Campagne de Pologne 1939 (2)

LA BATAILLE DE LA BZURA

Troupes polonaises lors de la bataille de la Bzura

Les armées de Poznan  et de Pomorze disposent de moyens encore importants au 12 septembre car elles n’ont pas subi tout le poids de l’offensive de la Wehrmacht. Leur valeur militaire est conséquente et elles vont amplement le prouver. C’est dans le triangle Varsovie-Lodz-Wloclaweck que ces armées vont trouver leur fin, non sans avoir démérité et mis à mal des unités de la Wehrmacht au cours de la bataille de la Bzura, d’après le nom d’un affluent de la Vistule. En revanche, à cette date, l’armée Modlin a virtuellement cessé d’exister en tant qu’armée constituée, seuls des éléments épars et très diminués continuant le combat. L’armée Pomorze dispose de trois divisions d’infanterie, les 4ème, 15ème et 16ème, et d’une brigade de cavalerie, la brigade « Grande Pologne ». L’armée Poznan  dispose quant à elle des restes des brigades de cavalerie « Podolie » et « Pomorze » et de trois divisions d’infanterie, les 25ème, 17ème et 14ème. Le haut-commandement polonais décide de frapper au sud de la Bzura le flanc allemand qui s’avance dangereusement vers Varsovie. Le maréchal Rydz-Smigly accède ainsi à la requête de son subordonné, le général Kutrzeba. Le plan envisage de lancer l’armée Poznan vers le sud-est en direction de Strykow tandis que l’armée Pomorze, en soutien sur l’aile gauche, s’efforcera d’attaquer vers Skierniewice, de part et d’autre de Lowicz. La tâche d’éliminer ces forces a été confiée par von Rundstedt à la 8.Armee de Blaskowitz de concert avec les divisions de la 4.Armee opérant depuis le nord de la poche. Les événements vont prouver que ces forces sont insuffisantes pour mener à bien cette mission.

L’armée polonaise lance sa plus grande contre-attaque sur la Bzura

L’attaque polonaise prend les Allemands totalement au dépourvu. L’armée Poznan passe à l’attaque le 9 septembre, à la grande surprise des Allemands qui ne s’y attendent pas. La 30.Infanterie-Division reçoit le choc de l’assaut et est anéantie sur ses positions. Le lendemain, trois divisions de la 10.Armee de von Reichenau sont enfin détachées pour faire face à la pression polonaise et porter assistance à la 8.Armee qui est assaillie. Cependant, l’armée de Lodz s’effondre face à Varsovie et Kutrzeba comprend alors qu’il est en danger d’encerclement s’il persiste à maintenir son axe d’attaque. Il réoriente donc celui-ci vers l’est, en direction de Varsovie à partir du 12 septembre. Ces mouvements sont assurés sous la protection de deux divisions de l’armée Pomorze qui réussissent à repousser deux des divisions de renfort envoyées par la 10.Armee.

 

 

            Le 12 au soir, Blaskowitz a positionné son 11.Armee-Korps sur la ligne Sochaczew-Lowicz, cependant qu’au sud-ouest le 10.Armee-Korps contient difficilement la poussée polonaise. Blaskowitz lui envoie une division à Poddebice pour le soutenir et von Rundstedt intervient en personne, comprenant l’urgence de renforcer Blaskowitz. Il insiste pour que la 10.Armee de Reichenau s’implique davantage dans la bataille. L’OKH intervient à son tour, manifestant notamment sa volonté de faire intervenir le 16.Armee-Korps (mot) qui est ainsi détourné de son objectif initial. Rundstedt ordonne d’en terminer au plus vite en lançant une offensive dans tous les secteurs. Tandis que les 10. et 13.Armee-Korps contiennent l’ennemi sur la Bzura et sur le Ner, la 19.Infanterie-Division du 11.Armee-Korps prend position entre Sochaczew et Lowicz, soutenue par la 4.Panzer-Division. L’évolution de la situation sur la Bzura est telle que la Wehrmacht interrompt ses efforts vers Varsovie, guère couronnés de succès.

 

Au cours de l’après-midi du 13 septembre, les 10. et 13.Armee-Korps refoulent les Polonais entre Lowicz et Parzcezew tandis que la 213.infanterie-Division s’avance depuis Poddebice jusqu’à Aleksandrow. Pour compléter l’encerclement au nord, Blaskowitz fait intervenir d’est en ouest le 3.Armee-Korps, mis à sa disposition par la 4.Armee. Ce dernier se heurte à une vive résistance au sud de Plock de la part des Polonais, notamment ceux de la 5ème division, et aucune tête de pont significative n’est établie sur la Vistule. Si les Polonais n’ont plus l’initiative qu’ils se sont arrogés les premiers jours, ils gardent le ferme espoir de réaliser la percée en direction de Varsovie. Or, tous les espoirs s’évanouissent le 14 septembre lorsque les reconnaissances aériennes rendent compte du déploiement de forces blindées et motorisées allemandes qui se dirigent vers l’ouest entre Varsovie et la Bzura. Trois corps de la Wehrmacht se pressent en effet dans le secteur (11., 13. et 16.Armee-Korps). Les Polonais, sur le point de renouveler leur effort vers l’est, sont donc contraints de se retirer sur la Bzura.

 

Les Allemands n’ont pourtant pas encore remporté la partie qui s’avère extémement disputée. Les assauts du 15 septembre n’apportent que des déconvenues face à la farouche résistance des Polonais. L’attaque menée par les trois corps de la 8.Armee entre Lowicz et Leczyca n’obtient aucun succès notable. Il en va de même dans le secteur de Kutno où le 3.Armee-Korps de la 4.Armee ne réussit pas à emporter la décision. La 3.Infanterie-Division est refoulée par les Polonais débouchant de la tête de pont de Plock. L’échec est aussi au rendez-vous dans le secteur d’attaque du 16.Panzerkorps, renforcée par la division SS « Leibstandarte Adolf Hitler », à partir de la tête de pont de Gora Kalwarja. L’appui des appareils de la 4.Luftflotte n’y change rien. Bien plus, les Polonais organisent des contre-attaques déstabilisantes : le 11.Armee-Korps est ainsi contraint de se mettre sur la défensive et n’arrête ses adversaires qu’après de terribles combats.

 Bousculée dans un premier temps, la Wehrmacht réagit avec puissance

Résolu à en finir avec un adversaire qui se révèle décidément beaucoup plus coriace que prévu, von Rundstedt pousse von Reichenau à prendre personnellement la direction des opérations à l’est de la poche en employant le 16.Armee-Korps (mot) et le 11.Armee-Korps tandis que Blaskowitz mène l’attaque à l’ouest. Face à l’impossibilité de poser des câbles de téléphone, une bataille est dirigée, pour la première fois de l’histoire, exclusivement par radio depuis le quartier-général de von Reichenau, établi pour la circonstance à Glughow. Le 15 septembre, au nord de la poche, le 3.Armee-Korps est toujours tenu en échec à 10 kilomètres de Kutno. A l’ouest, Blaskowitz parvint à établir une tête de pont de 10 kilomètres de profondeur à Leczyca. De son côté, la Luftwaffe se concentre sur tous les points de franchissement sur la Vistule jusqu’à Modlin en raison d’indices de préparatifs d’une contre-attaque polonaise dans la région de Wyszgorod.

L’attaque finale est déclenchée le 16 septembre. La 4.Panzerdivision franchit la Bzura à Sochaczew tandis que les divisions légères et motorisées du 15.Armee-Korps marquent le pas, la 29.Motorisierte-Division étant encore à Radom ! La situation évolue cependant rapidement dès que la 8.Armee réussit à percer sur une largeur de 9 kilomètres dans le secteur du 13.Armee-Korps, permettant la prise de Kutno par les fantassins de la 208.Infanterie-Division. Au nord, le front polonais cède et les Allemands atteignent Gabin. Le lendemain, la 8.Armee progresse rapidement en annihilant les poches de résistance polonaise établies dans les forêts entre la Vistule et la Bzura. De son côté, la 10.Armee avance également de façon inexorable vers Ruski. L’arrivée du 15.Armee-Korps précipite la fin de la bataille et le nettoyage de la poche. Le 18, les Polonais commencent à se rendre en masse. Les quelques unités qui réussissent à s’extirper de la nasse ont perdu leur armement lourd. Tandis que quelques éléments de l’armée Modlin et des éléments importants des 15ème et 24ème divisions refluent vers la capitale dont ils renforcent les défenseurs, les restes de l’armée Poznan sont décimés par la Luftwaffe avant d’atteindre Varsovie.

      

La défaite polonaise est consommée

Le 19 septembre, le champ de bataille est nettoyé, libérant trois armées allemandes pour la bataille de Varsovie. Pendant près d’une semaine, la bataille a revêtu un caractère statique, à l’opposé de ce que souhaitait le haut-commandement allemand. La campagne de Pologne n’a donc pas été toujours pour les Allemands une promenade militaire, loin s’en faut. Les Polonais se sont comportés de façon héroïque dans des conditions désespérées. Les armées de Poznan et de Pomorze ont réussi à tenir la Wehrmacht en échec pendant une semaine et elles ont fixé dans leur secteur pas moins de 29 divisions allemandes, retardant du même coup la chute de la capitale, Varsovie.

Après la défaite de la Bzura, la lutte est vaine : la capitulation est inévitable…

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