Il y a 77 ans à El Alamein: 30 octobre-1er novembre 1942

30 octobre-1er novembre : la poursuite des opérations par les Australiens

 

Les Australiens poursuivent leurs opérations dans le nord, appuyés par les tanks Valentine (ici avec des « Jocks »)

La nuit du 30 octobre, une nouvelle attaque des Australiens au-delà de la ligne de chemin de fer et à proximité de la route côtière. Appuyés par 360 pièces d’artillerie et les blindés du 40th RTR,les bataillons australiens, aux rangs éclaircis par les durs combats des jours précédant, tentent d’atteindre leurs objectifs dans la nuit. Des troupes du génie qui les accompagnent aménagent immédiatement un passage pour les véhicules dans le talus de la voie ferrée, un travail de forçats qui nécessite trois heures de dur labeur à l’explosif et à la pelle. Un bâtiment se trouve isolé sur le champ de bataille. On le surnomme « le blockhaus ». Il s’agit en fait d’un bâtiment à six pièces qui servait avant guerre aux employés des chemins de fer. Il est transformé en hôpital par les Allemands et lorsque les Australiens s’emparent du secteur, trois médecins et neuf infirmiers allemands s’y trouvent encore et ils vont y poursuivre leur tâche tout au long de la bataille avec leurs confrères australiens, soignant indistinctement avec la même conscience professionnelle amis et ennemis. Les deux bataillons australiens qui ont mené l’attaque, déjà réduits à 450 hommes avant l’assaut, ne rassemble plus qu’une centaine d’hommes à proximité du « blockhaus » et du « saucer », n’ayant pu percer plus en avant. Le surnom « saucer »,soucoupe, vient de la platitude du terrain occupé par les Australiens, alors que les Allemands tiennent la crête côtière et observent les Australiens depuis le minaret de la mosquée de Sidi Abd el Rahman, distante de 8 kilomètres. Les fantassins australiens sont littéralement balayés par le feu allemand : mitrailleuses, mortiers, mines causent des ravages. L’assaut de « Thompson Post » est donc très meurtrier pour les Australiens. Les hommes du génie qui auraient dû atteindre une zone dunaire proche de la côte sont également stoppés à mi-chemin dans une situation bien inconfortable. Ces positions précaires vont être défendues avec acharnement par les Australiens au cours des deux jours suivants. Pas moins de 25 contre-attaques sont menées par la 90.Leichte Division et la 21.Panzerdivision avant que le succès de l’opération « Supercharge » plus au sud n’oblige Rommel à se porter vers cette nouvelle menace. Retranchés dans leurs positions exposées de toutes parts, les Australiens bénéficient toutefois du soutien des blindés, des antichars de 6 Livres et des pièces de campagne des Rhodésiens due la 289th Battery Royal Artillery. 25 Valentines sont tout de même laissés sur le terrain. Au nord, la majeure partie des positions tenues par les pionniers du génie est emportée par les Allemands. Dans le secteur du « saucer », en revanche, Rommel a moins de succès : les Australiens se replient au sud de la voie ferrée, laissant l’hôpital du « blockhaus » dans un no man’s land, mais ils ne sont pas anéantis. Le désert impose toutefois sont tempo sur la bataille quand une tempête de sable se lève, recouvrant les cadavres et soumettant les vivants à rude épreuve, tout en leur apportant un certain répit. Les Australiens n’ont pas atteints tous leurs objectifs mais ils ont constitué un saillant dangereux qui rend la position des unités allemandes encore positionnées à l’est de celui-ci bien inconfortable car elles sont en grand danger d’encerclement et leur évacuation n’est pas des plus aisées puisque les Australiens ont coupé la route côtière. Toutefois, devant l’ampleur des pertes, Morshead décide de relever la 26thBrigade par la 24th Brigade. Les nouveaux arrivants sont accueillis par le terrifiant spectacle de cadavres démembrés et de restes calcinés de pièces antichars, de tanks et de véhicules de toutes sortes. Cette relève s’effectue dans la nuit du 1er novembre de façon tout à fait opportune car ce même jour les Allemands lancent une attaque résolue contre les lignes australiennes. Une tornade de feu s’abat sur les Australiens. L’infanterie allemande s’approche de très près et une grêle de balles et d’obus de mortiers et d’artillerie s’abat toute la matinée sur les Australiens. Une formation aérienne germano-italienne ne peut toutefois pas intervenir dans la bataille car elle est interceptée par la Desert Air Force. Toute l’après-midi les Australiens doivent résister aux assauts de l’infanterie allemande soutenue par des Panzer, des canons automoteurs et par de l’artillerie. Le combat autour des positions australiennes envahies de poussière et de fumées ne cesse pas avant 2h30 du matin le 2 novembre, après le déclanchement de « Supercharge ». Il apparaît clairement que le rôle joué par les Australiens dans le saillant nord du front pour le succès final à El Alamein est considérable. Leur ténacité et leur combativité ont été de grands atouts pour Monty. Rommel pense que Montgomery va chercher la percée finale dans ce secteur. Il désengage donc la 21.Panzer Division pour se constituer une réserve mobile et la positionne à Tell el Aqaqir. Le chef de la Panzerarmee Afrikaa parfaitement deviné les intentions du chef de la 8th Army. Seulement, Montgomery va une nouvelle fois changer de plan. Ce 1er novembre, le Tripolino, transportant carburant et munitions, est coulé au large de Derna : il n’y aura donc pas d’essence pour les Panzer de Rommel.

En kiosque

 

Mes deux articles dans 2e Guerre Mondiale Magazine N°86 actuellement en maison de presse:

Ecrire l’Histoire : « Les sources de l’historien de la Seconde Guerre mondiale »

« Les 5. et 3. Fallschirmjäger-Divisionen dans l’offensive des Ardennes »

Il y a 77 ans El Alamein: la légende de Montgomery et de la 8th Army

  • LA LEGENDE

 

Une bataille légendaire

La bataille terminée, la légende s’empare de la réalité. Il a été vite question du mythe du barrage des 1 000 canons pour le déclenchement de l’opération « Lightfoot ». Une autre légende tenace veut que Churchill ait fait sonner toutes les cloches d’Angleterre à l’annonce de la splendide victoire remportée dans le désert égyptien. La vérité est tout autre : en fait de geste spontané, Churchill attend l’issue de l’opération « Torch » prévu le 8 novembre. La population britannique a trop souffert des revers de fortune pour ne pas célébrer prématurément. Les cloches ont donc sonné le 15 novembre pour la victoire d’El Alamein le succès du débarquement anglo-américain.

« Torch » représente également la fin de l’indépendance du Royaume-Uni qui n’est plus que le membre d’une coalition dont les partenaires tiennent le premier rôle. La puissance américaine pèse désormais de tout son poids, devenant l’arsenal des démocraties et fournissant la majeure partie des unités qui vont affronter l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste. Les aides du programme « prêt-bail » signifient que le Royaume-Uni est largement dépendant des largesses américaines et cette dépendance ne cesse d’apparaître plus significative avec la poursuite du conflit. El Alamein est nostalgiquement perçue comme la dernière victoire britannique.

Pourtant, El Alamein n’est en aucun cas le produit des seuls efforts de la Grande-Bretagne. On a vu l’importance primordiale et le rôle crucial tenus par les troupes de l’empire et des Dominions. En ce sens, El Alamein marque également la fin d’une époque, la fin de l’ère de l’armée impériale. Les Australiens sont dirigés vers le Pacifique où ils vont affronter les Japonais. Ce n’est également qu’après négociations avec le gouvernement néo-zélandais que la 2nd New-Zealand Division de Freyberg est finalement maintenue sur le théâtre d’opérations méditerranéen.

On a constaté précédemment que la victoire remportée par La 8th Army est également perçue comme un tournant décisif de la guerre. La bataille d’El Alamein est à partir ce moment-là auréolée d’un mythe. Elle prend sa place parmi les grandes batailles de l’Histoire, les engagements décisifs, ceux qui changent la donne. Pour les Allemands et les Italiens, le souvenir qui s’y rattache est la fin d’un rêve, la fin de l’espoir de conquérir un Moyen-Orient à portée de main. Les victoires de Rommel semblent désormais bien loin.

 

De façon caractéristique, les décennies qui ont suivi la guerre ont célébré avant tout la victoire remportée par Montgomery. Les documentaires abordant la guerre du désert font également la part belle à celle-ci, au détriment des autres aspects décisifs de la campagne, mis à part Beda Fomm et la prise de Tobrouk par Rommel. Il en va jusqu’aux jeux de stratégies et aux modèles réduits qui en appellent avant tout à la bataille d’El Alamein. Pour ceux qui ont connus les petits soldats au 1/72ème de la 8th Army des marques « Airfix » et « Matchbox » des années 1960 et 1970, comment ne pas faire le lien entre la seconde bataille d’El Alamein et la couverture de la boîte de la première, inspirée d’une célèbre photo d’époque, et les figurines de Monty et de soldats écossais de la seconde. En définitive, pour le grand public encore averti, qui, même en Grande-Bretagne, est en mesure de donner un autre nom de commandant de la 8th Army que celui de Montgomery ?

 

Les marques de figurines s’emparent du mythe d’El Alamein…

 

 

La légende de Montgomery

La légende qui entoure le chef de la 8th Army victorieuse se forge dès la fin de la bataille. Sa carrière demeure à tout jamais liée à la bataille d’El Alamein. A la conférence de presse qui suit immédiatement, Monty est encore trop soulagé et trop ébloui par sa récente fortune pour en saisir encore toutes les implications. Le général au béret noir de tankiste va devenir le héros du Royaume-Uni, le symbole de la victoire sur l’Allemagne, et ce jusqu’à défaite totale de l’ennemi en 1945. Certes le Royal Tank Corps n’admet pas cette usurpation de son couvre-chef distinctif et le roi « n’en fut pas amusé » mais cette image est désormais attachée à l’excentrique vainqueur d’El Alamein. Lors de la conférence de presse, son évidente satisfaction de lui-même transparaît sans difficulté dans ses propos. Le général affirme sans ambages que tout s’est déroulé exactement comme il l’avait prévu et que, si des écarts semblaient s’être produits avec le plan, c’était exactement ce qu’il attendait. Pourtant, les erreurs furent légions et en aucun cas le plan ne fut suivi à la lettre. Mais la victoire a tôt fait de faire oublier les écueils de la bataille. En ce matin du 4 novembre, il est indubitable que Monty pense que sa victoire est complète. La capture de von Thomas le conforte dans cette opinion et, de plus, la poursuite est lancée : l’ennemi ne pourra s’y soustraire. Mais Monty ne peut prévoir ni comprendre la nature du commandement de Rommel et des officiers, un commandement absolument voué à la mobilité, prêt à accepter la confusion. Sa prudence a sauvé la Panzerarmee de la destruction. Monty ne remporte pas la victoire totale et absolue qui est à sa portée. Dans ces conditions, cette grande faiblesse de commandement qui caractérise Montgomery suffit à relativiser la portée de la victoire. Pourtant El Alamein est à l’origine de la légende d’un général qui se dit n’avoir jamais essuyé d’échecs. Il reste que sa mission était de détruire l’armée germano-italienne, non de la poursuivre sur la moitié de la longueur des côtes nord-africaines de la Méditerranée ! L’habileté que l’on accorde à Monty doit être mesurée car sa victoire est avant tout remportée dans le cadre d’une bataille d’usure. Le grignotage des lignes adverses, ses plus grandes réserves, ses facilités de ravitaillements et sa supériorité aérienne ont été la clé de son succès, plus que la moindre touche de génie de sa part. La guerre mobile effraye Monty. En fait, la victoire remportée à El Alamein ne requiert que peut d’intervention du QG de l’armée pour être acquise.

La marche triomphale qui s’ensuivit, avec la reprise de hauts lieux des combats des deux années précédentes, tels Tobrouk et de Benghazi, et l’entrée victorieuse à Tripoli, le 23 janvier 1943, trois mois jour pour jour après le déclenchement de « Lightfoot », confortent l’aura qui entoure le général victorieux. Ces noms de lieux, fortement enracinés dans la mémoire, ponctuent le trajet et reçoivent une nouvelle dimension. Cette fois-ci, il n’y aura pas ce dépriment retour de balancier qui amène à abandonner le territoire nouvellement conquis à la faveur d’une contre-offensive ennemie. Monty est bien l’homme de la victoire. L’avance se poursuit donc, avec à chaque étape un nouvel ordre du jour, écrit en style napoléonien, avec des exhortations, des hommages, des déclarations d’intentions audacieuses et dévastatrices. Ces succès ne sont pourtant que des réussites en demi-teinte car il ne fait plus aucun doute que la partie est gagnée en Afrique du Nord. Le sort de la guerre va se jouer désormais sous d’autres cieux. La poursuite réalisée par la 8th Army n’en reste pas moins un exploit logistique. Mais dans quelle mesure est-ce l’exploit de Monty ? Le général Alexander, son état-major, les services, à tous les échelons, ont permis à Montgomery de vaincre et de poursuivre Rommel. LaRoyal Navy et la Desert Air Force n’ont cessé de le soutenir dans son avance. Disposant de tout cela, Monty n’a pas été en mesure d’asséner le coup décisif. Le crédit de la prise de Tripoli revient plus à Alexander qu’à Montgomery, mais le triomphe tout entier, ou presque, revient à ce dernier. Sa nouvelle stature se confirme, sa légende s’inscrit dans le sable mais elle ne sera pas pérenne.

Montgomery: le mythe est créé à El Alamein

 

Monty connaît alors une gloire sans doute unique dans l’histoire militaire. Lorsque Tripoli tombe, cela fait presque une centaine de jours que tous les journaux du Royaume-Uni, des Dominions et des Etats-Unis publient de grosses manchettes portant son nom. Partout en Angleterre, la population lit, entend à la radio et voit les nouvelles qu’elle a si désespérément attendues pendant trois années. C’est irrésistible et Monty devient leur héros indestructible. On a vu plus haut le rôle tenu par le film « La Victoire du Désert ». Les cinéastes, les photographes et les journalistes ont donc tous rempli leur rôle de propagande à merveille. La vénération qui entoure Monty éclate au grand jour lorsqu’on lit les lignes de l’un de ces journalistes, Richard McMillan, dans son ouvrage « Montgomery et ses hommes », publié en décembre 1944. En vrai panégyriste, il le proclame « Cromwell du désert » et avoue avoir failli intituler son ouvrage « Miracle à El Alamein ». Le livre reste intéressant pour ce qu’il montre de l’image donnée en pleine guerre, mais l’ennemi y est invariablement qualifié de nazi ou de fasciste, les subtilités n’étant pas de mises à ce moment-là. Ce qui est flagrant, c’est la stature de Monty, le chef charismatique et sûr de lui qui est indubitablement à la source de la grande victoire, même si l’ouvrage fait la part belle aux combattants auxquels il tient à rendre un vibrant hommage. Avec le recul, on reste toutefois confondu devant des phrases telles que « vous pouvez jugez par vous-même lequel est le plus grand : Rommel ou Montgomery ; et votre opinion ne fait aucun doute lorsque vous lisez l’histoire des erreurs du Generalfeldmarschall et la méthode rusée employée par Monty pour rouler et battre l’ennemi ». Monty est crédité d’avoir mis fin à la fortune de l’Afrika Korps en Egypte, sans mention d’Auchinleck ! Rommel, dépeint comme le « tueur de Cobourg »fait même l’objet d’un chapitre spécial où ses succès sont mis plus en rapport avec la chance qu’un quelconque génie. Ce chapitre se clôt par une phrase abrupte qui masque la réalité de l’incurie de Monty : « quelle que soit la suite de sa carrière, il est sûr de figurer dans l’Histoire comme le général qui battit en retraite plus vite et plus loin que n’importe quel autre ».Ironiquement, l’incapacité de Monty à détruire l’adversaire à El Alamein a pour conséquence que la poursuite permette en quelque sorte de constituer une sorte de feuilleton dont on attend avec émotion la suite à chaque parution. Les gens, en allant à leur travail, ou en revenant, se racontent d’innombrables anecdotes à son sujet. Un vaste public s’amuse de ses excentricités, ses brutalités et de ses renvois de généraux. Les mères, les épouses et les fiancées l’adorent car ils épargnent la vie de ceux qu’elles aiment. Très vite, Monty reçoit un courrier digne d’une star car ses admirateurs se multiplient.

La gloire doublée d’affection qui entoure Montgomery ne peut être sans conséquences sur le général. Devenu le symbole de la victoire, il devient aussi la « mascotte » de son armée et de toute une nation. Il ne discute en aucune manière cette gloire, s’en enorgueillit même. Aucun signe d’humilité ne transparaît chez cet homme. Il semble être devenu plus aimable, d’un certain point de vue. Plus que jamais, il est sûr de lui, certain de son infaillibilité, une certitude à le rendre hostile à toute forme de contradiction. Sa nature renfermée et son austérité, non sans rapport avec le décès de son épouse avant la guerre, s’accommodent avec cette gloire fraîchement acquise. Au Caire, à Pâques, en lisant l’évangile à la cathédrale, il en jouit de nouveau. A Londres, il prend conscience de son immense popularité en entendant les applaudissements de la foule en tout lieu où il se rend, dès que les Britanniques reconnaissent sa silhouette si caractéristique. Pendant ce temps, le général Alexander, son supérieur, et le général Auchinleck, le double vainqueur de Rommel lors de l’opération « Crusader » au cours de l’hiver 1941-1942 et lors de la cruciale bataille d’El Alamein de juillet 1942, restent d’illustres inconnus. L’Histoire saura leur rendre justice. Montgomery aurait gagné en grandeur sans perdre de mérite en retour s’il avait accordé la reconnaissance qui était due à ces hommes. Certes, la réorganisation, l’entraînement et la préparation de l’armée pour l’offensive portent la marque de Monty. Son style de commandement, ses talents de planificateur et de général ont permis à celui-ci de mener une bataille d’une manière qui correspondait à cette armée. Indéniablement, Montgomery est un grand général.

La bataille d’El Alamein ne marque que l’épilogue de la guerre du désert car la partie est désormais perdue pour l’Axe. Elle constitue pourtant paradoxalement le premier acte dans la fulgurante carrière du général Montgomery, commandant des forces terrestres le Jour J le 6 juin 1944, maréchal le 1er septembre 1944, chevalier de l’ordre de la Jarretière et vicomte d’El Alamein.

 

Le mythe de la 8th Army

Les soldats de Monty partagent la gloire de leur chef. Montgomery leur adresse un vibrant ordre du jour lors de la conquête tant convoitée de Tripoli : « Depuis notre victoire d’El Alamein vous avez, chaque soir, dressé votre tente à une journée de marche plus près de vos foyers. Quand, dans les jours à venir, on vous demandera ce que vous avez fait durant la Seconde Guerre Mondiale, il vous suffira de répondre : j’ai avancé avec la 8th Army ». En permission, l’aura qui entoure la 8th Army leur est tout de suite perceptible. Ces soldats se sentent différents des autres hommes, différents mêmes des combattants des autres armées britanniques. En Birmanie, a 14th Army du général Slim, qui combat dans d’atroces conditions face à un ennemi impitoyable, n’a jamais tant méritée son surnom d’ « armée oubliée ». Presque inconnue reste également la 1st Army qui mène pourtant de durs combats en Tunisie. Mais la 8th Army lui rafle la vedette, non sans créer une certaine amertume au sein des nouveaux arrivés en Afrique du Nord. Cette 1st Army va mettre un point d’honneur à se forger sa propre gloire et à se différencier de son aînée sur le sol africain. Les Britanniques, mis à part leurs dirigeants, n’ont pas saisi que la suprématie de leur empire est arrivée à son terme et que l’allié américain sera en outre le partenaire le plus fort de la coalition. A peine perçoivent-ils un espoir après deux ans d’épreuves, que la dure réalité s’impose peu à peu à tous. Si la 8th Army éclipse la 1st, les Britanniques sont d’autant plus fiers de leurs soldats qu’ils stigmatisent les échecs essuyés par la novice armée américaine. Ces échecs semblent en effet rehausser les hauts faits de l’armée du désert.

Montgomery est nommé à la tête de la 8th Army au bon moment et au bon endroit. Une victoire est remportée peu après son installation et un nouveau matériel et un nouvel équipement président à une nouvelle 8th Army. Il a une forte tendance à considérer cette armée comme sa « chose ». Il est d’ailleurs navrant de constater que certains, à l’instar de Montgomery, en son venus à considérer que la 8th Army n’a vraiment existé qu’à partir d’El Alamein, vouant à l’oubli les deux années de guerre du désert menées par la Western Desert Force puis la première 8thArmy, celle d’Auchinleck. Ne faut-il pas s’offusquer qu’il ait fallu participer à la deuxième bataille d’El Alamein pour voir un « 8 » apposé sur le ruban de la médaille commémorative de la campagne d’Afrique du Nord ? On oublie un peu vite les exploits des hommes de Wavell, O’Connor, Cunningham, Ritchie et d’Auchinleck depuis août 1940. Une légende veut donc que la 8th Army ait commencé sa carrière au cours de la seconde bataille d’El Alamein. Elle a été transformée en fausse histoire par ceux qui ont refusé aux soldats qui servirent avant le 23 octobre 1942 le droit de porter ce fameux chiffre « 8 » mentionné plus haut. Le nom d’El Alamein est donc usurpé puisque la gloire méritée par Auchinleck et ses généraux ne leur revient jamais. Aucun drapeau de régiment ne porte la mention de la première bataille d’El Alamein. Dénigrant ceux qui l’ont précédé, cherchant toujours à amplifier le changement, Montgomery trouva plus simple de détester Auchinleck, un homme pourtant apprécié par tous ceux qui l’ont approché au cours de sa brillante carrière.

La légende de la 8th Army précède pourtant Monty et son épopée est jalonnée de hauts faits bien antérieurs à l’arrivée du nouveau chef : songeons à l’opération « Compass », Beda Fomm, Tobrouk et « Crusader ». Pour de nombreux Britanniques, particulièrement au sein des plus vieilles générations, une certaine nostalgie et un certain enchantement restent attachés à la guerre du désert. Le prestige de la 8th Army est toujours vivace. Bien sûr, les morts et les horreurs de la guerre ne sont pas oubliés. Mais il existe chez les vétérans des deux camps de la guerre du désert un souvenir très particulier de la guerre. En fait, un tel sentiment est unique et ne se retrouve pas connoté aux autres campagnes, que ce soit l’Italie, la campagne du nord-ouest de l’Europe ou bien la Birmanie. Si les sentiments y tiennent leur part, la raison essentielle est que, pendant près de trois ans, le désert constitue la seule zone de front terrestre où les Britanniques ont pu affronter les forces de l’Axe. Les vastes étendues ouvertes du désert de Libye, sans zones urbaines, sont un champ de bataille presque parfait. En dépit des conditions de vie difficiles et de l’horreur des combats, la guerre du désert a gardé un caractère chevaleresque. Cet aspect de l’affrontement doit beaucoup à la personnalité des chefs qui dirigent les armées qui s’y affrontent, et en premier lieu le maréchal Rommel. Dans les deux camps, les soldats se respectent, les prisonniers et les blessés sont bien traités et on n’y déplore pas d’atrocités commises sur une large échelle. L’effet de la vie dans le désert et le respect mutuel ont conduit les soldats des deux camps à y adopter une attitude sans aucun parallèle sur toute autre théâtre d’opérations de la guerre. D’où cette fascination sans fin des historiens, des passionnés et des vétérans pour cette guerre du désert menée entre 1940 et 1943. D’où également la légende qui entoure l’armée britannique du désert, triplement victorieuse, une première fois des Italiens en 1940-1941, puis des forces de l’Axe à El Alamein et, enfin, en Tunisie pour l’issue finale de la campagne d’Afrique du Nord en mai 1943. Une place particulière entoure le souvenir des faits et gestes des unités qui ont opéré des raids et des renseignements sur les arrières de l’ennemi à travers les profondeurs du désert. Ces unités, le LRDG, le SAS et la brigade Popsky, ont acquis une aura qui leur est propre car leur épopée guerrière s’apparente plus à une aventure dans des confins désertiques, à la vaillance d’hommes au caractère et à l’endurance exceptionnels. L’imagerie populaire du désert prend ici tout son sens avec ces troupes exceptionnelles.

La 8th Army est sans conteste la plus célèbre des armées britanniques de la Seconde Guerre Mondiale. La bataille du désert menée par cette armée l’a été sans aide significative de la part des Etats-Unis avant El Alamein. L’appoint essentiel fourni par les blindés américains au cours de cette bataille est même généralement négligé chez nombre d’auteurs britanniques. La constitution cosmopolite de cette armée a participé à forger une identité particulière, de même que l’adoption de mots arabes et celle d’une tenue adaptée au désert. Le mythe attaché à la 8thArmy se retrouve donc chez ceux qui en ont été membres, depuis sa création en septembre 1941, à partir des unités de la Western Desert Force. Ces hommes sont britanniques, australiens, néo-zélandais, indiens, sud-africains, polonais, français, grecs et tchécoslovaques. Tous ces vétérans et leurs associations perpétuent le mythe et l’aura de la 8th Army. Ils entretiennent également d’excellentes relations avec leurs anciens adversaires, qu’ils retrouvent à El Alamein, sur les lieux même de l’affrontement au cours des grandes commémorations.

En face: l’Afrika Korps, unité légendaire entourée d’une aura encore plus mythique.

Il y a 77 ans El Alamein: la couverture médiatique de la bataille

 

LA COUVERTURE MEDIATIQUE DE

LA BATAILLED’EL ALAMEIN

 

« Desert Victory »

La décision de réaliser un film de propagande sur la seconde bataille d’El Alamein est prise pendant la guerre. L’œuvre est appelée « Desert Victory ». La base de l’Army Film and Photographic Unit (AFPU) est située aux studios Pinewood, dans le comté de Buckingham. Les prises de vues sont d’abord livrées au département Public Relation 2 dirigé par Ronald Tritton afin d’êtres classées et subir la censure. Tritton, responsable des films de propagande de l’armée, est en lien avec le Ministère de l’Information. La plupart des films sont ensuite envoyés à Pinewood, où les différents directeurs vont parachever leur travail. L’équipe n°1 de la Photographic Unit est attachée à la 8th Army et elle est placée sous le commandement du major David MacDonald. Tous ses caméramans ont suivi l’entraînement de tous les combattants et possèdent tous le grade de sergent. MacDonald est donc chargé de la réalisation de « Desert Victory ». Roy Boulting sera le directeur et supervisera le film. Les caméramans ont couvert la bataille d’El Alamein de façon tout à fait routinière, comme ils l’ont fait pour les batailles précédentes. Toutefois, devant le succès immense de la bataille et son retentissement, le projet gagne de l’ampleur pour devenir un élément de propagande essentiel. La couverture des combats par les caméramans ne permet bien sûr pas de filmer la totalité de l’action, mais les équipes ont donné le maximum. C’est ainsi qu’entre 26 et 32 reporters ont en permanence suivi les forces terrestres. 3 ou 4 des caméramans ont payé de leur vie cette couverture de l’événement. Entre 5 et 7 de ces hommes sont blessés et entre 3 et 6 sont capturés. Les conditions de tournage imposent bien sûr de procéder à plusieurs reconstitutions. Si les tirs de canons dans la nuit sont bien réels, les scènes montrant des officiers consultant leurs montres et donnant l’ordre d’ouvrir le feu sont des scènes de studio. C’est également à Pinewood que sont tournées les images montrant l’infanterie et les sapeurs avançant au son de la cornemuse. Il était en effet impossible d’obtenir de telles scènes dans le feu de l’action. Des graphiques animés sont en outre ajoutés pour expliquer le déroulement de la bataille. Sur ces cartes, les Britanniques sont donc placés à droite. Il sera exigé que les scènes gardées pour le film montrent toujours les Alliés se déplaçant vers la gauche de l’écran. Des images sont donc inversées pour répondre à cette demande, ce qui inverse donc parfois les places des conducteurs et des mitrailleurs des tanks, sans parler du M3 Grant dont la pièce de 75 mm est normalement placée en casemate sur le flanc droit de la caisse ! Les images mettant en scène des fantassins sont un mélange de reconstitutions et de scènes prises sur le vif.

Une des plus fameuses photographies du « Chet’s Circus »

Les photographies les plus célèbres de la bataille sont certainement celles prises par l’unité du sergent Chetwyn, le « Chet’s Circus ». Les images des soldats australiens menés par leur officier et attaquant baïonnette au canon ont fait le tour du monde, illustrant en fait dans nombre de livres n’importe quel épisode de la campagne d’Afrique du Nord ! Ce sont pourtant des scènes reconstituées. Il en va de même de la fameuse scène d’une équipe de fantassin, dont le tireur armé d’un Bren ouvre le feu avec son arme posé sur une épave de Panzer III, la scène étant d’ailleurs inversée pour indiquer toujours le sens de l’attaque alliée, vers la gauche des images. Filmées à l’arrière des zones de combat, en choisissant l’angle de prise, les effets visuels et la luminosité, les images de Chetwyn sont incontestablement d’une qualité supérieure à celles prises dans le feu de l’action, d’où le choix de les retenir par les responsables du film. Mais cela n’est pas sans causer des tensions avec les autres équipes de caméramans qui ont risqués leur vie pour réaliser leurs films sur le front. Boulting a pourtant besoin des images de Chetwyn pour son projet. Toutefois, le montage final comporte bien trop d’images inversées, à en juger par le nombre important de gauchers ! Monty lui-même n’a pas été épargné par le procédé ! Notons que le grand succès de « Desert Victory » avec sa voix-off calme couplée avec des images d’action est à l’origine du style des prochains films de propagande réalisés à al suite du débarquement en Normandie. Pourtant, il ne sera alors plus nécessaire de recourir à des images de studios comme pour le travail de Boulting et MacDonald. Quant aux scènes illustrant l’action des forces aériennes, rien ne prouve n’y ne contredit le fait qu’elles aient été réellement pris au cours de la seconde bataille d’El Alamein. Certaines images allemandes ont été en outre ajoutées au film pour présenter le côté adverse.

Après la prise de Tripoli, le 23 janvier 1943, l’équipe de MacDonald travaille nuit et jour pour terminer au plus vite le film, dont la sortie est prévue en mars. L’œuvre est finalement rendue achevée le 15 mars 1943, alors que les rêves africains de l’Axe s’écroulent en Tunisie. Une première projection a eu en fait lieu 10 jours plus tôt à Londres. Dès que des copies sont disponibles, elles sont envoyées à New-York, où sont centralisées les compagnies de distribution américaines, canadienne et sud-américaine. Winston Churchill envoie personnellement un exemplaire au président Roosevelt. Des copies sont également distribuées en Egypte, en Turquie, en Palestine, en Perse, en Irak, en Afrique du Sud, en Australie et en Nouvelle-Zélande.

Dans sa lettre accompagnant l’exemplaire destiné à Roosevelt, Churchill affirme que les images offrent une vue réaliste de la bataille et que le président sera sûrement content de voir des images du char M4 Sherman en action. Roosevelt répond en affirmant que « Desert Victory » est la plus grande réussite cinématographique sur cette guerre depuis son déclenchement. Staline répond lui aussi à Churchill, qui lui a également envoyé un exemplaire du film. Le dictateur du Kremlin écrit que « Desert Victory » lui a fait grande impression et montre comment la Grande-Bretagne se bat et qu’elle se bat effectivement, n’en déplaise à certains détracteurs russes. Il affirme en outre sa volonté de le diffuser au sein des armées soviétiques. En raison de son style novateur en matière d’œuvre de propagande en temps de guerre, c’est-à-dire en mixant des informations de guerre et des scènes dramatiques, « Desert Victory » reçu un accueil favorable de la critique. En Amérique, le film reçoit même un Oscar. Le succès est tel qu’un certain B.J.Goldenburg tente de mettre sur le marché un « béret de Monty », qui apparaît sur la tête d’un mannequin sur une couverture de Life.

 

La bataille d’El Alamein dans la presse, la radio et les comptes-rendus des armées

 

 Lundi 26 octobre 1942

Commando Supremo, Rome :

« Sur le front égyptien, de nouvelles attaques en force de l’ennemies, soutenues par            

     des blindés, ont été repoussées. »

Lundi 26 octobre 1942

QG 8th Army :

« A l’heure qu’il est, la 8th Army est aux prises avec l’Afrika Korps et les forces italiennes sur un large front dans le secteur d’El Alamein. Après deux jours de combats intenses les premiers résultats peuvent être évalués : cinq brèches ont été opérées dans les champs de mines ennemis et des corridors par lesquels vont opérer les blindés sont aménagés et sécurisés. »

Vendredi 30 octobre 1942

United Press :

« En dépit des énergiques contre-attaques des troupes de l’Axe, les forces britanniques ont consolidé les positions acquises depuis le déclenchement de l’offensive ».

Lundi 2 novembre 1942

QG 8th Army, Le Caire :

“La deuxième phase de la bataille à El Alamein a débuté. La bataille se déroule à proximité de la côte dans le secteur défensif le plus solide de la ligne des forces de l’Axe. Les combats ont lieu au milieu des dunes, qui font plus d’un kilomètre et demi de large. Chaque dune est orientée parallèlement à la route côtière et à la voie ferrée, qui se situe à peu près à un kilomètre et demi de la route. Ce secteur côtier dur à embrasser d’un coup d’œil comporte des centaines de petits, mais solides, points de défense, qui ont été édifiés au cours des mois précédents par les troupes du génie des forces de l’Axe pour former un « Westwall du désert » ».

Mercredi 4 novembre 1942

United Press, Le Caire :

« D’après les dernières nouvelles en provenance du front, Rommel a commencé à abandonner ses positions du front d’El Alamein et fait retraite en direction de l’ouest ».

 

Jeudi 5 novembre 1942

La parole du jour du chef de la presse du Reich, Berlin :

« Il ne faut pas prêter attention aux déclarations étranges et aux nouvelles de victoire des Britanniques. »

Il y a 77 ans à El Alamein: 28 octobre 1942

 Le 28 octobre: l’offensive est poursuivie par les Australiens tandis que les Xth et XXXth Corps se repositionnent en vue du prochain assaut que prépare Montgomery un peu plus au sud

Le 28 octobre, Monty réoriente son offensive au nord et tente de parvenir jusqu’à la route côtière. Les Australiens repartent à l’assaut à partir du Trig 29. La 20thAustralian Brigade, soutenue par les blindés de la 23rd Armoured Brigade, progresse de façon satisfaisante mais elle se trouve stoppée peu avant d’atteindre la voie ferrée. La 26th Australian Brigade attaque à droite de la 20th en direction de la position défensive ennemie baptisé « Thompson’s Post ». Cette redoute germano-italienne est astucieusement établie sur une position dominante, avec des nids de mitrailleuses se couvrant mutuellement, des réseaux de barbelés, des tranchées et des mines. Les combats qui s’ensuivent sont particulièrement acharnés et un bataillon de fantassins allemands est virtuellement anéanti au cours de cet affrontement. Cette double attaque australienne oblige Rommel à engager de nouvelles unités plus au nord pour s’opposer à la dangereuse avance australienne en direction de la côte. De terribles combats s’ensuivent donc. Rommel, déterminé à remporter cet affrontement décisif, engage dans la lutte des forces conséquentes, en l’occurrence la 90.Leichte Divisionpuis la 21.Panzer Division. Ce même 28 octobre, Churchill commence à s’inquiéter de la tournure des événements et insiste pour que la victoire soit remportée avant le déclenchement de l’opération « Torch ». La question est considérée comme grave par le premier ministre, qui considère qu’un match nul serait l’équivalent d’une défaite. Le chef d’état-major impérial, Sir Alan Brooke, nourrit lui aussi des doutes sur l’issue de la bataille mais il garde ses sentiments pour lui et soutien le général Montgomery.

Il y a 77 ans à El Alamein: 26-27 octobre 1942

Au soir du 25 octobre, Rommel est de retour à El Alamein. Il est effaré de la suite des événements depuis son départ et marque son inquiétude devant la situation préoccupante des réserves de carburant et de munitions. Le problème de l’essence l’affecte tout particulièrement à un moment où son armée a besoin de toute sa mobilité. Von Thomas lui dresse un état des forces : 81 Panzer et 197 chars italiens sont disponibles. Ces estimations sont trop basses, peut-être en raison de rapports incomplets en provenance du front. En fait, la Panzerarmee Afrika compte encore 137 Panzer et 221 chars italiens. Les pertes en chars se montent donc à 127. La 15.Panzer Division est réduite à 31 chars. Si les blindés britanniques sont efficacement contrés par les antichars, il apparaît tout aussi clairement que les contre-attaques germano-italiennes sont très coûteuses en chars. Le 26 octobre, un décompte précis des pertes indique 343 tués, 919 blessés et 2 429 disparus, soit 3 691 soldats hors de combat. Rommel donne des ordres pour que ses unités blindées soient immédiatement placées en réserve mobile. Il ordonne également que les assauts des unités blindées alliées soient repoussés par les unités antichars et non par des contre-attaques de chars.

Les effectifs en Panzer opérationnels, gaspillés dans de vaines contre-attaques, ne cessent de diminuer

La réaction de Rommel dans le secteur australien a renforcé la mainmise de Monty sur le déroulement de la bataille. Rommel engage en effet de plus en plus de blindés au combat pour reprendre à la 8th Army les faibles gains qu’elle a acquis. Ce faisant, les forces de Rommel ne cessent de s’affaiblir dans des contre-attaques trop coûteuses et inefficaces. La 15.Panzer Division est ainsi réduite à peine 40 chars. Il apparaît que Rommel aurait été plus avisé de se placer sur la défensive plutôt que de se persévérer dans des contre-attaques inutiles. Le 26 octobre, la 1st Armoured Division attaque les deux points défensifs ennemis de Kidney Ridge« Snipe » et « Woodcock ». La nuit suivante, les 2nd New-Zealand, 51th Highlands et 1st South African Divisions attaquent à nouveau vers l’ouest pour parachever les quelques gains manquants encore pour atteindre les objectifs de « Lightfoot ». La 15.Panzer Division affronte la 2nd Armoured Division sur Kidney Ridge. La contre-attaque allemande est cependant repoussée. Le tireur d’un Sherman du 9th Lancers parvient à détruire un Panzer IV à une distance de 4 000 mètres, un exploit considéré comme le tir le plus réussi du régiment de toute la guerre. La 21.Panzer Division est rappelée du secteur sud du front pour contrer la menace de Monty dans le nord. Les attaques des Panzer allemands visant à reprendre Kidney Ridge à la 1st Armoured Division mettent gravement en péril la division britannique.

 

Les 6 pounder à « Snipe »: l’un des plus fameux fait d’armes d’El Alamein

Les pertes en blindés allemands et italiens sont toutefois sensibles, notamment autour du point d’appuis « Snipe » où 19 pièces antichars de 6 Livres de la 2nd Rifle Brigade et du 239th Antitank Battalion réalisent un véritable exploit. La défense héroïque de des soldats britanniques repousse toutes les tentatives ennemies en lui causant des pertes bien trop sévères, soit une cinquantaine de chars détruits ou endommagés. Si un seul canon de 6 Livres est évacué, les pertes britanniques se limitent à 14 tués, 44 blessés et 1 disparu. L’exploit est récompensé par l’octroi de la Victoria Cross au lieutenant-colonel Turner, le chef de la 2nd Rifle Brigade. L’aviation cause également de sérieux dommages aux forces de l’Axe. C’est ainsi que, à l’aube, une escadrille de Hurricanes de reconnaissance repère une concentration de 1 000 véhicules dans le secteur de Tell el Aqaqir. L’intégralité des bombardiers légers est concentrée contre cette cible qui s’avère être le point de rassemblement de la 21.Panzer Division et la 90.Leichte Division. Près de 200 bombardiers attaquent de plein jour, utilisant la piste de Rahman comme point de repère aisément identifiable. L’attaque aérienne cause une considérable confusion au sein des deux unités. L’importante couverture aérienne qui accompagne les bombardiers tient aussi un rôle essentiel ce jour là en repoussant des formations de Stukas et de Messerschmitt 109 avant que ces derniers ne puissent intervenir sur le champ de bataille. En dépit de ces fâcheux contretemps, l’importance de la prise du Trig 29 par les Australiens est clairement ressentie par le chef de la Panzerarmee qui dépêche dans le secteur la 90.Leichte Division, jusqu’alors tenue en réserve à Daba, et surtout en concentrant dans cette zone la majeure partie de l’Afrika Korps et des unités mobiles italiennes. Dégarnissant ainsi son centre, Rommel expose ses lignes à une nouvelle attaque majeure de Monty, l’opération « Supercharge » déclenchée le 1er novembre dans le secteur néo-zélandais, tandis que les positions tenues par la 9th Australian Division deviennent le pivot de la bataille. Von Thomas et Bayerlein estiment que la position du 125.Panzergrenadier Regiment dans le saillant est désormais bien trop exposée et qu’il serait avisé de l’évacuer. Rommel objecte que Montgomery est sur le point de lancer une offensive dans ce secteur et que toute tentative d’évacuation du saillant s’avérerait désastreuse. Dans la nuit du 27 au 28, la 133th Lorried Brigade de la 10thArmoured Division consolide les positions de « Woodcock » et de « Snipe ». Entre-temps, Rommel a la désagréable nouvelle d’apprendre le torpillage du tanker italien Proserpina, sur lequel il comptait beaucoup pour rétablir la liberté de mouvement de ses unités mobiles. A cette perte s’ajoute vite celle du Tergesta, coulé à quelques encablures de Tobrouk.

Sans maîtrise de l’espace aérien, surclassé en nombre de chars et souffrant d’un ravitaillement erratique, la Panzerarmee peut-elle encore l’emporter?

Il y a 77 ans à El Alamein: 25 octobre 1942

25 octobre : la bataille d’attrition se poursuit mais aucune percée n’est réalisée

Lumsden a informé Montgomery de l’attaque nocturne qu’il va lancer avec son corps blindé. Un violent tir de contre-batterie puis un barrage d’artillerie forment le prélude à l’opération lancée par la 10th Armoured Division. Les deux brigades blindées de Gatehouse, les 8th et 24th , et la brigade motorisée de soutien, la 133rd , sont pourtant dès le début empêtrées dans le champs de mines disposé le long de la crête de Miteiryia. Les tentatives de déminage sont soumises aux tirs efficaces de l’artillerie germano-italienne tandis que les blindés en attente reçoivent l’attention de la Luftwaffe qui lance un raid aérien, ce qui a pour conséquence de désorganiser les unités contraintes de se disperser pour éviter les bombes. Une colonne de la 8thBrigade est atteinte par un bombardier allemand, provoquant un brasier illuminant tout le secteur. Les canons antichars germano-italiens et la Luftwaffe se concentrent alors sur la brigade blindée. Cette intervention de Junker 88 depuis la Crète démontre de façon brillante à quel point l’offensive de Montgomery n’aurait eu aucune chance de réussir sans une totale supériorité aérienne. Lorsque l’assaut est repris, le barrage d’artillerie britannique tombe bien trop en avant des unités blindées pour que celles-ci puissent espérer progresser derrière sa protection. Dans ces conditions, le brigadier Custance, le chef de la 24th Armoured Brigade, est d’avis qu’il serait bien mal avisé de poursuivre l’avance au risque d’exposer ses blindés en terrain découvert au lever du jour. Gatehouse acquiesce, au grand dam de Freyberg dont les Néo-Zélandais ont absolument besoin du soutien des divisions blindées. Freyberg informe donc Leese de la situation. Ce dernier s’empresse de réveiller Monty, pour le moins ennuyé par la tournure que prennent les événements. Montgomery décide donc d’une conférence avec ses deux chefs de corps, Lumsden et Leese, à son QG tactique à 3h30 du matin. Monty annonce à ses subordonnés que la 10th Armoured Division percera comme prévu cette nuit même et il avise Lumsden de ne pas hésiter à relever des officiers de leurs fonctions si les ordres ne sont pas suivis. Dans la nuit, des rumeurs encourageantes lui parviennent. Pourtant, au lever du jour, le commandant de la 8thArmy constate amèrement que rien de concret n’a en fait été réalisé : la 10thArmoured Division et la 9th Armoured Brigade ne sont toujours pas en mesure d’affronter les divisions de Panzer ni de soutenir les opérations menées par les Néo-Zélandais. Des dizaines de Shermans et de Grants ont été perdus en vain. Au nord, la 1st Armoured Division n’a toujours pas conquis Kidney Ridge. Au sud, la 7th Armoured Division se trouve encore confrontée à la difficulté de traverser les champs de mines. Devant ce constat accablant, Freyberg annonce à ses supérieurs que sa division néo-zélandaise n’est pas en mesure de réaliser ses opérations de grignotage des positions d’infanterie adverses. Sa confiance envers les unités blindées est désormais au plus bas et il désespère désormais que Gatehouse se résigne un jour à pousser sa division au-delà de la crête de Miteiriya. Freyberg propose pourtant à Montgomery de lancer à l’assaut sa 2nd New-Zealand soutenue par l’artillerie pour s’emparer d’une position à quatre kilomètres plus à l’ouest. Ce gain appréciable de terrain permettra, pense t-il, de déployer enfin la 10th Armoured Division au-delà de la crête de Miteiriya. Monty rejette la proposition de Freyberg, sachant pertinemment qu’une telle attaque serait trop coûteuse en hommes et opérerait des coupes sombres au sein des unités d’infanterie. Il aura en effet trop besoin de ces hommes dans ses opérations de grignotage. De plus, Monty sait que les quatre divisions de 30th Corps qui ont mené l’attaque principale à travers les champs de mines depuis le 23 octobre ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes en raison des pertes. Seule la 9th Australian Division fait encore bonne figure, ses bataillons étant encore à peu près à effectifs pleins. Dans l’autre camp, von Thomas et son état-major sont consternés du manque d’allant des unités britanniques. Von Thomas ne comprend absolument pas pourquoi Montgomery n’a pas poussé immédiatement le succès remporté au cours de la première nuit ni la timidité d’action qui caractérise les unité blindées britanniques. Devant l’importance des moyens mis à disposition de Leese et de Lumsden, von Thomas a clairement identifié le secteur de la crête de Miteiriya comme l’attaque principale ennemie. La lenteur de ses adversaires lui a permis de redéployer dans cette zone de nouveaux canons, de poser de nouvelles mines et d’y déployer une partie de ses forces blindées. En dépit de la supériorité numérique britannique à la veille de la bataille, l’armée germano-italienne est à moment-là en mesure de faire échouer complètement l’offensive de la 8th Army. L’opération « Lightfoot » ne se déroule donc absolument pas comme l’avait prévu Montgomery. Contrairement aux divisions blindées du 10th Corps, le 30th Corps a certes atteints ses objectifs, au prix de 4 600 pertes dans les rangs de l’infanterie. En face, l’Axe accuse la perte de 3 700 hommes. Toutefois, il n’a pas été nécessaire à la Panzerarmee Afrika de faire intervenir la majeure partie de l’Afrika Korps, hormis quelques blindés de la 15.Panzer Division, et la 90.Leichte est toujours placée en réserve. Monty doit donc s’assurer que son armée peut se permettre de poursuivre cette bataille d’attrition. Il convoque donc son chef d’état-major, Freddie de que, pour obtenir les informations nécessaires. En à peine deux jours de bataille, le 10th Corps a perdu 191 chars, dont 121 précieux Shermans et Grants. Ceci signifie que 29% des précieux chars moyens américains ont été touchés. La 23rd Armoured Brigade a perdu de son côté 63 blindés et la 7thArmoured Division accuse la perte de 62 tanks, dont seulement 8 Grants. Monty a donc perdu 316 chars et n’en possède donc plus qu’environ 750. Ceci représente une supériorité numérique confortable amis les pertes en chars Sherman et Grants sont inquiétantes. L’analyse de de Guingand est toutefois rassurante pour Monty puisqu’il souligne que de nombreuses pertes correspondent en fait à des dommages causés par des mines, ce qui signifie donc que les réparations ne seront pas longues. De Guingand estime en outre à 40-50 chars en provenance des ateliers et des bases le chiffre quotidien pouvant être perçus au cours de la semaine à venir. La 8th Army peut donc maintenir sa pression sur la Panzerarmee. Il reste que l’inquiétude gagne le QG de la 8th Army et Londres : un échec de la 8th Army jouissant d’une telle supériorité serait un véritable honte pour l’armée britannique, qui plus juste avant le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord. Toutefois, la bataille ne sera pas gagnée facilement et les Britanniques s’en sont rendus compte dès les premières heures. Monty ne dispose pas de réserves puisque le 10th Corps est déjà engagé. On constate ici une limite aux conceptions opérationnelles britanniques en matière de percée.

Le 25 octobre, en milieu de journée, Monty décide de surprendre son adversaire en frappant en force depuis son aile droite. La 1st Armoured Division brisera les lignes adverses à partir d’un bouclier défensif établi par les Australiens. Ces derniers vont commencer leurs opérations de grignotage en direction de la route côtière. La Panzerarmee ne peut laisser une telle menace se réaliser sans réagir. Par conséquent, Monty est décidé à faire porter tout le poids de l’offensive dans le nord si les opérations menées par les Australiens et la 1st Armoured Division sont couronnées de succès. Entre temps, la 10th Armoured Division est retirée du front à l’exception de sa 24th Armoured Brigade qui rejoint la 1st Armoured Division dans le nord et l’assister dans sa délicate offensive. Le 25 octobre, l’avance de la 1st Armoured Division est certes limitée devant le rideau antichar défensif adverse mais elle parvient néanmoins à repousser une contre-attaque blindée adverse, au prix de la perte de 34 de ses chars. Dans le sud, la 7th Armoured Division est relevée par la 44th Home Counties Division. Si les gains du 13th Corps ne sont guère significatifs, son succès réside dans le maintien au sud de la 21.Panzer Division et de la division blindée Ariete alors que le sort de la bataille se joue au nord. Ces deux unités ne se maintiennent toutefois au sud qu’un temps car la division Folgore et les parachutistes allemands de la brigade Ramcke font savoir qu’ils sont en mesure de contenir la poussée ennemie sans l’aide des blindés.

  

Bishop et Lorraine Schlepper: l’artillerie automotrice est une nouveauté dans la guerre du désert

Dans le plan de « Lightfoot », la 24th Brigade de la 9th Australian Division doit attaquer avant tout pour maintenir la pression sur les unités ennemies qui lui font face dans le secteur côtier, tandis que les deux autres brigades de la division, la 20th et la 26th, participent au grand assaut qui doit permettre de percer le front de la Panzerarmee. Le 25 octobre, Monty décide de porter l’effort de grignotage de l’infanterie de Rommel dans le secteur nord, celui des Australiens. La 26th Brigade est donc envoyée à l’assaut du Point 29, une éminence d’à peine 20 mètres de hauteur, mais c’est la seule de son secteur et elle offre des vues sur 4 à 5 kilomètres dans toutes les directions. Cet objectif se trouve au nord des positions atteintes par les fantassins australiens au cours des combats des jours précédents. Il apparaît donc que le contrôle de la crête 29 permettra de poursuivre l’avance en direction de la côte, encerclant par cette occasion la majeure partie de la 164.Leichte Division. Monty saisit vite l’opportunité d’une telle attaque : une telle menace pesant sur la 164.Leichte Division ne peut qu’obliger l’ennemi à intervenir, exposant ainsi ses Panzer à la destruction. Outre les Australiens, la 51th Highland continue sa pression dans son secteur tandis que les blindés de la 1st Armoured Division doivent poursuivre leurs tentatives de percée en direction de l’ouest et du nord-ouest. Ces trois formations représentent donc une menace de première importance sur le flanc gauche de la Panzerarmee. 15 000 obus s’abattent sur les positions allemandes. L’attaque s’est fait à bord de Bren-Carriers et les soldats australiens se ruent sur des défenseurs pris totalement par surprise une minute à peine après que le bombardement d’artillerie dont le bruit fracassant et la poussière dégagée a poussé les défenseurs à se terrer dans leurs abris de fortune. Le Trig 29 est donc pris par les Australiens la nuit du 25 au 26 octobre, après quoi Morshead s’apprête à lancer un nouvel assaut vers le nord dans la nuit du 28.

Recension « Des Tigres dans la Boue » d’Otto Carius

Otto Carius, Des Tigres dans la Boue, Overlord-Press, 2019

Les mémoires de l’as des Panzer Otto Carius (150 victoires!) est le 1er opus de la nouvelle maison d’éditions Overlord-Press, créée par le prolifique Yannis Kadari, qui est déjà à l’origine des éditions Caraktère.

Nous avons là pour la première fois la version française de l’ouvrage de Carius. Une initiative heureuse. Avec la multiplication des traductions ou la de republication des mémoires de participants illustres de la Seconde Guerre mondiale, on a l’impression de revivre la forte activité éditoriale des années 1950-1960 (que je n’ai évidemment pas connue…), période de frénésie des publications émanant des témoins directe les plus renommés, ou qui côtoyèrent les plus « grands ». On regrette juste qu’il n’y ait pas de notes explicatives au fil du texte, comme il l’est de plus ne plus le cas avec les éditions de mémoires de la guerre.

Le livre de Carius est intéressant à plus d’un titre. Il se lit bien, comme un roman, la plupart des chapitres étant relativement courts. Il s’agit d’un récit guerrier haletant, qui permet au lecteur de comprendre ce que peut signifier être un Panzerschütze, particulièrement à bord d’un Tiger (on y apprend de nombreux petits détails). Carius est d’ailleurs de prime abord un peu décevant car il ne semble pas apprécier le « monstre » d’acier dès le premier regard (alors qu’il s’agit de mon Panzer préféré…), lui reprochant entre autres les lignes modernes du T-34. Quant au Jadgtiger, il ne remporte aucun suffrage… Ce qui est absolument remarquable, c’est la description des engagements, la relation des hommes au sein des unités (les fameux « groupes primaires »), la coopération avec les fantassins et les autres armes, … Les différentes opérations relatées à l’Est sont vraiment instructives. Je laisse la primeur aux lecteurs et ne dévoile pas les nombreuses (et parfois incroyables) péripéties, notamment la rencontre avec trois Russes… Il y a aussi un galerie de personnages, dont le général Strachwitz, mais aussi un supérieur direct ainsi qu’un autre général peu convaincants. Les briefings avant les opérations méritent aussi la lecture.

Carius est aussi un homme de son temps, un vaincu de la Wehrmacht qui écrit après la guerre. Un homme qui ne renie pas son engagement, se prétendant naïvement apolitique (« peu importe si on fait son travail pour le Führer, pour son pays ou par sens du devoir ») et juste un bon patriote, peu amène envers les conjurés du 20 juillet (sauf, dans une certaine mesure, Stauffenberg), ni ceux qui accueillent les Américains.

Sa vision de ces derniers est caricaturale, autant quand il le compare aux Soviétiques, que lorsqu’il aborde la question des bombardements ou encore le traitement des prisonniers de guerre.

Evoquant la guerre ou les SS, ainsi que les « prétendues atrocités » allemandes, Carius est bien un « soldat de Hitler ». Il ne rencontre pas le dictateur pour ses feuilles de chênes, mais Himmler: un épisode intéressant et relaté sans état d’âme.

L’homme reste au final très modeste (on est bien en mal de suivre son palmarès ni s’en faire une idée à la lecture de ses mémoires), très humain dans le contact avec ses compagnons d’armes, mais également dévoué au service, sans se rendre compte de la cause qu’il sert, même a posteriori. Il ne semble pas nazi à proprement parler, mais on chercherait en vain une allusion aux horreurs qu’ont subi le civils soviétiques au quotidien à l’Est…Quant à  la position désignée « Judennase », « nez de Juif », cette appellation n’aurait rien d’antisémite, mais serait juste facilement compréhensible par tous en raison de la forme du relief en question…

Un bon livre de guerre, agréable à lire, que je recommande vivement: on ne s’ennuie pas!

Une excellente initiale des nouvelles éditions Overlord-Press: on attend la suite avec impatience!

http://overlord-press.com/

Il y a 77 ans à El Alamein: 24 octobre 1942

24 octobre : Monty dans l’impasse

L’infanterie soutenue par les tanks va t-elle réussir à atteindre ses objectifs?

Au lever du jour du 24 octobre, les espoirs sont permis pour la 8th Army. Pourtant, 6 divisions tentent simultanément de frayer un chemin à leurs véhicules sur un espace dépourvus de repères, de sorte que les limites des secteurs alloués à chaque unité sont bien difficiles à distinguer. Les difficultés à surmonter sont de taille. Les nuages de poussière provoqués par les explosions s’allient à ceux dégagés par les véhicules en mouvement dans le sable et se combinent à la fumée des combats, aux mines et aux embouteillages pour provoquer une confusion sur le champ de bataille. Les opérations du 24 au 26 octobre s’avèrent décevantes pour les Britanniques : les pertes sont nombreuses pour des gains très limités tandis qu’aucune percée n’est acquise. En revanche, le grignotage des unités d’infanterie ennemies est effectif, tandis que l’Afrika Korps, frappé du fort au fort, ne cesse de voir sa capacité offensive s’amoindrir.

La Lutfwaffe manque l’occasion de contrer l’ennemi encore empêtré dans les champs de mines…

Le matin du 24 octobre, Monty a fermement l’intention de poursuivre son plan à la lettre. Au nord, la 51th Highlands doit parvenir à s’emparer de ses objectifs initiaux sur la ligne « Oxalic » et participer activement à la sécurisation des corridors dévolus à la 1st Armoured Division. Les Shermans de cette unité repoussent les Panzer à plus de 2 000 mètres de distance, à la grande stupeur des Allemands. La tactique qui avait si bien fonctionné pour les Allemands est donc devenue obsolète et les Anglais sont désormais assurés de remporter les duels à longue distance. Pourtant, les tankistes de l’Afrika Korps espéraient contrebalancer la supériorité numérique de leur adversaire par leur tactique antichar qui avait montré ses preuves. Bien plus, les pièces de 88 mm peuvent être détruites à distance grâce aux obus explosifs et aux appareils de visée des Shermans, un luxe jusqu’alors impossible aux équipages britanniques. L’intervention de la Desert Air Force est un appoint supplémentaire dans la mesure où les pièces de 88 mm tentent de les engager au détriment de cibles terrestres. Mais, à l’instant précis où les tubes se dressent vers le ciel, les positions encore inconnues des 88 mm se révèlent ainsi aux Shermans qui peuvent les détruire à loisir.

Redoutables, les Flak de 88, embossés au ras du sol, révèlent leurs positions à l’ennemi lorsque leurs tubes se dressent vers le ciel pour repousser la Desert Air Force…

La présence pour la première fois de canons automoteurs, en particulier les 105 mm Priests, est un autre appoint tactique de premier ordre car il permet aux unités assaillantes de bénéficier rapidement du soutien de l’artillerie qui peut ainsi suivre la progression des blindés et leur apporter sans tarder leur soutien souvent indispensable. Dans le secteur de la 1st Armoured Division, les équipes de démolition britanniques détruisent pas moins de 26 carcasses de Panzer. Les Australiens doivent pour leur part poursuivre leurs efforts sur le flanc droit de l’offensive en commençant leurs opérations vers le nord en remontant vers la côte. Pourtant, le vent de sable, les antichars ennemis et une dramatique erreur d’identification qui provoque un raid des lignes australiennes par des bombardiers Boston font que les progrès restent très limités. Les Néo-Zélandais doivent enfoncer le front ennemi au-delà de la crête de Miteiriya en exploitant vers le sud. Dans le même secteur, la 10th Armoured Divisiondoit se porter vers l’avant à la faveur d’un soutien en artillerie conséquent. Au sud, le 13th Corps engage à nouveau la 7th Armoured Division. En cas d’insuccès dans sa nouvelle tentative pour aménager un passage à travers le second champ de mines, le relais sera pris la nuit suivante par la 44th Home Counties Division qui se chargera d’opérer une brèche. Dans le camp adverse, l’offensive de la 8th Army a jeté le chaos. Peu de canons ont été en mesure de retourner le feu face à la tornade de feu qui s’est abattue sur leurs positions. Le pilonnage incessant de l’artillerie et de l’aviation alliée a semé une confusion extrême dans les communications. Les câbles téléphoniques ont été sectionnés par les tirs de l’artillerie britannique. Faute de pouvoir efficacement utiliser leurs fréquences radios, les Allemands en sont réduits à envoyer des estafettes aux états-majors ! Dans ces conditions, il faut un certain temps au QG de la Panzerarmee pour établir une évaluation claire de l’offensive ennemie. La portée de celle-ci, son ampleur et son axe d’effort majeur sont difficilement discernables par le général Stumme du fait de la multitude d’assauts simultanés lancés de la Méditerranée à la dépression de Qattara. Le général allemand décide donc d’évaluer la situation lui-même sur le terrain et c’est à cette occasion qu’il perdra la vie. A Berlin, l’OKW prend également la nouvelle de l’offensive avec quelques inquiétudes. Vers 15 heures, Rommel, encore convalescent, est contacté. Keitel, le chef de l’OKW, demande à Rommel si l’état de santé de celui-ci lui permet de regagner El Alamein. Devant une réponse affirmative, Keitel, l’assure qu’il continuera à le tenir au courant de la situation. Puis Hitler appelle en personne. Rommel écrira : « Il m’annonça que le général Stumme, toujours manquent, était ou prisonnier ou mort, et me demanda si je pouvais retourner immédiatement en Afrique. […] Peu après minuit, le Führer m’appela de nouveau. La situation à El Alamein était telle qu’il me priait de rejoindre l’Afrique tout de suite et de reprendre mon commandement. Dès le lendemain, je m’envolai ; je savais pertinemment que nous n’avions plus de lauriers à récolter sur le théâtre d’opérations d’Afrique du Nord, les renseignements fournis par mes officiers m’ayant appris que le minimum d’approvisionnements que j’avais réclamé était loin d’avoir été livré ».

Hitler sollicite le retour de Rommel à la tête de la Panzerarmee. Le Feldmarschall s’exécute: serra t-il en mesure de redresser la situation?

Les progrès réalisés par la 8th Army ce 24 octobre s’avèrent des plus décevants. Peu d’unités blindées sont parvenues à traverser les champs de mines en dépit des injonctions de Monty et de Leese à Lumsden et aux chefs des deux divisions blindées. En fait, seuls de timides efforts sont consentis pour obéir aux ordres de Montgomery qui veut absolument que ses tanks prennent position sur le terrain dégagé au-delà des champs de mines. Les Ecossais ont bien tentés de nettoyer le terrain et de préparer le passage pour les blindés de la 1st Armoured Division mais les gains sont minimes. Il faut souligner que les hommes sont épuisés par une nuit de bataille et une longue journée en étant en permanence soumis aux bombardements et aux tirs d’infanterie. La division blindée de Briggs reste donc hors de portée de Kidney Ridge, son objectif du jour. Freyberg s’emporte contre Gatehouse et sa 10stArmoured Division dont la lenteur ne permet pas d’exploiter le succès réalisé par les Néo-Zélandais. Mais Gatehouse ne veut pas risquer ses blindés au-delà de la crête et semble en fait moins préoccupé par l’idée de lancer une attaque que de se préparer à repousser un assaut des divisions de Panzer. Gatehouse est aussi bien conscient de la difficulté à faire traverser les champs de mines à ses camions de ravitaillement en munitions et en carburant. Or ce fait est essentiel s’il veut préserver son unité de la destruction. L’insistance de Monty amène toutefois Gathehouse à engager à 16 heures sa 8th Armoured Brigade dans une reconnaissance en force bien timide à l’ouest de la crête de Miteiriya. Cette attaque, qui manque singulièrement d’allant, est bien vite stoppée par la découverte d’un nouveau champ de mines protégé par d’efficaces positions d’artillerie.

77 ans à El Alamein : 23 octobre 1942

El Alamein 1942. Opérations dans la nuit du 23 au 24 octobre

 

L’offensive débute par un formidable barrage d’artillerie

23-24 octobre 1942 : l’opération « Lightfoot » est lancée

Au soir du 23 octobre, les unités d’assaut de la 8th Army sont en place. Trois attaques simultanées vont être lancées. Au nord, le 30th Corps va enfoncer la ligne principale de défense ennemie et établir une tête de pont sur une position nommée ligne « Oxalic ». Le10th Corps pourra alors traverser la zone conquise par le 30th. Au sud, le 13th Corps doit enfoncer les lignes germano-italiennes dans le secteur de la dépression de Munassib. La 7thArmoured Division doit maintenir les forces blindées adverses dans le sud du fait de la seule menace qu’elle représente. Enfin, plus au sud, le 13th Corps va s’attaquer au mont Himeimat et plateau de Taqa en y engageant la 1ère Brigade des Français Libres. L’effort principal est dévolu au 30th Corps. La 9th Australian Division, depuis Telle el Eisa, et la 51thHighlands, jusqu’à Kidney Ridge, ouvrent le chemin à la 1st Armoured Division. Au sud de ces deux unités, la 2nd New-Zealand Division et la 1st South African Division prépare la voie de la 10th Armoured Division en s’emparant de la crête de Miteiriya. La 4th Indian Divisionne lance pour sa part que des raids de diversion. Les quatre divisions d’infanterie du 30thCorps attaquent sur une largeur de 16 kilomètres avec deux brigades de front et un régiment de Valentines de la 23rd Armoured Division en soutien, hormis la division néo-zélandaise, qui dispose de sa propre brigade organique, la 9th.

Les Churchill: nouveaux tanks dans l’arsenal de la 8th Army

L’offensive débute le 23 octobre à 21h40 par une formidable préparation d’artillerie. Les canons de la 8th Army n’ouvrent pas tous le feu au même moment. Le minutieux plan de tir mis au point a en effet été calculé précisément de façon à tenir compte du temps nécessaire à chaque obus pour atteindre sa cible. Un timing parfait assure que tous les obus atteignent leurs cibles au même moment. L’heure de vérité est arrivée pour le patient travail de repérage des batteries d’artillerie ennemies mis au point au cours des mois précédant. Le déluge de fer et de feu qui s’abat sur les lignes de la Panzerarmee Afrika constitue en fait le plus fort barrage d’artillerie de l’armée britannique depuis la Première Guerre Mondiale. La préparation d’artillerie est d’abord un tir de contre-batterie : les positions connues de canons germano-italiens sont copieusement bombardées. Chaque batterie de quatre pièces d’artillerie de l’Axe est pilonnée une centaine d’obus. Puis, après une pause de quelques minutes pour effectuer les réglages, l’artillerie britannique frappe les premières lignes adverses sous un déluge de feu. Dans un troisième temps, un barrage roulant précède l’attaque de l’infanterie tandis qu’une partie des pièces d’artillerie britanniques reprennent leurs tirs de contre-batterie. Les pièces d’artillerie de l’Axe n’ont pourtant connu aucun répit puisque la Desert Air Force et l’USAAF ont pris le relais de la Royal Artillery dès la fin du premier tir de contre-batterie. Chaque canon de l’Axe qui réplique est impitoyablement attaqué par les bombardiers. La confusion au sien de la Panzerarmee est d’autant plus marquée que les communications radiotéléphoniques sont perturbées par des bombardiers Wellington spécialement équipés.

Sur le front de la 9th Australian Division, la 26th Brigade atteint ses objectifs sur la ligne « Oxalic » mais l’unité du flanc gauche, la 20th Brigade, reste stoppée par une résistance tenace à un kilomètre de la ligne devant être atteinte cette première nuit. Les pertes sont cependant assez lourdes, notamment en officiers subalternes, qui guident leurs hommes dans la nuit à l’aide de boussoles. A la gauche des Australiens, deux brigades écossaises, les153rd et 154th, avancent au combat encouragées par les accents des cornemuses. Les bataillons se succèdent en permanence, prenant la tête à tour de rôle au fur et à mesure que les objectifs intermédiaires sont conquis. Les soldats sont lourdement chargés et une croix de Saint André a été placée sur les sacs pour faciliter l’identification dans l’obscurité. Il reste que ce sont les Ecossais qui ont la plus grande distance à défendre au sein du 30th Corpspuisque le secteur de ligne « Oxalic » qu’ils doivent couvrir est deux fois plus large sur cette ligne que sur leurs positions de départ. Comme pour les Australiens, si l’avance rencontre de prime abord que bien peu de difficultés, la défense se raidit et devient vite acharnée, de sorte que la ligne de principale germano-italienne n’est pas entamée. Une seule compagnie a atteint ses objectifs et les pertes sont lourdes. Une compagnie entière est ainsi anéantie dans les champs de mines par les tirs provenant des nids de mitrailleuses. Les retards pris dans les déminages laissent peu d’espoir quant à l’ouverture d’un corridor pour la 1stArmoured Division dans les délais voulus.

L’attaque des Néo-Zélandais est couronnée de succès puisque les objectifs sont à peu près atteints, en dépit de pertes sévères. Les positions de la crête de Miteiriya sont consolidées pendant que les sapeurs ouvrent la voie à la 9th Armoured Brigade de Currie. Celle-ci se déploie sur le versant ouest de la crête avant de se replier à l’abri de cette dernière devant la vivacité de la réaction ennemie. Les régiments blindés ont auparavant éprouvé des difficultés dans les champs de mines car les Matildas « Scorpions » sautent sur les mines qu’ils sont sensés détruire. Les chars tentent lors de les contourner mais ils sont aussitôt victimes des mines à leur tour. Le Royal Wiltshire Yeomanry, le régiment de tête de la 9thArmoured Brigade, n’atteint la crête qu’avec 12 chars ! La perte de 19 Shermans et Grantsaurait été une catastrophe pour la 8th Army en juillet mais, en octobre, ces pertes sont tout à fait supportables. Les Sud-Africains de Piennar usent de la même tactique que les Néo-Zélandais, à savoir que les unités d’infanterie attaquent seules dans un premier temps tout en aménageant des couloirs pour les blindés de soutien. Si, après avoir consentis de grands efforts, l’infanterie est parvenue à l’est de la crête avec quelque soutien blindé, les Sud-Africains éprouvent en revanche les pires difficultés à faire traverser les champs de mines aux armes antichars et au véhicules, de sort que l’armement lourd fait défaut, rendant la position de la division des plus fragiles. La résistance adverse est telle que les Sud-Africains doivent s’enterrer sur la crête de Miteiriya plutôt que de se retrancher plus à l’ouest avec l’idée d’exploiter le succès sur le flanc gauche de l’attaque du 30th Corps y engageant des automitrailleuses et des chars. Le pire est survenu au centre du secteur d’attaque sud-africain où les assaillants tombent sur un champ de mines non reconnu pour ensuite se trouver bloqués par une solide redoute de la 164.Leichte Division. 36 combattants allemands seront finalement capturés. Le Frontier Force Battalion perd 189 hommes cette nuit là.

Globalement, les premières heures de l’attaque de Leese sont un succès : quatre divisions d’infanterie ont pénétré en profondeur dans le dispositif ennemi et sont parvenues à s’emparer de l’importante crête de Miteiriya. L’offensive prend au contraire un tour inquiétant pour le 10th Corps, dont les démineurs de chaque division blindée doivent aménager des couloirs dans les champs de mines avant l’aube. Le travail de déminage est effectué de concert avec les opérations de l’infanterie, mais cette phase de l’opération doit être menée dans des conditions confuses et dangereuses. Au nord, un seul corridor de la 1stArmoured Division est aménagé sur toute sa longueur, les équipes ayant par ailleurs été retardées par de nombreuses poches de résistance ennemies qui prennent sous leurs feux le tracé des routes dévolues aux blindés. Il s’est avéré très difficile de localiser les points de défense germano-italiens, à fleur de sol sur un terrain essentiellement plat, avant que ceux-ci ouvrent le feu. La 10th Armoured Division doit pour sa part établir des passages dans le secteur de la 2nd New-Zealand Division. La situation semble ici plus favorable puisque quatre couloirs sont aménagés. Mais en fait un seul est réellement utilisable à son extrémité ouest, face à l’ennemi. Les blindés qui parviennent à rejoindre l’infanterie sont la cible de tirs antichars ennemis si intenses que les engins rescapés n’ont d’autre alternative que de s’abriter en arrière de la crête de Miteiryia. Le seul régiment des Sherwood Rangersperd 16 chars sous les coups des antichars italiens, soit le tiers de l’effectif initial. Les pertes sont d’autant plus lourdes que les chars de fabrication américaine utilisent du carburant d’avion et prennent donc feu comme des torches dès qu’ils sont touchés au réservoir, y compris par des obus perforants chauffés à blanc en perforant un blindage. En fait, peu de chars au total sont parvenus à franchir les champs de mines cette nuit-là en raison de la congestion qui accable les corridors et l’incroyable embouteillage qui survient à l’extrémité est de ceux-ci. De sorte que, au lever du jour, aucune des deux divisions blindées n’est à même d’exploiter la percée du 30th Corps ni affronter comme prévu la contre-attaque de l’Afrika Korps.

Troupes des Dominions et de l’armée des Indes: le fer de lance de « Lightfoot »

Les attaques menées au sud par le 13th Corps sont confrontées aux mêmes difficultés. Les champs de mines gênent considérablement la 7th Armoured Division et la 44th Home Counties Division. Les pénétrations ne concernent que le premier des deux grands champs de mines de l’Axe. Toutefois, ces opérations, tout comme l’attaque des FFL en direction du mont Himeimat et de Nabq Rala, participent à la confusion au sein de l’état-major de la Panzerarmee. Celle-ci atteint son comble lorsqu’elle perd son propre chef dès cette première nuit de bataille. Le général Stumme meurt en effet d’une crise cardiaque alors qu’il s’accroche désespérément à la portière de son véhicule de commandement qui tente de se mettre à l’abri des tirs d’artillerie de la 8th Army. La disparition de Stumme n’est réalisée qu’à midi le lendemain : le commandement de l’armée est alors temporairement assuré par von Thomas, le chef de l’Afrika Korps. Au regard de la situation sur le front des 30th et 10thCorps, l’offensive de Monty commence donc apparemment sous de mauvais auspices. Pourtant, lorsque les premiers rapports parviennent au QG de la 8th Army au petit matin, Monty se montre plutôt satisfait des résultats obtenus. Il constate que la défense ennemie a été acharnée comme prévue. Mais il constate également que ses unités ont progressé partout et que, si peu de blindés sont déjà parvenus au-delà de la zone des champs de mines, la tête de pont obtenue peut néanmoins être renforcée dans la journée. Les opérations de grignotage de l’infanterie germano-italienne pourront alors commencer, provoquant ainsi la réaction de l’Afrika Korps qui le mènera à sa perte. Il reste que l’échec quant à réussir une percée au travers de la crête de Miteiriya était prévisible à la lumière des échecs répétés des Australiens au mois de juillet. Par trois fois les Australiens avaient atteints la crête pour finalement se trouver exposés à un feu intense provenant de l’autre versant. En fait, en fixant la crête de Miteiriya comme objectif à l’infanterie, Montgomery est tombé dans le piège ennemi. Après les combats de juillet, les Germano-Italiens ont bien saisi l’importance stratégique de cette crête et ils ont en conséquence adoptés des mesures défensives pour empêcher toute exploitation au-delà. Combiné avec l’ordre d’alléger les avant-postes, la ligne de défense principale de la Panzerarmee est établie sur la contre-pente avec un dispositif en profondeur. La 8th Army a donc réussi à atteindre la crête, mais toute tentative menée au-delà a été sévèrement repoussée par un torrent de feu.

 

Les FFL dans l’opération « Lightfoot »

Les FFL sont engagés dans l’extrême sud du front, près de l’infranchissable dépression de Qattara.

Le 23 octobre 1942, plusieurs unités participent à l’opération « Lightfoot ». La 13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère doit ainsi se porter au combat, soutenue par une colonne volante d’automitrailleuses et renforcée par des chars et des autocanons. Tandis que les engins de reconnaissance doivent faire diversion vers l’observatoire allemand du mont Himeimat, les légionnaires doit s’emparer du plateau de Taqa. Vers 19 heures, la formation franchit le dernier champ de mines britannique. Le terrain n’est pas favorable à la manœuvre et les fantassins s’enfoncent dans le sable jusqu’aux chevilles tandis que les éléments motorisés ne progressent qu’avec d’énormes difficultés, de nombreux véhicules devant être remorqués par les chars. C’est ainsi que seulement deux kilomètres ont pu être parcouru en l’espace de deux heures ! Peu avant 22 heures, le fracas du terrifiant barrage d’artillerie de la 8th Army sonne le début de l’offensive. Tandis que les sapeurs commencent à frayer un passage au sein des champs de mines ennemis, celui-ci, bénéficiant de magnifiques postes d’observation sur les éminences du secteur, tels le mont Himeimat, ouvre le feu avec son artillerie. La progression est cependant assez satisfaisante et les champs de mines sont traversés par l’unité de reconnaissance française, qui se rend compte que ce premier obstacle est franchi en découvrant les panneaux « Achtung Minen ! » qui marquent l’extrémité occidentale de ces « jardins du Diable ». Les Spahis ont perdu deux automitrailleuses qui ont tenté de faire demi-tour. Les Spahis et leurs automitrailleuses sont envoyés en diversion à l’est d’Himeimat. Un peloton intercepte une patrouille ennemie mais perd un de ses engins, victime d’une mine lui aussi, en tentant de la poursuivre. L’attaque du 1er bataillon de la Légion débute à 2 heures du matin mais l’armement lourd ne suit pas la progression et plusieurs Bren-Carriers sont perdus. L’unité est clouée au sol au pied de la falaise de l’Himeimat par un violent tir de mousqueterie, de mortier et d’artillerie ennemie et toute tentative de débordement est vouée à l’échec. Les Français sont dans une situation délicate : ils ne peuvent prendre pied sur la falaise du Narb Rala et sont déployés à découvert. Il est donc impératif de profiter du couvert de l’obscurité pour effectuer un mouvement de repli. Celui-ci s’effectue dans des conditions dramatiques car les blindés ennemis de la Kampfstaffel Kiel (il s’agit en fait de blindés anglais récupérés par les Allemands : M3 Honey, M3 GrantCrusaders) ouvrent le feu sur les légionnaires et deux Bren-Carriers et une ambulance sont mis en feu.

Au cours de la matinée, les Français doivent affronter une nouvelle fois les blindés ennemis qui tentent une contre-attaque. L’assaut se solde par un échec tandis qu’une esquisse de débordement par le sud-ouest est stoppée par les chars français appuyés par l’intervention fort opportune de chasseurs Hurricane d’appui au sol qui font feu de leurs canons de 37 mm. Plus tard, huit carcasses de blindés ennemis seront comptabilisées sur le terrain. Les Allemands ont été surpris par la chaude rencontre avec les blindés français et les appareils de la Royal Air Force. Devant l’attitude résolue des Français, les Allemands se mettent sur la défensive, laissant à leurs adversaires l’impression assez inattendue de rester maîtres du terrain alors que l’alerte a été sérieuse.

Dans le secteur du 2ème bataillon, qui s’attaque également aux positions ennemies de l’Himeimat, la situation est autrement plus favorable. Les légionnaires réussissent en effet l’exploit de prendre pied sur la falaise et de l’escalader en dépit des tirs meurtriers de l’adversaire. A 6 heures 15, la conquête du premier objectif est signalée par le tir de fusées Very. Sans moyens de défense adéquats pour résister à une attaque de blindés ennemis sur le plateau, les antichars étant bloqués par les champs de mines, les légionnaires n’ont d’autre alternative que de se retrancher sur le rebord de l’escarpement pour éviter l’anéantissement. L’unité doit donc se replier à son tour sous le feu de l’ennemi. Le décrochage s’effectue sous le couvert des unités de la colonne volante qui permettent aux légionnaires d’éviter le tir des mortiers et des mitrailleuses mais ne les mettent pas à l’abri de l’artillerie et des blindés ennemis. C’est au cours de cette action que tombe le lieutenant-colonel Amilakvari, qui avait glorieusement contribué à la défense de Bir-Hackeim au printemps précédant. Les positions ennemies du mont Himeimat, bénéficiant de vues plongeantes sur les Français, semblent inexpugnables. La colonne volante a perdu sept automitrailleuses dans son engagement des 23-24 octobre 1942. Le bilan de la journée se solde donc par un échec puisque les fantassins, en raison du mordant de l’ennemi et de l’extrême difficulté du terrain, n’ont pu se maintenir sur leurs objectifs. Les pertes françaises se montent à 123 hommes. Néanmoins, partout, les Spahis et leurs blindés se sont imposés à l’ennemi et leur intervention a sauvé les légionnaires de la destruction. De toute façon, toutes ces opérations ne présentent qu’un caractère secondaire dans l’offensive de Montgomery, mis à part la fixation de la 21.Panzerdivision dans le sud : la décision est recherchée ailleurs.