Campagne Tunisie/Tunisian Campaign (1) Mareth

 

 Face au système défensif de la ligne « Mareth » et en raison du caractère accidenté des monts Matmata, l’infanterie tient un rôle prépondérant.

Les forces de l’Axe se retrouvent dans une situation délicate après l’échec stratégique de la bataille de Kasserine. Mais, sur le front de la 1ère Armée Italienne, elles ont la possibilité de se défendre sur des positions solides, s’articulant sur la ligne « Mareth ». Rommel veut porter la ligne d’arrêt plus au nord, au niveau de l’Oued Akarit, une position encore plus facile à défendre car l’espace de manœuvre se limite à 20 kilomètres, entre la mer et les chotts, ces lacs salés infranchissables pour les blindés. Toutefois, le Commando Supremo impose à Rommel puis à Messe de combattre sur la ligne « Mareth », afin de bénéficier des défenses édifiées par les Français dans les années 1930. Cette ligne de fortifications, un peu abusivement surnommée « la ligne Maginot du désert », s’étend de la mer aux monts Matmata et ne comporte en fait qu’un nombre limité de casemates et de points d’appuis bétonnés. Le dispositif est donc modeste et de faible profondeur, d’autant plus que la commission d’Armistice italienne avait exigé la destruction de certains obstacles. Par ailleurs, un assaillant peut déborder la ligne par le sud. Les Italiens ne ménagent cependant pas leurs efforts pour renforcer le dispositif de défenses existant. C’est ainsi qu’au mois de mars 23 kilomètres de fossés antichars ont été achevés, 6 kilomètres d’aménagements des rives des oueds sur les 7 prévus ont été exécutés, 58 kilomètres de barbelés ont été mis en place et 50 autres kilomètres sont en cours d’achèvement, 50 000 mines antichars ont été distribuées et 27 000 posées, 35 000 mines antipersonnelles ont été distribuées et 18 200 posées. La ligne « Mareth » est donc devenue un dispositif défensif nettement plus conséquent et ne pourra être enlevée qu’à la suite d’un assaut en règle. Lorsque la 8th Army parvient face aux positions germano-italiennes, les lignes de communications britanniques sont très étirées, Tripoli n’étant réouvert au trafic que le 1er février. Le 15 février, Monty s’empare de Médenine. Après avoir repoussé l’ultime offensive de Rommel, Montgomery se prépare à l’assaut de la ligne « Mareth ». L’opération est baptisée « Pugilist Gallop ». Le plan prévoit une attaque frontale du 30th Corps de Leese en vue d’aménager une brèche pour une exploitation des blindés du 10th Corps d’Horrocks. Pendant ce temps, le corps d’armée de Freyberg effectuera un vaste mouvement d’enveloppement en direction d’El Hamma afin de prendre Messe à revers. Monty dispose de 160 000 hommes, 610 chars et 1 410 pièces d’artillerie et il bénéficie en outre d’une nette supériorité aérienne puisque la Western Desert Force aligne 800 avions face à seulement 120 appareils de l’Axe. Pour défendre la ligne « Mareth », l’armée de Messe aligne 80 000 hommes, 150 chars et 640 canons. Monty dispose donc d’une supériorité numérique de deux contre un en hommes et de quatre contre un en blindés.

 Les Valentine sont à la peine au cours de l’opération « Pugilist Gallop »

La préparation d’artillerie britannique débute le 16 mars à 20h30. Elle s’avère en fait inefficace. L’assaut de l’infanterie débute à 23h. La 50th Northumberland Division et la 201th Guards Brigade se ruent sur les positions de la division Giovanni Fascisti du général Sozzani et de la 90.Leichte-Division du général von Sponeck. Les rives de l’oued Zigzaou sont franchies à l’aide de fascines et d’échelle, dans la meilleure tradition médiévale. Des têtes de pont sont établies mais au prix de lourdes pertes, notamment en raison de la densité des champs de mines. En outre, il s’avère impossible de consolider les acquis. Les Britanniques ont perdu 38 officiers et 500 hommes. Le 17 à l’aube, la bataille gagne les secteurs des divisions « Spezia » du général Pizzolato et « Trieste » du général La Ferla. C’est un nouvel échec pour les Britanniques : le front de la ligne Mareth reste solide. La pluie empêche les opérations le 19 mars mais, dans la nuit, la 50th ID renouvelle ses assauts, soutenue par les « Valentine » de la 23rd Armoured Brigade. Ces derniers se trouvent dans l’incapacité de franchir le fossé antichar et les Britanniques échouent donc une nouvelle fois. Dans la journée du 21, le génie du 30th Corps parvient néanmoins à préparer des passages pour les blindés. 42 « Valentines » rejoignent donc la tête de pont avant qu’un effondrement des berges ne bloque le passage. Sa puissance de feu ainsi considérablement renforcée, la 50th ID écrase le 8ème bataillon de Bersaglieri . C’est sans compter sur Messe qui fait intervenir la 15.Panzer-Division qui parvient à résorber la tête de pont de l’oued Zigzaou. L’échec est donc complet.

 L’intervention de la Desert Air Force sera décisive, innovant une pratique d’appui tactique direct

La manœuvre de contournement de Freyberg, qui engage la Force L de Leclerc et la 2nd New-Zealand Divsion, soit 27 000 hommes et 200 chars, s’avance dans la trouée d’El Hamma et se heurte au Groupement Saharien du général Mannerini, qui est alors renforcé par la 164.Leichte-Division de von Liebenstein, obligeant ainsi la division « Pistoia » a allonger son front sur la ligne « Mareth » pour occuper les positions allemandes. Messe renforce ensuite le secteur d’El Hamma en déplaçant la 21.Panzer-Division qui stoppe Freyberg alors que celui-ci vient d’écraser les unités sahariennes. Le 23 mars, il apparaît que la manœuvre de Freyberg est elle aussi vouée à l’échec.

  

Le 2th US Corps de Patton est lui aussi mis en difficulté, à Maknassy et à El Guettar

Pendant ce temps, les Américains du 2th US Corps de Patton sont loin d’être inactifs et procèdent à des attaques avec celles des Britanniques, à la demande express d’Alexander, en vue de s’emparer de Maknassy. En dépit de la pluie, la 1st ID du général Allen et la 1st Armored Division de Ward s’emparent de Gafsa en repoussant sans difficultés les unités de reconnaissance et poussent ensuite leur avance vers El Guettar, où est positionnée la division blindée « Centauro » du général Calvi di Bergolo. Le 21 mars, Ward s’empare de Sened. Le 22 mars, les Américains sont repoussés à l’est de Maknassy au Djebel Naemia, hâtivement mis en défense par une poignée de combattants germano-italiens, renforcés par 80 hommes d’élite, anciens membres de la garde personnelle de Rommel. Le 23 mars, la colline n’est toujours pas prise tandis que le djebel voisin est reconquis en partie par les Germano-italiens. Le nouvel assaut américain échoue : 3 000 GI sont tenus en échec par 270 Italiens et 80 Allemands ! Ward, envoyé en première ligne par Patton, est blessé en menant ses hommes à l’attaque. Le 25 mars, un nouvel assaut est repoussé de justesse. Entre-temps, von Arnim dépêche la 10.Panzer-Division pour renforcer la « Centauro ». Montgomery, préparant un nouvel assaut qu’il espère décisif, fait alors appel à Patton pour que celui-ci intervienne à nouveau dans la région de Gabès. Le 23 mars, les Allemands devancent les deux chefs en lançant la 10.Panzer-Division contre la 1st ID à El Guettar. Les premiers succès allemands liassent craindre un instant une répétition de la défaite de Sidi-bou-Zid : deux bataillons d’artillerie et de nombreuses unités d’infanterie sont bousculées par les Panzer. C’est alors qu’une erreur providentielle fait basculer le sort de la bataille en faveur des Américains. Les Panzer s’engouffrent en effet dans un champ de mines couvert par les feux de l’artillerie et des tanks destroyers dont les tirs détruisent 38 blindés allemands. Alexander félicite Patton pour la prestation de ses hommes et lui demande de lancer une nouvelle attaque en direction de Gabès le 28 pour soulager Monty. Trois divisions d’infanterie américaines (1st, 9th et 34th) sont engagées avec la 1st Armored Division. La percée n’est pas réalisée, d’autant plus que la 21.Panzer-division a rejoint le secteur, dont les positions antichars détruisent 15 blindés américains en quelques minutes. Les raids aériens de la Luftwaffe achèvent de rendre la tentative américaine infructueuse. Le 31 mars, Patton, qui fulmine de rage devant l’absence de progrès, note dans ses carnets : « Téléphoné à Ward de monter une attaque et d’admettre jusqu’à 25% de pertes. Nos hommes, et en particulier la 1st Armored Division, ne veulent pas se battre. C’est écoeurant…Je sais que c’est dur en admettant un tel taux de pertes mais il le faut. On ne gagne les guerres qu’en tuant et, le plus tôt nous commencerons à tuer, le mieux ce sera. » Patton doit suspendre l’attaque, elle ne pourra reprendre qu’au départ des allemands après la percée de Montgomery à l’oued Akarit.

Pendant que Patton attaque vers Maknassy et repousse les Allemands à El Guettar, Monty met au point et lance une nouvelle offensive pour défaire la 1ère Armée Italienne sur la ligne « Mareth ». L’axe offensif se porte dans les collines de Matmata. La 1st Armoured Division et ses 160 chars vont donc renforcer Freyberg. Baptisée « Supercharge II », faisant ainsi écho à la victoire d’El Alamein, la nouvelle offensive est déclenchée le 26 mars. Un bombardement roulant sur le défilé très encaissé et une attaque systématique des centres téléphoniques doit paralyser l’ennemi et anéantir les défenses de la trouée d’El Hamma. Après une tempête de sable qui gêne momentanément les opérations aériennes, la Desert Air Force revient à l’assaut. A 16h, les Néo-Zélandais sortent de leurs tranchées et partent à l’assaut, balayant les points d’appui allemands, suivis par les chars de la 8th Armoured Brigade. La nuit, c’est au tour de la 1st Armoured Division d’intervenir dans la bataille, attaquant en masse compacte, chose jusqu’alors inhabituelle dans les rangs des unités blindées britanniques. L’unité arrive devant l’oasis d’El Hamma, où les Allemands ont établis de nouvelles positions. La 4th Indian Division s’empare de son côté de Ksar El Hallouf et Leclerc prend les hauteurs du Djebel Melab. L’intervention de la 15.Panzer-Division, pourtant réduite à 30 chars, permet d’arrêter les Britanniques pour deux jours, un délai suffisant pour permettre aux Italiens d’évacuer les positions de la ligne « Mareth » et de se rétablir sur l’oued Akarit. Les Britanniques traversent sans combat les positions de la ligne « Mareth » à la fin du mois de mars. Messe a perdu 5 000 Italiens et 1 000 Allemands au cours de cette bataille, ainsi que 60 chars et 31 batteries d’artillerie. La victoire britannique est cependant incomplète et constitue en fait un semi-échec pour Monty qui n’est pas parvenu à encercler l’armée adverse. L’attaque frontale s’est avérée être un fiasco total tandis que l’attaque de Freyberg a été trop tardif. En revanche, la rapidité de l’improvisation de « Supercharge II » et son exécution brillante, met en relief sa grande souplesse d’esprit. La 1ère Armée Italienne parvient à se repositionner sur l’oued Akarit, à l’endroit même où Rommel et Messe souhaitaient combattre, et non sur la ligne « Mareth ». Le sillon de l’oued s’étire sur 11 kilomètres et la ligne à défendre se réduit à 20 kilomètres au plus. Une position donc facile à défendre et impossible à contourner du fait de la présence de la mer sur un des côtés et de l’existence du chott El Fedjaj, un lac salé marécageux, sur l’autre flanc.

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