Général Smith-Dorrien

Le saviez-vous? le général Smith-Dorrien, chef de corps puis d’armée au BEF notamment à Ypres (en 1914 et 1915), muté face à Lettow-Vorbeck en Afrique, est un des rares blancs à avoir survécus à la défaite subie devant les Zoulous Isandlwana en 1879?

Afrikakorps, guerre du désert et bande dessinée

L’épopée de la guerre du désert est bien présente dans le 9e art, qui nous fournit un riche panel de BD de qualité, et ce depuis des décennies… Le grand intérêt que je porte depuis l’enfance à l’Afrikakorps, à Rommel et au LRDG explique ces lectures parfois déjà fort anciennes, mais ravivées par de superbes productions parues ces dernières années…

Afrikakorps de Dupuis, paru chez Dargaud, est mon préféré de la série dessinée par cet auteur. Tout y est, des combats avec les Italiens en 1940 à la Tunisie, en passant par le LRDG… moyennant quelques erreurs sur le matériel (un seul exemple: des Grant en avril 1941…), quelques faits et le physique de généraux (Auchinleck!). Un beau graphisme et une belle entame sur le sujet bien résumé pour un enfant ou un jeune adolescent.

Enfant, je dévorai également les revues Attack et autres Panache qui accordent la part belle à la guerre du désert, dont certaines aventures bien menées et au scénario parfois haletant. Mes deux préférées : un combat à la passe d’Halfaya et une aventure du SAS (avec le major Simon Parish). Le graphisme peut être assez précis et réussi, ou plus ou moins grossier, les héros étant toujours des Britanniques, à l’exception d’au moins une aventure mettant en scène des FFL dans les profondeur du désert (équipés à la LRDG et coiffés de keffiehs).

Les décennies récentes nous ont gratifiés d’albums de tout autre qualité.

Le nec plus ultra est pour moi la série The Regiment, superbement dessiné, qui raconte les débuts du SAS en Egypte/Libye: une histoire vraie qui se lit comme un BD classique…

L’épisode de Lignes de Front consacré au LRDG est très bon aussi, mais c’est une fiction et le graphisme, bon, est en-deçà du précédent, la violence étant par ailleurs assez crue: une (belle) aventure digne d’un western.

Le très récent Afrikakorps est également très réussi, avec des dessins précis et une trame qui suit les événements réels, avec quelques erreurs toutefois, aussi bien dans le matériel (pourtant très bien dessiné) que dans les faits relatés. Ceci étant, cette BD offrant une vision de Landser du DAK m’enthousiasme et j’attends la suite avec impatience.

Enfin War and Dreams, qui se passe également en France, offre une ambiance digne du Patient Anglais et de Code Rebecca qui ravira tous les amoureux de l’Egypte comme moi. On salut le graphisme remarquable ainsi que le bon scénario du duo Maryse et Jean-François Charles (India Dreams est leur chef d’oeuvre…).

Prenons de la hauteur avec deux séries de BD axées sur les pilotes : Eagle et le Faucon du Désert, deux ensembles d’albums que je recommande aussi, la seconde série évoquée étant la plus remarquable sur le plan graphique (l’histoire me plaît aussi davantage), mais Eagle est d’un très bon niveau et nous emmène sous toutes les latitudes…

Bref, le monde de la BD a de quoi ravir les amateurs de la guerre du désert, et ce n’est certainement pas fini!

Le clan des Lovat

Le clan des Lovat, de fameux Ecossais pendant la Seconde Guerre mondiale. Deux commandos éminents: Simon Fraser, Lord Lovat, chef d’un commando puis de la 1st Special Service Brigade le Jour J, qui le fait entrer dans la légende, et son cousin David Stirling (dont la mère est une Lovat), commando au sein de la Layforce en Méditerranée (il est au N°8 Commando), passé à la postérité comme créateur du SAS qui agit contre les arrières de Rommel en tandem avec le LRDG.

Simon Fraser, Lord Lovat, 33 ans en 1944.
David Stirling, 27 ans en 1942.
Stirling et ses raiders enfin dotés de jeeps en 1942. Une unité qu’il a pu mettre sur pied grâce au général Auchinleck, Commander in Chief Middle East.

Recensions livres haut-commandement américain ETOUSA WWII

Partners in Command de Mark Perry (Penguin, 2007) et Brothers, Rivals, Victors de Jonathan Jordan nous emmènent dans les arcanes du haut-commandement américain sur le front de l’Ouest au cours de la Seconde Guerre mondiale.

Ces deux livres que j’ai utilisés lors de la rédaction de la biographie que j’ai consacrée à Patton (dont la lecture complètera ces textes) sont d’un très grand intérêt. Ils s’avèrent essentiels pour comprendre le haut-commandement américain, les intrigues, les dessous des grandes décisions prises par ces hommes aux responsabilités immenses.

Avec Partners in Command, nous quittons le niveau tactique pour la haute stratégie, l’importance des chefs d’état-majors combinés, de l’administration de Washington. Le rôle éminent de Marshall et les qualités d’Eisenhower, ainsi que ses limites, sont patentes et clairement démontrées. C’est aussi l’occasion de découvrir une galerie de personnages trop souvent méconnus du grand public, le déroulement des conférences majeures interalliées, mais aussi les « recadrages » de « Ike » par son mentor.

Le fonctionnement de ce tandem constitue un des outils de la victoire, de même que les rouages qui lient le trio traité dans Partners in Command, à savoir Eisenhower, Bradley et Patton. Trois chefs, aux parcours très différents, mais qui se connaissent très bien et qui assument des responsabilités à trois niveaux de commandements différents. A Bradley, si terne vis à vis du flamboyant Patton, frustré et jaloux à l’égard de celui-ci (comme nombre de généraux allemands le sont de Rommel…), manque le génie, la lucidité et le coup d’oeil qui sont la marque des véritables « grands ». Si Patton possède ses qualités, à tout le moins sur le plan tactique, son tempérament ne constitue pas qu’un atout…

Ces livres permettent de connaître les forces et faiblesses de ces quatre éminents généraux américains, ce qu’ils pensaient, leurs actions, leur manière de faire, mais aussi leurs relations avec leurs alliés, à commencer par les Britanniques.

Au final, on découvre comment fonctionne l’US Army au plus niveau, notamment dans ses relations avec les responsables politiques: l’armée américaine n’est ni l’Armée rouge ni la Wehrmacht, elle sert une démocratie et elle est démocratique.

L’écriture de mes livres, mes motivations, mes sources…

L’ECRITURE

Je suis passionné d’Histoire et d’écriture et j’ai la chance infinie de pouvoir m’y consacrer.L’idée d’écrire un ouvrage procède en partie de mon métier d’enseignant: communiquer son savoir à d’autres, avec tout le plaisir que cela suppose. J’écris en fait les livres que je souhaite lire, sur des sujets qui me tiennent à coeur. Corollaire du plaisir d’écrire, celui de procurer  un beau moment de lecture : la vraie récompense est toujours celle qui provient de la remarque agréable d’un lecteur, qui avoue avoir apprécié un de mes ouvrages…Car écrire génère un véritable bien-être, satisfaction qui ne peut être que renforcée à l’idée qu’avoir accordé de belles heures de lecture et de détente à des lecteurs passionnés comme moi.

Ma manière d’écrire est aussi celle que j’attends d’un auteur.

Ecrivant sur l’Histoire, l’humain est au centre de mes écrits : le vécu, le ressenti de ceux qui nous ont précédé est essentiel et, de la même façon dont je fais mes cours, je ne peux imaginer ni envisager de textes sans références à des relations fournies par des témoins, ni faire l’économie d’anecdotes parlantes et évocatrices.

Il s’agit donc de rendre le récit vivant, car c’est le style d’écriture que j’affectionne, puisqu’il permet de rendre la lecture du texte beaucoup plus agréable qu’une litanie froide de récits de batailles et d’unités. L’Histoire est ainsi plus accessible, et plus plaisante à découvrir.

Il s’agit aussi de se démarquer, de sortir de l’ordinaire, mais sans pour autant faire preuve de sensationnalisme. Prendre la posture d’une remise en cause systématique est non seulement ridicule, mais également préjudiciable. Pour se démarquer, trop d’auteurs recherchent l’originalité en prenant le contrepied de tout ce qui est établi, balayant d’un revers de main tous leurs devanciers, et vont s’évertuer à démontrer des absurdités : avec de tels auteurs, Montgomery devient un dieu de la guerre, Rommel est considéré comme surestimé et Patton ne serait pas un grand général… Telle n’est pas ma manière de procéder. Si la remise en cause est essentielle en Histoire, les motivations doivent être nobles, et non sacrifier la vérité historique au nom de la recherche d’une célébrité futile et éphémère.

Ceux qui prétendent que Etre Soldat de Hitler, Patton, Invasion ou encore Afrikakorps n’apportent rien de neuf se leurrent ou manquent de bonne foi (ne serait-ce que par tous les aspects abordés): d’une part car il est hors de question de faire « du neuf » juste pour le principe, alors même que certains chapitres abordent des sujets négligés, ensuite car ces synthèses sont sans équivalents et donnent ainsi accès à une multitude d’informations condensées en eu un seul ouvrage, sur des sujets que je connais bien, étant para ailleurs très attiré par l’histoire militaire de la Seconde Guerre mondiale en tant que telle (organisation des armées, déroulement des batailles, matériel militaire…), sujet boudé par l’université française.

Je m’oblige également à éviter toute forme de préjugés, ce que certains auteurs ne sont absolument pas capables de faire, souvent pour des raisons politiques plus ou moins assumées (évident chez un auteur qui a fustigé les généraux américains de la Seconde Guerre mondiale) : ainsi,  des historiens, obnubilés par le front de l’Est notamment, finissent par avoir une vision par trop biaisée de la Seconde Guerre mondiale. Il faut également être honnête avec les lecteurs et ne pas annoncer qu’on apporte un récit dépassionné quand ce n’est pas le cas. En ce qui me concerne, je m’oblige à être impartial, mais je n’ai pas dissimulé -par exemple- que j’ai toujours éprouvé de la sympathie pour Patton.

Il m’a pourtant fallu proposer des textes différents, qui ne font pas double-emploi et qui apportent du nouveau aux lecteurs. Comment donc se démarquer sur des sujets traités par de nombreux devanciers, dont beaucoup ont incontestablement été de très bons historiens?

MES LIVRES

Afrikakorps; L’armée de Rommel (Tallandier, 2013):

Il n’y avait aucune synthèse complète en français de l’ensemble des opérations de l’Afrika-Korps en Afrique. Inédites ont été mes réflexions stratégiques sur l’importance de la bataille d’El Alamein et les conséquences d’une invasion de l’Egypte, de même que les conséquences de la campagne de Tunisie. J’ai mis par ailleurs un point d’honneur à expliquer à plusieurs reprises le quotidien d’un soldat sous ces latitudes. Le plus original est incontestablement la dernière partie, consacrée à la postérité de l’Afrika-Korps, la question du degré de nazification de ce corps d’armée ainsi que celle d’une prétendue « guerre sans haine » (je suis le premier à aborder ce point, bien avant le livre La Guerre du Désert paru chez Perrin). Autant d’éléments qui, s’ils ne proviennent le plus souvent pas de sources primaires, n’émanent que de ma propre réflexion: c’est moi qui ait relié des événements ou des faits et qui leur a donné un sens.

Opérations Aéroportées du Débarquement (Ouest France, 2014):

un sujet rebattu. Pour me distinguer, j’ai décidé de consacrer une partie non négligeable de l’ouvrage à l’entraînement des forces aéroportées et à la préparation du Jour J. Je dresse également un bilan en guise de conclusion. Quant aux opérations, si l’essentiel est relaté, j’ai multiplié encadrés, témoignages et anecdotes pour rendre l’ensemble dynamique et agréable à lire.

Invasion. Le Débarquement vécu par les Allemands (Tallandier, 2014):

la bataille de Normandie est sans doute la plus connue des campagnes de la Seconde Guerre mondiale. Il manquait un récit objectif et complet (donc au-delà de la poche de Falaise et incluant des considérations stratégiques) du point de vue des Allemands, défi que j’ai relevé: le célèbre livre de Paul Carell est partial, incomplet et parfois erroné; les nombreux et très réussis ouvrages d’unités allemandes en Normandie ou les souvenirs de vétérans n’embrassent pas toute la bataille (je suis le 1er et à ce jour le seul à réaliser cette synthèse en français) , concernent souvent quelques individus et, surtout, au mieux une seule division. J’ai donc établit ma propre synthèse, inédite, compilé de nombreux chiffres (et fait, au besoin, me propres calculs) et tiré des réflexions d’ordre stratégique, en n’oubliant pas, comme d’accoutumée, la vie quotidienne du soldat: j’y consacre toute une partie.

Patton. La chevauchée héroïque (Tallandier, 2016):

s’il existait deux bons livres en français sur Patton (ceux de W. Huon et de Y. Kadari), il n’existait pas de grande biographie (1,3 millions de signes pour la mienne), complète, du général américain, sauf en langue anglaise. Par ailleurs, la plus grande partie des Patton’s Papers n’a jamais été traduite en français. Ma biographie du grand général pallie donc ce manque (voir mon article), agrémenté de nombreuses anecdotes concernant ce personnage truculent, puisées à de nombreuses sources (un nombre d’ouvrages que le lecteur moyen n’a pas le temps de lire). Comme à mon habitude, je termine par une grande partie largement inédite et issue de mon seul travail, abordant les qualités de général de Patton, sa méthode de commandement, ainsi que sa postérité, dans tous les domaines. 

Rommel (Perrin, 2018):

avec Rommel, il était a priori difficile de se démarquer tout en restant un historien sérieux, loin de la recherche du faux scoop. J’y suis parvenu : il manquait une biographie qui ne néglige pas les faits militaires, aussi bien dans leur déroulement que dans les conclusions tactiques et stratégiques à en tirer, tout en étant assez proche de cet officier pour en saisir le quotidien, et donc fournir des anecdotes pertinentes. Il ne fallait surtout pas négliger l’année 1944 et la bataille de Normandie, souvent abordées très succinctement par rapport à la guerre du désert. Des écueils qui touchent les deux précédentes biographies publiées en français mais que j’ai su éviter, en raison notamment du fait que je connais très bien le sujet traité. En filigrane de l’ouvrage, par ailleurs servi par une importante iconographie, parfois inédite, des questions importantes reçoivent une réponse : Rommel était-il un grand général? Etait-il apolitique (pour autant que cet adjectif ait un sens…)?

-L’Armée d’Hitler et Les Divisions du Débarquement, que j’ai écrit avec beaucoup de plaisir, n’ont pas posé les mêmes difficultés: les sujets sont connus mais ces livres, très illustrés (notamment de nombreux mannequins pour le second, bien que ma sélection de photographies n’ait pas été retenue in fine…), constituent des mines d’informations actualisées, condensées dans des formats relativement courts (respectivement 150 et 200 pages tout de même), n’ont pas d’équivalents car uniques dans leur genre, et donc sans concurrence véritable. L’Armée d’Hitler constitue un complément photographique à Etre Soldat de Hitler en présentant les différentes campagnes menées par la Wehrmacht et ses forces et faiblesses dans chacune d’elles.Les Divisions du Débarquement permet d’aborder chronologiquement la bataille de Normandie sous l’angle de cinquante unités qui y ont participé, avec force d’encadrés, d’anecdotes, d’uniformes et de photographies permettant de fournir des informations en tout genre.

Alarm! Les Allemands face au débarquement des Alliés (Ouest-France, 2019)

Le 6 juin 1944 : le Débarquement en Normandie. Les faits sont bien connus. Cette journée, célèbre entre toutes, est passée à la postérité, avec ses mythes. Je vous propose ici une histoire renouvelée de l’événement, en adoptant le point de vue de l’armée allemande, et ce de façon thématique. La réaction de la Wehrmacht au cours des 48 premières heures de la bataille, la question de l’utilité ou non d’avoir entrepris la construction du Mur de l’Atlantique, la mobilisation des renforts, la qualité du haut-commandement allemand pendant la bataille : autant de thèmes souvent peu ou mal traités qui sont ici abordés. Richement illustré, cet ouvrage nous permet de revisiter la bataille de Normandie des combats survenus dans la nuit du 6 juin au franchissement de la Seine par une armée allemande en déroute. J’y aborde et donne des éléments que je n’avais pu inclure dans Invasion ! Le Débarquement vécu par les Allemands, plus de trois fois plus long mais sans les 140 photos de ce nouvel ouvrage, paru aux Éditions Tallandier en 2014, et republié en format poche (collection Texto) chez le même éditeur (par ailleurs non illustré). Le texte, très différent, présente dans le détail toute l’intégralité de la bataille de Normandie du point de vue allemand. Mes ouvrages sont les seuls à adopter ce point de vue (c’est à dire l’ensemble de la bataille de Normandie et non les souvenirs d’un vétéran pour tel ou telle combat) en français, mis à part le très controversé, daté et peu objectif Ils Arrivent! de Paul Carell. Mes deux livres sont donc complémentaires.

Etre Soldat de Hitler (Perrin, 2019)

Le propos de cet ouvrage de 490 pages est inédit: il n’existe pas de synthèse de ce genre. Les campagnes et batailles menées par l’armée allemande au cours de la Seconde Guerre mondiale sont bien connues et on fait l’objet d’une pléthore d’ouvrages dans toutes les langues. Il restait à étudier la manière dont cette guerre a été vécue par les soldats de la Wehrmacht (Heer, Luftwaffe et Kriegsmarine) et par ceux de la Waffen SS, ainsi que questionner le particularisme de servir Adolf Hitler. Quel était le quotidien  des soldats allemands? Dans quelles conditions ont-ils servi au front ou à l’arrière ? Ces soldats allemands étaient-ils avantagés vis-à-vis de leurs adversaires ? Cette guerre est celle de parcours fort diversifiés, sous toutes les latitudes, du général au pilote de Messerschmitt, de l’administratif à Paris au tankiste d’un Panzer. La question des compromissions de l’armée avec le régime nazi, certes déjà étudiée (Bartov, Wette,…) est centrale : être un soldat de la Wehrmacht ou de la Waffen SS, donc servir Hitler, est-ce être un soldat comme les autres ? J’accorde ainsi une place importante au degré de nazification de cette armée, à la question des relations avec les populations civiles et, partant, de son rôle dans les crimes nazis. Bref, que signifiait être un soldat allemand entre 1939 et 1945?

Les points forts du livre : Le soldat allemand : un sujet mythique pour tous les passionnés, sans oublier l’engouement du grand public pour la Seconde Guerre mondiale et plus particulièrement pour l’armée qui est au centre de ce conflit. Une analyse exhaustive de tous les aspects que revêt la question, du matériel utilisé (que je connais bien) à la vie quotidienne en passant par les tactiques, les permissions, etc. Impartial et documenté sur un sujet que j’ai beaucoup étudié, je n’oublie pas la postérité et l’image de l’armée allemande après la guerre, auxquelles je consacre une longue partie finale.

LES SOURCES

Les sources doivent être les plus diverses (voir mon article paru récemment dans « 2e Guerre Mondiale Magazine »). Je mets par ailleurs un point d’honneur à n’indiquer en bibliographie que des ouvrages effectivement utilisés, que je possède le plus souvent. L’accès des archives en ligne facilite bien des démarches, qui pour consulter via internet, qui pour passer commande de tel ou tel microfilm. Les principales sources primaires sont néanmoins plus ou moins connues -et depuis longtemps : les utiliser n’a de sens que si on décèle un élément nouveau , ce qui suppose découvrir une nouvelle archive (comme je l’ai fait pour certains articles et hors-série sur la campagne de Tunisie, trop méconnue), ou alors lorsqu’on est en quête d’un aspect négligé d’une source pourtant connue (cas des journaux de guerre que j’ai utilisé pour mon prochain livre qui paraîtra chez Perrin en 2020 ou en 2021…). Les sources secondaires, à savoir des textes écrits qui ne sont pas des archives, sont également du plus haut intérêt et absolument indispensables à l’historien. On ne peut tout simplement pas s’en faire l’économie. Le retour sur le terrain est essentiel à l’historien qui en a l’opportunité: arpenter un champ de bataille confère un avantage déterminant dans la narration qui sera ensuite donnée des faits. J’ai l’avantage, pour la bataille de Normandie, d’être né à Caen et d’y a avoir vécu plusieurs décennies. J’ai par ailleurs visité de nombreux champs de bataille, d’El Alamein à Arnhem, en passant par les Ardennes ou Monte Cassino.

Enfin, et contrairement à d’autres auteurs (je pense à un spécialiste de la guerre du désert, toujours méprisant à mon égard, qui m’a reproché -lors de la sortie d’Afrikakorps– de « marcher sur ses plates-bandes »), j’aime lire les travaux des autres ayant pour thèmes mes sujets de prédilection, et découvrir des ouvrages qui complètent les miens.

Je termine en précisant que j’assume entièrement les erreurs qui peuvent s’être glissées dans mes ouvrages : les choix, les réflexions et les traductions émanent de moi seul.

Quatres livres sur trois unités de Panzer de l’Afrika-Korps

Les deux tomes de Panzer-Regiment 5 (donc sur la 5. Leichte-Division, puis la 21. Panzer-Division) de Bernd Hartmann, Panzer-Regiment 8 (donc sur la 15. Panzer-Division) de Kevin Fish et la 10. Panzer-Division de J. Restayn et N. Moller.

Avec ces trois livres, richement illustrés, le lecteur se voit gratifier d’une pléthore de documents sur l’Afrika-Korps, quoique la 10. Panzer-Division serve avant tout au sein de l’AOK 5 en Tunisie et ne participe pas à la guerre du désert proprement dite (Libye et Egypte 1941-42 pour les Allemands).

Si Hartmann donne beaucoup de renseignements et allie assez souvent le texte à l’image, Restayn et Moller offrent un format plus grand centré sur les images (et des illustrations en couleur en fin de livre) avec des légendes très fournies qui compensent l’absence de narration en tant que telle, tandis que Fish alterne les groupes de pages avec photographies avec celle du récit des combats, son texte étant le plus long, le plus dense et le plus passionnant, avec des données chiffrées précises et des témoignages (présents aussi chez Hartmann).

De beaux ouvrages, qui apportent tous leur lot d’informations, que je recommande car l’iconographie vaut le détour, outre le texte de K. Fish.

Recension « The Battle for the Peaks and Longstop Hill »

The Battle for the Peaks and Longstop Hill nous emmène dans la passionnante et méconnue campagne de Tunisie, très rarement étudiée, mais à propos de laquelle j’ai écrit un certain nombre de textes, sur des sujets parfois inédits.

Ian Mitchell nous propose un récit très précis, ultra-tactique sur une des batailles les plus âpres menées par la 78th ID. L’auteur a en effet le mérite de traiter d’une division d’infanterie, sujet souvent délaissé par les historiens, a fortiori s’il s’agit d’une division britannique.

Si l’unité a déjà fait l’objet d’un ouvrage sous la plume de Ken Ford, Ian Mitchell réalise ici un focus sur un événement concentré dans le temps: pour l’essentiel quelques semaines de combats en avril 1943. Fort heureusement, si le texte est très tactique, l’auteur fait régulièrement le point sur la situation générale et replace chaque épisode relaté dans son contexte, tout abordant aussi des considérations logistiques et matérielles (notamment RAMC et RASC). La longue introduction portant sur le début de la campagne de Tunisie est intéressante et bien menée, suivie de la narration détaillée des premiers combats de la « Battleaxe » Division pour « Longstop Hill« , survenus à Noël 1942, d’où le nom de « Der Weihnachten Hügel », c’est à dire la colline de Noël, que lui donne les soldats allemands de la nouvelle 5. Panzerarmee.

Le « gros » du texte est consacré aux combats menés en avril dans tout le secteur, à grand renfort de cartes très claires, ainsi que de photographies prise lors d’un « retour sur le terrain » par un auteur visiblement passionné.

A lire sans hésiter par les férus de la campagne de Tunisie (pour une plus large perspective, lire Bloody Road to Tunis de D. Rolf et An Army at Dawn de R. Atkinson).

Recension « Victory was beyond their grasp »

J’ai découvert ce livre il y a un certain nombre d’années et je ne peux que le recommander aux férus de la Wehrmacht et de tactique militaire.

Saluons le travail de Douglas E. Nash: sortant des sentiers battus des Panzer et autres Fallschirmjäger, son sujet porte sur une division d’infanterie allemande, la 272. Volks-Grenadier-Division.

Qui dit Volksgrenadiere dit forcément un tableau des combats qui ne peut être antérieur à l’automne 44. De fait, nous emmène loin des combats emblématiques de la Normandie, du Schwerpunkt de « Herbstnebel » ou autres batailles de Koursk: il est beaucoup question de la forêt de Hürtgen, mais aussi de l’extrémité nord de l’offensive des Ardennes, où l’action reste mesurée et marginale, mais surtout des combats de janvier à avril 1945, pour les barrages des la Roer puis jusqu’au coeur du Reich.

Le lecteur y découvre la formation d’une Volks-Grenadier- Division, le quotidien et les difficultés matérielles de la Wehrmacht en 44/45, mais aussi une multitude d’informations d’ordre tactique (notamment sur les systèmes défensifs), le tout basé sur des témoignages (essentiel pour qu’un livre soit intéressant et vivant) ainsi que sur des documents officiels des deux camps. Une mine de renseignements et une lecture instructive.

22 cartes et un cahier central avec des photographies.

Recension de « Patton’s First Victory »

Leo Barron, Patton’s First Victory, Stackpole, 2017, 258 pages

Une bataille méconnue : celle d’El Guettar. Résumée de façon simpliste au grand écran dans « Patton », le fameux film oscarisé, cet affrontement n’avait été jusqu’alors jamais abordé en qualité de sujet principal d’un ouvrage, au contraire de la célèbre bataille de Kasserine. Leo Barron relève le défi avec succès dans un bel ouvrage qui allie récit précis des combats, témoignages, et réflexion stratégique : la méthode et le style que j’affectionne. Après un prologue et une introduction qui nous présente le contexte, les unités en présence et les chefs, l’auteur nous livre un récit presque heure par heure de la bataille, passant d’une unité à l’autre. Leo Barron nous fait découvrir des faits d’armes et des actes d’héroïsme qui seraient restés dans l’ombre sans son travail. Le livre est très vivant et le déroulement de la bataille est très bien rendu entre les allers-retours des différents QG aux simples combattants. L’auteur a le mérite de présenter notamment l’engagement des unités de Tanks Destroyers américains (dont les premiers TD M 10). Il a aussi le mérite de mettre en avant les généraux Terry de la Mesa Allen et Theodore Roosevelt, mais aussi nombre d’officiers subalternes de la « Big Red One » et des unités qui lui sont rattachées, et non de se focaliser sur le fameux chef du IInd US Corps, George S. Patton.

On apprécie aussi le fait que Leo Barron débute son récit par les manoeuvres préliminaires et la « fameuse bataille de Gafsa » (le mot est de Patton), soit près de 70 pages, de même qu’il rapporte les combats qui surviennent après le 23 mars, le jour de la grande confrontation avec l’attaque de la 10. Panzer-Division. Une victoire pour les GI’s, certes, mais en demi-teinte.

Très détaillé, basé sur les témoignages et les journaux de guerre des unités (essentiellement américaines), avec des inserts de l’auteur qui commente quand il le faut, l’ensemble ravira les amateurs.

Au final, un livre fort recommandé pour les passionnés de la campagne de Tunisie, de l’US Army (et de ses premiers combats face aux forces de l’Axe) et de Blood & Guts, même s’il est peu question de ce dernier, ce qui rend justice aux autres protagonistes.

Recension « Sparte » de N. Richer

Sparte de Nicolas Richer, éditions Perrin, 2018

Passionné d’histoire ancienne, j’ai déjà eu le plaisir de lire plusieurs ouvrages sur Sparte, sous la plume d’éminents historiens. Le plus ancien, celui de Pierre Roussel (de beaux souvenirs, mais dépassé en partie), a été suivi de celui d’Edmond Lévy (de petit format) et surtout de l’ouvrage de Françoise Ruzè, mon ancienne professeur à l’Université de Caen, co-écrit avec Jacqueline Christien. Le défi à relever pour n’était donc pas chose aisée. S’il ne remplace pas les derniers ouvrages (le Ruzè/Christien aborde d’autres problématiques et vice-versa), ce nouveau livre, basé sur une documentation et un travail d’historien des plus sérieux, servi par de bonnes cartes et quelques clichés bien choisis (l’auteur nous gratifie de beaux clichés sur le territoire et les vestiges de Sparte), nous offre en partie une nouvelle perspective et, surtout, s’avère parfaitement complémentaire. A la lecture de Nicolas Richer, l’image renvoyée par Sparte n’est plus celle des clichés négatifs trop souvent véhiculés à son endroit, au contraire d’une Athènes qui devrait être le modèle de toutes les cités grecques, à tout le moins son aboutissement le plus réussi.

Ce livre est de lecture facile, claire, très didactique avec toutes les explications qu’un néophyte est en droit d’attendre, mais aussi suffisamment savant pour combler le spécialiste ou l’amateur éclairé. L’enchaînement entre les chapitres est fluide, suivant un cheminement logique. On y découvre les valeurs de la société spartiate, la vie à l’intérieur de la cité ainsi que sa politique extérieure.

L’organisation sociale si particulière de la cité, sur laquelle aucun auteur traitant de Sparte/Lacédémone ne peut faire l’impasse, est très bien expliquée, même si la réflexion sur les Périèques aurait méritée d’être davantage poussée. L’auteur, qui ose avancer à plusieurs reprise le mot « démocratie », explique très bien le fonctionnement politique de la cité, le statut des femmes et tout ce qui a trait aux citoyens (en quoi sont-ils des Homoioi), leur formation et le problèmes des Spartiates déchus de leurs droits civiques et autres hommes libres mis à la marge. L’importances des mythes, celui de la religion (que je n’ai jamais vu aussi bien traitée dans un livre sur Lacédémone), ainsi que le rôle des rois, questions tout aussi incontournables quand on traite de Sparte, sont parmi les chapitres les plus intéressants. Les aspects économiques ne sont pas négligés et bénéficient d’un traitement intéressant.

Particulièrement intéressé par les aspects militaires, je n’ai guère appris sur les derniers chapitres qui sont consacrés à la guerre, mais la synthèse et les explications de l’auteur ont rendu la lecture de ces événements très plaisante. On comprend bien comment la cité est parvenue à s’imposer en dépit de l’oliganthropie qui la frappait et également pourquoi les Spartiates étaient si peu enclins à mener des opérations en dehors du Péloponnèse.

On regrettera toutefois que l’ouvrage soit essentiellement axé sur la période classique, la période hellénistique étant survolée, de même que les périodes les plus anciennes (d’où l’intérêt de lire les autres, notamment le Ruzè/Christien).

Au final, on a là une très belle synthèse, un de ces livres qu’on n’aime pas refermer lorsqu’on en atteint les dernières lignes: on aimerait pouvoir continuer…