Campagne Tunisie/Tunisian Campaign (4) 5.Panzerarmee

La 5. Panzerarmee: des unités d’élite, un matériel puissant et des formations ad hoc

Les Allemands parent au plus pressé et expédient rapidement toutes les forces immédiatement disponibles avant l’arrivée de divisions complètes. Le 9 novembre, le lendemain de « Torch », les premières formations à fouler le sol tunisien sont des unités de Fallschirmjäger, à commencer par la compagnie commandée par l’Hauptmann Sauer, en fait un groupe de blessés et convalescents qui devaient rejoindre la Brigade Ramcke en Libye. Le 10 novembre arrive par planeurs la Kompanie/Kesselring-Stabswache, c’est à dire la garde personnelle du Generalfeldmarschall Kesselring.

 Hitler expédie de nombreux renforts en Tunisie, dont de nombreuses troupes d’élite (ici des Panzer): seul le désastre de Stalingrad endiguera cet effort considérable.

Parmi les premières formations envoyées en Tunisie se trouvent différents bataillons de remplaçants (théoriquement de 1 000 hommes chacun) originellement destinés à Rommel, dits Afrika-Marsch-Bataillone (A16, A18, A20, A21 et A23) et rebaptisés Tunis-Feld-Bataillone T1, T2, T3, T4 et T5 (T pour « Tunis »). Destinées uniquement à fournir du personnel de remplacement devant être ventilé entre plusieurs unités, ce sont des formations légèrement équipées, dépourvues d’armes lourdes et de véhicules. On les improvise unités combattantes. Ces 5 premiers bataillons seront pourtant les seuls à être organisés en bataillons de Panzergrenadiere classiques, avec compagnie d’armes lourdes. Ainsi, le Feld-Bn T2 perçoit 138 MG, 6 Pak 38, 1 Pak 40 et 6 mortiers de 8 cm. 24 Feld-Bataillone sont envoyés en Afrique jusqu’à la fin février 1943, soit 20-25 000 hommes qui seront intégrés dans les divisions.

 Plus de 90 redoutables pièces de Flak de 88 mm sont engagées en Tunisie

Du 11 au 16 novembre, le Fallschirmjäger-Regiment 5 de l’Oberst Koch, celui de l’Oberst Barenthin, ainsi que le Fallschirmjäger-Pionier-Bn 11 du Major Witzig, atterrissent à leur tour sans opposition. Les paras doivent sécuriser les aéroports de La Marsa et d’El Aouina. Le FJR 5, jusque-là stationné en France, ne possède que ses I et III Bataillonen, le second étant affecté à la Brigade Ramcke depuis le printemps 1942. Rattaché à la Division « Hermann Goering », il est rebaptisé Jäger-Regiment HG (1465 hommes fin novembre). En novembre 1942, l’Oberst Barenthin, alors Korps-Pionierführer au sein du XI.Fliegerkorps, devient commandant du Luftwaffe Regiment Barenthin. L’unité est créée ad hoc à partir de deux bataillons de parachutistes (1-4/I et 5-8/II) et de trois batteries de 20 mm de l’Oberst Maier, le Fallschirm-MG-Flak Abteilung 7, redésigné 9-11/III afin de constituer un 3ème bataillon. Il s’agit en fait de personnels d’écoles de troupes aéroportées, en l’occurrence la Kraftfahrschule Helmstedt (l’école de conduite Helmstedt) et du Segelflieger-Ergänzgruppe Posen (Groupe de remplaçants de pilotes de planeurs de Posen). Rattaché au XI. Fliegerkorps, le Fallschirmjäger-Pionier-Bn 11 de Witzig aligne 716 soldats. Au cours de la mauvaise saison hivernale, la compagnie qui avait rejoint la Brigade Ramcke en Egypte retrouve enfin son unité-mère, ce qui représente un renfort bienvenu. Derniers aéroportés à parvenir en Tunisie, les commandos de deux demi-compagnies du I/Regiment 4 Brandenburg arrivent à Tunis le 5 décembre. Nous verrons dans quelles circonstances ils seront engagés.

 Trois unités de Fallschirmjäger en Tunisie au sein de la Pz AOK 5: le Fallschirmjäger-Regiment 5 de l’Oberst Koch, celui de l’Oberst Barenthin, ainsi que le Fallschirmjäger-Pionier-Bn 11 du Major Witzig

La première unité blindée allemande à fouler le sol de Tunisie débarque entre le 12 et le 22 novembre 1942; c’est le Pz-Abt 190, initialement destiné à la 90. Leichte-Division (avec Rommel, en Libye; seuls 6 Pz III de la 2. Kompanie débarquent à Benghazi le 8 novembre). Il compte 77 Panzer. La puissante 10. Panzer-Division du Generalleutnant Fischer arrive elle-aussi en novembre (122 de ses Panzer parviennent en Afrique). Elle constituera la force de frappe de Nehring puis d’Arnim. Suivent les schwere Panzer-Abteilungen 501 (Major Lüder) et 504 (Major Seidensticker), deux bataillons de Tiger I, les premiers engins de ce type à affronter les Alliés. Ces deux unités engageront au total 33 Tiger et environ 40 Panzer III. L’arrivée du premier bataillon est très progressive puisque, au 1er décembre, on ne compte que 4 Tiger et 4 Panzer III en Tunisie. La 5. Panzerarmee recevra ensuite pour un temps la 21. Panzer de l’Oberst Hildebrandt de l’Afrika Korps, à partir de la fin janvier 1943. Enfin, 10 Panzer seront engagés au sein avec la Division « Hermann Goering ». Quelques Panzerjäger (des Marder) et une poignée d’engins de la Sturmgeschütze-Brigade 242 (seule la 1ère batterie, sous le commandement de l’Hauptmann Benz, parvient en Tunisie avec 4 Sturmgeschütze III F/8. Ces canons d’assaut sont affectés à l’Artillery-Regiment. 90), sont également entrée en lice en Tunisie.

 Un nouvel adversaire pour les tanks en Tunisie: le Tiger!

4 divisions d’infanterie allemandes seront également à disposition de l’armée. La Division von Broich, la première à être engagée, présente une configuration unique au sein de la Wehrmacht. Elle est créée le 17 novembre 1942 à partir de la Schützen-Brigade von Broich formée le 10 novembre à partir de l’Ortskommandeur II/960, comprenant des éléments disparates chargés d’assurer la défense de Tunis et Bizerte. L’ordre de bataille de la division est en effet pour le moins hors du commun (voir encadré). Un troisième régiment de fantassins, nommé tardivement le 160. Panzergrenadier-Regiment sera constitué à partir des Tunis Feld-Bataillone T3 et T4 (Hauptmann Bürgemeister et Koch) ainsi que l’Afrika Marsch Bataillon A 30. Le Feld-Bataillon T1 (Rittmeister von Willich) est aussi intégré à la division. Tout le service de soutien et de logistique doit être improvisé à partir de ressources de diverses provenances : allemandes, italiennes ou encore matériel allié capturé. Le 8/190 AR est ainsi une unité dotée de canons de prise, en l’occurrence des 25 livres anglais (le régiment en aurait compté jusqu’à 27, ce qui semble beaucoup, ainsi qu’une pièce française de 105 mm). Le premier commandant de la division, l’Oberst von Broich, donne son nom à l’unité jusqu’au 7 février 1943, date à laquelle le Generalmajor von Manteuffel la prend en charge. Ce dernier transmet à son tour le commandement au Generalleutnant Bülowius, ancien responsable talentueux du génie de la Panzerarmee de Rommel.

 Le General von Arnim succède rapidement au General Nehring et prend en charge la tête de pont de Tunisie.

La 334. ID est une division d’infanterie tout à fait classique, si ce n’est qu’elle dispose d’un régiment de chasseurs-alpins, le Gebirgsjäger-Regiment 756. Début décembre, elle compte dans ses rangs 2 000 Slovènes (des Volksdeutsche), notamment au sein du Geb-Rgt 756 et du II/AR 334. Ces hommes ne comprendraient au mieux que les ordres, ce qui ne fait des recrues pour le moins douteuses. On ignore si ces soldats ont combattu en Afrique. Le Feld-Bn T5 (Hauptmann Mickley) sera incorporé au sein de ce régiment. Le régiment d’artillerie dispose de batteries équipées d’obusiers de montagne de 10,5 cm transportés sur mulets. Ces bêtes de sommes sont également présentes au sein de deux bataillons, le troisième étant motorisé. L’exemple de cette division illustre la montée en puissance parfois très lente de certaines unités. La 334. ID quitte Grafenwohr début novembre 1942 mais n’est rassemblée à Naples qu’à la fin du mois de décembre. Si, au 9 janvier, les 4 bataillons d’artillerie sont arrivés en Tunisie et les trois régiments de fantassins sont à effectifs pleins, le Geb-Rgt 756 n’est cependant pas jugé opérationnel: il lui manque en effet tous ses véhicules ainsi que ses mules. Le 10 janvier, 31 véhicules débarquent à Bizerte et 60 hommes arrivent à Tunis. ID. Ce même jour, on constate que la division ne compte que 110 animaux. Or les besoins en animaux de trait et de bât sont tels qu’on considère qu’il en faut 1 200. On ordonne donc d’acheter 200 bêtes à Bizerte pour le 14 janvier. Par ailleurs, 448 animaux et leur équipement arriveront à bord du navire « Silvania » et 57 autres sont transférés d’Italie à bord de Junker 52.

 

  1. ID au 28/01/1943

Gefechsstärke (hors Geb Rgt 756):6007 (qui peut être le double avec les unités rattachées)

Verpflegungstärke: 6988

Armes lourdes:

I/334 AR: 8 lFH

II/334 AR:4 sFH, 4×10 cm, 4 Geb, 1 beute (14,7 cm)

8/334 AR: 2 (+2 sFH en réparation)

13/754:3 beute (7,5 cm)

754 GR: 6 Pak 38, 1 Pak 40, 4 IG

755 GR: 6 Pak 38, 2 Pak 40, 6 IG

 A côté des Panzer, les Pak restent, comme d’accoutumée, particulièrement redoutables, à l’instar des Pak 40 de 7,5 cm, qui entrent en lice en Tunisie, et qui s’avèrent très supérieurs aux Pak 38 de 5 cm.

 

Les composantes de la troisième unité, la Division « Hermann Goering » sous le commandement de l’Oberst puis Generalmajor Schmid, parviennent en ordre dispersé en Tunisie à partir de mars 1943 et seule une partie rejoint en fait l’Afrique du Nord. Les premiers arrivés constituent un corps avancé, le Vorkommando Hermann Goering, Les effectifs oscilleront entre 7 et 12 000 hommes. Les éléments de la division qui interviennent en Tunisie sont le I/Panzer-Regiment HG, I et III/ Grenadier-Regiment HG, I et III/ Jäger-Regiment HG (en fait l’ex-FJR 5), I et II/ Flak-Regiment HG ainsi qu’une unité de reconnaissance. Des éléments d’autres unités lui seront rattachés (comme le 14/Pz-Gren-Rgt 104 par exemple) pour la renforcer.

La 999. Leichte Afrika Division de l’Oberst Baade (le Generalleutnant Thomas a disparu avec l’avion qui l’emmenait vers la Tunisie) est une autre unité pour le moins particulière puisque, mis à part les cadres, ses régiments regroupent des soldats ayant subi la court martiale, condamnés pour des motifs mineurs d’ordre politique ou de droit commun. Le service armé constitue pour ces hommes une possibilité de réhabilitation. Toutefois, marquant leur situation disciplinaire, les membres de la division ne sont en aucune manière autorisés à porter l’emblème national, l’aigle avec swastika. Il s’agit de la dernière formation majeure à rejoindre la tête de pont tunisienne mais seuls deux régiments –Afrika-Schützen-Regimenter (mot) 961 et 962– et des unités de soutien y parviennent en mars 1943.

La 20. Luftwaffe-Flak-Division est déployée pour assurer la défense antiaérienne, notamment des ports (en premier lieu les I et II/Flak-Regiment 54). L’effort est conséquent puisque 24 batteries de Flak lourde, soit 96 canons de 88 mm en théorie, sont envoyés en Tunisie. 25 nouveaux Flak 41 participent aux combats, de même qu’un nouvel antichar qui y fait ses premières armes face aux Alliés: le Pak 40 de 75 mm. Le Werfer-Regiment 71 avec au moins trois batteries de Nebelwerfer de 150 mm à 6 tubes et deux batteries de Nebelwerfer de 210 mm à 5 tubes, est aussi une unité dotée d’une arme employée pour la première fois contre les Alliés occidentaux.

Si l’armée allemande tient largement le rôle principal, les Italiens comptent plusieurs unités au sein de la 5. Panzerarmee, certaines regroupées au sein du XXX Corpo du General di Corpo d’Armata Sogno (activé le 26 décembre) entre Sousse et Sfax: 10o Reggimento Bersaglieri, I Battaglione Paracadutisti, Brigade Navale San Marco, Divisione Fanteria « Superga » (qui sera elle-aussi renforcée par plusieurs Feld-Bataillone) et 50eBrigata Imperiali (assemblage d’unités diverses: 15e bn de chars et éléments des divisions « Superga » et « Centauro », Bersaglieri ,MVSN, groupe de reconnaissance Lodi duquel est détaché la colonne Lequio, …).

Pour en savoir plus et apprendre des détails inédits: lire mon hors-série sur la 5. Panzerarmee, Ligne de Front n° 29 et le hors-série N° 26 de Batailles & Blindés, dictionnaire consacré aux forces de l’Axe en Afrique du Nord.

Write the message

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>