Recension « Athènes. Histoire d’une cité entre mythe et politique » par Sonia Darthou

Sonia Darthou, Athènes. Histoire d’une cité entre mythe et politique, Passés Composés, 287 pages

Féru de l’Histoire de la Grèce ancienne (ma spécialisation de fac), je ne peux que vous recommander cette belle étude de Sonia Darthou. Le sujet semble rebattu: Athènes. Certes, mais l’auteure articule avec brio son argumentation autour des liens entre mythe et politique au sein de cette cité illustre entre toutes.

Qu’est-ce que le lecteur va découvrir dans cet ouvrage? Beaucoup de choses passionnantes et fort bien relatées, qui nous permettent d’appréhender cette cité sous un angle original. Comme il se doit, tout débute avec les fameux mythes de fondation avec des protagonistes tels qu’Athéna, Poséidon, Héphaïstos et, évidemment, Kékrops, Erichthonios et Erechthée. L’auteure explique clairement la symbolique à rattacher à ce partage de l’Attique, ainsi que l’importance de Poséidon (et pas seulement en accord avec la thalassocratie qui se met en place au Vème siècle avant J.-C.), même si Athéna reste la déesse poliade. Thésée, le héros athénien par excellence, est gratifié d’un chapitre qui traite exclusivement des mythes auxquels il est rattachés et de leurs significations, ainsi que de son utilisation politique et sociale, entre synoecisme, éphébie et thalassocratie.

La symbolique, c’est aussi l’olivier et la chouette, sujets de deux chapitres remarquables et fort instructifs, mais aussi les représentations qui ornent les vases. On apprécie que l’étude prenne appui sur l’iconographie antique, dûment expliqué par l’auteure. Celle-ci sait aussi convoquer avec intelligence les écrivains anciens ou plus récents pour étayer ses propos.

Le mythe de l’autochtonie (avec évidemment Erichthonios), si caractéristique de la cité athénienne, constitue l’un des passages forts de l’ouvrage. Au-delà du mythe, ce chapitre, comme les autres, opère toujours un va-et-vient entre le mythe et ses conséquences politiques, mais aussi sociales. La difficile intégration des étrangers prend ici tout son sens, quand bien même ils se sont vus octroyer la citoyenneté, à l’instar des fidèles alliés platéens, ou qu’ils soient des métèques (quoique ceux-ci me semblent bien participer au combat au sein de la phalange hoplitique, contrairement à ce qui est avancé page 166).

Cette étude rigoureuse et savante ne commet pas l’écueil de faire l’impasse de l’utilisation des mythes dans les discours, la mémoire collective (au Dèmosion Sèma comme ailleurs), les joutes oratoires lors des procès ou encore dans le cadre de représentations théâtrales comiques. L’amateur du genre y retrouvera une multitude de figures mythologiques et de héros, mais aussi des hommes et des femmes passés à la postérité, comme la belle courtisane Aspasie, la compagne de l’illustre Périclès.

Le livre termine donc en beauté. Un ouvrage sérieux, écrit avec rigueur et style, un travail universitaire comme on les apprécie.

Si vous êtes passsionnés par l’Athènes antique, des liens entre mythe et politique, ou tout simplement de mythologie, cet ouvrage fera votre bonheur, comme il m’a captivé pendant de belles heures de lecture.

Recension de « Chaos in the Sand » de Barrie S. Barnes

Barrie S. Barnes, Chaos in the Sands, Helion

Un sujet original: le XIII Corps à El Alamein, donc le récit des combats dans le secteur sud, du 23 octobre au 4 novembre 1942. L’auteur, Barrie S. Barnes, nous a déjà ratifié d’un récit sortant de l’ordinaire à propos de la guerre du désert: Operation Scipio, consacré à la bataille de l’oued Akarit (à ma connaissance le seul ouvrage portant spécifiquement sur cette bataille). Une fois n’est pas coutume avec les Britanniques, la valeur et la ténacité des troupes italiennes n’est pas passée sous silence.

Ses ouvrages accordent cependant la part trop belles aux témoignages, qui sont certes appréciables et originaux (ce sont des interviews qu’il a réalisé lui même), mais cela ne saurait être de l’histoire à elle seule. En effet, même si j’ai constaté un net progrès depuis Operation Scipio, le récit contextualisant reste parfois trop succinct (sans que ce reproche soit systématique) et n’est pas toujours à la hauteur (comment oser écrire que les Nebelwerfer entrent ne lice pour la 1ère fois à Alamein: ce sera à Kasserine). Au début de Chaos in the Sand, on saute allègrement de la prise de commandement de « Monty » et du dispositif qu’il adopte pour Alam Halfa au récit de la Première bataille d’el Alamein (confusion chez l’auteur?). la suite est heureusement de meilleure facture.

Comme certains auteurs français ayant pignon sur rue à propos de la Seconde Guerre mondiale, mais en réalité peu au fait des choses militaires, des armées et de leur matériel, Barnes multiplie les erreurs dans les légendes de se ses photos: un Semovente devient un char allemand, un M3 américain en Tunisie char britannique… outre le fait que des clichés semblent plus représenter la dépression de Qattara que celle de Munassib et que l’auteur ne soit pas capable de reconnaître le Mont Himeimat quant il se présente à lui sur une photo… Une fameuse photo des Fallschirmjäger àaprès la prise d’Eben-Emaël est présentée comme une illustration de la Brigade Ramcke. Quant aux Grecs, ils sont figurés en tenues de 1940-41, dans un contexte peu désertique… Notons aussi que Barnes présente de célèbres clichés de l’IWM et autres comme étant de sa collection personnelle (!).

Pourtant, le livre est agréable et aborde les combats les moins connus de la bataille, mis à part le célébrissime épisode de Turner et de ses 6 pounder à « Snipe » (un beau passage du livre). Il est bien entendu question des FFL. Les témoignages des Grecs et des soldats des 44th et 50th ID sont précieux (comme pour Scipio, ils sont inconnus par ailleurs) et, in fine, et ce en dépit des réserves évoquées, j’ai apprécié la lecture de ce livre de 230 pages, mais il est souhaitable de bien connaître la bataille en amont (relisez Barr, Buffetaux, Mas et Lucas Phillips).

Le livre, acheté cet été pour moins de 30 euros, ne vaut pas les 60 Euros actuels.

Recension de « Churchill » par Andrew Roberts

Churchill d’Andrew Roberts, aux éditions Perrin, 2020

Quel récit époustouflant ! Andrew Roberts, nous convie à suivre une véritable épopée, celle d’un des plus grands hommes qui aient vécu au XXe siècle : Winston Churchill. Un magnifique personnage qui ne mérite aucunement que ses statues soient profanées…

Il ne faut surtout pas craindre le moindre ennui devant la perspective de devoir ingurgiter plus de 1 000 pages de lecture. Au contraire : l’humour dévastateur du principal protagoniste assure de beaux moments et de l’amusement au lecteur !

Si ce n’est pas la première fois que je lis un ouvrage au sujet de cet Anglais illustre entre tous (en France, nous avions déjà eu les ouvrages de F. Bédarida et de F. Kersaudy), ce livre ne fait pas double emploi et c’est avec grand intérêt que j’ai découvert un ouvrage bien écrit, admirablement traduit par Antoine Capet, fourmillant d’anecdotes. L’auteur a puisé dans des sources jusque-là inédites : le journal du roi Geoges VI non expurgé, des correspondances, etc. Par ailleurs, je ne me lasse pas des discours de Churchill, de son art oratoire, de son don de l’expression, de la répartie ou de la petite phrase bien choisie.

Au fil des 1200 pages d’un récit captivant, l’auteur nous emmène sur les traces d’un aristocrate d’illustre ascendance (Marlborough est de ses aïeux), très cultivé,  dont la vie se confond en partie avec un grand roman d’aventures. Après une jeunesse loin d’être aussi privilégiée qu’attendue, avec des parents lointains et distants, dont une mère aussi belle que frivole, mais également dure quoiqu’adorée, les récits des péripéties du jeune officier puis reporter, de l’Inde à l’Afrique suffiraient à faire de lui un homme d’exception. La fameuse charge du 21st Lancers à Omdurman (un fait d’armes insensé) et l’évasion de Churchill des mains des Boers, certes très rapidement traités, sont toujours de grands moments à lire.

Mais l’homme d’action se double d’un politicien, sa véritable vocation. Winston Churchill suit les traces de son père (que l’auteur nous fait découvrir), n’a de cesse de se référer à ce géniteur si rude avec lui, mais qu’il admirait (ils sont morts tous les deux un 24 janvier). Sa carrière politique suffirait également à faire de lui un homme de premier plan, ayant marqué l’Histoire du sceau indélébile de son empreinte. Son incroyable « come-back » des années 1950 après l’échec de 1945, ponctuant des décennies consacrées à la vie publique représente un événement à lui tout seul. Les nombreuses pages consacrées aux coulisses de la vie politique anglaise sont savoureuses. Andrew Roberts m’a beaucoup appris.

Churchill est aussi un écrivain, brillant, récompensé par le prix suprême : le Nobel. Et prolifique : 37 ouvrages totalisant plus de mots que l’intégralité des oeuvres de Dickens et de Shakespeare réunis, sans mentionner les innombrables discours et les lettres privées.

La vie privée du personnage central est abondamment évoquée, car Churchill est aussi un fils et un frère, époux et un père, mais aussi un ami fidèle : l’auteur connaît visiblement bien son sujet. Entre autres intérêts, ses rapports avec les différents souverains, en particulier George VI, mais aussi Roosevelt, Churchill , ainsi qu’une pléthore d’hommes politiques britanniques de premier plan.

Les pages consacrées à la Grande Guerre sont évidemment indispensables à la compréhension du personnage. Au-delà des Dardanelles –le reproche ultime sans cesse réitéré à son endroit, ainsi que ses ministères, son passage dans les tranchées est une nouvelle marque de courage. Une nouvelle fois, si Churchill n’avait été que le Churchill de la Grande Guerre, il serait illustre pour l’éternité.

Et pourtant, son heure la plus grande, son heure de gloire qui lui permettrait de sauver à la fois Londres, l’Angleterre et l’Empire, comme il l’avait déclaré à l’âge de 16 ans, est encore à venir.

Ce sont bien entendu les chapitres sur la montée du nazisme et la Seconde Guerre mondiale et qui ont le plus retenu mon attention. Il fût le l’homme providentiel, lucide sur la nature du nazisme et sur Hitler, qui présida au moment opportun aux destinées de la Grande Bretagne et, partant, à l’avenir du monde.

S’il ne faut évidemment pas s’attendre à un récit des opérations militaires, en revanche, on suit la guerre au niveau de la plus haute stratégie, les rencontres au sommet entre les grands dirigeants étant bien rendues par l’auteur. Churchill a multiplié les projets farfelus, les gabegies stratégiques, les sautes d’humeur malvenues, les erreurs de jugement sur les délais nécessaires pour qu’une armée soit opérationnelles…

Notre dette envers cet homme est cependant considérable: un fait de nature à contredire ceux qui osent encore relativiser le rôle des grands homme dans l’Histoire, ceux qui nient qu’un homme puisse avoir une influence déterminante sur les événements. Sa détermination inébranlable, sa volonté absolue de lutter contre Hitler quoiqu’il arrive, son espérance en des jouer meilleurs, son impulsion décisive et son charisme: son arrivée au 10 Downing Street constitue un des événements majeurs de la Seconde Guerre mondiale.

Quelques remarques me semblent nécessaires sur la partie concernant la Seconde Guerre mondiale : elle est excellente, mais je déplore la traduction de certains noms d’opérations, alors que la plupart sont conservés en anglais et que, de toute façon, elles sont connues sous leur code d’origine : ainsi de Compass (vers Sidi Barrani), Anvil (en Provence) ou de Shingle (à Anzio), notamment.

Des erreurs, ou des imprécisions (à mes yeux, ce qui peut donc se discuter), se sont également glissées dans le récit des années de la Seconde Guerre mondiale (sans en dévaluer la qualité intrinsèque) :

-l’auteur emploie bien le mot « armistice » à propos de l’événement survenu à Rethondes le 22 juin 1940, mais aussi le mot « capitulation », ce qui n’est pas la même chose (et une erreur).

-p718-719, il attribue trop de mérites au SOE, en semblant lui attribuer toute forme de résistance, notamment en France. On ne peut lui créditer sans exagération d’avoir contraint le « Das Reich à mettre dix-sept jours à atteindre la Normandie ».

-p775 : fin 1940, il est douteux que Hitler envisage d’envahir la Yougoslavie, et même la Grèce. Pour la 1ère, c’est le coup d’Etat cintre le régent Paul (fin mars 1941) qui fût décisif ; pour la seconde, l’intervention des Britanniques (début 1941).

-p787 : il n’y a pas de contingents polonais et sud-africains au sein des forces déployés en Grèce (et ceux-ci ne sont pas encore en Egypte à cette date)

-L’auteur affirme que la campagne de Grèce a provoqué un retard décisif de « Barbarossa » , les Allemands étant in fine bloqués par l’hiver russe devant Moscou: surprenant de voir encore écrire cela à ce niveau… Rien n’est plus faux, et c’est également faire fi de la raspoutitsa du printemps, ainsi que de la ténacité et de la valeur de l’Armée rouge.

-p790 : Alan Brooke n’est pas encore CIGS en mars 1941

-p852 : on ne peut guère créditer la RAF de la victoire de Crusader, à moins que l’auteur fasse allusion aux navires de l’Axe coulés entre l’Italie et la Libye (ce qui n’est pas explicite). Quant aux pertes de Rommel, elles sont un peu plus lourdes que ne le laisse supposer le texte (plus de 38 000 hommes et 340 chars)

p859 le Reich déclare la guerre aux Etats-Unis : suicidaire ? Les deux puissances sont de facto ennemies depuis le Prêt-Bail et la Charte de l’Atlantique, et même avant…

-p913 : La 8th Army a perdu 230 chars depuis le début de l’offensive de Rommel quand elle quitte Mersa Matrouh le 28 juin… La vérité est plus proche du millier…

-p921 et suivantes : Andrew Roberts ne rapporte pas fidèlement le limogeage d’Auchinleck. Lâchement, Churchill ne le lui pas annoncé de visu et personnellement. Quant au choix de Montgomery, il lui a été imposé et je doute qu’il savait déjà que ce dernier, auquel il préférait « Strafer » Gott », pourrait « apporter ordre et optimisme ».

-p922. « Strafer » est traduit par « le Mitrailleur » : en fait, le surnom de Gott provient d’un jeu de nom entre son nom –signifiant « Dieu » en Allemand- et une célèbre phrase allemande datant de la Première Guerre mondiale : « Gott strafe England », « Que Dieu punisse l’Angleterre »

-p940 : A propos de la période de la poursuite de Rommel après El Alamein : « Toutefois, Alexander et Montgomery, qui avaient pleinement conscience des capacités de contre-attaque de l’armée allemande ». Or, justement, les deux généraux se fourvoient complètement : avec les opérations de Tunisie qui drainent tous les renforts, Rommel n’est plus en mesure de représenter une menace

-p949 : « Rommel lança quatre imposantes contre-attaques en Tunisie début mars, mais elles furent toutes repoussées par Eisenhower et Montgomery » : rien n’est plus faux. En mars, il n’y  a que l’opération Capri, à Médenine, qui n’a rien d’imposante, et Eisenhower n’est en rien impliqué. Sans doute une allusion aux opérations qui ont eu lieu en février, passées à la postérité sous le nom de « bataille de Kasserine ».

-p967 et suivantes. Les historiens indiens n’ont certes pas une même vision de la famine du Bengale (lire cet ouvrage, et également ce livre), ainsi que de la responsabilité de Londres… Andrew Roberts omet bizarrement d’indiquer que la destruction préventive des bateaux et barques des paysans (dans la crainte d’une invasion japonaise) a aussi tenu un rôle dans le drame.

-p974 : « le 3 septembre, le jour où les Alliés lancèrent avec succès l’opération Avalanche » : non, c’est 6 jours plus tard, à Salerne. Le 3 septembre, c’est Baytown, à travers le détroit de Messine.

-p1019 : l’auteur affirme que le débarquement en Provence constitue une dispersion de moyens, ce qui est très discutable.

-p1015 : l’auteur indique que De Gaulle débarque en Normandie et se rend à Bayeux le 13 juin : non, c’est le 14 juin.

-p1044 : « l’Empire britannique aurait entre le quart et le tiers de divisions de plus que les Américains dans le combat global contre l’Axe ». Cela prend t-il en compte la lutte contre le Japon ? Quid aussi des forces aériennes et des flottes de guerre ?

-p1062-1063 : étrangement, il n’est nulle part fait allusion à la Rolls Royce de luxe que Churchill, quelque peu gêné de la relative modestie des présents destinés au roi arabe, promet à Ibn Séoud…

-p1069 : il est fait mention de Kesselring à propos des négociations en vue de  la reddition des forces allemandes en Italie, a priori en avril, alors que le maréchal allemand est désormais en charge du front de l’Ouest. De toute façon, le caractère jusqu’au-boutiste de Kesselring ne milite pas en faveur d’une prise de contact précoce avec les Occidentaux : à l’Ouest, il préconise au contraire une lutte jusqu’à la fin et il est cohérent de penser qu’il en allait de même en Italie au 1er trimestre 1945.

-p1169. Je laisse à l’auteur la responsabilité de l’affirmation suivante : « la première moitié des années 1950 apparaît comme une sorte d’âge d’or de la Grande-Bretagne »

Des imprécisions qui ne gâchent en rien un ensemble remarquable.

Un livre grandiose et massif, à l’image de son sujet.

Son caractère de touche à tout, ses compétences dans de nombreux domaines, son imagination fertile, ses idées plus ou moins farfelues, sa personnalité incontournable, … : il faut prendre la mesure de l’immense personnage qu’il était. Quel autre homme, au cours du 20e siècle, peut se targuer d’avoir occupé des postes de haute responsabilité au cours des deux guerres mondiales ?

Churchill était un homme de son temps, un homme de l’ère victorienne, fier et fidèle à l’Empire, un conservateur sur bien des plans.

Le personnage est superbe et plein d’humour, son parcours stupéfiant, son verbe magnifique. La lecture du récit d’une vie si remplie est un plaisir qui se ne refuse pas.

FILMS DE GUERRE/ WAR MOVIES (26/100): BONS BAISERS D’ATHENES

BONS BAISERS D’ATHENES

  

Ce film de George Costamos a tout du film « de commandos », genre initié par Les Canons de Navarone, modèle incontesté auquel le réalisateur fait référence à diverses reprises : choix des acteurs, lieu de l’action (un île grecque), base secrète avec une arme redoutable, résistants hellènes menés par un individu haut en couleur… Mais le résultat final n’est pas au niveau de l’oeuvre de Jack Lee Thompson.

La présence de David Niven (le professeur Blake), toujours flegmatique, est un premier clin d’oeil aux Canons de Navarone.
Les occupants se montrent impitoyables, en particulier les SS, éternels méchants des films de guerre, ce qu’ils méritent, certes, mais il est désormais établi que la Wehrmacht a sa part de responsabilité dans les crimes commis par le III Reich. La brutalité de l’occupant est aussi illustrée dans Les Canons de Navarone et reflète le quotidien terrible qui fut celui des Grecs pendant les années noires.

Une arme secrète, destructrice, et des soldats, la démarche mécanique à l’allure de robots: un touche « science-fiction ». Si la référence au V2 est évidente, on se demande bien pourquoi les nazis auraient choisi un endroit perdu de la mer Egée pour édifier une base de cette nature, outre les moyens pour y faire parvenir le matériel…
Roger Moore tient le rôle d’un officier de la Wehrmacht (le Major Otto Hecht) qui a tout du bon vivant et de l’officier cultivé, contrairement aux SS. Icône de James Bond et d’Amicalement Vôtre oblige, l’acteur joue un personnage très porté sur les jolies femmes.
Comme il se doit, Roger Moore ne peut qu’embrasser la bonne cause… Il s’oppose donc à ses compatriotes et c’est en grande partie grâce à ses talents de soldat que la
Elliott Gould tient le rôle d’un personnage assez farfelu, comme souvent à son habitude. Les soldats allemands sont assez facile à distraire de leur devoir: une récurrence dans de nombreux films (déjà dans Le Jour le Plus Long avec la première scène à Pegasus Bridge)
Le chef des partisans se doit d’être un individu hors-norme: si Anthony Quinn était excellent, Telly Savalas se distingue aussi dans ce film. Comme il se doit, son personnage est ambigu, à la frontière entre la fripouille, le chef de bande et le patriote combattant. Evidemment, il fréquente les femmes de petites vertus, dont une tenancière de bordel (Claudia Cardinale), décidée elle aussi à combattre l’occupant…

Au final, un film à prendre pour ce qu’il est : une distraction avec beaucoup d’action et une comédie, mais avec un humour assez loufoque. Ce n’est ni le meilleur film de commandos, ni un grand film de guerre, mais il se laisse regarder pour un moment de détente.

Recension « La Grande Guerre sur Mer » d’Yves Buffetaut

Yves Buffetaut, La Grande Guerre sur Mer, Ysec, 2019

La Première Guerre mondiale évoque d’emblée des tranchées boueuses… C’est à travers les mers du globe, de Tsin-Tao à Zeebrugge en passant par les Dardanelles et Les Falklands que nous convie Yves Buffetaut dans un livre fort bien écrit, comme à son habitude, mais aussi très illustré. La Royal Marine est à l’acmé de sa puissance et de son rayonnement et le conflit va voir l’entrée en lice du premier porte-avions, mais aussi les derniers affrontements d’envergure entre grosses unités navales, tandis que le sous-marin démontre toutes ses potentialités. L’ouvrage commence par un tableau des forces en présence en 1914, avec la question des Dreadnoughts qui révolutionnent la donne navale à l’aube du siècle naissant. La guerre navale est ensuite décrite avec détails sur tous les fronts, dans la Baltique, dans la Manche, en Méditerranée ou ailleurs, la bataille du Jutland comme celle des Dardanelles (deux incontournables), les différentes stratégies ainsi que les principaux acteurs étant présentés comme il se doit. Les détails confèrent une lecture agréable au récit, sans pesanteurs. Un chapitre (le 9e) est dédié à la guerre sous-marine allemande. Un récit haletant et bien complet, qui nous fait découvrir la Grande Guerre selon un prisme moins courant que d’autres, les questions stratégiques et techniques étant particulièrement bien traitées. 152 pages qui se lisent avec plaisir et intérêt.

Courte Recension de « Dwight D. Eisenhower » par Christophe Prime

Christophe Prime, Dwight D. Eisenhower, OREP, 2020

Raconter la vie du plus grand général américain de la Seconde Guerre mondiale en 32 pages ? C’est possible et c’est Christophe Prime qui relève le défi. Bizarrement, aucune biographie digne de ce nom consacrée à « Ike » n’existe en français (je l’ai proposé en vain à trois éditeurs ces dix dernières années…), mais ce petit livre nous livre, sous la plume toujours agréable de l’auteur, l’essentiel à retenir (y compris l’oeuvre d’Eisenhower en qualité de président) dans un texte vivant et bien illustré. Un petit livre grand public mais documenté qui peut accompagner avec bonheur des pérégrinations touristiques sur la côte normande.

Courte recension « Inventions de la Seconde Guerre mondiale » de Philippe Bauduin

On apprécie les productions de Philippe Bauduin (L’Or Rouge, Les Ponts Bailey, Quand l’Or Noir coulait à flot). Il est de notoriété que les guerres sont propices au progrès scientifique et aux avancées qui seront in fine bénéfiques dans la vie quotidienne. L’auteur en a sélectionné 50, regroupées par grands thèmes (santé, communications, transport et logistique…). Les textes sont relativement courts, mais efficaces et très instructifs. On découvre le Nescafé, le radar, la pénicilline, la Jeep et le scooter, ou encore le stylo-bille, le T-shirt, le Nylon et le sous-marin de poche, etc. le tout servi par une iconographie abondante et bien choisie. Un petit livre de 80 pages bienvenu.

Recension de « Sur les traces du I. SS-Panzerkorps, de la Normandie aux Ardennes » de Hugues Wenkin

Hugues Wenkin, Sur les traces du I. SS-Panzerkorps, de la Normandie aux Ardennes, Weyrich, 2020

Un livre de 130 pages marqué du sceau de la qualité qu’on rattache à Hugues Wenkin et aux éditions Weyrich. Comme à son accoutumée, notre ami historien belge nous livre un récit très bien écrit et qui sort des sentiers battus. Certes, les pages consacrées à la Normandie ne traitent pas d’événements nouveau, mais le coeur du récit nous entraine sur les routes de la retraite jusqu’à la Meuse. Hugues Wenkin sait aller à l’essentiel, évoquant aussi bien la stratégie que des combats tactiques, n’oubliant jamais ce côté humain et anecdotique qui rend la lecture de ses livres si facile et agréable. Les pages consacrées aux suites de la poche de Falaise et à la Seine sont intéressantes, celles traitant des opérations dans les Ardennes en septembre 1944 (en gros la moitié du livre). Les difficiles combats menés par les GI’s face à la « Das Reich » pour franchir la Meuse constituent une découverte pour moi, de même que l’intense activité des résistants belges : les 60 dernières pages de ce livre en justifie largement son achat. L’autre intérêt est la remarquable iconographie (quoique les Waffen SS ne m’intéressent nullement). La question des crimes de guerre de part et d’autre n’est pas occultée, même si la brutalité des SS à l’endroit des civils ne saurait être mises sur le même plan que l’exécution sommaire de soldats armés, qui plus est des assassins fanatisés. Les SS sont trop souvent le sujet de livres consacrés à la bataille de Normandie et à la guerre à l’Ouest, mais, au moins, Hugues Wenkin est objectif et n’éprouve pas ce penchant scandaleux à leur endroit qui suinte dans certains écrits (ce qui est loin d’être le cas de certaines maisons d’édition). C’était un bon moment de lecture, instructif. Au final un beau livre chaudement recommandé.

Publication annulée

La publication de mon petit ouvrage qui devait sortir pour la mi-septembre est définitivement annulée.

La Campagne de Sicile 1943

OPERATION « HUSKY » :

LE RETOUR DES ALLIES EN EUROPE, 10-11 JUILLET 1943

La défense de l’île est confiée à la 6ème Armée italienne du général Guzzoni. Les troupes mises à sa disposition sont essentiellement italiennes, dont les unités sont mal équipées, mal commandées et au moral particulièrement bas, particulièrement au sein des divisions côtières. Il dispose néanmoins de l’appoint de quelques unités allemandes. Convaincu de l’impossibilité de remporter la décision sur les plages, il décide de garder une masse de manœuvre en réserve afin de pouvoir frapper en force les unités débarquées. Ces réserves sont articulées autour de la 15.Panzergrenadier-Division et de la Panzer-Division « Hermann Goering ».

Les deux unités alignent 184 Panzer, dont 17 « Tiger ». En tout, Guzzoni dispose de 200 000 soldats italiens et de 35 000 Allemands. Ceci étant, Kesserling a autorisé ses deux commandants de divisions d’agir à leur guise, ce qui augure mal de la coopération entre Italiens et Allemands. Il n’a en effet plus confiance dans les qualités combatives de ses alliés et craint une capitulation de ceux-ci. La Lutfwaffe et la Regia Aeronautica alignent 1 560 avions en Méditerranée occidentale, mais, en raison des raids incessants des Alliés, seuls 175 avions allemands se trouvent en Sicile le jour du débarquement. Stationnée à la Spezia, la lotte italienne compte 6 cuirassés, 7 croiseurs et 30 destroyers. En outre, les forces de l’Axe possèdent 68 sous-marins, dont 20 U-Boote.

Aéroportés américains

L’opération « Husky » prévoit pour la première fois l’engagement de nombreuses troupes aéroportées. Dans le secteur britannique, ce sont 2 000 aéroportés de la 1stAirlanding Brigade du général Hopkinson qui doivent arriver sur l’île en planeurs et s’emparer du pont de Ponte Grande. Outre la prise du pont, la mission des aéroportés britanniques est de s’emparer. Le décollage s’effectue correctement mais la tempête se déchaîne et déporte les appareils de leur ligne de vol. 133 avions sur 145 atteignent le cap Passero, à la corne sud-est de la Sicile, mais en raison de l’obscurité qui empêche un certains nombre de pilotes inexpérimentés des remorqueurs de repérer les sites d’atterrissage, seuls 115 avions lâchent leurs planeurs. Les formations sont aussitôt dispersées par le feu nourri des pièces de DCA germano-italiennes.

Un terrible catastrophe s’abattit alors sur les aéroportés puisque plus de la moitié des planeurs atterrit en mer ! 252 hommes périssent noyés en mer. Seuls 12 planeurs se posent sur l’objectif. Beaucoup d’hommes sont blessés à l’atterrissage tandis qu’une partie des rescapés se heurte à des unités ennemies et sont tués, blessés ou capturés. Deux heures après les Britanniques, 266 C-47, chargés de 3 045 parachutistes américains du 505th Parachute Infantry Regimentdu colonel Gavin, décollent à leur tour des aérodromes africains. Dès le départ, les groupes perdent leur cohésion. Novices au vol de nuit, les pilotes abordent la Sicile depuis plusieurs directions et les largages sont d’une imprécision stupéfiante : moins de 200 hommes sont sur leur objectif au lever du jour. Toutefois, la majorité des parachutistes sautent à proximité de la zone de débarquement de la 45th ID.

A 1h45, le 10 juillet, débute le bombardement préparatoire de la flotte de guerre alliée. Il n’y a cependant aucune surprise tactique car des appareils de la Luftwaffe ont repéré plusieurs convois la veille tandis que la présence de parachutistes confirme qu’une opération de grande envergure a été lancée par les Alliés. A 2h45, les débarquements des troupes britanniques débutent, face à une opposition légère. Des unités de commandos participent à l’opération, une unité du SAS et le N°3 Commando s’emparant d’une batterie côtière au Cap Murro di Porco, tandis que les N°40 et N°41 Royal Marine Commando débarquent dans la péninsule de Pachino. La nuit et le manque d’entraînement sont toutefois à l’origine d’une certaine confusion. Certaines unités se trompent de plage ou débarquent en retard sur l’horaire prévu.

Près d’Avola, le débarquement de la 50th ID est encore plus difficile en raison du vent et des vagues. Dès le lever du jour, la situation s’améliore cependant, d’autant plus que la résistance ennemie est très faible. Sur le flanc droit, la 5th ID de Kirkmann s’empare du Ponte Grande, pris par les « Red Devils » la nuit puis repris par les Italiens, puis marche sur Syracuse qui tombe le jour même. Sur le flanc gauche, l’avance des Canadiens est également rapide et ils se rendent maître du terrain d’aviation de Pachino.

La 8th Army a donc débarqué la 1st Canadian Division, la 5th ID, la 50th ID, la 51th ID, une brigade indépendante et des unités de commandos pour des pertes très légères. Le débarquement est donc un succès.

Dans le secteur attribué à la 7th Army de Patton, les péniches de débarquement souffrent également de l’état de la mer. Ainsi, sur le flanc gauche, à Licata, la 3th ID de Truscott touche terre à 3h30, avec trois quarts d’heures de retard. L’unité est soumise aux tirs de l’artillerie lourde et de nids de mitrailleuses et doit subir une contre-attaque italienne. Toutefois, la tête de pont est solide. A l’aube, la ville de Licata est capturée. Les pertes américaines s’élèvent seulement à cent hommes. Au centre, la 1st ID, la « Big Red One », commandée par le général Terry de la Mesa Allen, commence son débarquement sur les plages de Géla à 2h, soutenue par des unités de Rangers, commandés par le colonel Darby. La résistance italienne s’avère acharnée et les Rangers doivent mener un dur combat pour nettoyer la plage et s’emparer de Géla en milieu de matinée. A droite de la 1st ID, la 45th ID de Middleton débarque sans encombre de part et d’autre de Scoglitti. En fin de journée, l’avance atteint 10 kilomètres. Trois divisions renforcées de plusieurs unités indépendantes sont donc à terre. Le débarquement de l’armée de Patton a donc réussi.

La réaction des forces germano-italiennes ne se fait toutefois pas attendre. Elle vient en premier lieu du ciel, où la Lutftwaffe intervient avec force dans la matinée. UnStuka touche de plein fouet le destroyer USS Maddox, qui explose aussitôt. Plusieurs autres navires sont coulés, dont deux précieux LST. Sur terre, Guzzoni est déterminé à réagir également avec force. La Panzerdivision « Hermann Goering »  du général Conrath est chargée de repousser les Américains à Géla. La première attaque est toutefois délivrée par une colonne blindée italienne de la Force Mobile E, équipée de chars Renault R-35, bien obsolètes en cet été 1943. Repoussée par l’infanterie américaine tirs des navires alliés, les Italiens n’en font pas moins preuve de courage et ils arrivent aux abords même de Géla.

Le Kampfgruppe de la « Hermann Goering » qui attaque également Géla est de son côté cloué au sol par l’intervention décisive des navires de guerre alliés. A Géla, les combats continuent. La Force Mobile E, renforcée par la division « Livorno » du général Chirieleison, s’accroche courageusement dans la ville où les combats font rage pendant des heures. Les pertes sont toutefois lourdes et les Italiens sont contraints au repli. Plus à l’est, un deuxième Kampfgruppe de la division « Hermann Goering » échoue face à la 45th ID, principalement en raison de l’incapacité des « Tiger » à venir porter soutien aux fantassins allemands. Au soir du 10 juillet, la tête de pont ne semble pas encore assurée. Guzzoni et Kesselring espèrent encore rejeter l’envahisseur à la mer. Le 11 juillet sera une journée cruciale.

Le 11 juillet, les Germano-italiens décident de lancer une opération conjointe avec pour seul objectif le secteur de Géla. Tandis que la division « Livorno » attaquera par l’ouest, la Panzerdivion « Hermann Goering » lancera des attaques convergentes vers Géla. L’attaque débute à 6h15, en même temps que l’aviation de l’Axe qui lancent de nombreux raids sur les plages et la flotte alliée. La division « Livorno » est stoppée nette devant Géla par un déluge d’artillerie terrestre et surtout marine qui pulvérise les véhicules italiens et écrasent les fantassins sous un feu d’enfer. Au bout de deux heures, les Italiens refluent. Les Rangers font 400 prisonniers. Les Panzer et les fantassins de Conrath passent également à l’attaque et sont très vite engagés dans des combats à très courte portée. Conrath regroupe en personne ses unités et les renvoie à l’assaut. Les Allemands finissent par submerger certaines positions avancées américaines et progressent irrésistiblement jusqu’à 9h. Les troupes de Conrath sont alors frappées de flanc à partir de l’est par un groupe de parachutistes menés par le colonel Gavin. Conrath doit alors détourner une partie de ses troupes pour parer à la menace mais gavin résiste à tous les assauts. Pendant que la division « Livorno » se fait écraser, sous les yeux même de Patton, les Panzer font mouvement vers les plages, et ne sont plus qu’à deux kilomètres du rivage, prenant d’enfilade les dépôts de ravitaillement et les chalands de débarquement. La victoire apparaît à portée de main. Les adversaires étant trop proches, la marine ne peut intervenir. Conrath est cependant repoussé et doit suspendre son attaque. Les Panzer subissent alors le feu des canons lourds de marine au cours du repli et le tiers des blindés de la division « Hermann Goering » sont détruits ou endommagés. Les Américains n’ont pas été rejetés à la mer : l’opération « Husky » est un succès.

Cette journée du 11 juillet se termine cependant par un drame pour les forces alliées. Les multiples raids aériens des forces de l’Axe dans la journée vont provoquer une tragique méprise de la part de la DCA américaine. En fin de journée, juste après avoir subit une attaque aérienne germano-italienne, la flotte américaine entend le grondement des moteurs d’une formation aérienne. Une mitrailleuse ouvre alors le feu sur les avions. En quelques minutes, toutes les pièces de DCA alliées de la flotte et de la tête de pont entrent en action. Personne n’a prévenu la flotte du passage des avions transportant les 2 300 Américains du 504th Parachute Infantry Regiment du colonel Tucker. 23 appareils sont abattus et 37 endommagés. En ce qui concerne les passagers, 141 parachutistes et pilotes sont tués, 132 sont blessés et 16 sont portés disparus. En outre, les formations aériennes perdent leur cohésion et les largages sont totalement dispersés. Les opérations aéroportées en Sicile se déroulent donc sous le sceau de la malchance, du manque d’entraînement et de l’inexpérience, des défauts auxquels il faudra remédier pour l’assaut à travers la Manche, prévu en 1944. Heureusement, ce désastre est sans conséquence sur « Husky », Patton et Monty ont déjà gagné la bataille pour assurer les têtes de pont.

Patton débarque en Sicile