Recensions de 14 livres sur El Alamein

14 LIVRES A LIRE SUR EL ALAMEIN

La bataille, dont j’ai arpenté le site sous le soleil de plomb égyptien, est mythique et elle a donné lieu à de nombreux ouvrages de qualité, particulièrement, en s’en doute, en langue anglaise.

Pour appréhender l’intégralité de la bataille, il faut acheter en priorité : Barr et Buffetaut (mais d’autres livres méritent l’achat: cf ci-dessous).

 

LE MEILLEUR LIVRE SUR LA BATAILLE EN LANGUE ANGLAISE

L’ouvrage que je recommande tout particulièrement est celui de Niall Barr, de loin le plus complet et le plus abouti et très agréable à lire. Les conditions de la bataille, et notamment la situation moins connue de la fin juin et du début du mois de juillet 1942 sont passionnants, ainsi que les détails précieux donnés sur les trois batailles (1ère bataille d’El Alamein, bataille d’Alam Halfa et 2e bataille d’El Alamein) en font une référence. Les sources sont variées et sérieuses, les données chiffrées intéressantes. L’un des intérêts est qu’il ne s’agit aucunement d’une hagiographie de Montgomery. Le rôle d’Auchinleck est, à mes yeux, bien remis à sa juste valeur.

 

3 LIVRES POUR TROIS BATAILLES

Avant d’aborder le cas des quelques livres disponibles en français, quelques livres à recommander :

 

Pour la 1ère bataille d’El Alamein :

L’ouvrage de Bates, un témoin des faits, s’attarde sur la première bataille d’El Alamein. Comme chez Barr, les détails et la réflexion sur la situation stratégique de juin-juillet 1942 sont très intéressants. Nous n’avons là que le récit de la 1ère bataille d’El Alamein, au cours de laquelle l’auteur fut capturé. Mais cette bataille plus méconnue que celle menée par Montgomery, mérite qu’être étudiée, car elle est beaucoup plus décisive.

 

 

Pour la bataille d’Alam Halfa :

Cet ouvrage est très en faveur de Montgomery mais il est particulièrement intéressant pour le tableau de la situation et les plans établis avant Alam Halfa, esquissant une comparaison Auchinleck/Monty à ce propos, quoique pas forcément pertinente, mais à lire en parallèle avec d’autres textes sur le même sujet. Le récit se poursuit jusqu’à Tunis : il ne faut donc pas bouder son plaisir !

 

Pour la 2e bataille d’El Alamein :

El Alamein, bataille de soldats, écrit par C.E. Lucas Phillips. Un récit complet et réussi selon le point de vue britannique, de nouveau par un vétéran et témoin des faits. Si les deux premières batailles sont rapidement expédiées, la seconde bataille d’El Alamein est expliquée en détail, notamment ses préparatifs et la question épineuse de la neutralisation des champs de mines.

 

 

 

3 LIVRES ECRITS PAR DES AUTEURS FRANCAIS

 

           

Les lecteurs francophones ont la chance d’avoir trois ouvrages à leurs dispositions : par ordre de parutions, celui d’Yves Buffetaut (Histoire & Collections), de 160 pages, celui de François de Lannoy (Heimdal), également de 160 pages, et celui de Cédric Mas (Heimdal/Uniformes) d’environ 110 pages.

Ces trois livres sont très bien illustrés, tous avec des clichés fort différents (celui de C. Mas se distingue par son iconographie exceptionnelle et inédite). Les cartes sont nombreuses (un peu moins chez Buffetaut mais ce dernier bénéficie des superbes profils de véhicules de Jean Restayn), superbes dans celui de C. Mas. Ces livres se complètent donc et les propos sont sérieux. De Lannoy passe rapidement sur la 1ère bataille d’El Alamein, alors que Buffetaut lui accorde près de la moitié de son texte. En revanche, le premier est le seul à envisager la retraite jusqu’en Tripolitaine. Mas n’accord également que peu de détails au déroulement de cette 1ère bataille. Dans les trois livres, de longs passages sont accordés aux préparatifs des offensives et à la présentation des armées. On préférera nettement la prose de Buffetaut.  Le récit de Mas, qui se veut plus savant (bien que les lecteurs habitués aux travaux en langue anglaise n’y trouvera guère d’informations nouvelles, mais les infos sont très éclairantes pour les autres), bien que marqué par une inclinaison par trop marquée pour Montgomery (cf la biographie du même auteur chez Economica), est toutefois solidement étayé.

Le meilleur livre en français est celui de Buffetaut. Mais, faute de pouvoir acquérir son ouvrage désormais épuisé, les deux autres, qui ne font pas double-emploi : le mieux étant de se les procurer tous.

 

Enfin, les lecteurs pourront se référer aux longs chapitres que je consacre à la grande bataille dans mon livre, L’Afrikakorps. L’armée de Rommel, publié chez Tallandier en 2013, ainsi que dans mon Rommel paru chez Perrin en 2018. Ils y trouveront de nombreuses informations et réflexions, ainsi qu’une présentation inédite des enjeux de la bataille : quid de la défense de l’Egypte et des conséquences d’une invasion du pays par Rommel ?

 

7 LIVRES POUR DES INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

Une fois ces premières lectures effectuées, un lecteur passionné peut aller plus loin.

Un livre relativement concis (240 pages tout de même), mais à lire. Jacobs donne pourtant des chiffres douteux : 500 000 soldats italiens en Libye en juin 1940, 278 tanks britanniques détruits pendant l’opération « Crusader »… Cela n’enlève rien à l’intérêt de ce livre. La bataille est abordée par des thèmes, parfois originaux :

-The War in North Africa, 1940-43:an overview of the role ot the Union of South Africa par James Jacobs
-Training the troops: the Indian army in Egypt, Eritrea and Libya, 1940-42 par Alan Jeffreys
-The part we played in this show, Australians and El Alamein par Peter Stalney
-Non Model Campaign: the Second New Zealand Division and the battle of El Alamein, october-December 1942 par Glyn Harper
-The Free French in the Battle for North Africa, 1942:Military Action and its political presentation par Rémy Porte
-Between History and Geography: the El Alamein Project:Research, Findings, and Results par Aldino Bondesan
-Silent Service: The Royal Navy and the Desert Victory par Nick Hewitt
-Feeding the Fortress: Malta, Summer 1942 par Thomas Scheben
-The Highest Rule:Rommel as Military Genius par Antulio J. Echevarria II
-High Command in the Desert par Niall Barr
-Alexandrians Tell their Story: Oral narratives of the War in North Africa 1940-43 par Mohamed Awad and Sabar Hamouda
-The Battle of El Alamein: Impressions of a young Schoolboy in Alexandria par Harry Tzalas

 

 

The Phantom Army of El Alamein : Un très bel ouvrage de Rick Stroud sur les manœuvres de déception au cours de la bataille, à commencer par l’opération « Bertram ».

El Alamein : Great Battles, par Simon Ball : Une belle petite surprise que cet ouvrage. Ce livre traite de la postérité de la bataille, de la légende forgée depuis 1942 (à ce propos voir aussi La légende de Montgomery par R.W. Thompson. Il est certes question de tactique et de stratégie, mais on aborde aussi la couverture par la presse, les maisons d’édition ainsi que le cinéma.

 

Combat and Morale in the North African Campaign. The Eighth Army and the Path to El Alamein de Jonathan Fennel est certes un véritable travail d’historien basé sur des sources sérieuses. L’auteur met en valeur l’importance du moral mais semble y accorder une place démesurée et Montgomery apparaît alors comme le seul général qui aurait eu la capacité d’avoir un impact décisif en ce domaine. La somme de travail de Fennell reste cependant impressionnante et son propos ne manque pas de pertinence à l’occasion.

 

 

 

     

Forgotten Voices : Desert Victory de J. Thompson et El Alamein. The Story of the Battle in the Words of the Soldiers sde J. Sadler ont de beaux compléments aux lectures pré-cités : une fois la bataille bien connue, il est indispensable de lire les témoignages. L’inverse est plus problématique.

 

Terminons par The Men Behind Monty, de Richard Mead. Ce livre très réussi nous plonge dans le fonctionnement d’un état-major, celui de Bernard Montgomery, non sans avoir présenté ce qui avait cours avant lui au sein de la 8th Army, sous le commandement de Claude Auchinleck. Le grand mérite est de dévoiler des méthodes de commandement ainsi que de faire connaître des individus injustement méconnus. Passionnant, d’autant que le « style » Monty et ses réussites est bien mise en avant sans dithyrambisme déplacé.

 

 

 

 

 

 

RMC Découverte « FORTITUDE » diffusé le 6 juin 2017

J’ai été très heureux de participer au documentaire consacré à l’opération d’intoxication « Fortitude » de Sonia Gonzalez diffusé ce 6 juin sur RMC Découvertes.

Une belle expérience.

Raiders du Désert (IV)

Popski’s Private Army (PPA)

Connue aussi sous le nom de N°1 Demolition Squadron, cette unité est crée par le Major Peniakoff en 1942 au Caire. Elle découle du Sabotage Platoon du LRDG, autorisé début 1942 mais jamais mis en place. Puisque son nom est trop difficile à prononcer par le personnel des transmissions, Peniakoff est finalement surnommé Popski par Kennedy Shaw, responsable du renseignement au LRDG et grand arpenteur du désert occidental avant guerre. Pour la petite histoire, Popski est un personnage de caricature du Daily Mirror. La mission principale dévolue à Peniakoff et ses hommes est le sabotage, en particulier la destruction de dépôts de carburant.

Le Major Peniakoff est d’abord des raids avec la Libyan Arab Force (voir infra) pendant trois mois. En fait, c’est en tant qu’arabophone qu’il rrejoint le 3rd Battalion de l’armée senussi. Toutefois, les Britanniques n’ont guère confiance en ces Arabes qui sont cantonnés à des missions de police et de surveillance. La vie de garnison ne convient pas à Popski et il décide de créer le Libyan Arab Force Commando avec du personnel britannique et arabe. C’est ainsi qu’une douzaine d’hommes l’accompagnent avec une patrouille du LRDG qui l’emmène de Siwa au Djebel Akhdar. Parmi les faits d’armes de son groupe, la destruction d’au moins trois dépôts de carburant totalisant presque 100 000 litres d’essence. Cette unité est pourtant dissoute en l’absence de Peniakoff, qui découvre le faut accompli en août 1942 à son retour au Caire après cinq mois passés derrière les lignes ennemies. En septembre 1942, le Major Peniakoff et ses hommes sont mis à contribution dans l’opération « Caravan » menée sur Barce dans le cadre de la grande opération combinée lancée de concert sur Benghasi, Tobrouk, Barce et Jalo. Les faits sont bien connus, aussi nous ne n’y attarderons pas. Notons seulement que le fiasco est presque total et que, parmi les tués on compte Hasleden lui-même. Peniakoff, qui participe donc au raid du LRDG sur Barce, s’initie ainsi à ses méthodes et ne renonce pas à créer sa propre « armée » de raiders. Après plusieurs semaines de convalescence, Popski va trouver le colonel Hackett, alors chargé de l’organisation des différentes unités irrégulières de la 8th Army. C’est ce dernier qui autorise Peniakoff à mettre en place une nouvelle unité, le N°1 Demolition Squadron. C’est ainsi qu’est formée ce qui sera surnommée la Popski’s Private Army, ce qui constitue également une façon de masquer la mission première de l’unité. Parmi les premiers officiers engagés, trois de ses amis qui ont combattu à ses côtés au sein de la Libyan Arab Force.

Le 10 décembre 1942, l’unité passe sous les ordres du LRDG. Ses effectifs se montent à 23 Britanniques, dont 5 officiers et 24 Arabes. Elle dispose de 8 jeeps et de 4 camions de 3 tonnes. A cette date, la PPA n’a pas encore été beaucoup engagée. Or, la guerre du désert touche à sa fin! A partir de ce moment-là, elle s’avère particulièrement efficace, infligeant des pertes sensibles à l’ennemi en s’infiltrant de nuit au sein de ses convois. Lorsqu’une opportunité se présente, c’est à dire quand rouler hors de la route semble facile, les hommes de Popski ouvrent alors le feu sur l’ennemi avant de quitter la route pour s’esquiver dans la nuit. Toutefois, en janvier 1943, Popski est pris en embuscade par les Allemands. Ces derniers perdent deux automitrailleuses mais ils ont détruits une jeep et plusieurs camions. Peu après, alors que le LRDG cherche un passage pour contourner la Ligne Mareth, Popski découvre que son échelon arrière, trahi par des Arabes, a été mitraillé par des appareils ennemis. La seule alternative pour les hommes du LRDG et de la PPA est de marcher sur Tozeur, alors entre les mains des forces françaises. Popski s’arrange ensuite pour rattacher son unité à la 1st British Army en Tunisie où il termine la campagne d’Afrique du Nord. L’unité n’a pas manqué d’allant mais, de petite taille, son impact tactique sur le champ de bataille est réduit. Bien que Peniakoff s’en donne le mérite, c’est plutôt au LRDG et à l’ILRS qu’il faut attribuer le fait d’avoir trouvé la voie pour contourner la Ligne Mareth que va emprunter le général Freyberg en mars 1943.

 

Hors-Série « Bataille de Caen »

 

Actuellement en maisons de presse : ma version de la bataille de Caen. Si les combats sont abordés, plutôt qu’une énième narration de la fameuse bataille, il s’agit d’une réflexion sur les plans et sur le déroulement des opérations, une comparaison des deux armées qui se sont affrontées ainsi qu’un bilan de la bataille: qui, de Montgomery ou de Rommel l’a emporté?

6 juin 1944

Lecture pour se mettre dans l’ambiance du D-Day: la bataille vécue par les Allemands.

Raiders du désert (III)

Indian Long Range Squadron (ILRS)

En 1941, le haut-commandement britannique, à l’instigation notamment d’Ord Wingate, discute de la multiplication d’unités de raiders à l’image du LRDG afin d’opérer en Afrique, mais aussi en Syrie. La mise en place et l’entraînement de ces nouvelles unités doit être supervisée par Ralph Bagnold. En fait, en raison du manque d’hommes et d’équipement, mais aussi car le sentiment d’alors est que les Allemands seront bientôt chassés d’Afrique. Finalement, on ne crée que le seul ILRS. L’ILRS, comprenant quatre patrouilles, est mis sur pied dans l’optique de mener des opérations similaires au LRDG mais en Iran et en Irak, au cas où la Wehrmacht y parviendrait. L’idée de créer l’ILRS vient d’un certain Captain McCoy, de la 9th Army, qui en prendra le commandement. Le personnel de l’ILRS provient de la 3rd Indian Motor Brigade, composante de la 31st Indian Armoured Division. Les hommes sont en majorité des Indiens. A la date de sa création, l’ILRS compte 7 officiers britanniques, 9 sous-officiers et soldats britanniques et 85 Indiens, dont 3 officiers. Abandonnant ses véhicules de reconnaissance, les raiders, à l’instar de leurs camarades du LRDG, sont dotés de Chevrolet et de jeeps, au nombre de 35. Après avoir mené des patrouilles au Moyen-Orient, l’unité est envoyée en Egypte. L’ILRS, bien que formé par le LRDG et ayant accomplit des missions de concert avec celui-ci, n’est pas une composante du LRDG. Alors que son unité est encore en Syrie, un soldat de l’ILRS participe à une opération de la patrouille Y2 du Captain Lloyd-Owen lancée depuis Siwa vers la Tripolitaine centrale le 24 décembre 1941. C’est le 11 mai 1942 que les deux premières patrouilles de l’ILRS arrivent de Syrie. La 1st Indian Patrol est composée de Jats, la 2nd de Musulmans. Elles sont commandées par le Captain Rand et le Lieutenant Nangle. Pour s’acclimater, elles effectuent un petit trajet entre Siwa et le Trigh el Abd. Les 3rd Indian Patrol (Rajputs) et 4th Indian Patrol (Sikhs) entrent en lice plus tard, en octobre 1942.

Le 30 mai 1942, la 1st Indian Patrol quitte Siwa dans l’intention de déposer le Lieutenant Losco et des soldats de l’ISLD dans le Djebel Akhdar et de ramener le Captain Melot du G(R). Avec l’approbation de ce dernier, la voie ferrée Barce-Benghasi sera minée. La patrouille ne parvient pas à trouver Melot au lieu de rendez-vous mais sa position est indiquée par deux de ses Arabes. Le 7 juin, la voie ferrée est minée avec de la gélignite. Le 9, la patrouille est à Siwa, après avoir été pris en chasse par cinq véhicules qu’elle est parvenue à semer.

Du 11 au 18 juin 1942, la 2nd Indian Patrol (lieutenant Nangle) est en position d’embuscade entre Jalo et Jrabub mais aucun convoi ne se présente.

Le 30 octobre 1942, la 3rd Indian Patrol du capitaine Rand quitte Koufra avec pour mission de ramener le Major Chapman et un petit groupe du service de renseignements. Le rendez-vous est fixé à Regima, à proximité de l’escarpement de Benghasi. Les conducteurs indiens sont toutefois encore inexpérimentés et le temps perdu dans la Grande Mer de Sable contraint Rand à renoncer. Toutefois, le 11 novembre lors du voyage de retour, au nord de la Grande Mer de Sable, la patrouille est attirée par un bruit de véhicules et découvre une procession ininterrompue de véhicules sur la piste qui relie les oasis de Jalo et de Jarabub. Le 13, mission lui est confiée de partir en reconnaissance à Jarabub et Siwa. Il est alors avéré que l’ennemi a abandonné les deux oasis. Pendant ce temps, la 2nd Indian Patrol, commandée par la Captain Birdwood, part chercher Chapman et ramène deux prisonniers évadés.

Le 1er décembre, la 4th Indian patrol du Lieutenant Nagle accompagne la patrouille Y1 dans un raid contre un érodrome à Hon. La pluie et le terrain, très mauvais pour les véhicules, empêchent les deux patrouilles d’atteindre leur objectif. Ce même 1er décembre, la 1st Indian Patrol du Captain Cantlay (5 Britanniques, 11 Indiens et 5 véhicules) quitte à son tour Koufra. Mission : assurer la surveillance de la route entre El Agheila et Sirte. Toutefois, le 6 décembre, les ordres sont changés en raison des pertes essuyées par la patrouille G1. Il s’agit maintenant d’aller lui prêter main forte. En raison du mauvais temps, Cantlay éprouve des difficultés à localiser le campement de la patrouille G1 mais la jonction est finalement établie. Alors que les eux patrouilles se mettent en route vers Koufra, elles sont réorientées vers Zella, où elles parviennent le 20 décembre. Les Indiens procèdent ensuite à la destruction d’un champ de mines sur la piste de Marada.

Le 24 décembre, la 4th Indian Patrol, alors basée à Zella, reçoit pour mission de repartir vers Hon, mais aussi Uaddan, afin d’établir si l’ennemi a abandonné les deux localités et, dans le cas contraire d’évaluer sa force et ses intentions. Le 25, en début de matinée, on ouvre le feu sur la patrouille. Celle-ci se met en ligne et commence à manoeuvrer mais s’enlise dans le sable mou. Tandis que la moitié des Indiens attaque à pied, le reste des hommes se démènent pour dégager les véhicules. L’ennemi saisit alors l’occasion pour se replier à bord de ses quatre camions. Le lendemain, deux Arabes qui accompagnent la patrouille doivent s’infiltrer à Uaddan mais, démoralisés par le combat de la veille, ils refusent. Finalement, le 2 janvier, la patrouille constate l’abandon de Uaddan, puis de Hon.

Une semaine après la 4th, la 2nd Indian Patrol (captain Birdwood) quitte à son tour Zella avec pour mission de s’attaquer à tout véhicule ennemi sur la route Brach-Mizda-Tripoli. Brach est alors entre les mains des FFL de Leclerc, lequel a été rejoint à Esc-Sciuref par la 1st Indian Patrol qui accompagne ensuite les Français jusqu’à Nalut, atteint le 21 février. Le 4 janvier, Birdwood est prêt à passer à l’action. Le 6, un convoi de 30 camions escorté par deux blindés est repéré. Les raiders laissent passer 15 camions puis se mettent en route, en ligne, et remontent la colonne adverse après avoir ouvert le e feu à une distance de 300 mètres. De nombreux fantassins sautent alors des camions et répliquent aux tirs des Indiens. la patrouille est alors contrainte au repli mais reste dans le secteur encore cinq jours. Le 8, elle reçoit l’ordre de déminer la route où elle vient de poser ses mines car les Français sont annoncés. Le 11 janvier, une petite colonne formée de deux autos-blindées, l’une d’entre-elles arborant un drapeau français, et six camions remplis de soldats, apparaissent, faisant mouvement vers le nord. La patrouille de l’ILRS se trouve alors en excellente position d’embuscade. Son signal de reconnaissance ne reçoit pas de réponse. La colonne continue à avancer avant de stopper tandis que la patrouille se replie sans être vue. Les automitrailleuses ouvrent alors le feu sur la colline où étaient les Indiens qui répliquent à bord de leurs cinq camions. Une course poursuite s’engage ensuite sur environ 9 kilomètre. Birdwood apprendra ensuite que les Français qui devaient emprunter la route ont en fait pris un autre chemin et que sa patrouille a donc dû affronter des Italiens.

Le 21 janvier 1943, la 3rd Indian Patrol (Captain Rand) quitte Hon pour une mission de repérage topographique dans le sud tunisien. Elle doit trouver un passage à l’est du Grand Erg Oriental. Le 22 janvier, elle se trouve avec la patrouille R1 à Esc Sciuref puis campe dans le secteur d’Allagh dans la nuit du 24 au 25. La patrouille se heurte ensuite à une ceinture de dunes qui, bien qu’aisément franchie par les jeeps, cause des difficultés aux Chevrolets 30-cwt. Rand fait le plein de carburant au « Wilder’sDump ». Les jours suivants, la patrouille se rapproche de l’Erg, mais le terrain est mauvais. Rand, ayant établi une base, est parti avec une jeep et deux Chevrolet quand il reçoit alors l’ordre de partir à la recherche de la patrouille T2 dont on est alors sans nouvelles depuis le 27 janvier, date à laquelle celle-ci a subi une attaque aérienne. Rand parvient à localiser les épaves des véhicules de la patrouille T2 sur lesquels il trouve deux notes, l’une d’elles mettant en garde contre les espions arabes. Rand rentre alors à sa base le 5 février où il retrouve les 2nd puis 4th Indian Patrols. A Tripoli, Rand fait son rapport au général Freyberg et lui annonce que, bien que n’ayant pu patrouiller au nord de la zone, il peut, pour la partie qu’il a parcourue, recommander un passage contournant la ligne Mareth. Les 2nd et 4th Indian Patrols effectuent également des reconnaissances topographiques, notamment dans le Djebel Tebaga. Les deux patrouilles ont dû chacune abandonner un camion pour ennuis mécaniques. La reconnaissance du secteur est alors menée par une patrouille composite formée de 4 jeeps et de 4 Chevrolets. Deux bases dotées chacune de deux Chevrolet sont établies afin de se prémunir d’un désastre comme celui qui vient de survenir dans le même secteur à la patrouille T2 qui y a perdu tous ses engins sous les coups d’une attaque aérienne. La mission est terminée le 10 février. Si elle rapporte que le Djebel Tebaga est infranchissable, elle permet d’établir en revanche qu’un passage existe au sud.

Début mars, l’ILRS est déplacé de Hon vers la frontière tunisienne où il mène notamment des patrouilles de sécurité pour des aérodromes ou des reconnaissances pour établir des routes. Le 3 avril 1943, il rentre en Egypte. Le bilan est mitigé. Certes, l’ILRS est engagé tardivement et les missions sont en général remplies, mais les patrouilles participent peu aux missions d’observation de la route ni aux attaques d’aérodromes, parmi les plus réussies au LRDG. En revanche, sa contribution dans le cadre des reconnaissances topographique est indéniable, notamment à l’ouest de la ligne Mareth, vers Tebaga.

Christophe Prime, « La bataille du Cotentin . 6 juin-15 août 1944. L’enfer des haies »,

Christophe Prime, « La bataille du Cotentin . 6 juin-15 août 1944. L’enfer des haies », Tallandier, 2015, 301 pages

  Le Cotentin, avec Cherbourg, constitue un objectif majeur pour les Alliés afin de s’assurer du succès d’ « Overlord ». Féru de bataille de Normandie, j’ai lu des dizaines d’ouvrages sur le sujet et j’ai passé un agréable moment de lecture, et c’est l’une des façons pour moi de mesurer l’intérêt d’un ouvrage qui porte sur un thème pour lequel je ne suis pas un néophyte. Comme d’accoutumée, Christophe Prime écrit bien et sait donner suffisamment de détails sur les opérations tout en mettant le lecteur aussi bien au niveau du combattant que du général, ce qui est, à mes yeux, indispensable pour qu’un livre soit intéressant : la guerre ne doit pas rester un récit froid et désincarné. Le « morceau de choix » est la narration, très réussie et documentée, de la bataille pour Cherbourg, avec des détails intéressants. On regrette même qu’elle n’ait pas été le sujet unique de l’ouvrage (j’espère que c’est un projet de l’auteur)… Les conditions de la guerre des haies et les tactiques induites sont abordées à deux reprises mais sans redondance car ils présentent des éléments complémentaires. Toute la campagne (le 6 juin –puisque la bataille du Cotentin débute dès le premier jour, Le Mont Castre, Saint-Lô…), jusqu’au-delà de la percée d’Avranches est donc bien résumée sans jamais tomber dans l’allusif ou le succinct. Il s’agit bien des opérations menées dans la Cotentin, non de celles de l’intégralité de la 1st US Army, qui mène des actions également plus à l’est. Un seul bémol (s’il faut en faire un) : un lien, même succint, avec les opérations menées autour de Caen n’est peut-être pas assez relevé. Il reste qu’il est difficile de définir « Cotentin » ou encore « bataille du Cotentin » et que l’auteur a dû faire des choix qui, in fine, se sont avérés pertinents. Une lecture hautement recommandée.

Gazala (III)

La bataille de Gazala, mai-juin 1942

A la suite de l’opération « Crusader », Rommel est repoussé sur Mersa-el-Brega avant une étonnante volte-face qui amène les deux armées au niveau de la ligne de Gazala tandis que les garnisons germano-italiennes sur la frontière doivent rendre les armes. Le succès final de l’offensive couronnée par la chute de Tobrouk laisse apparemment peu de place à la question d’une occasion manquée par le DAK. Néanmoins, on peut raisonnablement réfléchir aux conséquences si Rommel s’en était tenu au plan initial, « Theseus », plutôt qu’à sa variante « Venezia ». Dans ce cas, c’est l’intégralité de l’Afrika Korps qui aurait frappé de plein fouet le « box » de Bir Hacheim, l’emportant probablement rapidement sans que ne retentisse la gloire qui sera celle des FFL au cours de la véritable bataille. La neutralisation et la destruction de Bir Hacheim dès les premières heures aurait eu des conséquences très avantageuses pour Rommel. Il n’aurait pas eu la nécessité d’y déployer des jours durant des moyens non négligeables (d’abord la « Trieste » puis la 90. Leichte, sans oublier les bombardements de la Luftwaffe). Rommel aurait alors disposé de davantage de troupes pour frapper en direction de la route côtière sans avoir besoin de réduire les « boxes » de Gott-el-Ualeb et de Bir Hacheim.

Globalement, on constate que, plutôt que d’avoir laissé passer une opportunité au cours de la bataille, Rommel a au contraire réussi avec brio à s’extirper d’une situation fort délicate: coincé dans le « Chaudron », c’est-à-dire entre les zones minées de la lignes de Gazala battues par les tirs des « boxes » et le gros des blindés britanniques, il a repoussé l’opération « Aberdeen » (l’offensive mal coordonnée de la 8th Army face à un adversaire le dos aux champs de mines) et rétablit les lignes de ravitaillement en écrasant le « box » de la 150th Brigade ; il a décimé les brigades blindées britanniques; il s’est emparé de Tobrouk sans coup férir.

Pour aller plus loin : voir mon article paru dans Batailles & Blindés N°69 « Le « Chaudron » de Gazala. L’Afrika-Korps au bord du gouffre? »

Ainsi que mon chapitre sur la bataille de Gazala dans “Afrikakorps. L’armée de Rommel”

Gazala (II)

Dès le premier jour, les combats sont acharnés. La 15. Panzerdivision (vers 7 heures) frappe avec force la 4th Armoured Brigade, dont deux régiments (3 RTR et 8th Hussars) sur trois sont annihilés. Le Sonnenkalb raconte: « Notre PzRgt 8 tourne de 90° vers la gauche et traverse la colonne qui évoluait près de nous pendant la nuit comme un ver sans fin. Bientôt, notre régiment forma à toute vitesse sa large formation d’attaque avec environ 40 mètres de distance de panzer à Panzer. Les écoutilles sont fermées. Pour moi, en tant que conducteur, il n’était possible que de voir devant moi à travers la largeur de la trappe. » Les premiers combats « Ce combat de chars ne ressemblait à rien de ce qu’on avait connu en Afrique. Du Nord auparavant. Les collisions d’acier l’un avec l’autre, tank contre tank. Les premiers tirs de tanks ennemis sont rapportés par radio ainsi que nos pertes. Et nous avons eu un certain nombre de pertes au cours de la première rencontre. L’ennemi a touché 32 de nos Panzer, dont 10 prirent feu. » Parfaitement entraîné, désormais aguerri, Sonnenkalb reste concentré sur sa tâche, ne se laissant pas distraire par le spectacle horrible de la guerre. Le PzRgt 8 de l’Oberstleutnant Tegge avance avec le reste du DAK. Le I/Abteilung est déployé sur un front de 2-3 km de large sur 1 de profondeur. Echelonné légèrement plus à droite, le II/Abteilung suit à un kilomètre de distance. Vers 7 heures, après avoir fait à nouveau halte pour se ravitailler, l’unité franchit le Trigh-el-Abd près de Bir el Harmat. Avec le jour, la chaleur devient peu à peu plus prenante et les mirages rendent l’acquisition des cibles plus difficile. La première rencontre avec des Grant sera mémorable. Les pièces de 5 cm Kurz des Panzer III sont à la peine : il faut parfois trois ou quatre coups pour immobiliser un tank adverse. Il faut jouer sur la mobilité en cherchant un contact rapide avant de s’esquiver. La coopération avec les Pak n’est pas toujours possible. Certes, l’artillerie est là : le II/ Artillerie-Regiment 33 soutien l’assaut de ses tirs. Le II/Abteilung PzRgt 8 de l’Hauptmann Wahl parvient à prendre de flanc les Britanniques accrochés par le I/Abteilung Pz Rgt 8 de l’Hauptmann Kümmel.

La 4th Armoured Brigade (avec dans ses rangs six équipages de tankistes américains, qui seront les premiers GI’s de l’armée de terre à combattre les nazis au cours du conflit) a subi une sévère correction : dès 8h50, elle a perdu la moitié de ses blindés. Après avoir réorganisé ses unités, le Generalmajor von Verst reprend l’avance, aiguillonné par Rommel en personne, toujours impatient. Pourtant, une autre surprise attend les Panzerschütze : après les Grant, ils font connaissance avec les antichars de 6 pounder. Nehring craint un moment de voir les deux divisions de Panzer du DAK se dissocier, aussi ordonne t-il à la 21. Panzer-Division (qui étrille de la même façon la 22nd Armoured Brigade à partir de 8 heures) d’attendre la 15. Panzer-Division, retardée par ses combats contre la 4th Armoured Brigade. Dès qu’il apprend la nouvelle, Rommel donne un contrordre. Certes, Ritchie commet alors une erreur récurrente à la 8th Army depuis « Crusader » : il envoie ses brigades combattre une par une ou, lorsque les trois sont engagées en même temps (2nd, 4th et 22nd), elles le font sans soutien mutuel. La 22nd Armoured Brigade est ainsi prise en tenaille par les deux divisions de l’Afrika-Korps. Le plan de Rommel semble fonctionner : en dépit des pertes, l’ennemi serait-il déjà battu ?

Des éléments isolés des 21. et 15. Panzer ainsi que de l’Ariete subissent les assauts des 2nd, 22nd armoured et 1st Army Tank Brigades. La Trieste, par chance on le verra, est empêtrée dans les champs de mines au nord de Bir Hacheim (alors qu’elle aurait dû elle aussi contourner la position par le sud), échappant ainsi à l’encerclement. Globalement, puisque les unités sont très dispersées, les communications sont très erratiques entre le DAK et le 20o Corpo. Plus à l’est, la 90. Leichte-Division n’est pas non plus en bonne posture. Si les automitrailleuses ont atteint El Adem, le ravitaillement et les liaisons avec l’Afrika Korps sont coupées. Si son avance semble d’abord prometteuse, elle se retrouve donc en situation périlleuse. L’inquiétude perce chez Otto Henning, un jeune soldat de l’Aufklärungs-Kompanie (mot) 580 : « C’est nous qui sommes tombés dans le piège et pas les Tommies ». Et de se demander s’il ne va pas perdre déjà sa chance alors même qu’il commence à peine sa guerre…

Ce 27 mai, à court de carburant, les Panzer, immobilisé devant « Knightsbridge », doivent faire face à plusieurs menaces qui se matérialisent à l’est et au sud-est. Le Schützen–Regiment 115 éprouve les pires difficultés à suivre l’avance rapide des Panzer et subit de sérieuses contre-attaques de la part de la 7th Motor Brigade. L’après-midi n’est qu’une suite de combats épars entre Bir el Hermat et le « box » de « Knighstbridge », Rommel s’évertuant à accomplir les desseins de son plan en poussant ses troupes à s’emparer d’Acroma avant la tombée de la nuit. En vain. Rommel est mis en difficulté : « de nombreux éléments de nos colonnes rompirent en désordre et s’enfuirent vers le sud-est pour échapper au tir de l’artillerie anglaise. Mais l’Afrika-Korps, sur la défensive à l’est, avançait mètre par mètre vers le nord ».

Les Panzer isolés avec une partie des troupes de soutien à Bir El Harmat, la principale zone de concentration de la force de frappe de Rommel, les Germano-Italiens ont la chance insigne que les flancs soient finalement sécurisés grâce au concourt et à l’intervention des unités d’artillerie, de Pak et de Flak qui dament le pion à des Britanniques qui les engagent dans des attaques manquant de coordination. Nehring réagit promptement en engageant les batteries du Flak-Regiment 135 de l’Oberst Wolz. 16 pièces de 88 mm sont ainsi mises en batterie sur un front de 3 kilomètres. Sous une grêle d’obus, les servants allemands, galvanisés par leurs chefs, poursuivent leur tâche et répliquent mortellement aux tirs des Anglais L’offensive des Grant britanniques est stoppée. Une nouvelle fois, le 88 mm a fait un miracle. Non sans mal car les Britanniques ne manquent pas de mordant. Dans son Stuart, le tankiste David Brown reçoit la dangereuse mission de repérer les positions des 88 mm en attirant le feu sur son engin. La vélocité de l’obus et sa puissance sont telles qu’un char est capable de vaciller sous l’impact. Rapidement, les soldats apprennent à reconnaître le calibre de chaque obus par son seul bruit. Une fois sa mission accomplie, son char encadré par les tirs de plus en plus précis des Flak ennemis, Brown fait demi-tour et laisse les Grant et les pièces de 25 livres affronter les terribles 88.

Tandis que la division Ariete échoue dans sa tentative de prendre Bir Hacheim, l’avance allemande est donc stoppée. A leur habitude, les antichars allemands ont infligé de lourdes pertes aux blindés britanniques mais l’Afrika Korps a perdu le tiers de ses chars en cette première journée. Le seul PzRgt 8 accuse la perte de 148 Panzer pour raisons mécaniques ou suite à des dommages infligés au combat. Les pertes définitives sont de 23 chars. La division commence la seconde journée avec 58 Panzer opérationnels… La 21. Panzer-Division n’en compte plus que 84 en état, soit 50 % de ses effectifs au 26 mai. Tout l’état-major de la PzAOK Afrika s’accorde pour admettre que l’opération est un échec. Gause, évaluant la situation avec Nehring, va même jusqu’à suggérer de câbler à l’OKW et l’OKH que l’attaque n’était qu’une reconnaissance en force afin de pouvoir entreprendre un repli sans perdre la face…

Pour en savoir plus, lire mon article dans Batailles & Blindés N°69 « Le « Chaudron » de Gazala. L’Afrika-Korps au bord du gouffre? »

26 mai 1942: la veille de la bataille de Gazala

Le 26 mai,  les 10 000 véhicules des divisions motorisées de Rommel rejoignent leurs positions d’attaque pour l’opération qui doit aboutir enfin à la prise de Tobrouk, trophée qui échappe au « Renard du Désert » depuis un an. Certains éléments effectuent une feinte en direction du nord, afin de leurrer les britanniques, avant de rejoindre le gros des troupes. Le plan de Rommel (l’offensive « Theseus ») est ambitieux –la victoire doit être acquise en quelques jours à peine- et simple : pendant que talentueux General der Panzertruppen Crüwell –l’ancien chef de l’Afrika-Korps de retour d’Allemagne- effectuera une diversion au nord, appuyée par un débarquement sur les arrières de la ligne de Gazala, l’Afrika-Korps du Generalleutnant Nehring (un autre spécialiste éminent des blindés) et les divisions motorisées italiennes entreprendront une vaste manœuvre d’enveloppement après avoir réduit le « box » de Bir Hacheim.

Ce 26 mai, la tempête de sable qui se lève dissimule les mouvements aux yeux des Britanniques. « Nous avons eu de la chance durant notre déplacement de nuit, rapporte Horst Sonnenkalb. Il n’y a pas eu de collisions. Après presque 3 heures de route nous nous arrêtons à nouveau. A nouveau le ravitaillement en carburant, le nettoyage des filtres à air, la vérification des goupilles et des boulons. On distribue des provisions et du café chaud. Pendant le ravitaillement nous avons reçu l’ordre de vider les bisons à essence et de les stocker sur les véhicules de la logistique. Les armes sont nettoyées ainsi que les canons des Panzer et les armes automatiques. La durée de la halte a pu être de 70, 80 ou 90 minutes. Durant ce mouvement de nuit, on n’avait aucune sensation de temps, de lieu ou d’orientation. Nous savions que nous faisions mouvement vers le sud. Il était impossible d’utiliser le compas gyroscopique. Toute la concentration allait dans le fait de rester dans la colonne, de ne pas perdre contact et de ne pas heurter le véhicule qui précédait. Qui peut identifier un lieu dans la nuit, quand vous yeux brûlent et qu’il n’y aucun point de repère dans le désert, mais seulement de l’herbe à chameaux ».

La Panzerarmee Afrika et la 8th Army à la veille de la bataille

Le Panzergruppe Afrika, rebaptisé Panzerarmee Afrika le 30 janvier 1942, reçoit 284 Panzer au cours de l’hiver et du printemps 1942 et 44 Panzer perçus en plus par la 21. Panzer-Division. Rommel aligne 332 Panzer (plus 77 autres Panzer en réserve), 228 chars italiens, 48 pièces de 88 mm, 117 canons de 76,2 cm soviétiques, 16 automoteurs Semoventi de 75/18 et 100 000 hommes.Le General-Leutnant Walter Nehring quitte le front russe et se voit confier le commandement de l’Afrika Korps. Comme Crüwell, il s’agit d’un officier particulièrement compétent. Les généraux von Bismarck et von Vaerst arrivent eux aussi pour commander respectivement les 21. et 15. Panzer-Divisionen. La 90. Leichte-Infanterie-Division (nouveau nom depuis février 1942) est confiée au général Kleemann. Rommel bénéficie enfin de l’avantage décisif d’une supériorité aérienne certaine, forte de 704 avions pour appuyer son offensive, sans compter les 1 000 avions de la Luftflotte 2 de Kesselring basés en dehors de l’Afrique.

La 8th Army, déployée sur la ligne de Gazala, compte 126 000. Ritchie dispose de 850 chars en première ligne, dont des nouveaux Grant américains (dont nous parlerons dans un prochain article) avec 150 autres blindés en réserve. 112 nouveaux canons antichars de 6 livres sont versés à la 8th Army. L’excellente pièce antichar arrive un peu tardivement toutefois et en trop faible quantité.  La Desert Air Force aligne 350 appareils, sur les 739 avions disponibles au sein des escadrilles de la RAF au Moyen-Orient. Les adversaires les plus redoutés de Rommel, Australiens et Néo-Zélandais, en garnison en Syrie, sont absents du dispositif qui fait face à la Panzerarmee.