Campagne Tunisie/Tunisian Campaign (8) Logistique

LA TETE DE PONT DE L’AXE EN TUNISIE : UN EXPLOIT LOGISTIQUE ?

 Le Gigant, qui payera un lourd tribut au cours de la campagne, possède une capacité d’emport et de fret impressionnante.

Le 13 mai 1943, en début d’après-midi, le Premier Ministre Winston Churchill reçoit un message du général Alexander, commandant en chef des forces terrestres alliées en Tunisie: « Monsieur le Premier Ministre, il est de mon devoir de vous rendre compte que la campagne de Tunisie est terminée. Toute résistance ennemie a cessé. Nous sommes maîtres des rivages d’Afrique du Nord ». Contre toute attente, la Résidence n’est pas tombée au pouvoir des Allies dans la foulée de l’opération « Torch », le 8 novembre 1942, et les forces germano-italiennes ont été en mesure d’offrir une résistance qui s’est éternisée pendant six longs mois. Dans quelles conditions l’Axe a-t-il été en mesure d’assurer la logistique de deux armées déployées sur ce théâtre des opérations ?

 

Un bilan en trompe-l’œil

Les statistiques de l’arrivée de troupes et de matériels de l’Axe en Tunisie semblent suggérer un véritable exploit de la logistique. Pourtant, les services de renseignements alliés n’accordaient guère aux forces de l’Axe que la capacité d’amener 10 000 hommes en deux semaines après « Torch », qui plus est des unités de second ordre et dépourvues de matériel de transport. Aucune division de Panzer ne pourra être à pied d’œuvre avant un mois. En fait, les Italiens et les Allemands vont largement démentir ces prévisions et la 10. Panzer sera opérationnelle en Tunisie trois semaines après « Torch ». Début novembre, si 11 000 hommes ont bien été acheminés en 15 jours, ce seront en revanche notamment des troupes d’élite, dont de nombreux Fallschirmjäger, avec du matériel lourd et des camions, tandis que les Panzer de la 10.Panzer-Division sont déjà en route. 25 000 hommes sont en Tunisie au 25 novembre. A la mi-décembre 1942, ils sont 49 412.

 

 La maîtrise des cieux et la capacité à interrompre les lignes de communications adverses: clés de la victoire en Tunisie

Les convois qui se succèdent permettent de renforcer le front africain à un rythme soutenu. Un flot de matériel, de combattants et de troupes auxiliaires germano-italiens se déverse en Tunisie. Parmi ces dernières, des unités à l’origine destinées à renforcer Rommel sont détournées vers la nouvelle menace apparue au Maghreb (les effectifs considérables envisagés un temps sont revus très nettement à la baisse en raison de l’encerclement de Stalingrad qui survient quinze jours après « Torch »). L’Axe expédie sur le nouveau front tunisien pas moins 175 000 hommes entre novembre 1942 et janvier 1943. Jusqu’à la reddition finale de mai 1943, ce sont 137 149 soldats allemands (et un nombre inconnu d’Italiens) ainsi que 31 686 tonnes de matériel qui sont convoyés par air en sus des 172 000 hommes arrivés par voie maritime avec le matériel lourd, ce dernier comprenant en particulier 550 blindés. A ce total il convient d’ajouter plus de 70 000 hommes retraitant de Libye avec Rommel.

 

L’effort de la logistique en Tunisie : les blindés

550 blindés dont 392 Pz traversent le bras de mer entre l’Europe et l’Afrique. 210 Pz envoyés en remplacements pour l’Afrika Korps et la 5. Panzerarmee entre le 1er novembre 1942 et le 1er mai 1943

122 Pz pour la 10. Panzer en novembre-décembre 1942 (19 Pz II, 89 Pz III, 8 Pz IV, 6 BefehlPz ; 33 autres Pz ont coulé en route), ainsi que quelques Marder III.

71 Pz du Pz Abt 190, initialement destinés à la 90. Leichte, débarquent en Tunisie en novembre 1942 (7 Pz II, 52 Pz III, 10 Pz IV, 2 BefehlPz)

45 Pz du schweres Panzer-Abteilung 501 en Tunisie (20 Tiger I, 25 Pz III N)

30 Pz du schweres Panzer-abteilung 504 en Tunisie (11 Tiger I, 19 Pz III N)

10 Pz du 3/Panzer-Regiment Herman Goering en Tunisie (2 Pz III Lang, 8 Pz IV F2)

-4 Sturmgeschütze Auf F8 présents au sein de la Sturmgeschutz-Batterie 90

 Aucun Tiger n’est coulé au cours de son transfert en Tunisie. De nombreux Panzer font face aux Alliés, mais la pénurie d’essence constitue rapidement un sérieux handicap.

La Wehrmacht dépend largement de la flotte italienne pour assurer sa tête de pont en Tunisie. Au cours du premier mois de la campagne, les Italiens parviennent à acheminer 34 339 t de matériel militaire ainsi que 13 300 soldats à bord de 25 convois pour la perte que d’un seul navire. Le courage et l’abnégation des équipages italiens et allemands permettront que, début février, Eisenhower déplore que les forces de l’Axe perçoivent encore les ¾ de l’approvisionnement nécessaire. Le succès reste relatif et Arnim, le commandant du PzAOK 5, freine les velléités d’attaque en profondeur au moment de l’affaire de Kasserine, estimant que le ravitaillement est insuffisant pour ce faire. Il est par ailleurs révélateur de constater sur nombre de photographies la quantité de véhicules alliés capturés et réutilisés par les soldats de l’Axe, une pratique déjà en vogue dans le désert depuis 1941. Un expédient encouragé en haut lieu car, dès le début de la campagne, on préconise officiellement d’encercler l’ennemi afin de faire du butin, notamment en véhicules: les troupes de l’Axe manquent de tout et on en est réduit à cet expédient… Un choix qui peut s’avérer à double-tranchant : la multiplication des pièces de prise ne peut que provoquer des difficultés logistiques. Ainsi, le 6 décembre, les 155 mm de l‘Afrika Art Rgt 2 n’ont déjà plus de réserve de munitions. On économise également le carburant dans la mesure du possible. Pour éviter de puiser dans les précieux stocks d’essence établis avec difficulté en Afrique, les avions refont le plein en Sicile. La saisie de stocks de carburant ou de lubrifiants alliés est aussi systématiquement vécue comme une aubaine, preuve que la situation est loin d’être à la hauteur des attentes.

 Les équipages des forces aériennes alliées: héros méconnus de la campagne de Tunisie

La situation est en fait délicate dès le début des opérations. Le manque de personnel est tel que depuis le 1er décembre, il a été décidé que tous les nouveaux venus arrivant à Bizerte et à Tunis par avion devront effectuer une journée de travail sur les aérodromes (n’en sont exemptés que les officiers d’état-major et les membres de la 10. Panzer dont l’entrée en lice ne peut être retardée). La question du parc de véhicules affecté aux divisions jette également un éclairage sur la réalité de la situation. Fin 1942, les Allemands ont perdu en mer 55 chars, 111 canons et 964 véhicules. L’Oberst Broich, qui commande la division éponyme, a besoin de camions pour son ravitaillement: Kesselring lui assure qu’il va s’en procurer 50 à son intention auprès des Français ou des Italiens. Les arrivées se font au compte goutte et, le 18 décembre, le Regiment Barenthin (des Fallschirmjäger)compte 94 camions, 12 Kettenkräder, 6 ambulances et 39 autres véhicules autres que des motos. La question ne sera jamais réglée. Au moment de l’opération « Ochsenkopf », soit en février-mars 1943, la 334. ID Sur les 130 que devraient compter la division, celle-ci n’aligne que 22 camions tout terrain en état de marche (2 en réparations) sur les 130 de la dotation théorique. Les 506 autres camions des tableaux d’effectifs ne sont en fait que 178. Les motos et side-cars ne sont présents qu’à moitié de dotation (209 au lieu de 488). C’est pire pour les voitures: on en compte 116 au lieu de 312.

Quels sont les besoins ? Un rapport sur des discussions tenues à Sousse le 8 janvier 1943 par les responsables de la logistique évalue les besoins pour 90 000 hommes, soit la mise à plein effectifs des divisions de la Pz AOK5 ainsi que des unités de soutien de la Luftwaffe et de la Regia Aeronautica ainsi que des deux marines. Les estimations atteignent 158 700 tonnes : 90 000 t pour les armes et l’équipement de 4 divisions allemandes et des unités de soutien (60 000 hommes) ; 45 000 t pour les armes et l’équipement de 2 divisions italiennes et des unités de soutien (30 000 hommes) ; 9 600 t de munitions pour les troupes terrestres ; 500 t de munitions pour un mois pour les forces aériennes ; 1 000 t de munitions pour les unités de DCA; 3 600 t pour les vivres pour 90 000 hommes pour un mois ; 100 t de vêtements ; 300 t de matériel médical ; 3 100 t de carburant pour les véhicules (5 VS) ; 5 500 t d’essence pour l’aviation (soit deux mois de ravitaillement).

 Les besoins des deux armées de l’Axe en Tunisie ne seront jamais couverts.

Besoins estimés pour la 5. Panzerarmee :

Les besoins par mois s’élèveraient à 60 080 t une fois que les unités seraient pleinement opérationnelles et à effectifs complets.

Munitions pour les unités terrestres germano-italiennes de la Pz AOK 5 à 38 400 t par mois.
Munitions pour les forces aériennes: 1 000 t
Munitions pour la DCA: 1 000 t
Armes et équipements: 500 t

Nourriture : 6 000 t

Vêtements: 150 t

Matériel médical: 30 t
Véhicules de tout types: 1 100 t
Carburant pour les forces terrestres: 5 500 t en se basant sur une consommation quotidienne de 150cbm
Carburant pour la Luftwaffe : 3 500 t

Carburant pour la Regia Aeronautica : 2 000 t

Courrier : 100 t

 

 La Flak et les chasseurs de l’Axe suffiront-ils à protéger les lignes ports et les aérodromes par lesquels transitent les approvisionnements?

Des circonstances a priori favorables dans un premier temps

L’existence de cette tête de pont tunisienne ne s’explique que par la présence de bases aériennes et de ports en Sicile : il eût été inimaginable de ravitailler les armées déployées en Tunisie depuis la seule péninsule italienne. Toutefois, les forces de l’Axe ont utilisé leurs moyens avec tant d’adresse que la bataille pour couper logistique de l’Axe en Tunisie a été très longue et difficile. En théorie, les Italiens et les Allemands disposent d’un tonnage en navires marchands suffisant pour assurer le ravitaillement et l’acheminement de renforts. Toutefois, nombre d’unités sont endommagées ou d’un modèle non utilisable, occupant autant de cales et de quais dans les ports italiens soumis à des bombardements en règle. La Tunisie n’est qu’une partie de la tâche des forces navales de l’Axe en Méditerranée : il faut aussi assurer les liaisons avec la Sicile, la Corse, la Sardaigne ainsi que les îles grecques de la mer Egée. La proximité de la côte africaine depuis la Sicile semble être à l’avantage des forces de l’Axe.

Le détroit de Messine constitue indubitablement un des points sensibles de la chaîne logistique de l’Axe en Tunisie. Certes, si le maximum d’hommes et d’armes sera convoyé depuis la Sicile, l’essentiel du ravitaillement devra s’effectuer depuis la botte italienne. Au final, deux tiers des navires marchands appareilleront de Naples et un tiers de Palerme. La zone est particulièrement bien défendue : le terminal ferroviaire et les ferries transportant les trains.

Depuis septembre 1942, la Luftwaffe a considérablement renforcé son potentiel aérien en Méditerranée en transférant des unités depuis la Scandinavie et le front de l’Est. Le 8 novembre, 940 appareils sont en Méditerranée, et 375 autres en Afrique du Nord. 400 de ces appareils sont déployées en Sicile et en Sardaigne aux côtés de 515 avions italiens. En décembre, le nombre d’avions allemands atteint 1 220, sans compter une flotte d’avions de transport qui passe de 205 à 673 appareils. Début décembre, la Luftwaffe aligne encore 480 avions de transports Ju-52 et 22 Me 323 (ceux des I et II/KGrZbW 323 opèrent de Trapani en Sicile) et Ju 90 et ce alors même que Stalingrad, qui vient d’être encerclée doit également être ravitaillée par un pont aérien. C’est le quart du potentiel aérien allemand qui est concentré dans la région au sein notamment du Fliegerkorps II, contre 1/12ème un an et demi plus tôt. Le 10 novembre, compte 445 avions de combat et 673 appareils de transport. La plupart des aérodromes accueillant les escadrilles de transport se situent à Naples et Palerme, certains décollant de Bari ou de Reggio. Indispensables pour le convoyage de personnel et de matériel jusqu’en Tunisie, les escadrilles assurent également l’escorte des convois maritimes : jusqu’à 45 Me-110 et 210 sont affectés à cette tâche ainsi en raison de leur rayon d’action.

 Constituer une tête de pont en Tunisie et en assurer le ravitaillement: un défi relevé dans un premier temps

Le 16 novembre, Kesselring voit ses prérogatives renforcées quand Hitler le nomme Oberbehfelshaber-Süd. Contrairement aux rivalités qui existent au sein des forces terrestres (Rommel/Arnim et Allemands/Italiens), la situation est beaucoup plus rationnelle et efficace au sein de l’aviation puisque toutes les forces aériennes de Tunisie et de Libye sont regroupées au sein du Fliegerkorps Tunis (déjà une demi-douzaine de bases en Tunisie en décembre 42) qui contrôle aussi les unités italiennes, que les Allemands ne considèrent que comme une force d’appoint. La situation originelle est d’autant plus favorable que l’aviation alliée, déployée au Maroc et en Algérie, réagit d’abord mollement à la mise en place de la tête de pont de l’Axe. Peu d’avions sont mis à disposition pour effectuer des reconnaissances aériennes ou pour s’attaquer aux convois maritimes de l’Axe. Ce délai est bien sûr mis à profit par les Germano-Italiens. C’est ainsi que, pendant trois semaines, aucune attaque navale n’est lancée contre ces convois. Quant aux bombardiers stratégiques, ils opèrent contre des cibles en Italie ou ailleurs en Europe mais ne frappent aucune cible sur Tunis ou Bizerte. L’effort de l’aviation alliée est pourtant loin d’être négligeable en novembre : la RAF et la 12th USAAF effectuent 1 890 sorties entre le 22 et le 30 novembre 1942 (52 appareils abattus en combat aériens). La Lufwaffe et la Regia Aeronautica font de leur côté environ 1 500 sorties (63 pertes pour les Allemands). Le différentiel en nombre de missions effectuées dans les deux camps reste marginale, une réalité qui ne sera plus de mise dès 1943 et encore plus à partir de la bataille de Normandie.

Sur mer, on essaye de rationnaliser au mieux la capacité de transport disponible en réutilisant notamment les quelques unités marchandes saisies lors de l’invasion du sud de la France. Mais sur les 450 000 tonneaux saisies, à peine 100 000 seront utilisables pour la Tunisie. Quant à la flotte italienne, la plupart de ses plus belles, plus rapides et plus grandes unités a été envoyées par le fond depuis longtemps. La moitié de la flotte marchande disponible à la déclaration de guerre a déjà sombré au fond de la Méditerranée. Les navires dont disposent les Italiens sont désormais le plus souvent très lents, voguant à peine à 8-10 nœuds, ce qui rallonge considérablement la traversée et, donc, multiplie les risques. Fin 1942, la logistique des forces de l’Axe en Tunisie est d’abord assurée par environ 37 navires marchands, 20 ferries Siebel dûment hérissés de pièces de Flak et quelques navires de commerce français saisis lors de l’occupation de la zone sud de la France.

Il est décidé que les Allemands procureront des mines pour compléter un double champ de mines antisousmarines entre la Sicile et la Tunisie. Un tel corridor serait également à même de placer les convois à l’abri des attaques des navires de surface. Les Italiens s’emploient à édifier de larges champs de mines depuis longtemps. Fin 1942, ils sont parvenus à établir une barrière continue allant des environs du cap Bon aux îles Egates, à l’ouest de la Sicile. La menace des unités de la Royal Navy en provenance de l’est méditerranéen, ce qui inclut donc Malte, est donc sérieusement contrariée. C’est donc avec l’aide allemande citée précédemment qu’est établi en un temps record, vers l’Ouest, un autre champ de mines à partir de novembre 1942. Il s’étant de Bizerte au Sherki Banks. Au-delà de ce dernier, les profondeurs abyssales ne permettent pas aux Germano-Italiens de mouiller des mines faute de posséder les armes adéquates. Le corridor est toutefois sauf sur 80 kilomètres. Si la situation n’est optimale, le ravitaillement parvient à passer en quantités suffisantes pour assurer un temps la tête de pont d’autant que de nombreux navires sont coulés sur le chemin du retour, donc à vide, après savoir déchargé leur précieuse cargaison en Afrique.

 Bombardiers et chasseurs alliés vont, de concert avec les flottes de guerre, couper les lignes de la logistique de l’Axe en Afrique nu Nord.

L’inévitable asphyxie

Pourtant, il n’y a jamais assez de navires de transports ni de bâtiments et d’avions d’escorte pour assurer leur sécurité. Par ailleurs, le réseau ferroviaire en Calabre et en Sicile est notoirement insuffisant en dépit de l’intervention des Allemands qui allouent personnel et matériels pour en assurer l’amélioration en efficacité. Il faut aussi compter avec les besoins de la population sicilienne, ce qui grève d’autant plus le fret accordée aux troupes déployées de l’autre côté de la Méditerranée.

La situation se détériore rapidement. . La flotte italienne de surface démontre son impotence le 2 décembre 1942 au cours de la bataille de Skerki Banks, au large de la Tunisie. Ce jour-là le Rear Admiral Harcourt et sa division forte de trois croiseurs légers et de deux destroyers surprend un convoi en provenance d’Italie. L’escorte du capitaine Cocchia est pourtant conséquente avec trois destroyers et deux torpilleurs. Les quatre cargos sont envoyés par le fond ainsi qu’un destroyer, d’autres navires étant endommagés. 2 000 Germano-Italiens périssent dans la tragédie. Dans l’autre camp, les pertes sont légères, même si le destroyer HMS Quentin est peu après coulé à son tour par un Junker 88 avec une vingtaine de tués à son bord.

Fin décembre, l’évolution dramatique de la situation à Stalingrad oblige à un redéploiement des unités de transport de la Luftwaffe sur le front russe. Le même mois, sur 127 missions de ravitaillement, l’Axe déplore 26 navires coulés et 9 endommagés. Devant l’augmentation des pertes en navires de commerce, les Italiens feront transférer 52 000 hommes à bord de destroyers au cours de 155 voyages. C’est ainsi que le 29 décembre, plusieurs destroyers italiens s’apprêtent à appareiller de Palerme: le « Bombardiero » avec 325 hommes à bord, le « Granatiere » avec 308 hommes et le « Laginardio » avec 300 hommes.

Toutefois, alors que Rommel et Arnim exigent 140 000 tonnes de ravitaillement par mois, il en arrive à peine la moitié au cours des mois de janvier et février combinés alors même que les forces aériennes alliées ont aussi été fortement sollicitées pour intervenir à terre en Tunisie pour contrer la contre-offensive de l’Axe à Kasserine en février 1943, épargnant ainsi aux ports italiens et siciliens de nouveaux dommages. Les Alliés parviennent à s’infiltrer dans le corridor de la logistique adverse et a y déposer leurs propres mines, réduisant peu à peu la largeur de ce dernier à moins de deux kilomètres, autant dire rien lorsqu’on est soumis à des attaques aériennes ou aux aléas de la météo. En décembre, janvier et février, le tonnage de l’approvisionnement de l’Axe coulé en route se monte à 23 % du total. Mais de nombreux bateaux sont endommagés et les ports sont soumis à rude épreuve par les bombardements. Les Britanniques estiment avoir coulé en mer et dans les ports 28 navires dépassant les 500 tonnes en janvier (plus que ce que les Italiens reconnaissent : 12 navires en mer). Si le total n’est plus que de 15 en février, il porte sur un parc nettement plus réduit du fait des pertes qui s’accumulent.

Les sous-marins britanniques des 1ère, 8ème et 10ème flottilles participent efficacement à la lutte contre les convois de l’Axe. Ainsi, 7 navires marchands italiens sont torpillés en novembre et décembre. En février, Dönitz tente de parer la menace en décidant d’engager en Méditerranée la 22e flottille de lutte anti-sous-marine ainsi que d’envoyer des instructeurs allemands auprès des Italiens afin de les former à l’escorte des convois. Craignant que l’opprobre qui frappe Goering suite au désastre de Stalingrad dont le drame vient d’arriver à son ultime épisode, le Gross Admiral

Pour la première quinzaine de mars, Kesselring ne peut en promettre que 50 000. En fait, seuls 32 500 tonnes sont programmées. En mars 1943, 29 000 tonnes seulement sont débarquées en Tunisie, total tombant à 23 000 tonnes en avril alors que le Heeres-Gruppe Afrikadoit faire face à l’offensive finale des armées alliées bien plus nombreuses et ne souffrant d’aucunes difficultés de ravitaillement. Nonobstant la qualité des armes et la combativité des hommes, la capacité opérationnelle des forces de l’Axe déployées en Afrique ne peut donc que s’en ressentir.

On essaye tous les expédients : tous les navires d’escorte embarquent aussi des approvisionnements et on lève l’interdiction de convoyer sur le même transport à la fois des munitions et du carburant. Près de 40 navires sont coulés pour le seul mois de mars. Les Italiens commencent à surnommer le trajet entre la Sicile et la Tunisie « la rotta della morte ». En cinq mois, 72 navires sont coulés pour la perte de sept sous-marins britanniques, opérant depuis Alger ou Malte. Appareillant de Naples, beaucoup de navires font escale à Palerme, ce qui rallonge considérablement le trajet. Pour les forces de l’Axe, le détroit de Sicile est une zone particulièrement dangereuse à tel point que certains commandants de navires feignent des avaries pour effectuer un demi-tour vers l’Italie ou la Sicile. Si de plus en plus de navires sont coulés en mer, l’arrivée dans un port tunisien ne signifie pas pour autant le salut : les capacités portuaires sont réduites, surtout dans les ports secondaires comme Sousse ou Sfax, et il faut rester à l’ancre plus d’une journée, ce qui s’avère souvent fatal. Les flottes de guerre et marchandes italiennes sont en outre sérieusement handicapées par un manque chronique de mazout, les Allemands ne consentant qu’à des livraisons a minima en raison des impératifs de la bataille de l’Atlantique.

Le 11 avril, Hitler et Dönitz enjoignent le Duce de faire donner à plein les unités de surface de la Regia Marina, à savoir les croiseurs et les destroyers, pour assurer le ravitaillement des forces en Tunisie. L’Admiral Ruge, chargé de faire entendre raison aux Italiens, reçoit une fin de non-recevoir : Supermarina, le GGG de la Marine italienne, répond qu’un tel engagement serait suicidaire et compromettrait gravement le ravitaillement des grandes îles comme la Sardaigne ou la Corse. Par ailleurs, les Italiens ont déjà fait comprendre à Dönitz que l’engagement de la flotte dans la défense des îles conduirait à un désastre. Dès lors, on les imagine mal sacrifier leurs meilleures unités pour la Tunisie. Faute de ravitailler efficacement le Heeresgruppe-Afrika ou de lui apporter un soutien tactique, n’est-il pas temps de songer à une évacuation ? Pour le Führer, il n’en n’est nullement question. La Tunisie doit être tenue le plus longtemps possible, dans l’intérêt de la mise ne défense de la « Forteresse Europe » et devant la nécessité absolue de retarder au plus l’inévitable offensive des Alliés contre une Italie qui serait plus que jamais fragilisée après les revers subis depuis El Alamein. De son côté, Jodl ne doute pas de la capacité des deux armées à poursuivre la lutte, à condition de pouvoir en assurer le ravitaillement.

 Bombardiers sud-africains en Tunisie: les convois de l’Axe sont soumis à de terribles attaques.

Les pertes en cargos et les attaques réitérées des forces aériennes alliées contre les ports tunisiens obligent les Allemands à utiliser de plus en plus la voie des airs. Or, 400 appareils sont redéployés de la Russie vers la Méditerranée dès le mois de novembre. Par ailleurs, les liaisons aériennes sont tout aussi affectées par les interventions alliées. Le 22 janvier 1943, 40 forteresses volantes B-17 et 30 bombardiers moyens B-25 et B-26 bombardent copieusement l’aérodrome d’El Aouina et causent la destruction de 45 Ju-52 et Me-109 sans compter les Savoia-Marchettis italiens. Si une flotte de 200 avions de transports Junker 52 et de 15 Me 323 est disponible, ces appareils ne sont en mesure que de transporter 2 tonnes chacun, ce qui est bien peu. Par ailleurs, la traversée est tout aussi périlleuse que par voie maritime. A partir d’avril, 200 vols quotidiens sont organisés vers la Tunisie. 4 000 atterrissages sont ainsi réalisés du 23 février au 28 mars. Les Alliés répliquent en lançant l’opération Flax. Cette offensive aérienne obtient un succès retentissant dès la première mission, menée le 5 avril. 14 Junker 52 sont en effet détruits pour la perte de six avions américains. Ce jour-là, 30 appareils de l’Axe sont abattus dans les airs et davantage encore détruits au sol en Italie et en Tunisie. Deux semaines plus tard, le 18 avril, dimanche des Rameaux, 60 chasseurs britanniques et américains interceptent des Junker 52 et des Messerschmitt 363 Gigant au large du Cap Bon. 38 appareils allemands s’abîment dans la Méditerranée. En ajoutant les appareils endommagés qui s’écrasent sur le sol tunisien, la Lutfwaffe perd 69 avions au cours de cet unique combat. Au final, 432 avions des forces de l’Axe sont détruits pour la perte de 35 avions alliés. Flax est donc un succès total. Goering impose donc de limiter les missions de ravitaillement à des opérations nocturnes.

Epilogue

Devenue catastrophique, la situation logistique des forces de l’Axe soumises à un véritable blocus naval à partir de Malte et de l’Algérie ne peut que conduire qu’à la défaite. A la fin du mois d’avril, Arnim ne reçoit que 5 à 6% du minimum de ravitaillement requis son armée. Au cours de ce même mois, 26 navires italiens tentent de rejoindre la Tunisie mais 15 sont coulés et 4 endommagés. Seuls 4 000 hommes et 27 000 tonnes de matériel arrivent. Les réserves en carburant sont donc si ténues qu’aucune action opérationnelle n’est envisageable. Seuls une lutte acharnée ainsi que des expédients tels que du vin distillé pour procurer un carburant léger permettent de retarder l’inévitable échéance. Les promesses de l’OKW n’ont pas été tenues. Contre toute attente, l’Axe s’est cependant montré capable de prolonger pendant six mois une campagne que les Alliés auraient pu écourter en utilisant de façon plus rationnelle leurs moyens déployés face aux forces terrestres germano-italiennes ainsi que les moyens affectés à la rupture des lignes de communications adverses. La combattivité et les qualités intrinsèques des forces terrestres l’expliquent en grande partie. Les talents d’improvisation ainsi que le courage des unités de la logistique fournissent une autre explication.

 

 

Orientation bibliographique:

L’article se base sur certaines données trouvées sur internet, notamment sur forum.axishistory. Le lecteur pourra également se reporter aux ouvrages suivants :

FIORAVANZO Giuseppe, « La Marina italiana nella seconda guerra mondiale – Volume VIII – La difesa del traffico con l’Africa Settentrionale – Dal 1° ottobre 1942 alla caduta della Tunisia », Rome

LEVINE Alan J., «The War against Rommel Supply Lines, 1942-42 », Stackpole Books, 2008

PLAYFAIR I.S.O. et alii, « The Mediterranean and Middle East. Volume IV : the Destruction of the Axis Forces in Africa », 1966, republié par Naval & Military Press, 2004

 

PORCH Douglas, «The Path to Victory: the Mediterranean Theater in World War Two», Farrar, Straus and Giroux Inc, 2004

ROLF David, « Bloody route to Tunis », Greenhill Books, 2001

TOMBLIN Barbara B.,« With Utmost Spirit. Allied Naval Operations in the Mediterranean, 1942-1945 », University Press of Kentucky, 2004

 

 

 

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