Recension « U-Boot Typ VII » de Xavier Tracol

Xavier Tracol, U-Boot Typ VII, Caraktère, 2019

Un bon investissement que ce petit ouvrage signé Xavier Tracol, un de nos spécialistes hexagonaux de l’U-Bootwaffe. On y retrouve la qualité habituelle des productions de Caraktère: des clichés bien choisis et souvent peu (ou pas) connus, des illustrations 3D aussi époustouflantes que nombreuses et détaillées.

L’ouvrage nous présente les caractéristiques de tous les déclinaisons du modèle de U-Boot le plus célèbre et le plus répandu de la Seconde Guerre mondiale: le Typ VII. Un texte bref et efficace, les donnée techniques, ainsi que des informations et des focus sur le torpilles, l’armement, l’équipement de pointe embarqué à bord, etc.

On n’y trouve donc pas un historique de la guerre sous-marine, mais une présentation de du matériel de la Kriegsmarine, ainsi que des clés explicatives de l’évolution opérée au cours de la guerre. Une sorte de manuel fort utile pour bien saisir la bataille de l’Atlantique, ainsi que les autres campagnes menées par les équipages de U-Boote.

A compléter avec Torpedo Los!, du même auteur, qui narre la bataille de l’Atlantique, ainsi que les ouvrages de Françaois-Emmanuel Brézet: ici, ici et, surtout, pour le U-Booteici.

Recension « Commandos du Reich » de Yann Mahé

Yann Mahé, Les Commandos du Reich. Tome 1: le règne des « Brandebourgeois », Caraktère, 2019

Les éditions Caraktère nous gratifient d’un très bel ouvrage sous la plume agréable de Yann Mahé. Bien écrit, superbement illustré (l’iconographie justifie presque à elle seule l’achat de ce livre), le texte porte sur un sujet méconnu en France: les commandos allemands. L’image d’Epinal rattache les « commandos » avant tout aux Britanniques. Yann Mahé nous explique au contraire combien l’Allemagne ne méconnaît nullement l’usage des forces spéciales. L’auteur rattache la genèse des opérations « type commandos » à la geste de Lettow-Vorbeck (il faut lire la vie de ce remarquable officier dans ce livre que j’ai recensé) et de la Grande Guerre en Afrique orientale, ainsi qu’aux fameux Stosstruppen.

On perçoit rapidement quelques spécificités à ces commandos allemands: des effectifs infiniment moindre que chez les Britanniques, diverses unités sans atteindre la pléthore de formations de commandos qui ont germé outre-Manche et dans l’Empire britannique, une forte propension à revêtir de uniformes ennemis (ce qui est moins vrai chez les Alliés), des missions visant souvent à s’emparer de sites ponctuels déterminés (des ponts notamment), et, enfin, un manque de soutien de la hiérarchie, ainsi que les inévitables (suis-je tenté de dire) rivalités avec la SS.

Yann Mahé traite de ce sujet passionnant en suivant, fort logiquement, un ordre chronologique, ainsi qu’un récit par théâtre des opérations.  J’ai évidemment porté plus particulièrement mon attention sur le cas de la guerre du désert. Fascinant, mais on est loin de l’épopée du LRDG… Les pages sur autres fronts sont à l’avenant et le propos si varié et les faits relatés si aventureux qu’on ne s’ennuie jamais à la lecture de ce récit. Les opérations menées en direction du chemin de fer de Mourmansk et celle de Maïkop sont particulièrement passionnantes.

On attend le deuxième tome avec impatience. Il traitera du restant de la guerre, soit à partir de 1943, les « Brandebourgeois », qui existent encore, cédant le pas aux commandos de la Waffen SS, qui vont également multiplier les exploits.

Une belle lecture sur bel écrin que je recommande.

http://www.caraktere.com/livres.htm

Recension « L’escadron romantique » d’Alexis Rousselot

Alexis Rousselot, L’escadron romantique. Souvenirs d’un pilote de chasse italien durant la campagne d’Afrique orientale. 1940 – 1941.

Il s’agit d’une traduction, commentée et annotée, des mémoires du Capitano Corrado Ricci de la 410 Squadriglia CT durant la Campagne d’Afrique orientale.

L’auteur, Alexis Rousselot, nous emmène sur un théâtre des opérations méconnus, l’Afrique orientale, dont il a eu la bonne idée de nous dresser un rapide résumé des opérations dans la première partie de son ouvrage. Les enjeux des combats sont plus importants que souvent perçus. Au-delà du prestige et de l’impact moral de la victoire ou de la défaite des uns ou des autres, la menace que font peser les Italiens sur la Mer Rouge, et partant sur les positions britanniques au Moyen-Orient, outre la neutralité américaine qui empêche les navires de l’Oncle Sam de naviguer jusqu’à Suez, explique à elle-seule que Londres ait eu la volonté d’intervenir contre les colonies italiennes d’Afrique de l’Est, ainsi que de faire revenir la Somalie britannique dans le giron de l’Empire. Tout ceci est clairement expliqué.

La seconde partie du livre, très vivante et instructive, nous fait vivre la campagne au niveau des combattants, à savoir un pilote de la Regia Aeronautica, l’aviation royale italienne. L’auteur fait donc coup double : il présente une campagne presqu’inconnue, mais, de surcroit, selon le prisme largement négligé de l’armée italienne (David Zambon est une des rares exceptions: voir son livre).

L’Italien ne fait pas que rendre son récit très vivant, de même qu’il nous montre ce que signifie être pilote de guerre, il fournit des éléments intéressants sur cette campagne. Les notes de bas de pages d’Alexis Rousselot, très nombreuses, apportent un surcroit d’explications bienvenues. On mesure à leur qualité quelle a été la somme de travail fournie par Alexis Rousselot, qui a épluché tous les journaux de guerre des unités impliquées. Chaque combat aérien a été vérifié. L’auteur en profite pour nous faire partager ses connaissances, ainsi que sa passion pour les forces aériennes de l’empire britannique, et plus particulièrement sud-africaines. Ce faisant, il traite de nouveau d’un sujet peu abordé. On regrettera juste les quelques (rares) redites entre le texte introductif et certaines de ces notes.

Un livre original édité à compte d’auteur, à se procurer donc directement grâce au lien suivant:
– format papier : 20 euros
http://www.lulu.com/shop/alexis-rousselot/lescadron-romantique-souvenirs-dun-pilote-de-chasse-italien-durant-la-campagne-dafrique-orientale-1940-1941/paperback/product-24241253.html

– format ebook : 15 euros
http://www.lulu.com/shop/alexis-rousselot/lescadron-romantique-m%C3%A9moires-dun-pilote-de-chasse-italien-en-afrique-orientale/ebook/product-24247517.html

 

 

Rommel doit se suicider le 14 octobre 1944: il n’était pas un conspirateur

Rommel doit se suicider le 14 octobre 1944: il n’était pas un conspirateur

 

Le maître d’oeuvre de l’Atlantikwall pense que l’Allemagne peut repousser l’Invasion (Bundesarchiv)

Les mentions du nom de Rommel se multiplient dans les dossiers et les rapports qui parviennent auprès du Führer au sujet de la conspiration qui a été très près de lui coûter la vie. Des conjurés, le General Karl-Heinrich von Stülpnagel ou encore l’Oberstleutnant Caesar von Hofacker ont mentionné son nom, sous la torture. Il apparaît aussi sur une liste retrouvée chez le docteur Goerdeler, ancien bourgmestre de Leipzig, pressenti pour accéder à la chancellerie. On imagine sans peine la déception de Hitler, à peine remis de l’attentat manqué contre sa personne, lorsqu’il lui faut envisager l’éventualité de la trahison de celui qu’il a couvert de faveurs.

Un maréchal, impliqué malgré lui dans un complot, qui a tout fait pour assurer la victoire face à l’Invasion (Bundesarchiv)

En fait, Rommel n’a que peu en commun avec les conjurés, si ce n’est qu’il est persuadé qu’Hitler mène l’Allemagne à la catastrophe. Nombre de ces conspirateurs sont des aristocrates conservateurs, que Rommel méprise depuis toujours. Par ailleurs, il n’embrasse aucune des considérations qui sous-tend leur hostilité à Hitler, que ce soit sur les plans social, politique ou même théologique. D’objectif, Rommel n’en a qu’un seul : gagner la guerre, à tout le moins donner tout son possible pour que l’Allemagne ne la perde pas.

Si Rommel sait que la cause est perdue en juillet 1944, il aurait au mieux envisagé de négocier avec les Alliés, non de tuer Hitler

Tout porte à penser que si Rommel avait été à son poste le 20 juillet 1944, il n’aurait rien entrepris contre le Führer, pas plus qu’il n’aurait fait d’ouvertures de paix aux Alliés, et ce d’autant plus qu’il n’était aucunement préparé à une telle éventualité puisqu’il était dans l’ignorance de l’attentat. Même s’il avait trempé dans le complot, il n’est en aucune manière le commandant en chef de la Wehrmacht à l’Ouest et il n’avait aucun moyen ni d’imposer un cessez-le-feu à ses troupes ni même d’organiser une rencontre avec Eisenhower ou Montgomery sans l’accord de Kluge et l’assurance, même tacite, que sa démarche bénéficierait du soutien de ses grands subordonnés. Au-delà de son aversion pour toute idée de tyrannicide, Rommel aurait confié à son épouse qu’il craignait que cela ne provoque une guerre civile en Allemagne, éventualité qui aurait été également en cas d’ouvertures de paix avec les Occidentaux. Rommel est un officier loyal, fidèle au serment qu’il a prêté au Führer. Le fait qu’il éprouve, dans sa missive du 16 juillet transmise par Kluge, qu’il faille tirer les conclusions de la dramatique situation du front de Normandie, accrédite qu’il n’était aucunement au fait des intentions de Stauffenberg : à quoi bon une telle remarque si on envisage de le tuer dans les jours qui suivent ? A l’automne 1944, il confie encore à un proche que le chef suprême de l’armée reste Hitler et que lui, sa qualité d’officier, a le devoir de lui obéir.

Cérémonie Nationale pour l’inhumation de Rommel (Bundesarchiv)

Recension « Mondes en Guerre. Tome 1: de la Préhistoire au Moyen Age »

Giusto Traina (sous la direction de), Mondes en Guerre. Tome 1: de la Préhistoire au Moyen Age, Passés Composés, 2019

Un réel moment de plaisir…

Ce premier opus d’une somme destiné à décrire le fait guerrier sur l’ensemble du spectre de l’histoire de l’Humanité est une divine surprise pour le passionné d’histoire militaire.

Les éditions Passés Composés nous gratifient en effet d’un superbe ouvrage, de bon augure pour les trois autres tomes annoncés. Passionné d’histoire ancienne depuis toujours, j’ai pu apprécier la qualité du propos.  On sent un texte écrit à l’aune de recherches le plus récentes et qui est le fruit d’une connaissance pointue des thèmes abordés. L’aspect est d’emblée remarquable et attirant: il s’agit d’un très beau livre, richement illustré. 750 pages, dont près de 700 de texte.

Les auteurs ont eu l’excellente idée de débuter par l’aube de l’histoire de la guerre, qui se confond avec celle de l’humanité: il est donc d’abord question de Préhistoire. Pour ce qui est de l’Antiquité, les incontournables Grecs et Romains ne sont pas les seuls considérés: le lecteur a droit d’emblée à une revue de la façon de faire la guerre en Mésopotamie et en Egypte. Mieux: le livre dirigé par Giusto Traina nous emmène régulièrement sous des cieux le plus souvent délaissés: l’Inde et la Chine, mais aussi les peuples de la steppe (Scythes, Huns et autres Mongols). Ce faisant, nous découvrons ainsi les différentes approches de la guerre, les similitudes et différences entre les civilisations pour ce qui est du fait de guerre, du guerrier et de tout ce qui en découle.

Le lecteur découvre aussi à intervalles des équivalents d' »encadrés » d’articles de magazine, à savoir des focus -sur deux pages- portant sur tel ou tel point évoqué dans le texte: le château Gaillard aux Andelys ou encore l’organisation des camps romains. Il est aussi question de littérature militaire, de traités de stratégie, pour tous les peuples considérés (avec des incontournables comme Sun Tzu). On croise aussi au fil du texte aussi bien le rôle attendu des dirigeants en temps de guerre, que l’organisation des armées, l’équipement et les armes, le statiques, ainsi que les catégories de soldats: quel place par exemple pour le mercenaire, le soldat-citoyen, etc.

Après une partie sur la naissance de la guerre (aussi bien Sargon que Ramsès II, mais aussi… Ötsi…) donc sur la Préhistoire et le Moyen-Orient , une seconde partie traite de l’Orient (Inde et Extrême-Orient) et surtout de la Grèce, avec en premier lieu les guerres médiques et la guerre du Péloponnèse, dont je ne me lasse jamais. La partie suivante traite de l’évolution au IVe siècle avant Jésus-Christ, où il est beaucoup question -notamment dans le monde grec, y compris aux confins du monde hellénistique- de l’évolution de la poliorcétique, ainsi que de l’usage de la cavalerie. Des pages passionnantes, même lorsqu’on a beaucoup lu sur le sujet. Un long passage est consacré aux éléphants de guerre

Rome se taille la part du lion, comme il se doit: deux parties lui sont quasiment consacrées, même si des va-et-vient sont opérés avec d’autres civilisations. L’étude est poussée et instructive, des chapitres entiers étant consacrés à l’organisation de l’armée, l’Antiquité tardive n’étant pas négligée, ce qui est une aubaine pour le lecteur, le grand public étant le plus souvent abreuvé de récits traitant du Haut-Empire. Il est tout aussi bien question des formes de la guerre, de ses coûts et profits, que de l’usage des stratagèmes. L’explication de l’incapacité romaine à empêcher l’effondrement de l’empire est intéressante.

Les parties consacrées au Moyen Age sont à l’avenant, le lecteur étant confronté aux diverses situations imaginables, à l’évolution qui mène à la formation d’une entité guerrière professionnelle en Occident (les chevaliers), tout en croisant aussi bien les Vikings,  Guillaume le Conquérant, que les routiers ou encore les armées de la guerre de Cent Ans. Certains chapitres fournissent une multitude d’informations sortant du seul cadre du récit chronologique, à l’instar du passage portant sur les chevaux (on y apprend la nécessité de rapporter la dépouille de l’animal pour espérer un remboursement…). La logistique et les raisons de combattre ne sont pas oubliées. Les auteurs abordent aussi l’influence de la religion sur la guerre. Initiative heureuse, comme pour les parties traitant de l’Antiquité, l’étude de l’Inde et de l’Extrême-Orient se poursuit et le livre se termine sur des pages captivantes consacrées aux armées du monde musulman médiéval, ainsi qu’à l’empire byzantin.

Bref, un texte passionnant, limpide et instructif, servi par une iconographie riche (de grandes photographies de très belle qualité, bien sélectionnées et légendées avec intelligence te non de façon convenue) et de superbes cartes signées Aurélie Boissière…

Nous avons là une somme incontournable pour les passionnés. Lecture vivement recommandée!

 

Recension « L’Impensable Défaite. L’Allemagne déchirée 1918-1933 » de Gerd Krumeich

Gerd Krumeich, L’Impensable Défaite:L’Allemagne déchirée 1918-1933, Belin, 2019, 324 pages 

Un livre bienvenu en cette période qui a vu fleurir tant de livres sur la Première Guerre mondiale. Il offre une compréhension des événements de 1918 selon un prisme d’Outre-Rhin.

Le titre est quelque peu trompeur. Il est beaucoup question en fait de l’avant-1918, du Reich en guerre. Il est en revanche peu question des années 1930, et relativement rapidement des années 1920, le propos étant par ailleurs loin d’être exhaustif pour nous exposer la situation en Allemagne au cours de ces années cruciales. L’ouvrage pèche par son manque d’esprit didactique et de clarté: j’imagine que le lecteur non-averti aura peine à comprendre certaines mentions purement allusives dans le texte, pour ne pas dire des faits presque passés sous silence. On pré-suppose des connaissances chez le lecteur. L’histoire politique et événementielle fait en partie défaut, et pourtant elle aide à comprendre ce qui fait le coeur de l’ouvrage: la faillite de la république de Weimar et l’impact de la défaite de 1918 dans celle-ci. La révolution spartakiste, le coup d’Etat de Kapp, le coup de force de Hitler, l’inflation du début des années 1920, les discussions menant aux plans Dawes et Young, le rapprochement Briand-Streseman: tout ceci, clairement exposé et présenté chronologiquement, aurait beaucoup aidé à la compréhension du sujet.

Ceci étant, le propos et le contenu du livre sont des plus intéressants. On apprécie les pages consacrées à la vision de la guerre par les Allemands, l’auteur développant l’idée que les civils allemands, en proie à leurs propres difficultés quotidiennes, en sont venus à se désintéresser de la guerre, d’autant que la mobilisation des ces civils est plus ardue que pour l’Entente. La comparaison des émeutes et grèves, de la propagande, etc, entre les deux camps est instructive. J’ai découvert un recensement des Juifs qui m’a surpris… Le récit de l’année 1918 est essentielle: de l’impact des offensives de Ludendorff au fameux « jour de deuil de l’armée allemande », puis des opérations de l’automne. Les longues pages consacrées  à la signature de l’armistice de 1918 sont passionnantes. La suite est parfois plus confuse, mais ne manque pas de moments captivants, même si on reste parfois sur sa faim (on aurait aimé un peu plus de développement sur les mouvements artistiques et la littérature par exemple -entre autres). On comprend bien que le « coup de poignard dans le dos » n’est qu’un mythe (mais on le savait), mais aussi combien la situation du gouvernement est devenu impossible devant des militaires qui n’ont pas su clairement faire comprendre que la défaite était inéluctable, et à plus court terme que supposé. Car, et des ouvrages comme ceux de Michel Goya l’ont montré, l’armée allemande est sur le point de s’effondrer et l’armée française est bien la plus puissante de l’Entente (ce que l’auteur ne semble pas avoir assimilé).  Tout l’art du haut-commandement allemand a été de faire « porter le chapeau » aux civils, et ce en niant l’évidence. Les lignes évoquant les points de vue de l’époque sur la responsabilité ou non de l’Allemagne dans le déclenchement de la guerre sont instructives. Le retour des soldats et le souvenir de la guerre, en esquissant une comparaison avec la situation chez les vainqueurs, est également bien traité (cf notamment la question des monuments aux morts).

On regrette que la période finale soit trop rapidement traitée, amis tout ce qui précède retient l’intérêt et justifie la lecture de ce livre original qui nous fait apprendre beaucoup sur l’Allemagne de la défaite de 1918. On peut peut-être regretter a posteriori que l’ultime offensive alliée, irrésistible, n’ait pas été déclenchée ni l’Allemagne envahie, et que le traité de Versailles ait été à ce point porteur de revanche.

 

« Un Pont Trop Loin ». Le cor de chasse du colonel Frost et autres méthodes d’identification

Anthony Hopkins, le J.D. Frost du 7e art, jouant du cor de chasse

Avant d’être un parachutiste, John D. Frost, le héros du pont d’Arnhem (mais aussi du raid sur Bruneval, en Normandie, du largage sur Depienne, en Tunisie et du pont de Primosole, en Sicile), est d’abord officier aux Cameronians (Scottish Rifles). A partir de 1932, il sert au sein de cette unité en Angleterre puis en Palestine. Capitaine en 1938, il est transféré au sein des Iraq Levies, avec lesquels son contrat expire en 1940. En guise de cadeau de départ, il reçoit un cor de chasse en cuivre, ornée d’une inscription en argent: « Au Captain JD Frost avec les meilleurs voeux des Membres de la Royal Exodus Hunt« . Frost considère qu’il s’agit-là d’un des plus beaux présents qu’il lui ait été faits.

A droite, le véritable J. D. Frost

Quid des méthodes dont disposent les parachutistes alliées pour identifier de troupes amies le Jour J?

L’histoire du cor de chasse de Frost, qu’il utilise pour rameuter ses hommes pose la question de la façon dont les forces aéroportées ont appréhendé la question de reconnaître l’ami de l’ennemi au cours de l’opération « Overlord« .

Une fois que les hommes seront arrivés en Normandie grâce à leurs parachutes (ou à bord de leur planeur), une question tenaille les responsables des divisions aéroportées: comment se repérer dans la nuit? Comment reconnaître l’ami de l’ennemi? En cas de dispersion, outre les mots de passe, les paras alliés adoptent différents moyens de ralliements. Les Américains utilisent des criquets. La 5th Parachute Brigade britannique dispose de différents signes de reconnaissance: le 7th Bn aura des bugles (pour la chasse au renard), le 12th Bn des klaxons de motos et le 13th Bn des cornes de vélo.

Chez les paras US, on utilise au besoin des fusées tirées de pistolets lance-fusées. Le sifflet ou le corps de chasse peut également être utilisé. Un bataillon du 501st PIR utilise un clairon et un autre une cloche… Un mot de passe est adopté: à l’annonce « Flash » (« Foudre ») doit répondre « Thunder » (« Tonnerre »). Le crie de ralliement est « V for Victory » à la 6th Airborne.

 

On adopte aussi, au sein de la 101st (peut-être également, mais sous forme différente, au sein de certaines unités de la 82nd, mais sans que cela ne soit généralisé), les fameux criquets du débarquement. Il s’agit en fait d’une idée d’un aide de camp du Major General Maxwell Taylor, ce dernier veut absolument éviter une nouvelle dispersion de ses hommes comme en Sicile (il était alors à la 82nd). Ce criquet en métal est un jouet, et une commande est passée à une usine anglaise en quantités suffisantes pour en fournir aux membres de la 101st. Comme l’a immortalisé « Le Jour le Plus Long« , un « clic » doit avoir pour réponse deux « clics ».

Certains bataillons ont donc eu recours à des moyens sonores autres que le criquet pour se rassembler: un clairon au 3/506th PIR, un cor de chasse au 501st PIR, une cloche au 502nd PIR… Un brassard d’identification est également parfois en dotation: porté sur l’épaule gauche au 2/502nd PIR ou au cou au sein du 3/502nd PIR.

Recension « Utah Beach. Mardi 6 juin 1944 », éditions OREP

Christophe Prime, Utah Beach. Mardi 6 juin 1944, OREP, 2019, 128 pages

On salue ici l’initiative des éditions OREP, qui nous gratifient d’une série d’ouvrages consacrés aux sites et batailles emblématiques du Jour-J et de la bataille de Normandie. Le dernier opus est l’un des plus réussis. Les combats pour Utah Beach sont moins célébrés que ceux d’Omaha Beach, et c’est bien regrettable. Ce livre a le grand mérite de nous les faire découvrir. Il est signé Christophe Prime, historien du Mémorial de Caen, qui fait partie de ces auteurs qui comblent le vide qui est celui de nos universités en matière d’histoire militaire de la Seconde Guerre mondiale.

Fin connaisseur de la bataille de Normandie, il revient sur une bataille qu’il a déjà abordé (voir son La bataille du Cotentin). Le style, clair, précis et documenté, ravira les amateurs. L’auteur évite les poncifs, ainsi que les légendes qui n’en sont plus pour les connaisseurs (cf les fameux parachutistes suspendus au clocher de Sainte-Mère-Eglise) et sait aller à l’essentiel sans pour autant verser dans un récit rêche et sans âme : les détails et les anecdotes fourmillent (notamment sous forme d’encadrés en bas de page, tous très intéressants), ainsi que des chiffres précis et actualisés (cf les pertes à Utah Beach, l’auteur n’oubliant ni les unités rattachées à la 4th US ID, ni les unités aéroportées). De fait, Christophe Prime parvient toujours à me surprendre, alors même que j’ai multiplié les lectures sur cette campagne qui compte aussi parmi mes favorites.

L’un des atouts de ce livre réside dans son iconographie : enfin un éditeur qui nous propose de belles photographies d’époque inédites (ce qui justifie l’achat de l’ouvrage), outre les nombreux clichés de pièces d’équipements actuelles retrouvées sur le terrain, souvent très originales et rarissimes (cf aussi Traces de Guerre du même auteur). On enrage parfois à ne pas les posséder… J’ai apprécié le passage évoquant les raisons de la tenue du fameux Kriegspiel de Rennes, ainsi que l’éventualité d’un déploiement complet de la 2. Fallschirmjäger-Division dans le Cotentin. Les opérations aéroportées sont en bonne place dans l’ouvrage, et clairement explicitées. Christophe Prime a eu en outre la présence d’esprit de ne pas limiter son propos aux événements du seul 6 juin, et d’esquisser un tableau des combats menés au sud (Carentan) et au nord (Montebourg), puisque la raison d’être du débarquement sur Utah réside bien dans Cherbourg, alors même qu’il est également tout aussi impératif d’établir la jonction avec les forces débarquées sur Omaha. Quant à Utah, l’auteur nous décrit le devenir de la plage après le D-Day, l’organisation de la logistique et des unités qui y sont affectées. Il n’oublie pas non plus d’évoquer le Luftwaffe, moins absente que souvent rapporté, ainsi que la menace que représentent les mines sous-marines.

En quelque sorte spécialiste de la bataille de Normandie, j’apprécie toujours de passer un bon moment sur avec de nouvelles lectures sur le sujet, quand bien même elles sont destinées au grand public : ce type d’ouvrage correspond parfaitement à cette attente. Amateurs comme passionnés y trouveront leur compte.

 

Recension de « Bearded Brigands » de Brendan O’Carroll

 

Brendan O’Carroll, Bearded Brigands, Pen & Sword, 2003

Que découvre le lecteur dans ce livre ? D’abord un récit d’aventures, de vraies aventures. Un récit remarquable, très vivant, très instructif sur les conditions d’opérations des raiders du désert. Les photographies –nombreuses- sont également remarquables, le plus souvent inconnues et inédites par ailleurs. Le livre d’O’Carroll se distingue par un récit vivant, en fait le journal personnel que Frank Jopling, un des premiers membres du Long Range Desert Group, tenait alors qu’il était sous les drapeaux, bien que cela fusse expressément interdit. Ce faisant, il nous donne une multitude d’informations sur le fonctionnement du LRDG, sur le quotidien aussi bien en opérations (très variées, sir plusieurs années), qu’à la base (au Caire ou ailleurs), sur les différents oasis (très détaillés), sur le matériel et l’entraînement… Le récit des missions est particulièrement palpitant.

L’épopée du Long Range Desert Group, mis sur pied par Ralph Bagnold en 1940, est l’une des plus passionnantes de la guerre du désert, bien plus palpitante encore que l’odyssée (incroyable aussi) de sa cadette et consoeur, le Special Air Service créé par David Stirling au cours de l’été 1941. Les opérations menées par le LRDG sont bien plus variées que celles du SAS, ses membres, triés eux aussi sur le volet, ne sont pas des commandos, mais les aptitudes requises sont nombreuses : être sociable, avoir une bonne condition physique, posséder des connaissances en mécanique, être autonome et capable d’initiative, avoir des aptitudes à apprendre des capacités aussi nouvelles la navigation dans le désert, etc. Les péripéties sont nombreuses, aussi bien liées aux éléments et à l’environnement, qu’à l’ennemi.

Les livres consacrés au LRDG sont légions, celui-ci est -de loin- mon préféré. On appréciera Patrouilles du Désert, de Kennedy Shaw (un des compagnons d’exploration du désert de Bagnold, avant-guerre), Les Raiders. Patrouilleurs du désert d’Arthur Swinson (très illustré), ainsi que des ouvrages plus récents tels que Special Forces in the Desert War, publié par les « National Archives » (un rapport préparé après-guerre pour le War Cabinet), pour ne citer que celui-ci.On peut compléter par les trois ouvrages Osprey Publishing portant sur le sujet.

Les missions très diverses du LRDG (1940-1942)

LRDG, les Raiders du désert

 

 

 

Le LRDG, qui a assisté dans leurs missions toutes les autres unités britanniques opérant sur les arrières de l’ennemi en Afrique du Nord, est la plus célèbre des unités de raiders. Plutôt qu’à une énième redite de son histoire, intéressons-nous à la nature de ses missions et posons-nous la question de leur succès.

 

Pourquoi une telle unité fut mise sur pied et pourquoi fut-ce possible?

Lorsque l’Italie fasciste entre en guerre contre le Royaume-Uni et la France le 10 juin 1940, une sourde menace plane sur l’Egypte occupé par les Britanniques. Lord Wavell, qui occupe le poste de commandant en chef du Middle East Command, ne dispose que de ressources bien ténues pour assurer la défense de l’immense territoire placé sous son autorité. Concernant les Italiens de Libye, il importe de connaître leurs intentions: vont-ils attaquer? Si oui, le désert entre Siwa et Wadi Halfa présente-t-il des possibilités d’invasion que pourraient mettre à profit les Italiens? La question n’est pas anodine. Depuis les explorations menées dans le désert libyque dans les années 30 et la controverse quant à la possession du Gabal Uweinat et de ses puits aux confins de l’Egypte, du Soudan et de la Libye, il est évident qu’une action résolue des Italiens en poste à Koufra en direction de Wadi Halfa puis d’Assouan serait imparable. Combinée à une offensive en provenance d’Afrique Orientale, une telle éventualité serait de nature à remettre en cause la présence britannique dans cette partie du monde.

C’est un de ces explorateurs du désert, Ralph Bagnold, qui propose à Wavell la mise sur pied d’une nouvelle unité qui sera chargée de s’assurer de l’énorme flanc ouvert du désert égyptien et d’y recueillir les renseignements relatifs aux intentions des Italiens. Ce sera les Long Range Patrol Units (ou encore Long Range Desert Patrols), formées en juillet 1940, qui prennent le nom de Long Range Desert Group en novembre 1940. Outre l’obtention de renseignements, le maintien d’une activité dans les profondeurs du désert laissera penser aux Italiens que le flanc gauche anglais est assuré. La présence fortuite de Bagnold en Egypte représente une aubaine pour Wavell. Au contraire des Italiens qui comptent pourtant dans leurs rangs des navigateurs du désert tout aussi talentueux, Bagnold a tôt fait de rassembler autour de lui quelques-uns de ses fidèles compagnons d’excursions dans le désert: Bill Kennedy-Shaw, Guy Prendergast, Pat Clayton.

Bien que les Britanniques soient les champions des petites unités et des forces de commandos, le général Wavell, conscient des difficultés qui attendent Bagnold, lui rédige une note pour pallier aux inévitables tracasseries administratives qui pourraient faire obstacle à une mission jugée essentielle. Ce papier, laconique, contient les mots suivants: « A tous les responsables de départements et de services. Je souhaite que toute requête faite par le Major Bagnold en personne soit honorée sur le champ sans discussion ». Comme pour toutes les autres « armées privées » du désert, le LRDG éprouve pourtant des difficultés dans le recrutement du personnel et pour l’obtention du matériel.

Début 1941, après les premiers succès du LRDG, et devant la possible menace d’une intervention allemande depuis la Turquie ou la Syrie, le principe de la création d’unités similaires pour opérer dans les déserts syrien et africain est entériné (ce sera l’ILRS, Indian Long Range Service, constitué à partir du personnel de l’Armée des Indes mais qui sera in fine transféré du Moyen-Orient au Western Desert nord africain où il passera sous le contrôle du LRDG).

 

 

L’équipement et le matériel sont-ils adaptés?

1940. Les premiers types de Chevrolet de l’unité

Une partie des camions Chevrolet initialement utilisés sont ainsi achetés au concessionnaire Chevrolet du Caire, les autres provenant de l’armée égyptienne. Le système D permettra d’améliorer l’armement. Ainsi, des Breda de 20 mm italiens seront réutilisés par le LRDG ainsi que des mitrailleuses Vickers récupérés sur une épave d’un appareil de la RAF. La maintenance posera problème à plusieurs repris, avec les conséquences mécaniques que cela suppose. Les filtres et les pièces détachées font en effet défaut. Conscient de l’importance de la question, le Colonel Bagnold décide d’agir et, à l’automne 1941, une compagnie du RAOC est créée et rattachée au LRDG, sous le commandement du Captain Ashdown. Le maintien opérationnel des deux avions Waco, acheté par le LRDG, cause aussi des soucis puisque la RAF ne s’y intéresse pas. Pour assurer la logistique de l’unité, toujours rattachée au Middle East Command alors qu’elle est en opération loin à l’ouest du Caire, Bagnold suggère en septembre 1941 que le LRDG soit rattaché à la logistique de la 8th Army pour toutes les questions de ravitaillement et de matériel autres que ceux ayant trait à la navigation. Le matériel mis à disposition de l’unité ne cessera d’évoluer. Aux 33 Chevrolet WB 30-cwt initiaux succéderont des Ford F30 30-cwt (trop dispendieux en essence) avant de céder la place dès mars 1942 à l’emblématique Chevrolet 1533 X2 30-cwt. Plusieurs véhicules légers destinés notamment aux chefs de patrouilles, comme par exemple des voitures Ford V8, complètent la dotation: des jeeps seront finalement perçues en 1942 et même quelques automitrailleuses ainsi qu’un tank Vickers VI. Globalement, on peut souligner que bien que l’armement lourd ne fasse pas défaut, en tout cas en ce qui concerne les mitrailleuses, les véhicules ne sont pas blindés et, donc, très vulnérables. Effectuer de longs trajets ans le désert, loin de toute source de ravitaillement, suppose d’avoir à disposition un engin à la fois assez spacieux pour embarquer suffisamment d’approvisionnement, dont la consommation en carburant reste raisonnable, qui ne soit pas d’un poids excessif afin de pouvoir franchir aisément les dunes et autres obstacles et, enfin, qui soit d’une maintenance facile.

 

Les bases du LRDG

L’oasis de Siwa

Le LRDG a utilisé de nombreux oasis comme base temporaires: Jarabub Jalo, Aujila… Koufra et Siwa, plus spacieux et plus éloignés du front, furent utilisés plus longuement. La première base fut établie au Caire, notamment à la Citadelle de Saladin. Mais, dès que les Italiens eurent été repoussés jusqu’à El Agheila en février 1941, il apparaît évident que Le Caire se situe trop à l’est pour servir de base. Siwa sert de base dès avril 1941 et surtout en novembre de la même année, pour se rapprocher du QG de la 8th Army. Koufra sert de base après la prise de l’oasis par Leclerc en mars 194, et ce jusqu’en décembre de la même année (bien que la Sudan Defense Force y demeure). Jalo devient alors le nouveau QG. Siwa, redevenue la base dès février 1942, est abandonné aux Italo-Allemands en juillet 1942 avec l’avancée de Rommel jusqu’à El Alamein. Le LRDG se replie alors sur l’oasis du Fayoum.

 

Les missions de renseignement par reconnaissance lointaine

Le « road watch »

Les premières missions du LRDG (en fait le LRDP) consistent en la reconnaissance du dispositif italien dans le Sahara. Dans la mesure du possible, tout contact avec l’ennemi doit être évité. Le LRDG excelle dans ces missions de renseignements. Aussi, avec le développement de véritables unités de commandos (le SAS notamment), ses missions ont avant tout pour but d’obtenir des renseignements et de surveiller l’activité de l’ennemi. Ces missions s’effectuent très en profondeur, bien loin de la ligne de front et chaque patrouille se voit confier une immense zone d’opération. Fin juillet 1941, la patrouille T prend part à la première mission de reconnaissance de très grande envergure: son secteur de mission couvre la zone El Agheila-Marada-Zella-Hon-Bouerat. Si, à cette occasion, peu de renseignements ont été rapportés, la patrouille n’est pas détectée. En octobre 1941, réduite de 12 à 5-6 véhicules, les patrouilles sont plus difficiles à repérer et peuvent se camoufler plus aisément.

La mission de renseignement s’est traduite par ce qui a été appelé le « road watch », c’est à dire la surveillance de la route côtière, la Via Balbia. C’est à partir d’octobre 1941 que commencent ces missions visant à d’établir avec précision le trafic des véhicules ennemis en provenance de Tripoli où est acheminé l’essentiel du ravitaillement à destination de la Panzerarmee Afrika. Plusieurs secteurs ont été sélectionnés par le LRDG pour effectuer cette surveillance, notamment à proximité de « Marble Arch ». La patrouille qui est chargée d’une telle mission doit se dissimuler, le plus souvent dans un wadi, pour établir son campement: tout doit être dûment camouflé et toute trace de roues est effacée. L’observation de la route s’effectue par paire de soldats relevés toutes les 24 heures dans l’obscurité, ce qui n’est pas une mince affaire. Il faut ensuite rester étendu et immobile pendant la journée et surveiller la route. Il s’agit donc d’un travail très pénible, les sens devant être constamment en éveil pour établir un rapport exact du trafic et pour éviter d’être repéré par un ennemi parfois très proche. Deux fois par jour, un contact radio est établi avec la base du LRDG pour envoyer les rapports mais aussi pour recevoir des instructions.

 

Les « taxis » du LRDG: déposer ou récupérer des hommes ou du matériel

Les SAS avec des jeeps: plus besoin d’être convoyés par le LRDG…

Le transport de matériel pour constituer des dépôts en vue de missions futures fut l’objectif assigné à certaines missions. Le 6 novembre 1941, les 3 camions Ford d’un détachement de la patrouille S mené par le sous-lieutenant Browne quittent Koufra en direction de Jalo dans l’intention non pas d’y acheminer des commandos mais tout simplement de déposer une carte recouverte de fausses données dans le but de leurrer l’ennemi alors même que la 8th Army s’apprête à déclencher l’opération « Crusader » pour dégager Tobrouk. Le plan réussit: par la suite, on découvrit ces fausses informations reportées sur une carte italienne à Jalo. Le 29 décembre 1941, le LRDG vient en aide aux FFL de Leclerc qui s’apprêtent à opérer dans le Fezzan en apportant un poste radio (pour permettre les communications entre le QG de le 8th Army et celui des Français Libres) ainsi que 20 antitanks (des fusils antichars Boys?) à Zouar, dans le Tibesti.

Le LRDG mène également des missions de « taxis » en faveur des autres unités opérant sur les arrières ennemis. En juin 1941, la patrouille H dépose ainsi deux arabes (Libyan Arab Force ) à Gambut puis, au cours d’une autre mission, un officier et deux arabes sur les arrières de l’ennemi à Barce. C’est le 16 décembre 1941 que le LRDG, en l’occurrence la patrouille S1, mène sa première opération de taxi en faveur du SAS en acheminant 13 hommes près de Sirte. Le 17 novembre 1941, la patrouille R1 quitte Siwa pour ramener les 55 premier commandos du SAS qui vient d’être créé par le capitaine Stirling. Si seuls 21 SAS sont retrouvés et ramenés en Egypte, c’est le début d’un partenariat entre les deux unités. Parfois, une patrouille du LRDG amène des agents derrière les lignes ennemies et déposent d’autres raiders par la même occasion: c’est le cas en mars 1942 lorsque la patrouille R2, tout en emmenant avec elle des agents arabes dans le Djebel Akhdar, récupère 7 SAS comme convenu mais aussi d’autres soldats de la 8th Army et un officier de la Libyan Arab Force. Parfois, il s’agit de récupérer un pilote égaré ou encore de ramener un véhicule endommagé provisoirement abandonné.

 

Le guidage à travers le désert

Pendant l’opération « Crusader » (lancée le 18 novembre 1941), le LRDG doit patrouiller les pistes dans le secteur Bir Hacheim-El Adem-Mechili-Bir Tengeder mais aussi Jalo ainsi que le Trigh el Abd. Il doit aussi surveiller l’ennemi et transférer tout information intéressante à la Force « E », une brigade indienne et des automitrailleuses placées sous le commandement du Brigadier Reid chargé d’opérer un mouvement tournant à travers le désert depuis Jarabub. Le LRDG reconnaît à nouveau les bons passages au sud de Mersa el Brega en décembre 1942. La patrouille R1 du capitaine Browne accompagne à cet effet la fameuse 2nd New Zealand Division du général Freyberg dans son mouvement tournant visant à prendre de flanc des positions que Rommel, anticipant l’attaque adverse, a prudemment évacué. La patrouille mène donc l’avance néo-zélandaise, d’abord de concert avec la Cavalry de la division (c’est à dire son unité de reconnaissance). En mars 1943, c’est un détachement de la patrouille T2, deux jeeps et trois hommes sous le commandement du lieutenant Tinker, qui guide la division néo-zélandaise et les troupes qui lui sont rattachées dans un vaste mouvement tournant visant à contourner la « Ligne Mareth ».

 

En patrouille ou en protection en flanc-garde au profit des forces conventionnelles

Une colonne de l’Afrika-Korps: l’adversaire contre lequel il faut mener des missions de soutien au profit de la Western Desert Force puis de la 8th Army

Le LRDG n’opère donc pas que dans les profondeurs du désert pour être parfois associé aux grandes batailles menées à proximité de la côte. Les combats s’apparentent alors à ceux de formations conventionnelles. C’est ainsi que, durant l’opération « Crusader », des patrouilles soutiennent directement les opérations de la 8th Army en attaquant des convois de ravitaillement germano-italiens (comme le font les unités de reconnaissance ou encore les « Jocks Columns »). En fait, des hommes du LRDG sont en première ligne dès la première offensive de Rommel de mars-avril 1941. Le A Squadron (patrouilles G et Y) du Major Mitford est basé à Jalo et doit surveiller l’activité des Allemands basés à Marada (l’oasis est prise par une colonne allemande), tout en évaluant la praticabilité du terrain. La patrouille G du capitaine Crichton-Stuart, encerclée, est cependant obligée d’abandonner tous ses véhicules dans l’oasis d’Augila, faute d’essence. Les 2-3 avril, le LRDG est dans le secteur de Msus alors que les colonnes de Rommel se rapprochent. Les hommes de Mitford surveillent en effet le Trigh-el-Abd. Ils parviennent à Mechili le 6 avril au moment même où une unité italienne tente un premier assaut. Si les raiders parviennent à s’emparer d’un canon italien, ils sont finalement repoussés par des blindés. Le lendemain, des camions allemands sont mis en fuite et les premiers soldats de l’Afrika Korps sont capturés. En mai 1941, pendant l’opération « Brevity », la patrouille est à nouveau utilisée comme unité de reconnaissance « classique » aux côtés du 11th Hussars au nord de Fort Madalena au cours de l’attaque sur Solloum: tombé sur un fort parti de véhicules blindés allemand à Bir Sheferzen le 14 mai 1941, la patrouille ne parvient qu’à sauver que 3 véhicules à l’issue d’une course-poursuite dans le désert sur des dizaines de kilomètres à 80 km/h… En décembre 1941, alors que le 11th Hussars avance en tête, le LRDG opère en flanc-garde des unités britanniques (notamment la « Marriott Force ») tentant de couper la retraite ennemie (à travers le Djebel Akhdar) par le désert jusqu’à Antelat, dans la vain espoir de rééditer l’exploit de Beda Fomm en février de la même année. Les attaques furtives qui sont appréciées par le LRDG ne sont pas possible: les attaques de convois ne sont pas possibles dans un secteur aussi encombré de soldats raisonne le capitaine Easonsmith (patrouille R1).

Un an plus tard, en décembre 1942, c’est avec les FFL de Leclerc remontant vers la Tripolitaine depuis le Fezzan que le LRDG doit coopérer (en premier lieu la patrouille S2 du lieutenant Henry puis une patrouille de l’ILRS menée par le capitaine Cantlay), moins pour leur fournir des guides comme le prétendent certains Britanniques, que pour donner le maximum de renseignement aux Français tout en leur fournissant un soutien bienvenu, étant entendu que les forces de Leclerc restent relativement modestes et mal équipées. Les hommes du LRDG, spécialistes de la conduite dans le désert, se plaignent d’ailleurs de l’inexpérience des chauffeurs français. L’avance s’effectue d’oasis en oasis sous les attaques des avions italiens et de leurs unités motorisées sahariennes mais la coopération franco-britannique fonctionne au mieux.

 

Les raids

A l’instar du SAS, le LRDG a aussi mené des raids

En juillet 1941, la patrouille G, alors en opération dans la Djebel Akhdar, s’attaque ainsi à un aérodrome. Mais c’est en juillet 1942, alors que Rommel et Auchinleck disputent la première et décisive bataille d’El Alamein que plusieurs patrouilles (G1,Y2) interviennent au plus près du front. Il s’agit de semer le chaos dans la logistique adverse, le talon d’Achille de la Panzerarmee Afrika arrivée à de 2 500 kilomètres de Tripoli. L’objectif des raiders sont les colonnes de camions et, surtout, leur contenu: carburant, munitions, ravitaillement de toutes sortes… De concert avec le SAS, le LRDG (les patrouilles susnommées plus la G2) s’en prend au même moment aux aérodromes de Fouka et de Mersa Matrouh (30 avions y auraient été détruits), à peine occupés par les forces aériennes de l’Axe. Le 29 novembre 1941, la patrouille Y2 du capitaine Lloyd-Owen parvient à s’emparer d’un fort, certes modeste, près d’El Ezzeiat dans le Djebel Akhdar. Parvenus à 200 mètres du fortin, les camions du LRDG subissent les tirs des défenseurs. Lloyd-Owen envoie donc ses hommes à l’attaque à pied. Après un premier refus, la garnison rend les armes: 2 tués et 12 prisonniers chez les Italiens. Les Britanniques s’en retournent après avoir pris ou détruits tout le matériel d’importance: documents, armes, munitions… La participation à des raids d’envergure se limite toutefois à deux cas: Mourzouk en 1940 et Barce en septembre 1942 (l’opération « Caravan »). Dès novembre 1940, il est décidé d’opérer en coordination avec les Forces Françaises Libres du Tchad.

 

L’attaque de Mourzouk

            Le 11 janvier 1941, les patrouilles T et G embarquant avec elles quelques Français libres, dont le lieutenant-colonel d’Ornano, parviennent à l’oasis de Mourzouk, après avoir parcouru 2 200 kilomètres depuis Le Caire sans que les Italiens, dépouillés de leurs unités motorisées dans le Sahara à l’exception d’une compagnie à Koufra, n’aient été en mesure de les repérer. Si l’attaque sur l’aérodrome et ses hangars est un succès, les raiders qui mènent l’assaut sur le fort de Mourzouk ne peuvent s’en emparer malgré l’utilisation de leur Bofors de 37 mm et de deux mortiers de 2 inches. Le LRDG est trop faiblement équipé pour mener ce genre d’attaque, ce qui est confirmé aux villages d’Um el Araneb et d’El Gatrun où de petites garnisons parviennent à repousser les Britanniques. Quelques jours plus tard, alors en mission de repérage sur la route de Koufra, la patrouille T est décelée par un avion de reconnaissance italien puis surprise dans une embuscade monté par des éléments de la Compagna Sahariana (40 hommes et 5 véhicules) au djebel Sherif: 3 Chevrolets sur les 11 sont incendiés, les 9 autres devant leur survie à leur rapidité. Le LRDG semble décidément mal adapté au combat.

 

Les attaques d’opportunité

Un armement puissant permettant des attaques dévastatrices

Bien que n’ayant pas à proprement parler vocation à être des unités combattantes, les patrouilles du LRDG ont mené des attaques à de nombreuses reprises au cours de leurs missions. Ainsi, des positions ou des véhicules isolés de l’Axe, ou encore des convois ou tout type d’installations militaires italo-allemandes (notamment des dépôts de carburant) ont pu être la proie des raiders du LRDG. Ceux-ci, évoluant dans des véhicules peu blindés, marquent leur préférence pour le sabotage, la mise en place de mines ou encore l’embuscade. Remonter une colonne ennemie en faisant feu de toutes ses armes est une pratique opérée par le LRDG, à condition de ne pas être confronté à des engins blindés. Harasser l’ennemi et lui laisser un sentiment d’insécurité. Le 23 octobre 1941, la patrouille R du capitaine Easonsmith incendie quelques camions après qu’Easonsmith ait en personne fait signe à la colonne de stopper et bien failli y laisser sa vie lorsque le chauffeur du premier véhicule réussit à saisir sa mitraillette Thompson en bondissant hors de l’engin avant de s’évanouir dans la nuit… Le 26 novembre 1941, près d’Abier-el-Aleima, la patrouille Y1 tombe par hasard sur un parc d’une trentaine de camions et parvient à en détruire la moitié avant de s’éclipser.

 

L’embuscade-type
            Causer des pertes, susciter un sentiment d’insécurité, obtenir des renseignements: les raisons pour monter une embuscade sont multiples. Lorsqu’une patrouille du LRDG en prépare une sur une route qu’elle sait empruntée, elle positionne ses camions de façon à ce que l’avant soit à l’opposé de la route, permettant ainsi la fuite dans le désert en cas de difficulté. L’idéal est de se placer à portée de grenade et de mettre à profit buissons, wadis et filets de camouflage pour se dissimuler, étant entendu que l’embuscade aura avantage à être menée de nuit. Une attaque menée depuis un virage aura l’intérêt de frapper l’ennemi de face et sur les flancs, une configuration qui a la faveur du LRDG. Le groupe d’assaut mitraille l’ennemi par le côté avant de foncer à pied sur les épaves des engins adverses sous le couvert des autres véhicules (dont les armes les plus lourdes) en position de soutien sur les deux ailes au cas où un nouvel adversaire se présenterait.

Plan-type d’une embuscade : le groupe d’assaut
Plan-type d’une embuscade : le groupe d’assaut et le groupe de soutien assurent des tirs de face et de flancs sur la colonne ennemie.
             Une fois le combat est terminé, la patrouille doit rapidement quitter le lieu de l’action afin d’éviter d’être interceptée par plus fort parti. Auparavant, avant de miner le terrain dans la direction prise la patrouille, les soldats du LRDG auront pris soin de fouiller les véhicules détruits avec l’espoir de mettre la main sur des documents importants (y compris les fréquences radio). Ce genre d’attaque a été mené par les patrouilles S2 et R2 dans le Djebel Akhdar le 29 novembre 1941. Une première embuscade détruit 2 camions avant que les raiders suivent la route et y anéantissent 4 autres véhicules. Se repositionnant en embuscade, les soldats du LRDG surprennent un autre convoi et détruisent deux camions et leurs remorques ainsi qu’un camion-citerne.

 

Découvrir des passages pour l’armée

Le terrain est-il praticable pour les unités de la 8th Army? C’est une des missions du LRDG. En fait, dès l’époque de la Western Desert Force, on cherche à évaluer la qualité du terrain: le sol est-il trop sableux? Est-il trop dangereux pour les pneus? Le LRDG doit aussi trouver ses propres passages (ainsi Bagnold trouvera une solution dans les dunes de sables de la Mer de Sable Occidental). En décembre 1942, après les combats pour Mersa el Brega, la patrouille R1 doit évaluer le terrain dans les secteurs du wadi Tamet, du wadi el Chebir et du wadi Zem Zem, c’est à dire entre Sirte et Bouerat. Peu après, le LRDG est envoyé en reconnaissance sur la frontière tunisienne. C’est au cours de ces pérégrinations qu’une information capitale est fournie à Montgomery: il est possible de contourner les défenses de la « Ligne Mareth » au-delà des monts Matmata par la trouée de Tegaba en direction de Gabès. Une opération qui n’est pas sans danger: en janvier 1943, l’aviation ennemie repère un campement et anéantie une jeep et six Chevrolets de la patrouille T2 et des hommes de peniakoff (Popski’s Private Army). Pour s’assurer de la praticabilité du terrain par des blindés, la ptrouille Y2 emmène avec elle le lieutenant Bristowe de la 7th Armoured Division. De son côté, la patrouille G du lieutenant Bruce établit clairement que le secteur au sud du Chott el Djerid (lac salé) est impassable: les Chevrolets ont eux-mêmes eu bien des ennuis mécaniques et c’est vraiment de façon exceptionnelle qu’il a pu couvrir toute la région. Par ailleurs, aucune piste indiquée sur les cartes françaises n’est visible: tout a té effacé depuis longtemps par le vent du désert…

 

 

Des difficultés pour les patrouilles du LRDG

« Sur le sable mou »…

Le LRDG n’a parfois pas toujours été en mesure de mener à bien ses missions. Ainsi, le manque de protection offert par ses camions, bien que très bien armés, empêche les raiders de participer à des combats soutenus. L’embuscade ou l’attaque soudaine suivie d’une esquive immédiate sont préférables. C’est ce qui ressort de l’affaire de Sheferzen en 1941 où une patrouille du LRDG, placée en flanc garde de la Western Desert Force subit de lourdes pertes en camions du fait de leur vulnérabilité. Il ne faut plus chercher le combat, ne plus se faire voir, mais chercher avant tout le renseignement, voire capturer des prisonniers (un retour à un rôle plus offensif sera toutefois opéré à partir de « Crusader » en novembre 1941). Un autre écueil survient au cours de la première surveillance de la route près de. Les hommes ne sont en effet pas assez entraînés pour reconnaître le matériel ennemi et donner des renseignements précis. Ce problème sera réglé par la suite et les missions d’observations de la Via Balbia seront de la plus haute importance pour la 8th Army et seront parmi les contributions les plus importantes du LRDG dans la guerre du désert. Le repérage de terrain d’atterrissage et les missions topographiques ont parfois été imprécis faute d’avoir emporté un théodolite, erreur qui ne se répétera pas souvent. La dissimulation au regard de l’aviation ennemie exige aussi d’adopter de petites formations, d’où la réorganisation d’octobre-novembre 1941 puisque auparavant, une patrouille comptait un camion de 15 cwt et 10 camions de 30 cwt. Elles compteront désormais 6 camions chacune, chaque ancienne patrouille se dédoublant, la patrouille G formant ainsi les patrouilles G1 et G2.

Convenir d’un rendez-vous et établir la liaison n’est pas chose aisée dans les immensités désertiques. Ainsi, en avril 1941, la patrouille G est envoyée en reconnaissance dans le secteur de Marada avant de se diriger vers l’oasis d’Aujila où elle a rendez-vous avec le reste du A Squadron. Pourtant, aucune autre patrouille n’y parviendra et aucune liaison radio ne pourra être établie.

Les hommes souffrent aussi. La malaria sévit à Siwa, des hommes tombent malades sous l’effet de l’insolation. Les pertes sont parfois telles que, au printemps 1941, la patrouille Y se retrouve sans officier, obligée de ce fait à s’en tenir à un rôle de garnison. Une difficulté non prévue survient en janvier 1942 lorsque, dépourvus de moyens de transport, 10 hommes du LRDG et du SAS sont contraints de rejoindre leurs lignes à pied. Ces hommes, accoutumés au transport en camions, éprouvent les pires difficultés à marcher sur des longues distances avec des chausses inadaptées : brodequins, chaussures légères et même sandales…

La nature elle-même cause bien des difficultés. Le 20 avril 1941, la patrouille G, en route pour surveiller la piste de Gardaba, est ainsi immobilisée par une tempête de sable particulièrement virulente. Dans un autre cas, le 1er août 1941, la patrouille T est contrainte d’effectuer un long détour pour éviter une zone de dépressions couvertes de dunes. Lorsque le sol est poudreux, l’empreinte des véhicules est particulièrement bien apparente, un danger certain en cas de survol du secteur par un appareil ennemi. A plusieurs reprises, des crevaisons de pneus retarderont la progression du LRDG.

 

Mission accomplie?

Les raids contre les bases ennemies ont entretenu un climat d’insécurité

De décembre 1940 à avril 1943, il ne s’est pas passé plus de 15 jours sans que des éléments du LRDG ne soient en action. Toutefois, les pertes infligées à l’ennemi semblent limitées au regard des pertes totales subies par les Italo-Allemands en Afrique. Le LRDG, comme d’autres unités opérant sur les arrières de l’Axe, ont certes obligé la diversion de forces du front principal, mais cela reste difficile à quantifier étant entendu que les bases, aérodromes, camps et dépôts ennemis auraient de toute façon reçu le bénéfice d’une protection. Le LRDG fut-il à cet égard plus menaçant que le SAS? Rommel lui-même semble confondre les deux unités. Il reste que des documents capturés aux Allemands indiquent clairement que les victimes du LRDG ont surestimé les effectifs de leurs adversaires et ont éprouvé beaucoup de craintes pour la sécurité de leurs lignes de communications. En mars-mai1942, avant la bataille de Gazala, on dénombre 20 bataillons d’infanterie, trois régiments d’artillerie, des automitrailleuses et des tanks entre Derna et El Agheila. Pourtant, le LRDG et le SAS semblent y opérer en toute impunité. Certes, les Compagnie Sahariane sont au Fezzan, face à la menace des FFL, des forces britanniques au Soudan et également du LRDG. Par ailleurs, l’importance des effectifs de l’Axe s’explique aussi par la relative proximité de la ligne de front (à Gazala).

Les plus grands succès du LRDG sont sans conteste ceux ayant trait à la recherche de renseignements sur l’adversaire et sur la praticabilité du terrain. Les renseignements obtenus étaient précis et ont aidé le GQG du Caire à planifier ses opérations tout en ayant la vision la plus exacte possible des intentions et des mouvements de l’ennemi. Toutefois, ces rapports ne font que s’ajouter ou simplement confirmer les données obtenues par ULTRA, la reconnaissance aérienne, les services d’écoute ou encore les patrouilles menées par des forces plus conventionnelles de la 8th Army. Il fallait être capable de renvoyer les informations au QG (grâce à la radio) et que celui-ci soit à même de les traiter à temps. Si ces missions menées par le LRDG étaient essentielles, il est difficile de quantifier leur importance réelle comparativement aux autres sources de renseignements. Le LRDG a été également efficace pour l’évaluation de la qualité du terrain et la recherche de passage. Il a indubitablement réussi aussi dans sa tâche de taxi pour d’autres unités opérant sur les arrières des forces de l’Axe.

La lecture des lettres du pays: moment de détente pour des hommes d’une trempe exceptionnelle

Par ailleurs, les pertes essuyées par le LRDG en hommes et en véhicules ont parfois été sévères pour certaines patrouilles mais se limitent au final à quelques dizaines d’hommes. Comme pour les SAS, les résultats obtenus dépassent largement l’effort militaire consenti par l’armée britannique. Au final, on peut conclure que a formidable épopée du LRDG est une réussite et un choix judicieux du général Wavell. L’unité se devait d’être mise sur pied, ne serait-ce qu’au cas où les Italiens auraient tiré davantage profit de leurs garnisons dans le désert pour menacer l’Egypte dès l’été 1940. Sans le LRDG, le SAS, non encore doté de ses fameuses jeeps après le fiasco de son premier parachutage, ni aucune autre unité de commandos ou d’espions n’aurait pu voir le jour ni mener des opérations derrière les lignes de l’armée de Rommel. L’existence même du LRDG, pourtant avant tout unité de renseignement, a permis la pérennité de toutes ces formations.

 

 

Bibliographie indicative

Gordon John W., The Other Desert War: British Special Forces in North Africa, 1940-1943, Greenwood Press, 1987

Kennedy-Shaw W.B., Patrouilles du Désert, Berger-Levrault, 1948 : un récit vivant d’un des premiers raiders

O’Carroll Brendan, Bearded Brigands: the legendary Long Range Desert Group in the diaries & photographs of trooper Frank Jopling, 2003: probablement le meilleur ouvrage sur le sujet.

Swinson Arthur, Les Raiders, patrouilleurs du désert, Marabout, 1971. Un récit clair qui est une bonne introduction au sujet.

Winter H.W., Special Forces in the Desert War, 1940-43, The National Archives, 2001 (lire aussi l’histoire officielle néo-zélandaise sur le LRDG) écrit à l’origine pour la section historique du War Cabinet, fourmille de données et de détails à partir des archives du LRDG.

 

Les ouvrages des éditions Osprey, pas toujours réussis, sont toutefois de qualité pour le LRDG, en particulier les deux premiers cités:

Molinari Andrea, Desert Raiders: Axis and Allied Special Forces 1940-43, Battle Ordrers n°23, Osprey, 2007

Moreman Tim, Long Range Desert Group Patrolman, Warrior n°148, Osprey, 2010

Jenner Robin et List David, The Long Range Desert Group, New Vanguard n°32, Osprey, 1999

internet:

www.lrdg.org

www.lrdg.de/main.htm