi, en ce même début d’année 1941, les services de renseignements britanniques établissent les caractéristiques d’une « division tropicale » allemande, dénomination inexistante au sein de la Heer, bien que la 5. Leichte-Division, première division de l’Afrika-Korps, ait un organigramme atypique au sein de l’armée.

Mes articles de « 2e Guerre Mondiale Magazine »

A commander sur le site de la revue:

http://www.2e-guerre-mondiale.com/

Liste de mes articles de 2e Guerre Mondiale Magazine

N°89 : Dossier « La Wehrmacht en Normandie a-t-elle été à la hauteur ? »

« La mémoire du combattant de 1940 dans la littérature et au cinéma »

« Mémoire de l’armée française : deux batailles oubliées de la campagne de France »

« 14 septembre-16 décembre 1944 : la bataille de la forêt d’Huertgen »

N°88 : « Gebirgsjäger dans le Caucase »

Thématique N°48 : Unités d’élite et forces spéciales

N°87 : « De la Normandie aux Ardennes…l’incroyable redressement de la Wehrmacht »

« Tanks vs Panzer sans les Ardennes. L’épreuve de force »

Thématique N°45 : Controverses du Jour J et de la bataille de Normandie

N°86 : « Les 5. et 3. Fallschirmjäger-Divisionen dans l’offensive des Ardennes »

Ecrire l’Histoire : « Les sources de l’historien de la Seconde Guerre mondiale »

N°85 : « Rückmarch ! Quand la Wehrmacht bat en retraite ou l’art de se replier en ordre »

N°83 : Oberkommando der Wehrmacht. Efficace ou chaotique ? Hitler et son haut-commandement.

N°82 : Le Landser de 1940 : cheville ouvrière de la Wehrmacht

Ecrire l’Histoire : « Dis-moi ce que tu écris et je te dirais quel historien de la Seconde Guerre mondiale tu es. »

N°81 : Ecrire l’Histoire « Batailles décisives et leaders providentiels : un mythe ? »

N°80 : La 7. Armee dans les Ardennes

N°79 : Wittmann : le héros de la Panzerwaffe. Une légende méritée ?

N°78 : Dossier « Le carrousel des Blindés : opérations Cobra, Bluecoat et Lüttich »

N°77 : Dossier « Hitler face au Débarquement et à Bagration. Quelles options stratégiques pour le III. Reich ? « 

N°76 : Dossier « Rommel : grand stratège et tacticien de génie ? » et « L’artillerie allemande pendant la bataille de Normandie »

N°75 : « Unités interarmes et de circonstance. Kampfgruppen, Combat Command, Corps francs… »

N°73 : Actualité : 73e anniversaire du Débarquement

N°72 : Ecrire l’Histoire « Le German Bias ».

« Guerre et Psychologie. De l’estimation de l’adversaire et ses conséquences »

HORS-SERIE N°42 : « La bataille de Caen. Rommel/Montgomery : le duel »

N°71: « L’impact du front méditerranéen sur Overlord »
« Les unités blindées méconnues allemandes en Normandie (par rapport aux Panzer proprement dits): les formations de Panzerjäger et Sturmgeschütze

N°70 : Ecrire l’Histoire « De la polyvalence de l’historien militaire »

« Ardennes 44 : les mythes d’une bataille »

N°69: Dossier « Les Commandos du Reich. Une élite à la mesure des unités alliées? »

N°68: Ecrire l’Histoire « Les commémorations du Débarquement:évolution dans le temps »

N°67: Dossier: « Les Fallschirmjäger en Italie. Une troupe d’élite sur la défensive ».

« La Wehrmacht à Cassino: l’apogée du combat défensif? »

Ecrire l’Histoire: « Conseil permanent de sécurité de l’ONU. De la légitimité des vainqueurs »

N°66: « La 90. Leichte Afrika-Division. Atout méconnu du DAK »

N°64: Dossier: « Heer. Equipements et matériels: vraie supériorité? Westfront 1944-45 »

« La tête de pont de l’Axe en Tunisie. Un exploit logistique? »

N°63: Ecrire l’Histoire: « La bataille de Normandie: des soldats alliés novices face à des Allemands chevronnés? »

« L’US Army dans le Pacifique: dans l’ombre de l’USMC? »

N°62: Ecrire l’Histoire: « Montgomery, un mythe forgé et malmené par l’historiographie » « Les mythes de la bataille de Kasserine »

Recension du livre « Les Mythes de la Seconde Guerre Mondiale » (Perrin) ainsi que mon interview de Christophe Prime pour son ouvrage « La Bataille du Cotentin »

N°61: Ecrire l’Histoire: »De l’usage des témoignages »

« L’Afrika-Korps: force d’élite ou image de propagande? »

N°60: « Le Mur de l’Atlantique. Grand gaspillage? »

N°59: Ecrire l’Histoire: »Le soldat allemand au cinéma: de la caricature à la réalité »

« La 16. ID (mot) dans le Caucase. L’unité la plus à l’Est de la Wehrmacht ».

N°58: « 14/18 en 39/45: influence et permanence de la Grande Guerre sur la Seconde Guerre mondiale »

N°57: Ecrire l’Histoire:« L’Empire britannique et ses armées : grands vainqueurs de la Seconde Guerre mondiale? »

« L’infanterie de l’Afrikakorps », Biographie « Hasso-Eccard von Manteuffel », 

N°56: « La 8th Army britannique dans la guerre du désert » et Ecrire l’Histoire: « Terminologie et seconde guerre mondiale »

N°55: Biographie « Dietrich von Choltitz »

HORS-SERIE N°35: « Le III. Reich pouvait-il repousser les Alliés en Normandie? » .

N°54: Ecrire l’histoire: « Que signifie le 6 juin pour les différents belligérants? »

N°53: Deux articles: « Les Généraux Limogés » et Ecrire l’Histoire: « L’image du soldat »

N°51: dossier « Fallschirmjäger face à l’Invasion »

Ecrire l’Histoire: « Champs de batailles et objets militaires: à préserver ou à oublier? »

N°50: Biographie « Ralph Bagnold, le père du LRDG »

N°49: Stratégie: « Germany First! L’impact du principe sur la guerre en Asie-Pacifique »

N°48: Dossier « Panzergrenadiere!Compagnons indispensables des Panzer »,

Ecrire l’Histoire: « L’historiographie de la guerre en Afrique du Nord, 1940-1943 »

N°47: Biographie « Sir Claude John Eyre Auchinleck »

Ecrire l’Histoire: « Doit-on tout remettre en cause? Méthodologie de l’étude de la Seconde Guerre mondiale »

N°45 : Ecrire l’Histoire:  « Ecrire le Débarquement et la bataille de Normandie ».

N°44 : Stratégie:  « Le Second Front ouvert en 1944 : un mythe? » et biographie « Walter Koch, le Fallschirmjäger de la première heure »

N°43: Biographie de Hans-Werner Schmidt de l’Afrika Korps

N°41: critique du livre « Bir Hakeim » de Jacques Mordal

N°38: compte-rendu journée d’étude sur le front russe au Mémorial de Caen

HORS-SERIE N°24 sur « La campagne de Tunisie, 1942-43 »

N°37: Dossier « Les divisions blindées en Afrique du Nord »

N°35 : Dossier « Les divisions d’infanterie en Normandie »

Thématique N°21 sur « Koursk »:article sur la pince nord de Model

N°34 d’août 2010 avec mon premier article: « Shweygin; Birmanie 1942 » ; critique du livre « Le Jour le Plus Long » de Cornélius Ryan

Actuellement en kiosque

Mes dernières contributions pour un magazine qui a beaucoup compté pour moi: N°89 : Dossier « La Wehrmacht en Normandie a-t-elle été à la hauteur ? »« La mémoire du combattant de 1940 dans la littérature et au cinéma »« Mémoire de l’armée française : deux batailles oubliées de la campagne de France »« 14 septembre-16 décembre 1944 : la bataille de la forêt d’Huertgen »Outre des recensions de divers livres en début de magazine…Voilà, j’avais commencé il y a dix ans sur un sujet de prédilection: un épisode de la retraite de Birmanie de 1942…

Recension de « De Hitler à Wagner. Portrait en miroir d’une histoire allemande »

De Hitler à Wagner. Portrait en miroir d’une histoire allemande par Fanny Chassain-Pichon, aux éditions Passés Composés.

J’ai découvert l’auteure en lisant le très bon Lettres de la Wehrmacht, co-écrit avec l’excellente Marie Moutier-Bitan.

L’un des grands intérêts de l’ouvrage est, comme la deuxième partie du titre l’indique, de nous offrir une histoire allemande: il est en l’occurrence beaucoup question de politique, au 19e s et au début du 20 s, mais aussi d’antisémitisme.

Les chapitres, titrés de façon fort originale selon un registre musical, nous présentent en parallèle les existences de Wagner et de Hitler à différents moments de leurs vies, l’auteure s’efforçant de dégager des similitudes. Certaines pages retiennent particulièrement l’attention, notamment lorsqu’il est question de Nietzsche et de Wagner, ainsi que les liens forts unissant Hitler et la famille du compositeur (à tout le moins Winifred, la bru de Richard Wagner, qui ne l’a pas connue).

Si l’influence du maître de Bayreuth sur celui qui devient Führer du peuple allemand est indéniable et connue (songeons aux parades de Nuremberg, aux oeuvres réutilisées par le NSDAP, à la mystique germanique…), il convient de ne pas en exagérer la portée, les penseurs ayant influencé la vision du monde de Hitler étant multiples. Certes, l’auteure nous dépeint un Wagner profondément antisémite (ce n’est certes pas un scoop…), le compositeur n’étant guère une exception à cette époque (on regrette toutefois un tel parti pris chez ce compositeur génial), mais d’une nature différente de celui de Hitler: rien chez Wagner ne prépare la Shoah.

Wagner a sans doute inspiré Hitler, ce dernier l’ayant indubitablement adulé, mais l’auteur de Parsifal et de la tétralogie de L’Anneau des Nibelungen n’a certainement pas été une préoccupation première au cours des années de guerre.

Au final, on découvre avec ce livre intéressant, bien écrit, un autre Hitler que le chef de parti ou le chef de guerre, ce qui peut constituer un complément à d’autres lectures consacrées à ce personnage, permettant ainsi d’appréhender davantage sa personnalité.

GI’s au combat: 3 musées incontournables en Normandie

TROIS MUSEES INCONTOURNABLES EN NORMANDIE

AIRBORNE MUSEUM DE SAINTE-MERE-EGLISE

La muséographie de l’Airborne Museum, un musée incontournable et particulièrement réussi, n’a cessé d’évoluer avec les années, toujours dans le sens d’une amélioration et davantage de réalisme et de rigueur historique : ainsi, l’an passé, un Sherman M4A4, d’un modèle conforme à la bataille de Normandie, a remplacé en le Sherman M4A3E8, donc d’un modèle trop tardif, qui trônait devant son entrée depuis les premiers temps du musée.

A l’origine, le fameux musée des parachutistes de Sainte-Mère-Eglise se résumait au seul bâtiment « Waco », qui affecte la forme d’une corolle de parachute et dont le point focal est le planeur Waco qui s’y trouve, mais les vitrines recèlent de nombreuses pièces intéressantes. Cette partie du musée, qui commençait à vieillir il y a encore quelques années, est désormais bien mise en valeur et s’est vu adjointe plusieurs autres bâtiments, bien plus massifs et recelant une collection de grande qualités.

Le bâtiment du C-47 possède des collections d’uniformes impressionnantes de qualité et de rareté (dont ne nombreux effets de généraux célèbres), montées sur des mannequins réalistes. Le troisième bâtiment du musée, dit « Neptune », fait la part belle à l’immersion du visiteur dans l’ambiance du D-Day grâce à des effets sonores, des dioramas et, désormais, l’HistoPad, un nouveau support de visite, en fait une tablette numérique, que j’ai testé en avril 2019.

La visite de ce musée, déjà fort réussi, devient vraiment ludique et pédagogique grâce aux nouvelles technologies du numérique, notamment de la 3D et de la Réalité Augmentée. On peut ainsi entrer dans le cockpit du planeur, connaitre la signification des différentes couleurs de voilure de parachute ou comprendre comment fonctionne la radio clandestine, ou encore entrer dans le C-47 « Argonia » ou encore fouiller l’intérieur d’un bureau de campagne. J’ai particulièrement apprécié la manière de baliser une zone de saut par les Pathfinders (éclaireurs) : les détails donnés par l’Histopad apparaissent lorsqu’on se place devant le mannequin de Pathfinders et son équipement. Il en va ainsi de nombreux éléments du musée : vous êtes devant un canon de 57, une jeep, une ambulance, un canon de 2 cm allemand ? Vous aurez toutes les infos ! Lorsqu’on pénètre dans le planeur Waco avec son Histopad, tous les détails du cockpit ainsi que la reconstitution virtuelle 360° d’un site d’atterrissage de planeurs, le visiteur pouvant découvrir l’évolution des lieux entre 1944 et 2018.

Le « clou » de l’HistoPad à mes yeux: après être sorti de la carlingue d’un C-47 Skytrain avec ses parachutistes dûment équipé (et avec un bruitage « d’ambiance »), le visiteur se trouve sur une passerelle, au-dessus d’une maquette du secteur de Sainte-Mère-Eglise. On découvre alors une image reconstituée de la ville laquelle sont indiqués les noms de véritables parachutistes et le visiteur visualise alors leur saut opérationnel comme s’ils étaient à la place du parachutiste sélectionné! Très réussi! Des expériences interactives variées permettront, de plus, de découvrir le rôle clé des troupes aéroportées dans le succès du Débarquement Allié : prendre part au briefing des paras des 82e et 101e Airborne la veille du 6 juin 1944, s’équiper comme un para avant d’embarquer pour le saut, etc. De quoi ravir les plus jeunes…

Il est évident qu’il va attirer un public beaucoup plus large: il est essentiel d’accorder de l’importance aux nouvelles technologies (pensons aussi aux reconstitutions 3D visibles dans le musée d’Arromanches).

DEAD MAN’S CORNER MUSEUM:D-DAY EXPERIENCE

Voir le site du musée: https://dday-experience.com/decouvrir-d-day-experience/d-day-experience/

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            Dans la lignée des musées de qualité qui existent dans les Ardennes depuis des décennies, les musées consacrés à la bataille de Normandie ont gagné dans le réalisme et la qualité des scènes représentées. C’est particulièrement le cas du « Dead Man’s Corner », dédié aux forces aéroportées, un de mes préférés, et par ailleurs un musée ultra-moderne ouvert aux nouvelles technologies.

Le second bâtiment du musée (qui  se bornait à l’origine à la seule maison du « Dead Man’s Corner ») abrite une impressionnante collection dédiée aux paras américains, ainsi qu’une animation remarquable à bord d’un C-47, véritable expérience 4D pour les visiteurs: il ne manque que les tenues de saut ! comme de véritables paras de la 101st le soir du 5 juin, les visiteurs sont invités à suivre un briefing grâce à une animation virtuelle (un officier réalisé en 3D est projeté dans un décor de salle de briefing grandeur nature).

Les visiteurs prennent ensuite place à bord d’un C-47 Skytrain (utilisé pour le tournage de « Band of Brothers »). Monté sur vérins, et grâce aux écrans des hublots qui donnent l’illusion d’être en vol, les visiteurs vivent le décollage depuis l’Angleterre, la traversée de la Manche puis l’arrivée au-dessus de la Normandie. Une grande réussite!

Le musée présente également des vidéos du plus haut intérêt, livrant les témoignages vivant et sans concession de vétérans, de véritables héros envers lesquels notre dette est immense et dont l’oeuvre des propriétaires du « Dead Man’s Corner » participe au souvenir… Ce musée se caractérise par une collection époustouflante d’uniformes et de matériels des forces aéroportées américaines et allemandes pendant la bataille de Normandie. Comme à Sainte-Mère-Eglise, des pièces d’uniformes de généraux sont exposées, la pièce qui m’impressionne le plus étant incontestablement un blouson appartenant à Eisenhower lui-même, porté pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette collection, déjà impressionnante, comprend également les uniformes de la Easy Company du 506th PIR de la 101st, immortalisée dans la fameuse série à succès « Band of Brothers » (« Frères d’Armes » en français), la meilleure fiction consacrée à la période.

Le musée est encore plus incontournable depuis l’extension depuis 2019 avec l’aménagement d’un étage de 500 m2, ainsi que la création d’une salle de cinéma Imax 3D d’une capacité de 160 places. Les visiteurs y visionnent un documentaire sur le débarquement d’une durée de 43 minutes.

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NORMANDY VICTORY MUSEUM

Le dernier-né des musées, le Normandy Victory Museum, est remarquable à cet égard: il s’agit tout simplement d’un des musées le plus beaux et le plus réussis de l’espace historique de la bataille de Normandie. Le Normandy Victory Museum c’est aussi un superbe collection. De nombreux mannequins, loin d’être figés dans des vitrines comme jadis, sont mis en valeur dans des dioramas, agréablement pourvus qui de façades de maisons, qui de végétation…Le Normandy Victory Museum est un musée est dynamique et moderne: le visiteur suit un parcours très clair, didactique, avec des films très explicatifs (sur le thème de la guerre des haies) qui complètent avec bonheur des dioramas très réussis au service d’une belle collection.

Mais l’aspect moderne c’est surtout la présence de 4 simulateurs d’avions ou de tanks (on peut être aux commandes d’un P-51), et surtout la possibilité de vivre une expérience en Réalité Virtuelle : le musée offre en effet deux systèmes de jeux (ambiance 1944, bien sûr…) avec casque de réalité virtuelle pour un parachutage sur la Normandie ou un combat pour Carentan… Détente et amusement garantis…

Un musée qui intéressera aussi bien les passionnés que tous les membres de la famille

Consacré à la bataille du bocage, avec des effets sonores visant à rendre plus « vivante » la visite d’un musée consacré à la guerre des haies. ce musée nous offre d’autres surprises, qui font qu’il a le mérite de sortir des sentiers battus : ainsi, une fois n’est pas coutume, le premier diorama est consacré à la campagne de 1940. L’occasion de présenter enfin au public des tenues  de nos soldats de 1940, dont une de tirailleur sénégalais. Le musée présente aussi de nombreux objets de guerre de récupération, détournés de leur usage initial après les combats, notamment dans les campagnes.

Le musée aborde enfin des thématiques propres à intéresser davantage la gent féminine aux musées de guerre : la vie quotidienne des civils sous l’Occupation est évoquée à travers plusieurs vitrines, des mannequins et la reconstitution réaliste d’un intérieur normand ; l’étape ultime du musée est consacré aux femmes dans la guerre: pilotes, auxiliaires féminines, résistantes, épouses demeurées au foyer… Des mannequins peu courants dans nos musées, ainsi que des photographies qui rendent hommage aux femmes au cours de la guerre.

Cette muséographie se veut résolument moderne et ludique n’oublie pas les plus jeunes, comme évoqué avec les simulateurs. Au fil du musée, des répliques d’armes (Sten, MP 40, USM1, MP 44, MG 42) sont laissés à la libre manipulation des visiteurs, qui peuvent également coiffer des casques: une initiative également aussi originale qui vise le public le plus jeune. Enfin, les propriétaires du musée ont également prévu de permettre aux visiteurs de s’offrir une photo-souvenir à bord d’une véritable jeep! On peut également s’offrir une promenade en blindé –moderne- dans le terrain du musée…

« Lili Marleen »: le « tube » de la Seconde Guerre mondiale

Lale Andersen: la première à chanter « Lili Marlene »

La troupe dispose des postes de radio militaires pour la réception des émissions de radio d’Europe. Celles qui émanent de la station radio allemande de Belgrade sont particulièrement faciles à recevoir. Cette station va vite établir un lien particulier avec l’Afrika-Korps puisqu’elle diffuse régulièrement la chanson qui devient le symbole de cette unité et presque son hymne : « Lili Marlene ». Les Britanniques sont tout aussi adeptes que leurs ennemis de cette chanson chantée par Lale Andersen d’après le texte de Norbert Schultze. En moins d’un an, cette chanson d’amour devient un des « tubes » de la Seconde Guerre Mondiale. De 1941 à 1944, une douzaine de stations radios allemandes la jouent une trentaine de fois par jour. Marlene Dietrich et d’autres la chantent pour les soldats alliés. A l’origine, les autorités britanniques n’apprécient pas que leurs soldats écoutent une chanson allemande, qui plus est concernant une femme qui semble être de petite vertu…

Pour plus d’infos, voir l’article :

http://www.tomahawkfilms.com/blog/index-p=2586.html

Le fantassin de l’Afrika-Korps

L’INFANTERIE DE

L’AFRIKA-KORPS

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Des Panzer soulevant des nuages de poussière évoluant dans le désert : l’image d’Epinal du DAK (Deutsches Afrikakorps)dans la propagande insiste sur le fer de lance de Rommel. Pourtant, si les formations italiennes constituent le gros de l’infanterie de l’Axe en Afrique, l’Afrika Korps compte également dans ses rangs des unités de fantassins allemands au rôle souvent méconnu et sous-estimé que je vous propose d’aborder dans cet article.

Si Rommel avait disposé de la 15. Panzer-Division comme premier élément de son Afrika Korps, il aurait bénéficié dès le début de la campagne de 5 bataillons d’infanterie et de trois Abteilungen d’artillerie. En lieu de cela, la 5. Leichte-Division (12 000 hommes sur les 25 000 Allemands débarqués fin mars 1941), qui commence son transfert à Tripoli en février 1941, compte certes de nombreux Pak et Flak et à peu près autant de Panzer (autour de 150), mais n’aligne que le seul I./Artillerie-Rgt 75 et, surtout, deux bataillons d’infanterie : les Maschinengewehr-Bataillonen 2 et 8 (MG Bn) rassemblés au sein du Rgt zbV 200. Cette division n’est en effet qu’un Sperrverband, c’est à dire une unité conçue comme force de blocage contre toute avance britannique en direction de Tripoli. Son rôle est avant tout défensif.

Trop peu de fantassins en début de campagne

(février-avril 1941)

L’image d’Epinal du DAK: des Panzer

         Le manque de fantassins allemands à l’orée de cette campagne sera rédhibitoire pendant toute l’histoire du DAK. Dès le début du mois d’avril 1941, en s’attaquant prématurément à Tobrouk, qu’il pense en pleine évacuation, Rommel n’engage que trop peu de fantassins sous le couvert d’un appui d’artillerie dérisoire. Le MG Bn 8 de Ponath n’a connu aucun répit après la ruée à travers la Cyrénaïque de la semaine précédente qui lui a coûté 108 hommes. La puissance de feu originelle des deux MG Bn est pourtant impressionnante compte-tenu des effectifs : 46 mitrailleuses, 9 Panzerbüsche (fusils antichars), 15 mortiers et entre 6 et 15 Pak.

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Un Panzerbüsche 39 bien inefficace (contrairement au modèle 41, véritable petit canon)…

         La coopération interarmes tant vantée du Blitzkrieg semble inopérante au cours de l’assaut contre Tobrouk. Les Panzer sont vite désolidarisés de l’infanterie –le seul MG Bn 8 sans le MG Bn 2– et s’enfoncent seuls dans le dispositif adverse. Quand la position devient intenable, c’est aussi seuls que les blindés se retirent en sécurité au-delà du fossé antichar dans les lignes germano-italiennes, laissant à leurs sort les infortunés combattants du bataillon de mitrailleurs. Le bilan est très lourd pour les Allemands : à peine 116 hommes sur 500 ont pu rejoindre les lignes. Ce bataillon, qui a commencé la campagne avec 1 400 hommes, est réduit à 300 combattants. Plusieurs écueils ont desservi Rommel : une reconnaissance négligée, un nombre insuffisant de fantassins allemands et une mauvaise coopération interarmes faute de disposer d’artillerie et de semi-chenillés SPW pour accompagner les Panzer au plus près (sans toutefois prendre le risque de subir des tirs antichars). Les semi-chenillés Sdkfz 251 n’équipent que quelques sections de la 5. Leichte Division et, plus tard, un bataillon de la 15. Panzer-Division (le 1er novembre 1942, l’Afrika Korps ne compte qu’à peine 15 Sdkfz 251 sur les 73 de dotation théorique).

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         Les unités d’infanterie possèdent toutefois leurs propres armes antichars afin d’être en mesure de repousser toute attaque de tanks anglais. Mais il s’agit d’abord de faibles Pak 36 de 3,7 cm et de Panzerbüsche. Ces derniers sont également souvent inopérants. Pour parer à la faiblesse en moyens antichars, en cette période de la guerre antérieure à l’ère du bazooka, des charges creuses peuvent être tirées à partir d’un dispositif spécial adapté sur K 98 mais cette arme reste rare et de courte portée (ce dernier point étant d’importance dans le désert).

         L’entrée en lice de la 15. Panzer-Division en avril-mai 1941 change la donne. L’unité engerbe en effet la 15. Schützen-Brigade (mot) (Schütze est littérallement le « Tireur ». C’est un terme désignant le fantassin allemand et aussi le simple soldat. Le terme Grenadier est employé pour certaines unités) («que désigne le terme Schützen exactement ?) avec les 104. et 115. Schützen-Regimenter (mot), chacun avec deux bataillons, ainsi que le Kradschützen-Bataillon 15 (mot), c’est à dire des motocyclistes : cet ensemble représente 5 bataillons d’infanterie. Ces unités de fantassins de la 15. Panzer totalisent 366 mitrailleuses, 75 mortiers, 21 Pak et 22 Infanterie-Geschütze. Rommel reçoit en outre le renfort de 6 bataillons d’infanterie indépendants, des Stellungbataillone. Rommel dispose aussi d’autres fantassins dans des formations telles que le bataillon zbV 300 « Oasen ».

Indispensable infanterie allemande sur les positions défensives

(mai-juin 1941)

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Pak et Schütze: indispensables pour tenir les positions

         L’infanterie est nécessaire à l’investissement de Tobrouk et pour tenir les positions défensives établies sur la frontière égyptienne de Derna à Halfaya, tout en gardant des fantassins avec les divisions de Panzer. Après les combats de « Battleaxe », le Generalmajor Sümmermann, commandant de la Division z.b.V.Afrika dont il est question plus loin, estime que les positions défensives de l’Afrika Korps sont virtuellement imprenables. Elles seront améliorées pour le temps de l’opération « Crusader » (lancée en novembre 1941). Sümmermann met au point une entrée en action élaborée des différentes armes des points défensifs dans laquelle l’infanterie a sa part. Trois phases sont à envisager. Si, au cours des deux premières phases,  ce sont avant tout les Flak et les Pak puis les Panzer qui interviennent, voire l’artillerie, l’infanterie joue aussi un rôle en ripostant contre toute attaque aérienne. Eventuellement, les fantassins visent également les chenilles des tanks adverses. Enfin lorsque l’adversaire est au plus proche, l’infanterie peut maintenant se concentrer contre les chars et les fantassins ennemis. Cependant, établie dans des positions fortifiées statiques ou déployée sur le champ de bataille, l’infanterie, très vulnérable, doit se retrancher tous azimuts sur un espace souvent plat. On observe toutefois quelques variations dans les positions défensives : si le I/ 115 Schützen-Rgt déploie deux compagnies en première ligne avec les antichars italiens (et deux Pak plus lourds en deuxième échelon) tandis que la majeure partie des Pak sont déployés avec la 3e compagnie placée en retrait (protégés par des positions comptant deux mortiers alternant avec des postes alignant deux mitrailleuses) Pas clair, le 2/ Schützen-Rgt 104 opte pour un déploiement d’une compagnie sur chaque aile, chacune avec le même nombre de Pak, et, au centre, l’ensemble des pièces lourdes de Flak protégées par de nombreuses mitrailleuses, mais offrant des cibles plus concentrées.

Vers un Panzer-Korps digne de ce nom ?

(été 1941)

Musée d’El Alamein

         En août 1941, la 5. Leichte-Division devient la 21. Panzer-Division en incorporant le Schützen-Rgt 104 (avec le MG Bn 8). Elle aligne alors 3 bataillons d’infanterie au lieu de 2. Le MG Bn 2 et le Schützen-Rgt Stab zbV 200 rejoignent pour leur part la 15. Panzer-Division en se combinant avec le Kradschützen-Bataillon 15.  La 15. Panzer aligne donc 4 bataillons de fantassins (5 auparavant). Ce même mois, le Stab Divisions Kommando zbV Afrika arrive sur la frontière égypto-libyenne. Au début, les unités qui lui sont rattachées le sont avant tout à des fins d’entraînement. C’est le cas du III./IR 347 et du Bataillon zbV « Oasen ». La nouvelle division – la future célèbre 90. Leichte Division– est avant tout une division d’infanterie avec le Schützen-Rgt 155 (mis sur pied le 15 septembre 1941 à partir de trois bataillons) et le III./IR 255, un bataillon jusqu’alors indépendant. Peu après, arrive d’Allemagne l’Afrika-Rgt 361, formé de soldats issus de la Légion étrangère française. L’unité est d’abord peu motorisée et manque d’antichars et d’artillerie (ce qui changera beaucoup par la suite). En septembre, ses unités d’infanterie devraient aligner 148 Panzerbüsche. Les Panzerbüsche 38 et 39 sont des fusils antichars de 7.92 mm peu opérants. Toutefois, le mois de septembre 1941 voit une très nette amélioration dans les capacités antichars des régiments de fantassins du DAK grâce à l’introduction du schwere Panzerbüsche 41 de 2,8/2 cm. Ce dernier, en fait un véritable canon antichar léger, est nettement plus performant grâce à une bonne vitesse initiale due à son tube à âme conique et à ses obus au tungstène. L’engin peut en effet percer 52 mm de blindage sous un angle de 30° à 500 mètres, soit, à cette distance, à peu près l’équivalent des performances balistiques du canon de 47 mm tchèque qui arme les Panzerjäger I. A la mi-novembre 1941, l’Afrika-Rgt 361 doit aligner à lui seul 28 Panzerbüsche 41, 12 leFH 18 et 12 Flak 38. L’infanterie de Rommel semble mieux à même de relever le défi que représente l’affrontement face à des blindés.

Les effectifs de l’Afrika Korps et les ambitions de Rommel en Afrique

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En Afrique, les conditions dans lesquelles se déroulent les opérations imposent l’affectation à Rommel de divisions motorisées. Certes, la 164. Leichte (la division d’infanterie qui constituait l’ancienne garnison de Crète jusqu’à l’été 1942) (quelle est cette unité ?) ne sera jamais motorisée et l’OKW réitérera son refus quant à l’envoi d’une nouvelle formation mobile dans le désert. De l’été 41 à l’été 42, la 90. Leichte donne à Rommel l’infanterie qui est nécessaire au succès de ses Panzer. Avec trois divisions –une motorisée et deux de Panzer réduite chacune à un seul régiment de Schützen– Rommel, qui se rêve conquérant de l’Egypte, dispose d’un outil militaire plus à la mesure de ses ambitions et de l’importance qu’il veut conférer à son commandement ainsi qu’au théâtre des opérations nord-africain : d’abord limité à une modeste division légère disposant de peu d’infanterie, l’Afrika Korps est devenu un véritable Panzer-Korps.

Heurts et malheurs des Schützen-Regimenter au cours de l’opération « Crusader »

 (novembre-décembre 1941)

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Musée d’El Alamein

         L’opération « Crusader» (19 novembre- 17 décembre 1941), cause de lourdes pertes aux divisions allemandes. A la veille de la bataille, la Division zbV Afrika compte 8 bataillons d’infanterie, les deux divisions de Panzer en comptant 7. Les combats pour Sidi Rezegh montrent bien l’importance de l’infanterie, même dans une guerre mobile avec de vastes mouvements comme l’exige la guerre du désert. Le Kamfgruppe Mickl, articulé autour du Schützen-Rgt 155, s’illustre plus particulièrement. Ainsi, les crêtes de Belhammed et d’El Duda sont-elles fermement tenues par les fantassins de l’Afrika Korps mais aussi de la Division zbV Afrika qui doivent en outre participer à l’investissement de Tobrouk en occupant des positions orientées vers la place forte assiégée.

         Les 22-23 novembre, le I./155 tient la crête au niveau même de Sidi Rezegh, le Schützen-Rgt 104 se déploie ensuite dans la continuité au niveau même de l’aérodrome et les I. et II/ Afrika-Rgt 361 tiennent les hauteurs qui font suite au niveau de Sidi Muftah. Les pertes seront lourdes pendant les trois semaines de batailles et le renfort de  fantassins des divisions de Panzer n’y changera rien. Les pertes s’alourdiront encore plus lorsque, quelques jours plus tard (le 27 novembre), la New-Zealand Division établira une jonction avec la garnison assiégée de Tobrouk. Le 22 novembre, le Schützen-Rgt 104 attaque la cuvette de Sidi Rezegh depuis le nord tandis que les Panzer frappent depuis l’ouest. L’effet sera dévastateur.

         Mais c’est l’attaque du lendemain, celle du Totensonntag (le « Jour des Morts » chez les Protestants en Allemagne), qui laissera les unités du British 30th Corps exsangues. Toutefois, le DAK est lui aussi très affecté. Si les Panzer ont mené la charge, l’infanterie motorisée allemande –soit 4 bataillons de la 15. Panzer– a attaqué essentiellement à bord de camions, par conséquent très vulnérables, puisque, on l’a vu, le DAK ne compte qu’une poignée de SPW (dont beaucoup relégués à des fonctions de commandement). Bien qu’étant en deuxième vague, l’infanterie portée n’a donc pas été épargnée. Le I./ Schützen-Rgt 115 atteint seul le Point 175 et l’attaque est en fait confuse, les Panzer étant parfois dépassé par l’infanterie et le manque de coordination s’avérant particulièrement marquant ce jour-là, au contraire des habitudes allemandes. Le MG Bn 2 a heureusement l’appui du Panzerjäger Abteilung 33 pour repousser une attaque de la 22nd Armoured Brigade. Point de Panzer non plus en soutien du Kradschützen-Bataillon 15 qui attaque seul les positions du 2nd Botha (5th South African Brigade), le I./ Panzer-Rgt 8 s’étant introduit dans le dispositif du 30th Corps à l’ouest de ces dernières sans les attaquer. La charge sur Sidi Rezegh se solde par de lourdes pertes en fantassins pour Rommel (et en Panzer). Un constat s’impose : sur positions défensives ou dans l’attaque l’infanterie ne peut espérer emporter la décision sans soutien des autres armes, en premier lieu les chars.

Début décembre, les Allemands parviennent à reprendre les hauteurs de Belhammed : Tobrouk est à nouveau isolé. Si, à cette occasion, l’infanterie et les Panzer attaquent selon des axes différents et de façon séparée, mais coordonnée, afin de disperser les tirs d’artillerie ennemis, les fantassins ne disposent plus d’un soutien suffisant en Panzer pour espérer exploiter leur succès. Le « Renard du Désert » manque de ravitaillement et de Panzer opérationnels. Il manque surtout de fantassins pour maintenir fermement l’anneau concentrique autour de Tobrouk ou même établir des lignes défensives jusqu’à Bir el Gobi ou encore au niveau de Gazala. Le repli est ordonné. A la fin de l’offensive, alors que Rommel amorce la retraite, la 90. Leichte Afrika Division (ex-Division zbV Afrika depuis le 28/11) n’aligne plus qu’une douzaine de compagnies d’infanterie, ce qui est bien peu puisque cela dépasse à peine la dotation d’un régiment. Le 29 décembre 1941, il semble que la division soit réduite à environ 2 000 hommes avec 207 mitrailleuses, 12 mortiers lourds, 39 Panzerbüsche et 88 canons automoteurs ou non. Si le ratio armes lourdes/combattants est impressionnant, les effectifs sont désormais très insuffisant et renforts et réorganisation s’imposent. Les pertes sont très lourdes au sein des régiments de fantassins des trois divisions allemandes. L’infanterie perdra ses unités déployées sur la frontière (notamment le I./ Schützen-Rgt 104), qui capituleront à l’issue de la bataille. Certaines formations souffrent des pertes sévères, d’autres sont purement et simplement anéanties, comme le III./IR 255 et le Bataillon zbV « Oasen ».   Au cours du repli consécutif à la bataille de l’automne 1941, la 90. Leichte, donc l’essentiel de l’infanterie du DAK, fait pourtant montre de tous ses talents au cours d’une mission d’arrière-garde des plus réussies au profit de l’Afrika Korps et des unités italiennes. Le 8 janvier, la manœuvre de repli est achevée lorsque le Kampfgruppe Mickl rejoint à son tour la position d’El Agheila à la faveur d’une tempête de sable.

Refonte en profondeur des unités d’infanterie pour l’opération « Theseus »

 (janvier-juin 1942)

Les pertes au combat en fantassins, accentuées par le nombre de malades et de soldats désormais inaptes au service sous les Tropiques exigent l’arrivée massive de remplaçants. La situation est temporairement améliorée par l’adjonction de deux unités d’élite fraîchement arrivées dans le désert à partir de janvier 1942 : le Sonderverband 288, commandé par l’Oberst Menton et correspondant aux effectifs d’un gros régiment, et le Kampfgruppe Burckhardt, formé à partir du Fallschirm-Lehr-Bataillon et donc constitué de parachutistes. Mais les quelques 614 Fallschirmjäger envoyés en Afrique en janvier 1942 retournent en Europe dès le mois de mars.

Les derniers combats ont soulevé les difficultés auxquelles se heurtent les formations d’infanterie, parfois trop mal équipées. Allié à un manque d’effectifs endémique, ce constat amène à un changement radical au sein des unités. En janvier 1942, le nouveau commandant de la 90. Leichte, le Generalmajor Veith, se montre fort critique vis-à-vis de l’organisation des bataillons d’infanterie. Il préconise l’organisation d’un bataillon en quatre compagnies de puissance équivalente, chacune d’elle ayant ses propres armes lourdes et pièces antichars, ces dernières étant jusqu’alors concentrées dans une unique compagnie aux côtés des trois compagnies de fantassins. C’est une proposition similaire que formule Gustav von Vaerst, le chef de la 15. Panzer-Division, à Rommel : réduire le nombre de fantassins mais au bénéfice d’un équipement et d’un armement plus nombreux et de qualité.

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En février, la Panzerarmee propose à l’OKH de porter les Schützen-Rgt des Panzer-Divisionen à trois bataillons (au lieu de deux) et de créer une seconde division d’infanterie motorisée à l’instar de la 90. Leichte. Si cette dernière proposition est rejetée par Berlin, la 90. Leichte et l’Afrika Korps sont donc réorganisés avec notamment l’adoption du principe « moins d’hommes, plus d’armes ». Les 21. et 15. Panzer sont donc dotée d’un 3e bataillon pour leurs Schützen-Rgt 104 et 115 (par arrivée de renforts et en renommant les MG Bn 2 et 8 ainsi que le Kradschützen Bn 15). Les bataillons d’infanterie sont en outre renforcés par une 13. Infanterie Geschütz Kompanie et une 14. Pionier Kompanie tandis que les autres armes lourdes sont ventilées au sein des quatre compagnies d’infanterie que compte chaque bataillon : il n’y a plus de compagnie lourde ni de compagnies de mitrailleuses, et ce au bénéfice de l’armement collectif des compagnies d’infanterie classique. La 90. Leichte Infanterie-Division (c’est son nouveau nom) possède toujours ses deux premiers régiments, désormais appelés leichte Infanterie-Regimenter 155 et 361, subdivisés chacun en deux bataillons de quatre compagnies. Les deux bataillons restants, à savoir les III./ Schützen-Rgt 155 et III./ IR 347 forment le leichte Infanterie-Regiment 200. Les trois régiments sont dotés chacun d’une schwere Infanterie-Geschütz-Kompanie. Si l’arrivée de renforts et de remplaçants comble les pertes, les effectifs sont loin d’être au complet lorsque débute la bataille de Gazala (opération « Theseus » le 27 mai 1942) : ainsi, le Schützen-Rgt 104 n’atteint que 58% de sa dotation théorique.

Certaines armes se sont révélées inadaptées à la guerre du désert. Les Panzerbüsche légers ne sont d’aucune utilité pour percer le blindage des tanks ennemis, d’autant plus que les tirs à très courte portée sont très rares dans le désert où un adversaire peut être engagé dans de profonds compartiments de combat. Certains obus explosifs des mortiers ou d’Infanterie-Geschütze légers se montrent également inadaptés car leur puissance de destruction est nettement atténuée par le sol sableux. Les mortiers affectés aux compagnies sont désormais des mortiers lourds. Testé au sein du Schützen-Rgt 115 en janvier 1942, la nouvelle organisation est généralisée en avril 1942, juste avant la bataille de Gazala. Les régiments d’infanterie de Rommel, qui commencent à percevoir les nouvelles et excellentes MG 42, sont donc bien plus puissants que l’année précédente puisque leur armement lourd comprend 42 Pak 38, 39 Panzerbüsche (essentiellement des Pzb 41) et 39 mortiers lourds.

Les Schützen au sein du DAK en ordre de marche

Dans le désert, au printemps 1942, la formation de marche d’une division de Panzer -la Flaschenmarsch– repose sur l’étroite coopération entre les armes. Le commandement doit garder le contrôle de toutes ses formations afin d’assurer leur emploi optimal. Les flancs et l’avant-garde sont constitués par les unités de reconnaissances, dotés de blindés légers, d’automitrailleuses et de motocyclettes mais aussi de Flak. En second échelon, les Panzer et les Pak sont prêts à intervenir, avec le soutien de l’artillerie et, en retrait, les fantassins. L’arrière-garde consiste en d’autre Schützen et des unités de Flak. Les unités ainsi organisées se déploient sur un large front et sont aptes à réagir à tout danger qui se présenterait de quelque direction que ce soit.        

Le 27 mai, alors que l’Afrika-Rgt 361 attaque au nord dans le cadre de la feinte menée par le général Cruewell, la 90. Leichte se tient sur le flanc droit de l’Afrika Korps. Au soir de la première journée de la bataille de Gazala (26 mai – 21 juin 1942), cette division est presque encerclée. Si son avance semble donc prometteuse, la 90. Leichte se retrouve donc en situation périlleuse car isolée et en manque d’approvisionnement. Son infanterie subit d’emblée de lourdes pertes. Se repliant vers l’ouest, elle rejoint l’Afrika Korps dans le « Chaudron » (la zone où les forces de Rommel sont virtuellement encerclées car adossées aux champs de mines anglais). Les unités d’infanterie, en particulier celles de la 90. Leichte, vont alors avoir un rôle crucial, vital même, pour sortir le DAK d’une position périlleuse, en contribuant largement à la chute du « box » de la 50th Division à Got el Oualeb le 30 mai 42, position qui entravait le ravitaillement du DAK. De même, les opérations menées contre Bir Hacheim seront avant tout le fait de fantassins soutenus par l’artillerie et l’aviation. Si ce sont les deux divisions de Panzer qui tiennent le rôle majeur lors de la chute de Tobrouk, puisque la victoire se décidera par la destruction des forces blindées britanniques à « Knightsbridge », l’infanterie ouvre la voie aux Panzer dans les défenses de Tobrouk qui tombe le 21 juin.

L’entrée en Egypte et El Alamein : l’infanterie de Rommel à son nadir

(juin-août 1942)

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Les rudes combats de la bataille de Gazala induisent une attrition sévère au sein de certaines unités puisque les 7-9 juin 1942, on ne compte que 425 hommes au sein du Schützen-Rgt 155. Les pertes en fantassins ont encore été lourdes pour Rommel qui demande en conséquences 8 000 hommes en renforts à Hitler mais le Führer refuse tout mouvement de troupes allemandes à travers la Méditerranée tant que la question de Malte n’est pas réglée. Or l’avancée en Egypte consécutive à la victoire de Tobrouk relègue la question d’une opération sur Malte au second plan. L’infanterie de la 90. Leichte garde pour autant tout son allant. Le 27 juin, elle se trouve à la pointe d’une avancée audacieuse au sein du dispositif britannique à Mersa Matrouh. Quelques jours plus tard, le 30 juin, la 90. Leichte est la première formation allemande de Rommel à atteindre la position d’El Alamein. Dès le 1er juillet, quand débute la première bataille d’El Alamein, face à la détermination des Sud-Africains et sous un déluge d’acier, elle s’avère pourtant incapable de mener à bien la tâche qui lui est dévolue tandis que les fantassins de l’Afrika Korps sont à la peine pour réduire le « box » de Deir-el-Shein. Au-delà de la puissance de l’artillerie adverse et du manque de Panzer, Rommel n’a plus assez d’infanterie. Les deux divisions blindées de l’Afrika Korps ne comptent plus dans leurs rangs qu’à peine 500 fantassinstandis que la 90. Leichte-Division n’en aligne qu’un peu plus d’un millier. Les trois corps italiens ne regroupent pour leur part que 5 500 fantassins, ce qui est également bien peu. Quelques jours plus tard, on ne compte guère que 3 000 Allemands en première ligne. Les Italiens sont peut-être 15 000.

Les combats défensifs du mois de juillet sont donc menés avec un minimum de fantassins allemands. Leur présence est pourtant indispensable pour épauler les Italiens incapables de tenir le front à eux-seuls et leur intervention sur le champ de bataille reste souvent couronnée de succès même en l’absence d’effectifs significatifs. Ainsi, les 21-22 juillet, les Néo-Zélandais et les Indiens, mal soutenus par les blindés britanniques, s’attaquent aux positions tenues par la « Brescia » et le III./ Schützen-Rgt 104 dans la zone Deir-el-Shein et de la crête de Ruweisat ainsi que contre les défenses du III./ Schützen-Rgt 115 et du II./ Schützen-Rgt 104. Si les Néo-Zélandais ont atteint la dépression d’El Mreir et que le chaos règne un temps chez les défenseurs, aucune percée n’a été obtenue. Les fantassins allemands tiennent pourtant leurs positions, parfois après avoir été dépassés et encerclés. Le Kampfgruppe 115 de l’Oberst Baade (avec des Panzer, de l’artillerie et un bataillon d’infanterie) et le I./ Schützen-Rgt 104 arrivent à la rescousse avec les Panzer de l’Afrika Korps. L’intervention de ces derniers sera décisive, semant la destruction au sein des régiments blindés britanniques avec les tirs des Pak et les mines. Elle n’a pourtant été possible que dans la mesure où l’infanterie a tenu le choc de l’attaque ennemie. Le 27 juillet, lesSchützen-Rgt du DAK ne comptent plus que 300 hommes chacun. Le Schützen-Rgt 115 est même finalement réduit à 2 compagnies de 80 hommes avec les cadres du 3e bataillon. Les fantassins, constamment sur la brèche et particulièrement exposés, sont les plus touchés. L’état sanitaire de la Panzerarmee ne s’améliore pas et la disponibilité en hommes reste donc des plus ténues. Près de 10 000 soldats sont portés malades au mois d’août.

            Des renforts importants en infanterie parviennent à Rommel en juillet et août 1942 alors qu’il manque désespérément de fantassins après la bataille de Gazala. Le contingent le plus important est la « Festungsdivision Kreta ». Incorporant l’IR 125, elle est renommée 164. Leichte Afrika-Division. Alors que la 90. Leichte Afrika Divison (elle retrouve cette terminologie le 26 juillet) constitue en fait une division motorisée, la 164. Leichte arrive de Crète par voie aérienne, c’est à dire sans véhicules, dont elle manquera toujours. Rommel continue pourtant à réclamer sa motorisation intégrale ainsi qu’une autre division motorisée. Le 10 juillet, ses premiers éléments -2 000 soldats de l’IR 328- arrivent à point nommé pour enrayer une percée effectuée par les Australiens le long de la côte, à Tell-el-Eisa. L’autre unité majeure apportant de l’infanterie à Rommel est la Brigade Ramcke (rebaptisée Luftwaffen Jäger Brigade 1 en septembre 1942), forte de 4 bataillons de Fallschirmjäger. Pour sa part, la 90. Leichte gagne encore en puissance. Les Panzergrenadiere (et non plus leichte)-Regimenter 200 et 361 sont désormais pleinement motorisés. En outre, la division se voit adjoindre l’état-major de la 15. Schützen-Brigade avec les leichte Regimenter, 200 et 361, puis 155. Le DAK absorbe aussi quelques renforts : début août, le Pz-Gren-Rgt 104 retrouve une force combattante de 591 hommes tandis que la Pz-Gren-Rgt 115 aligne 946 combattants. A la fin du mois, au cours de la bataille d’Alam Halfa, la « course de 6 jours » pour les Allemands, Rommel aurait pu tenter un encerclement en profondeur au-delà de la crête sur laquelle a buté son offensive s’il avait pu bénéficier de davantage d’unités d’infanterie motorisée bien pourvues en Pak pour assurer son flanc. La division motorisée supplémentaire que désirait Rommel ainsi qu’une 164. Leichte équipée et motorisée comme la 90. Leichte auraient été d’un apport capital, à condition de pouvoir en assurer le ravitaillement et en premier lieu l’approvisionnement en carburant. Alors que Rommel a attaqué avec des régiments blindés de puissance respectable (avec pour la première fois de nombreux Panzer III et IV Spezial à canons longs) et selon un rapport de force acceptable (aux alentours de 2 contre 3), l’infanterie allemande n’a donc pas un rôle secondaire dans l’affrontement décisif qui se déroule dans les sables égyptiens.

D’El Alamein à la Tunisie : des Panzergrenadiere indispensables pour tenir le front

(octobre 1942- mai 1943)      

 

Le DAK ne compte qu’une poignée de SPW…

A l’instar de l’investissement de Tobrouk, l’infanterie allemande est indispensable à Rommel pour tenir l’intégralité de la ligne d’El Alamein. Les déboires subis par nombre de divisions italiennes les unes après les autres (y compris l’excellente division blindée « Ariete ») au cours du mois de juillet ont eu un fort impact sur Rommel. Les troupes italiennes, globalement moins combattives (à de rares exceptions près) et surtout très mal équipées, ne peuvent espérer repousser à elles-seules une offensive ennemie. Les régiments et les bataillons de la 164. Leichte sont donc utilisés pour corseter le front où sont déployés les italiens, une pratique qui n’avait pas court à Tobrouk. Imbriqués de la sorte, les Germano-Italiens espèrent offrir une défense inexpugnable. De fait, dans la zone d’attaque du 30th Corps, la 164. Leichte-Division et la « Trento » disposent à elles deux de 13 600 hommes, principalement allemands, et d’un arsenal conséquent : 180 Pak 38, 70 antichars italiens, 90 pièces d’artillerie et 16 Flak de 88 mm. En outre, les deux unités ont le soutien de 243 pièces d’artillerie. C’est donc, en ce qui concerne les unités allemandes, la 164. Leichte qui supporte le poids des premières heures de l’offensive de Montgomery à El Alamein. Rommel compte sur ses fantassins pour tenir le front et sur ses Pak et les contre-attaques de Panzer pour anéantir un adversaire englué dans les champs de mines. Comme d’accoutumée en Afrique, les effectifs sont loin d’être conformes à la dotation théorique et le nombre d’hommes disponibles, s’il n’est pas négligeable et s’il s’est sensiblement amélioré, reste limité. La Panzerarmee Afrika compte alors 48 854 rationnaires allemands, mais les fantassins ne sont qu’au nombre de 12 147, dont 5 076 à la 164. Leichte et 2 380 Fallschirmjäger. Le DAK aligne désormais beaucoup plus de fantassins qu’en juillet ou en août : on dénombre 1 792 Panzergrenadiere pour la 21. Panzer-Division et 1 393 pour la 15. Panzer-Division. La 90. Leichte aligne 6 269 hommes de toutes les armes. La stratégie de Montgomery, connue depuis des décennies, est simple. Le général anglais entend de son côté mener une guerre d’attrition en grignotant les effectifs de l’infanterie adverse, privant ainsi Rommel de tout espoir de pouvoir tenir la ligne de front. Dans le même temps, il espère briser les contre-attaques de Panzer et détruire ces derniers sur les positions conquises.

La mêlée s’éternisera 13 jours dans une bataille de position où l’infanterie joue un rôle crucial. C’est finalement avec des effectifs très diminués que Rommel doit abandonner El Alamein. Au cours de la retraite en Libye et lors des combats en Tunisie, la 90. Leichte, la force majeure en infanterie allemande avec la 164. Leichte, assure toujours un excellent rôle d’arrière-garde. Comme à El Alamein, l’infanterie allemande est toujours indispensable pour tenir le front : directement sur la ligne « Mareth » derrière l’oued Zigzaou pour la 90. Leichte ou dans les monts Matmata situés juste à l’ouest pour la 164. Leichte. Lors des combats menés sur cette ligne à la fin mars 1943, sur la ligne de l’oued Akarit les 6 et 7 avril, puis à Enfidaville, l’infanterie allemande de l’Afrika Korps se montrera à la hauteur de sa réputation. Elle inflige des pertes sensibles aux assaillants, vouant à plus d’une occasion les assauts britanniques à l’échec.  Le 13 mai 1943, tout est fini.

Les Afrika-Marsch-Bataillone : pallier à un manque de fantassins

La saisie de matériel américain est une manne pour les Panzergrenadiere…

En théorie, ce ne sont pas des unités combattantes : les effectifs doivent être ventilés comme renforts selon leur spécialité auprès des unités qui en ont besoin. Devant l’urgence de la situation, des Afrika-Marsch-Bataillone sont toutefois engagés tels quels en Tunisie. Le Tunis-Feld-Bataillon T2 est ainsi rattaché au Pz-Gren-Rgt 104 dans le secteur du col du Faïd. L’Afrika-Marsch-Bataillon A 29 combat lui-aussi avec la 21. Panzer à Mezzouna. La période qui suit la bataille de Kasserine, donc à partir du 23 février 1942, constitue un bref moment permettant une réorganisation des unités avant la reprise d’une offensive contre la 8th Army. Certains bataillons de remplacements sont ainsi intégrés directement au sein des divisions sans que le personnel ne soit affecté selon sa spécialité alors que d’autres sont dissous et les hommes sont mutés selon leur arme. Ainsi, l’Afrika-Marsch-Bataillon A 40 devient-il le II./ Pz-Gren-Rgt « Afrika » au sein de la 164. Leichte tandis que l’Afrika-Marsch-Bataillon A 30 fournit 47 artilleurs à la 21. Panzer.

Conclusion : l’importance de l’infanterie au sein de l’Afrika Korps

         Dans le désert, les unités de fantassins mal déployées et non retranchées sont très vulnérables. Par ailleurs, la non-motorisation, comme au sein de l’armée italienne, constitue un écueil considérable. L’infanterie est pourtant indispensable à Rommel pour tenir le front à Tobrouk, Gazala et El Alamein ou encore de Bardia à Halfaya ainsi qu’en Tunisie, de la ligne « Mareth » à Enfidaville. Elle a aussi été nécessaire pour s’attaquer aux positions défensives adverses à Tobrouk, à Bir Hacheim ou à El Alamein. Si le « Renard du Désert » ne confie qu’un rôle subalterne à l’infanterie italienne, dont les capacités opérationnelles sont réduites (même si certaines unités ont lutté avec courage et efficacité), l’infanterie allemande s’est montrée à la fois essentielle mais aussi efficace. Outre les régiments de fantassins des 15. et 21. Panzer, l’appui d’infanterie nécessaire à l’Afrika Korps depuis sa création a été essentiellement fourni par la 90. Leichte. Pourtant, Rommel ne disposera jamais d’assez de fantassins allemands.

Les formations d’infanterie du DAK

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Les changements de noms Schützen/Grenadiere/Panzergrenadiere ont été simplifiés

Février-mars 1941

5. Leichte-Division : Maschinengewehr-Bataillonen  (mot) 2 et 8 du Rgt zbV 200, soit 2 bataillons, entre 2 et 2 800 hommes

Avril-mai 1941 :

15. Panzer-Division : 15. Schützen-Brigade (mot) avec les 104. et 115. Schützen-Regimenter (mot), chacun avec deux bataillons, ainsi que le Kradschützen-Bataillon 15 (mot), soit 5 bataillons, environ 5 à 6 000 hommes

Eté 1941 :

6 bataillons d’infanterie de positions indépendants (Stellungbataillone)ainsi que le bataillon zbV 300 « Oasen », soit 5-6000 hommes

5. Leichte-Division devient la 21. Panzer-Division : Schützen-Rgt 104 (avec le MG Bn 8).

15. Panzer-Division: Schützen-Regiment 115 (avec le MG Bn 2 et le Schützen-Rgt Stab zbV 200 et le Kradschützen-Bataillon 15

Division zbV Afrika : Schützen-Rgt 155, III./IR 255, Afrika-Rgt 361, soit 5 000 hommes au maximum

Janvier 1942 :

Kampfgruppe Burckhardt, formé à partir du Fallschirm-Lehr-Bataillon (repart en mars), soit 600 hommes

Printemps 1942 :

Sonderverband 288 :

Peut-être entre 1 500 et 2 000 hommes (12 compagnies)

90. Leichte Infanterie-Division (ex-90. Leichte Afrika Division, ex-Division zbV Afrika) : leichte Infanterie-Regimenter 155, 361 et 200 : peut-être 4-5 000 hommes

Juillet 1942 :

164. Leichte Afrika-Division:

IR 125, IR 328, IR , 433 IR, ,soit de 6 à 7 000 hommes

Luftwaffen Jäger Brigade 1 ,(ex-Ramcke): environ 4 000 hommes

Afrika-Marsch-Bataillone :

13 de ces bataillons de remplacements, soit 13 000 hommes pas forcément des fantassins,  rejoignent Rommel avant El Alamein (en octobre 42) mais d’autres bataillons seront intégrés ensuite en Tunisie.

Panzergrenadiere! Témoignages tactiques sur tous les fronts

Panzergrenadiere : Témoignages

Generalmajor Rommel. 7. Panzer-Division, Dinant, 13 mai 1940 : franchir la un fleuve sous les tirs ennemis.

            Parvenu à Dinant après avoir traversé les Ardennes luxembourgeoise et belge, la vitesse prime pour Rommel : les fantassins de la 7. Panzer-Division franchissent l’obstacle majeur que constitue la Meuse à bord de canots pneumatiques tandis que les motocyclistes empruntent la passerelle d’un barrage imprudemment épargnée.

            « Le Fusilier-Regiment 6 était sur le point de passer en bateaux de caoutchouc sur l’autre rive ; mais il était arrêté par le feu très nourri d’artillerie et très gêné par le tirs d’armes portatives des troupes françaises établies dans les roches de la rive ouest.

            La situation, quand j’arrivai, n’avait donc rien de plaisant. Nos bateaux étaient détruits les uns après les autres par le feu flanquant des Français et la traversée ne s’effectuait plus. Les tireurs ennemis étaient si bien dissimulés que, même en les cherchant longuement à la jumelle, il était impossible de les découvrir. […] Je donnai donc l’ordre d’incendier plusieurs maisons dans la vallée afin d’obtenir la fumée qui nous faisait défaut.

            De minute en minute, le tir ennemi devenait plus gênant. Un de nos bateaux de caoutchouc, qui avait subi des avaries, dériva devant nos yeux ; un homme s’y cramponnait, grièvement blessé, hurlant au secours ; le malheureux était près de se noyer, mais nous ne pûmes rien faire pour lui : le tir ennemi était trop nourri.

            Pendant ce temps, le village de Grange, à 2 km de Houx et de la Meuse, à 5 km au nord-ouest de Dinant, sur la rive ouest, avait été pris par le Kradschützen-Bataillon 7 ; mais cette formation n’avait pas nettoyé la rive autant qu’elle aurait dû. […]

            Quand nous rejoignîmes le Fusilier-Regiment 6, ce régiment avait déjà réussi à faire passer une de ses compagnies sur la rive ouest ; mais le tir ennemi avait été si nourri que le matériel de traversée s’était trouvé réduit en miettes et que l’opération avait dû être suspendue. De nombreux blessés étaient soignés dans une maison proche du pont démoli. De même qu’au point de passage situé au nord, il était impossible de distinguer les ennemis qui nous empêchaient de franchir la Meuse et il n’y avait évidemment pas d’espoir de reprendre l’opération sans un soutien d’artillerie et de chars assez puissant pour contrebalancer efficacement les nids ennemis. […]

            Au barrage de Leffé, nous vîmes tout de suite la passerelle pour les piétons, que l’ennemi avait obstruée au moyen d’une plaque d’acier hérissée de pointes. Le feu avait cessé, pour l’instant, dans la vallée de la Meuse et nous nous dirigeâmes vers la droite, parmi des maisons, vers le lieu même de la traversée. Celle-ci était au point mort et les officiers semblaient démoralisés par les pertes que leurs hommes avaient éprouvées. Nous pouvions voir sur l’autre rive plusieurs des soldats de la compagnie qui avait déjà passé, dont beaucoup étaient blessés, ainsi que de nombreux bateaux endommagés, canots de caoutchouc, etc. Les officiers dirent que personne n’osait sortir du couvert, le tir ennemi s’abattant immédiatement sur celui qui se montrait. […]. Cependant, les chars que j’avais ordonné d’envoyer au point de traversée arrivèrent bientôt, suivis sans tarder de deux obusiers de campagne du bataillon Graseman. […]

            Sous la protection de ce tir, la traversée recommença peu à peu et nous commençâmes à établir un transbordeur à remorque, utilisant plusieurs grands pontons. » Rommel traverse alors lui-même la Meuse à bord d’un canot. Sa présence galvanise. Bien qu’encore dépourvus des armes lourdes restées sur la rive droite du fleuve, les Fusilliers parviennent à repousser quelques blindés français par le tir de leurs seules armes portatives.

Oberleutnant Heinz Werner Schmidt. 15. Panzer-Division, Sidi-Rezegh, 23 novembre 1941 : La charge sur des positions défensives adverses.

23 novembre 1941. La 8th Army tente de lever le siège de Tobrouk. Les combats décisifs ont lieu dans la cuvette de Sidi Rezegh. L’Afrika Korps épaulé par les Italiens entend balayer les positions sud-africaines et anglaises qui y sont établies en lançant ses régiments dans une véritable charge. La victoire est acquise, mais non sans de lourdes pertes…

« Notre régiment, le 115. Schützen-Regiment, devait attaquer à gauche du gros de nos blindés. Il était prévu que ceux-ci fonceraient à la rencontre des chars anglais, essaieraient de les détruire, puis s’élanceraient au milieu de leur dispositif pour tomber sur l’infanterie sud-africaine en profitant de la faiblesse de leur échelon « B » pour se frayer une voie.

            Nous passâmes à exécution, mais la manœuvre ne s’avéra pas si facile. Vers trois heures, nous déclenchâmes un tir de préparation. Nos éléments d’attaque se mirent en place. Devant nous, l’énorme concentration de chars de la 22nd Armoured Brigade semblait former comme une barricade. A sa droite, les antichars des Sud-Africains, les 25 pounders du 7th Artillery Group, et quelques obusiers de 4.5 pouces montaient la garde.

            Notre régiment motorisé prit sa formation de combat. Nos antichars se placèrent en tête. Nous notâmes avec soulagement qu’un certain nombre de nos Panzer étaient remontés à notre hauteur, sur notre flanc droit. « En avant ! ». L’ordre se transmit rapidement. Le colonel ouvrit la marche debout dans sa voiture découverte. Le commandant suivit, dans la sienne. A mon tour, je démarrai. Nous mîmes le cap droit sur les chars ennemis. Je tournai rapidement la tête. Derrière moi s’étalait à perte de vue un curieux éventail de matériels hétéroclites : transports de troupes blindés, voitures de toutes sortes, tracteurs à chenilles tirant leurs pièces d’artillerie, camions lourds bourrés de fantassins, éléments mobiles de défense antiaérienne. Dans le vacarme de tous ces moteurs, nous foncions vers la « barricade » ennemie.

            Du côté du front, le spectacle était fascinant : droit devant, la silhouette rigide du colonel ; tout près, à sa gauche, légèrement en arrière, la voiture du commandant. Les chars tiraient. Les obus passaient en sifflant. L’ennemi faisait donner tous ses 25 pounders et ses petits 2 pounders antichars. Nous chargions à un train d’enfer.

            La voiture du colonel fit une embardée et s’arrêta, touchée de plein fouet. Je passai comme l’éclair à sa hauteur. C’est à peine si j’eus le temps de le voir se redresser. Il pivota sur le côté et tomba de son véhicule comme un arbre qu’on abat. Le commandant roulait toujours devant moi.

            On distinguait déjà les positions d’infanterie ennemies. Un grand gaillard maigre courait vers l’arrière, en terrain découvert, comme balayé par le jet d’une lance à eau. Une rafale déchira l’air. Une balle traçante fila dans sa direction. Je la suivis des yeux. Dieu, qu’elle allait lentement ! Le grand gaillard s’écroula.

            Nous avions presque atteint le rideau des antichars et des blindés ennemis. Un frisson glacé me parcourut l’échine : une mécanique invisible étoilait mon pare-brise d’une multitude de petits trous ronds… Une mitrailleuse ! Mon chauffeur s’aplatit sur son volant.

            La voiture du commandant, à son tour, fit un brusque écart et versa sur le côté. Je restai seul en tête, dans cet enfer ; seul devant des canons vomissant le feu et la mort.

            Soudain il y eut une violente secousse, un bruit de ferraille, un sifflement, et mon véhicule s’arrêta mort. J’aperçus une tranchée à quelques pas. Je bondis m’y réfugier. Mon chauffeur voulut en faire autant ; il n’eut même pas le temps de plonger. Il se redressa d’un coup, tournoya sur lui-même, puis s’affaissa, inerte.

            Je me serrai contre notre Mère la Terre. Je me trouvais sûrement dans un avant-poste abandonné par les défenseurs de Sidi Rezegh. Je relevai prudemment la tête. Où diable était passée la horde de véhicules qui me serrait de si près ? Bon sang ! Elle s’était arrêtée ! Et mon chauffeur ? Vivait-il encore ? Hélas ! Non. Il était étendu tout près de là, mort !

            Oui, le grand éventail de nos véhicules était déployé derrière moi, immobile. La vue des officiers tombant les uns après les autres avait semé le doute parmi les personnels. Fallait-il continuer ? Fallait-il s’arrêter ? Après maintes hésitations, ils avaient décidé de marquer le pas. Heureusement, un jeune lieutenant était encore valide. Il les regroupa et leur ordonna de reprendre la progression. Cette initiative lui valut la Ritterkreuz »

Oberstleutnant Feig. 1. Panzer-Division, secteur de Kiev, automne 43 : Panzergrenadiere contre T 34

            La contre-attaque lancée par Manstein vers Jitomir constituera une des dernières grandes opérations menées par le brillant général. Parmi les unités à la pointe de l’assaut se trouve la 1. Panzer-Division, de retour sur le front de l’Est.

Une compagnie du II./ Panzergrenadier-Regiment 113  de l’Oberstleutnant Feig reprend le village de Kornin. Après ce premier succès, les hommes de Feig reçoivent l’ordre de se porter sur Gnilez. Les Panzergrenadiere forment un Kampfgruppe avec un bataillon d’artillerie et une section antichar, celle du Leutnant Kunz. Feig et Kunz mènent en personne une reconnaissance sur l’objectif. En fait, puisque Gnilez a déjà été traversée par d’autres formations de la 1. Panzer, les deux officiers ne semblent pas s’inquiéter outre-mesure. Survivant à l’attaque suicide d’un blessé soviétique, Feig dispose ses compagnies en hérisson dans la ville. La nuit, un T 34 apparemment isolé est prestement détruit par une équipe de « casseurs de chars » de la 7ème compagnie. Toutefois, la situation semble préoccupante : toute communication avec le régiment ou même le second bataillon de celui-ci a été perdue. Le lendemain, Feig réagit en décidant donc de sécuriser la route menant au PC régimentaire. Survient alors une nouvelle alarmante: 20 T 34 sont en vue, en marche depuis le Sud de Gnilez! Feig fait informer au plus tôt le Panzer-Regiment par radio. Soudain, alors que les Panzergrenadiere s’efforcent de consolider tant faire que peut leurs positions, les T 34, qui semblaient se diriger vers le PC de régiment, obliquent soudain vers Gnilez. Très vite, deux blindés sont mis en feu. Les autres engins répliquent de toutes leurs armes avant de se mettre à couvert dans une dépression du terrain. La pause ne sera que temporaire. Les T 34 continuent l’assaut mais très peu parviennent à briser l’anneau défensif de la localité et les quelques équipages téméraires ayant réussi à pénétrer dans la ville sont réduits au silence par la 8ème compagnie d’armes lourdes. Par ailleurs, le combat s’engage avec les fantassins soviétiques pris à partie par les MG 42. Les pertes sont lourdes de part et d’autres et, finalement, les Soviétiques doivent renoncer, laissant 14 carcasses de T 34 et de nombreux morts sur le terrain. Recevant l’ordre de capturer quelques prisonniers afin de glaner des renseignements sur l’adversaire, Feig est lui-même blessé alors qu’il se charge en personne de cette besogne.

Unteroffizier Rudolf Brasche. Panzer Lehr, secteur de Tilly-sur-Seulles, Normandie, juin 1944 : des Sherman pris dans une embuscade

            Dans le bocage et l’aviation alliée omniprésente, les Panzergrenadiere ne peuvent se déployer en formations largse avec les Panzer, mais ils peuvent mettre à profit le terrain pour la défense. c’est dans ces conditions que la Panzer Lehr affronte les Britannqiues pendant un mois dans le secteur de Tilly-sur-Seulles.

            Dans la nuit du 9 au 10 juin, la compagnie de Brasche, la 1./ Panzergrenadier-Regiment 901,  occupe le flanc gauche de la division, celle-ci étant étirée sur un secteur de défenses  de 17 kilomètres, notamment devant Tilly-sur-Seulles. La compagnie s’avance en direction de Balleroy, adoptant une formation en coin. La 3e section avance en empruntant une route, jusqu’à une haie, suivie de la 1ère section, puis, 100 mètres plus loin, la 4e section lourde, avec ses mortiers et ses mitrailleuses. L’Unteroffizier Brasche est un des servants d’une équipe de « casseurs de chars », dotée d’un Ofenrohr, un puissant Panzerschreck. La section fait halte à l’approche d’une route particulièrement boisée. Soudain, l’Obergefreiter Langemann s’écrie « Des tanks sur la gauche, Rudi! ». Brasche prend immédiatement position à l’abri. Le ronronnement caractéristique des  moteurs des Sherman ne tarde pas à se faire entendre. Martellant le sol avec le sol métallique du cliquettis des chenilles, le premier engin apparaît, puis deux, puis trois, puis quatre… Brasche s’enfonce dans le fossé à droite du défilé d’où vont émerger les monstres d’acier. Le premier engin est désormais très proche! Le Panzergrenadier le frappe à la tourelle avec son lance-roquette. Cette tourelle est volatilisée dans les airs et retombe avec fracas sur le deuxième Sherman tandis que le troisième ouvre déjà le feu, signalant le déclenchement d’un feu d’enfer danstout le secteur. « Suivez-moi! » hurle Brsche. Hannes Keck, Hill et Langemann le suivent avec d’autres roquettes. L’Unteroffizier entend bloquer toute la colonne adverse dans le défilé en frappant le dernier Sherman. Ils parviennent à localiser ce dernier par la lumière des coups de départs de ses tirs. Le Panzerschreck claque une nouvelle fois. Mouche! Frappé dans ses rateliers de munitions,  le Sherman s’embrase dans un tonnerre d’explosions. De son côté, les mortiers prennent à partie l’infanterie britannique, mais celle-ci est bien dispersée et s’abrite prestemment. S’avançant vers un autre tank, Brasche disperse des fantassins ennemis avec son MP 40 puis grimpe sur le Sherman, ouvre l’écoutille laissée imprudement non verrouillée et y jette un explosif. Camouflé sous la végétation de noisetiers, Brasche observe un autre Sherman à à peine 5 mètres de distance. Il décide de fixer quatre grenades ensembles et rampe vers le blindé, sous le couvert de ses camarades. Il parvient à placer ses grenades à l’arrière de la tourelle, fonce se mettre à couvert et observe bientôt un jet de flamme depuis le compartiment moteur du char. Les combats menés cette nuit-là par la 1./ Panzergrenadier-Regiment 901 de l’Oberleutnant Monz furent le baptême du feu de l’unité. Son entrée en lice a été fracassante. Le 11 juin, l’exploit de Brasche est cité à l’ordre du jour de la division.

Recension « Rommel en Normandie. France 1940 » de Thierry Chion

Un nouveau livre sur Rommel? Encore la « Division Fantôme » et son extraordinaire -mais bien connu- parcours lors de la Westfeldzug? Oui, mais cet ouvrage ne fait pas double-emploi avec les précédents travaux consacrés à Rommel et à sa 7. Panzer en 1940 (je pense entre autres aux livres de Yves Buffetaut et de Hugues Wenkin).

Fort illustré (plus de 300 photos), qui plus est de nombreux clichés inédits, ainsi que des « Then and Now », le livre de Thierry Chion est facile et agréable à lire, avec un textes précis et bien documenté, suffisamment long pour donner les détails nécessaires, et relativement concis pour permettre une lecture assez rapide et comprendre clairement l’enchaînement des faits (200 pages tout de même: les passionnés s’y retrouvent). On apprécie les témoignages, y compris de civils, ainsi que les encadrés avec des missives de Rommel à son épouse. Notons que le choix des photographies est pertinent (certaine sont très belles) et le texte se marie à la perfection avec les clichés proposés. Les cartes de style état-major ont assez nombreuses pour suivre clairement le cheminement du futur « Renard du Désert ».

J’ai évidemment beaucoup lu sur Rommel, mais ce livre ne m’a pas ennuyé, et il est question de la Normandie… J’ai notamment appris une donnée intéressante sur un cas de crime de guerre à l’encontre de civils, a priori de la responsabilité de Landser de la 7. Panzer-Division.

Thierry Chion, qui a déjà signé un certain nombre d’ouvrages réussis portant en particulier sur l’ex-Haute Normandie pendant la guerre, poursuit ici sur sa lancée.

Un livre que je recommande sans hésiter, en complément d’autres lectures sur le sujet (Les soldats de 40 dans la première bataille de Normandie de René-Gustave Nobécourt, notamment).

Panzegrenadiere! Au combat: l’exemple de Grozny

Les Panzergrenadiere en action : la 13. Panzer-Division sur la route de Grozny

Après la prise de Rostov, le Heeres-Gruppe A de Kleist peut foncer sur ses objectifs du Caucase : les zones pétrolières de Bakou et de Grozny à l’Est, les ports de la Mer Noire à l’Ouest et les cols de haute-montagne au centre. En pointe de l’assaut, comme d’accoutumée, se trouvent les divisions mobiles de la Wehrmacht.

            Les combats menés dans la boucle du Terek à partir du mois de septembre 1942 sont instructifs. L’assaut mené par le I/66 Pz.Gren.Rgt. du Major Brux de la 13. Panzer-Division est pour le moins atypique. Dans le cadre de l’avancée du LII Korps, les forces motorisées allemandes doivent s’assurer du contrôle de Pavlodolskiy afin d’assurer toute menace pesant sur le flanc de la tête de pont du Kislyar. La ville a déjà résisté aux assauts infructueux de la 370. ID. La puissance d’une division blindée devrait faire la différence, même si l’opération met avant tout en lice ses fantassins, les Panzergrenadiere.

Une charge de SPW dans le Caucase!

            Après l’envoi d’une reconnaissance, l’attaque est lancée dans la nuit du 4 septembre 1942 selon une méthode peu orthodoxe. Deux compagnies contournent la localité et se positionnent à l’Ouest tandis que la 3ème compagnie s’apprête à lancer une attaque en règle par l’Est. On comprend ici l’importance primordiale de la mobilité et, donc, de la possession d’engins tout terrain. L’attaque en tenaille des Panzergrenadiere semble irrésistible. Les SPW du bataillon, alors majoritairement massés au nord de la ville et déployés sur un large front, attaquent alors à leur tour, plaçant les défenseurs dans une situation difficile. L’attaque est hardie. Montés sur des véhicules suffisamment rapides, les Allemands ont osé charger. Surpris, les Soviétiques se battent avec énergie mais la défense succombe et Pavlodolskiy est entre les mains des Allemands.

            Pendant ce temps, plus au sud, un groupe d’assaut du 3/66 parvient à s’assurer une tête de pont sur une île du Terek, capturant ensuite le ferry qui relit cette île avec la rive sud, à Gnadenburg. Comme au cours du mois d’août qui vient de s’écouler, les Panzergrenadiere sont les premiers à franchir le cours d’eau vers un rivage hostile. Le 3/66 peut alors capturer sans difficulté les unités soviétiques se repliant de Pavlodolskiy. 400 Frontoviki tombent dans la nasse. Le 3/66 assure alors la sécurité de Pavlodolskiy pendant les autres compagnies -5 et 6/66- se prennent la ville de Novo Ossitinovskaya de nuit, selon la même méthode précédemment employée à Pavlodolskiy. Notons que le mouvement effectué de nuit, que certaines armées –comme l’armée britannique- renâclent à employer, suppose une discipline absolue et surtout un entraînement de premier ordre. L’unité de reconnaissance fonce alors vers Chernoyarska, la dernière ville encore entre les mains des Soviétiques sur la rive nord du Terek. Le 7 septembre, le II/66 s’en empare. Au prix de pertes légères et à la faveur d’attaques nocturnes, le I/66 Pz.Gren.Rgt. s’est donc acquitté de sa mission. La discipline et le professionnalisme des Panzergrenadiere ont porté leurs fruits.

            Le 10 septembre, la 13. Panzer-Division repart à l’attaque. Le Kampfgruppe Crisolli rassemble le QG de la 13. Panzergrenadier-Brigade, les I et III/4 Pz.Rgt, le 93. Pz.Gren.Rgt., le I/13 Artillerie-Rgt, le 1/13 Pz.Jg., le 3/4 Pz.Pi.Btl. avec un K-Strecke ainsi que des éléments du II/ »Brandenburg ». L’attaque s’effectue vers l’ouest et l’intersection au sud de Gnadenburg est prise malgré la défense féroce des Soviétiques. C’est à cette occasion qu’est tué l’Oberst Olbrich le chef du 4. Panzer-Regiment. L’infortuné Olbrich, qui commandait le Panzer-Regiment 5 devant Tobrouk  en avril 1941, avait été renvoyé en Allemagne par un Rommel en recherche de bouc-émissaire pour ses échecs devant la forteresse britannique. Le lendemain, le 11 septembre, progressant à la faveur du brouillard et de la pluie, le Kampfgruppe Crisolli s’empare de Novo Nikolaevskiy et de Gnadenburg à 10h. A 17h, Crisolli s’attaque à Malgobek II mais l’avance est stoppée à la nuit tombante à deux kilomètres de l’objectif. La ville n’est prise qu’à l’issu de combats acharnés le lendemain.

            L’objectif subséquent est Nizhnniy Kurp. Comme d’accoutumée, les troupes de reconnaissance sont les premières sur l’objectif. Mais les blindés sont pris à partie et l’assaut fait long feu. La 13. Panzer déploie alors deux Kampfgruppen et prépare un assaut en règle pour faire tomber la ville. La ligne de bunkers située sur le flanc gauche est sécurisée par l’intervention de la 370. ID. L’ordre d’attaque reçu par est le suivant : « La 13. Panzer-Division doit s’emparer de Nizhniy kurp et des collines aux alentours. Le 4ème bataillon du génie doit maintenir des ferries à travers le Terek près de Pavlodolskiy. Un ferry [pont] de 16 tonnes devra entrer en service dans l’après-midi du 13. Le PC de la division: Gnadenburg, puis le pont au nord de Nizhniy Kurp ».

            Lançant son assaut dans la matinée du 13 septembre, la 13. Panzer-Division écrase les positions fortifiées soviétiques sans que la VVS ne soit en mesure de ralentir sa progression. Dans la soirée, après que le Kampfgruppe Stolz ait repoussé une contre-attaque ennemie contre Khamidiya, la 13. Panzer-Division est déployée sur un arc de cercle de 13 kilomètres autour de Verkhniy Kurp. Les Soviétiques n’entendent pas rester dans l’expectative et, le lendemain 14 septembre, lancent une puissante contre-attaque, habilement appuyée par la VVS qui frappe en profondeur et sur le front, qui s’avère menaçante.  Le 66. Pz.Gren.Rgt doit abandonner l’importante colline 104, qui domine le secteur. Le Kamfgruppe Montfort (II/4 Pz.Rgt) est repoussé suite à une pénétration soviétique entre les lignes tenues par les 370. et 111. ID.

80 SPW foncent sur l’ennemi!

            Le 17 septembre, les Allemands réagissent. Les Panzergrenadiere du I/66 Pz.Gren.Rgt sont engagés avec brio. 80 SPW sur lesquels sont juchés des Panzergrenadiere armés jusqu’aux dents foncent à travers le brouillard et surprennent les défenseurs soviétiques de la colline 404. 400 fusils antichars flambants neufs tombent entre les mains des Allemands, de même que 8 canons qui sont immédiatement réutilisés contre leurs anciens propriétaires. Les combats sont cependant loin d’être terminés. Sur une autre hauteur, la colline 489, le Leutnant Wendt et sa section du 4/93 Pz.Gren.Rgt repoussent pas moins de 17 attaques adverses. Durant toute la bataille, la nécessité de déployer plus de formations sur le front de Stalingrad et les pertes subies ne laissant plus que des escadrilles décimées sur le front du Caucase, la Luftwaffe n’est pas en mesure de s’assurer de la maîtrise des airs.

Les Panzergrenadiere s’avancent vers les montagnes du Caucase

            Le 19 septembre, la 13. Panzer-Division est en mesure de reprendre sa marche en avant. Le Generalleutnant envoie quelques reconnaissances avant de lancer ses Kampfgruppen plein ouest, entre le Terek et les montagnes, qui se déploient à environ 10 kilomètres. L’objectif est de briser les défenses soviétiques près d’Elkhotovo, dans la vallée du Terek. L’attaque est irrésistible. A 7h15, le Kamfgruppe von Raczeck attaque en direction d’Arik en longeant le Terek. Un pont est sécurisé grâce à l’action du II/ »Brandenburg ». A 10h, le I/66 pénètre dans Arik en menant une véritable charge. 8 pièces antichars soviétiques et leurs servants sont bousculés sans que ces derniers ne soient ne mesure de toucher le moindre SPW, qui offrent des cibles trop rapides pour les artilleurs. Après la prise de la ville, les I/66 et II/66 poursuivent l’avance vers le sud et prennent Terek vers 19h. Les combats se poursuivent dans les jours suivants, les Panzergrenadiere menant toujours la progression, assurant la défense des positions conquises mais étant parfois sujets à des encerclements. Dans ce cas, il faut l’intervention du 4. Panzer-Regiment pour rétablir la situation. Panzer et Panzergrenadiere sont indispensables les uns aux autres.

Soutenir les Panzer, sécuriser les villes et les passes, franchir les fleuves d’assaut: des tâches multiples pour les Panzergrenadiere

            Quelques jours plus tard, la 13. Panzer reprend l’avance. Objectif: percer à travers la passe d’Elkhotovo. Il faut d’abord s’emparer de Planovskoe. Le 66. Panzergrenadiere-Regiment progresse après la nuit tombante. Une compagnie renforcée traverse un bras étroit du Terek, dépasse Planovskoe et se positionne à l’ouest de la ville avant de rapporter par radio qu’elle occupe ses positions de départ. La compagnie est certes isolée mais sa présence sur les arrières ennemis sèmera la confusion chez les Soviétiques. Le II/66 frappe l’adversaire par le nord-ouest alors que le I/66, renforcé par un bataillon entier de Panzer, piétine devant les champs de mines et les positions antichars de l’ennemi. Raczeck transfère alors le I/66 dans le secteur du II/66 et la percée est enfin réalisée. Dans le secteur du Kamfgruppe Crisolli, ce sont les fantassins qui mènent également l’assaut: soldats du 93. Pz.Gren.Rgt et du 43. Kradschützen-Bataillon. La ligne de bunkers et de positions de campagne est enlevée, mais non sans le concours essentiel et efficace des Brandebourgeois et des pionniers, ainsi que des Panzer de l’autre bataillon blindé, le II/4 Pz.Rgt.  Les combats sont pourtant disputés. Le Generalleutnant Herr succombe à l’explosion de mines et l’Oberst Crisolli lui succède à la tête de la 13. Panzer-Division. Le terrain boisé, collinaire et presque dépourvus de routes empêche le bon déploiement des Panzer et la progression de tous les types de véhicules. Les fantassins sont les seuls à pouvoir progresser au sein d’un système défensif habilement mis en place.

            Il faut maintenant transformer les premiers succès en une véritable percée. Le 26 septembre, les préparatifs de l’attaque sur la passe d’Elkhotovo sont fébriles. Pas moins de 16 missions de reconnaissance sont menées pour étudier le dispositif ennemi et chercher une faille. Les rapports concluent à l’infaisabilité d’une attaque frontale. Il faut contourner le flanc est des Soviétiques en empruntant un itinéraire traversant des massifs boisés: le Mont Seko et la colline 703. Les Panzergrenadiere doivent alors en quelque sorte se muer en des Gebirgsjäger de substitution. Les SPW sont donc regroupés dans un parc de véhicules, à l’orée de la forêt. Dans la nuit du 3 octobre, après bien des difficultés et non sans avoir mené de terribles corps à corps, c’est le 66. Pz.Gren.Rgt qui parvient à conquérir Elkhotovo à la faveur d’une attaque surprise alors qu’une attaque frontale s’était soldée par la perte de 4 Panzer en dépit du soutien du 13. Panzer-Artillerie-Regiment qui expédia pas moins de1 500 obus sur la ville. La passe d’Elkhotovo, la porte du Caucase, est entre les mains de la Wehrmacht. Mais elle n’est pas en mesure d’exploiter ce succès.

Les Panzer: force de frappe des unités blindées, mais qui restent impotents sans leur infanterie d’accompagnement

            Le mois de septembre 1942 a donc été riche en situations fort variées. A côté du rôle habituel de soutien rapproché aux Panzer, les Panzergrenadiere ont franchi des cours d’eau en zone ennemie, mené des combats urbains, nettoyé des positions fortifiés truffées de bunkers, attaqué en zone montagneuse et mené un assaut en chargeant à bord des SPW. Les soldats motorisés allemands se trouvent tour à tour assaillants ou défenseurs. La polyvalence d’action des Panzergrenadiere n’auraient pu mieux être illustrée. Ces fantassins d’élite sont donc indispensables à la progression des Panzer. Pourtant, la Blitzkrieg se heurte au cauchemar logistique d’un front démesuré.   A 1 000 kilomètres de leurs camarades assaillants les ports soviétiques de la Mer Noire et 500 kilomètres de la fournaise de Stalingrad, la vaillance des Panzergrenadiere des 13. et 24. Panzer-Divisionen et de la SS « Wiking » ne suffira pas : si Maïkop tombe, Grozny et Bakou resteront hors de portée.