Christophe Prime, « La bataille du Cotentin . 6 juin-15 août 1944. L’enfer des haies »,

Christophe Prime, « La bataille du Cotentin . 6 juin-15 août 1944. L’enfer des haies », Tallandier, 2015, 301 pages

  Le Cotentin, avec Cherbourg, constitue un objectif majeur pour les Alliés afin de s’assurer du succès d’ « Overlord ». Féru de bataille de Normandie, j’ai lu des dizaines d’ouvrages sur le sujet et j’ai passé un agréable moment de lecture, et c’est l’une des façons pour moi de mesurer l’intérêt d’un ouvrage qui porte sur un thème pour lequel je ne suis pas un néophyte. Comme d’accoutumée, Christophe Prime écrit bien et sait donner suffisamment de détails sur les opérations tout en mettant le lecteur aussi bien au niveau du combattant que du général, ce qui est, à mes yeux, indispensable pour qu’un livre soit intéressant : la guerre ne doit pas rester un récit froid et désincarné. Le « morceau de choix » est la narration, très réussie et documentée, de la bataille pour Cherbourg, avec des détails intéressants. On regrette même qu’elle n’ait pas été le sujet unique de l’ouvrage (j’espère que c’est un projet de l’auteur)… Les conditions de la guerre des haies et les tactiques induites sont abordées à deux reprises mais sans redondance car ils présentent des éléments complémentaires. Toute la campagne (le 6 juin –puisque la bataille du Cotentin débute dès le premier jour, Le Mont Castre, Saint-Lô…), jusqu’au-delà de la percée d’Avranches est donc bien résumée sans jamais tomber dans l’allusif ou le succinct. Il s’agit bien des opérations menées dans la Cotentin, non de celles de l’intégralité de la 1st US Army, qui mène des actions également plus à l’est. Un seul bémol (s’il faut en faire un) : un lien, même succint, avec les opérations menées autour de Caen n’est peut-être pas assez relevé. Il reste qu’il est difficile de définir « Cotentin » ou encore « bataille du Cotentin » et que l’auteur a dû faire des choix qui, in fine, se sont avérés pertinents. Une lecture hautement recommandée.

Gazala (III)

La bataille de Gazala, mai-juin 1942

A la suite de l’opération « Crusader », Rommel est repoussé sur Mersa-el-Brega avant une étonnante volte-face qui amène les deux armées au niveau de la ligne de Gazala tandis que les garnisons germano-italiennes sur la frontière doivent rendre les armes. Le succès final de l’offensive couronnée par la chute de Tobrouk laisse apparemment peu de place à la question d’une occasion manquée par le DAK. Néanmoins, on peut raisonnablement réfléchir aux conséquences si Rommel s’en était tenu au plan initial, « Theseus », plutôt qu’à sa variante « Venezia ». Dans ce cas, c’est l’intégralité de l’Afrika Korps qui aurait frappé de plein fouet le « box » de Bir Hacheim, l’emportant probablement rapidement sans que ne retentisse la gloire qui sera celle des FFL au cours de la véritable bataille. La neutralisation et la destruction de Bir Hacheim dès les premières heures aurait eu des conséquences très avantageuses pour Rommel. Il n’aurait pas eu la nécessité d’y déployer des jours durant des moyens non négligeables (d’abord la « Trieste » puis la 90. Leichte, sans oublier les bombardements de la Luftwaffe). Rommel aurait alors disposé de davantage de troupes pour frapper en direction de la route côtière sans avoir besoin de réduire les « boxes » de Gott-el-Ualeb et de Bir Hacheim.

Globalement, on constate que, plutôt que d’avoir laissé passer une opportunité au cours de la bataille, Rommel a au contraire réussi avec brio à s’extirper d’une situation fort délicate: coincé dans le « Chaudron », c’est-à-dire entre les zones minées de la lignes de Gazala battues par les tirs des « boxes » et le gros des blindés britanniques, il a repoussé l’opération « Aberdeen » (l’offensive mal coordonnée de la 8th Army face à un adversaire le dos aux champs de mines) et rétablit les lignes de ravitaillement en écrasant le « box » de la 150th Brigade ; il a décimé les brigades blindées britanniques; il s’est emparé de Tobrouk sans coup férir.

Pour aller plus loin : voir mon article paru dans Batailles & Blindés N°69 « Le « Chaudron » de Gazala. L’Afrika-Korps au bord du gouffre? »

Ainsi que mon chapitre sur la bataille de Gazala dans “Afrikakorps. L’armée de Rommel”

Gazala (II)

Dès le premier jour, les combats sont acharnés. La 15. Panzerdivision (vers 7 heures) frappe avec force la 4th Armoured Brigade, dont deux régiments (3 RTR et 8th Hussars) sur trois sont annihilés. Le Sonnenkalb raconte: « Notre PzRgt 8 tourne de 90° vers la gauche et traverse la colonne qui évoluait près de nous pendant la nuit comme un ver sans fin. Bientôt, notre régiment forma à toute vitesse sa large formation d’attaque avec environ 40 mètres de distance de panzer à Panzer. Les écoutilles sont fermées. Pour moi, en tant que conducteur, il n’était possible que de voir devant moi à travers la largeur de la trappe. » Les premiers combats « Ce combat de chars ne ressemblait à rien de ce qu’on avait connu en Afrique. Du Nord auparavant. Les collisions d’acier l’un avec l’autre, tank contre tank. Les premiers tirs de tanks ennemis sont rapportés par radio ainsi que nos pertes. Et nous avons eu un certain nombre de pertes au cours de la première rencontre. L’ennemi a touché 32 de nos Panzer, dont 10 prirent feu. » Parfaitement entraîné, désormais aguerri, Sonnenkalb reste concentré sur sa tâche, ne se laissant pas distraire par le spectacle horrible de la guerre. Le PzRgt 8 de l’Oberstleutnant Tegge avance avec le reste du DAK. Le I/Abteilung est déployé sur un front de 2-3 km de large sur 1 de profondeur. Echelonné légèrement plus à droite, le II/Abteilung suit à un kilomètre de distance. Vers 7 heures, après avoir fait à nouveau halte pour se ravitailler, l’unité franchit le Trigh-el-Abd près de Bir el Harmat. Avec le jour, la chaleur devient peu à peu plus prenante et les mirages rendent l’acquisition des cibles plus difficile. La première rencontre avec des Grant sera mémorable. Les pièces de 5 cm Kurz des Panzer III sont à la peine : il faut parfois trois ou quatre coups pour immobiliser un tank adverse. Il faut jouer sur la mobilité en cherchant un contact rapide avant de s’esquiver. La coopération avec les Pak n’est pas toujours possible. Certes, l’artillerie est là : le II/ Artillerie-Regiment 33 soutien l’assaut de ses tirs. Le II/Abteilung PzRgt 8 de l’Hauptmann Wahl parvient à prendre de flanc les Britanniques accrochés par le I/Abteilung Pz Rgt 8 de l’Hauptmann Kümmel.

La 4th Armoured Brigade (avec dans ses rangs six équipages de tankistes américains, qui seront les premiers GI’s de l’armée de terre à combattre les nazis au cours du conflit) a subi une sévère correction : dès 8h50, elle a perdu la moitié de ses blindés. Après avoir réorganisé ses unités, le Generalmajor von Verst reprend l’avance, aiguillonné par Rommel en personne, toujours impatient. Pourtant, une autre surprise attend les Panzerschütze : après les Grant, ils font connaissance avec les antichars de 6 pounder. Nehring craint un moment de voir les deux divisions de Panzer du DAK se dissocier, aussi ordonne t-il à la 21. Panzer-Division (qui étrille de la même façon la 22nd Armoured Brigade à partir de 8 heures) d’attendre la 15. Panzer-Division, retardée par ses combats contre la 4th Armoured Brigade. Dès qu’il apprend la nouvelle, Rommel donne un contrordre. Certes, Ritchie commet alors une erreur récurrente à la 8th Army depuis « Crusader » : il envoie ses brigades combattre une par une ou, lorsque les trois sont engagées en même temps (2nd, 4th et 22nd), elles le font sans soutien mutuel. La 22nd Armoured Brigade est ainsi prise en tenaille par les deux divisions de l’Afrika-Korps. Le plan de Rommel semble fonctionner : en dépit des pertes, l’ennemi serait-il déjà battu ?

Des éléments isolés des 21. et 15. Panzer ainsi que de l’Ariete subissent les assauts des 2nd, 22nd armoured et 1st Army Tank Brigades. La Trieste, par chance on le verra, est empêtrée dans les champs de mines au nord de Bir Hacheim (alors qu’elle aurait dû elle aussi contourner la position par le sud), échappant ainsi à l’encerclement. Globalement, puisque les unités sont très dispersées, les communications sont très erratiques entre le DAK et le 20o Corpo. Plus à l’est, la 90. Leichte-Division n’est pas non plus en bonne posture. Si les automitrailleuses ont atteint El Adem, le ravitaillement et les liaisons avec l’Afrika Korps sont coupées. Si son avance semble d’abord prometteuse, elle se retrouve donc en situation périlleuse. L’inquiétude perce chez Otto Henning, un jeune soldat de l’Aufklärungs-Kompanie (mot) 580 : « C’est nous qui sommes tombés dans le piège et pas les Tommies ». Et de se demander s’il ne va pas perdre déjà sa chance alors même qu’il commence à peine sa guerre…

Ce 27 mai, à court de carburant, les Panzer, immobilisé devant « Knightsbridge », doivent faire face à plusieurs menaces qui se matérialisent à l’est et au sud-est. Le Schützen–Regiment 115 éprouve les pires difficultés à suivre l’avance rapide des Panzer et subit de sérieuses contre-attaques de la part de la 7th Motor Brigade. L’après-midi n’est qu’une suite de combats épars entre Bir el Hermat et le « box » de « Knighstbridge », Rommel s’évertuant à accomplir les desseins de son plan en poussant ses troupes à s’emparer d’Acroma avant la tombée de la nuit. En vain. Rommel est mis en difficulté : « de nombreux éléments de nos colonnes rompirent en désordre et s’enfuirent vers le sud-est pour échapper au tir de l’artillerie anglaise. Mais l’Afrika-Korps, sur la défensive à l’est, avançait mètre par mètre vers le nord ».

Les Panzer isolés avec une partie des troupes de soutien à Bir El Harmat, la principale zone de concentration de la force de frappe de Rommel, les Germano-Italiens ont la chance insigne que les flancs soient finalement sécurisés grâce au concourt et à l’intervention des unités d’artillerie, de Pak et de Flak qui dament le pion à des Britanniques qui les engagent dans des attaques manquant de coordination. Nehring réagit promptement en engageant les batteries du Flak-Regiment 135 de l’Oberst Wolz. 16 pièces de 88 mm sont ainsi mises en batterie sur un front de 3 kilomètres. Sous une grêle d’obus, les servants allemands, galvanisés par leurs chefs, poursuivent leur tâche et répliquent mortellement aux tirs des Anglais L’offensive des Grant britanniques est stoppée. Une nouvelle fois, le 88 mm a fait un miracle. Non sans mal car les Britanniques ne manquent pas de mordant. Dans son Stuart, le tankiste David Brown reçoit la dangereuse mission de repérer les positions des 88 mm en attirant le feu sur son engin. La vélocité de l’obus et sa puissance sont telles qu’un char est capable de vaciller sous l’impact. Rapidement, les soldats apprennent à reconnaître le calibre de chaque obus par son seul bruit. Une fois sa mission accomplie, son char encadré par les tirs de plus en plus précis des Flak ennemis, Brown fait demi-tour et laisse les Grant et les pièces de 25 livres affronter les terribles 88.

Tandis que la division Ariete échoue dans sa tentative de prendre Bir Hacheim, l’avance allemande est donc stoppée. A leur habitude, les antichars allemands ont infligé de lourdes pertes aux blindés britanniques mais l’Afrika Korps a perdu le tiers de ses chars en cette première journée. Le seul PzRgt 8 accuse la perte de 148 Panzer pour raisons mécaniques ou suite à des dommages infligés au combat. Les pertes définitives sont de 23 chars. La division commence la seconde journée avec 58 Panzer opérationnels… La 21. Panzer-Division n’en compte plus que 84 en état, soit 50 % de ses effectifs au 26 mai. Tout l’état-major de la PzAOK Afrika s’accorde pour admettre que l’opération est un échec. Gause, évaluant la situation avec Nehring, va même jusqu’à suggérer de câbler à l’OKW et l’OKH que l’attaque n’était qu’une reconnaissance en force afin de pouvoir entreprendre un repli sans perdre la face…

Pour en savoir plus, lire mon article dans Batailles & Blindés N°69 « Le « Chaudron » de Gazala. L’Afrika-Korps au bord du gouffre? »

26 mai 1942: la veille de la bataille de Gazala

Le 26 mai,  les 10 000 véhicules des divisions motorisées de Rommel rejoignent leurs positions d’attaque pour l’opération qui doit aboutir enfin à la prise de Tobrouk, trophée qui échappe au « Renard du Désert » depuis un an. Certains éléments effectuent une feinte en direction du nord, afin de leurrer les britanniques, avant de rejoindre le gros des troupes. Le plan de Rommel (l’offensive « Theseus ») est ambitieux –la victoire doit être acquise en quelques jours à peine- et simple : pendant que talentueux General der Panzertruppen Crüwell –l’ancien chef de l’Afrika-Korps de retour d’Allemagne- effectuera une diversion au nord, appuyée par un débarquement sur les arrières de la ligne de Gazala, l’Afrika-Korps du Generalleutnant Nehring (un autre spécialiste éminent des blindés) et les divisions motorisées italiennes entreprendront une vaste manœuvre d’enveloppement après avoir réduit le « box » de Bir Hacheim.

Ce 26 mai, la tempête de sable qui se lève dissimule les mouvements aux yeux des Britanniques. « Nous avons eu de la chance durant notre déplacement de nuit, rapporte Horst Sonnenkalb. Il n’y a pas eu de collisions. Après presque 3 heures de route nous nous arrêtons à nouveau. A nouveau le ravitaillement en carburant, le nettoyage des filtres à air, la vérification des goupilles et des boulons. On distribue des provisions et du café chaud. Pendant le ravitaillement nous avons reçu l’ordre de vider les bisons à essence et de les stocker sur les véhicules de la logistique. Les armes sont nettoyées ainsi que les canons des Panzer et les armes automatiques. La durée de la halte a pu être de 70, 80 ou 90 minutes. Durant ce mouvement de nuit, on n’avait aucune sensation de temps, de lieu ou d’orientation. Nous savions que nous faisions mouvement vers le sud. Il était impossible d’utiliser le compas gyroscopique. Toute la concentration allait dans le fait de rester dans la colonne, de ne pas perdre contact et de ne pas heurter le véhicule qui précédait. Qui peut identifier un lieu dans la nuit, quand vous yeux brûlent et qu’il n’y aucun point de repère dans le désert, mais seulement de l’herbe à chameaux ».

La Panzerarmee Afrika et la 8th Army à la veille de la bataille

Le Panzergruppe Afrika, rebaptisé Panzerarmee Afrika le 30 janvier 1942, reçoit 284 Panzer au cours de l’hiver et du printemps 1942 et 44 Panzer perçus en plus par la 21. Panzer-Division. Rommel aligne 332 Panzer (plus 77 autres Panzer en réserve), 228 chars italiens, 48 pièces de 88 mm, 117 canons de 76,2 cm soviétiques, 16 automoteurs Semoventi de 75/18 et 100 000 hommes.Le General-Leutnant Walter Nehring quitte le front russe et se voit confier le commandement de l’Afrika Korps. Comme Crüwell, il s’agit d’un officier particulièrement compétent. Les généraux von Bismarck et von Vaerst arrivent eux aussi pour commander respectivement les 21. et 15. Panzer-Divisionen. La 90. Leichte-Infanterie-Division (nouveau nom depuis février 1942) est confiée au général Kleemann. Rommel bénéficie enfin de l’avantage décisif d’une supériorité aérienne certaine, forte de 704 avions pour appuyer son offensive, sans compter les 1 000 avions de la Luftflotte 2 de Kesselring basés en dehors de l’Afrique.

La 8th Army, déployée sur la ligne de Gazala, compte 126 000. Ritchie dispose de 850 chars en première ligne, dont des nouveaux Grant américains (dont nous parlerons dans un prochain article) avec 150 autres blindés en réserve. 112 nouveaux canons antichars de 6 livres sont versés à la 8th Army. L’excellente pièce antichar arrive un peu tardivement toutefois et en trop faible quantité.  La Desert Air Force aligne 350 appareils, sur les 739 avions disponibles au sein des escadrilles de la RAF au Moyen-Orient. Les adversaires les plus redoutés de Rommel, Australiens et Néo-Zélandais, en garnison en Syrie, sont absents du dispositif qui fait face à la Panzerarmee.

Afrika-Korps (1)

Cette photographie que j’ai achetée il y a quelques années est très emblématique. Ce « vieux briscard » de l’Afrika-Korps, coiffée de la fameuse casquette à visière devenue un des symbole du DAK, illustre bien les contraintes de la guerre en milieu désertique: un foulard, pour se prémunir de la poussière et du sable, surtout en cas de tempête; des lunettes, pour les mêmes raisons, voire pour se prémunir de la trop forte luminosité; des jumelles, indispensables dans un théâtre d’opérations où les compartiments de combats sont profonds; une barbe de quelques jours et un uniforme défraîchie: l’allure martiale de la Wehrmacht n’est plus de rigueur dans le désert, d’autant plus que l’eau se fait rare. Le soldat semble fatigué: les effectifs sont relativement faibles, il y a peu de relèves et de permissions et le climat exige beaucoup de l’organisme, qui ne le supporte pas forcément.

The Men Behind Monty

Richard Mead,  « The Men Behind Monty »,Pen & Sword, 2015, 290 pages

Ce livre très réussi nous plonge dans le fonctionnement d’un état-major, celui de Bernard Montgomery, non sans avoir présenté ce qui avait cours avant lui au sein de la 8th Army, sous le commandement de Claude Auchinleck. Le grand mérite est de dévoiler des méthodes de commandement ainsi que de faire connaître des individus injustement méconnus. Passionnant, d’autant que le « style » Monty et ses réussites est bien mise en avant sans dithyrambisme déplacé, à l’instar du « Montgomery » de Mas/Feldmann qui manque singulièrement d’objectivité quant aux erreurs et à la méthode de commandement du Britannique.

« « Strafer » Desert General: The Life and Killing of Lieutenant General WHE Gott »

« « Strafer » Desert General: The Life and Killing of Lieutenant General WHE Gott », N.S. Nash, Pen & Sword, 2013, 250 pages

Cette biographie du méconnu général Gott, une des figures éminentes de la guerre du désert, est fort intéressante pour tout passionné de cette campagne. L’homme, à qui devait échoir le commandement de la 8th Army, meurt carbonisé entre El Alamein et Le Caire alors qu’il s’apprête à prendre son poste. Son appareil, pris en chasse par la Luftwaffe qui a intercepté et interprété un message radio trop explicite, s’écrase en plein désert le 7 août 1942. Bernard Montgomery le remplace pour entrer dans l’Histoire. « Strafer » Gott n’est certes pas un officier qui n’aura connu que le succès sur le champ de bataille, loin s’en faut. Ses décisions ont pu être controversées. Mais il n’a cessé de gravir les échelons et il faillit devenir celui qui devait affronter Rommel dans une bataille décisive. C’est l’intégralité de la carrière d’un officier admiré par ses hommes et plus particulièrement de son engagement au cours de la guerre du désert que nous convie ici N.S. Nash. Un sujet original qui procure une autre lecture des événements selon le point de vue britannique.

« Tunisian Tales. The 1st Parachute Brigade in North Africa 1942-43 »

« Tunisian Tales. The 1st Parachute Brigade in North Africa 1942-43 », Niall Cherry, Helion, 2011, 410 pages

Niall Cherry mène ici une étude détaillée et documentée sur l’engagement des forces aéroportées britanniques en Tunisie. Le propos est donc original à la fois sur les Red Devils et sur la campagne d’Afrique du Nord. L’auteur, qui a puisé ses informations dans les archives, en donne de larges extraits, complétés par de longues annexes également issues des archives, présentant notamment des rapports divers. La mise en place de l’arme aéroportée constitue un prologue fort intéressant. La narration des différenst épisodes de la campagne est vraiment exhaustive, ne se limitant pas aux parachutages et aux combats de novembre 1942 (notamment le largage sur Dépienne du bataillon du Lieutenant-Colonel Frost, le futur héros du pont d’Arhnem), puisque les oéprations se poursuivent jusqu’en mars 1943. On regrettera seulement une répétition des faits relatés puisque N. Cherry résume en fait chaque opération avant d’en fournir l’extrait tiré des archives. Les photographies sont assez nombreuses et originales. Elles ont le mérite d’indiquer clairement au lecteur ce à quoi ressemblait le terrain des zones mentionnées dans le texte.

« Armies of Empire »

« Armies of Empire. The 9th Australian and 50th British Divisions in battle 1939-1945 », Adrian Converse, Cambridge, 2011, 347 pages

Ce livre se propose une étude comparée de deux formations différentes des forces du Commonwealth pendant la Seconde Guerre mondiale : la 9th Australian Division et la 50th Northumbrian Division. Ces deux unités ont combattu sur plus de fronts et souffert plus de pertes que n’importe quelle unité de leurs catégories respectives. Après des débuts marqués par l’amateurisme, puis une période d’efficacité optimale, la combativité des deux divisions décline en 1944-45. La mise sur pied, l’entraînement et l’engagement des 9th Australian et 50th Northumbrian ID nous entraîne sur de nombreux fronts, de la campgne de France en 1940 et du désert jusqu’au Pacifique et au Rhin en passant par la Normandie et la Sicile. L’ouvrage fourmille de détails. Il s’avère particulièrement instructif sur la guerre du désert où les deux divisions furent toutes les deux engagées. Un des grands intérêts du livre est de montrer les nombreux points communs mais aussi les différences au sein des formations du Commonwealth. A. Converse s’intéresse beaucoup au moral des unités combattantes. Il nous dresse un portrait d’un soldat australien non exempt de crise de moral alors que le soldat de la 50th ID, moins célébré, sait à l’occasion faire montre d’une combativité remarquable. Les appendices fournissent des ordres de bataille au cours des diverses campagnes.

Réédition de « Invasion! »

« Invasion! Le Débarquement vécu par les Allemands « est réédité par Tallandier en format poche (collection Texto).

Le but recherché lors de sa rédaction était : 1) de donner un récit de la bataille de Normandie selon un point de vue original, celui des Allemands sans verser dans l’hagiographie de la Wehrmacht (on ne masque pas les crimes de guerre) ni adopter la posture d’un déni systématique; 2) faire comprendre la vie quotidienne d’un soldat au front (un chapitre y est consacré) tout en ne perdant pas de vue la compréhension de l’ensemble de la bataille (d’où les réflexions au niveau opérationnel et stratégique, appuyées sur de nombreux chiffres).

Les « + » de mon ouvrage:

-un récit objectif (à cent lieues de Paul Carrell)

-un récit vivant qui fait comprendre le vécu du soldat allemand

-un texte qui embrasse l’intégralité de la bataille de Normandie jusqu’au franchissement de la Seine, avec des parties équilibrées, un accent étant mis sur les périodes cruciales parfois moins connues (la 1ère semaine de la bataille ainsi que les combats au-delà de la Poche de Falaise)

-des réflexions stratégiques

-un point de vue allemand qui va de celui du maréchal, et même de Hitler, à celui du simple soldat

-un bibliographie récente

Cette réédition a permis de corriger des erreurs. Par ailleurs, de nombreuses données chiffrées ont été ajoutées à celles, déjà nombreuses, des annexes de l’édition en grand format.