Panzergrenadiere! Organisation et matériel

Panzergrenadiere

Organisation-Equipement

(photos: Bundesarchiv)

L’organisation: les formations d’infanterie motorisées de la Wehrmacht

Un Sdkfz 251et ses Panzergrenadiere: l’image d’Epinal des troupes motorisées de la Wehrmacht

            Au milieu des années 30, les premières divisions de Panzer sont dotées d’une Schützen-Brigade composée d’un régiment de Schützen (à 2 bataillons) et d’un bataillon de motocyclistes (Kradschützen-Bataillon), soit 3 bataillons de fantassins motorisés. Le ratio est alors de 4 bataillons de chars pour 3 de fantassins. Les bataillons de Schützen ne contiennent pas que des fantassins mais englobent une compagnie lourde avec des pionniers, des antichars et de l’artillerie légère. De la même manière, le bataillon motocycliste aligne une compagnie de mitrailleuses lourdes de même qu’une compagnie lourde. Les manoeuvres montrent cependant la nécessité de disposer de plus de fantassins. Un 2e régiment de Schützen est donc ajouté dans l’organisation d’un Panzer-Division. L’organigramme des nouvelles Panzer-Divisionen levées avant la campagne de Pologne compte de la même façon 2 régiments de Schützen à 2 bataillons. Dans le même temps, le nombre théorique de Panzer diminue de 1935 à 1939 de 561 à 308/316, permettant ainsi un rééquilibrage entre les deux armes. On compte 2 bataillons de chars pour 5 bataillons de fantassins et de motocyclistes. Le ratio Panzer/Schützen diminue à nouveau après la campagne de 1940 puisque, à la veille de Barbarossa, la Panzer-Division type 41 compte 150-200 chars en 2 bataillons pour 5 bataillons d’infanterie (en comptant les motocyclistes).

De 1942 à 1944, la division de Panzer compte toujours 2 régiments de Panzergrenadiere (les Schützen deviennent Panzergrenadiere le 5 juillet 1942), soit 4 bataillons d’infanterie, mais le bataillon de motocyclistes a disparu. La division de Panzer type 45 entérine l’évolution en faveur de la diminution du ratio Panzer/Panzergrenadiere puisque cette ultime mouture de la division blindée allemande suppose l’existence d’un régiment mixte d’un bataillon de Panzer et d’un de Panzergrenadiere et d’un régiment de Panzergrenadiere à 2 bataillons, soit 3 bataillons d’infanterie motorisée pour 1 seul de Panzer (qui n’aligne plus qu’environ 50 blindés, soit 11 fois moins que la Panzer-Division de 1935). Evolution logique et parallèle, les divisions motorisées disparaissent alors toute et deviennent toutes des divisions blindées.

            Les divisions motorisées n’ont à l’origine aucun Panzer dans leur ordre de bataille. En revanche, elles sont dotées de 3 régiments disposant chacun de 3 bataillons d’infanterie portée, sans compter les armes de soutien. Sans même tenir compte des motocyclistes de reconnaissance, une division motorisée peut donc aligner 9 bataillons d’infanterie contre 4 bataillons dans une division de Panzer. En 1939, une division motorisée aligne en théorie 16 500 hommes, 2 600 camions et 1 900 motocyclettes et side-cars.  Toutefois, après la campagne de Pologne, les ID (mot.) cèdent tous un régiment d’infanterie et ne comptent donc plus que 6 bataillons de fantassins. Les régiments ou bataillons libérées sont intégrés dans des Panzer-Divisionen ainsi qu’au Grossdeutschland-Regiment.

Le Sturmgeschütz: le char des divisions motorisées puis de Panzergrenadiere

A l’été 1942, la puissance de ces divisions est accrue par l’appoint non négligeable d’un bataillon de blindés, le plus souvent des Sturmgeschütze. En octobre de la même année, les Schützen-Regimenter deviennent des Grenadiere-Regimenter puis, à partir de mars 1943, des Panzergrenadiere-Regimenter. Les divisions motorisées changent elles-mêmes des Panzergrenadiere-Divisionen le 23 juin 1943, à la veille de la bataille de Koursk, à l’exception notable des 14. et 36. (mot.) Divisionen. Comme sa cadette la division motorisée, la Panzergrenadier-Division -15 000 hommes en 1943- aligne 2 régiments de fantassins. Le bataillon de Sturmgeschütze est toujours présent. Notons le cas atypique de la Panzer-Grenadier-Division « Großdeutschland », la division d’élite de la Wehrmacht, en fait une véritable division de Panzer, qui ira jusqu’à compter 4 bataillons de Panzer rattachés en sus de son bataillon de Sturmgeschütze.  En 1943, les divisions de Panzergrenadiere de la Waffen SS- Leibstandarte, Das Reich, Totenkopf et Wiking- sont également similaires à des divisions de Panzer, de même que la Panzer-Grenadier-Division « Felherrnhalle », issue de la 60. Panzer-Grenadier-Division en juin 1943, à l’origine dotée de 4 compagnies de fantassins par bataillons de Panzergrenadiere (au lieu de 3) et de 4 compagnies de Panzer (au lieu de 3 également).

Un Panther de la Panzerbrigade 111

            Dernier avatar de la notion de combinat Panzer-Panzergrenadiere, le 10 juillet 1944 sont créées 10 Panzer-Brigaden. Hitler, devant l’urgence de la situation qui tourne à la catastrophe sur tous les fronts, accélère la montée en ligne de ces formations basées sur le modèle du Kampfgruppe qui a fait ses preuves. En théorie, dépourvue d’artillerie mais dotée d’armes de soutien, chaque Panzer-Brigade compte un bataillon de chars à 3 compagnies et un bataillon de Panzergrenadiere à 4 compagnies.

Schützenpanzerwagen (SPW): un blindé pour l’infanterie motorisée

Un engin taillé pour la Blitzkrieg

            Lorsque la guerre éclate, l’industrie de guerre allemande n’est pas en mesure de fournir aux divisions blindées et motorisées allemandes un nombre suffisant d’engins dotés de capacité de déplacement tout terrain. Les fantassins des divisions mobiles montent donc  au front avant tout à bord de camions et en motocyclettes. Si celles-ci sont plus faciles à dissimuler tout en permettant une flexibilité de déploiement et si l’Allemagne est une grande productrice de motos, elles ne peuvent emporter que peu de combattants (entre 1 et 3) et n’ont aucune capacité de fret pour toutes sortes d’équipements ou l’emport de munitions complémentaires. En outre, elles vont vite s’avérer inadaptées à certaines conditions climatiques, notamment le désert avec la poussière qui s’insinue dans la mécanique ainsi que le terrain trop sableux qui empêche tout mouvement rapide. Dans les deux cas –camions et motos-, les soldats restent à la merci des intempéries et l’absence de blindage rend bien périlleuse toute progression de concert avec les Panzer. Les Schützen motorisés allemands restent pourtant logés à meilleure enseigne que leurs homologues des divisions cuirassées françaises, puisque certaines unités de dragons portés qui n’ont pas eu la chance de percevoir d’excellents Laffly sont contraintes de monter en ligne à bord d’autobus ! Ne parlons même pas des fantassins soviétiques qui, le plus souvent, en seront réduit à se cramponner sur la vaste plage arrière des T 34, où ils ne bénéficient d’absolument aucune protection.

Le SPW: un engin blindé qui permet le transport de l’infanterie d’accompagnement sur le champ de bataille.

            Pour qu’un véhicule d’accompagnement d’infanterie d’une formation blindée soit efficace, cela suppose que l’engin soit à la fois blindé et susceptible d’évoluer sans difficulté en dehors des voies de communications, y compris dans la boue et en terrain meuble. La solution est donc d’adopter des véhicules chenillés ou semi-chenillés. Ce sera la seconde solution: le half-track, plus faciles et moins coûteux à produire que des engins entièrement chenillés. La première introduction du semi-chenlillé dans l’Histoire est due à Adolphe Kégresse, un ingénieur français qui réalise cette première sur les véhicules du tsar Nicolas II.

La Wehrmacht dispose de tout un panel de semi-chenillés

            L’existence de tracteurs d’artillerie semi-chenillés va faciliter la mise au point de half-tracks pour l’infanterie. Le tracteur d’une tonne (Sdkfz 10 Demag) servira de base au développement de la série des Sdkfz 250 tandis que le tracteur de 3 tonnes donnera les Sdkfz 251 (le châssis Hansa-Lloyd K1 6 sera la base du nouveau semi-chenillé). Les Sdkfz 250 et 251 (qui embarquent respectivement au mximum respectivement 6 et 12 hommes) sont blindés comme l’exigeait le cahier des charges à l’origine de leur mais la paroi reste d’une épaisseur somme toute limitée. Elle permet néanmoins de fournir une protection suffisante contre les tirs d’armes légères et les schrapnels. L’absence de toit est une limitation de taille pour un emploi tactique en terrain  bocager, forestier ou urbain. En revanche, l’utilité d’une telle configuration réside dans la possibilité de voir la dizaine de fantassins abrités dans un Sdkfz 251 voltiger de part et d’autre de l’engin et depuis les ventaux situés à l’arrière du véhicule en l’espace de quelques secondes.

Le petit Sdkfz 250

            Le Sdkfz 250 pèse 5,3 tonnes, est protégé par un blindage oscillant entre 8 et 14,5 mm et peut atteindre l’honorable vitesse de 60 kilomètres/heure.  L’engin entre en production à temps pour participer à la campagne à l’Ouest de 1940. Le Sdkfz 250 semble être en fait une réduction de son aîné le Sdkfz 251, mis en service en 1939. Ce dernier s’avère plus intéressant sur le plan tactique en raison de sa capacité d’emport d’un groupe de combat dans son intégralité. L’engin est mis au point dès le milieu des années 1930. Pesant 8,5 tonnes pour une épaisseur de blindage équivalente au Sdkfz 250, le Sdkfz 251 répond davantage aux attentes. Ce poids reste raisonnable et correspond aux impératifs découlant de l’emploi tactique de l’engin: trop lourd, il ne serait pas en mesure d’évoluer facilement sur tous les types de terrain. Pour faciliter la production, le design des deux semi-chenillés ne cesse d’être simplifié, notamment en ce qui concerne les compartiments à rangement latérales et les garde-boue. Au total, l’industrie allemande fournit environ 16 300 Sdkfz 251 et 6 500 Sdkfz 250 à la Wehrmacht et à la Waffen SS.

Plusieurs modèles de SPW de commandement dotés d’antennes radios spéciales sont mis au point.

            Avec l’expérience, la mise au point de nouvelles versions de SPW s’avère essentielle au haut-commandement allemand. On dénombre au total 14 variantes de Sdkfz 250 et 22 pour le Sdkfz 251. Des leçons sont tirées des premiers engagements et l’entraînement insiste plus particulièrement sur la coopération interarmes.

Le « Stuka zu FuB » avec ses roquettes…

Des modifications sont apportées aux SPW pour emporter un mortier, voire une pièce antichar de 37 mm (sdkfz 250/10 et 251/10). Les Panzergrenadiere insistent en effet pour bénéficier de davantage de puissance de feu. Le Pak 36 de 37 mm reste pourtant bien inefficace, même avec l’obus à au tungstène Panzergrenate 40. A l’automne 1941, la Stielgrenate 41 lui redonne une nouvelle jeunesse (181 mm  de blindage pouvant être percé à 300 mètres!). Le Sdkfz 250/11 doté du canon schewere Panzerbusche de 2,8 cm est le bienvenu en 1942 mais ne tarde pas à montrer ses limites, surtout à l’Est. Mieux armé, le Sdkfz 251/9 « Stummel », avec théoriquement 6 engins par régiment de Panzergrenadiere, est équipé du 7,5 cm L/24 court qui arme les premières versions de Panzer IV. Il faudra attendre le début de l’année 1945 pour produire quelques SPW -en l’occurence le Sdkfz 251/22- avec l’excellent Pak40 de 7,5 cm.

La version poseur de pont léger du génie…

            Dans les faits, l’industrie de guerre allemande ne sera jamais en mesure de répondre à la demande exigée par la multiplication des formations blindées et motorisées, et ce d’autant plus que le Reich persiste à ne pas mobiliser entièrement son économie pour la guerre pendant les premières années du conflit. Pendant toute la durée du conflit, nombre de Panzergrenadiere partiront au combat à bord de camions. En Pologne, une seule compagnie appartenant à la 1. Panzer-Division  participe à la campagne juchée sur ses SPW. La Wehrmacht n’aligne en effet que 69 Sdkfz 251 en date du 1er septembre 1939. Ce n’est qu’avec l’invasion de l’Union Soviétique en 1941 que des bataillons entiers peuvent être montés sur Sdkfz 251. Un bataillon doté de Sdkfz 251 est souvent idéentifié par le suffixe (gep) -pour gepanzerte- afin de le distinguer des autres, encore montés sur camions.

En 1942, le terme Panzergrenadier devient officiel!

En 1942, les Schützen deviennent des Panzergrenadiere, un terme à mettre en rapport avec l’entrée en lice d’un nombre toujours plus grand de SPW. Ceci étant, au moment du Fall Blau, au cours de l’été 1942, certaines Panzer-Divisionen n’ont au mieux qu’une compagnie de Panzergrenadiere équipée de Sdkfz 251, voire aucune, tous les hommes étant montés à bord de camions. La Wehrmacht fait flèche de tout bois. Ainsi, en 1944, la nouvelle 21. Panzer-Division, dont le parc de véhicules fait la part belle aux engins créés à partir de châssis français, aligne des Leichter SPW (2.Ausf) auf UNIC P-107 U-304 (f) pour remplacer les Sdkfz 251 manquants.

L’industrie n’est pas en mesure de fournir des SPW en quantités suffisantes pendant les années de Blitzkrieg

En 1944, alors que l’industrie de guerre du Reich bat son plein (7780 Sdkfz 251 sortent des chaînes de montage cette année-là), la situation s’est considérablement améliorée en la matière. Toutefois, les tables d’organisation ne prévoient de pourvoir en SPW que 2 des 4 bataillons de Panzergrenadiere d’un Panzer-Division. La dotation globale maximale de Sdkfz 251 de toute la guerre semble atteinte au 1er décembre 1944 : 6155 sont en unité. Sachant que l’on compte une cinquantaine de divisions blindées et motorisées et de Panzer-Brigaden, cela ne laisse qu’une moyenne de 150-200 Sdkfz 251 pour les formations d’élite et à peine 60-80 engins pour la majorité des unités.

            Les autres belligérants adoptent eux-aussi, pour une part, des engins blindés pour leur infanterie d’accompagnement. Les Britanniques, entièrement motorisés, généralisent la série des Bren Carriers, qui traversent toute la durée du conflit mais qui ne peuvent emporter que quelques hommes. Comme les Américains, le principal engin de transport de l’infanterie mécanisée en 1944 est l’half-track M3, ce dernier étant en quelque sort le pendant du Sdkfz 251 mais présentant une moindre polyvalence d’emploi. Contrairement aux Allemands, les Britanniques et les Canadiens disposent d’engins suffisamment blindés et entièrement chenillés avec les Kangouroo, en fait des automoteurs M8 Priest auxquels on a ôté la pièce d’artillerie ou encore des chars Ram de facture canadienne dont on a déposé la tourelle. Mis en service la première fois au cours de l’opération Totalize lancée en direction de Falaise en août 1944, ce sont de véritables blindés tous terrains capables d’emporter un groupe de combat dans son entier et de suivre les chars. De ce point de vue, ils restent supérieurs aux Sdkfz 251. L’armée allemande ne s’y trompe: estimant la nécessité de disposer d’un transport de troupe entièrement blindé, elle envisageait l’avenir du Panzergrenadiere avec une nouvel engin basé sur la Pz.Kpfw. 38 (t).

Le Sdkfz 251: un blindé mythique sans réel équivalent

Panzergrenadiere! Doctrine

Panzergrenadiere

Organisation, doctrine, tactiques

La genèse des forces mécanisées

            Le développement des formations blindées et motorisées au sein de la Reichswehr a été par les contraintes du traité de Versailles, interdisant à l’Allemagne la mise au point et l’emploi d’engins blindés. En dépit des restrictions imposées par les vainqueurs de la Grande Guerre, l’étude de la guerre mobile suit son chemin en Allemagne et des grandes manoeuvres sont organisées -avec des blindés factices- tout en esquissant un rapprochement avec l’autre paria de l’Europe, l’URSS, qui accueille sur son sol une école de blindés pour la Reichswehr, à Kazan. Guderian, alors jeune officier de l’Inspection des Forces Motorisées, suggère dès 1924 de transformer ses unités de la logistique en formations de combat. Contrairement à ses homologues occidentaux et soviétiques (Toukhachevsky disparaît dans les purges des années 30), il obtient le soutien de ses supérieurs et de son gouvernement, Hitler étant immédiatement séduit par ses conceptions de la guerre motorisée.

Guderian, l’un des pères de la guerre mécanisée

            Quelles sont donc ces théories de Guderian (et d’autres comme son mentor Lutz) ? En 1937, fort de son expérience, celui-ci est en mesure d’exposer sa vision de la guerre moderne dans un ouvrage désormais célèbre, Achtung, Panzer!.  Il se démarque des autres théoriciens de l’arme blindée (Fuller -qui préconise aussi la motorisation de l’infanterie-, Liddell Hart, Hobart, Etienne, …) par l’abandon de l’idée que le rôle d’un char doive se limiter à celui d’un soutien de l’infanterie mais il refuse également le principe que la percée et l’exploitation obtenue par une concentration de blindés sur un point donné du front soit acquise par la seule intervention des chars. Pour l’officier allemand, le char n’est plus le soutien des fantassins mais ce sont l’ensemble des unités de la division qui sont en soutien des chars. Les Allemands comprennent pertinemment que les chars ne peuvent espérer l’emporter à eux-seuls, et encore moins s’assurer du terrain conquis.

Le tandem Panzer-Panzergrenadiere

            Guderian entend que la division blindée soit en quelque sorte une armée en miniature combinant diverses armes -blindés, infanterie, artillerie, génie, antichars…- , étant entendu que la coopération interarmes sera indispensable pour obtenir la percée puis le succès de l’exploitation attendue. Dans son esprit, l’infanterie motorisée tient ici un rôle primordial. Le théoricien allemand a en effet saisi l’importance décisive -et indispensable- de la coopération entre les Panzer et l’infanterie. Ilsouligne d’emblée que l’infanterie motorisée sera absolument nécessaire pour réduire toutes les poches de résistance que les Panzer ne seront pas en mesure d’annihiler.  De ce fait, elle combattra donc comme n’importe qu’elle autre unité d’infanterie. Elle sera en outre en mesure d’exploiter immédiatement toute percée en avançant sans délai. Ceci suppose que cette infanterie soit motorisée. Guderian entend que cette étroite coopération crée un esprit de camaraderie entre les équipages de Panzer et les fantassins motorisés. Bien plus, il part également du principe que, dans de nombreux cas (coupure humide, réseau de fortifications), l’attaque sera menée par les fantassins et non par les Panzer. Ceux-ci sont en outre menacés par les fantassins adverses dotés d’armes antichars (ne serait-ce que des mines ou des fusils-antichars), bien que s’attaquer à un blindé soit très hasardeux… Outre la coopération interarmes, la rapidité est le maître-mot. Il faut donc des communications fiables,  rapides et diverses (radios, balles traçantes, fusées pyrotechniques, fanions…). Dans les faits, les unités d’infanterie motorisées auront aussi à combattre seules, sans le soutien des Panzer et, parfois, mener des attaques sans lien avec un quelconque appui direct fourni aux blindés (songeons ainsi aux Schützen du régiment Grossdeutchland embarqués dans des avions Fieseler Storch pour s’emparer de ponts pour faciliter l’avance des 1. et 2. Panzer-Divisionen dans les Ardennes belges dans le cadre de l’opération NiWi).

La tactique  à l’épreuve du feu : les fantassins motorisés allemands en guerre

Les Panzergrenadiere combattent avant tout à pied

            Les principes de base esquissés par Guderian n’ont jamais été abandonnés pendant le conflit mais les circonstances et les spécificités de chaque théâtre des opérations ont eu un impact sur l’engagement des Panzergrenadiere et sur leurs tactiques. Comme au sein de toute formation d’infanterie de la Heer, la cellule de base de l’organisation des Panzergrenadiere est le groupe de combat, soit 12 hommes au maximum avec  deux mitrailleuses. Ce groupe, dirigé le plus souvent par un sergent, correspond à l’équipage d’un SPW ou d’un camion. Le sergent, assis à l’avant de l’engin, manie la mitrailleuse frontale, son second étant posté à l’arrière de l’engin, dont il ferme les portes lors de l’embarquement. Le plus souvent, une fois arrivée à destination, les soldats sautent des côtés de l’engin évoluant à vitesse ralentie ou bien s’extraient du véhicule en empruntant la porte arrière. En formation d’attaque, déployée en terrain libre, les SPW sont espacés d’environ 50 mètres, le plus souvent en configuration de flèche, en échiquier, ou encore selon une ligne brisée. Bien entendu, la belle ordonnance peut facilement être perturbée par les tirs ennemis. Mais les conducteurs sont entraînés à garder la formation sous les tirs mais, le plus souvent, les antichars et l’artillerie les forcent à chercher un couvert. Ils peuvent aussi tenter un manoeuvre d’évitement en alternant phases de tir et de mouvement. Cette procédure reste toutefois téméraire car le SPW n’est pas en mesure d’encaisser un coup au but de l’artillerie adverse et il importe donc de ne pas prolonger l’arrêt de  plus de 15-25 secondes, le temps de délivrer une rafale de mitrailleuse.

Le SPW: l’engin de combat indispensable des Panzergrenadiere

         Les tactiques sont également éprouvées au niveau divisionnaire. Pendant la campagne menée à l’Est, particulièrement au cours de l’été 1942, les fantassins motorisés s’intègrent dans le Panzer und lastkraftwagen, plus connu sous le diminutif Pulk, à savoir un immense déploiement de Panzer en forme de coin, voire de rectangle, au milieu duquel évolue les Panzergrenadiere montés sur leurs engins. Quand le coin perce le front adverse, les Panzergrenadiere sont en mesure de frapper les îlots de résistance ennemis de flanc et par l’arrière. Dans le désert, au printemps 1942, la formation de marche d’une division de Panzer -la Flaschenmarsch- repose sur l’étroite coopération entre les armes. Le commandement doit garder le contrôle de toutes ses formations afin d’assurer leur emploi optimal. Les flancs et l’avant-garde sont constitués par les unités de reconnaissances, dotés de blindés légers, d’automitrailleuses et de motocyclettes mais aussi de Flak. En second échelon, les Panzer et les Pak sont prêts à intervenir, avec le soutien de l’artillerie et, en retrait, les Panzergrenadiere. L’arrière-garde consiste en d’autre Panzergrenadiere et des unités de Flak. Les unités ainsi organisées se déploient sur un large front et sont aptes à réagir à tout danger qui se présenterait de quelque direction que ce soit.

L’infanterie motorisée dans la « Blitzkrieg » 1939-42

            La campagne de Pologne prouve le bien-fondé du concept d’infanterie mécanisée ainsi que ce qui sera ensuite baptisé la « Blitzkrieg ». Les Schützen motorisés ont bien appuyés les Panzer, s’emparant de positions bloquant toute progression, accompagnant les chars et nettoyant les poches de résistance, encore que la réduction de celles-ci soient le plus souvent dévolue aux unités d’infanterie classique. Le soutien opéré par les SPW avec leurs armes de bord s’est avéré essentiel. Pourtant, à l’origine, les Sdkfz 250 et 251 ne sont pas conçus comme devant être des plateformes de tir pour une infanterie portée. Le retour sur expérience pousse en outre à doubler le nombre de mitrailleuses au sein de chaque compagnie de Schützen et de doter les Schützen-Brigade de canons automoteurs dotés de pièces de 15 cm. Les Leichte-Divisionen sont converties en Panzer-Divisionen, ces dernières ayant donc plus de fantassins que les autres divisions blindées.

C’est l’infanterie motorisée qui est en pointe de la percée de 1940, pas les Panzer

            La Westfeldzug renforce le bien-fondé des conceptions de Guderian. Sans l’appui de formations d’infanterie motorisées et mécanisées, les Panzer n’auraient jamais été en mesure d’obtenir les succès qui ont permis à la Wehrmacht de remporter une éclatante victoire. A Sedan comme à Dinant, c’est le passage en force des Schützen et des Kradschützen, souvent à bord de simples canots pneumatiques, qui a permis le succès. Cet exploit n’a certes pas été remporté sans le soutien des Panzer et de l’artillerie ouvrant le feu depuis la berge Est de la Meuse. L’intervention massive de la Luftwaffe face à un adversaire dépassé par la rapidité d’action des Allemands sera également une des clés du succès. La percée obtenue, le rôle des fantassins motorisés  s’est avéré indispensable pour maintenir un rythme de progression soutenu ainsi que pour assurer la sécurité des flancs. Ce sont les Schützen des divisions blindées et motorisées qui assure la surveillance du front sur la Somme avant la relève des divisions d’infanterie. Pourtant, les fantassins des divisions mobiles doivent combattre à terre, démontés, et ont des difficultés à suivre l’avance des chars. Ils doivent aussi parfois combattre un ennemi qui a eu le temps de refermer un tant soit peu la brèche ouverte par les Panzer. Si ces derniers attendent les fantassins, ils perdent l’avantage de la vitesse. Ceci étant, le succès éclatant obtenu contre l’armée française, pourtant redoutée et bien dotée en chars, montre la supériorité des conceptions allemandes dans de multiples domaines, notamment en matière d’infanterie motorisée.

            Tout ne semble pas parfait pour autant. Le haut-commandement de la Wehrmacht conclut des pertes élevées essuyées par les unités de Schützen motorisées que la mécanisation (c’est à dire le fait d’être dotés de SPW) doit être améliorée, voire généralisée si possible. Par ailleurs, en dépit d’un entraînement orienté vers la coopération interarmes, le tandem Panzer-fantassins portés n’a pas si bien fonctionné qu’espéré. L’entraînement, l’équipement et l’organisation des unités d’infanterie motorisées sera donc désormais du ressort de la Panzerwaffe  en lieu et place d’une dispersion des compétences entre les écoles de Döberitz (infanterie), Krampnitz (cavalerie) et Wünsdorf (Panzer).

Les Sdkfz 250 et 251: trop peu nombreux…

            Dans l’idéal, la nécessité de disposer de suffisamment de fantassins pour appuyer les Panzer explique que les corps motorisés (qui sont rebaptisés Panzerkorps en juin-juillet 1942) aligne dans l’idéal deux divisions de Panzer et une division motorisée. En Afrique, les conditions dans lesquelles se déroulent les opérations imposent l’affectation à Rommel de divisions motorisées. La première à débarquer, en février 1941, est la 5. Leichte-Division, qui n’aligne que 2 bataillons de fantassins (Maschinengewehr-Bataillonen) pour 2 de Panzer. Au cours de l’été 1941, cette formation prend le nom de 21. Panzer-Division, avec 3 bataillons d’infanterie (un régiment est fourni par la 15. Panzer) tandis qu’est mise sur pied la Division-zbV-Afrika, future 90. Leichte-Division. Cette 90. Leichte, qui deviendra une véritable formation motorisée, donne à Rommel l’infanterie qui est nécessaire au succès de ses Panzer. Avec trois divisions –une motorisée et deux de Panzer réduite chacune à un seul régiment de Schützen- Rommel dispose d’un outil militaire plus à la mesure de ses ambitions et de l’importance qu’il veut conférer au théâtre des opérations nord-africain : l’Afrika Korps est un véritable Panzer-Korps.

L’Afrikakorps de Rommel: un corps mécanisé dont les Panzergrenadiere constituent l’indispensable infanterie (ici la 10. Panzer, tardivement versée du Pz AOK 5 au DAK)

            Avec l’invasion de l’Union Soviétique, la Wehrmacht aligne le double de divisions blindées (20). Une fois encore, les unités de Panzer et les divisions d’infanterie motorisée remportent une série de succès spectaculaires. Les SPW connaissent des améliorations : pièce antichar de 37 mm, une seconde mitrailleuse à l’arrière… La multiplication du nombre de Sdkfz 251 s’avère cruciale, permettant aux fantassins d’évoluer plus facilement au plus près des Panzer, et ce d’autant plus que la résistance acharnée des Frontoviki appuyés par de nombreuses armes antichars signifie que les Panzer sont vulnérables s’ils combattent isolés. La Russie montre également les limites du Sdkfz 251 : si l’engin est bien un semi-chenillé, la boue de  la raspoutitsa  englue plus d’un équipage. Avec l’arrivée d’un hiver rigoureux et la défaillance complète du système logistique de l’Axe à l’Est, le nombre de SPW opérationnels chute drastiquement. Les rares engins encore en état de fonctionner sont maintenus à l’arrière en réserve pour contre-attaquer toute percée soviétique. Les Panzergrenadiere seront de toutes les grandes offensives de 1942. Mais il apparaît de plus en plus évident que les SPW sont trop faiblement blindés contre les obus antichars. Si l’armement d’un SPW peut être renforcé, il n’est pas possible d’envisager d’en améliorer la protection. Or un engin touché peut signifier la mise hors de combat instantanée de tout un groupe de combat. La seule solution consiste toujours à insister sur une coopération des plus étroites entre Panzer et Panzergrenadiere.  Ces derniers suppriment les antichars ennemis -particulièrement dans une agglomération ou en forêt- tandis que ceux-là cherchent à éliminer non seulement les chars mais aussi à réduire les poches de résistance dotées d’armes lourdes. Les SPW ne se limitent dès lors plus à un unique rôle de « montures » pour devenir de véritables plateformes de combat. Les Panzergrenadiere combattent de plus en plus à bord de leurs engins. L’armement lourd devenant plus répandu et efficace, les Panzergrenadiere peuvent s’acquitter avec succès de davantage de types de missions qu’il était jusqu’alors difficile de mener à bien (reconnaissance, flanc-garde, arrière-garde, …).

Panzergrenadiere sur tous les fronts 1943-45

L’infanterie motorisée: trop peu nombreuse à l’Est…

            En 1943, devenu inspecteur des Panzertruppen, Guderian entend réorganiser les régiments de Panzergrenadiere à la lumière des enseignements accumulés au front. Les manuels, circulaires et aides pour l’entraînement sont réécris. Des écoles sont créées pour les cadres au niveau du régiment, du bataillon et de la compagnie. Chaque compagnie comptera désormais 3 pièces de 3,7 cm, deux 7,5 cm, 2 mortiers de 81 cm et 34 mitrailleuses. Le régiment comptera en outre une section de SPW dotés de lance-flammes. La grande bataille de Koursk verra certes l’emploi de nombre de Panzergrenadiere, encore bien trop souvent montés sur camions, mais leurs efforts de briseront sur les formidables et habiles défenses soviétiques ainsi que sur la ténacité des Frontoviki. Le temps est désormais le plus souvent à la défensive, mis à part quelques contre-attaques locales. Panzer et Panzergrenadiere font office de pompiers du front pour colmater les percées de l’ennemi. En 1943-44, en dépit de la vulnérabilité du Sdkfz 251 sur le champ de bataille, il apparaît indispensable de l’engager en première ligne devant la multiplication des armes antichars mis à la disposition de l’infanterie ennemie, notamment les bazookas.

Les SPW spnt disponibles en grand nombre en Normandie, mais le temps de la Blitzkrieg est révolu

            En Normandie, alors que Hitler compte sur la puissance de la Panzerwaffe pour retourner le sort de la guerre en sa faveur, nombre de Panzer-Divisionen sont assez bien pourvues en SPW : la 2. Panzer en compte 476 au 31 mai ; la 12. SS Panzer Hitlerjugend n’en ayant que 333, y compris les pionniers et l’unité de reconnaissance puisqu’un seul bataillon de Panzergrenadiere sur 6 est monté sur SPW.  Néanmoins, la supériorité aérienne alliée et l’aspect compartimenté du champ de bataille (avec le fameux bocage et ses haies) oblige l’armée allemande à revoir ses tactiques de guerre mobile. Le mot d’ordre est « dispersion ». De surcroît, les Allemands subissent en permanence la prise d’initiative de leurs adversaires, de sorte que de fer de lance d’une puissance contre-attaque, les Panzer-Divisionen et leurs Panzergrenadiere sont contraints à mener une bataille défensive pour laquelle elles n’ont pas été conçues. Comble du paradoxe, de puissantes unités mécanisées comme la Panzer Lehr, avec ses 4 bataillons de Panzergrenadiere entièrement montés sur Sdkfz 251, soit 693 half-tracks, doit remiser son matériel et l’entreposer dans des parcs à l’arrière du front! Lorsque, le 11 juillet, au bout d’un mois de guerre d’usure, la Panzer Lehr repart à l’offensive, ses Kamfgruppen regroupent bien toujours le tandem Panzer-Panzergrenadiere, ces derniers progressant à bord de leurs Sdkfz 251 hérissés de lance-flammes et de Pak. Toutefois, il faut combattre à terre, non sans pugnacité, mais les GI’s ont tôt fait d’enrayer la tentative. Les SPW s’avèrent toujours vulnérables et les Panzergrenadiere qui partent à l’assaut montés sur les plages arrière des Panzer sont massacrés.

Normandie 44 : un matériel qui in fine s’avère inutile et qui n’équipe que trop peu de divisions…

Lorsque le front est percée après l’opération « Cobra » (25 juillet 1944), le manque de formations d’infanterie motorisées sonne le glas de l’armée allemande à l’Ouest qui se montre incapable de conjurer le désastre qui culmine dans le chaudron de Falaise. Cinq mois plus tard, après un échec sanglant en Lorraine où les Panzergrenadiere des Panzer-Brigaden essuient de lourdes pertes, les fantassins mécanisés allemands repartent à l’assaut à bord de leurs half-tracks dans les Ardennes. Le terrain n’est guère propice à la manoeuvre et l’essence manque alors pour les unités de Panzergrenadiere. Pire, à la 2. Panzer, on compte 2 bataillons de cyclistes… qui seront rééquipés d’engins américains à la faveur de la capture de matériel ennemi au cours de la bataille!

Les Panzergrenadiere: troupes de choc jusqu’au bout, dans des unités qui ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes.

            Les derniers mois de la guerre voient la Wehrmacht essentiellement tournée sur la défensive. Désormais, les SPW emportent les Panzergrenadiere jusque sur le champ de bataille, les déposent et appuient leur progression avec leurs armes lourdes tout en restant en retrait. En réserve mobile demeurent avec les Panzer les Sdkfz 251 dotés uniquement de mitrailleuses.  La Wehrmacht envisage alors de faire entrer en lice le Sdkfz 251/22 Uhu, équipé de projecteur infrarouge. Un Sperber de 4 véhicules, 3 Uhu et un Sdkfz 251 classique transportant un groupe de combat, doivent alors appuyer un Panther doté lui aussi d’un matériel infrarouge du dernier cri. L’innovation technologique et tactique arrive trop tard. Le Reich s’effondre pourtant et l’infanterie motorisée de la Wehrmacht rentre dans l’histoire…

Conclusion

            La Wehrmacht a su démontrer l’importance du tandem char-fantassins mobiles dans la guerre moderne. Pendant 6 années de guerre sur tous les fronts, les Panzergrenadiere se sont avérés constituer un des atouts indispensables de l’armée allemande. En 1944, face aux armées des Alliés occidentaux entièrement motorisées et soutenues par une maîtrise aérienne absolue et confrontés à une Armée soviétique passée maître de l’exploitation en profondeur sur un front gigantesque, les Panzergrenadiere et les autres formations d’élite restent trop peu nombreux pour espérer conjurer l’inévitable défaite.

(sources images: Bundesarchiv)

Nouveau livre en septembre: « L’armée australienne 1939-1945 »

Parution à la mi-septembre aux éditions Lemme EDIT de mon ouvrage sur l’armée australienne!

Un sujet inédit en France.

Une étude portant sur les troupes les plus fascinantes des Dominions de l’Empire britannique. Au-delà de l’image d’Epinal du soldat coiffé du chapeau de brousse, des batailles mythiques telles que la Crète, Tobrouk et El Alamein, ainsi que des campagnes aussi difficiles que Singapour, la Nouvelle-Guinée et la Papouasie, ainsi que les Indes Néerlandaises.

Le lecteur découvrira le récit de ces batailles, avec les spécificités de chacun de ces théâtres d’opérations, après une présentation des forces terrestres, aériennes et navales australiennes.

Les archives australiennes ont aussi permis de sélectionner une série de clichés originaux et inédits que les lecteurs pourront découvrir dans le cahier central.

Sommaire de l’ouvrage :

  • AVANT-PROPOS
  • I/ LA MISE SUR PIED DES FORCES AUSTRALIENNES
  • II/ L’AIF EN MEDITERRANEE, 1940-1941 : 1ers PAS DANS LE CONFLIT
  • III/ LA GUERRE DU DESERT, 1940-1942 : AU FAÎTE DE LA GLOIRE
  • IV/ LA GUERRE DU PACIFIQUE : PROTEGER LA MERE-PATRIE
  • EPILOGUE

Pour commander l’ouvrage lorsqu’il sera paru, rendez-vous sur le site dé l’éditeur: https://lemmeedit.com/

GI’s au combat: l’US Army, l’oubliée du Pacifique

L’US ARMY DANS LE PACIFIQUE

DANS L’OMBRE DE L’USMC ?

Dans l’image d’Epinal du grand public, alimentée en partie par Hollywood, la guerre du Pacifique est avant tout un duel de porte-avions dans un ciel constellé de Corsair mais c’est surtout le théâtre d’opération des fameux Marines. Ce sont ces derniers à qui les quelques livres publiés en Français sur ce front font la part belle, quand ils ne portent pas sur Pearl Harbor ou Hiroshima. Pourtant, l’US Army a été elle-aussi très présente dans la guerre menée contre à l’empire du Soleil Levant. Nous attacherons dans cet article à répondre à la question suivante : le rôle de l’US Army a-t-il été secondaire sur ce théâtre des opérations qui embrasse le tiers du globe ?

Un engagement conséquent de l’US Army

J’ai déjà montré dans un article, combien il a été difficile pour les Alliés de mettre réellement en œuvre le principe du « Germany First » (« Germany First ! L’impact du principe sur la guerre en Asie-Pacifique », dossier de 2e Guerre Mondiale Magazine n°49). Ainsi, ce sont 290 000 soldats de la seule US Army qui sont déployés dans les îles du Pacifique, en Australie et en Nouvelle-Zélande avant la fin de 1942. Ce seront au final 3 armées de l’US Army (les 6th, 8th et 10th), 6 corps d’armées et 21 divisions qui serviront dans la lutte contre l’empire nippon. L’USMC fait à première vue pâle figure avec seulement 6 divisions de Marines engagées dans la guerre du Pacifique. Bien plus, ces divisions de Marines ont combattu au sein des IIIrd et Vth Amphibious Corps qui comptaient également des divisions de l’armée.

Si on prend en compte les débarquement (assaut initial seulement) lancés contre un rivage hostile par une force d’au moins un régiment ou une division, on dénombre, entre le débarquement sur Guadalcanal le 7 août 1942 et celui sur la péninsule d’Oroaku le 4 juin 1945, pas moins de 29 opérations amphibies de l’armée contre seulement 12 effectuées par les Marines ainsi qu’une opération conjointe (Okinawa, opération « Iceberg »). Certes, les pages les plus célèbres de la campagne -Guadalcanal, Tarawa, Saipan, Iwo Jima- restent attachées à l’USMC.

L’armée est donc bien présente face aux Japonais. Il convient maintenant de détailler les modalités de ses engagements et les unités impliquées dans la campagne.

La presse : une meilleure couverture des exploits de l’USMC

Les correspondants de guerre américains les plus fameux ont couvert la guerre en Europe, le célèbre Ernie Pyle ne rejoignant le Pacifique que pour Okinawa où il perdra la vie. Par ailleurs, la plupart d’entre eux, à l’instar d’Hemingway, parlent avant tout d’eux-mêmes et de leur propre expérience et non de celle des simples soldats. Le public a pu ainsi avoir l’impression que l’US Army n’était engagée qu’en Europe, face aux Allemands, alors que l’USMC a su mettre en valeur ses exploits. La presse s’est ainsi concentrée sur les batailles navales ainsi que sur les Marines à Wake, Guadalcanal, Tarawa et Iwo Jima.

Ernie Pyle, qui sera tué à Okinawa

GI vs Marine à Hollywood

A première vue, Hollywood a accordé la part belle à l’USMC sur les écrans, et ce dès la période de la guerre elle-même. Ainsi, « La sentinelle du Pacifique » de John Farrow en 1942 célèbre l’épisode de Wake). L’année suivante, c’est « Guadalcanal » de Lewis Seiler en 1943 puis « Alerte aux marines » de Edward Ludwig, en 1944. L’après-guerre est dans la même veine : « Iwo Jima » (avec John Wayne) de Allan Dwan en 1949, « Okinawa » de Lewis Milestone en 1950, « Les Diables de Guadalcanal » de Nicholas Ray en 1951« L’île des Braves » de Frank Sinatra en 1965, « Windtalkser, les messagers du vent » de John Woe en 2001 et surtout le très réussi diptyque réalisé par Clint Eastwood : « Lettres d’Iwo Jima » et « Mémoires de nos Pères » en 2006. L’US Navy n’est pas oubliée non plus : citons simplement la célèbre« La Bataille de Midway » de Jack Smight en 1976.

John Wayne dans « Les Diables de Guadalcanal »: honneur aux Marines!

L’US Army n’a cependant aucunement été boudée par Hollywood, et ce dès la fin de la guerre avec « Aventures en Birmanie » de Raoul Walsh réalisé en 1945 avec un Errol Flynn au sommet de son talent. « Les Marauders attaquent » de Samuel Fuller en 1962 immortalise la célèbre unité auprès du public tandis que « MacArthur, le général Rebelle », Joseph Sargent (1977) ancre le souvenir un général de l’US Army (après « Patton » en 1970). Enfin, avec « La Ligne Rouge » en 1998, Terence Mallick signe un des plus beaux films sur la guerre du Pacifique et les protagonistes su récit sont des GIs de l’armée de terre. Enfin, même des films plus romantiques et surtout très critiques vis-à-vis de l’armée comme « Tant qu’il y aura des hommes » de Fred Zinnemann  (1953) prennent aussi pour cadre l’US Army quand bien même l’action se déroule dans la Pacifique, en l’occurrence à Hawaï.

« Les Marauders attaquent »: l’US Army en Asie-Pacifique n’est pas oubliée par Hollywood

https://www.paperblog.fr/6242061/les-maraudeurs-attaquent-merrill-s-marauders-1962/

L’épopée des Philippines

L’histoire de la guerre du Pacifique commence par une série de déboires pour l’armée américaine. Débordées et isolées, les garnisons américaines tombent les unes après les autres. Si les Marines ont eu leur première heure de gloire avec l’épique défense de Wake (qui ne capitule que le 23 décembre 1941), l’armée a elle aussi marqués les esprits pour ses premiers engagements menés face aux Japonais, en l’occurrence aux Philippines, plus particulièrement dans la péninsule de Bataan et sur l’îlot de Corregidor. La présence de Douglas MacArthur, ancien chef d’état-major de l’armée et véritable prima donna y contribue pour une large part. L’archipel est en outre la seule zone où stationne une force américaine substantielle, en l’occurrence la Philippine Division.

Les Américains, loin de défendre Manille comme l’escomptaient les Japonais, établissent leur ligne de défense au nord de la presque île de Bataan. Le 1st Corps du général Wainwright tient l’aile droite des positions américaines tandis que le flanc est confié au 2nd Corps du général Parker. Wainwright dispose de trois divisions philippines ainsi que le reliquat du 26th Cavalry Regiment et de l’artillerie. Parker commande quant à lui quatre divisions philippines et le 57th IR des Philippines Scouts. Les flancs protégés par la mer et un massif volcanique infranchissable, le mont Natib, au centre, les Américains ont réussi à établir de solides positions défensives. Une seconde ligne est établie 13 kilomètres plus au sud est tenue par la Philippine Division. La pointe de la péninsule est en outre défendue par des unités d’infanterie de circonstances formées à partir de marins, d’aviateurs et de troupes des services, hâtivement instruits à la pratique des combats terrestres. Les combats sont disputés et ce n’est que lorsque les Japonais découvrent un chemin sur les pentes du mont Natib que les Américains sont contraints de se replier. Le 26 janvier, les forces américano-philippines se retrouvent sur leur dernière position défensive.

Le fameux tunnel de Corregidor

Le 3 avril, la 14e armée japonaise de Homma s’engage dans l’assaut final. Les forces américano-philippines cèdent et le front est enfoncé. L’état des troupes de Wainwright (MacArthur s’est réfugié en Australie après avoir menti en affirmant que des renforts étaient ne route depuis mes Etats-Unis) est à ce moment-là déplorable et il est bien sûr impensable d’envisager tout retour offensif de leur part : 80% des hommes sont atteints de paludisme, 75% souffrent de dysenterie et quelque 35% ont le béribéri. Le général King, commandant les forces de Luçon, estime que la lutte est vaine et il capitule le 9 avril. Les derniers défenseurs américains sont alors réfugiés sir l’île de Corregidor. Toute résistance cesse le 6 mai quand le général Wainwright se résout à l’inévitable et offre la reddition de ses troupes au général Homma. Si en aucune manière la résistance désespérée de Bataan et de Corregidor n’ont retardé les projets d’invasion japonais. La bataille des Philippines a en revanche un indéniable impact psychologique. La défense héroïque des troupes américaines à Corregidor remonte le moral des Américains et renforce leur volonté de vaincre.

Les îles Salomon : dans l’ombre de l’USMC

Il faudra attendre plusieurs mois avant que ne débute la reconquête. La stratégie américaine dans le Pacifique repose sur une double offensive : celle du général MacArthur (Southwest Pacific Area Command), ce qui implique donc un rôle majeur de l’US Army (mais non exclusif car la composante navale est indispensable), et celle de l’amiral Nimitz (Pacific Ocean Command)pour la reconquête des îles du Pacifique central. Cette dernière, bien que conduite opérationnellement par l’US Navy, suppose l’usage de forces terrestres et de Marines pour les combats à terre. A partir de 1942, la plupart des divisions de l’US Army font un arrêt de plusieurs mois dans les îles Hawaï pour y parfaire leur entraînement et assurer des missions de surveillance et de sécurité, qui inclut les îles sur la route maritime menant jusqu’en Australie où de plus en plus de GIs seront également stationnés. Ces exigences feront que davantage de GIs seront à l’exercice ou en garnison plutôt qu’au combat, au moins jusqu’en avril 1945.

L’état-major américain est décidé à conjurer la menace japonaise dans le Pacifique sud en lançant une série d’opérations. La première vise les îles Salomon, plus particulièrement Guadalcanal où les Marines vont écrire une page glorieuse de leur histoire à partir du 7 août 1942, date du premier débarquement effectué par les Américains pendant la Seconde Guerre mondiale. Le 13 octobre, des renforts conséquents, dont des troupes de l’US Army débarquent. L’armée participe donc désormais aux opérations mais le plus dur a été accompli par les seuls Marines auxquels revient le crédit de la victoire (sans oublier le rôle crucial de l’US Navy au cours de la bataille navale très disputée qui a en même temps cours). Le 9 décembre, les hommes de la 1st Marine Division, épuisés par plusieurs mois de combats, peuvent enfin savourer le repos. L’armée, commandée par le général Patch, prend la relève, une large part de la 2nd Marine Division étant toutefois maintenue en ligne. Le nettoyage des monts Austen commence le 17 décembre et les combats sont acharnés face à un adversaire solidement retranché. Après 22 jours d’intense combats dans la jungle, les GIs doivent être relevés par des troupes fraîches qui vont lancer l’ultime attaque. En janvier, le général Patch, qui commande désormais le 14th US Corps (Americal Division, 25th et 43rd Infantry Divisions et 2nd Marine Division) décide de frapper entre le pointe Cruz et Kokumbona. Les combats sont une nouvelle fois très disputés et ce n’est que le 24 janvier que la 25th Infantry Division du général Collins s’empare de Kokumbona. La position de Guadalcanal devient intenable pour les Japonais qui décident d’évacuer l’île.

GIs aux confins de l’Alaska

En avril 1943, un flotte américaine appareille de San Francisco. Objectif : les Aléoutiennes, conquises par les Japonais en mai 1942. Les Américains ont décidé de reconquérir les îles d’Attu et de Kiska. L’essentiel des combats repose sur la 7th ID. Les conditions climatiques sont éprouvante, même au printemps. Certains combats sont particulièrement disputés, à l’image des affrontements pour un escarpement nommé Point Able. 549 Américains périssent au combat (et un millier pour d’autres causes) au cours de cette bataille qui s’achève sur Attu à la fin du mois de mai. En août, une armée de 34 000 hommes, dont 5 500 Canadiens, débarque sur Kiska et ce n’est qu’à ce moment-là que les Américains réalisent que l’île a été évacuée par les Japonais depuis des semaines.

Débarquement à Kiska

Tarawa et Kwajalein : en soutien de l’USMC

Parallèlement aux opérations menées sous la férule de MacArthur, des divisions de l’armée sont impliquées dans l’offensive menée dans le Pacifique central, zone parsemée de milliers de petites îles réunies en archipels, qui s’étend sur plus de 5 400 kilomètres vers l’ouest et le nord-ouest à partir de l’archipel Gilbert, dont l’atoll de Tarawa, situées les plus à l’est sur l’Equateur. L’opération menée dans les Gilbert reçoit le nom de code « Galvanic ». La Task Force 54 du contre-amiral Turner dispose du 5th Amphibious Corps du général Holland Smith, formé de la 2nd US Marine Division et de la 27th US ID. Si les combats menés par les Marines à Tarawa pour la conquête de l’îlot de Bétio sont passés à la postérité, l’opération est menée conjointement avec l’armée qui s’attaque à Makin où les pertes, minimes, ne donnent pas lieu à une médiatisation sur l’aspect dramatique de la guerre et de son coût en vies humaines.

La campagne suivante, livrée dans les Marshall à partir du 31 janvier, soit à peine deux mois après Tarawa, est beaucoup moins sanglante pour les Américains, en dépit de la solidité des fortifications japonaises, souvent bétonnées, et de la lutte acharnée menée par les défenseurs. L’amiral Turner dirige les opérations contre Kwajalein où débarque la 7th ID, tandis que le contre-amiral Connoly mène l’assaut contre les îles de Roi et Namur avec les Marines. A Kwajalein, les débarquements se sont déroulés avec la précision d’un exercice. En l’espace de quatre jours, les GIs occupent toute l’île, pour le prix de 1 000 pertes, dont 173 tués. Les 6 750 défenseurs japonais sont presque tous morts. Les forces du Pacifique central se sont donc emparées d’un important atoll, pourvu de défenses aussi redoutables qu’à Tarawa, mais pour des pertes infiniment moins lourdes. Kwajalein tombe si rapidement que les troupes restées en réserve peuvent être lancées contre Eniwetok. Les défenseurs japonais sont cependant plus nombreux qu’escomptés et l’opposition rencontrée par le 106th IRrenforcé par des blindés de l’USMC (ce qui montre donc l’étroite coopération qui peut s’établir entre l’armée et les Marines), est plutôt vive. Il s’avère que les Japonais ont eux aussi tiré les leçons de Tarawa (reste à savoir comment un retour après combat a été possible…). Les défenses sont structurées autour de blockhaus entourés d’un cercle d’abris individuels, souvent protégés par de la tôle ondulée, distants de 3 à 5 mètres, et reliés entre eux et au blockhaus par un réseau de tunnels et de tranchées. Il faut ainsi deux jours et demi pour prendre Eniwetok. Au total, les Japonais subissent 2 700 pertes dans l’atoll, seulement 66 hommes survivant aux combats. Les Marines accusent de leur côté 254 tués et 55 blessés et l’US Army enregistre 94 tués et 311 blessés.

La Nouvelle-Guinée : sauts de puces de MacArthur en direction des Philippines

Mise sur pied en janvier 1943, la 6th Army sera le fer de lance de l’US Army dans sa campagne de reconquête. Dès le mois de février 1943, MacArthur lance une série d’opérations dans les Salomon puis en Nouvelle-Guinée, avant d’entamer en novembre 1943 les offensives destinées à neutraliser Rabaul, pendant que Nimitz frappe au même moment dans les Gilbert à Tarawa. Les forces américaines du sud-ouest Pacifique passent de deux divisions d’infanterie en décembre 1942 à cinq divisions en janvier 1944, sans compter les unités indépendantes et les cinq divisions australiennes combattant aux côtés des Américains. Trois autres divisions d’infanterie sont en voie d’acheminement.

Toutefois, l’isolement de Rabaul représente une tâche ardue. En mars 1943, les objectifs alliés dans le sud-ouest du Pacifique sont précisés par les chefs d’état-major combinés. L’opération est baptisée « Cartwheel ». En août 1943, les Américains du général Collins ont reconquis la Nouvelle-Géorgie, perdant 1 094 tués et 3 873 blessés, pour au moins 2 500 tués japonais. Les Alliés s’attaquent ensuite à Choiseul et débarquent sur Bougainville le 1er décembre. La 3rd Marine Division et la 37th ID esquivent le gros des forces japonaises et construisent deux pistes d’aviation près du cap Torokina, permettant d’assurer la couverture aérienne au-dessus des îles Bismarck. En mars 1944, les Japonais s’évertuent en vain à s’emparer de ces aérodromes et subissent de très lourdes pertes.

La prise de Lae, en Nouvelle-Guinée, participe à l’isolement de Rabaul. Les forces américaines de MacArthur s’attaquent également directement à la Nouvelle-Bretagne et à Rabaul en débarquant à l’ouest de l’île, afin de s’assurer de la maîtrise du détroit de Dampier, entre la mer des Salomon et la mer de Bismarck. Deux opérations sont lancées: le débarquement à Arawe le 15 décembre 1943 et la prise du cap Gloucester le 26 décembre 1943. MacArthur a en effet décidé de débarquer à l’extrémité occidentale de la Nouvelle-Bretagne. Au sud, à Arawe, les artilleurs japonais repoussent l’assaut de la 1ère vague du 112th Cavalry et le taillent en pièces. Le gros des forces américaines réussit toutefois à débarquer, mais se trouve vite englué dans la boue et les marécages. En outre, la mousson bat son plein et handicape fortement les opérations. A ce moment là, Rabaul, complètement isolée, est neutralisée.

Les Américains inaugurent alors une série de débarquement le long des côtes de la Nouvelle-Guinée, toujours plus en avant vers l’ouest, parfois non sans audace. Certes, les moyens restent en deçà des exigences de Mac-Arthur en raison de la priorité en dotation d’engins de débarquement accordée au décisif débarquement en Normandie. Mac-Arthur décide d’éviter le bastion de Wewak, où la 18ème armée japonaise du général Adachi s’apprête à recevoir chaudement les Américains, pour s’attaquer directement à Hollandia. Cette opération représente tout de même un saut de 1 000 kilomètres vers l’ouest. Le 22 avril 1944, les Américains de la 41st ID débarquent sans opposition à Hollandia. 35 kilomètres plus à l’ouest, la 24th ID débarque également sans difficultés dans la baie de Tanahmerah. Afin de prévenir toute contre-attaque de la part des forces nipponnes désormais isolées à Wewak, un régiment de la 41st ID qui s’empare d’Aitape. Outre l’effet de surprise et l’anéantissement des forces aériennes japonaises en Nouvelle-Guinée, un autre élément a favorisé l’entreprise audacieuse de MacArthur. Lorsque la flotte de porte-avions de Nimitz s’attaque à la grande base navale de Truk, les plus grosses unités japonaises ont en fait été repliées sur les Palau et, de là, vers Singapour et le Japon.

L’audace de MacArthur est donc couronnée de succès et celui-ci décide de poursuivre plus en avant l’avantage. C’est ainsi que, le 17 mai, la Tornado Task Force effectue une attaque amphibie à Arare dans la baie de Maffin, à 200 kilomètres à l’ouest d’Hollandia, puis à Wadke le lendemain. Les deux opérations visent à s’emparer d’importantes pistes d’atterrissage et sont couronnées de succès. Entre-temps, Wewak est tombée le 10 mai. Ces succès à répétition ne peuvent qu’encourager la témérité de MacArthur. Fin mai, après la préparation navale et aérienne habituelle, les GIs de la Hurricane Task Force débarquent sans coup férir à Biak. En progressant vers l’intérieur de l’île, les Américains ont pourtant la désagréable surprise de se voir confrontés à de redoutables défenses articulées autour de bunkers. La résistance acharnée des 7 000 hommes du colonel Kuzume s’éternise jusqu’au 22 juin, après un mois de combats.

Saipan : tensions entre l’US Army et l’USMC

Un Marine à Saipan: on oublie la contribution de l’Army

Dans le Pacifique central, après Eniwetok, les pires épreuves attendent encore l’US Army. Les opérations de débarquement à Saipan, dans les Mariannes, débutent le 15 juin 1944 à 7 heures pour les Marines. Le 16 juin, des unités de l’armée de terre américaine débarquent à leur tour, en l’occurrence la 27th ID. L’engagement de l’armée de terre dans la bataille au côté des Marines sera d’ailleurs à l’origine de tensions entre les deux corps lorsque le général Holland-Smith relèvera de son commandement le général Ralph C. Smith de la 27th ID. L’attaque principale débute le 22 juin. Tandis que la 2nd Marine Division peine devant le mont Tapotchau, la 27th ID affronte l’adversaire sur un terrain particulièrement difficile mais vient à bout des terribles défenses de la « Vallée de la Mort ». Au 7 juillet, les Japonais n’ont plus d’espace de manœuvre et lancent une charge Banzaï suicidaire au cours de laquelle ils parviennent à profiter d’une brèche pour écraser deux bataillons du 105th IR pour ensuite s’attaquer à des positions d’artillerie des Marines, obligés de se défendre à l’arme individuelle après avoir pilonné les attaquants. Holland-Smith s’insurge à nouveau à l’endroit de la 27th ID et jure de ne plus jamais employer l’unité. De leur côté, les généraux de l’armée de terre sont bien décidés à ne plus jamais servir sous ses ordres. Le 9 juillet, la bataille pour Saipan est arrivée à son terme.

Philippines : la plus grande campagne de l’US Army dans le Pacifique

MacArthur de retour aux Philippiness avec l’US Army

Depuis l’été 1944 et l’irruption de ses forces à l’extrémité ouest de la Nouvelle-Guinée, MacArthur n’est plus distant que de 500 kilomètres de Mindanao, l’île la plus méridionale de l’archipel philippin. Le 20 octobre, avec la 6th US Army du général Krueger, les Américains effectuent leur retour aux Philippines, en l’occurrence sur le rivage est de Leyte, au nord de Mindanao. Le jour même, MacArthur débarque lui-même de façon fort médiatisée, tenant ainsi sa promesse souvent réitérée de revenir aux Philippines. La stratégie japonaise se base alors sur une évaluation erronée des forces en présence et de la puissance américaine. Les amiraux japonais sont en effet convaincus de pouvoir anéantir la flotte américaine au large des Philippines avant d’annihiler la 6th US Army imprudemment débarquée et laissée à elle-même. En fait, la grande bataille navale livrée du 23 au 26 octobre dans le golfe de Leyte s’achève par une victoire retentissante de l’US Navy et élimine en fait les restes de la marine impériale nipponne. Si les combats s’éternisent encore pendant des mois sur Leyte, l’armée américaine contrôle l’île de Leyte. Les Américains ont perdu 3 500 tués et 12 000 blessés contre 49 000 tués japonais.

Le 15 décembre 1944, les forces de MacArthur débarquent sur l’île de Mindoro. La résistance est assez faible. Il ne s’agit en fait que d’une opération préliminaire à l’invasion de Luçon. Le débarquement de la 6th US Army de Krueger sur Luçon est effectué le 9 janvier 1945, sur la côte ouest de l’île. En quelques jours, 175 000 hommes sont à terre. Krueger va disposer en tout de 10 divisons et de 5 régiments indépendants pour cette bataille, qui représente donc la campagne la plus importante de la guerre du Pacifique en terme de troupes engagées à terre par les Etats-Unis. Les premières troupes américaines pénètrent à Manille le 3 février 1945 mais la prise de la ville est sanglante. Cette ville de 800 000 habitants est l’une des plus grandes d’Asie du Sud-Est. Ses édifices publics édifiés en béton pour résister aux tremblements de terre et les anciens forts espagnols constituent des positions défensives excellentes. La résistance japonaise est acharnée et Manille n’est totalement libérée que le 3 mars. La bataille coûte finalement la vie à 100 000 civils philippins. Les combats contre les îlots de résistance sur Mindanao et Luçon se poursuivent toutefois jusqu’à la signature de la reddition inconditionnelle du Japon le 2 septembre 1945. Alors que la bataille fait rage à Okinawa, où sont engagés les Marines, Mac-Arthur et Nimitz doivent à présent préparer leurs plans pour le stade ultime de la guerre du Pacifique : l’invasion du Japon.

Okinawa : l’ultime bataille

Okinawa est le cadre de la dernière intervention –massive- de l’US Army dans la guerre du Pacifique. L’opération est confiée à la 10th US Army –et non à un commandement de Marines– du général Buckner, initialement formée en vue d’une invasion de Formose. Elle s’articule en deux corps, totalisant 4 divisions de l’armée de terre et 3 divisions de Marines, soit 180 000 hommes. Le débarquement a lieu le 1er avril 1945. Les Marines sont chargés de la partie septentrionale de l’île tandis que l’armée s’empare de son côté sans coup férir de l’île de Shima et de son aérodrome.

Okinawa n’est pas une bataille menée par les seuls Marines

En revanche, au cours de son mouvement de progression vers le sud de l’île, l’armée américaine se heurte à une vive résistance, articulée sur un système défensif élaboré qui s’appuie habilement sur la topographie du terrain. Les troupes de l’armée de terre, maintenant épaulée par les Marines, réussissent pourtant à forcer les lignes japonaises et Shuri tombe finalement le 29 mai. Dès lors, les Japonais sont contraints à une irrémédiable retraite et les événements s’accélèrent. Le 10 juin, l’ultime assaut peut être lancé contre le dernier bastion japonais. Les combats acharnés pour le contrôle des hauteurs ne sont pas sans rappeler certains champs de bataille du premier conflit mondial. Le calvaire des Américains est également partagé entre Marines et GIs de l’US Army : il s’appelle « Sugar Loaf » pour la 6th Marine Division ou « Conical Hill » pour la 96th ID. Le 22 juin, le général Geiger, nouveau commandant de la 10th US Army, annonce la fin officielle des combats sur Okinawa. Cette bataille est de loin la plus meurtrière pour les Etats-Unis au cours de la guerre du Pacifique. 12 300 Américains sont morts dont 4 500 appartiennent à l’armée de terre.

Des conditions de guerre difficiles pour le GI

Plus de 3 millions d’Américains vont servir à un moment ou à un autre de la guerre dans le Pacifique et en Asie. Beaucoup n’ont pas entendu un coup de feu. 40% des officiers et 33% des engagés de l’aviation et de l’armée de terre ont passé une période plus ou moins longue sur le front. De fait, les périodes d’accalmie et de repos sont bien plus longues que les périodes de combat, beaucoup plus limitées dans le temps. Une division de l’armée de terre qui passe 19 mois dans le Pacifique totalise 31 jours de combat. Une autre y reste 27 mois et combat 55 jours. En Birmanie et en Nouvelle-Guinée, les unités sont cependant engagées pendant des périodes plus longues. Par contraste, les divisions engagées en Europe restent en ligne pendant des mois. Toutefois, le soldat engagé dans le Pacifique reste en général plus longtemps éloigné de son foyer et l’arrière s’avère souvent aussi chaud et insalubre que le front et les maladies ne sont pas rares. L’ennui touche de nombreux soldats, contraints bien souvent de vivre dans des bases isolées et dépourvues de confort. La lutte qui s’y déroule est néanmoins terrible et les Japonais offrent une résistance opiniâtre, fanatique. Les soldats américains méprisent cet adversaire sans pitié et un sondage effectué en 1944 est révélateur à cet égard : si seulement 5 à 9% des sondés souhaitent réellement tuer un Allemand, le taux monte de 38 à 48% en ce qui concerne les Japonais.

Forces spéciales en Asie-Pacifique

La seule unité de l’US Army engagée auprès des Chinois, en l’occurrence en Birmanie, baptisée force Galahad, ou 1688th Detachment, puis 5 307th Composite Unit, Provisional, le 1er janvier 1944, ou encore appelée les Marauders de Merrill, du nom du 1er commandant de l’unité (le surnom a été donné par James Shepley, journaliste de Time-Life), ne rassemble que 2 850 hommes, théoriquement rompus au combat dans la jungle et tous volontaires. Ces hommes vont combattre héroïquement dans des conditions particulièrement difficiles. L’exploit réalisé par les Marauders est sans conteste la prise de Myitkyina et de son important aérodrome en mai 1944, même si les combats s’y éternisèrent jusqu’au mois de juillet. Fin mai, il n’y a alors plus que 200 Marauders de valides ! La mission est couronnée de succès grâce à une marche forcée exténuante exécutée de concert avec plusieurs unités chinoises. Toutefois, Stilwell a beaucoup trop exigé des ses hommes et 80% des Marauders, totalement épuisés, sont hospitalisés. Galahad n’est plus opérationnelle. Pourtant l’unité est reconstituée et rejoint ensuite la Task Force Mars, comprenant le 475th Infantry Regiment (ex-5 307), le 124th Cavalry, le 612th Field Artillery et un régiment chinois. Une unité de l’OSS, le service d’espionnage américain, sert également sous les ordres de Stilwell : le détachement 101 du major Eifler. Pendant cette campagne de Myitkyina, les Rangers kachins se battent aux côtés des forces de Merrill. Fin 1944, le détachement 101 compte 566 Américains et près de 10 000 Kachins. Les pertes totales qu’il inflige aux Japonais sont estimées à 5 500, pour seulement 15 tués Américains et à peine 200 Kachins. En outre, plus de 200 aviateurs alliés sont secourus par l’unité.

Parmi les autres forces spéciales de l’US Army engagées dans la lutte contre les Japonais, citons : le 6th Rangers Battalion du colonel Mucci qui va combattre en Nouvelle-Guinée puis aux Philippines; la Canadian-American First Special Force engagée dans les Aléoutiennes ; le 158th IR (dit « Bushmaster ») qui servira en Nouvelle-Bretagne, en Nouvelle-Guinée et aux Philippines ; les Alamo Scouts qui font office d’unité spéciale de reconnaissance pour la 6th Army

Principales unités de l’US Army en Asie-Pacifique

  • Armées : 6th, 8th et 10th
  • Corps : I, IX, X, XI, XIV et XXIV
  • Divisions : Americal Division (American New Caledonian Division, mise sur pied en mai 1942 dans cette possession française), Philippine Division, 1st Cavalry, 11th Airborne, 6th, 7th, 24th, 25th, 27th, 31st, 32nd, 33rd, 37th, 38th, 81st, 93rd, 96th et 98th ID
  • Régiments indépendants : 503rd PIR, 112th Cavalry, 111th, 147th et 148th IR

Des barges de débarquement pour l’US Army !

Alors qu’en Europe, les GIs sont acheminés dans des péniches pilotées par du personnel de la Navy ou même par des Britanniques, ce n’est pas forcément le cas dans le Pacifique. Des unités du génie de l’armée de navires et de plages sont regroupées à raison de trois régiments pour chacune des quatre ESB ou Engineer Special Brigades. Chaque régiment aligne 7 400 hommes, 270 LCVP, 270 LCM, 32 navires de contrôle, 51 navires de patrouille, de sauvetage et d’appui-feu, 21 bateaux auxiliaires et 50 DUKWs. Plusieurs de ces ESB participeront aux opérations menées par la 7e force amphibie dans le nord des Salomons, en Nouvelle-Guinée et aux Philippines. L’armée possède également des bataillon de chars et de tracteurs amphibies ainsi que des unités de camions amphibies (DUKWs).

Blindés de l’armée face aux Japonais

Un Sherman sur le front du Pacifique

Les unités blindées américaines n’ont bien sûr pas été conçues avec l’idée de devoir combattre dans la jungle, cette dernière étant toutefois loin de recouvrir tous les champs de bataille du Pacifique. Mais quelle unité de chars ne l’a jamais été ? Lors de l’invasion des Philippines, les M3 Stuart des 192nd et 194th Tanks Battalions affrontent les Japonais, parfois dans la jungle. Lors de la reconquête, le 754th Tank Battalion intervient sur Bougainville avec ses M3 (qui ne sont pas obsolètes si on les jauge avec les tanks et les antichars japonais) puis des M4 Sherman à partir de janvier 1944. Il faut s’adapter à la jungle : se soutenant mutuellement avec les fantassins, les Sherman visent les embrasures et obligent les défenseurs à se mettre à l’abri. Sur chaque flanc, les Stuart tirent avec des schrapnels dont ne disposent pas les M4 : leur tâche est d’éliminer les snipers dans les arbres et de soutenir les M4 en mitraillant les attaques suicides de porteurs de mines japonais. Les 44th et 110th Battalions participent aux combats en Nouvelle-Guinée. Le 713th est tout très particulier car c’est l’unique bataillon de l’armée entraîné en tant qu’unité de chars lance-flammes. La bataille d’Okinawa lui coûtera cependant 16 Sherman détruits par les tirs adverses et 25 autres perdus pour d’autres raisons. Au cours de cette même campagne, le 193rd Tank Battalion subit les effets dévastateurs d’une mauvaise coopération avec des fantassins de la 27th ID : sur 30 Sherman engagés au cours d’une attaque, seuls 8 engins parviennent à rallier les lignes. Le fait que les Japonais ne disposent que de très peu de chars implique que l’armée américaine ne déploie que très peu de bataillons de Tank Destroyers dans le Pacifique. Le TD M10 a fait son baptême du feu sur ce théâtre des opérations sur Kwajalein, en soutien de la 7th US ID et au sein d’un Tank Battalion (ce qui est inhabituel). Le 1er bataillon de Tank Destroyer à combattre dans le Pacifique sera le 819th, à Peleliu. Trois bataillons participent à la campagne des Philippines (632nd, 637th et 640th).

1er janvier 1945 :

  • 13 bataillons de chars sont dans le Pacifique : 44th, 193rd, 706th, 710th, 711th, 713th Armored Flamethrower, 716th, 754th, 762nd, 763rd, 766th, 767th, et 775th.
  • 5 sont encore aux Etats-Unis : 28th, 779th et 785th qui seront tous convoyés aux Philippines en 1945 mais ils ne participeront à aucun combat.
  • 6 bataillons de Tank Destroyers sont dans le Pacifique : 632nd (M10), 637th (M18), 640th (M10), 671st (M18), 806th (M10) et 819th (M10).

Les aéroportés dans la guerre du Pacifique

Le saut du 503rd PRCT sur Corregidor

Le premier assaut aéroporté dans le Pacifique est mené par le 503rd PRCT (Parachute Regimental Combat Team) sur Nazdab, en Nouvelle-Guinée. Moins célèbres que leurs camarades des 82nd et 101st Airborne Divisions qui se sont couverts de gloire en Europe, les aéroportés de la 11th Airborne Division dite « Angels » (« Hell Angels » pour les GIs qui en font partie) et du 503rd PRCT ont eu aussi mené des opérations hardies dignes des meilleures pages des annales des forces de cette arme. Les paras et les « gliders » vont être engagés en Nouvelle-Guinée, en Indonésie et aux Philippines. Le 3e et dernier largage du 503rd PRCT sur Corregidor le 15 janvier 1945 constitue le saut opérationnel le plus périlleux effectué par une unité de paras américains. Le terrain, très accidenté, comprend de très nombreux obstacles naturels et humains (ruines, trous d’obus…) et 25% des hommes se blessent à l’atterrissage. Néanmoins, la vaillance et le professionnalisme de ces soldats d’élite leur permet de venir à bout de la garnison nippone (163 tués chez les paras américains pour 5 000 chez les Japonais). Le 511th PIR, seul régiment de paras de la 11th Airborne (qui compte deux régiments de soldats aéroportés par planeurs –les 187th et 188th- en sus de l’artillerie) est acheminé par bateau sur Leyte en novembre 1944 puis effectue de petits largages, notamment à partir de Piper Cubs. Soutenant les combats sur Luçon par un parachutage, le régiment participe aux terribles combats pour Manille. Un régiment participera au raid visant à libérer les internés civils et militaires américains de Los Banos. Lorsque la guerre s’achève, c’est à Okinwa qu’est déployée la 11th Airborne, renforcée par le 541 PIR tandis que le 188th Glider est devenu également un PIR. Au final, de petites opérations en regard de celles qui ont été menés contre les Allemands, d’autant que beaucoup d’interventions ont été amphibies avec très peu d’utilisation de planeurs (qui seront en revanche essentiels aux Chindits britanniques en Birmanie). La contribution de l’US Army est ici essentielle puisque l’USMC ne compte aucune unité aéroportée.

Les divisions de l’US Army ayant eu le plus de pertes dans le Pacifique

Comparaison avec l’USMC

  • 7th US ID : 9 212 pertes (en Europe, les pertes de la 3rd US ID sont de 25 977 GIs)
  • 96th US ID : 8 812 pertes
  • 77th US ID : 7 461 pertes
  • 32nd US ID : 7 268 pertes
  • 24th US ID : 7 012 pertes
  • 1st Marine Div : 19 284 pertes
  • 4th Marine Div : 17 722 pertes
  • 2nd Marine Div : 11 482 pertes
  • 3rd Marine Div : 8 676 pertes
  • 5th Marine Div : 8 563 pertes
  • 6th Marine Div : 8 226 pertes

Une prédominance des unités de l’US Army

Sur les 5 divisions américaines envoyées en renforts face aux Japonais en 1942, on ne compte qu’une seule division de Marine (la 1st, avec des éléments de la 2nd) alors que l’armée en expédie quatre (27th, 32nd, 37th et 43rd).

Dans le Pacifique du Sud-Ouest (MacArthur), seules deux divisions de Marines ont été engagées, et ce uniquement en début de guerre, pour la campagne des Salomon, soit essentiellement à Guadalcanal : les 1st et 2nd Marine Division en 1942-43, puis elles sont engagées dans le Pacifique Central de 1943 à 1945. Les 3rd, 4th, 5th et 6th Marine Divisions n’ont combattu que dans le Pacifique Central à partir de 1944 (1945 pour la 5th). En 1944, les divisions de Marine combattent dans le Pacifique Central aux côtés de 4 divisions d’infanterie (la 7th dans les Marshall, la 27th à Saipan, la 77th à Guam et la 81th sur Peleliu) alors que dans le Sud-Ouest Pacifique les 6th (Krueger) et 8th (Eichelberger) alignent 18 divisions de l’armée en vue de la campagne des Philippines. A Okinawa, la 10th Army de Buckner (un général de l’US Army, donc), fait montre de davantage de parité puisqu’elle aligne 4 divisions de l’armée pour 2 des Marines.

Au final, les Etats-Unis engageront plus de fantassins de l’US Army face aux Japonais qu’il n’y a de Marines. Certaines campagnes ont été menées par la seule armée de terre : Philippines (1942), Aléoutiennes, Birmanie, Nouvelle-Guinée, Philippines (1944-45), Bornéo. En revanche, sous le commandement de Nimitz (ainsi qu’à Guadalcanal), la tâche la plus dure, ce qui implique souvent l’assaut initial est dévolu aux forces de Marines.

Epilogue

Si la guerre s’était poursuivie, l’implication de l’US Army aurait était encore davantage marquée. Ainsi ; les projets de débarquement au Japon pour l’automne et l’hiver 1945 (opération « Olympic ») impliquent 650 000 hommes et 14 divisons, dont 3 de Marines. Certes, en mai 1945, si plus de 5 millions de soldats de l’armée américaines sont déployés outre-mer, on en dénombre qu’à peine un demi-million dans le Pacifique et près de 800 000 avec MacArthur, un total certes non négligeable en soi. Loin d’avoir été un partenaire secondaire dans la reconquête du Pacifique, l’armée a tenu un rôle aux côtés de l’USMC et surtout de l’US Navy, cette dernière s’avérant évidemment indispensable et décisive pour assurer la victoire sur le Japon.

GI’s au combat : infanterie à Ouest 1944-45

L’INFANTERIE AMERICAINE AU COMBAT

EN EUROPE DU NORD-OUEST

                  L’infanterie américaine a subi 661 259 des 936 259 pertes de l’armée de terre américaine au cours de la Seconde Guerre mondiale. La majeure partie de ces pertes a eu lieu en Europe de l’Ouest.

74 718 combattants américains de 45 divisions d’infanterie ont ainsi été tués entre le 6 juin 1944 et le 8 mai 1945.

Ces unités n’ont pu subsister sur la ligne de front qu’à la faveur d’une efficace système de remplacement des pertes. Ce faisant, la proportion de vétérans et de combattants confirmés ne cesse de diminuer et les divisions qui combattent en Normandie ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes en décembre 1944.

Les fantassins américains sont sans doute les mieux entraînés à l’époque, certaines unités débarquant en Normandie après trois ans d’entraînement, une chose impensable pour les unités allemandes envoyées à l’Est ou à l’Ouest.

En revanche, certains officiers supérieurs se plaignent de leur manque d’allant et de combativité dans l’attaque, un vrai problème quand on sait que la doctrine américaine vise à l’anéantissement des armées adverses au combat.

L’environnement du combat est dur. Les hommes doivent subir tour à tour les assauts de la chaleur, de la pluie, de la boue, du froid et de la neige. Les combats dans le bocage ou les forêts sont particulièrement déroutants et coûteux en vies humaines. Les hommes sont sales et les cas de pieds de tranchées, suite à l’humidité et au manque d’hygiène,  peuvent mener à l’amputation. Ils dorment peu ou mal.

Les jours se succèdent semblables aux précédents sans que les simples combattants aient une vision stratégique de la situation. Tous aspirent au retour. Mais celui-ci ne peut être obtenu que de deux façon : être blessé ou terminer la guerre.

Ni héros, ni lâches, les fantassins américains ont rempli leur devoir.

GI’s au combat: la 7th Armored Division

LA 7th ARMORED DIVISION :

DE LA NORMANDIE A L’ALLEMAGNE

Le général Sylvester

La campagne qui débute en Normandie en juin 1944 et qui s’achève en mai 1945 par l’effondrement du Reich a vu l’entrée en lice d’unités de l’US Army passée à la postérité. La 7th Armored Division du général Silvester, surnommée « Lucky Seventh », est peut-être moins connue que la « Hell on Wheels » (la 2nd Arm. Div) ou encore la 4th Arm. Div. Du bouillant général Wood, pourtant, son parcours est jalonné de faits d’armes, le plus célèbre étant sans nul doute la défense menée à Saint-Vith, pendant la bataille des Ardennes.

Veillée d’armes et arrivée en France

Comme toutes les divisions blindées, la 7th est subdivisée en trois Combat Command, des groupements interarmes : CCA (48 AIB, 40 AB, 489 AFAB, Co A 77 Med, Co A 814 TD, A 129 0rd), CCB (23 AIB, 31 AB, 434 AFAB, B 33, B 77, B 814, B 129) et, en théoriquement réserve, le CCR (38 AIB, 17 AB, 440 AFAB, C 33, C 77, C 814).

            Le matin du 6 juin, dans la port de Brooklyn, alors que le Débarquement a débuté sur les plages normandes, les GI’s de la 7th Armored Division prennent leurs paquetages et embarquent pour la traversée vers l’Angleterre. Ils appareillent le lendemain. En dépit du manque d’espace à bord, la bonne humeur domine. Dans la nuit du 12 au 13 juin, le navire aborde le Firth of Clide et accoste en Ecosse. Les troupes sont ensuite acheminées en Angleterre à Tideworth Barracks, où les éléments d’un détachement avancé les attendent avec une partie du matériel. Rattachée à la 3rd US Army du général Patton, la 7th ne doit intervenir sur le continent que dans la seconde phase de la campagne. Elle n’est donc pas prioritaire sur la perception du matériel (début juillet, un des bataillons blindés n’a toujours pas perçu l’intégralité de son parc de véhicules).

A partir du 7 août, la division se dirige vers une zone de concentration près de Dorchester, dans le sud de l’Angleterre. L’endroit semble si désorganisé que des officiers auraient songé à requérir une enquête officielle s’ils en avaient eu le temps. Dès le 8 août, les unités commencent à embarquer à bord des LST à Portland, près de Weymouth. Les conditions à bord restent difficiles, sauf pour les officiers, car il faut dormir dans des couvertures sur les ponts, au milieu des véhicules, ou bien dans des lits en toile. Après un dernier café et des doughnuts offerts par la Croix Rouge, les navires appareillent enfin pour Utah Beach le 10 août. Malheureusement, comme ce sera le cas pour le 31st Tank Battalion, il faut patienter au large des côtes normandes pour attendre la bonne marée. Quelques jours plus tard, l’heure de combattre est enfin arrivée.

L’exploitation de la percée d’Avranches

La 7th Arm. appartient au 20th Corps de Walker, de la 3rd Army de Patton qui caracole vers l’ouest, le sud et surtout vers l’est depuis la prise d’Avranches le 1er août. Entrée en lice au milieu du mois, la division de Silvester est donc une des composantes du corps situé le plus au sud sur le front de l’armée Patton.

La 7th Arm Div fait partie de ces formations de la 3rd US Army qui vont caracoler dans la profondeur du dispositif ennemi dans le cadre d’une exploitation remarquable. La rapidité de l’avance ne doit pas faire croire à l’absence d’opposition. Celle-ci, même éparse, n’en cause pas moins pertes et délais, au grand dam de Patton. Parmi les unités qui foncent en tête, on trouve bien entendu l’unité de reconnaissance de la division, à savoir le 87th Cavalry Recce Squadron. Rattachée au CCB, elle mène des opérations de découverte et de flanc-garde sur l’aile gauche de la division. Toutefois, le 19 août, l’opposition allemande est trop rude et l’unité n’est pas parvenue à pousser aussi loin au nord que prévu. Contrairement à l’image d’Epinal, le danger peut survenir du ciel : le 17 août, l’unité subit ainsi un strafing de 14 Me 109 dont au moins un est endommagé par les mitrailleuses de 12,7 mm.

Si la prise d’Epernon ne s’avère être qu’une formalité, la bataille de Chartres, qui s’éternise du 15 au 17 août, sera en revanche disputée. Le 23rd Armored Infantry Bn, qui est une des composantes du CCB, participe à l’assaut depuis le nord-est en conjonction avec une manoeuvre en tenaille depuis le sud-est. Le 15 août, le premier accrochage survient lorsque quatre Pak ouvrent le feu sur la colonne, détruisant un M5 du 31st Tk Bn. Les Sherman armés de 105 mm réagissent immédiatement en neutralisant les tirs adverses, détruisant un des antichars. Le retard subi reste marginal et la position de départ pour l’assaut sur la ville est atteinte à 15h30. A 20h10, une compagnie de fantassins reçoit l’ordre d’attaquer mais, bien qu’elle pénètre de plusieurs centaines de mètres dans la localité, l’obscurité et l’ennemi en rendent le contrôle bien difficile. La pression est maintenue sur les Allemands toute la nuit et l’attaque reprend le lendemain 16 août au lever du jour. Les Américains atteignent l’Eure à l’est et les limites de la ville au sud. Si les GI’s ne rencontrent qu’une opposition sporadique de snipers jusqu’après le coucher du jour, les Allemands s’infiltrent à nouveau dans la nuit du 16 au 17 août et il faut procéder au nettoyage de la ville. L’attaque commence à 16 heures et les 23rd et 38th Arm Inf Bn reçoivent l’ordre d’achever leur mission dans le secteur est de la ville jusqu’à Luisant, ce qui sera fait.

A côté de ces combats intensifs, l’avance est ponctuée de nombreux accrochages moins sérieux mais qui vont permettre à la 1. Armee de Kurt von der Chevallerie de reconstituer un front en Bourgogne puis en Lorraine. Quelques jours après, au cours de sa poussée vers Melun, l’avant-garde du 17th Tk Bn commandée par le major Dailey n’avance pas aussi vite qu’escomptée car l’unité de reconnaissance qui précède ne progresse pas assez rapidement. Ainsi, près de Velleconin le 22 août à 9h45, celle-ci rapporte que deux Pak bloquent l’avance. Mais, à 11h05, des Panzer ont été détectés, aussi demande t-on le soutien de Tanks Destroyers alors même que le 87th Recce Squadron est renforcé d’un peloton de Sherman. Or, selon la doctrine américaine, les chasseurs de chars sont les TD M 10, pas les tanks. Silvester ordonne de mettre le paquet pour forcer le passage, au besoin en faisant donner l’artillerie. Si le gros de la colonne traverse La Ferté à 14 heures, il aura fallu consacrer plusieurs heures pour forcer ce barrage routier.

Ce même 22 août, la périphérie de Melun est atteinte vers 15h50 mais le CCR ordonne d’attendre les ordres. Vers 16h30, une reconnaissance ainsi que des renseignements glanés auprès de français apprennent que la route principale est minée et couverte par des Paks –au moins deux dans la position défensive établie à 500 mètres des positions américaines- ainsi que des chars téléguidés (Borgward ou plus probablement Goliaths). La première attaque lancée avec l’infanterie à 18h55, est rapidement enrayée. Un Sherman venu en appui est incendié. Le CCR voudrait tenter un passage en force en dépit de l’obscurité mais l’assaut est à nouveau stoppé vers 23h30. De grosses explosions venant de la ville troublent la relative quiétude de la nuit. Les Américains en découvriront l’origine le lendemain… L’assaut final sera lancé avec une colonne attaquant à nouveau le long de la route principale tandis qu’une seconde colonne débordera l’ennemi sur son flanc droit puis remontera vers Melun en suivant la rive de la Seine. L’attaque est lancée le 23 août à 15 heures, un Sherman étant endommagé par une mine dès le début de l’assaut. Le passage est dégagé par les sapeurs et, après de vifs échanges de tirs, les Américains emportent la position adverse. Quant à la colonne devant manœuvrer sur le flanc de l’ennemi, sa progression est ralentie en raison de tirs en provenance de l’autre berge du fleuve. On craint notamment qu’un Pak soit positionné dans un bâtiment d’usine. A 17 heures, on découvre que les ponts sont détruits (les explosions entendues la nuit). Les tanks appuient le franchissement du fleuve par le génie avant de se retirer de la ville, non encore entièrement sécurisée. La nuit, les GI’s épuisés ne parviennent pas à trouver le repos sous les averses de pluies. Le lendemain après-midi, les tanks soutiennent la formation d’une tête de pont par l’infanterie et le génie. Si les mortiers allemands frappent les éléments du train, le 17th Tk Bn fait l’expérience terrifiante de subir ses premiers tirs d’artillerie.

Après la prise de Melun, la chevauchée vers l’est reprend pour toute la division. Le 31 août, la « Lucky Seventh » est sur l’ancien champ de bataille de la Grande Guerre, libérant Château-Thierry (de grande renommée pour les Américains), puis Verdun, où tombe le sous-lieutenant Hogan, décapité par un tir de 8,8 cm alors qu’il se tenait dans sa tourelle…

Coup d’arrêt en Lorraine

            A l’issu d’un mois d’août trépidant, la 7th Arm Div va subir un coup d’arrêt commun à l’ensemble des forces alliées. Les événements sont connus : la logistique, dont les dépôts sont toujours approvisionnés par les ports normands, peine à assurer le ravitaillement des armées alliées. La 3rd US Army est un temps la plus mal lotie de toutes en dépit de la mise en place du fameux Red Ball Express. La situation au 31st Tk Bn est éclairante à cet égard. Au 2 septembre, l’unité doit se rassembler dans le secteur de Mont Faucon et s’y retrancher pour la nuit, faute de carburant. Toute la journée du lendemain est passée à attendre de l’essence. Ce n’est que le 4 septembre qu’un peu du précieux liquide est versé dans les réservoirs vides : ordre est donné de faire demi-tour et de rejoindre la zone de concentration située au nord-ouest de Verdun. En fin de soirée, le bataillon reçoit ses ordres pour reprendre l’avance sur Metz dès que l’essence sera disponible en quantités suffisantes. Le 5 septembre, il n’y a toujours pas de carburant. On en profite pour peaufiner les plans.

L’historique du 31st Tk Bn indique qu’un des moments les plus mémorables de ce mois de septembre est sans conteste le premier bombardement de la Luftwaffe subi par l’unité. « C’était en fait une expérience terrifiante que beaucoup d’entre nous n’avaient pas interprété comme une attaque jusqu’à ce que les bombes tombent à proximité ».

            Le 6 septembre, la 7th Arm reprend sa marche en avant. Les succès du mois d’août, l’optimisme est de mise du QG de Patton à celui du moindre bataillon. Au 31st Tk Bn, les objectifs à atteindre sont ambitieux : Metz, Sarrebrück puis le Rhin, à Francfort. La division de Silvester traverse la Moselle à proximité de Dornot. L’assaut est un échec. Une seconde tentative est menée en vain sur un terrain peu favorable au nord-ouest de Metz. La division est ensuite engagée dans la tête de pont de la 5th ID dans le secteur d’Arnaville. Il est prévu qu’elle attaquera sur deux colonnes après avoir franchi la Meuse : le CCA suivi du CCR par le nord et le CCB plus ou moins parallèlement mais un peu plus au sud et à l’est. Elle contournera Metz et s’emparera des hauteurs à l’est de la ville, près de Thionville, afin de faciliter le franchissement de la rivière par la 90th ID. L’assaut est lancé le 15 septembre. Ce sera un échec : Metz ne tombe pas.

Au cours de sa chevauchée vers l’est, Patton parcourt le champ de bataille en tout sens, félicitant ou rabrouant un subordonné par assez zélé, comme le général Silvester: « Je n’étais pas satisfait de sa division, que ce soit dans son allure que dans sa progression, et qu’il devait faire mieux dès à présent».

            Les combats menés pour s’emparer d’un bois entre Marieulles et Sillégny sont révélateurs de ce qu’on dû endurer les Américains. Le 15 septembre, une section du 87th Recce Squadron observe un barrage routier et rapporte avoir entendu des bruits de moteurs dans le bois. Les « scouts » attirent le feu d’une mitrailleuse ennemie depuis la gauche. On se déploie pour la nuit et les plans sont dressés pour le lendemain. Le 17th Tk Bn du lieutenant-colonel Temple va mener l’attaque, Sherman en tête, avec le soutien de l’infanterie qui suivra de près avec les M 10 et les M4 de 105 mm. A 7h30, l’attaque est lancée. Des coups de feu d’infanterie retentissent dès que le bois est atteint et, une heure plus tard, le barrage routier tombe. Les sapeurs s’emploient à déblayer les abattis après que les fantassins commandés par le capitaine Dan Jennings se déploient pour assurer leur couverture. Le bois étant assez touffu, l’infanterie précédera désormais les tanks dans la suite des opérations. L’ennemi est contraint peu à peu au repli et trois barrages routiers sont pris. A 11 heures, la première clairière est atteinte. Il y a deux cent mètres de terrain clair à parcourir et on observe la présence d’autres abattis. Mais l’artillerie américaine est maintenant déployée et pourra soutenir la poursuite de l’assaut avec toute sa puissance destructrice. Pendant toute la journée, les Allemands répliquent avec leur artillerie ainsi que des mortiers qui tirent avec beaucoup de précision. Toutes les tentatives d’attaques menées en direction de Sillégny sont vouées à l’échec. A 16h30, l’artillerie américaine concentre ses tirs sur le front et, deux heures plus tard, l’infanterie a atteint la lisière du bois, en fait abandonné par l’ennemi qui s’est replié sur Sillégny. La nuit suivante reste éprouvante car la pluie se met à tomber et les Allemands continuent à arroser le secteur avec leur artillerie. Une compagnie du 38th Arm Inf Bn est si durement touchée qu’elle doit abandonner ses positions. Les Américains préparent néanmoins leur attaque pour le lendemain matin. L’assaut, précédé par un barrage d’artillerie en dépit des difficultés d’observation, est lancé par l’infanterie et les tanks à travers une clairière à partir de 7h30. L’intensité des répliques de l’artillerie allemande est telle que l’infanterie ne peut pas suivre : les tanks du 17th Tk Bn se déploient de part et d’autre de la route juste au-delà des bois et tiennent leurs positions jusqu’à la fin de la journée pendant que les fantassins du 38th Arm Inf Bn se réorganisent. La suite des combats est tout aussi difficile. Le passage de la Seille près de Sillégny est un échec. C’est donc en Lorraine en ce mois de septembre 1944 que la 7th Arm Div subit donc son premier revers.

L’épreuve des marais de Peel

La 7th Arm Div est alors transférée aux Pays-Bas où l’opération « Market Garden » a créé un saillant allemand entre le corridor vers Nimègue et le 19th US Corps de Corlett. Il importe donc de conjurer cette menace. Mais les Fallschirmjäger et les Panzer du 86. Armee-Korps, beaucoup plus puissant que ne l’estiment les services de renseignements alliés, résistent farouchement.

Le CCR est engagé le 3 octobre. La Task Force Wemple, qui inclut le 17th Tk Bn, est guidée dans son avance par un élément du 87th Rcn Sqd. Quelques tanks sont victimes des mines et des Pak et il faut subir les tirs des Nebelwerfer, heureusement peu efficaces. Toutefois, en dépit de la présence d’un observateur avancé, les répliques américaines ne sont pas plus efficaces sur un adversaire très bien retranché dans deux bois. Le 4 octobre, en dépit d’un manque d’infanterie d’accompagnement et de l’absence du soutien aérien promis, il est décidé d’attaquer en fonçant sur les bois avec les tanks. Une section les contourne depuis l’ouest puis revient vers l’est et se retrouve entre les deux bois faisant feu sans arrêt sur toutes les positions présumées de l’ennemi. Mais les antichars allemands sont camouflés avec tant d’adresse qu’ils sont impossibles à repérer. Huit Sherman sont touchés et trois autres sont victimes de pannes mécaniques (ce qui n’est pas rien pour un blindé réputé fiable). Il ne reste donc plus qu’un blindé à la compagnie A… Vers midi et demi, un officier de liaison de l’USAAF permet d’obtenir un raid de P-38 qui embrasent les bois après que les cibles aient été marquées par des fumigènes rouges tirés par l’artillerie. Le procédé est réitéré à 14h30 puis à 16h45. Entretemps, les GI’s observent l’ennemi ramasser les blessés des deux camps mais les Allemands ne permettent pas aux infirmiers américains de se joindre à eux. Il faut alors se retrancher : les bois ne seront pas pris ce jour-là…Le 5 octobre, la 7th Arm n’est même pas avancée de trois kilomètres en direction d’Overloon, pour la perte de 35 chars et 452 hommes. Eisenhower demande alors à Montgomery d’intervenir. Celui-ci engage le 8th Corps de O’Connor, auquel est rattachée la 7th Arm. Celle-ci se déplace dans le secteur de Deurne.

La bataille menée dans les marais de Peel sera particulièrement éprouvante pour la 7th Arm Div. Après la campagne de Lorraine, la division souffre par ailleurs d’un déficit en effectifs : ainsi, au 17th Tk Bn, on ne compte que 12 Sherman par compagnie.Les combats menés du 27 au 29 octobre ont été très disputés sur tout le front de la 7th Arm est frappée de plein fouet par la contre-attaque. Ils coûtent 21 chars et deux peeps au seul 17th Tk Bn qui revendique la neutralisation de 11 Panzer. 87 hommes ont été perdus.

Mi-octobre, après que la progression ait été bloquée malgré la prise d’Overloon, Monty renonce, estimant que la priorité doit être donnée à Anvers. Les Allemands, en revanche, contre-attaquent le 27 octobre après un barrage d’artillerie de 40 minutes. Ils s’emparent de Meijel et traversent le canal de Deurne, engageant la 9. Panzer-Division et la 15. Panzergrenadier-Division du 47.Panzer-Korps de von Lüttwitz, venant du front de Patton, à la grande surprise des services de renseignements alliés. Le 28 octobre, le 31st Tk Bn est à la peine en tentant une contre-attaque. Une grêle d’obus d’artillerie et de mortiers cloue l’infanterie au sol, obligeant les tanks à mener l’assaut, ce qui les expose aux tirs des Pak. Il faut de toute façon se retrancher au sud-est de Leisel pour tenter d’endiguer une manoeuvre de contournement de l’ennemi. Le PC, pris sous les tirs, doit déménager dans l’urgence. Il est transféré dans une bâtisse récemment abandonnée par ses occupants avec précipitation, laissant même encore du café tout chaud qui n’est pas perdu pour tout le monde… Las ! La maison est également prise pour cible et il faut à nouveau déplacer le PC. A la tombée du jour, les tanks doivent se replier pour se regrouper et se ravitailler tout en subissant les tirs sporadiques de l’artillerie adverse mais aussi les attaques nocturnes de la Luftwaffe. A 9 heures, le 29 octobre, les Allemands pénètrent dans Leisel mais les Tank Destroyers déployés avec l’avant-garde parviennent à incendier trois Panzer. Le soir, la relève est assurée par les Britanniques. Le secteur est miné et piégé avant d’effectuer le repli.

Dans son rapport, le 31st Tk Bn reconnaît que la bataille pour Liesel a constitué une rude épreuve. Les Américains estiment que tous les facteurs étaient en faveur de l’ennemi, qui aurait par ailleurs-poursuit le rapport non sans exagération- utilisé tous les types d’équipement connu jusqu’alors (ce qui est faux). L’historique du bataillon reconnaît que la situation était fort délicate et qu’il s’en est fallu que les Britanniques n’arrivent pas à temps. Peu à peu, le terrain concédé est repris jusqu’au 8 novembre. Entretemps, depuis le 31 octobre à minuit, le général Silvester a cédé son commandement au général Hasbrouck.

Patrouilles et coups de mains

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(l’illustration ne montre pas la 7th US Arm Div)

            Le 16 octobre, Silvester ordonne la mise sur pied par le 17th Tk Bn de patrouilles devant comporter 18 hommes menés par deux officiers. Les soldats qui en font partie doivent être des volontaires et recevront une instruction pour mener des patrouilles aussi bien diurnes que nocturnes. On apprend à utiliser le compas lire des cartes, etc. Chaque homme obtient l’arme dont il fait la demande si celle qu’il possède en dotation ne lui convient pas. On insiste sur le développement d’un esprit de corps et d’une émulation par la compétition. Des privilèges sont ainsi accordés : un jour de repos après une patrouille de nuit, le meilleur équipement et le fait de ne pas faire normalement partie des groupes d’assaut en cas d’attaque. De plus, les membres de ces patrouilles seront plus particulièrement pris en considération pour obtenir des promotions. Les hommes créent un insigne dont ils ornent leurs véhicules et leurs casques et se baptisent les « Dailey’s Raiders », d’après le nom du major qui les commande, qui par ailleurs le Battalion Executive Officer.

La division, affectée à la 9th US Army, est alors placée en réserve et la plus grande partie du mois de novembre est consacrés à des exercices. Les unités de tanks entraînent leurs troupes à agir de façon automatique et les instructeurs insistent sur l’acquisition de cible et surtout sur la précision et la réussite du premier tir, qui est souvent décisif. La coopération infanterie-tanks reçoit également toutes les attentions. Le 29 novembre, les tanks du 31st Tk Bn tirent en moyenne 80 coups chacun. Le lendemain, ce ne sont pas moins de 2025 obus de 75 mm et 1057 de 76 mm qui sont tirés. A n’en point douter, comparée à la Wehrmacht, l’US Army est une armée qui a des moyens et cela ne peut que se refléter dans la qualité de l’entraînement.

Fin novembre, un Combat Command est à Ubach, au nord d’Aix-la-Chapelle et les deux autres sont encore aux Pays-Bas. Début décembre, quelques éléments de la division sont rattachés à la 84th ID qui mène des combats dans le secteur de Linnich, en Allemagne. Le 16 décembre, les événements qui surviennent plus au sud scellent le destin de la « Lucky Seventh »…

Un carrefour dans les Ardennes

La campagne des Ardennes et la défense du nœud routier de Saint-Vith constituent sans aucun doute un des grands moments de la 7th Arm Div. Dépêchée en urgence dans les Ardennes pour colmater la brèche qui se forme, la division, désormais rattachée à la 1st US Army, reçoit l’ordre de gagner la zone de Saint-Vith qu’elle doit interdire aux Allemands avec l’aide du CCB/ 9th Arm Div et les restes des 28th et 106th ID, deux unités malmenées dès le premier jour de l’offensive ennemie. Celle-ci ne parvient pourtant pas à suivre un tempo soutenu, même après le spectaculaire succès remporté dans le Schnee Eiffel. Les combats menés par le CCB/7th Arm Div du général Bruce Clarke à Saint-Vith constitue un des événements majeurs de la bataille des Ardennes. A l’instar de ce qui se déroule au même moment au carrefour de Bastogne, Manteuffel se heurte à une défense inspirée et acharnée qui lui fait perdre six jours.

Des barrages routiers sont établis partout et défendus par de petites unités. Entre La Roche et Samrée, ce sont 15 fantassins du 23rd Arm Inf Bn et 14 sapeurs du 33rd Arm Eng Bn qui en assurent la défense avec l’appui de deux canons antichars et d’un Tank Destroyer. Renforcés par trois Sherman de 105 mm (assault gun), ils renforcent leur position en posant des mines le lendemain.

Les premiers éléments de la 7th Arm Div qui arrivent sur la ligne de front se déploient au mieux en dépit du manque de renseignements précis sur le dispositif adverse. Le CCB –la seule composante de la division déployée à Saint-Vith même- reçoit l’ordre d’attaquer en direction de Schönberg dans l’espoir de dégager les deux régiments de la 106th ID isolés dans le Schnee Eiffel. Mais la mise en place des Task Forces est rendue difficile par la congestion du réseau routier. A la nuit tombante, il faut se placer sur la défensive, les fantassins du 23rd Arm Inf Bn se déployant à l’ouest de Saint-Vith et ceux du 38th se retranchant à l’est. Toutefois, l’attaque n’est pas lancée et des escarmouches se développent sur le périmètre défensif tandis que des fuyards et des isolés de la 106th ID, rassemblés dans des zones de recueil, sont rééquipés et réorganisés en unités de réserve. Des combats ont lieu dans tous les secteurs : sur l’aile gauche de la division, le 17 décembre, le 40th Tk Bn mène une escarmouche dans le secteur de Poteau où une colonne de Panzer a été repérée. Lorsque les fumigènes se dissiperont, quatre carcasses seront incendiées par des tirs dans l’après-midi. Pendant plusieurs jours, la division va devoir subir la pression de l’adversaire qui entend s’emparer du nœud routier de Saint-Vith.

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La bataille se fractionne en une multitude de petits affrontements. Le 20 décembre, vers 15h15, le secteur du 38th Arm Inf Bn est soumis à d’intenses tirs d’artillerie et de mortiers, prélude à des assauts menés par des Panzer et de l’infanterie qui se poursuivent après la tombée de la nuit. Le PC reçoit alors un appel du capitaine Britton, le commandant de la Company B. Britton annonce que l’infanterie allemande est parvenue à s’infiltrer dans les lignes et qu’il n’a plus de contact avec sa section tenant le flanc gauche. Peu après, un autre coup de fil, du Staff Sergeant Porter de la Company B, annonce que sa section est isolée. Ordre lui est donné de se replier sur sa gauche et de tenir fermement le terrain. Le S-3 (le responsable des opérations) se rend sur le front au PC du 38th, installé dans une école, avec ordre d’essayer de trouver de l’aide pour sauver la situation dans le secteur de la Company B. Il rassemble une trentaine d’isolés qu’il met en position près d’un pont ferroviaire à proximité duquel une section de la Company B a dû se replier. De retour au PC du 38th, le S-3 demande davantage de moyens car une brèche s’est formée entre la 7th Arm Div et la 9th Arm Div. Il découvre alors que le PC a été déplacé dans l’intervalle de temps mais il ignore où… De retour à son propre PC, il apprend que le secteur est désormais passé sous la responsabilité du 23rd Arm Inf Bn du lieutenant-colonel Rhea.

Les Allemands ont commencé à s’infiltrer dans Saint-Vith et, devant l’impossibilité de joindre sa hiérarchie, décide de replier le 23rd Arm Inf Bn sur les hauteurs à l’ouest de Saint-Vith. Les ordres qui parviennent dans la nuit confirment le repli : il faut retraiter jusqu’à Crombach où les Américains sont toutefois expulsés en soirée du 22 décembre. La mise en défense du secteur n’a pas été aisée : arrivé sur place, le CCB a ordonné au lieutenant-colonel Wemple de déployer une Task Force à l’est de la localité (avec l’essentiel du 17th Tk Bn, 155 fantassins et 3 antichars restant de deux compagnies du 38th Arm Inf Bn ainsi que quelques éléments de soutien). Or, parvenu sur place, Wemple découvre que les unités de la 9th Arm Div qui devraient être à leur contact sont en fait déployées plus d’un kilomètre plus à l’est et sont dans l’impossibilité de combler le vide… En soirée, le capitaine Urbom, qui commande la Company C du 17th Tk Bn subit des tirs d’antichars depuis trois directions et, se croyant à tort entièrement encerclés, perd le contrôle de son unité et ordonne à ses hommes d’abandonner les véhicules et de s’enfuir… Wemple leur fera toutefois récupérer leurs engins peu après dès qu’il apprend la nouvelle. Huit chars ont été perdus, pour moitié abandonnés après s’être embourbés.

Le 23 décembre, alors que la Führer-Begleit-Brigade d’Otto Remer au nord et la « Das Reich » au sud menacent d’encerclement les 20 000 défenseurs de Saint-Vith, Montgomery envoie ce message à Hasbrouck : « Vous avez accompli votre mission-une mission bien exécutée- Il est temps de retraiter ». L’ensemble des unités assurant la défense de Saint-Vith reçoit l’ordre de se replier sur la Salm, manoeuvre délicate qui s’effectue pourtant sans interférences majeures. La 7th Arm se déploie ensuite dans le secteur de Manhay. Les unités ont perdu beaucoup de matériel. Au 17th Tk Bn, 96 tankistes démontés sont reconvertis en fantassins et sont temporairement rattachés au 23rd Arm Inf Bn. La section de mortier du bataillon, qui a perdu tout son équipement, parvient à mettre la main sur deux mortiers et on lui assigne un semi-chenillé allemand.

Le 24 décembre, peu après 22 heures, le 48th Arm Inf B est surpris alors qu’il commence à se redéployer sur de nouvelles positions. Si une des compagnies se replie intacte, les deux autres sont désorganisées. Cependant, l’ennemi ne perce pas le front. Trois jours plus tard, le 517th PIR traverse les lignes du bataillon pour reprendre Manhay après 25 minutes de préparation d’artillerie et sous le couvert des P-38. La Luftwaffe est également de la partie et effectue des strafings dans le secteur. Fin décembre, Manhay est reprise. Après quelque repos, la 7th reprend le combat, toujours très dur, et, le 23 janvier, elle libère à nouveau de Saint-Vith qu’elle avait évacué un mois plus tôt jour pour jour. Peu après, début février, le Westwall est franchi. Si quelques unités combattent encore, il faut attendre que le niveau des zones inondées baisse avant de reprendre les opérations. De nombreux soldats sont alors occupés à remettre en état les routes des Ardennes en prêtant leurs bras aux unités de génie qui s’emploient à mener cette tâche à bien.

Au cœur du Reich

L’offensive reprend en mars 1945. La 7th Arm Div atteint le Rhin au sud de Bonn. Des cibles sont prises sous le feu de l’autre côté de la rive tandis que des mesures sont prises contre d’éventuels sabotages qu’on craint de la part des civils allemands. Le 11 mars, 546 tirs d’interdiction d’obus très explosifs sont tirés par dessus le Rhin par le seul 31st Tk Bn. La division rejoint la tête de pont de Remagen puis, le 26 mars, participe à l’offensive qui aboutira à la formation de la poche de la Ruhr. Le 40th Tk Bn –qui ne perd que 5 chars au cours du mois d’avril- précise que le terrain n’est pas favorable à l’utilisation de chars mais que fort heureusement l’état de désorganisation de l’ennemi est tel que cela n’a guère d’incidence. Le 14 avril, le 17th Tk Bn libère 24 000 prisonniers à Hemer. Estimant que la situation deviendrait incontrôlable si on les relâchait dans la nature, les Américains déploient pourtant des troupes et des blindés légers pour maintenir les ex-captifs soviétiques dans leur camp. Dans un camp de prisonniers allemands, qui sont de plus en plus nombreux, on met à profit la présence d’auxiliaires féminines allemandes pour les employer dans des tâches administratives, notamment comme téléphonistes. Les GI’s ont bientôt le plaisir de la compagnie d’autres femmes. Le 27, des jeunes femmes de la Croix Rouge distribuent un café et des donuts bienvenus pour des GI’s qui n’ont pas eu l’occasion de bénéficier de la présence de membres de l’autre sexe depuis un mois…

La 7th Arm Div reçoit l’ordre de rejoindre le XVIIIth Airborne Corps au nord et à l’est d’Hannovre pour le 29 avril afin de sécuriser le flanc de la 2nd British Army qui fonce vers Hambourg et vers la Baltique. En chemin, le 1er mai, des officiers et des soldats visitent de façon informelle le camp de concentration de Bergen-Belsen et découvrent avec horreur la réalité du régime hitlérien… Deux jours plus tard, après s’être frayé un chemin à travers des routes encombrées de troupes ennemies cherchant la reddition, le contact est établi par la Troop B du 87th Cavalry Recce Squadron avec la 191e DI soviétique à Gvendorf à 9h25. Le 4 mai, les colonnes sans fin qui arrivent dans les lignes sont désormais essentiellement constituées de civils qui veulent traverser l’Elbe avant d’être rattrapés par les Russes. Ordre est finalement donné de mettre en place des barrages routiers et d’empêcher le passage à l’ouest de tous les civils, que ce soit des personnes déplacées par les nazis ou des Allemands. Les pertes sont quasi-inexistantes depuis des jours, si ce n’est par accident, à l’instar de l’infortuné soldat Gay qui se noie le 7 mai 1945, alors que la capitulation du Reich est signée à Reims. Le 8 mai, à 15 heures, les GI’s apprennent que le V-E Day commencera à minuit ce soir-même. L’effet n’est pas aussi spectaculaire qu’on aurait pu le penser car l’effondrement de l’Allemagne est dans les esprits depuis plusieurs jours déjà.

Pertes et bilan revendiqué par la 7th Armored Division

172 jours de combat

887 tués

4174 blessés

1050 disparus

39 capturés

4352 pertes non dues au combat

360 Sherman et 130 chars légers détruits

Prisonniers allemands capturés : 113 041

Véhicules blindés détruits ou saisis : 710

Canons et armes lourdes : près d’un millier

Autres véhicules : 6170

Décorations attribuées à des membres de la 7th Armored Division

Medal of Honor :2

Distinguished Service Cross :9

Silver Star Medal : 351

Bronze Star Medal : 888

Meritorious Service Medal : 1047

Purple Hearts : 1211

Sources : les informations utilisées pour cet article proviennent essentiellement des After Action Report de diverses unités de la 7th Armored Division.

GI’s au combat: la Big Red One

LA 1st US INFANTRY DIVISION « BIG RED ONE »

1941-1945

Terry de la Mesa Allen

Clarence Huebner

En juin 1944, la division, dont le surnom est directement issu de son insigne, un grand  chiffre « 1 » de couleur rouge, est l’une des divisions les plus expérimentées de l’armée américaine. Elle a suivi un entraînement excellent et continuel dès 1940, avant même l’entrée en guerre des USA. En 1942, l’unité se proclame déjà comme la division américaine la mieux commandée et la mieux préparée au combat. De fait, elle dispose d’une majorité d’officiers issus de l’armée régulière à tous les échelons de la hiérarchie. La 1st US ID est également connue sous les sobriquets de « Fighting First », « The Big Dead One » ou encore « The Bloody First ».

Première Guerre mondiale et entre-deux-guerres

Source image: https://www.fdmuseum.org/about-the-1st-infantry-division/history-of-the-first-division/

            Mise sur pied en mai 1917 et d’abord désignée First Expeditionary Division, l’unité débarque en France dès le mois de juin. Ce sont dans ses rangs que les Américains déplorent leurs premiers soldats tombés sur ce théâtre des opérations. Ses faits d’armes la distinguent plus particulièrement en 1918 sur les champs de bataille de Soissons, Saint-Mihiel et la forêt d’Argonne. Lorsque survient l’Armistice, la division accuse la perte de 23 221 soldats au combat, dont 4 964 tués.

            De retour aux Etats-Unis, elle reste en activité mais avec des effectifs réduits. Rattachée au Second Corps Area, elle est alors cantonnée dans la région de New York. Elle participe aux grandes manœuvres menées par en 1940-41, en Louisiane puis dans les Carolines, véritables tests grandeur nature pour l’US Army. A l’entrée en guerre des Etats-Unis, la « Big Red One » reçoit l’ordre de prendre position en Floride où elle ne demeure que peu de temps. Après plusieurs mois de préparatifs en vue de son engagement, alors que le commandement a pris l’inutile précaution de faire découdre des uniformes les insignes avec le « Grand Un Rouge », la division quitte New York le 1er août 1942 à bord du Queen Mary. Elle touche terre au Royaume-Uni à Beaminster. Les GIs découvrent un pays en guerre : le black-out, les restrictions de toutes natures, … Le 19 octobre, sous les yeux d’Eisenhower en personne, la 1st US ID s’exerce à un assaut amphibie sur des plages écossaises. Allen exige que tous les hommes, y compris des services de l ‘arrière, suivent une formation de combattants, au cas où… Il faut également apprendre à manier le nouveau Garand M1 alors que l’entraînement aux Etats-Unis s’est effectué avec de vénérables Springfield. Le 22 octobre, la « Big Red One » quitte déjà l’Angleterre. Destination : l’Afrique du Nord.

Premières armes en Afrique du Nord

La Central Task Force du général Fredendall débarque à Oran le 8 novembre 1942. En première vague se trouvent les 16th et 18th Regimental Combats Teams qui débarquent sur Beach Z d’Arzew à Saint-Leu. Le 26th atteint la terre sur Beach Y, à Les Andalouses, à l’ouest d’Oran. L’inexpérience et l’obscurité vont causer quelques soucis. Les combats sont très disputés, notamment à Saint-Cloud, mais la résistance française est vaine et la ville d’Oran tombe le 10 novembre. Cette première opération de guerre coûte 418 hommes à la 1st US ID, dont 94 tués. Un premier débarquement, qui ne s’effectue pas sans difficultés faute d’expérience et de matériel adéquat, mais la vraie guerre est ailleurs, plus à l’est.

La division n’est pas engagée dans les premiers combats menés en Tunisie. Au grand dam d’Allen qui reste à Oran, de nombreux éléments de sa division sont envoyés en renforts et dispersés pour étayer le front tenu par les Britanniques mais aussi celui du IInd US Corps de Fredendall. Fin décembre, le 18th US IR est bousculé par les Allemands sur « Longstop Hill », la hauteur stratégique commandant la vallée de la Medjerda dont venaient de  s’emparer les Coldstream Guards. Bilan : 356 pertes et une certaine humiliation. Au début de 1943, une partie de la « Big Red One » monte également en ligne au nord de la zone américaine, près d’Ousseltia, afin de renforcer le dispositif défensif des Français. Le 31 janvier, 26th IR du colonel Stark participe à une vaine contre-attaque visant à reprendre le col du Faïd.

La passe de Kasserine à l’arrière-plan, vue depuis le nord-ouest.

C’est de ce col que survient le gros des forces allemandes qui contre-attaquent dès le 14 février pour ce qui entrera dans l’histoire comme la bataille de Kasserine. La défense de la passe proprement dite, assurée les 19 et 20 février, est l’oeuvre de la Task Force Stark, qui s’articule autour du 26th IR tandis que Terry Allen déploie le reste de sa division devant Bou Chebka, assurant la défense de l’important centre logistique de Tébessa. Le 18th US IR est pour sa part déployé à Sbiba avec un conglomérat de forces anglo-américano-françaises. Bien que la passe de Kasserine tombe, la défense inspirée de Stark et des engineers du colonel Moore qui l’appuient fait cependant perdre un temps précieux à Rommel. La « Big Red One » n’a donc pas démérité au cours de ce véritable premier test. Terry Allen, qui a maintenant enfin toute sa division sous ses ordres, entame un intense programme d’entraînement à Morsott.

En mars 1943, la 1st ID passe enfin à l’offensive,s’empare de Gafsa en repoussant sans difficultés les unités de reconnaissance et poursuit ensuite leur avance vers El Guettar. A la faveur d’un raid effectué par 500 Rangers et 70 servants de mortiers menés sur les arrières des Italiens, la route d’El Guettar est ouverte. La 1st US ID s’empare de la place avant de poursuivre plus avant. C’est le premier succès pour l’armée américaine depuis Kasserine.

Le 23 mars, la 10. Panzer contre-attaque contre la 1st US ID à El Guettar. Va-t-on assister à une redite des désastres subis en février ? Les lignes sont d’abord bousculées par les Panzer. Mais, cette fois-ci, les Américains ont déployé l’intégralité d’une division, la « Big Red One », et non des éléments dispersés jetés dans la fournaise. Les Panzer s’engouffrent dans un champ de mines couvert par les feux de l’artillerie et des Tanks Destroyers dont les tirs détruisent 38 blindés. Un beau succès tactique pour Terry Allen. Il faut maintenant reprendre l’avance mais la 10. Panzer et la Centauro mettent à profit le terrain très accidenté pour ériger des défenses inexpugnables. La percée n’est pas réalisée.

A la mi-avril, pour des raisons politiques, le 2th US Corps du général Bradley est transféré au nord du front, près de la côte méditerranéenne, afin  de participer à la victoire finale. Le terrain, très accidenté, est âprement défendu par les forces allemandes, dont de redoutables Fallschirmjäger. Les collines fortifiées tombent les unes après les autres mais les hommes de Terry Allen en payent le prix fort. Le 30 avril, il manque 2 419 hommes aux trois régiments d’infanterie, soit près de 25% des effectifs. La menace que représente la colline 609 sur le flanc gauche n’est finalement réglée qu’après le succès de la 34th ID. Le 5 mai, alors qu’il devait rester sur la défensive, l’agressif Allen décide de traverser la Tine et de nettoyer les collines qui la surplombent des restes du Regiment Barenthin. En vain car ceux-ci réussissent à décrocher. Alors que près de 300 hommes sont perdus sur la cote 232, au grand dam de Bradley. Le 13, toute résistance s’éteint: la guerre en Afrique du Nord est terminée. La 1st US ID a mené une campagne honorable, sans toutefois prendre clairement l’ascendant sur ses adversaires.

La Sicile

En Sicile, de nouveau sous le regard de Patton…

Parlant des GIs de la « Big Red One », Patton, qui commande la 7th Army, déclare : «Je n’irai pas sans ces fils de pute », ce qui lui sera accordé par Marshall. Les hommes de Allen ne sont pas peu fiers de leurs faits d’armes : ils sont persuadés qu’on leur assigne toujours les tâches les plus ardues face à l’ennemi le plus tenace et, qu’à chaque fois, ils remplissent leur mission.  Au centre de la zone de débarquement américaine, la 1st US ID débarque sur les plages de Géla, soutenue par des unités de Rangers. La résistance italienne s’avère acharnée et il faut mener un dur combat pour nettoyer la plage et s’emparer de Géla en milieu de matinée.

La réaction des forces germano-italiennes ne se fait toutefois pas attendre. Elle vient en premier lieu du ciel. Sur terre, les forces de l’Axe sont déterminées à réagir également avec force. La première attaque est toutefois délivrée par une colonne blindée italienne de la Force Mobile E, équipée d’obsolètes chars Renault R-35. Les combats font pourtant rage pendant des heures avant que les Italiens ne soient contraints au repli. Une Kampfgruppe de la « Hermann Goering » est de son côté clouée au sol par l’intervention décisive des navires de guerre alliés. Le lendemain, les Allemands finissent par submerger certaines positions avancées américaines et semblent progresser irrésistiblement. La « Big Red One » va t-elle céder alors que les Panzer ne sont plus qu’à deux kilomètres du rivage? Mais Terry Allen n’est pas seul car les Allemands sont alors frappés de flanc par un groupe de parachutistes menés par le colonel Gavin. Pis, ils subissent alors le feu des canons lourds de la Marine. La « Big Red One » a tenu –une unité de « bleus » aurait peut-être craqué- mais elle doit avant tout son salut aux autres armes, dont la flotte, et surtout aux erreurs de l’adversaire, en particulier la « Hermann Goering », beaucoup moins coriace à ce moment-là que son statut d’élite ne le laisse supposer.

Pendant que Monty se retrouve bloqué devant Catane et que Patton lance un corps provisoire marcher sur Palerme, le 2th US Corps de Bradley commence sa progression vers Messine. Le relief très montagneux  de la Sicile offre cependant un avantage sérieux à la défense. La 1st US ID est lancée sur Troina mais elle est soumise à d’incessantes contre-attaques et la lutte est acharnée en dépit du soutien de l’artillerie et de l’aviation. De mauvaises cartes, une reconnaissance sommaire et un adversaire résolu stoppent la division pendant une semaine. Allen affirme pourtant à sa femme que son unité a détruit 71 blindés allemands et capturé 7 000 Italiens ainsi que 800 Allemands. Le 6 août, Troina tombe enfin aux mains des Américains mais la « Big Red One » est épuisée tandis qu’Allen est relevé de son commandement. Il fond en larmes quand il apprend la nouvelle. Son second, Theodore Roosevelt, est lui aussi limogé. Ils seraient épuisés selon Bradley, qui de toute façon ne supporte pas le caractère égocentrique et explosif de Terry Allen, bien trop indépendant à son goût. Le Major-General Clarence Huebner, le nouveau commandant de la 1st US ID va s’avérer être lui aussi un véritable meneur d’hommes. Pour la division, la campagne de Sicile est finie. Elle a réussi le test d’un second débarquement, beaucoup plus difficile que « Torch », et a rempli toutes ses missions, mais avec difficulté, face à un adversaire habile.

La Normandie : de l’enfer d’Omaha à la poche de Falaise

En raison de l’expérience de l’unité, celle-ci est désignée pour mener l’assaut avec la 29th US ID. sur les plages d’Omaha Beach le D Day. Elle retourne donc au Royaume-Uni en octobre 1943 et se trouve cantonnée à Blandford. Les membres de la division nourrissent toutefois un sentiment de supériorité à l’encontre des autres unités de l’US Army. Les capacités opérationnelles de l’unité sont loin d’être usurpées et l’entraînement intensif qu’elle subit en vue du Jour J en fait une division méticuleusement préparée à sa tâche. Huebner ne veut rien laisser au hasard et insiste pour que chaque chef de bataillon connaisse non seulement parfaitement le secteur qui lui a été assigné, mais aussi celui des autres bataillons, une précaution qui va s’avérer des plus précieuses.

Omaha Beach…

            Le débarquement à Omaha Beach se déroule beaucoup plus difficilement que prévu. Les bombardements naval et aérien sont des échecs et l’assaut s’effectue dans les pires conditions face à des défenses côtières puissantes et intactes. Le courant et les tirs ennemis empêchent les pilotes de LCVP de maintenir le cap et les unités sont loin de débarquer toutes à l’endroit prévu. La « Big Red One » engage d’abord un Regimental Combat Team, c’est-à-dire un régiment d’infanterie, le 16th, renforcé par diverses unités de soutien. 1 450 fantassins des 1st et 29th US ID constituent la première vague, sans compter les équipes du génie et les tankistes. Les hommes, surchargés de matériel, débarquent sous une grêle de balles et d’obus, dans une eau froide et profonde. 27 Sherman DD sur 32 d’un des bataillons blindés coulent dans la mer houleuse, privant la « Big Red One » de leur précieux soutien. Le premier succès survient sur l’aile gauche lorsque le Lieutenant Cutler parvient à s’emparer du WN 60 avec le soutien du destroyer Doyle. A partir de 8 heures, des GIs commencent à franchir le talus situé au niveau de l’actuel cimetière. Les combats vers l’intérieur des terres sont très acharnés également, faute de parvenir à ouvrir rapidement des sorties de plages pour les véhicules congestionnés sur la plage. Le 16th RCT accuse la perte de 962 hommes. Les pertes totales de la division et des unités qui lui sont rattachées se montent à 1 347 hommes. Au 7 juin, 4 842 hommes ont été perdus dans le secteur « Omaha ». Le soir du 6 juin, l’essentiel est pourtant réalisé : la tête de pont est étroite mais cinq régiments sont à terre.

La suite immédiate de la bataille de Normandie est pourtant nettement plus aisée pour la « Big Red One » puisque l’avance vers le sud paraît inexorable et s’effectue à peu de frais. Elle s’empare ainsi de Caumont-l’Eventé dès le matin du 13 juin. En une semaine, elle enregistre 1 744 pertes, mais elle capture 600 prisonniers pour la seule journée du 9 juin. La progression trop prudente n’a pourtant pas mis à profit le véritable « vide » qui existe alors dans la défense allemande… Début juillet, la division stagne dans le bocage avant de prendre part à l’opération « Cobra » le 25 juillet, au cours de la phase d’exploitation. Huebner, de concert avec le CCB de la 3rd US Armored Div., passe à travers la brèche obtenue par la 9th US ID et s’empare de Marigny le 27 juillet avant de s’assurer de passages sur la Sées à la fin du mois. L’avance se poursuit car l’ennemi ne semble plus en mesure de se rétablir sur de nouvelles défenses. Brécey est atteint le 31 juillet.

La 1st US ID participe ensuite à la manœuvre d’encerclement qui aboutit à la formation de la poche de Falaise. Les combats restent toutefois très durs face à un ennemi résolu. Obliquant d’abord vers le sud-est, vers Mayenne, la division remonte ensuite en direction du nord et combat les Allemands au sud de la poche. Le 24 août, elle est à Chartres. La Seine est traversée deux jours plus tard à Corbeil et Melun. Le 3 septembre, le 16th IR participe au nettoyage de la poche de Mons. Quelques jours plus tard, le 9, la « Big Red One » franchit la Meuse à Liège. Les combats pour la Libération ont donc révélé une unité solide, bien entraînée, capable, dans l’offensive, de donner du fil à retordre à un ennemi pourtant réputé comme étant peut-être le meilleur soldat du monde.

Aux frontières du Reich : l’enfer d’Aix la Chapelle et de la forêt de Hürtgen

Les Américains espèrent encore atteindre le Rhin facilement. Le 15, le 16th IR butte sur le Westwall et stoppe son avance fulgurante. Les Américains se renforcent peu à peu devant Aix-la-Chapelle mais les difficultés logistiques diffèrent l’offensive jusqu’en octobre. Hodges va tenter une manœuvre d’enveloppement d’Aix avec le XIXth Corps au nord et le VIIth Corps de Collins au sud, ce dernier engageant la « Big Red One » à partir du 8 octobre. Le 10, elle s’empare du faubourg industriel d’Haaren. Les Allemands sont cependant pugnaces et les pertes américaines commencent à être élevées pour des gains très limités. Le 16 octobre toutefois, les 30thet 1st US ID font leur jonction. La réduction des forces de l’Oberst Wilck, enfermées dans la poche ainsi formée, demande des combats de rues acharnés, nécessitant l’utilisation des lance-flammes et de charges explosives. Le 21 octobre, Aix-la-Chapelle, détruite à 80%, est conquise par la « Big Red One ». Il s’agit de la première ville allemande capturée par les Américains. Un honneur pour la division mais la 1st US ID est épuisée et décimée.

Les épreuves de l’automne sont pourtant loin d’être terminées. La bataille de la forêt d’Hürtgen constituera l’un des combats  les plus éprouvants menés par la division. La supériorité numérique, marginale, voire désormais inexistante, et la supériorité en matériel et en armement de l’US Army ne jouent plus. Le combat sera donc une bataille d’infanterie.

Les premiers affrontements menés par le VIIth US Corps ont lieu à la mi-septembre. Mais ce n’est que le 16 novembre, pendant l’opération « Queen », que Huebner est impliqué dans une bataille qui a déjà saigné à blanc plusieurs divisions américaines. Plusieurs villages, dont Hürtgen, sont frappés en force par l’aviation et Düren est réduite à un amas de décombres. 694 canons prennent le relais et arrosent copieusement les lignes allemandes en tirant 52 000 obus. Cependant, les dommages occasionnés aux défenseurs sont négligeables, mis à part un bataillon anéanti en pleine phase de relève. Objectif : la Roer, à l’est d’Aix-la-Chapelle. A Hamich, la lutte a été si meurtrière que les GIs de la 1st US ID remplissent 12 camions de cadavres allemands! Les progrès dans la forêt restent toutefois très limités. Les Allemands ne cèdent du terrain que contraints et forcés. En quatre jours, Huebner n’est parvenu qu’à gagner trois kilomètres à l’ennemi. Le 20 novembre, le 26th IR s’empare du château de Laufenburg. Le 28, les Américains, désormais confrontés à la 3.Fallschirmjäger-Division, prennent Langerwehe. Le lendemain, les parachutistes encerclent les Américains à Merode et les anéantissent. L’offensive est terminée. Pour ces petits gains, la 1st US ID a perdu 3 993 hommes au combat, auxquelles il convient d’ajouter les pertes attribuables à l’épuisement, aux pieds de tranchée et aux intempéries. Relevée à partir du 5 décembre par la 9th US ID, la « Big Red One », hormis le 16th IR qui reste au Vth Corps, est mise au repos dans le secteur Luchem-Langerwehe-Juengersdorf-Merode. La 1st US ID n’a donc pas atteint tous ses objectifs et ne s’est pas montrée plus efficace que les autres unités engagées dans la fournaise de la forêt de Huertgen.

Les Ardennes : pivot de la défense au nord du saillant

L’opération « Herbstnebel », la contre-offensive allemande des Ardennes, ne porte pas directement sur la ligne de front de la 1st US ID mais les hommes de Huebner sont très vite impliqués dans la bataille. Les Allemands parachutent en effet quelques centaines d’hommes près de Baraque-Michel dans le cadre de l’opération « Stösser », qui s’avère être un fiasco. A l’actif toutefois de l’intervention des Fallschirmjäger de Heydte, quelques embuscades et bien des soucis pour plusieurs unités de la 1st US ID occupées à traquer les parachutistes ennemis.

Pendant ce temps, la 12.SS Panzerdivison est bloquée pendant trois jours devant les villages de Krinkelt et Rocherath, permettant au Vth Corps de mettre en place la défense de la crête d’Elsenborn où se déploie, dans la zone de Malmédy, la 1st US ID rejointe par les 2nd et 99th US ID en retraite. Le 17 décembre, le 26th IR connaît une première escarmouche avec la Kampfgruppe Bremer de la « Hitlerjugend » devant Dom Bütgenbach. La première attaque sérieuse a toutefois lieu dans la nuit du 18 au 19 décembre. Les attaques sont réitérées, furieuses et meurtrières, mais la ligne américaine ne cède pas. Systématiquement, seuls les Panzer percent alors que les Panzergrenadiere sont cloués au sol par un feu d’artillerie impitoyable. Le 21 décembre, les SS renoncent. Ils ont perdu 1 200 hommes. 65 Panzer de la « Hitlerjugend » ont été détruits ou endommagés depuis le début de l’offensive.

Le front reste statique pendant trois semaines : les Allemands n’iront pas plus loin. Le succès défensif est donc complet : la 1st US ID a été victorieuse face à ce qui est alors considéré comme l’élite de l’armée allemande. Le 15 janvier, le Vth Corps, désormais commandé par Huebner qui a cédé la 1st US ID au Brigadier General Andrus (celui-ci commandait jusqu’alors l’artillerie de la division), passe à la contre-attaque sur les hauteurs dans le secteur du défilé d’Ondenval. Si Steinbach est pris dès le premier jour, ouvrant la voie de Saint-Vith pour la 9th US Armored, la division est ensuite confrontée à une résistance coriace au nord-est de Schoppen. L’ennemi se bat avec ténacité et évite d’être pris dans une nasse à Saint-Vith. Le Westwall est atteint le 28 janvier puis la 1st US ID attaque à travers la forêt de Buchholz avant d’être relevée par la 99th US ID le 5 février et de se rassembler à Aywaille, en Belgique.

Au cœur du Reich

Un Sdkfz 251 capturé

La bataille d’Allemagne commence. L’opération « Lumberjack » vise à éradiquer toute forme de résistance allemande en Rhénanie dans le secteur du 12th Army Group. Suite logique au combat victorieux des Ardennes, la 1st US ID est ensuite impliquée dans les combats à travers l’Eiffel pour enfin s’assurer du contrôle des barrages de la Roer.  La « Big Red One » est maintenant rattachée au IIIrd Corps de Millikin. L’attaque débute le 25 février. Pour éviter des pertes en traversant la Roer, la « Big Red One » traverse le fleuve en empruntant la tête de pont du VIIth Corps. La division suivante du IIIrd Corps empruntera alors le pont du génie que la 1st US ID construira dans son secteur, et ainsi de suite. Burg est prise le 27 février puis le Neffel est franchi le 1er mars. Bonn, atteinte le 7, tombe le 9 mars : il n’y a plus de résistance allemande à l’ouest du Rhin.

Or, depuis le 7 mars les Américains disposent d’un pont capturé intact à Remagen. Bradley est aux anges quand Hodges lui apprend la nouvelle. Les plans établis prévoyaient pourtant que Monty franchirait le Rhin en premier et que le 12th Army Group de Bradley devrait traverser le fleuve entre Cologne et Coblence. Néanmoins, Eisenhower ordonne une exploitation limitée de la tête de pont de Remagen. Bradley, Hodges et Patton sont désormais assurés que leurs armées joueront un rôle équivalent à celles de Monty.

Le 15 mars, la « Big Red One » est introduite dans la tête de pont. Le 30 mars, les trois régiments attaquent en ligne pour atteindre et s’emparer des hauteurs dominant Seigen. Relevée par la 8th US ID, elle occupe des positions de blocage au sud-est de Paderborn afin d’assurer l’étanchéité de la poche qui vient de se dessiner autour de la Ruhr, enfermant le Heeres-Gruppe B dans une nasse. Si Eisenhower avait maintenu sa stratégie de 1944, les Américains attaqueraient vers Berlin en laissant le strict minimum de troupes pour l’encerclement. Pourtant, 18 divisions américaines, les mieux placées pour foncer sur la capitale du Reich, vont participer à la réduction de la poche. La « Big Red One » est de celles qui vont poursuivre l’avance. Le dimanche de Pâques de 1945, soit le 1er avril, la division progresse de 250 kilomètres à l’est de Seigen.

Le 8 avril, la 1st US ID est appelée sur le front de la Weser où la 3rd US Armored est bloquée faute d’avoir pu s’emparer d’un pont intact. Les 16th et 18th IR étendent la tête de pont tandis que le troisième régiment, le 26th, motorisé, attaque en direction d’Einbeck. La division, renforcée par le 4th Cavalry Group, a alors pour tâche de nettoyer la zone en bordure du massif du Harz. Si les combats en Allemagne restent très disputés, en dépit d’une légende tenace qui veut que la Wehrmacht n’ait résisté que face à l’Armée Rouge, toute défense organisée et fanatique s’achève cependant au 20 avril.

Relevée par la 97th US ID, la « Big Red One » atteint la frontière tchécoslovaque le 30 avril. Menant quelques attaques limitées le 2 mai, elle commence ensuite son avance sur Karlsbad le 6 mai. Le 8 mai 1945, lorsque la capitulation du Reich est signée, la 1st US ID se trouve à Sangerberg, Mnichov, Kynsperk et Schoenback.

Ce jour-là, bien que très loin d’être tous des vétérans ayant participé à tous les combats de « Torch » à la forêt d’Huertgen, les GIs de la « Big Red One » sont confrontés à une nouvelle vision d’horreur : ils libèrent les Kommandos de Zwodau et de Falkenau, qui dépendent du camp de concentration de Flossenburg. Près d’un millier de femmes déportées, décharnées, accueillent leurs libérateurs à Zwodau. Choqués, les jeunes soldats américains font tout leur possible pour soulager la détresse des malheureuses en leur procurant de la nourriture et en leur prodiguant des soins médicaux élémentaires.

En guise de conclusion

En août 1945, la division se trouve à Ansbach, en Allemagne. De toutes les grandes batailles, elle a subi de lourdes pertes, 20 659 hommes exactement. On dénombre 3 616 tués au combat, 15 208 blessés (dont 664 décéderont), 1 336 prisonniers (19 meurent en captivité) et 499 disparus (66 présumés morts). 16 de ses soldats ont été distingués par la remise de la prestigieuse Medal of Honor.

Le parcours de la division est tout simplement impressionnant et sans équivalent dans l’US Army. Elle participe à trois débarquements, dont le Jour J en Normandie. Après avoir mené campagne en Méditerranée, la « Big Red One » est de tous les combats majeurs de la 1st US Army. C’est elle qui s’empare d’Aix-la-Chapelle, première ville allemande d’importance conquise par les Alliés. Pour célèbre que soit la « Big Red One », la terrible épreuve d’Omaha Beach ne doit cependant pas faire oublier que nombre des combats qu’elle a mené, en Normandie comme ailleurs, ont été tout aussi acharnés et que nombre de  ses consoeurs de l’US Army ont participé à des affrontements tout aussi violents, que ce soit dans le dédale des haies de Normandie, dans les sombres recoins de la forêt d’Huertgen ou encore sur les collines et les vallées enneigées des Ardennes.

Commandants de la « Big Red One »

Major General Donald Cubbison: Juillet 1941-juin 1942

Major General Terry de la Mesa Allen: Juin 1942-Août 1943

Major General Clarence R. Huebner: Août 1943-Décembre 1944

Major General Clift Andrus: Décembre 1944

Orientation bibliographique :

Outre quelques ouvrages des éditions Osprey ont été consultés :

Astor Gerald, Terrible Terry Allen: Combat General of World War II – The Life of an American Soldier, Presidio Press, 2004

Atkinson Rick, An Army at Dawn. The War in North Africa  1942-1943, 2002

Atkinson Rick, The Day of Battle. The War in Sicily and Italy , 1943-1944, 2007

MacDonald Charles B., La bataille de la Forêt de Huertgen, Foxmaster & Posit Press, 1992

Weigley Russell F., Eisenhower’s Lieutenants, Indiana University Press, 1981

Westwell Ian, US 1st Infantry Division: The Big Red One, Ian Allan Ltd, 2002

Wheller James, The Big Red One: America’s Legendary 1st Infantry Division from World War I to Desert Storm, University Press of Kansas, 2008

http://www.skylighters.org/225thmemorial/memsite/1sthistory.html
http://en.wikipedia.org/wiki/1st_Infantry_Division_(United_States)

GI’s au combat: l’image renvoyée

Le GI de la propagande et de Hollywood: beau, bien armée, héroïque…

Scènes de liesse et vivats pour les libérateurs: une autre image symbolique de la période

Le GI et les chewing-gums, bonbons et autres chocolats : deux petites française vêtues aux couleurs de l’Amérique découvrent ou redécouvrent des douceurs après les restrictions de l’Occupation.


            Quelle idée se fait-on le plus souvent en France du soldat américain de la Seconde Guerre mondiale? L’image renvoyée par le GI est bien sûr celle du libérateur. Selon cette vulgate, le soldat d’Outre-Atlantique est invariablement beau comme un acteur d’Hollywood, riche, bien équipé, plein de bons sentiments et respectueux du code de la guerre. Il a un uniforme seyant, roule en Jeep et mâche le chewing-gum. Il est sympathique et généreux. On considère facilement qu’il a libéré l’Europe à lui tout seul. Beaucoup considèrent encore que les Américains sont entrés en guerre et ont débarqué en Normandie pour libérer la France. Bien plus, il s’est porté volontaire pour le faire. Si l’image d’Epinal reste vraie dans l’ensemble, elle passe sous silence les exactions (certes menées par une minorité n’en déplaisent à R. Lilly et consorts, et hors d’un cadre idéologique remettant en cause les lois de la guerre), la discrimination raciale, la conscription qui a présidé à la mise sur pied d’une armée très efficace et, plus encore, le fait que la victoire sur l’Axe repose sur une coopération étroite entre les membres d’une vaste coalition.

Bref, une image idéalisée qui se doit d’être pondérée, sans pour autant tomber dans les travers des dénigrements anti-américains, voire des comparaisons dont le dessein ne vise rien de moins qu’à atténuer -pour ne pas dire nier- les crimes commis par la Wehrmacht et la Waffen SS. Dans une autre optique, mais tout aussi politisée, un historien qui a publié récemment sur la campagne à l’Ouest de 1944-45 ose absurdement -et à l’encontre toute démarche historique- affirmer que l’incapacité qu’ont eu les généraux américains à coopérer entre eux provient de leur éducation reçue dans un contexte libéral, capitaliste et individualiste (comme si des tensions similaires aux conséquences parfois dramatiques n’avaient pas existé entre généraux allemands, britanniques, japonais et soviétiques éduqués dans un tout autre contexte…).

A trop écorner les mythe, on finit par écrire des contre-vérités qui ne servent personne…

L’image du libérateur telle qu’elle doit rester: elle permet à la France de sortir de la nuit nazie et d’éviter le joug soviétique.



Il reste que nous sommes immensément redevables à cette génération de soldats américains. La liberté et la démocratie dont nous jouissons ont un prix. N’oublions jamais!

Le sacrifice suprême consenti par des milliers de GI suffit à justifier le maintien du souvenir sans polémiques stériles et malveillantes.




Hollywood ou la mise au pinacle du GI, entre réalisme et idéalisation, de l’héroïsme du « Jour le Plus Long » au réalisme d’une série telle que « Band of Brothers »

Revoir mes présentations de films mettant en scène des GI’s:

Le mythe n’est pas mort et l’image d’Epinal n’est pas entièrement usurpée…

Général Smith-Dorrien

Le saviez-vous? le général Smith-Dorrien, chef de corps puis d’armée au BEF notamment à Ypres (en 1914 et 1915), muté face à Lettow-Vorbeck en Afrique, est un des rares blancs à avoir survécus à la défaite subie devant les Zoulous Isandlwana en 1879?

Afrikakorps, guerre du désert et bande dessinée

L’épopée de la guerre du désert est bien présente dans le 9e art, qui nous fournit un riche panel de BD de qualité, et ce depuis des décennies… Le grand intérêt que je porte depuis l’enfance à l’Afrikakorps, à Rommel et au LRDG explique ces lectures parfois déjà fort anciennes, mais ravivées par de superbes productions parues ces dernières années…

Afrikakorps de Dupuis, paru chez Dargaud, est mon préféré de la série dessinée par cet auteur. Tout y est, des combats avec les Italiens en 1940 à la Tunisie, en passant par le LRDG… moyennant quelques erreurs sur le matériel (un seul exemple: des Grant en avril 1941…), quelques faits et le physique de généraux (Auchinleck!). Un beau graphisme et une belle entame sur le sujet bien résumé pour un enfant ou un jeune adolescent.

Enfant, je dévorai également les revues Attack et autres Panache qui accordent la part belle à la guerre du désert, dont certaines aventures bien menées et au scénario parfois haletant. Mes deux préférées : un combat à la passe d’Halfaya et une aventure du SAS (avec le major Simon Parish). Le graphisme peut être assez précis et réussi, ou plus ou moins grossier, les héros étant toujours des Britanniques, à l’exception d’au moins une aventure mettant en scène des FFL dans les profondeur du désert (équipés à la LRDG et coiffés de keffiehs).

Les décennies récentes nous ont gratifiés d’albums de tout autre qualité.

Le nec plus ultra est pour moi la série The Regiment, superbement dessiné, qui raconte les débuts du SAS en Egypte/Libye: une histoire vraie qui se lit comme un BD classique…

L’épisode de Lignes de Front consacré au LRDG est très bon aussi, mais c’est une fiction et le graphisme, bon, est en-deçà du précédent, la violence étant par ailleurs assez crue: une (belle) aventure digne d’un western.

Le très récent Afrikakorps est également très réussi, avec des dessins précis et une trame qui suit les événements réels, avec quelques erreurs toutefois, aussi bien dans le matériel (pourtant très bien dessiné) que dans les faits relatés. Ceci étant, cette BD offrant une vision de Landser du DAK m’enthousiasme et j’attends la suite avec impatience.

Enfin War and Dreams, qui se passe également en France, offre une ambiance digne du Patient Anglais et de Code Rebecca qui ravira tous les amoureux de l’Egypte comme moi. On salut le graphisme remarquable ainsi que le bon scénario du duo Maryse et Jean-François Charles (India Dreams est leur chef d’oeuvre…).

Prenons de la hauteur avec deux séries de BD axées sur les pilotes : Eagle et le Faucon du Désert, deux ensembles d’albums que je recommande aussi, la seconde série évoquée étant la plus remarquable sur le plan graphique (l’histoire me plaît aussi davantage), mais Eagle est d’un très bon niveau et nous emmène sous toutes les latitudes…

Bref, le monde de la BD a de quoi ravir les amateurs de la guerre du désert, et ce n’est certainement pas fini!