Cimetière 8th Army à El Alamein

Des tombes de toutes les origines: du Royaume-Uni, de l’Empire, des nations alliées… Témoignage de la nature polyglotte et diversifiée de la 8th Army/Western Desert Force, et de l’armée britannique en général. Ici, après les deux images donnant un aperçu général de la nécropole : un Français, un Grec, un Néo-Zélandais, un Sikh, un Sud-Africain, deux Hindous, un Australien…

Livres sur El Alamein

14 LIVRES A LIRE SUR EL ALAMEIN

La bataille, dont j’ai arpenté le site sous le soleil de plomb égyptien, est mythique et elle a donné lieu à de nombreux ouvrages de qualité, particulièrement, en s’en doute, en langue anglaise.

Pour appréhender l’intégralité de la bataille, il faut acheter en priorité : Barr et Buffetaut (mais d’autres livres méritent l’achat: cf ci-dessous).

 

LE MEILLEUR LIVRE SUR LA BATAILLE EN LANGUE ANGLAISE

L’ouvrage que je recommande tout particulièrement est celui de Niall Barr, de loin le plus complet et le plus abouti et très agréable à lire. Les conditions de la bataille, et notamment la situation moins connue de la fin juin et du début du mois de juillet 1942 sont passionnants, ainsi que les détails précieux donnés sur les trois batailles (1ère bataille d’El Alamein, bataille d’Alam Halfa et 2e bataille d’El Alamein) en font une référence. Les sources sont variées et sérieuses, les données chiffrées intéressantes. L’un des intérêts est qu’il ne s’agit aucunement d’une hagiographie de Montgomery. Le rôle d’Auchinleck est, à mes yeux, bien remis à sa juste valeur.

 

3 LIVRES POUR TROIS BATAILLES

Avant d’aborder le cas des quelques livres disponibles en français, quelques livres à recommander :

 

Pour la 1ère bataille d’El Alamein :

L’ouvrage de Bates, un témoin des faits, s’attarde sur la première bataille d’El Alamein. Comme chez Barr, les détails et la réflexion sur la situation stratégique de juin-juillet 1942 sont très intéressants. Nous n’avons là que le récit de la 1ère bataille d’El Alamein, au cours de laquelle l’auteur fut capturé. Mais cette bataille plus méconnue que celle menée par Montgomery, mérite qu’être étudiée, car elle est beaucoup plus décisive.

 

 

Pour la bataille d’Alam Halfa :

Cet ouvrage est très en faveur de Montgomery mais il est particulièrement intéressant pour le tableau de la situation et les plans établis avant Alam Halfa, esquissant une comparaison Auchinleck/Monty à ce propos, quoique pas forcément pertinente, mais à lire en parallèle avec d’autres textes sur le même sujet. Le récit se poursuit jusqu’à Tunis : il ne faut donc pas bouder son plaisir !

 

Pour la 2e bataille d’El Alamein :

El Alamein, bataille de soldats, écrit par C.E. Lucas Phillips. Un récit complet et réussi selon le point de vue britannique, de nouveau par un vétéran et témoin des faits. Si les deux premières batailles sont rapidement expédiées, la seconde bataille d’El Alamein est expliquée en détail, notamment ses préparatifs et la question épineuse de la neutralisation des champs de mines.

 

 

 

3 LIVRES ECRITS PAR DES AUTEURS FRANCAIS

 

           

Les lecteurs francophones ont la chance d’avoir trois ouvrages à leurs dispositions : par ordre de parutions, celui d’Yves Buffetaut (Histoire & Collections), de 160 pages, celui de François de Lannoy (Heimdal), également de 160 pages, et celui de Cédric Mas (Heimdal/Uniformes) d’environ 110 pages.

Ces trois livres sont très bien illustrés, tous avec des clichés fort différents (celui de C. Mas se distingue par son iconographie exceptionnelle et inédite). Les cartes sont nombreuses (un peu moins chez Buffetaut mais ce dernier bénéficie des superbes profils de véhicules de Jean Restayn), superbes dans celui de C. Mas. Ces livres se complètent donc et les propos sont sérieux. De Lannoy passe rapidement sur la 1ère bataille d’El Alamein, alors que Buffetaut lui accorde près de la moitié de son texte. En revanche, le premier est le seul à envisager la retraite jusqu’en Tripolitaine. Mas n’accord également que peu de détails au déroulement de cette 1ère bataille. Dans les trois livres, de longs passages sont accordés aux préparatifs des offensives et à la présentation des armées. On préférera nettement la prose de Buffetaut.  Le récit de Mas, qui se veut plus savant (bien que les lecteurs habitués aux travaux en langue anglaise n’y trouvera guère d’informations nouvelles, mais les infos sont très éclairantes pour les autres), bien que marqué par une inclinaison par trop marquée pour Montgomery (cf certains passages de la biographie du même auteur chez Economica quoique l’ouvrage ne soit sans intérêt), est toutefois solidement étayé.

Le meilleur livre en français est celui de Buffetaut. Mais, faute de pouvoir acquérir son ouvrage désormais épuisé, les deux autres, qui ne font pas double-emploi : le mieux étant de se les procurer tous.

 

Enfin, les lecteurs pourront se référer aux longs chapitres que je consacre à la grande bataille dans mon livre, L’Afrikakorps. L’armée de Rommel, publié chez Tallandier en 2013, ainsi que dans mon Rommel paru chez Perrin en 2018. Ils y trouveront de nombreuses informations et réflexions, ainsi qu’une présentation inédite des enjeux de la bataille : quid de la défense de l’Egypte et des conséquences d’une invasion du pays par Rommel ?

 

7 LIVRES POUR DES INFORMATIONS COMPLEMENTAIRES

Une fois ces premières lectures effectuées, un lecteur passionné peut aller plus loin.

Un livre relativement concis (240 pages tout de même), mais à lire. Jacobs donne pourtant des chiffres douteux : 500 000 soldats italiens en Libye en juin 1940, 278 tanks britanniques détruits pendant l’opération « Crusader »… Cela n’enlève rien à l’intérêt de ce livre. La bataille est abordée par des thèmes, parfois originaux :

-The War in North Africa, 1940-43:an overview of the role ot the Union of South Africa par James Jacobs
-Training the troops: the Indian army in Egypt, Eritrea and Libya, 1940-42 par Alan Jeffreys
-The part we played in this show, Australians and El Alamein par Peter Stalney
-Non Model Campaign: the Second New Zealand Division and the battle of El Alamein, october-December 1942 par Glyn Harper
-The Free French in the Battle for North Africa, 1942:Military Action and its political presentation par Rémy Porte
-Between History and Geography: the El Alamein Project:Research, Findings, and Results par Aldino Bondesan
-Silent Service: The Royal Navy and the Desert Victory par Nick Hewitt
-Feeding the Fortress: Malta, Summer 1942 par Thomas Scheben
-The Highest Rule:Rommel as Military Genius par Antulio J. Echevarria II
-High Command in the Desert par Niall Barr
-Alexandrians Tell their Story: Oral narratives of the War in North Africa 1940-43 par Mohamed Awad and Sabar Hamouda
-The Battle of El Alamein: Impressions of a young Schoolboy in Alexandria par Harry Tzalas

 

 

The Phantom Army of El Alamein : Un très bel ouvrage de Rick Stroud sur les manœuvres de déception au cours de la bataille, à commencer par l’opération « Bertram ».

El Alamein : Great Battles, par Simon Ball : Une belle petite surprise que cet ouvrage. Ce livre traite de la postérité de la bataille, de la légende forgée depuis 1942 (à ce propos voir aussi La légende de Montgomery par R.W. Thompson. Il est certes question de tactique et de stratégie, mais on aborde aussi la couverture par la presse, les maisons d’édition ainsi que le cinéma.

 

Combat and Morale in the North African Campaign. The Eighth Army and the Path to El Alamein de Jonathan Fennel est certes un véritable travail d’historien basé sur des sources sérieuses. L’auteur met en valeur l’importance du moral mais semble y accorder une place démesurée et Montgomery apparaît alors comme le seul général qui aurait eu la capacité d’avoir un impact décisif en ce domaine. La somme de travail de Fennell reste cependant impressionnante et son propos ne manque pas de pertinence à l’occasion.

 

 

 

     

Forgotten Voices : Desert Victory de J. Thompson et El Alamein. The Story of the Battle in the Words of the Soldiers sde J. Sadler ont de beaux compléments aux lectures pré-cités : une fois la bataille bien connue, il est indispensable de lire les témoignages. L’inverse est plus problématique.

 

Terminons par The Men Behind Monty, de Richard Mead. Ce livre très réussi nous plonge dans le fonctionnement d’un état-major, celui de Bernard Montgomery, non sans avoir présenté ce qui avait cours avant lui au sein de la 8th Army, sous le commandement de Claude Auchinleck. Le grand mérite est de dévoiler des méthodes de commandement ainsi que de faire connaître des individus injustement méconnus. Passionnant, d’autant que le « style » Monty et ses réussites est bien mise en avant sans dithyrambisme déplacé.

 

 

Recension « La Guerre du Désert. 1940-1943 », ouvrage collectif, Editions Perrin, 2019

La Guerre du Désert. 1940-1943, ouvrage collectif, Editions Perrin, 2019, 347 pages

Présentation du livre

Un bon livre qui est un excellent complément à mon Afrikakorps. L’armée de Rommel, ainsi qu’aux nombreuses pages que je consacre à la guerre du désert dans mon Rommel, paru en 2018 chez Perrin.

Le lecteur qui attendrait la somme sur les opérations militaires menées en Afrique du Nord pendant la Seconde Guerre mondiale doit passer son chemin: tel n’est pas le propose de l’ouvrage.  Le titre est donc un peu trompeur, mais le 4e de couverture recadre et resserre le sujet. L’ouvrage, outre qu’il attire l’attention du public pour cette page méconnue de la guerre, ne manque pourtant pas d’intérêt car il apporte des éléments sur des thèmes méconnus.

Un constat s’impose: aucun spécialiste de la guerre du désert en temps que telle ne figure parmi les auteurs de ce livre.  En revanche, plusieurs des auteurs de cet ouvrage collectif sont incontestablement des spécialistes des sujets qu’ils traitent dans le livre, sujets que nous évoquons plus loin. Notons toutefois au passage l’expression passablement étrange de « guerre des sables », que je découvre dans ce livre après des décennies de lectures sur la guerre du désert…

Les auteurs maîtrisant le sujet se retrouvent dans la presse spécialisée, ainsi que dans les maisons d’édition qui abordent sérieusement la question militaire. J’ai pour ma part écrit beaucoup d’articles sur la guerre du désert, parfois sur des sujets inédits, ou selon une approche originale. Quid de Vincent Abarétier et de son excellent Rommel et la stratégie de l’Axe en Méditerranée? De Jacques Belle et de L’opération Torch et la Tunisie? De Christophe Prime et de Les commandos SAS?  Ma synthèse, Afrikakorps, l’armée de Rommel, n’apparaît nulle part non plus, pas plus que mon Rommel publié chez le même éditeur que cette Guerre du Désert. J’y aborde pourtant des sujets les plus divers traités fort différemment ici, voire pas du tout.

Après une introduction intitulée « Nouveaux regards sur la guerre du désert », le livre comporte 9 chapitres plutôt prometteurs : « Une définition », « Afrique du Nord et stratégie planétaire », « L’Afrique du Nord: un enjeu colonial », « Les chefs », « Combattants du désert », « Une guerre non européenne: les troupes des colonies et des Dominions », « Guerre et violence en Afrique du Nord », « Les populations civiles dans la guerre du désert », « La guerre du désert dans la mémoire collective ».

Le chapitre d’introduction cherchant à définir la guerre du désert est intéressant. On y rappelle combien le mythe Rommel a biaisé les perspectives et notamment l’appréhension de la campagne du point de vue des Italiens. En revanche, les auteurs ont tort de penser que les interactions avec les autres fronts ont été jusque-là négligés, tous mes écrits tendant à l’inverse (et au-delà de la guerre du désert pour ce qui est de la guerre en Méditerranée). J’apprécie qu’on souligne que Bir Hakeim ne constitue nullement une victoire (page 18), en dépit de la légende qui entoure toujours cet épisode (qui reste un fait d’armes de premier plan). Je ne suis en revanche pas sur la ligne de l’ouvrage quand il estime qu’une importance exagérée est accordée à l’aspect militaire de la guerre du désert du fait que les études se concentrent sur l’affrontement en Egypte-Libye au détriment de l’opération « Torch » et des préparatifs de celle-ci. Nullement : au contraire, c’est bien la campagne de Tunisie (une bataille) qui est négligée. Les travaux qui lui sont consacrés ne font la part belle qu’aux affaires politiques franco-françaises, ou alors à la seule opération « Torch » stricto sensu, c’est-à-dire le débarquement en Afrique du Nord française, ce qui n’est pas la même chose que la campagne de Tunisie. Pour trouver une description de celle-ci (donc des faits militaires) en français, il faut lire les pages que j’y consacre dans Afrikakorps, Patton et Rommel, mais surtout, à l’aide d’archives militaires inédites, dans mon hors-série consacré à la 5. Panzerarmee (la nouvelle armée de l’Axe qui est engagée en Tunisie après « Torch »), ainsi que plusieurs articles sur des aspects méconnus la campagne de Tunisie. Les auteurs vont également trop loin en affirmant que le rôle des Américains dans la guerre du désert a été sous-évalué (page 20). Une question que j’aborde aussi dans mes deux articles sur les mythes d’El Alamein et de Kasserine.

Il reste que les auteurs traitent de façon professionnelle et documentée des sujets effectivement négligés. Les populations civiles sont en effet rarement évoquées, parfois pas du tout. Parmi les pages les plus instructives, celles consacrées à la politique raciale italienne et les mesures antisémites qui furent prises en Libye par le gouvernement fasciste. Des faits méconnus qui méritent toute notre attention. Alors que j’ai toujours cru que les lois antisémites italiennes n’avaient eu somme toute que des effets limités en Italie, l’incarcération des Juifs de Libye et leur déportation hors de Cyrénaïque, ainsi que l’existence du camp de Giado à 250 km au sud de Tripoli, sont des révélations pour moi.

Quand il s’agit d’évoquer « Afrique du Nord et stratégie planétaire », il est juste de souligner qu’il s’agit d’une guerre pour la Méditerranée, qui vise à atteindre de plus vastes objectifs. Il également juste dans le chapitre « L’Afrique du Nord: un enjeu colonial », d’écrire que « depuis des siècles, en matière militaire, Britanniques, Français et Portugais avaient levé des troupes issues de certaines colonie pour réprimer des troubles survenus dans d’autres territoires ultramarins. » Par dimensions coloniales, les auteurs entendent des considérations d’équilibre impérial, les revendications coloniales, la question de l’utilisation des troupes coloniales et les influences mutuelles des empires coloniaux. Des pages captivantes sont consacrées à ces aspects de la campagne.

Le chapitre « Les populations civiles dans la guerre du désert » apparaît d’emblée comme original, et il tient ses promesses, si ce n’est que le cas des Egyptiens (pourtant le plus nombreux) est pour le moins malheureusement négligé. L’auteur de cette partie a raison de souligner « l’hétérogénéité et la complexité des sociétés coloniales », mais il se trompe en estimant que celle-ci est peu nombreuse en Egypte, où elle serait avant tout celle de militaires britanniques: c’est méconnaître la diversité culturelle de l’Egypte d’avenant Nasser et des importantes communautés européennes, à commencer par les Grecs. De même, partager les autochtones entre Arabes et Berbères est un peu court: qu’entend t’on par « Arabe »? Musulmans ou chrétiens, les ancêtres des Egyptiens sont avant tout ceux qui vivaient dans leur pays à l’époque pharaonique…   Quand, page 255, il est écrit que le fait que les bombardements du Caire aient été limités démontrent « qu’un respect pour la population et les institutions musulmanes reste subordonnée aux objectifs de guerre », on semble oublier que les Egyptiens sont loin d’être tous musulmans… Ce ne sont que des détails dans un chapitre fort instructif. On suit notamment l’auteur quand il affirme que « pour beaucoup de Nord-Africains, la capitulation du Reich ne signifia pas la fin des combats. »

Le livre aborde aussi la question des crimes commis à l’endroit des prisonniers, sujet que j’ai également déjà moi-même abordé. La question du mythe de « la guerre sans haine » en Afrique du Nord n’est pas nouvelle car j’y consacre un long chapitre dans mon Afrikakorps. L’armée de Rommel, avec plus d’exemples concrets de forfaits commis entre soldats. J’y aborde aussi la question du degré de nazification de l’Afrikakorps, sujet qui n’a pas retenu l’attention des auteurs.Les exemples que l’on a dans le présent ouvrage, La Guerre du Désert, sont cependant précis et pertinents. Obliger des détenus à se passer d’eau en zone désertique et les dépouiller de leurs manteaux alors que les nuits du désert peuvent être glaciales, ou encore collecter de fores tous les objets précieux qu’ils portent, constituent indubitablement des preuves d’une absence de « guerre sans haine », sans parler des humiliations publiques (notamment de pilotes de bombardiers alliés) , ainsi que des maltraitances prenant leur origine dans l’origine ou la couleur de peau des prisonniers. Les Italiens sont allés jusqu’à disposer de véritables instruments de torture. L’auteur aborde avec bonheur la façon dont l’historiographie a traité cette épineuse question des crimes, et de conclure que la guerre du désert fût une guerre « dont les violences et la haine raciale font partie intégrante.

Je ne vais pas résumer les chapitres sur les colonies, les peuples colonisés, leur implication et les crimes qu’ils ont subi: les chapitres du livre ont tout leur intérêt, même si une part non négligeable des récits déborde du cadre de la guerre du désert et traite d’événements antérieurs, dont la connaissance est cependant éclairante et nécessaire à la compréhension de ce qui suit pendant la guerre (mais ne saurait entrer dans le cadre d’une remise en cause de la « guerre sans haine » car hors contexte de la lutte menée en 1940-43). Parmi mes passages préférés: « Les coûts cachés » (pages 175-180) dans « Une guerre non européenne », ainsi que le chapitre « Guerre et violences en Afrique du Nord »Le fait de souligner que les déboires des armées des puissances coloniales en Afrique du Nord ont eu auprès des populations locales colonisées un impact comparable à celles qu’eurent en Inde, Birmanie, Indochine ou Indes Néerlandaises les défaites subies face aux Japonais est pertinente.

Le chapitre  « La guerre du désert dans la mémoire collective » n’est pas inintéressant, mais il très décevant. Il y est essentiellement question de généralités (notamment franco-françaises) sans aucun lien sur la guerre du désert. Quant à la mémoire sur le champ de bataille, rapidement évoquée en fait, elle se concentre surtout sur les nécropoles allemandes, sans un mot sur les cimetières britanniques, ni les stèles ou les musées. Concernant l’Afrique du Nord française, qui obsède trop les auteurs de ce livre, il n’est bizarrement pas évoqué le fait que les FFL et les soldats de l’Armée d’Afrique, séparés jusque par-delà la mort,  ne reposent pas dans la même nécropole. Un élément que je rappelle dans mon Afrikakorps.

 

Erreurs constatées et remarques diverses

Je passe maintenant aux erreurs décelées dans l’ouvrage. Disons le d’emblée: ces coquilles, erreurs et imprécisions ne gâchent en rien la lecture d’un livre qui sort en effet des sentiers battus et qui constitue, je le rappelle, un excellent complément aux ouvrages français -pas si nombreux- qui traitent de la guerre du désert. Ces remarques se veulent constructives.

Par deux fois, la date de la chute de Tobrouk est erronée (le 18 juin page 121!), alors qu’il est vraiment aisé de la connaître… Page 27, un des auteurs prétend qu’il envoie des troupes en Grèce alors qu’il négocie le lancement de « Torch » avec les Amériacins est surprenant à ce niveau : la campagne de Grèce c’est en avril 1941 (les Etats-Unis ne sont pas encore en guerre) et « Torch » est lancée en novembre 1942… Et cela continue en affirmant que l’Axe garde l’initiative stratégique « jusqu’à la plus grande partie de 1942. » Sur ce dernier point, c’est passer sous silence l’opération « Crusader ».

Page 27, arguant un peu rapidement que la Méditerranée ne fût jamais « centrale » dans les conceptions stratégiques des grands décideurs (c’est faire peu de cas de Churchill…), il est bien hasardeux d’écrire « voilà qui explique pourquoi les diverses puissances concernées n’envoyèrent jamais des effectifs suffisants pour sortir les leurs de l’impasse, qu’il s’agisse des forces de l’Axe ou de celles du Commonwealth ». C’est évidemment discutable en ce qui concerne les Britanniques, qui, outre engager des moyens non négligeables, ont manqué certaines occasions, d’autant qu’il faut rappeler qu’ils ont surtout dû compter avec toutes les crises survenant dans les territoires du Middle East Command.

Quand un  des auteurs affirme que la mortalité n’est pas très élevée sur ce front, c’est indéniable, mais il faut toutefois tempérer en soulignant que celle-ci peut devenir très importante dans un laps de temps resserré, lors des grands affrontements, comme à El Alamein. Certes, on ne saurait comparer à Stalingrad ou à la guerre des haies…

Pour ce qui est des tactiques, page 30, il faut savoir que les « Jocks Columns« , qui furent un concept malheureux face à l’Afrikakorps, sont spécifiquement britanniques, et ne comportent pas de chars, et qu’il ne faut pas les comparer aux Kampfgruppen allemands.

Quant aux Panzer, il conviendrait de distinguer les différents modèles de Panzer III et IV car les versions respectives J et F2, avec canons longs, représentent un grand changement. Tous les modèles (hors canons longs ) sont engagés dès le début de la campagne, et les Panzer II se trouvent encore dans l’ordre de bataille de la 10. Panzer-Division qui débarque en Tunisie.

Page 31: « en somme, quoique de manières ou à des degrés divers, tous se révélèrent mal préparés à la guerre du désert, qu’elle qu’ait été leur nationalité ». C’est en fait le début de cette phrase qu’il faut retenir, car il revient à tempérer complètement la suite, ce qui fait perdre tout son sens à la phrase (à mes yeux). Page 110, on affirme au contraire que les Britanniques ont l’expérience de la guerre du désert, en évoquant Allenby et, face à l’Afrikakorps, le combat mené contre les Italiens en 1940. Quant aux Allemands, il s’y adaptent rapidement très bien…

L’absence d’intérêt des nazis pour l’ancien empire colonial du Reich porte à caution. Je renvois à ce sujet à l’article « Kolonial Wehrmacht » paru dans « Ligne de Front » N°41.

Page 60: le 6 avril, « Wavell ordonna à ses troupes un repli de 480 km par la route côtière jusqu’au port de Tobrouk. » Le 6 avril, en effet, alors que Mechili est encerclée, que l’Afrika Korps s’empare d’O’Connor et que la Wehrmacht se lance à l’assaut de la Grèce et de la Yougoslavie, Wavell prend la décision lourde de conséquences pour Rommel de ne pas abandonner Tobrouk à l’ennemi. Mais le kilométrage est à revoir (on a plutôt l’impression que cela prend en compte le repli depuis El Agheila)… Il s’en est fallu d’ailleurs de peu que les Australiens soient encerclés dans la Djebel Akhdar.

Page 63: après avoir évoqué l’échec de Rommel devant Tobrouk en mai 1941, l’auteur affirme « les Britanniques s’abstinrent de contre-attaquer jusque tard en novembre 1941 (opération « Crusader »), mais quand ils le firent, ce fut avec des moyens importants ». Une erreur impensable à ce niveau: quid donc de « Bevity » et de « Battleaxe », qui coûtent à Wavell son poste?

Le même auteur écrit ensuite que l’Axe est chassé de Libye au début de 1942: non, de Cyrénaïque seulement, ce qui n’est pas la même chose…

Page 122: on est presque à s’étrangler en lisant que, comparé à Auchinleck, Wavell était diplomate dans ses échanges avec Churchill …

Page 124: on peut discuter que Hitler ait eu raison de limiter les ambitions de Rommel en  regard de ses buts de guerre et de la campagne de Russie. C’est oublier que la seule alternative à l’impasse du front de l’Est se trouve en Méditerranée.

Quant à l’intervention de Churchill en Grèce, rapidement reprise à son compte par Wavell, elle prend ses racines dans des considérations politiques (l’Angleterre doit montrer qu’elle représente un allié fiable; sans oublier qu’il convient de démontrer à la Turquie que la Royaume-Uni continue la lutte et reste présent en Méditerranée), et non dans la simple idée de ne pas laisser la Grèce seule face à la Wehrmacht.

Page 107:on affirme que le front de l’Est est « responsable en premier chef de la défaite du Reich ». Cela mérite d’être explicité. Je suis d’un avis plus nuancé car le « second front » n’a pas été ouvert en 1944 en Normandie: cf ici.

Page 109, concernant Rommel: « Limite à son talent, le général allemand ne comprenait pas la nécessité du travail d’état-major, pas plus qu’il ne saisit l’importance de la coordination avec les forces aériennes. » Ce dernier point me paraît suspect: d’où provient cette idée que Rommel n’entend rien à la coopération tactique avec la Luftwaffe?

Page 110, à propos des Britanniques: « Du coup, les chars ne furent jamais pleinement acceptés », et de poursuivre en évoquant le partage entre les modèles de tanks d’infanterie et ceux de cavalerie. Ce n’est pas la même chose que de ne pas « accepter » les tanks… Quid de Liddell Hart, de Hobart ou Fuller? Wavell démontre d’ailleurs qu’il n’est pas béotien en la matière (contrairement à Montgomery).

Churchill ne s’est pas non plus rendu au Caire en août 1942 pour remplacer Auchinleck par Montgomery (page 67), les changements de commandements qui surviennent étant beaucoup plus complexe: en tout état de cause il n’est pas encore question de Montgomery pour l’Egypte lorsque Churchill s’envole vers le Moyen-Orient. Page 146, il est question de la « disgrâce » d’Auchinleck parce que ce dernier n’aurait pas su enrayer la crise du moral et les défaites.

Page 110:  Parlant de l’armée britannique, l’auteur écrit après avoir évoqué les déboires subis en Europe en 1940-41, que « celle-ci alignait des hommes faiblement entraînés ». Non, les premières unités engagées dans le désert ne comptaient que des soldats de l’armée régulière, ou des volontaires…

Page 113 et page 127: citer Streich puis Kirchheim, limogés par Rommel, pour évoquer les talents de général de celui-ci peut poser problème si on ne prend pas un peu de recul. Rommel tenu responsable de ses difficultés, certes, mais il s’en est fallu de peu qu’il gagne de vitesse les Australiens à Tobrouk.

Page 130: en parlant de la guerre du désert, mais sans doute plutôt de la campagne de Tunisie, il est affirmé que les chefs durent « affronter de nouveaux problèmes, en gérant des alliances complexes, en répondant aux ingérences du pouvoir politique, en exerçant un nouveau style de commandement ». A voire pour ce dernier point. Et que dire alors de l’ABDACOM et du Pacifique?

Page 118: On prête 40 à 50 000 hommes au DAK et 130 à 150 000 soldats aux Italiens. Cela ne correspond à rien… Les chiffres ont été beaucoup plus variables avec le temps et il faut que l’auteur sache s’il compte les hommes présents en Libye/Egypte ou bien sur la ligne de front…

Sur cette même page, évoquant le repli de novembre 1942 par rapport à celui de décembre 1940-février 1941, l’auteur ose comparer Graziani et Rommel en écrivant que l’Italien avait tenu la Cyrénaïque plus longtemps que l’Allemand… Les circonstances n’ont rien à voir (même sans « Torch »), pas plus que les moyens des deux armées. La comparaison n’a donc pas lieu d’être.

Page 120: El Alamein est présentée comme « dernière victoire purement britannique de la guerre »!!! Je vois les choses tout autrement dans mon articles sur les mythes de la bataille d’El Alamein.

Ecrire qu’il n’y eu aucune camaraderie entre les deux partenaires de l’Axe, que la hiérarchie ne fût jamais respectée ni clairement définie et que cela n’a mené qu’à des divergences pour les opérations, avec un manque de coordination afférent est un peu rapide. Quid des Alliés  ‘Américains/Britanniques; Français/Alliés, etc) et des tensions entre Allemands (Rommel/Crüwell; Rommel/Kesselring; Rommel/Arnim…).

Page 131: le désert fascine les soldats de toutes les contrées « qui ont foulé ses dunes ». Sauf que la plus grande partie du désert ce n’est pas des dunes; quand on a un véhicule, on les évite à tout prix.

Page 132: « Les premières troupes britanniques, australiennes et indiennes de la Western Desert Task Force se révèlent particulièrement adaptées aux combats de la guerre du désert. » Et d’ajouter que les « 36 000 hommes commandés par le général Wavell sont en effet pour l’essentiel de soldats chevronnés. » Il s’agit en fait de la Western Desert Force (pas de « Task »: on n’est pas chez les Américains). Le commandement de cette formation échoie au général O’Connor, Wavell, CIC Middle East, disposant in fine de bien plus de troupes, en Egypte, en Afrique orientale et en Palestine en novembre 1940.

Page 133: étrange l’oubli de la Folgore dans la liste des unités italiennes dont l’efficacité est largement reconnue. Pour les autres, il faut insister avant tout sur l’Ariete. On aurait ou également citer la Centauro.

Page 138: « Mais si dans le désert l’été est brûlant, l’hiver est froid et humide. » Ce dernier point est risible concernant l’Egypte ou la Libye, même s’il peut pleuvoir très très occasionnellement (cf début de « Crusader » ou poursuite à El Alamein) et qu’il fait effectivement froid la nuit. Non, c’est en Tunisie que les combattants doivent subir un « hiver froid et humide ».

« Les vents modifient tout d’abord la topographie en déplaçant les dunes, faisant et défaisant les vallées et les pistes, ce qui contribue à désorienter les soldats. »!!!!! Cela me semble exagéré, sauf peut-être dans le souvenir de méharistes en poste au fin fond du Sahara. Certainement pas sur la bande côtière jusqu’à une centaine de kilomètres de profondeur! Je serais curieux de la réaction que Ralph Bagnold, spécialiste des dunes (géologue, ce militaire est aussi un scientifique qui sera consulté pour Mars) et créateur du LRDG, aurait eu face à cette affirmation…

Page 139: l’alimentation est monotone sur tous les fronts. Quant à la question des légumes frais, il faut tempérer selon le secteur. L’auteure évoque ensuite les NAAFI et la « puissance économique des Alliés » pour expliquer comment la troupe a pu améliorer l’ordinaire. Cela semble concerner plutôt la Tunisie. Mais quid du troc avec les autochtones en Libye et en Egypte?

Page 142: en évoquant le quotidien dans le désert, on explique qu’une unité (il est écrit « caravane »). « Elles parcourent parfois plus de 150 kilomètres dans la journée ou doivent se contenter de 50 kilomètres, en fonction de la qualité des pistes et des aléas mécaniques. »

Page 143: « la pauvreté aggravée par le conflit »? Au contraire, l’économie est stimulée en Egypte, mais l’auteure pensait peut-être au Maghreb, voire à la Libye.

Page 152: « En dépit de l’évacuation d’hommes et de matériel vers la Sicile, la défaite en Afrique du Nord affaiblit sensiblement l’Axe qui perd plus de 600 000 hommes dont plus de 250 000 prisonniers. » Non, les 250 000 prisonniers correspondent à la seule campagne de Tunisie: la plupart des 600 000 pertes de l’Axe en AFN sont des prisonniers (cf « Compass » et 1ère campagne de Libye, « Crusader » et El Alamein).

Page 156: « Contrairement à leurs camarades du Royaume-Uni, les hommes des Dominions, dans leur écrasante majorité, n’étaient pas des volontaires mais des conscrits. » C’est l’inverse! Les Australiens et les Néo-Zélandais sont tous des volontaires.

Page 157: prétend que les Canadiens ne s’engagent pas en Afrique car ils sont conscients des difficultés de recrutement… Je ne vois pas en quoi le problème ne sera pas plus d’acuité en Europe, en Italie comme en Normandie (et il le sera)…

Page 159: concernant les troupes coloniales françaises en AFN. « Elles restèrent à l’écart des combats jusqu’en 1943, au contraire des Forces françaises libres recrutées dans la zone subsaharienne de l’Afrique. » Il aurait été bon de rappeler que les FFL qui se battent au Moyen-Orient et en Afrique proviennent des quatre coins de l’empire, notamment du lointain Pacifique.

Le plus beau arrive page 165: « Trente corps de troupes allaient être engagés au combat d’infanterie d’El Alamein », et de détailler ces divisions les quatre qui lancent en effet l’assaut au nord du front le 23 octobre 1942)… Non! Il ne s’agit pas de trente corps, mais du XXX Corps!

Page 182: Le surnom de « renard du désert » pour Rommel ne date pas de l’après-guerre

 

Un dernier mot

Un certain nombre d’erreurs ou d’imprécisions qui n’entâchent pas la qualité du travail. J’ai évoqué dans un article la nécessaire polyvalence de celui qui écrit l’histoire militaire. Ce n’est pas le cas des auteurs de cet ouvrage, peu versés sur l’aspect militaire de la question. Mais, encore un fois, tel n’était pas leur propos ni leur objectif.

Le propos global reste pourtant très intéressant et, il faut le dire, souvent innovant. Au final, remercions Nicola Labanca, David Reynolds et Olivier Wieviorka d’avoir eu cette heureuse initiative qui permet de mettre en valeur la guerre du désert, trop souvent oubliée.

Ecrire l’histoire : de l’usage des témoignages.

Ecrire l’histoire : de l’usage des témoignages

 

Quelle valeur accorder au témoignage et comment l’utiliser dans la rédaction d’un ouvrage ? Chaque historien a son style. Mes lecteurs savent que j’accorde beaucoup d’importance à l’anecdote et au récit de témoins qui émaillent les pages de mes ouvrages. Question de personnalité mais aussi sans doute faut-il y voir un lien avec le fait que je sois professeur car c’est précisément ce genre d’attendus qu’ont mes élèves : sentir le vécu, « vivre » l’Histoire. J’écris également les ouvrages que j’aimerais lire. Examinons la question de l’utilisation des témoignages en basant notre propos sur des exemples concernant la bataille de Normandie et la guerre du désert.

 

Témoignages et témoignages

Il faut d’abord avoir à l’esprit qu’il existe plusieurs types de témoignages : écrits ou oraux, mémoires, carnets ou journaux personnels, lettres, interviews dans les médias. La question de la raison pour laquelle le témoignage a été donnée est primordiale : l’intéressé a-t-il conscience que ce qu’il écrit va être diffusé ? L’a t-il écrit à son usage personnel ? Dans le cas des lettres, a–t-il tenu compte de la censure ? La distance entre l’événement relaté et le moment où le témoignage s’effectue est également à prendre en compte : le témoin a t-il oublié des détails ? Sa mémoire est-elle par trop sélective ? Ment-il par omission ? Est-il influencé par d’autres témoignages dont il a pu prendre connaissance au fil des années ? Est-il influencé par la présence de certaines personnes qui l’écoute ou encore par la tournure et le choix des questions de l’interviewer ? Les erreurs factuelles sont également très nombreuses dans les récits et elles sont souvent facilement repérable par le spécialiste. L’historien, ou celui qui prétend faire œuvre d’histoire, se doit de tenir compte de tous ces éléments, comme il doit aussi voir à l’esprit la personnalité de la personne concernée : les options politiques et les croyances religieuses, la profession, le grade, l’âge, la situation familiale, etc, ne sont pas sans incidences sur la validité des informations données (constat qui vaut également pour l’historien qui lui-même produit d’une certaine éducation et de son vécu). Certains textes posent problème car ils sont absolument fictifs : c’est l’impression que m’a toujours donné le  Journal d’un soldat de l’Afrika-Korps  de Claus Silvester (Editions de la Pensée Moderne, 1962). Que dire également des dialogues inventés dans de nombreux ouvrages, à l’instar de ceux de Jean Mabire ?

 

Le tout témoignage

Les ouvrages sont parfois basé sur la seule idée de témoignage : ce peut donc être une autobiographie ou encore des mémoires. On peut également citer le cas de journaux personnels entièrement publiés. L’accumulation des extraits de témoignages rend parfois la lecture malaisée pour le profane : même si un petit prologue exposant le contexte est parfois ajouté en tête de chapitre, il faut bien connaître une bataille pour en apprécier au mieux le compte-rendu par les seuls témoins. Parmi ce type d’ouvrages, de lecture par ailleurs fort enrichissante, notons  Ils étaient à Omaha Beach  et  Ils étaient à Utah Beach  de Laurent Lefebvre (American D-Day Edition, 2004).  Villes normandes sous les bombes (juin 1944) , par Michel Boivin, Gérard Bourdin et Jean Quellien (Presses Universitaires de Caen et Mémorial, 1994) nous livre de son côté les témoignages, à partir notamment de journaux intimes, des bombardements vécus par les civils normands (un extrait du journal de mon grand-père illustre le cas de Pont-l’Evêque). Pour la guerre du désert, citons simplement Forgotten Voices. Desert Victory  par Julian Thompson (Ebury Press, 2011). Dans ces exemples, la place est laissée aux sentiments, à l’émotion, au ressenti, à la mémoire, plus qu’à l’Histoire. Certains ont cru faire de l’histoire en livrant des témoignages : mais en l’absence de questionnement et de prise de recul par rapport à la source, ce n’est pas le cas, ce qui ne retire en rien la qualité ou l’intérêt du travail (fait-on de l’Histoire en livrant brut un texte non retravaillé ?).

Moins rébarbatif –car il ne s’agit pas d’extraits entrecoupés- est le récit de toute une campagne ou de toute une guerre par un soldat qui l’a vécu et qui nous rapporte ses souvenirs. Certains sont publiés juste après les événements : citons, pour les amateurs des « raiders » du désert, Born of the Desert. With the SAS in North Africa  de Malcom James (Collins, 1945) ou encore  Patrouilles du désert  de Kennedy Shaw (Berger-Levrault, 1951), par ailleurs un des anciens cadres du LRDG. Vivants et bien écrits, ces ouvrages se lisent comme des romans. Mais on pourra leur reprocher leur trop grande proximité avec les événements relatés.

 

L’objectivité en question

L’objectivité du récit : presque une Arlésienne dans les livres historiques. Quand le lecteur tourne les pages  Fighting the Invasion, Fighting in Normandy et Fighting the Breakout  de David C. Isby (Greenhill Books, 2000, 2001 et 2004), il découvre les témoignages de hauts gradés allemands, parmi les plus importants ayant combattus en Normandie, récoltés par l’armée américaine peu après la guerre. Rommel face au Débarquement  de Friedrich Ruge (Presse de la Cité, 1960) est également le témoignage direct d’un des acteurs. Certes, ce dernier peut être soupçonné de trop de compassion envers son ancien chef, quant aux autres, n’auront-ils pas une forte propension à minimiser leurs erreurs ? Leur point de vue est cependant des plus importants. Leur vision des événements et les éléments qu’ils apportent peuvent s’avérer essentiels. Mais il faut souvent les recouper avec d’autres éléments. Toutefois, quand un historien apporte son concours avec une introduction, en annotant et en commentant, comme c’est le cas de Samuel W. Mitcham avec les souvenirs de Hans Eberbach dans  Panzers in Normandy  (Stackpole, 2009)

Pour plus d’authenticité, on préférera les publications de notes, journaux, carnets ou lettres non retravaillés par l’auteur en vue d’une publication comme le très intéressant Mon père, l’aide de camp du général Rommel  de Hans-Joachim Schraepler (Privat, 2007). Même intérêt pour les carnets de Frank Jopling, du LRDG, publié sous le titre Bearded Brigands  par Brendan O’Caroll (Pen & Sword Books Ltd, 2003). Plus long,  Für Rommels Panzer durch die Wüste  (Brienna Verlag, 2010), le journal d’Hellmuth Frey nous fournit d’emblée un texte sans ajouts ultérieurs. Ecrits dans le vif de l’action, ces textes souffrent de la limite de celui qui n’embrasse pas toute l’action mais donnent les véritables réflexions et impressions du témoin et ce qu’il l’a le plus marqué au moment des faits, et non 10, 20 ou 70 ans plus tard.

Pourtant, l’historien peut lui-même être un acteur du récit relaté. Ce qui n’empêche en rien la qualité du travail de recherche et de réflexion. Ainsi, je recommande vivement la lecture de Tobruk . The Birth of a Legend  de Frank Harrison (Cassel, 1996) et plus encore de Dance of War. The Story of the Battle of Egypt  (Leo Cooper, 1992) écrits tous deux par des anciens de la 8th Army. Ces deux récits pourront être complétés par les témoignages d’Australiens donnés dans Desert Boys  de Peter Rees Allen & Unwin, 2011), preuve que l’ouvrage de témoignages trouve facilement son intérêt quand il est associé à un livre plus général. Dans le camp adverse, l’excellent Rommel’s Intelligence in the Desert Campaign  d’Hans-Otto Behrendt, très vivant et documenté, permet de comprendre ce que pouvait savoir Rommel et s’appuie non seulement sur les souvenirs de ce responsable des renseignements mais aussi sur des documents d’archives.

 

Les récits gênants ou biaisés

Le témoignage peut également perdre de sa valeur quand l’historien qui le réceptionne ou l’utilise commet de erreurs, des contresens ou bien encore cherche à orienter le lecteur dans une certaine direction. Un célèbre auteur haut-normand agrémente ses nombreux ouvrages sur la bataille de Normandie de photographies et de témoignages inédits, ce qui en fait leur intérêt (outre parfois des opérations relativement peu traitées). Mais on déplorera qu’aucune distance ne semble mise avec les témoignages de soldats allemands, y compris de SS, un travers qui se retrouve également chez certains auteurs de maisons d’éditions connues. La fiabilité du témoin peut être sujette à caution quand il défend une thèse ou qu’il cherche sciemment à passer sous silence des événements bien compromettants. Certains ouvrages trahissent ainsi une sympathie non feinte de l’auteur pour des individus a priori peu sympathiques. Chez certains auteurs, les témoignages de crimes de guerre sont prétexte à placer toutes les armées au même niveau (on retrouve la même dérive actuellement à propos des conflits au Moyen-Orient). Paul Carell, ou plutôt Paul Karl Schmidt, ancien SS du service de propagande, multiplie les contre-vérités, les approximations et une présentation par trop dithyrambique des forces armées du Reich, sans pour autant que les témoignages qu’il fournisse ne soient à rejeter d’un bloc. Même déviance, à mes yeux, quand des auteurs s’essayent à réhabiliter telle ou telle armée en usant de témoignages uniquement positifs ou travestis en laissant croire que l’origine des stéréotypes dont souffre cette armée ne seraient que pure fiction.

La distance que l’historien doit mettre avec les événements est certes absolument essentielle pour la Seconde Guerre mondiale, mais à lire certains ouvrages faisant la part belle aux récits de combats n’hésitant pas à mettre en avant la bravoure et la gloire de soldats qui ont pourtant servi des régimes honnis, on finit par oublier que la Wehrmacht est l’armée d’Hitler, que la Waffen SS et que l’armée italienne fut celle du fascisme. Le soldat cité devient un héros, un brave, sans considération morale ou éthique quelconque. On finit par n’avoir des ouvrages écrits par des individus qui ne s’intéressent en fait pas à l’Histoire mais seulement à la chose militaire, voire à des considérations de simple mécanique. Certains osent relever des témoignages de crimes ou de considérations racistes chez des soldats alliés en les posant accessoirement et fallacieusement au même niveau que les pires idéologies du siècle, pour mieux relativiser les crimes des forces de l’Axe… Le témoignage, questionné et analysé par l’historien, prend ici toute son importance. Il n’a pas la même valeur selon la qualité de celui qui le donne et qui le rapporte (certains auteurs osent ainsi se vanter d’avoir des amis SS…).

 

Aspect vivant du récit ou compte-rendu purement événementiel

L’intérêt de If Chaos Reigns de Flint Whitlock (Casemate Publishers, 2011), sur les opérations aéroportées du 6 juin, de « The German in Normandy » de Richard Hargreaves (Stackpole, 2008) ou encore d’ Omaha Beach  de Christophe Prime (Tallandier, 2011) ou encore mes propres ouvrages  Invasion ! Le Débarquement véu par les Allemands  (Tallandier, 2014) et  Les opérations aéroportées du Débarquement  (Ouest France, 2014), ou encore Rommel (Perrin, 2018), est que ces textes sont basés sur de nombreux témoignages, ce qui les rend humains, tout en restant des livres d’histoire.

El Alamein, il y a 76 ans. L’offensive lancée dans la nuit du 23 au 24 octobre 1942.

El Alamein 1942. Opérations dans la nuit du 23 au 24 octobre

 

L’offensive débute par un formidable barrage d’artillerie

23-24 octobre 1942 : l’opération « Lightfoot » est lancée

Au soir du 23 octobre, les unités d’assaut de la 8th Army sont en place. Trois attaques simultanées vont être lancées. Au nord, le 30th Corps va enfoncer la ligne principale de défense ennemie et établir une tête de pont sur une position nommée ligne « Oxalic ». Le10th Corps pourra alors traverser la zone conquise par le 30th. Au sud, le 13th Corps doit enfoncer les lignes germano-italiennes dans le secteur de la dépression de Munassib. La 7thArmoured Division doit maintenir les forces blindées adverses dans le sud du fait de la seule menace qu’elle représente. Enfin, plus au sud, le 13th Corps va s’attaquer au mont Himeimat et plateau de Taqa en y engageant la 1ère Brigade des Français Libres. L’effort principal est dévolu au 30th Corps. La 9th Australian Division, depuis Telle el Eisa, et la 51thHighlands, jusqu’à Kidney Ridge, ouvrent le chemin à la 1st Armoured Division. Au sud de ces deux unités, la 2nd New-Zealand Division et la 1st South African Division prépare la voie de la 10th Armoured Division en s’emparant de la crête de Miteiriya. La 4th Indian Divisionne lance pour sa part que des raids de diversion. Les quatre divisions d’infanterie du 30thCorps attaquent sur une largeur de 16 kilomètres avec deux brigades de front et un régiment de Valentines de la 23rd Armoured Division en soutien, hormis la division néo-zélandaise, qui dispose de sa propre brigade organique, la 9th.

Les Churchill: nouveaux tanks dans l’arsenal de la 8th Army

L’offensive débute le 23 octobre à 21h40 par une formidable préparation d’artillerie. Les canons de la 8th Army n’ouvrent pas tous le feu au même moment. Le minutieux plan de tir mis au point a en effet été calculé précisément de façon à tenir compte du temps nécessaire à chaque obus pour atteindre sa cible. Un timing parfait assure que tous les obus atteignent leurs cibles au même moment. L’heure de vérité est arrivée pour le patient travail de repérage des batteries d’artillerie ennemies mis au point au cours des mois précédant. Le déluge de fer et de feu qui s’abat sur les lignes de la Panzerarmee Afrika constitue en fait le plus fort barrage d’artillerie de l’armée britannique depuis la Première Guerre Mondiale. La préparation d’artillerie est d’abord un tir de contre-batterie : les positions connues de canons germano-italiens sont copieusement bombardées. Chaque batterie de quatre pièces d’artillerie de l’Axe est pilonnée une centaine d’obus. Puis, après une pause de quelques minutes pour effectuer les réglages, l’artillerie britannique frappe les premières lignes adverses sous un déluge de feu. Dans un troisième temps, un barrage roulant précède l’attaque de l’infanterie tandis qu’une partie des pièces d’artillerie britanniques reprennent leurs tirs de contre-batterie. Les pièces d’artillerie de l’Axe n’ont pourtant connu aucun répit puisque la Desert Air Force et l’USAAF ont pris le relais de la Royal Artillery dès la fin du premier tir de contre-batterie. Chaque canon de l’Axe qui réplique est impitoyablement attaqué par les bombardiers. La confusion au sien de la Panzerarmee est d’autant plus marquée que les communications radiotéléphoniques sont perturbées par des bombardiers Wellington spécialement équipés.

Sur le front de la 9th Australian Division, la 26th Brigade atteint ses objectifs sur la ligne « Oxalic » mais l’unité du flanc gauche, la 20th Brigade, reste stoppée par une résistance tenace à un kilomètre de la ligne devant être atteinte cette première nuit. Les pertes sont cependant assez lourdes, notamment en officiers subalternes, qui guident leurs hommes dans la nuit à l’aide de boussoles. A la gauche des Australiens, deux brigades écossaises, les153rd et 154th, avancent au combat encouragées par les accents des cornemuses. Les bataillons se succèdent en permanence, prenant la tête à tour de rôle au fur et à mesure que les objectifs intermédiaires sont conquis. Les soldats sont lourdement chargés et une croix de Saint André a été placée sur les sacs pour faciliter l’identification dans l’obscurité. Il reste que ce sont les Ecossais qui ont la plus grande distance à défendre au sein du 30th Corpspuisque le secteur de ligne « Oxalic » qu’ils doivent couvrir est deux fois plus large sur cette ligne que sur leurs positions de départ. Comme pour les Australiens, si l’avance rencontre de prime abord que bien peu de difficultés, la défense se raidit et devient vite acharnée, de sorte que la ligne de principale germano-italienne n’est pas entamée. Une seule compagnie a atteint ses objectifs et les pertes sont lourdes. Une compagnie entière est ainsi anéantie dans les champs de mines par les tirs provenant des nids de mitrailleuses. Les retards pris dans les déminages laissent peu d’espoir quant à l’ouverture d’un corridor pour la 1stArmoured Division dans les délais voulus.

L’attaque des Néo-Zélandais est couronnée de succès puisque les objectifs sont à peu près atteints, en dépit de pertes sévères. Les positions de la crête de Miteiriya sont consolidées pendant que les sapeurs ouvrent la voie à la 9th Armoured Brigade de Currie. Celle-ci se déploie sur le versant ouest de la crête avant de se replier à l’abri de cette dernière devant la vivacité de la réaction ennemie. Les régiments blindés ont auparavant éprouvé des difficultés dans les champs de mines car les Matildas « Scorpions » sautent sur les mines qu’ils sont sensés détruire. Les chars tentent lors de les contourner mais ils sont aussitôt victimes des mines à leur tour. Le Royal Wiltshire Yeomanry, le régiment de tête de la 9thArmoured Brigade, n’atteint la crête qu’avec 12 chars ! La perte de 19 Shermans et Grantsaurait été une catastrophe pour la 8th Army en juillet mais, en octobre, ces pertes sont tout à fait supportables. Les Sud-Africains de Piennar usent de la même tactique que les Néo-Zélandais, à savoir que les unités d’infanterie attaquent seules dans un premier temps tout en aménageant des couloirs pour les blindés de soutien. Si, après avoir consentis de grands efforts, l’infanterie est parvenue à l’est de la crête avec quelque soutien blindé, les Sud-Africains éprouvent en revanche les pires difficultés à faire traverser les champs de mines aux armes antichars et au véhicules, de sort que l’armement lourd fait défaut, rendant la position de la division des plus fragiles. La résistance adverse est telle que les Sud-Africains doivent s’enterrer sur la crête de Miteiriya plutôt que de se retrancher plus à l’ouest avec l’idée d’exploiter le succès sur le flanc gauche de l’attaque du 30th Corps y engageant des automitrailleuses et des chars. Le pire est survenu au centre du secteur d’attaque sud-africain où les assaillants tombent sur un champ de mines non reconnu pour ensuite se trouver bloqués par une solide redoute de la 164.Leichte Division. 36 combattants allemands seront finalement capturés. Le Frontier Force Battalion perd 189 hommes cette nuit là.

Globalement, les premières heures de l’attaque de Leese sont un succès : quatre divisions d’infanterie ont pénétré en profondeur dans le dispositif ennemi et sont parvenues à s’emparer de l’importante crête de Miteiriya. L’offensive prend au contraire un tour inquiétant pour le 10th Corps, dont les démineurs de chaque division blindée doivent aménager des couloirs dans les champs de mines avant l’aube. Le travail de déminage est effectué de concert avec les opérations de l’infanterie, mais cette phase de l’opération doit être menée dans des conditions confuses et dangereuses. Au nord, un seul corridor de la 1stArmoured Division est aménagé sur toute sa longueur, les équipes ayant par ailleurs été retardées par de nombreuses poches de résistance ennemies qui prennent sous leurs feux le tracé des routes dévolues aux blindés. Il s’est avéré très difficile de localiser les points de défense germano-italiens, à fleur de sol sur un terrain essentiellement plat, avant que ceux-ci ouvrent le feu. La 10th Armoured Division doit pour sa part établir des passages dans le secteur de la 2nd New-Zealand Division. La situation semble ici plus favorable puisque quatre couloirs sont aménagés. Mais en fait un seul est réellement utilisable à son extrémité ouest, face à l’ennemi. Les blindés qui parviennent à rejoindre l’infanterie sont la cible de tirs antichars ennemis si intenses que les engins rescapés n’ont d’autre alternative que de s’abriter en arrière de la crête de Miteiryia. Le seul régiment des Sherwood Rangersperd 16 chars sous les coups des antichars italiens, soit le tiers de l’effectif initial. Les pertes sont d’autant plus lourdes que les chars de fabrication américaine utilisent du carburant d’avion et prennent donc feu comme des torches dès qu’ils sont touchés au réservoir, y compris par des obus perforants chauffés à blanc en perforant un blindage. En fait, peu de chars au total sont parvenus à franchir les champs de mines cette nuit-là en raison de la congestion qui accable les corridors et l’incroyable embouteillage qui survient à l’extrémité est de ceux-ci. De sorte que, au lever du jour, aucune des deux divisions blindées n’est à même d’exploiter la percée du 30th Corps ni affronter comme prévu la contre-attaque de l’Afrika Korps.

Troupes des Dominions et de l’armée des Indes: le fer de lance de « Lightfoot »

Les attaques menées au sud par le 13th Corps sont confrontées aux mêmes difficultés. Les champs de mines gênent considérablement la 7th Armoured Division et la 44th Home Counties Division. Les pénétrations ne concernent que le premier des deux grands champs de mines de l’Axe. Toutefois, ces opérations, tout comme l’attaque des FFL en direction du mont Himeimat et de Nabq Rala, participent à la confusion au sein de l’état-major de la Panzerarmee. Celle-ci atteint son comble lorsqu’elle perd son propre chef dès cette première nuit de bataille. Le général Stumme meurt en effet d’une crise cardiaque alors qu’il s’accroche désespérément à la portière de son véhicule de commandement qui tente de se mettre à l’abri des tirs d’artillerie de la 8th Army. La disparition de Stumme n’est réalisée qu’à midi le lendemain : le commandement de l’armée est alors temporairement assuré par von Thomas, le chef de l’Afrika Korps. Au regard de la situation sur le front des 30th et 10thCorps, l’offensive de Monty commence donc apparemment sous de mauvais auspices. Pourtant, lorsque les premiers rapports parviennent au QG de la 8th Army au petit matin, Monty se montre plutôt satisfait des résultats obtenus. Il constate que la défense ennemie a été acharnée comme prévue. Mais il constate également que ses unités ont progressé partout et que, si peu de blindés sont déjà parvenus au-delà de la zone des champs de mines, la tête de pont obtenue peut néanmoins être renforcée dans la journée. Les opérations de grignotage de l’infanterie germano-italienne pourront alors commencer, provoquant ainsi la réaction de l’Afrika Korps qui le mènera à sa perte. Il reste que l’échec quant à réussir une percée au travers de la crête de Miteiriya était prévisible à la lumière des échecs répétés des Australiens au mois de juillet. Par trois fois les Australiens avaient atteints la crête pour finalement se trouver exposés à un feu intense provenant de l’autre versant. En fait, en fixant la crête de Miteiriya comme objectif à l’infanterie, Montgomery est tombé dans le piège ennemi. Après les combats de juillet, les Germano-Italiens ont bien saisi l’importance stratégique de cette crête et ils ont en conséquence adoptés des mesures défensives pour empêcher toute exploitation au-delà. Combiné avec l’ordre d’alléger les avant-postes, la ligne de défense principale de la Panzerarmee est établie sur la contre-pente avec un dispositif en profondeur. La 8th Army a donc réussi à atteindre la crête, mais toute tentative menée au-delà a été sévèrement repoussée par un torrent de feu.

 

Les FFL dans l’opération « Lightfoot »

Les FFL sont engagés dans l’extrême sud du front, près de l’infranchissable dépression de Qattara.

Le 23 octobre 1942, plusieurs unités participent à l’opération « Lightfoot ». La 13ème Demi-Brigade de la Légion Etrangère doit ainsi se porter au combat, soutenue par une colonne volante d’automitrailleuses et renforcée par des chars et des autocanons. Tandis que les engins de reconnaissance doivent faire diversion vers l’observatoire allemand du mont Himeimat, les légionnaires doit s’emparer du plateau de Taqa. Vers 19 heures, la formation franchit le dernier champ de mines britannique. Le terrain n’est pas favorable à la manœuvre et les fantassins s’enfoncent dans le sable jusqu’aux chevilles tandis que les éléments motorisés ne progressent qu’avec d’énormes difficultés, de nombreux véhicules devant être remorqués par les chars. C’est ainsi que seulement deux kilomètres ont pu être parcouru en l’espace de deux heures ! Peu avant 22 heures, le fracas du terrifiant barrage d’artillerie de la 8th Army sonne le début de l’offensive. Tandis que les sapeurs commencent à frayer un passage au sein des champs de mines ennemis, celui-ci, bénéficiant de magnifiques postes d’observation sur les éminences du secteur, tels le mont Himeimat, ouvre le feu avec son artillerie. La progression est cependant assez satisfaisante et les champs de mines sont traversés par l’unité de reconnaissance française, qui se rend compte que ce premier obstacle est franchi en découvrant les panneaux « Achtung Minen ! » qui marquent l’extrémité occidentale de ces « jardins du Diable ». Les Spahis ont perdu deux automitrailleuses qui ont tenté de faire demi-tour. Les Spahis et leurs automitrailleuses sont envoyés en diversion à l’est d’Himeimat. Un peloton intercepte une patrouille ennemie mais perd un de ses engins, victime d’une mine lui aussi, en tentant de la poursuivre. L’attaque du 1er bataillon de la Légion débute à 2 heures du matin mais l’armement lourd ne suit pas la progression et plusieurs Bren-Carriers sont perdus. L’unité est clouée au sol au pied de la falaise de l’Himeimat par un violent tir de mousqueterie, de mortier et d’artillerie ennemie et toute tentative de débordement est vouée à l’échec. Les Français sont dans une situation délicate : ils ne peuvent prendre pied sur la falaise du Narb Rala et sont déployés à découvert. Il est donc impératif de profiter du couvert de l’obscurité pour effectuer un mouvement de repli. Celui-ci s’effectue dans des conditions dramatiques car les blindés ennemis de la Kampfstaffel Kiel (il s’agit en fait de blindés anglais récupérés par les Allemands : M3 Honey, M3 GrantCrusaders) ouvrent le feu sur les légionnaires et deux Bren-Carriers et une ambulance sont mis en feu.

Au cours de la matinée, les Français doivent affronter une nouvelle fois les blindés ennemis qui tentent une contre-attaque. L’assaut se solde par un échec tandis qu’une esquisse de débordement par le sud-ouest est stoppée par les chars français appuyés par l’intervention fort opportune de chasseurs Hurricane d’appui au sol qui font feu de leurs canons de 37 mm. Plus tard, huit carcasses de blindés ennemis seront comptabilisées sur le terrain. Les Allemands ont été surpris par la chaude rencontre avec les blindés français et les appareils de la Royal Air Force. Devant l’attitude résolue des Français, les Allemands se mettent sur la défensive, laissant à leurs adversaires l’impression assez inattendue de rester maîtres du terrain alors que l’alerte a été sérieuse.

Dans le secteur du 2ème bataillon, qui s’attaque également aux positions ennemies de l’Himeimat, la situation est autrement plus favorable. Les légionnaires réussissent en effet l’exploit de prendre pied sur la falaise et de l’escalader en dépit des tirs meurtriers de l’adversaire. A 6 heures 15, la conquête du premier objectif est signalée par le tir de fusées Very. Sans moyens de défense adéquats pour résister à une attaque de blindés ennemis sur le plateau, les antichars étant bloqués par les champs de mines, les légionnaires n’ont d’autre alternative que de se retrancher sur le rebord de l’escarpement pour éviter l’anéantissement. L’unité doit donc se replier à son tour sous le feu de l’ennemi. Le décrochage s’effectue sous le couvert des unités de la colonne volante qui permettent aux légionnaires d’éviter le tir des mortiers et des mitrailleuses mais ne les mettent pas à l’abri de l’artillerie et des blindés ennemis. C’est au cours de cette action que tombe le lieutenant-colonel Amilakvari, qui avait glorieusement contribué à la défense de Bir-Hackeim au printemps précédant. Les positions ennemies du mont Himeimat, bénéficiant de vues plongeantes sur les Français, semblent inexpugnables. La colonne volante a perdu sept automitrailleuses dans son engagement des 23-24 octobre 1942. Le bilan de la journée se solde donc par un échec puisque les fantassins, en raison du mordant de l’ennemi et de l’extrême difficulté du terrain, n’ont pu se maintenir sur leurs objectifs. Les pertes françaises se montent à 123 hommes. Néanmoins, partout, les Spahis et leurs blindés se sont imposés à l’ennemi et leur intervention a sauvé les légionnaires de la destruction. De toute façon, toutes ces opérations ne présentent qu’un caractère secondaire dans l’offensive de Montgomery, mis à part la fixation de la 21.Panzerdivision dans le sud : la décision est recherchée ailleurs.

El Alamein: il y a 76 ans. Les idées reçues

EL ALAMEIN

Au-delà de la légende

La victoire remportée par la 8th Army à El Alamein est perçue comme un tournant de la guerre. Page glorieuse et fameuse pour l’armée britannique, elle prend sa place parmi les grandes batailles de l’Histoire, les engagements décisifs, ceux qui changent la donne. Son impact dans les esprits de l’époque et dans l’histoire est indubitable. Pourtant, bien des idées reçues perdurent sur cette bataille désormais auréolée d’un mythe.

Le mythe du barrage des 1 000 canons

Dans ses mémoires, évoquant le déclenchement de l’opération « Lightfoot » le 23 octobre 1942, Montgomery écrit « à 21h40, commençait le tir de barrage d’un millier de canons »[1]chiffre allégrement repris par les historiens, y compris Correlli Barnett, peu soupçonnable de complaisance à l’endroit de Monty. 1 000 canons : ce total dépasse la dotation la 8th Army. Rommel fait même dans la surenchêre puisqu’il mentionne « 540 batteries de 105 »,ce qui représente plus de 2 000 canons[2]. La 8th Army dispose en fait de 832 pièces de 25 livres et de 52 pièces de 4,5 et 5,5 pouces, soit un total de 884[3] (908 selon certaines sources[4]). Certes, plus de 1 400 pièces antichars sont en ligne et les canons antiaériens se comptent par centaines mais ils ne sont évidemment pas impliqués dans la préparation d’artillerie qui sonne le lever de rideau de la seconde bataille d’El Alamein. Sur le front d’attaque principal, celui du 30th Corps, les divisions d’assaut bénéficient du soutien de 456 pièces d’artillerie[5], soit plus de la moitié du total dont dispose l’armée. Si Monty est loin de disposer de 1 000 pièces d’artillerie pour son assaut, le tir de contre-batterie est d’une ampleur sans précédent dans le désert. Le barrage roulant qui appuie la progression des vagues d’infanterie partant à l’assaut des positions de l’Axe représente également un soutien conséquent. Des soldats allemands vétérans du front de l’Est ont affirmé que l’artillerie britannique était plus terrifiante que celle de l’Armée Rouge. Ce sont des témoignages à prendre avec caution : où et quand ces soldats ont-ils combattu sur le front russe? Etaient-ils en première ligne?… Quoi qu’il en soit, le chaos semé dans les lignes de la Panzerarmee (positions détruites, lignes de communications coupées, impact psychologique…) et la violence des tirs d’artillerie sont indéniables, mais la bataille ne fait que commencer…

 

Montgomery bénéficie-t-il d’une supériorité numérique absolue?[6]

Les historiens s’accordent pour accorder une supériorité numérique dans tous les domaines en faveur de la 8th Army : environ 2 contre 1 en hommes (210 000 contre 104 000), en blindés (1 035 en première ligne -en incluant les Churchill arrivés en Egypte- contre 511 -sans compter les canons automoteurs et les chars de prise), en pièces d’artillerie (environ 900 contre 571), au moins 1,5 contre 1 en canons antichars (1 451 contre, selon les sources, 520, 850 ou 1 063 canons s’il faut en croire Niall Barr, ce dernier chiffre paraissant élevé[7]) La Desert Air Force et les appareils américains assurent également à Monty une maîtrise de l’espace aérien (530 avions opérationnels contre 350). Les réserves en munitions et en carburant sont à l’avenant (268 000 obus de 25 livres sont stockés dans la zone avant de l’armée[8]). Les auteurs rappellent à l’envie l’avantage que présente la proximité du front des bases d’Alexandrie (une centaine de kilomètres) et de Suez alors que, dans le camp de l’Axe, les lignes de ravitaillement s’étirent sur 2 500 kilomètres jusqu’à Tripoli (compte tenu de la relative faible capacité de fret des ports de Benghazi et de Tobrouk). Une base logistique si proche d’El Alamein aurait toutefois été un handicap pour les Britanniques si la Luftwaffe et la Regia Aeronautica s’étaient assuré de la suprématie aérienne au-dessus d’El Alamein car il leur aurait été alors aisé d’interrompre l’approvisionnement.

Toutefois, la majeure partie des divisions de Montgomery n’est pas constituée de combattants. Chaque division d’infanterie n’aligne qu’entre 4 et 5 000 fantassins. C’est sur ces hommes que reposent les espoirs de percée. Les divisions d’assaut étant avant tout des formations du Commonwealth -9th Australian, 2nd New-Zealand, 1st South African-elles ne disposent que d’un pool ténu de remplaçants. Le potentiel démographique est en effet relativement limité dans les Dominions concernés, et, d’autre part, en ce qui concerne les Australiens et les Néo-Zélandais, il faut prendre en compte la nécessité de pourvoir à l’effort de guerre contre le Japon. Corollaire direct, il est impossible d’amalgamer ces troupes entre-elles, étant entendu qu’aucune recrue britannique ne peut combler les pertes de ces unités à forte identité nationale, pas plus que troupes des FFL, des Highlands ou de l’armée des Indes ne peuvent mixer leurs contingents respectifs au sein d’unités communes pour reformer des bataillons dont les rangs auraient été clairsemés.

L’Afrika Korps, solidement retranché, attend la confrontation avec confiance à l’abri d’un réseau de champs de mines à la densité jusqu’alors inégalée (445 000 au total) sous le couvert de nombreuses pièces antichars capables d’opérer des coupes sombres au sein des unités blindées britanniques comme ce fut toujours le cas jusqu’alors depuis l’entrée en lice du DAK en 1941. Dans le secteur d’attaque principal, celui du 30th Corps, quatre divisions d’infanterie alliées (9th Australian, 51st Highland, 2nd New-Zealand, 1st South-African), soit 20 000 fantassins au plus, sont confrontées à deux divisions d’infanterie de l’Axe (164. Leichte et Trento), soit 15 000 hommes. On ne constate donc aucune supériorité numérique manifeste.

Certes, les fantassins alliés bénéficieront du soutien de chars en nombre conséquent : 122 chars à la 9th Armoured Brigade (rattachée à la 2nd New-Zealand Division), 194 chars à la 23rd Armoured Brigade, 29 chars au 2nd New-Zealand Divisional Cavalry Regiment et 19 chars au 9th Australian Divisional Cavalery Regiment[9]De son côté, l’infanterie de la Trento et de la 164. Leichte peut compter sur 90 pièces d’artillerie et près de 300 canons antichars en comptant les Flak de 88 mm. En retrait, la 15. Panzer-Division et la Littorio (un peu plus de 200 blindés à elles-deux) peuvent apporter leur concours à la défense, étant entendu que le 10th Corps blindé de (449 chars[10]) ne pourra pleinement entrer en lice que lorsque les premières lignes germano-italiennes auront été enfoncées par le 30th Corps.

 

Le matériel allié était-il supérieur à celui de l’Afrika Korps?

Pour la première fois de la guerre du désert, les Alliés disposent en nombre d’un char aux performances supérieures à celles de ses adversaires : le M4 Sherman. L’engin, devenu l’emblème des forces blindées américaines du conflit, fait son baptême du feu à El Alamein. Le 11 septembre, 318 Sherman arrivent à Suez[11]. Le blindage des Sherman et leur armement principal, un canon de 75 mm à stabilisation gyroscopique, leur assurent un avantage décisif sur l’ennemi pour les combats à longue distance, caractéristiques de la guerre du désert.

 

La 8th Army est pareillement dotée en Lee/Grant (170) qu’à Gazala (167) et possède donc 252 nouveaux Sherman[13]. Malgré tout, les régiments blindés alignent encore 607 chars obsolètes ou nettement dépassés (Valentine, Stuart, Crusader)[14]. Les premiers chars Churchills Mk III, armés d’une pièce de 6 livres apparaissent également à El Alamein (6 exemplaires en ligne) mais ne sont guère une réussite. Contrairement à ce qui a prévalu au cours des combats du printemps et du début de l’été, Rommel dispose désormais de puissants Panzer en nombre – 86 Panzer III J Lang armés de 50 mm longs et 30 Panzer IV F2 à canon de 75 mm L/43 alors qu’il n’a engagé que 19 Panzer III Lang à Gazala et seulement 9 Panzer IV F2 (sans munitions!). Ces Panzer à l’armement amélioré sont nettement plus dangereux pour les tanks alliés que leurs prédécesseurs qui ont opérés dans le désert depuis février 1941. L’avantage essentiel du Sherman et du Grant réside dans leur capacité à engager les chars adverses à distance. Alors que les autres tanks des brigades blindées britanniques ne peuvent guère espérer pénétrer le blindage d’un Panzer à plus de 500 mètres, les Panzer III et IV ainsi que les Pak 38 peuvent percer l’avant de la caisse de tous leurs adversaires à 1 000 mètres. La situation est encore plus dramatique lorsque les 88 mm sont engagés dans un rôle antichar puisque leurs obus s’avèrent mortels pour tous les modèles de chars anglo-américains jusqu’à une distance de 2 000 mètres ! Le Panzer III avec un canon long (Lang) est craint par les Britanniques qui l’appellent le « Mark III Special ». Il en va de même en ce qui concerne le dernier modèle de Panzer IV, le modèle F2, armé d’un canon long de 75 mm, qui surclasse largement tout ce que peuvent lui opposer alors les Alliés. Les engins blindés allemands ne sont pas pour autant invulnérables aux coups portés par les chars anglais, même armés du canon de 2 livres. Quant aux Tiger I et aux Nebelwerfer promis par Hitler à Rommel, ils n’apparaîtront dans l’ordre de bataille qu’en Tunisie. Plus que le matériel, c’est une tactique efficace et une bonne coordination interarmes qui fait défaut au sein de la 8th Army.

A côté des chars de combat, la 8th Army dispose, pour la première fois dans l’armée britannique, de canons automoteurs, en l’occurrence une centaine de M7 Priests américains armés d’une pièce de 105 mm et des Bishops britanniques. Les Priests ont des châssis de Lee/Grant tandis que les Bishops sont des canons de 25 livres montés sur châssis de Valentine. En raison de sa trop haute silhouette et de la faiblesse de son blindage, le Bishop n’est pas vraiment une réussite à l’inverse de son homologue américain. L’avantage de ces canons automoteurs est bien évidemment le gain de temps considérable gagné par rapport à la mise en batterie des pièces attelés à des camions ou à des semi-chenillés. Ces automoteurs ont en outre la capacité de se mettre rapidement à couvert une fois leur position repérée. Ils ont aussi l’avantage de pouvoir se mouvoir plus près du front et d’accompagner plus rapidement les unités qui vont de l’avant.

Les forces de l’Axe disposent également de canons automoteurs et de chasseurs de chars. Les Italiens alignent une quarantaine de Semovente 75/18 avec leur excellente pièce de 75 mm, qui représente un progrès dans la dotation en armement lourds au sein de l’armée italienne. Les Allemands disposent de quelques automoteurs s.I.G 33 de 150 mm ainsi que de 36 pièces de 150 mm montées sur châssis de chenillettes française « Lorraine ». Les unités antichars allemandes alignent encore un certain nombre de Panzerjäger I, rescapés des premiers combats en Afrique, ainsi que un ou deux Sturmgeschütze (au Sonderverband 288) et des Marder III équipés du terrible canon antichar russe de 76,2 cm, aussi redoutable que le canon de 88 mm.

            Du côté des canons et des obusiers, la Royal Artillery peut compter sur l’excellente pièce de 25 livres. La profusion de pièces antichars à disposition de la 8th Army – 1 451 dont 849 excellentes pièces de 6 livres[16]– permet d’employer enfin le 25 livres uniquement à des fins de soutien d’artillerie, ce qui s’est avéré crucial depuis le début du mois de juillet 1942 et les premiers combats à El Alamein. Si le canon antichar de 6 livres soutient la comparaison avec le Pak 38 de 50 mm (290 exemplaires à El Alamein), les forces de l’Axe

Si les Britanniques disposent de centaines d’automitrailleuses de qualité (Daimler Mk II etHumber notamment), celles-ci ne pourront se déployer et opérer sur les arrières ennemis qu’une fois la percée acquise. La Panzerarmee Afrika ne compte ses engins blindés de reconnaisance que par dizaines. En revanche, sur le plan de l’armement individuel, les soldats de l’Afrika Korps sont dotés de mitraillettes MP38/40 et surtout de mitrailleuses MG 34 et 42 sans équivalent dans les rangs de leurs adversaires. Ceci étant, l’armement individuel, fusil-mitrailleur Bren, fusil Lee-Enfield Mk III et mitraillette Thompson, et l’armement collectif, mitrailleuses Vickers et mortiers, sont tout à fait satisfaisant. Au final, le bilan de la supériorité qualitative du matériel et de l’équipement de la 8th Army à El Alamein est quelque peu mitigé.

 

Un plan suivi à la lettre?

A la conférence de presse qui suit la bataille, le général Montgomery affirme sans ambages que tout s’est déroulé exactement comme il l’avait prévu et que, si des écarts semblaient s’être produits avec le plan, c’était exactement ce qu’il attendait. Son biographe, Alan Moorehead, écrit : « dans ses grandes lignes, la bataille d’El Alamein fut disputée conformément au plan de Montgomery »[17]. Pourtant, les erreurs furent légions et en aucun cas le plan ne fut suivi à la lettre. Dès le premier jour, l’assaut s’enlise et les chars sont encore déployés à l’est de la crète de Miteirya. Au sud, les opérations menées par le 13th Corps devaient certes s’apparenter à une feinte et fixer la 21. Panzer-Division et la division Ariete mais elles sont si peu couronnées de succès que Montgomery y met un terme tandis que la 7th Armoured Division sera rappellée et mise en réserve au nord.

Il convient cependant de mettre au crédit de Montgomery d’avoir su réagir à l’impasse dans laquelle il se trouve apparemment les 25-26 octobre. En attirant l’attention de Rommel sur le secteur australien en bordure de la côte et en contraignant l’Afrika Korps à user prématurément ses forces dans d’inutiles contre-attaque, Montgomery est parvenu à préparer les conditions pour une nouvelle offensive, l’opération « Supercharge », qui doit apporter le décision. Force est pourtant de constater que celle-ci bute également sur la résistance farouche des troupes germano-italiennes : les forces blindées britanniques sont étrillées sur Tell el Aqqaqir. La bataille d’attrition a cependant suivi son cours et, ne disposant pour ainsi dire plus que d’unités aux rangs clairesemés, Rommel doit s’avouer vaincu et entreprendre un difficile repli. La victoire est donc acquise dans des délais (10 jours) et avec des pertes (13 000) conformes aux prévisions de Montgomery[18], mais le déroulement de la bataille n’a pas été sans altération des plans dressés par le chef de la 8th Army.

 

L’ordre d’Hitler de résister sur place : l’arrêt de mort de la Panzerarmee?[19]

Le 3 novembre, alors que, la veille, la situation désespérée a contraint Rommel à prendre les mesures pour abandonner la position d’El Alamein, un message d’Hitler parvient au « Renard du Désert ». L’ordre, fameux, enjoint à l’Afrika Korps de combattre sur place jusqu’à la « victoire ou la mort ». La défaite est pourtant déjà consommée à ce moment-là. Les attaques ennemies ne pourront être contenues encore longtemps. Les pertes sont lourdes (le 3 novembre, à 14h30, les 15, et 21, Panzer-Divisionen n’alignent plus que 24 Panzeropérationnels contre 242 le 23 octobre[20]) et, sans l’ordre d’Hitler, le repli des forces de la Panzerarmee se serait de toute façon vraisemblablement avéré très délicat, en particulier pour le 10° Corpo et les Fallschimrjäger de Ramcke, déployés au sud du front. Les divisions blindées et motorisées du 20° Corpo, décimées le 4 novembre (l’Ariete perd environ 70 chars sur la centaine qui lui restait) au cours d’un combat qui sauve l’Afrika Korps en passe d’être isolé, auraient de toute façon probalement beaucoup souffert elles-aussi.

 

Rommel a-t-il abandonné les Italiens?

Rommel s’est-il replié en laissant à leur sort les unités italiennes déployées au sud du front? En fait, quand il se résigne au repli le 2 novembre, il espère sauver son infanterie en ordonnant au DAK et au formations motorisées italiennes de résister le plus longtemps possible. Les formations déployées au sud ne sont pas seulement italiennes puisque les parachutistes allemands de la Brigade Ramcke y ont également leurs positions. Le 4 novembre, après le contretemps consécutif à l’ordre de tenir donné par Hitler, le 10° Corpoest informé de l’ordre de retraite en fin d’après-midi. Depuis le 2 novembre, les véhicules disponibles sont mobilisés au profit du 10° Corpo mais la plupart sont interceptés par les unités se repliant le long de la côte. Ramcke est prevenu plus rapidement que le 10° Corpo et entame le repli sans en aviser les Italiens. Le salut d’une partie de son unité -pourtant partie à pied- ne sera dû qu’à la capture opportune de véhicules britanniquesà la faveur d’une embuscade. Les colonnes italienens seront pour leur part rattrapées dans le désert. Bien des soldats italiens sont capturés dans un état déshydratation avancée. Compte tenu des circonstances, Rommel n’aurait guère pu faire davantage en leur faveur sans compromettre l’existence de son armée durement pressée par l’ennemi.

 

El Alamein : une grande victoire britannique?

S’il a bien été de tout temps une armée composite, il s’agit bien de l’armée britannique. La 8th Army ne fait en aucune manière exception. Aux contingents anglais, écossais, gallois et irlandais s’ajoutent les alliés français, grecs, polonais et tchécoslovaques, les troupes des Dominions australiennes, néo-zélandaises et sud-africaines, ainsi que les forces provenant des colonies et de l’empire, à savoir des unités de l’armée des Indes, de Rhodésie et du Soudan.

La participation des Australiens, qui se considèrent eux-même comme des combattants de première classe, à la bataille d’El Alamein sera déterminante. Autres soldats venant des Antipodes, les Néo-Zélandais, dont le bataillon d’indigène -les Maoris- s’avèrent être des combattants tout aussi coriaces. Rommel les considère comme les meilleures troupes alliéeq. Moins renommés, les Sud-Africains participent aussi à El Alamein. Enfin, l’armée des Indes (la 5th Indian Division) se distingue des troupes des Dominions par sa composition particulière. Les Indes appartenant à l’Empire britannique, son statut est différent des armées des Dominions. En effet, dans chaque brigade, un bataillon sur trois est exclusivement composé de Britanniques, qui forment également en général les effectifs des unités d’artillerie.

Pour ne s’en tenir qu’aux hommes -puisqu’on l’a constaté plus haut le matériel made in USAà l’instar des M4 Sherman tient un rôle essentiel dans l’équipement- le constat est donc évident: la 8th Army est loin d’être une armée venant de Grande Bretagne (6 divisions sur 10 seulement). Les pertes enregistrées au cours de la bataille reflètent l’effort consenti par l’Empire : on ne compte que 58% des Britanniques parmis les 13 560 hommes tombés à El Alamein entre le 23 octobre et le 4 novembre 1942[23].

Un constat similaire pourrait être fait sur les forces aériennes engagées à El Alamein. Sur les 96 escadrilles dont dispose Tedder, qui chapeaute les forces aériennes alliées au Moyen-Orient, on dénombre, outre les formations du Commonwealth, 13 Squadrons de l’USAAF du général Brereton.

 

La pluie : facteur décisif au cours de la poursuite?

Le matin du 4 novembre, il est indubitable que Monty pense que sa victoire est complète. La poursuite est lancée : l’ennemi ne pourra s’y soustraire. Mais la prudence de Monty a sauvé la Panzerarmee de la destruction. Le général n’est pas le seul à blâmer. Ses subordonnés sont las[24] et les troupes sortent épuisées d’une confrontation de douze jours. La congestion de l’étroit corridor obtenu après la percée est telle que les embouteillages génèrent bien des retards. La majeure partie de la 8th Army se trouve encore du mauvais côté des champs de mines à El Alamein et il faut encore neutraliser les Italiens au sud du front[25]. La lenteur des opérations menées par les Britanniques est cependant clairement illustrée le 5 novembre par le fait que la poursuite s’arrête à la nuit tombante. En direction de Fouka, un faux champ de mines retarde la 10th Armoured Division puis la 7th[26]

Pourtant, Montgomery dispose de nombreuses unités d’automitrailleuses, très mobiles et bien équipées, qui sans nul doute pourraient être employées plus judicieusement. De même, dès le 2 novembre, le général Harding, le chef de la 7th Armoured Division, a présenté un plan pour couper la retraite de l’ennemi après la prise de Mersa Matrouh en fonçant vers Tobrouk via la piste de Siwa. Ce plan aurait mis Rommel en grand péril mais Monty l’a rejeté.

Le 6 novembre, les intempéries constituent une aide providentielle pour les hommes de Rommel. Engluées dans un sable devenu boueux, les colonnes britanniques sont stoppées les unes après les autres. De plus, les terrains d’aviation récemment capturés à El Daba deviennent inutilisables. Les Britanniques sont-ils pour autant si désavantagés par la météo ? Comme Montgomery[27], Churchill, explique lui-aussi l’impossibilité de détruire l’armée de Rommel par la pluie qui s’abat sur le champ de bataille[28]. Or, la Panzerarmee est également handicapée par les pluies qui s’abattent sur le champ de bataille puisque seule la route côtière est utilisable, ce qui provoque immédiatement des embouteillages et des ralentissements. La timidité de la poursuite explique davantage l’échec des Britanniques à anéantir l’armée de Rommel.

Conclusion:

Un mythe s’est forgé autour de la bataille d’El Alamein. Il est en grande partie l’oeuvre du vainqueur, Bernard Montgomery, et de ses admirateurs. Les mêmes approximations ont été maintes et maintes fois répétées depuis lors : un tir de barrage de 1 000 canons digne de la Grande Guerre, une supériorité dans tous les domaines assurant à coup sûr une nette victoire, des Italiens abandonné par Rommel dont l’armée est irrémédiablement affaiblie suite à un ordre insensé du Führer, la pluie qui frustre la 8th Army d’une victoire à sa portée… Plus que tout reste tenace la légende de la bataille décisive. Le Royaume Uni, qui avait subi de nombreux revers depuis 1940, avait alors besoin d’un héros et d’une bataille rédemptrice : il a eu Monty et El Alamein. L’Histoire a su rendre justice à Claude Auchinleck et à l’importance de la première bataille d’El Alamein, livrée en juillet 1942. Néanmoins, les mythes ont la vie dure et, dans l’esprit du grand public, la bataille d’El Alamein n’a eu lieu qu’en octobre-novembre 1942 et restera encore pour longtemps associée à Montgomery et au tournant de la Seconde Guerre mondiale. Il est aussi des historiens, prenant à rebours l’opinion la plus communément admise, pour réhabiliter les talents de général de Montgomery, mis à mal après guerre, et, donc, pour faire perdurer le mythe.

 

Bibliographie:

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STEWART Adrian, « Eighth Army’s Greatest Victories. Alam Halfa to Tunis, 1942-1943 », Leo Cooper, 1999

THOMPSON R.W., « La légende de Montgomery », Presse de la Cité, 1967

[1] Montgomery B., « Mémoires », p 116

[2] Rommel E., « La Guerre sans Haine », p 281

[3] Pour tous ces chiffres, cf Playfair I.S.O., « The Mediterranean and Middle East. Volume IV : the Destruction of the Axis Forces in Africa », p 30 et Ford K., El Alamein 1942. The Turning of the Tide », p 61

[4] Playfair I.S.O., p 30

[5] Playfair I.S.O., p 36

[6] Barr N., « The pendulum of war. The three battles of El Alamein », p 276 et suivantes

[7] Barr N., p 276 ; 850 selon Playfair I.S.O.

[8] Playfair I.S.O., p 15

[9] Playfair I.SO., p 9

[10] Playfair I.S.O., p 9

[11] Playfair I.S.O., p 8

[13] Playfair I.S.O., p 9

[14] Playfair I.S.O., p 9

[16] Playfair I.SO., p 30

[17] Moorehead A., « Montgomery », p 170

[18] Barr N., p 404

[19] Barr N., p 401-405 ; Buffetaut Y., « Les Batailles d’El Alamein », p 147-157

[20] Rommel E., p 316

[23] Lucas Philllips C.E., « El alamein, bataille de soldats », p 324

[24] Stewart A., « Eighth Army’s Greatest Victories. Alam Halfa to Tunis, 1942-1943 », p 115

[25] Stewart A., p 119

[26] Playfair I.S.O., p 87

[27] Montgomery B., p 191

[28] Churchill W., « The Second World War, Volume IV », p 538

Films de Guerre/ War Movies (14/100): LES RATS DU DESERT

 

LES RATS DU DESERT

Un film à la gloire de la 8th Army

Les films consacrés à la guerre du désert, sans être inexistants, restent une rareté. Bizarrement, le côté épique de certains aspects de cette campagne n’ont pas retenu l’attention des réalisateurs. Avec « Les Rats du désert »(1953), Robert Wise s’attache à nous présenter le célèbre épisode du siège de Tobrouk, en 1941.

James Mason, de nouveau dans le rôle d’Erwin Rommel

Un passionné (et un peu spécialiste tout de même) comme moi ne peut que se réjouir devant la perspective de voir un film abordant un de ses sujets d’étude de prédilection. Dans le même temps, je reste consterné par la quantité d’erreurs qui se glissent dans l’histoire portée sur le grand écran. Le film commence par une scène avec Rommel, campé de façon plus ou moins crédible de nouveau par James Mason (qui prête déjà ses traits à l’officier allemand dans « Le Renard du Désert », sorti en 1951). Las, il est immédiatement question d’une 9. Panzer-Division qui n’a pas posé la moindre chenille en Afrique. Soulignons aussi la scène ridicule d’un Rommel déjeunant dans un cadre cossu avec verres en cristal et plats et couverts des plus élégants… Rien à voir avec les conditions spartiates dans lesquelles il vivait!

La scène la plus ridicule du film…

Il apparaît vite que Wise entend nous narrer la première tentative de Rommel pour s’emparer de la place forte, en avril 1941. Sans être nommé, on devine que le général australien n’est autre que Leslie Morshead, le « patron » de la 9th Australian Division, l’unité qui a soutenu le siège en 1941. Quant à Richard Burton, brusque et taciturne comme si souvent à l’écran, il campe le personnage d’un capitaine britannique détaché auprès des forces australiennes, occasion (heureuse) pour le réalisateur de nous présenter les antagonismes entre l’armée de Sa Majesté et son homologue impériale des antipodes. De ce point de vue, l’indiscipline des troupes australiennes et la proximité entre gradés et hommes du rang sont bien rendues. En revanche, un autre aspect manque pour le moins de réalisme : l’âge des engagés est plus digne du Volkssturm ou autre Home Guard que de l’Australian Imperial Force (bien que, dans les faits, trois simples soldats engagés de la 9th Australien Division été âgés de plus de 60 ans).

A droite, le général Morshead, étrangement encore à son poste au moment de l’opération « Crusader »

Burton retrouve son professeur à la guerre, un homme qui a passé l’âge d’être en première ligne, comme beaucoup des acteurs ayant le rôle de soldats australiens: erreur de casting de Robert Wise?

Certaines scènes sont bien tournées, le spectateur se trouvant à plusieurs reprises à hauteur d’homme. La première attaque nous montre bien que l’infanterie allemande fut stoppée, et que les Panzer continuèrent seuls à l’intérieur du périmètre, devenant la proie des contre-attaques de flancs et des antichars. Las, le réalisateur nous présente le plan comme absolument préconçu, Morshead devinant exactement où Rommel va lancer son assaut et laissant à dessein l’ennemi s’enfoncer à l’intérieur du périmètre défensif pour mieux l’anéantir… Si la réutilisation de canons italiens est également véridique, deux autres points concernant l’artillerie sont inexacts : les scènes d’époque avec l’excellent antichar de 6 pounder qui n’entre en lice qu’en mai 1942 (soit un an plus tard…) ; pis : les renforts australiens arrivent sous un déluge d’artillerie, qui fait pourtant totalement défaut à Rommel lors de ses premières tentatives contre le port en avril 1941. La suite de l’attaque est moins bien traitée : si l’infanterie allemande est mise en fuite, on ne voit pas qu’elle a en fait été éliminée après avoir été abandonnée à son sort par les Panzer.

Les scènes de combat, sans égaler celles des films modernes, bien plus réalistes, sont relativement bien tournées, si ne n’est la facilité qu’ont les soldats allemands à franchir le réseaux de barbelés (comme dans « Le Jour le Plus Long », il suffit de se coucher dessus…)

Le film veut également montrer un autre aspect caractéristique du siège de Tobrouk : les coups de mains nocturnes menés dans le No Man’s Land, parfois à bord de chenillettes Bren Carrier, épisodes que je relate  dans mon livre Afrikakorps et surtout dans mon article « Tobrouk 1941. Un été d’enfer pour les Australiens » (« Ligne de Front » N°61, mai-juin 2016).

Le visage grimé en noir, portant bérets et armés de grenades et de mitraillettes, les Australiens sèment le chaos chez un ennemi qu’il maintien dans l’insécurité, quoique les contre-mesures apparaissent rapidement. En revanche, le raid lancé par McRoberts contre un dépôt de munitions est plus digne des attaques des raiders du désert du SAS ou du LRDG, ou encore des commandos, que des attaques menées par les Australiens. La façon dont le héros regagne les lignes alliées est également un clin d’œil à ces combattants du LRDG qui ont préféré les affres du désert à la captivité…

Des soldats de l’Afrikakorps en uniformes et armés de façon fort peu réaliste…

Comme bien souvent dans les films de guerre de cette époque, les Allemands sont particulièrement maltraités. Leurs vêtements et surtout leurs casques dignes de soldats du Kaiser de 1916 sont ridicules… (un travers que l’on retrouve dans « Sahara » avec Humphrey Bogart, ainsi que dans « Les Diables du Désert« ). Leur armement aussi. Quant aux Australiens, le filet de camouflage n’est pas caractéristique de la guerre dans le désert: les soldats peignaient leurs casques ou les recouvraient de toile de jute.

Wise met certes un point d’honneur à présenter l’aspect « guerre sans haine » de la guerre du désert, sans cet excès qui manquerait de réalisme : ainsi, le médecin allemand soigne son captif, Richard Burton, qu’un des officier qui l’interroge est prêt à brutaliser. L’irruption de Rommel dans la tente nous présente un officier chevaleresque : refusant qu’on maltraite l’Anglais, il le félicite, de façon un peu surprenante, pour le succès raid, qui condamne pourtant son artillerie au silence… Le réalisateur nous montre le général se faire soigner, alors que Rommel ne souffrira d’aucune égratignure avant le mitraillage de sa voiture en Normandie en juillet 1944. Le cynisme et la liberté de parole et de ton de Burton/McRoberts à son égard semblent également trop prononcés…

Le dernier combat se déroule sans équivoque au moment de l’opération « Crusader », en novembre-décembre 1941. Or, Morshead et sa division ne sont plus à Tobrouk à ce moment-là : ils ont été relevés, mis à part une unité qui n’a pu être évacuées. Quant à la position d’El Duda, elle n’est pas que le fait des Australiens, la percée de la garnison étant l’œuvre des blindés et de plusieurs bataillons d’infanterie.

Comme convenu, le « dur » se laisse attendrir et tous finissent par ressentir un respect et un affection réciproque. Quant au lâche, il est devenu le soldat le plus courageux du bataillon…Au final, un film qui n’est pas un chef d’œuvre lais qui se laisse regarder. Il procure l’occasion d’une soirée de détente dans l’ambiance de la guerre du désert.

Recension « Ligne Maginot du Désert. La défense du limes républicain. La Ligne Mareth, sud-tunisien 1934-1943 »

 

Ligne Maginot du Désert. La défense du limes républicain. La Ligne Mareth, sud-tunisien 1934-1943, Jean-Jacques Moulins et Michel Truttmann, Editions Gérard Klopp, 2018, 219 pages

Un magnifique ouvrage cartonné et richement illustré (et ce d’autant plus que le désert du sud tunisien est magnifique), fruit d’un travail de recherche particulièrement conséquent, ainsi que d’une exploration in situ des sites décrits.  Les douze premières pages, agrémentées de superbes photographies, y compris du fameux limes romain d’Afrique du Nord, nous présentent la manière de procéder des auteurs, ainsi que leurs voyages en Tunisie. Jean-Jacques Moulins et Michel Truttmann ont réussi le tour de force à dénicher une documentation exceptionnelle, et souvent inédite, sur la trop méconnue Ligne Mareth. Leur arpentage systématique du terrain, complété par la documentation et les plans d’époque, se traduit par un tableau détaillé stupéfiant de la Ligne Mareth en 1939-40. Cette ligne a été édifiée dans la perspective d’un affrontement avec l’Italie fasciste de Benito Mussolini. Dans les faits, elle ne sert qu’en mars 1943, comme zone de défense des forces de l’Axe dans le sud tunisien, au cours d’une bataille qui implique à la fois le fameux Afrika-Korps et la  8th Army du non moins célèbre Bernard Montgomery (une bataille majeure de la campagne d’Afrique du Nord qui mériterait enfin son livre ou son article détaillé…). Un chapitre nous présente avec bonheur la genèse du projet de fortification, ainsi que les moyens qui seront alloués par le gouvernement français. Fins connaisseurs de leur sujet, les auteurs nous présentent tous les points d’appui, y compris les zones de défenses situés en dehors de la ligne proprement dite (Bizerte, Tataouine, Ben Gardane, la zone côtière…). Les auteurs vont au-delà des seuls bunkers de la ligne de front: le lecteur découvre aussi les postes de commandements, réoccupés en 1943 par les forces de l’Axe, ainsi que le dispositif détaillé des unités d’artillerie française en position dans le secteur de la mobilisation à juin 1940. Les clichés pris par les deux auteurs lors de leurs 12 campagnes de repérage et de travail sur le terrain sont remarquables: on y découvre tous les types de bunkers, sans oublier nombre de détails pittoresques tels que citernes à eau, instructions de tirs peintes sur un mur, graffitis (français, allemands et italiens), peintures, dessins… Des détails d’embrasures ou de restes significatifs d’éléments métalliques, ou encore des clichés de pièces d’artillerie diverses complètent les informations. Les études des différentes zones fortifiées sont systématiquement accompagnées de plans et cartes d’époque, de photographies, voire d’infographie 3D. On apprécie aussi le chapitre consacré à l’incroyable bordj Novamor, sorte de « villa » de la fameuse famille Triolet. Les quarante dernières pages sont essentiellement consacrées à la période s’étalant de la déclaration de guerre à l’Allemagne en septembre 1939 à l’armistice avec l’Italie en juin 1940. Les éléments que les auteurs nous fournissent sur les plans et l’évolution du dispositif français sont des plus originaux et, donc, intéressants. Les opérations de 1943, si elles ne sont pas ignorées, sont malheureusement rapidement abordées (ce n’est pas le propos de l’ouvrage), mais elles sont l’occasion de nombreux clichés très originaux. Au final, nous avons là un très bel ouvrage, que je conseille vivement. Il va ravir les passionnés de fortifications, les férus de l’armée française de 1940, ainsi que les passionnés de la guerre du désert. En relisant les événements de la campagne de Tunisie de 1943, il est désormais beaucoup plus aisé de visualiser certains faits en ayant des clichés en tête. Enfin, il s’agit surtout d’un travail sur un sujet très peu abordé: la Ligne Mareth. Il ne faut pas bouder notre plaisir, ne serait-ce que pour la qualité de l’iconographie.

Helmet from Alamein

I bought this helmet 20 years ago.

 

Typical way to create a camouflage for an helmet: sand color with sand put on it. The helmet is also typical from the beginning of the war (kind of color of painting…). Real 8th Army / Western Desert Force helmets are always with their basic color with sand color on top of them, never with the desert color inside as the basic color from the factory, as those used in the Middle East were at first designed for Europe.

Inside the helmet, hidden, I discovered part of a newspaper : « The Egyptian Mail », dating from July 3rd, 1942, that is at the beginning of the first battle of El Alamein.

So the owner of this helmet, Wilson, was a member of British forces in Egypt during WWII.

Mes articles guerre du désert et campagne de Tunisie 1940-1943

Mes articles guerre du désert et campagne de Tunisie

1940-1943

 

Magazine Batailles & Blindés

N°82 : « Les unités de reconnaissance du DAK. Deux ans de campagne» (2)

N°81 : « Bach à Halfaya »in Les fiasco blindés de la 2eGM

N°80 : « El Alamein : Rommel pouvait-il l’emporter ? »

N°79 : « Les unités de reconnaissance du DAK. Les yeux de Rommel » (1)

N°75: « La Kampfstaffel « Rommel ». La garde rapprochée du « Renard du Désert » au combat ».

N°70: « Capri », c’est fini! La dernière offensive de Rommel en Afrique »

N°69 « Le « Chaudron » de Gazala. L’Afrika-Korps au bord du gouffre? »

HORS-SERIE N°26 « Dictionnaire des unités de l’Axe en Afrique du Nord. 1941-1943 » (avec David Zambon et Yann Mahé)

N°62: « Le LRDG »

N°60: « Les occasions manquées du DAK »

N°59:  « Ochsenkopf »

N°58:  « Mersa Matrouh »

 

Magazine Ligne de Front

HORS-SERIE N°29: « La 5. Panzerarmee. La meilleure ennemie des Alliés »

N°61 : « Tobrouk 1941. Un été d’enfer pour les Australiens ».

 

Magazine 2e Guerre Mondiale Magazine

N°76 : Dossier « Rommel : grand stratège et tacticien de génie ? » et « L’artillerie allemande pendant la bataille de Normandie »

 

N°71: « L’impact du front méditerranéen sur Overlord »

 

 

N°66: « La 90. Leichte Afrika-Division. Atout méconnu du DAK »

N°64: « La tête de pont de l’Axe en Tunisie. Un exploit logistique? »

 

N°62: Ecrire l’Histoire: « Montgomery, un mythe forgé et malmené par l’historiographie »

« Les mythes de la bataille de Kasserine »

N°61: « L’Afrika-Korps: force d’élite ou image de propagande? »

 

N°57: « L’infanterie de l’Afrikakorps »

N°56: « La 8th Army britannique dans la guerre du désert » et Ecrire l’Histoire: « Terminologie et seconde guerre mondiale »

 

 

N°50: Biographie « Ralph Bagnold, le père du LRDG »

N°48: Ecrire l’Histoire: « L’historiographie de la guerre en Afrique du Nord, 1940-1943 »

N°47: Biographie « Sir Claude John Eyre Auchinleck »

 

N°43: Biographie de Hans-Werner Schmidt de l’Afrika Korps

HORS-SERIE N°24 sur « La campagne de Tunisie, 1942-43 »

N°37: Dossier « Les divisions blindées en Afrique du Nord »

 

Chemins de la Mémoire

N°236 : « Les campagnes de Tunisie et D’Italie : le second front oublié »

 

 

Magazine Voyage et Histoire

N°4 : El Alamein