« Etre Soldat de Hitler » présenté dans Ouest-France

Une belle recension de Etre Soldat de Hitler dans Ouest-France, un quotidien que je connaissais bien lorsque je vivais à Caen…

Merci à Didier Gourin

 

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11 novembre 1942

Il y a 77 ans: 11novembre 1942. Après trois jours de combats suite à Torch, c’est enfin le cessez-le-feu au Maroc entre les forces vichystes et les troupes américaines de Patton. Pendant ce temps, à plus de 4 500 kilomètres, l’armée de Rommel quitte définitivement l’Egypte.

Persécutions: prémices de la Shoah

Il y a 81 ans, dans la nuit du 9-10 novembre 1938, la « Nuit De Cristal »

Recension de « Mondes en Guerre. Tome 2 » sous la direction d’Hervé Drévillon

Hervé Drévillon (sous la direction), Mondes en Guerre. Tome 2. L’âge classique XVe-XIXe siècle, Passés Composés, 2019, 782 pages

Le second opus de cette série magistrale consacrée au fait de guerre dans l’Histoire de l’Humanité tient les promesses mises dans le 1er tome: une somme d’érudition servie par une iconographie riche, de belles cartes et, surtout, un texte captivant. Le lecteur ne doit pas s’attendre à une suite de récits de campagnes et batailles. Contrairement au premier tome portant sur l’Antiquité et le Moyen Age, ce second livre ne suit pas à proprement parler un canevas strictement chronologique, puisque l’étude est avant tout thématique et transversal. Un parti-pris certes intéressant, mais peut-être plus déroutant pour qui maîtrise mal les grands événements historiques de la période. Le travail embrasse de nouveau tous les continents, ce qui est une grande force de cette série. Le propos est des plus varié et aborde toute une série de thèmes majeurs et passionnants: citons simplement le métier des armes et la question des armées permanentes et de professionnels, la révolution de la mobilité, la logistique, l’impact de l’imprimerie sur l’institution militaire, la question de la suprématie du feu, les règles de la guerre sur mer, la religion et la guerre, la guérilla, le grand creuset de l’armée (échanges, transferts et hybridations), etc. Les passionnés des guerres révolutionnaires de la geste napoléonienne y trouveront sans doute leur compte. J’ai eu peu à me mettre sous la dent pour ce qui concerne la guerre de Sécession, non oubliée et abordée avec intelligence, mais le propos de l’ouvrage est global et englobe des siècles d’affrontements, rappelons-le: le lecteur ne doit pas rechercher le récit détaillée d’une guerre. La période est aussi celle des découvertes puis des conquête européennes, l’occasion de faire le point sur l’absence de supériorité technologique à l’ère des premiers empires coloniaux, ainsi que l’implications de nombreux peuples dans le processus des conquêtes européennes, impossibles sans les soutiens locaux. Au final, beaucoup d’informations et beaucoup de réflexions. Un très beau livre, réussi, que l’on peut aborder au gré de nos envies, selon le thème que l’on souhaite découvrir (ou relire). Si j’ai préféré le 1er tome, c’est parce que je suis passionné d’Histoire ancienne, mais celui-ci vaut l’investissement.

 

Il y a 77 ans El Alamein: 4-6 novembre 1942

4-6 novembre : une victoire inachevée

4 novembre 1942: la percée!

Les automitrailleuses et les tanks ne parviennent pas à optimiser le succès jusqu’à obtenir l’anéantissement de l’adversaire

La Panzerarmee abandonne un matériel considérable….

Le 4 novembre marque la fin de la bataille d’El Alamein. Rommel enrage de ne pas profiter de l’inaction des Britanniques pour extirper ses troupes du piège qui les menace. Il sait pourtant que la seule façon de sauver son armée est de commencer le repli. Von Thomas proteste de la décision prise de rester à combattre. Rommel se ravise donc et envoie en Allemagne le lieutenant Berndt, son aide de camp personnel qui est membre du parti nazi depuis longtemps, pour persuader Hitler de changer d’avis. Pendant la nuit du 3 au 4 novembre, alors que Rommel poursuit le retrait graduel de ses troupes de la ligne d’El Alamein, la 5th Indian Brigade opère une avancée victorieuse jusqu’à la piste de Rahman sans rencontrer d’opposition sérieuse. Plus tard dans la nuit, les Ecossais s’attaquent au point 44 sur Tell el Aqaqir et parviennent à s’en emparer au bout d’une heure de combat. 20 Valentines et de nombreux soldats sont cependant perdus dans l’affrontement. L’armée de Rommel est alors en pleine retraite. Les 15. et 21.Panzer Divisionen sont retirées du front à leur tour aux premières heures de la journée et entament leur repli vers Fouka. Au lever du jour, toutes les colonnes motorisées de l’Axe sont en mouvement vers l’ouest pendant que les unités d’infanterie dépourvues de transport tentent également de fuir, si toutefois elles sont parvenues à se désengager de l’étreinte de la 8th Army. La situation empire pour Rommel. Le général von Thomas est capturé au combat par l’ennemi tandis que les Britanniques anéantissent sa dernière réserve blindée, la division Ariete, écrasée par la 7th Armoured Division après avoir mené un héroïque combat de sacrifice. C’est en fait tout le 20ème Corps italien qui est anéanti puisque les divisions Littorio et Trieste ont également virtuellement cessé d’exister. Une brèche de 20 kilomètres est ainsi formée au sein du dispositif germano-italien, isolant les unités tenant la partie sud de la ligne de front. L’ordre de retraite général est donné à 15h30 mais toutes les unités ne peuvent y répondre de la même façon. La brigade Ramcke, la Folgore, la Brescia et la Pavia ne peuvent disposer de véhicules car elles sont isolées par les troupes britanniques qui se sont engouffrées par la brèche laissée par la destruction de l’Ariete. Il est également impossible de leur dépêcher des camions en raison du trop grand risque que représentent les nombreuses automitrailleuses britanniques en maraude. L’ordre insensé d’Hitler coûte donc très cher à la Panzerarmee. Notons seulement l’incroyable odyssée que Ramcke parviendra à réaliser en parvenant à se sauver avec 600 parachutistes après la capture, le 5 novembre, de camions britanniques. Les parachutistes allemands réussissent ensuite l’exploit de traverser les lignes britanniques pour rejoindre Rommel deux jours plus tard.

Les Britanniques ne cessent de laisser s’échapper des occasions de détruire l’armée de Rommel. En fait, lorsqu’il apparaît que l’ennemi a disparu, c’est un sentiment de soulagement qui s’empare des unités de la 8th Army plutôt que la volonté d’anéantir l’adversaire. Des officiers ordonnent ainsi à leurs hommes de préparer le bivouac pour la nuit. Dans la nuit du 4 au 5 novembre, les ordres sont donnés de poursuivre l’ennemi en se portant vers le nord-ouest pour couper la route côtière et, donc, la voie de retraite de la Panzerarmee Afrika. Mais ces ordres sont à exécuter le lendemain, au risque de perdre un temps précieux ! Montgomery estime que le moment est venu de lancer ses forces mobiles à la poursuite d’un ennemi désormais battu. La 1st Armoured Division parvient à s’extraire de l’embouteillage qui bloque tout mouvement dans le secteur de la piste de Rahman et commence à exploiter vers l’ouest à la poursuite de l’Afrika Korps dans la nuit du 4 au 5 novembre. La 7th Armoured Division se joint à son tour à la poursuite, suivie aux premières du jour par la 2nd New-Zealand Division. Monty décide en outre qu’il est temps d’engager également la 10th Armoured Division vers l’ouest contre les arrières-gardes de Rommel. Pendant ce temps, dans le sud, le 13th Corps ne rencontre plus guère d’opposition. Seule la 8th Armoured Brigade réussit à s’avancer suffisamment loin vers le nord-ouest pour atteindre la côte avant le passage de toutes les troupes ennemies en retraite. Le combat est dur et intense, les hommes de Rommel laissant sur le terrain 14 Panzer, 29 chars italiens, 4 canons, une centaine de camions et un millier d’hommes. Le 6 novembre, la 21.Panzer Division est immobilisée entre Fouka et Mersa Matrouh par manque de carburant. Elle ne doit son salut essentiellement qu’à une pluie providentielle et à l’irruption du Kamfgruppe Voss qui surprend la 22nd Armoured Brigade en lui infligeant de lourdes pertes. Pourtant, dès le 2 novembre, le général Harding, le chef de la 7th Armoured Division, présente bien un plan pour couper la retraite de l’ennemi après la prise de Mersa Matrouh en fonçant vers Tobrouk via la piste de Siwa. Ce plan aurait mis Rommel en grand péril mais Monty le rejeta.

La 8th Army au faîte de sa gloire

La 8th Army a remporté une grande victoire mais elle n’a pas été en mesure d’anéantir un ennemi à sa merci. Plus que la prudence, c’est la congestion qui bloque tout mouvement et surtout l’échec de la percée attendue pour « Supercharge » le 2 novembre. La poursuite de l’armée vaincue de Rommel n’a donc pas constitué le grand triomphe que l’armée de Montgomery aurait pu remporter. Désorganisée, fragmentée, démoralisée, à court de carburant, la Panzerarmee n’attend que le coup de grâce. Pourtant, la 8th Army, pourtant considérablement plus puissante, n’est pas en mesure d’asséner ce coup fatal. Le 13 novembre, Rommel est de retour à Tobrouk, site de sa plus belle victoire, celle qui l’avait mené jusqu’à El Alamein…

Recension « Histoire Mondiale de la Guerre Froide.1890-1991 » d’Odd Arne Westad

Odd Arne Westad, Histoire Mondiale de la Guerre Froide.1890-1991, Perrin, 2019, 712 pages

Une somme considérable consacrée à la Guerre Froide, et plus particulièrement à l’antagonisme entre les deux grandes puissances de l’après Seconde Guerre mondiale: les Etats-Unis et l’Union soviétique. L’auteur va au-delà de la période traditionnellement retenue, à savoir 1947-1991. Odd Arne Westad débute en effet son étude avec les cinquante années qui précèdent la Guerre Froide (sans doute la partie la plus intéressante), cinquante années qui président à la montée en puissance des Etats-Unis, à la révolution bolchevique, ainsi qu’au déclin de l’Europe occidentale, à tout le moins dans la domination mondiale qu’elle exerce. Les tensions entre les Etats-Unis et la Russie, aux idéaux si antagonistes, débutent par ailleurs bien avant 1947. La révolution de 1917 est l’un des événements majeurs du siècle précédent, de même que le développement de la puissance américaine, jusqu’à devenir la superpuissance par excellence. Les thèmes abordés sont forts variés et clairement traités. Si la trame est événementielle et chronologique, elle est également thématique, par zone géographiques (L’Inde, la Chine, le Moyen-Orient, …) et aborde des sujets aussi variés que l’économie, les sociétés, etc. En raison de l’étendue du sujet, on pourra penser que certains événements sont traités trop rapidement, comme l’érection du mur de Berlin par exemple (sans allusion au fameux discours de Kennedy), mais il est facile de compléter par d’autres lectures si le besoin s’en fait sentir. Un ouvrage qui au final fait le tour de la question de façon claire et abordable, n’omettant aucun sujet: un bel outil pour les passionnés, mais aussi les enseignants. L’occasion aussi pour nombre de lecteurs de revivre des événements vécu au 20e siècle, mais avec le bénéfice de l’éclairage d’un historien. L’occasion aussi de se réjouir une nouvelle fois que ce soient les Américains qui soient sortis victorieux de la Guerre Froide, et non leurs adversaires, et également d’être satisfait que la grande démocratie d’outre-Atlantique, en dépit de tous ses défauts, reste la puissance majeure dans les années 1990, alors que la domination absolue d’un Etat tel que la Russie (soviétique ou non) ou la Chine, liberticides à souhait, n’est pas souhaitable.

 

Il y a 77 ans El Alamein: 3 novembre 1942

3 novembre 1942: Tell-el-Aqqaqir

                         

Les combats pour Tell el Aqqaqir et la piste de Rahman sonnent le glas des Panzer de l’Afrika-Korps

L’arrivée de la nuit n’apporte aucun répit aux combats. La 7th Motor Brigade affronte à son tour l’écran antichar enterré sur la piste de Rahman mais elle est repoussée. Au nord, les Australiens poursuivent leur poussée. La journée du 3 novembre est le cadre de nouveaux assauts délivrés par les chars des 8th et 2th Armoured Brigades sans toutefois parvenir à briser l’énergique résistance des soldats allemands de l’Afrika-Korps. A droite, la 2nd Rifle Brigade dépasse la piste de Rahman pour être décimée par la défense italienne de la Trieste : les Bren-Carriers sont touchés par les antichars et l’infanterie est balayée par les rafales de mitrailleuses des blindés. Au centre, la 7th Rifle Brigade subit un sort bien pire encore. La pression continuelle exercée par la 8th Army est cependant sur le point de porter ses fruits car les troupes de Rommel ont atteint le point de rupture et ont arrivées à la limite de leurs forces. Le « Renard du Désert » réalise qu’il ne lui est plus possible de tenir la ligne de front à El Alamein compte tenu de l’état de ses forces. Il ne peut plus contre-attaquer mais peut profiter de l’épuisement britannique pour se retirer avant l’écrasement complet de ses troupes. Il prend donc la décision de replier les 20èmeet 21ème Corps italiens derrière l’écran protecteur de l’Afrika-Korps. Les unités du saillant nord, près de la route côtière, sont également repliées. L’ordre de repli se déroule complètement à l’insu des Britanniques au sud et au centre. Rommel écrit : « Déjà, les jours précédents, nous avions commencé à évacuer vers l’ouest les installations de l’arrière […] La 90.Leichte, l’Afrika-Korps et le 20ème Corps italien devaient se replier lentement pour permettre l’évacuation, à pied ou par camions, des divisions d’infanterie. Du fait que, jusqu’ici, les Britanniques nous suivaient en hésitant et qu’une prudence extrême –parfois incompréhensible- semblait être un des principes de leurs opérations, j’espérais au moins sauver une partie de l’infanterie. Après dix jours de lutte, la puissance de l’armée était tellement affaiblie qu’elle e trouvait dans l’impossibilité de repousser la prochaine tentative de percée de l’adversaire. Par suite de la pénurie de moyens de transport, une évacuation régulière des unités non motorisées semblait irréalisable. De plus, nous pouvions difficilement espérer que la totalité des unités rapides, durement engagées dans la bataille, fussent capables de se dégager. Dans une telle situation, nous devions nous attendre à la destruction progressive de l’armée et c’est dans ce sens que, ce même jour, j’avais alerté le quartier général du Führer ».

Les troupes motorisées seront-elles les seules à pouvoir s’extraire du front d’El Alamein et échapper à la 8th Army?

Rommel pense que la partie est perdue en Afrique et mise sur un rapatriement en Europe de ses divisions expérimentées. Le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord française cinq jours plus tard ne fera que le conforter dans son opinion. En fin de journée, les Allemands parviennent une nouvelle fois à repousser in extremis une attaque britannique lancée contre la piste de Rahman. Pourtant, la réponse de Hitler à Rommel tombe comme un couperet. Le message du Führer est le suivant : « Au maréchal Rommel,

C’est avec une pleine confiance dans votre talent de chef et dans la vaillance des troupes germano-italiennes que vous commandez, que le peuple allemand et moi suivons le déroulement de l’héroïque bataille défensive en Egypte. Dans la situation où vous vous trouvez, votre seule pensée doit être de tenir, de ne pas reculer d’un mètre et de jeter dans la bataille toutes vos armes et tous vos combattants. D’importants renforts d’aviation sont envoyés au commandant en chef Sud. De même le Duce et le Commando Supremo ne négligeront aucun effort pour vous procurer les moyens de continuer la lutte. Malgré sa supériorité, l’ennemi doit se trouver lui aussi à la limite de ses forces. Ce ne serait pas la première fois, dans l’Histoire, qu’une volonté plus forte triompherait d’un ennemi supérieur en nombre. Vous ne pouvez montrer d’autre voie à vos troupes que celle qui mène à la victoire ou à la mort.

Adolf Hitler. »

La mort dans l’âme, Rommel, en soldat obéissant, suit les ordres de son Führer et prend les dispositions pour arrêter la retraite. Les troupes allemandes sont, de l’aveu même de Rommel, prêtes à lutter jusqu’au bout, conformément aux ordres reçus. Le « Renard du Désert » est pourtant choqué par Hitler, dont l’ordre lui fait l’effet d’un désaveu, pensant que lui seul avait en main la destinée de l’armée qui lui avait été confiée.

 

Il y a 77 ans à El Alamein: 2 novembre 1942

2 novembre :  l’opération « Supercharge »

 

La dernière offensive des Australiens a donc trompé Rommel sur les intentions de Monty. Le « Renard du désert » est persuadé que la 8th Army va tenter sa principale percée le long de la route côtière. Montgomery a au contraire le projet de frapper plus au sud, dans le secteur de « Woodcock » et de « Snipe ». Le secteur est en effet défendu par des troupes italiennes. Monty convoque ses principaux subordonnés pour leur expliquer avec détails la manœuvre attendue. La discussion est très précise et de nombreuses modifications sont adoptées. La manière de commander de Montgomery et les qualités de de Guingand au poste de chef d’état-major sont brillamment illustrées par cette conférence. Lors de la première bataille d’El Alamein, personne, à part Auchinleck et Dorman-Smith, n’était en mesure de saisir la totalité des buts et objectifs d’une opération. La 8th Army se prépare à cette poussée finale, qui doit réaliser enfin une percée et aboutir à la victoire dès le 27 octobre. Le 30th Corps reçoit en effet l’ordre de retirer du front la 2nd New-Zealand Division, y compris la 9th Armoured Brigade, et rejoindre la 10th Armoured Division, déjà mise en réserve. La 7th Armoured Division reçoit également pour consigne de se préparer à rejoindre cette réserve qui se constitue dans le secteur nord du front.

Le plan de l’opération « Supercharge » offre quelques similitudes avec celui de « Lightfoot ».Sous le couvert des formations aériennes et avec le soutien d’une nouvelle préparation d’artillerie, les unités d’infanterie partiront les premières à l’attaque pour ouvrir le chemin aux blindés. L’objectif est distant de quatre kilomètres. Une différence de taille avec l’assaut du 23 octobre réside dans le fait essentiel que les champs de mines sont peu profonds, moins denses et non continus. L’attaque initiale de l’infanterie sera le fait de la 2nd New-Zealand Division,renforcée par l’appoint de la 151st Brigade de la 50th Division et de la 152nd Brigade de la 51thDivision, toutes deux soutenues par un bataillon blindé de 38 Valentines, soit un appuis de 76 chars. Précédée d’un tir de barrage roulant de l’artillerie, la 9th Armoured Brigade suivra de près l’avance des formations d’infanterie et devra exploiter immédiatement sans perdre le moindre temps. La percée de cette brigade blindée, commandée par le brigadier Briggs, devra se poursuivre deux kilomètres au-delà de l’objectif assigné à l’infanterie, jusqu’à la piste de Rahman. Il s’agit d’une véritable mission de sacrifice pour laquelle Monty dit à Briggs qu’il est prêt à assumer 100% de pertes ! Toutefois, les équipages de chars de l’unité ne sont pas mis au courant de leur mission de sacrifice afin de ne pas les démoraliser. L’initiative et l’allant de l’attaque ne doivent en aucun cas être perdu, de sorte que la 1st Armoured Division interviendra aussitôt, prête à repousser l’Afrika Korps. Des attaques simultanées seront également lancées sur d’autres secteurs du front, les unités guettant la moindre opportunité d’exploiter une éventuelle brèche. Ayant atteint la piste de Rahman, la 8th Army pourra envelopper les unités allemandes et les acculer à la mer avant de les détruire.

En fin de journée du 1er novembre, la Royal Navy se livre à un simulacre de débarquement pour abuser l’ennemi. La Desert Air Force et l’USAAF commencent pour leur part une suite ininterrompue de 7 heures de bombardement et de matraquage systématique des positions germano-italiennes. 184 tonnes de bombes tombent sur les forces de l’Axe, coupant toutes les communications téléphoniques du QG de l’Afrika Korps. L’opération « Supercharge » est lancée à 1h05 dans la nuit du 2 novembre. Un terrible barrage d’artillerie jette un ouragan de feu devant la 2nd New-Zealand Division qui part une nouvelle fois à l’attaque. 150 000 obus s’abattent sur les positions germano-italiennes en un déluge ininterrompu de feu et d’acier de 4 heures 30. Les 151st et 152nd Brigades et leurs chars Valentines de soutien se ruent courageusement sur les lignes adverses, pendant que la couverture des flancs est assurée au nord par la 133rd Lorried Brigade et au sud par le 28th Maori Battalion. L’attaque débute de façon fort satisfaisante puisque la 2nd New-Zealand Division parvient à conquérir ses objectifs après avoir enfoncé les lignes ennemies sur 4 kilomètres de profondeur sans avoir subi de pertes excessives. Les Allemands de la 90.Leichte Division et les Italiens de la Trieste ont pourtant luttés avec détermination, souvent jusqu’à la mort. Profitant sans tarder de la percée effectuée, deux régiments d’automitrailleuses tentent de s’engouffrer dans la brèche. La ruée des véhicules du 1st Royal Dragoons s’avère particulièrement réussie puisque l’unité va causer de sérieux dégâts sur les échelons arrières de la Panzerarmee Afrika.

            Comme prévu, suivant de près l’infanterie, la 9th Armoured Brigade se porte à son tour à l’attaque à 6h15. En raison de nombreux problèmes mécaniques, seuls 94 chars sur 133 parviennent sur la ligne de départ. Précédés d’un barrage d’artillerie, les chars de Briggs chargent courageusement les défenses antichars germano-italiennes en position sur la piste de Rahman. Bien que Rommel s’attend à une offensive sur la côte, il n’a pas pour autant négligé les défenses plus au sud, en particulier dans le secteur de Tell el Aqaqir où de nombreuses pièces antichars sont enterrées le long de la piste de Rahman avec au moins 24 pièces de 88 mm dans des positions défensives plus en arrière. Le ciel commence à s’éclaircir à l’est, de sorte que les silhouettes des chars se découpent sur l’horizon. Le feu nourri des canons antichars parvient presque à stopper la brigade blindée mais celle-ci parvient à atteindre son objectif, au prix exorbitant de 70 chars détruits sur 94 ! Sur 400 hommes d’équipages, plus de 200 sont perdus. Les antichars germano-italiens ont retenu leur tir jusqu’au dernier moment, puis le combat se transforme en une multitude de duels. Les pertes de l’infanterie d’accompagnement sont également sensibles car le nombre de camions détruits est terrifiant. La voie est donc ouverte pour les autres unités blindées. A ce moment précis, la 1st Armoured Division est introduite dans la bataille mais sa 2nd Armoured Brigade se heurte aux Panzer et aux antichars de l’Afrika Korps au nord de Tell el Aqaqir. Rommel a décidé de contre-attaquer et ses Panzer manoeuvrent sous le couvert des 88 mm. Ce n’est pas du tout ce que voulait Monty. Les pertes sont lourdes dans les deux camps. Un autre secteur de Tell el Aqaqir est alors attaqué à son tour, cette fois-ci par la 8th Armoured Brigade. Les blindés britanniques sont une nouvelle fois stoppés dans leur élan mais ils parviennent à infliger des pertes substantielles à Rommel. Ce dernier lance tout ce qu’il possède dans la bataille mais ses concentrations sont soumises à 7 raids de 18 bombardiers. La bataille autour de Tell el Aqaqir et sur la piste de Rahman, appelée piste du Télégraphe par les Allemands, atteint donc une intensité inégalée. Sur les autres parties du front, les lignes germano-italiennes, durement pressées depuis 10 jours de combat, commencent à donner des signes de craquement. En fin de journée, Rommel fait le point. Il ne lui reste que 35 Panzer en état et à peine plus de chars italiens. Le ravitaillement est en outre plus déficient que jamais, d’autant que les mouvements des unités brûlent un carburant précieux. Du côté britannique, les pertes sont très lourdes, dépassant les 150 chars. Mais plus de 300 chars sont encore opérationnels au sein des quatre brigades blindées britanniques. Montgomery peut donc attaquer à presque 10 contre un, sans compter 300 autres blindés pouvant intervenir à plus ou moins brève échéance en cas de nécessité. La seule division blindée encore intacte dont dispose Rommel, l’Ariete, n’est pas encore sur place avec sa centaine de chars. La ligne germano-italienne n’a cependant pas cédée et aucune percée n’a été réalisée l’opération « Supercharge » est donc un échec à cet égard.

Il y a 77 ans El Alamein: victoire décisive?

La deuxième bataille d’El Alamein : Une bataille décisive ?

L’Afrika-Korps (ici son chef, capturé : von Thoma): définitivement battu et anéanti?

Certes, Rommel a sauvé son armée mais peut-on encore parler d’armée ? Les premières estimations par les Britanniques des pertes germano-italiennes à El Alamein sont les suivantes : 1 149 Allemands et 971 Italiens tués, 3 886 Allemands et 933 Italiens blessés, 8 050 Allemands et 15 552 Italiens capturés. Les pertes purement allemandes se montent à 13 879 hommes en octobre et 11 282 en novembre, dont, pour ces deux mois, 927 tués, 2 763 blessés, 5 657 disparus et près de 16 000 malades. Selon les sources, entre 330 et 450 chars et plus de 1 000 canons sont abandonnés sur le champ de bataille. 75 Chars supplémentaires seront abandonnés au cours de la retraite faute de carburant. Ces chiffres vont vite augmenter puisque, le 11 novembre, le nombre de prisonniers atteint 30 000. Les tués et blessés oscillent entre 20 et 25 000. La Panzerarmee Afrika a donc perdu 55 000 hommes, soit la moitié de ses effectifs. 84 avions germano-italiens ont été perdus. Le 5 novembre, l’Afrika Korps ne compte plus que 38 Panzer en état de combattre, 20 pièces antichars, 37 canons et 600 Panzergrenadiers. La 164.Leichte Division ne compte plus que 700 combattants et 6 antichars. La 90.Leichte Division est pour sa part limitée à trois faibles régiments et quelques pièces d’artillerie. Les unités italiennes dépourvues de véhicules abandonnées dans le désert sans eau ni vivres n’ont d’autre alternative que de chercher à se rendre à l’ennemi. On l’a vu, Ramcke rallie Rommel avec 600 parachutistes. Plus de 50 000 hommes auraient réussi à se replier. Ainsi, si les QG des unités et la structure vitale des troupes de soutien parviennent à se retirer, les effectifs des troupes combattantes sont dramatiquement réduits. L’armée n’est plus que l’ombre d’elle-même. Le 8 novembre 1942, pour tenir les positions de la frontière égypto-libyenne, Rommel ne dispose, réserves comprises, que d’une arrière-garde de 7 500 hommes, 11 chars allemands, 10 chars italiens, 125 canons allemands antichars, antiaériens et d’artillerie et un nombre inconnu de pièces italiennes. Le reste de l’armée poursuit sa retraite vers l’est, vers la Tripolitaine, tandis que les unités de génie multiplient les obstacles et les actions retardatrices face à la 8th Army.

La 8th Army a payé le prix fort pour sa victoire : 2 350 tués, 8 950 blessés et 2 260 disparus, morts pour la plupart. Le total des pertes humaines se monte donc à 13 560. Au moins 332 chars et 111 canons ont été définitivement détruits au cours de la bataille. Entre 500 et 600 chars auraient été touchés en tout. Certaines sources estiment les chars définitivement détruits à 150, 350 ayant été réparés. 97 avions ont été abattus, dont 20 américains.

La bataille d’El Alamein est souvent présentée comme étant une des batailles décisives du second conflit mondial. Cette vision des choses repose sur le fait capital que la défaite de Rommel signifiait la fin de toute prétention de l’Axe à une quelconque possibilité d’envahir l’Egypte puis de s’emparer du Moyen Orient. Par ailleurs, cette bataille mettait un terme à ce mouvement de balancier qui semblait caractériser la guerre du désert avec sa succession de succès et d’échecs dans un camp puis dans l’autre. A partir du 4 novembre 1942, les troupes alliées allaient s’ébranler une nouvelle fois vers l’ouest, mais cette fois-ci l’avance victorieuse sera définitive et les mènera jusqu’en Tunisie.

En outre, la victoire de Montgomery à El Alamein est une victoire nette de l’armée britannique après trois années de guerres au cours desquelles le sort des armes n’a guère été favorable aux Britanniques qui subirent un nombre retentissant d’humiliations, particulièrement pour l’armée de terre, en France avec le BEF, en Grèce, en Crète en Malaisie, en Birmanie et en Afrique du Nord. El Alamein apparaissait comme une victoire britannique, ou plus précisément du Commonwealth car les contingents de l’Empire étaient conséquents au sein de l’armée. Il est évident que cette victoire se produit en des circonstances opportunes puisque le 8 novembre 1942, dans le cadre de l’opération « Torch », une armée anglo-américaine met le pied en Afrique du Nord française, scellant par là même le sort de la campagne dans le théâtre des opérations nord-africain : la victoire alliée sur la rive sud de la Méditerranée n’est désormais plus qu’une question de temps. Il est donc évident que la situation de la Panzerarmee Afrika, aventurée en Egypte jusqu’aux portes d’Alexandrie, est alors plus que précaire dès lors qu’une nouvelle menace apparaissait sur ses arrières. Le repli aurait été inévitable sans même que la formidable puissance adverse que représentait la 8th Army de Montgomery ne déclanche son offensive. En outre, il est clair que l’immense supériorité de Monty en moyens humains et matériels, en munitions, en réserves et des conditions logistiques infiniment plus favorables faisait que la défaite du « Renard du Désert » était inéluctable. Par ailleurs, Monty ne va pas être démuni de ses meilleures troupes à l’issu d’un succès prometteur comme l’ont été avant lui Wavell et Auchinleck après Beda Fomm et « Crusader ». La victoire d’El Alamein marque clairement la fin de l’Axe en Afrique, mais uniquement dans la mesure où « Torch » est un succès. Il est en effet évident que toutes les unités destinées à renforcer Rommel sont détournées vers la Tunisie : la défense de la Libye devient donc impossible. Toutefois, Monty veut s’assurer qu’il n’y aura pas de revers de fortune. La poursuite qu’il entreprend n’aura rien de l’improvisation de Rommel en pénétrant en Egypte après la victoire de Tobrouk. Au contraire, la prudente avance de Monty sera un chef-d’œuvre en matière de logistique.

La seconde bataille d’El Alamein bénéficie aussi du parallèle que l’on peut dresser avec les combats pour Stalingrad qui ont lieu au même moment. La bataille colossale qui oppose l’Axe aux Soviétiques sur les berges de la Volga, dans le Caucase et ailleurs en Russie est d’une tout autre ampleur, tant dans les effectifs que sur le déroulement de la guerre. Il n’en reste pas moins que l’offensive déclanchée par Monty le soir du 23 octobre s’incruste dans un contexte de basculement de la guerre en faveur des Alliés : Stalingrad à l’Est, Guadalcanal dans le Pacifique, el Alamein en Afrique, succès confirmés au premier semestre 1943 avec les défaites de l’Axe à Stalingrad et en Tunisie et la victoire, après d’âpres combats, sur les U-Boote dans l’Atlantique en mai.

La victoire d’Auchinleck en juillet 1942 au cours de la première bataille d’El Alamein est en revanche absolument décisive. En réussissant à arrêter Rommel, Auchinleck sauve l’Egypte, voire le Moyen Orient, quoique les combats se seraient poursuivis sur le Delta et sur le canal de Suez et au-delà. Le canal de Suez est vital pour l’Empire britannique et, plus encore, le Moyen Orient et ses réserves d’hydrocarbures, certes encore peu mis en valeur, étaient un objectif de la plus haute importance stratégique. En outre, l’Iran menacé, c’était l’approvisionnement de l’Armée Rouge par les Alliés qui était gravement compromis. Et quelle aurait été alors la réaction de la Turquie face à l’irruption des Allemands en Orient et à une nouvelle défaite britannique ? Si Hitler et son état-major avaient su saisir l’opportunité qui s’offrait à eux, le Moyen-Orient aurait pu être conquis avec facilité dès 1941 et, avec de désastreuses conséquences sur le cours de la guerre.

Auchinleck avait su parer la menace immédiate que Rommel avait fait planer sur l’Egypte. Montgomery a su profiter de la chance qui a été la sienne de prendre les rennes de la 8th Army à un moment opportun. Il a su l’organiser tout en créant sa propre légende, il a remporté une brillante victoire. Le Royaume Uni avait sa victoire. Elle avait aussi un nouveau héros : Monty. Et Churchill, toujours attentif aux grands épisodes qui marquent l’histoire, décida de faire sonner les cloches pour commémorer la grande victoire dans le désert. Il a alors ces mots célèbres : « ce n’était pas le commencement de la fin, mais en tout cas c’était la fin du commencement. » En fait, ce qui compte avant tout pour Montgomery et Churchill, ce n’est pas tant la manière dont la 8th Army a remporté la victoire, mais bien plus le fait qu’elle ait vaincu l’ennemi. Monty a su utiliser de façon adéquate le formidable outil militaire mis à sa disposition. La puissance de feu et l’attrition étaient la seule manière de remporter la victoire sur un front solidement tenu n’offrant aucun contournement de flanc possible. Par ailleurs, face à un ennemi aussi habile dans la manœuvre et l’emploi des blindés, une supériorité numérique écrasante était absolument indispensable. Monty a payé le prix fort pour décrocher la victoire mais c’était pour lui la seule chose qui comptait. Cette victoire, à n’en pas douter, a redonné du baume au cœur des Britanniques alors que la guerre n’avait jusqu’alors apporté souvent que de bien sombres nouvelles. La portée de la victoire de Monty est à cet égard plus psychologique que stratégique : l’armée britannique a vaincu une armée allemande, qui plus est une armée aguerrie sous les ordres d’un chef talentueux. Et ce n’était que le début d’une suite de succès qui semblaient indiquer que la guerre avait définitivement basculé dans le camp allié.

Certes la victoire de Montgomery n’a pas résulté en la destruction de l’armée adverse, bien que cela fut la tâche clairement assignée par Churchill à Alexander et à Montgomery. Rommel, avec un brio témoignant de son habileté et des ses qualités de grand commandant, emmène son armée en Tunisie, après une poursuite de plus de 2500 kilomètres ! La campagne va s’éterniser jusqu’à la mi-mai 1943 ! Il ne fait aucun doute que la victoire de Montgomery ait contribué a contribué à la défaite de l’Axe en Afrique, mais il est raisonnable de se poser la question du caractère décisif de cette bataille du désert à une centaine de kilomètres d’Alexandrie en cet automne 1942. Son aspect décisif est contestable du point de vue militaire car le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord signifiait de toute façon que la position de Rommel était intenable. Bien plus, la destruction de l’armée de Rommel aurait coupé court à une campagne de Tunisie prolongé. Mais Monty a laissé Rommel s’échapper avec brio vers l’ouest. En revanche, El Alamein est une magnifique victoire de l’Empire britannique et une page glorieuse et fameuse pour l’armée britannique. Son impact dans les esprits de l’époque et dans l’histoire est indubitable.

La bataille est également décisive pour le développement de la 8th Army. En ce sens, les trois batailles livrées à El Alamein forme un tout. Ces trois batailles sont un ensemble qui a permis une rééducation et une réorganisation de l’armée britannique du désert sur une grande échelle. En fait, il est important de souligner que, lors les opérations ultérieures de la guerre, l’armée britannique va être considérablement influencée par les acquis de la 8th Army. Toutefois, l’équipe victorieuse d’El Alamein sera démembrée (les 9th Australian et 1st South African Divisions rentrent dans leurs pays, la 44th ID est dissoute et certaines unités restent en Italie avec la nouvelle 8th Army) la majorité des unités engagées en Normandie en 1944 n’auront aucune expérience de la guerre et devront apprendre d’elles-mêmes au front ces leçons des dures réalités de la guerre.

Le caractère que revêt une bataille est très aléatoire et dépend pour beaucoup du point de vue adopté par celui qui en juge. L’importance d’un combat varie en fonction de la perception qu’on en a. Et celle-ci est très subjective. Elle diffère entre celui qui est au front et celui qui est à l’arrière, entre le vainqueur et le vaincu, entre le blessé et celui qui reviendra avec une médaille. Pour un combattant qui a connu d’autres campagnes et d’autres batailles, est-ce que El Alamein lui apparaîtra comme la bataille la plus décisive à laquelle il aura participé ? Faut-il raisonner en termes d’effectifs engagés, de pertes en hommes, en termes de conséquences stratégiques ? Il est indéniable et indiscutable que la bataille d’El Alamein, au sens large : de juillet à novembre 1942, fut une des grandes batailles de la seconde guerre mondiale. Il me semble que les combats de juillets furent décisifs. La bataille menée par Monty est indubitablement une grande bataille et une grande victoire. Mais ce ne fut pas un succès décisif. Néanmoins elle s’inscrit dans un tournant essentiel au sein de la guerre, dans le contexte d’un théâtre d’opérations aux conditions de guerre bien particulières qui laisseront une empreinte indélébile dans la mémoire de ceux qui y participèrent.

Il y a 77 ans El Alamein: les idées reçues

EL ALAMEIN

Au-delà de la légende

La victoire remportée par la 8th Army à El Alamein est perçue comme un tournant de la guerre. Page glorieuse et fameuse pour l’armée britannique, elle prend sa place parmi les grandes batailles de l’Histoire, les engagements décisifs, ceux qui changent la donne. Son impact dans les esprits de l’époque et dans l’histoire est indubitable. Pourtant, bien des idées reçues perdurent sur cette bataille désormais auréolée d’un mythe.

Le mythe du barrage des 1 000 canons

Dans ses mémoires, évoquant le déclenchement de l’opération « Lightfoot » le 23 octobre 1942, Montgomery écrit « à 21h40, commençait le tir de barrage d’un millier de canons »[1]chiffre allégrement repris par les historiens, y compris Correlli Barnett, peu soupçonnable de complaisance à l’endroit de Monty. 1 000 canons : ce total dépasse la dotation la 8th Army. Rommel fait même dans la surenchêre puisqu’il mentionne « 540 batteries de 105 »,ce qui représente plus de 2 000 canons[2]. La 8th Army dispose en fait de 832 pièces de 25 livres et de 52 pièces de 4,5 et 5,5 pouces, soit un total de 884[3] (908 selon certaines sources[4]). Certes, plus de 1 400 pièces antichars sont en ligne et les canons antiaériens se comptent par centaines mais ils ne sont évidemment pas impliqués dans la préparation d’artillerie qui sonne le lever de rideau de la seconde bataille d’El Alamein. Sur le front d’attaque principal, celui du 30th Corps, les divisions d’assaut bénéficient du soutien de 456 pièces d’artillerie[5], soit plus de la moitié du total dont dispose l’armée. Si Monty est loin de disposer de 1 000 pièces d’artillerie pour son assaut, le tir de contre-batterie est d’une ampleur sans précédent dans le désert. Le barrage roulant qui appuie la progression des vagues d’infanterie partant à l’assaut des positions de l’Axe représente également un soutien conséquent. Des soldats allemands vétérans du front de l’Est ont affirmé que l’artillerie britannique était plus terrifiante que celle de l’Armée Rouge. Ce sont des témoignages à prendre avec caution : où et quand ces soldats ont-ils combattu sur le front russe? Etaient-ils en première ligne?… Quoi qu’il en soit, le chaos semé dans les lignes de la Panzerarmee (positions détruites, lignes de communications coupées, impact psychologique…) et la violence des tirs d’artillerie sont indéniables, mais la bataille ne fait que commencer…

 

Montgomery bénéficie-t-il d’une supériorité numérique absolue?[6]

Les historiens s’accordent pour accorder une supériorité numérique dans tous les domaines en faveur de la 8th Army : environ 2 contre 1 en hommes (210 000 contre 104 000), en blindés (1 035 en première ligne -en incluant les Churchill arrivés en Egypte- contre 511 -sans compter les canons automoteurs et les chars de prise), en pièces d’artillerie (environ 900 contre 571), au moins 1,5 contre 1 en canons antichars (1 451 contre, selon les sources, 520, 850 ou 1 063 canons s’il faut en croire Niall Barr, ce dernier chiffre paraissant élevé[7]) La Desert Air Force et les appareils américains assurent également à Monty une maîtrise de l’espace aérien (530 avions opérationnels contre 350). Les réserves en munitions et en carburant sont à l’avenant (268 000 obus de 25 livres sont stockés dans la zone avant de l’armée[8]). Les auteurs rappellent à l’envie l’avantage que présente la proximité du front des bases d’Alexandrie (une centaine de kilomètres) et de Suez alors que, dans le camp de l’Axe, les lignes de ravitaillement s’étirent sur 2 500 kilomètres jusqu’à Tripoli (compte tenu de la relative faible capacité de fret des ports de Benghazi et de Tobrouk). Une base logistique si proche d’El Alamein aurait toutefois été un handicap pour les Britanniques si la Luftwaffe et la Regia Aeronautica s’étaient assuré de la suprématie aérienne au-dessus d’El Alamein car il leur aurait été alors aisé d’interrompre l’approvisionnement.

Toutefois, la majeure partie des divisions de Montgomery n’est pas constituée de combattants. Chaque division d’infanterie n’aligne qu’entre 4 et 5 000 fantassins. C’est sur ces hommes que reposent les espoirs de percée. Les divisions d’assaut étant avant tout des formations du Commonwealth -9th Australian, 2nd New-Zealand, 1st South African-elles ne disposent que d’un pool ténu de remplaçants. Le potentiel démographique est en effet relativement limité dans les Dominions concernés, et, d’autre part, en ce qui concerne les Australiens et les Néo-Zélandais, il faut prendre en compte la nécessité de pourvoir à l’effort de guerre contre le Japon. Corollaire direct, il est impossible d’amalgamer ces troupes entre-elles, étant entendu qu’aucune recrue britannique ne peut combler les pertes de ces unités à forte identité nationale, pas plus que troupes des FFL, des Highlands ou de l’armée des Indes ne peuvent mixer leurs contingents respectifs au sein d’unités communes pour reformer des bataillons dont les rangs auraient été clairsemés.

L’Afrika Korps, solidement retranché, attend la confrontation avec confiance à l’abri d’un réseau de champs de mines à la densité jusqu’alors inégalée (445 000 au total) sous le couvert de nombreuses pièces antichars capables d’opérer des coupes sombres au sein des unités blindées britanniques comme ce fut toujours le cas jusqu’alors depuis l’entrée en lice du DAK en 1941. Dans le secteur d’attaque principal, celui du 30th Corps, quatre divisions d’infanterie alliées (9th Australian, 51st Highland, 2nd New-Zealand, 1st South-African), soit 20 000 fantassins au plus, sont confrontées à deux divisions d’infanterie de l’Axe (164. Leichte et Trento), soit 15 000 hommes. On ne constate donc aucune supériorité numérique manifeste.

Certes, les fantassins alliés bénéficieront du soutien de chars en nombre conséquent : 122 chars à la 9th Armoured Brigade (rattachée à la 2nd New-Zealand Division), 194 chars à la 23rd Armoured Brigade, 29 chars au 2nd New-Zealand Divisional Cavalry Regiment et 19 chars au 9th Australian Divisional Cavalery Regiment[9]De son côté, l’infanterie de la Trento et de la 164. Leichte peut compter sur 90 pièces d’artillerie et près de 300 canons antichars en comptant les Flak de 88 mm. En retrait, la 15. Panzer-Division et la Littorio (un peu plus de 200 blindés à elles-deux) peuvent apporter leur concours à la défense, étant entendu que le 10th Corps blindé de (449 chars[10]) ne pourra pleinement entrer en lice que lorsque les premières lignes germano-italiennes auront été enfoncées par le 30th Corps.

 

Le matériel allié était-il supérieur à celui de l’Afrika Korps?

Pour la première fois de la guerre du désert, les Alliés disposent en nombre d’un char aux performances supérieures à celles de ses adversaires : le M4 Sherman. L’engin, devenu l’emblème des forces blindées américaines du conflit, fait son baptême du feu à El Alamein. Le 11 septembre, 318 Sherman arrivent à Suez[11]. Le blindage des Sherman et leur armement principal, un canon de 75 mm à stabilisation gyroscopique, leur assurent un avantage décisif sur l’ennemi pour les combats à longue distance, caractéristiques de la guerre du désert.

 

La 8th Army est pareillement dotée en Lee/Grant (170) qu’à Gazala (167) et possède donc 252 nouveaux Sherman[13]. Malgré tout, les régiments blindés alignent encore 607 chars obsolètes ou nettement dépassés (Valentine, Stuart, Crusader)[14]. Les premiers chars Churchills Mk III, armés d’une pièce de 6 livres apparaissent également à El Alamein (6 exemplaires en ligne) mais ne sont guère une réussite. Contrairement à ce qui a prévalu au cours des combats du printemps et du début de l’été, Rommel dispose désormais de puissants Panzer en nombre – 86 Panzer III J Lang armés de 50 mm longs et 30 Panzer IV F2 à canon de 75 mm L/43 alors qu’il n’a engagé que 19 Panzer III Lang à Gazala et seulement 9 Panzer IV F2 (sans munitions!). Ces Panzer à l’armement amélioré sont nettement plus dangereux pour les tanks alliés que leurs prédécesseurs qui ont opérés dans le désert depuis février 1941. L’avantage essentiel du Sherman et du Grant réside dans leur capacité à engager les chars adverses à distance. Alors que les autres tanks des brigades blindées britanniques ne peuvent guère espérer pénétrer le blindage d’un Panzer à plus de 500 mètres, les Panzer III et IV ainsi que les Pak 38 peuvent percer l’avant de la caisse de tous leurs adversaires à 1 000 mètres. La situation est encore plus dramatique lorsque les 88 mm sont engagés dans un rôle antichar puisque leurs obus s’avèrent mortels pour tous les modèles de chars anglo-américains jusqu’à une distance de 2 000 mètres ! Le Panzer III avec un canon long (Lang) est craint par les Britanniques qui l’appellent le « Mark III Special ». Il en va de même en ce qui concerne le dernier modèle de Panzer IV, le modèle F2, armé d’un canon long de 75 mm, qui surclasse largement tout ce que peuvent lui opposer alors les Alliés. Les engins blindés allemands ne sont pas pour autant invulnérables aux coups portés par les chars anglais, même armés du canon de 2 livres. Quant aux Tiger I et aux Nebelwerfer promis par Hitler à Rommel, ils n’apparaîtront dans l’ordre de bataille qu’en Tunisie. Plus que le matériel, c’est une tactique efficace et une bonne coordination interarmes qui fait défaut au sein de la 8th Army.

A côté des chars de combat, la 8th Army dispose, pour la première fois dans l’armée britannique, de canons automoteurs, en l’occurrence une centaine de M7 Priests américains armés d’une pièce de 105 mm et des Bishops britanniques. Les Priests ont des châssis de Lee/Grant tandis que les Bishops sont des canons de 25 livres montés sur châssis de Valentine. En raison de sa trop haute silhouette et de la faiblesse de son blindage, le Bishop n’est pas vraiment une réussite à l’inverse de son homologue américain. L’avantage de ces canons automoteurs est bien évidemment le gain de temps considérable gagné par rapport à la mise en batterie des pièces attelés à des camions ou à des semi-chenillés. Ces automoteurs ont en outre la capacité de se mettre rapidement à couvert une fois leur position repérée. Ils ont aussi l’avantage de pouvoir se mouvoir plus près du front et d’accompagner plus rapidement les unités qui vont de l’avant.

Les forces de l’Axe disposent également de canons automoteurs et de chasseurs de chars. Les Italiens alignent une quarantaine de Semovente 75/18 avec leur excellente pièce de 75 mm, qui représente un progrès dans la dotation en armement lourds au sein de l’armée italienne. Les Allemands disposent de quelques automoteurs s.I.G 33 de 150 mm ainsi que de 36 pièces de 150 mm montées sur châssis de chenillettes française « Lorraine ». Les unités antichars allemandes alignent encore un certain nombre de Panzerjäger I, rescapés des premiers combats en Afrique, ainsi que un ou deux Sturmgeschütze (au Sonderverband 288) et des Marder III équipés du terrible canon antichar russe de 76,2 cm, aussi redoutable que le canon de 88 mm.

            Du côté des canons et des obusiers, la Royal Artillery peut compter sur l’excellente pièce de 25 livres. La profusion de pièces antichars à disposition de la 8th Army – 1 451 dont 849 excellentes pièces de 6 livres[16]– permet d’employer enfin le 25 livres uniquement à des fins de soutien d’artillerie, ce qui s’est avéré crucial depuis le début du mois de juillet 1942 et les premiers combats à El Alamein. Si le canon antichar de 6 livres soutient la comparaison avec le Pak 38 de 50 mm (290 exemplaires à El Alamein), les forces de l’Axe

Si les Britanniques disposent de centaines d’automitrailleuses de qualité (Daimler Mk II etHumber notamment), celles-ci ne pourront se déployer et opérer sur les arrières ennemis qu’une fois la percée acquise. La Panzerarmee Afrika ne compte ses engins blindés de reconnaisance que par dizaines. En revanche, sur le plan de l’armement individuel, les soldats de l’Afrika Korps sont dotés de mitraillettes MP38/40 et surtout de mitrailleuses MG 34 et 42 sans équivalent dans les rangs de leurs adversaires. Ceci étant, l’armement individuel, fusil-mitrailleur Bren, fusil Lee-Enfield Mk III et mitraillette Thompson, et l’armement collectif, mitrailleuses Vickers et mortiers, sont tout à fait satisfaisant. Au final, le bilan de la supériorité qualitative du matériel et de l’équipement de la 8th Army à El Alamein est quelque peu mitigé.

 

Un plan suivi à la lettre?

A la conférence de presse qui suit la bataille, le général Montgomery affirme sans ambages que tout s’est déroulé exactement comme il l’avait prévu et que, si des écarts semblaient s’être produits avec le plan, c’était exactement ce qu’il attendait. Son biographe, Alan Moorehead, écrit : « dans ses grandes lignes, la bataille d’El Alamein fut disputée conformément au plan de Montgomery »[17]. Pourtant, les erreurs furent légions et en aucun cas le plan ne fut suivi à la lettre. Dès le premier jour, l’assaut s’enlise et les chars sont encore déployés à l’est de la crète de Miteirya. Au sud, les opérations menées par le 13th Corps devaient certes s’apparenter à une feinte et fixer la 21. Panzer-Division et la division Ariete mais elles sont si peu couronnées de succès que Montgomery y met un terme tandis que la 7th Armoured Division sera rappellée et mise en réserve au nord.

Il convient cependant de mettre au crédit de Montgomery d’avoir su réagir à l’impasse dans laquelle il se trouve apparemment les 25-26 octobre. En attirant l’attention de Rommel sur le secteur australien en bordure de la côte et en contraignant l’Afrika Korps à user prématurément ses forces dans d’inutiles contre-attaque, Montgomery est parvenu à préparer les conditions pour une nouvelle offensive, l’opération « Supercharge », qui doit apporter le décision. Force est pourtant de constater que celle-ci bute également sur la résistance farouche des troupes germano-italiennes : les forces blindées britanniques sont étrillées sur Tell el Aqqaqir. La bataille d’attrition a cependant suivi son cours et, ne disposant pour ainsi dire plus que d’unités aux rangs clairesemés, Rommel doit s’avouer vaincu et entreprendre un difficile repli. La victoire est donc acquise dans des délais (10 jours) et avec des pertes (13 000) conformes aux prévisions de Montgomery[18], mais le déroulement de la bataille n’a pas été sans altération des plans dressés par le chef de la 8th Army.

 

L’ordre d’Hitler de résister sur place : l’arrêt de mort de la Panzerarmee?[19]

Le 3 novembre, alors que, la veille, la situation désespérée a contraint Rommel à prendre les mesures pour abandonner la position d’El Alamein, un message d’Hitler parvient au « Renard du Désert ». L’ordre, fameux, enjoint à l’Afrika Korps de combattre sur place jusqu’à la « victoire ou la mort ». La défaite est pourtant déjà consommée à ce moment-là. Les attaques ennemies ne pourront être contenues encore longtemps. Les pertes sont lourdes (le 3 novembre, à 14h30, les 15, et 21, Panzer-Divisionen n’alignent plus que 24 Panzeropérationnels contre 242 le 23 octobre[20]) et, sans l’ordre d’Hitler, le repli des forces de la Panzerarmee se serait de toute façon vraisemblablement avéré très délicat, en particulier pour le 10° Corpo et les Fallschimrjäger de Ramcke, déployés au sud du front. Les divisions blindées et motorisées du 20° Corpo, décimées le 4 novembre (l’Ariete perd environ 70 chars sur la centaine qui lui restait) au cours d’un combat qui sauve l’Afrika Korps en passe d’être isolé, auraient de toute façon probalement beaucoup souffert elles-aussi.

 

Rommel a-t-il abandonné les Italiens?

Rommel s’est-il replié en laissant à leur sort les unités italiennes déployées au sud du front? En fait, quand il se résigne au repli le 2 novembre, il espère sauver son infanterie en ordonnant au DAK et au formations motorisées italiennes de résister le plus longtemps possible. Les formations déployées au sud ne sont pas seulement italiennes puisque les parachutistes allemands de la Brigade Ramcke y ont également leurs positions. Le 4 novembre, après le contretemps consécutif à l’ordre de tenir donné par Hitler, le 10° Corpoest informé de l’ordre de retraite en fin d’après-midi. Depuis le 2 novembre, les véhicules disponibles sont mobilisés au profit du 10° Corpo mais la plupart sont interceptés par les unités se repliant le long de la côte. Ramcke est prevenu plus rapidement que le 10° Corpo et entame le repli sans en aviser les Italiens. Le salut d’une partie de son unité -pourtant partie à pied- ne sera dû qu’à la capture opportune de véhicules britanniquesà la faveur d’une embuscade. Les colonnes italienens seront pour leur part rattrapées dans le désert. Bien des soldats italiens sont capturés dans un état déshydratation avancée. Compte tenu des circonstances, Rommel n’aurait guère pu faire davantage en leur faveur sans compromettre l’existence de son armée durement pressée par l’ennemi.

 

El Alamein : une grande victoire britannique?

S’il a bien été de tout temps une armée composite, il s’agit bien de l’armée britannique. La 8th Army ne fait en aucune manière exception. Aux contingents anglais, écossais, gallois et irlandais s’ajoutent les alliés français, grecs, polonais et tchécoslovaques, les troupes des Dominions australiennes, néo-zélandaises et sud-africaines, ainsi que les forces provenant des colonies et de l’empire, à savoir des unités de l’armée des Indes, de Rhodésie et du Soudan.

La participation des Australiens, qui se considèrent eux-même comme des combattants de première classe, à la bataille d’El Alamein sera déterminante. Autres soldats venant des Antipodes, les Néo-Zélandais, dont le bataillon d’indigène -les Maoris- s’avèrent être des combattants tout aussi coriaces. Rommel les considère comme les meilleures troupes alliéeq. Moins renommés, les Sud-Africains participent aussi à El Alamein. Enfin, l’armée des Indes (la 5th Indian Division) se distingue des troupes des Dominions par sa composition particulière. Les Indes appartenant à l’Empire britannique, son statut est différent des armées des Dominions. En effet, dans chaque brigade, un bataillon sur trois est exclusivement composé de Britanniques, qui forment également en général les effectifs des unités d’artillerie.

Pour ne s’en tenir qu’aux hommes -puisqu’on l’a constaté plus haut le matériel made in USAà l’instar des M4 Sherman tient un rôle essentiel dans l’équipement- le constat est donc évident: la 8th Army est loin d’être une armée venant de Grande Bretagne (6 divisions sur 10 seulement). Les pertes enregistrées au cours de la bataille reflètent l’effort consenti par l’Empire : on ne compte que 58% des Britanniques parmis les 13 560 hommes tombés à El Alamein entre le 23 octobre et le 4 novembre 1942[23].

Un constat similaire pourrait être fait sur les forces aériennes engagées à El Alamein. Sur les 96 escadrilles dont dispose Tedder, qui chapeaute les forces aériennes alliées au Moyen-Orient, on dénombre, outre les formations du Commonwealth, 13 Squadrons de l’USAAF du général Brereton.

 

La pluie : facteur décisif au cours de la poursuite?

Le matin du 4 novembre, il est indubitable que Monty pense que sa victoire est complète. La poursuite est lancée : l’ennemi ne pourra s’y soustraire. Mais la prudence de Monty a sauvé la Panzerarmee de la destruction. Le général n’est pas le seul à blâmer. Ses subordonnés sont las[24] et les troupes sortent épuisées d’une confrontation de douze jours. La congestion de l’étroit corridor obtenu après la percée est telle que les embouteillages génèrent bien des retards. La majeure partie de la 8th Army se trouve encore du mauvais côté des champs de mines à El Alamein et il faut encore neutraliser les Italiens au sud du front[25]. La lenteur des opérations menées par les Britanniques est cependant clairement illustrée le 5 novembre par le fait que la poursuite s’arrête à la nuit tombante. En direction de Fouka, un faux champ de mines retarde la 10th Armoured Division puis la 7th[26]

Pourtant, Montgomery dispose de nombreuses unités d’automitrailleuses, très mobiles et bien équipées, qui sans nul doute pourraient être employées plus judicieusement. De même, dès le 2 novembre, le général Harding, le chef de la 7th Armoured Division, a présenté un plan pour couper la retraite de l’ennemi après la prise de Mersa Matrouh en fonçant vers Tobrouk via la piste de Siwa. Ce plan aurait mis Rommel en grand péril mais Monty l’a rejeté.

Le 6 novembre, les intempéries constituent une aide providentielle pour les hommes de Rommel. Engluées dans un sable devenu boueux, les colonnes britanniques sont stoppées les unes après les autres. De plus, les terrains d’aviation récemment capturés à El Daba deviennent inutilisables. Les Britanniques sont-ils pour autant si désavantagés par la météo ? Comme Montgomery[27], Churchill, explique lui-aussi l’impossibilité de détruire l’armée de Rommel par la pluie qui s’abat sur le champ de bataille[28]. Or, la Panzerarmee est également handicapée par les pluies qui s’abattent sur le champ de bataille puisque seule la route côtière est utilisable, ce qui provoque immédiatement des embouteillages et des ralentissements. La timidité de la poursuite explique davantage l’échec des Britanniques à anéantir l’armée de Rommel.

Conclusion:

Un mythe s’est forgé autour de la bataille d’El Alamein. Il est en grande partie l’oeuvre du vainqueur, Bernard Montgomery, et de ses admirateurs. Les mêmes approximations ont été maintes et maintes fois répétées depuis lors : un tir de barrage de 1 000 canons digne de la Grande Guerre, une supériorité dans tous les domaines assurant à coup sûr une nette victoire, des Italiens abandonné par Rommel dont l’armée est irrémédiablement affaiblie suite à un ordre insensé du Führer, la pluie qui frustre la 8th Army d’une victoire à sa portée… Plus que tout reste tenace la légende de la bataille décisive. Le Royaume Uni, qui avait subi de nombreux revers depuis 1940, avait alors besoin d’un héros et d’une bataille rédemptrice : il a eu Monty et El Alamein. L’Histoire a su rendre justice à Claude Auchinleck et à l’importance de la première bataille d’El Alamein, livrée en juillet 1942. Néanmoins, les mythes ont la vie dure et, dans l’esprit du grand public, la bataille d’El Alamein n’a eu lieu qu’en octobre-novembre 1942 et restera encore pour longtemps associée à Montgomery et au tournant de la Seconde Guerre mondiale. Il est aussi des historiens, prenant à rebours l’opinion la plus communément admise, pour réhabiliter les talents de général de Montgomery, mis à mal après guerre, et, donc, pour faire perdurer le mythe.

 

Bibliographie:

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THOMPSON R.W., « La légende de Montgomery », Presse de la Cité, 1967

[1] Montgomery B., « Mémoires », p 116

[2] Rommel E., « La Guerre sans Haine », p 281

[3] Pour tous ces chiffres, cf Playfair I.S.O., « The Mediterranean and Middle East. Volume IV : the Destruction of the Axis Forces in Africa », p 30 et Ford K., El Alamein 1942. The Turning of the Tide », p 61

[4] Playfair I.S.O., p 30

[5] Playfair I.S.O., p 36

[6] Barr N., « The pendulum of war. The three battles of El Alamein », p 276 et suivantes

[7] Barr N., p 276 ; 850 selon Playfair I.S.O.

[8] Playfair I.S.O., p 15

[9] Playfair I.SO., p 9

[10] Playfair I.S.O., p 9

[11] Playfair I.S.O., p 8

[13] Playfair I.S.O., p 9

[14] Playfair I.S.O., p 9

[16] Playfair I.SO., p 30

[17] Moorehead A., « Montgomery », p 170

[18] Barr N., p 404

[19] Barr N., p 401-405 ; Buffetaut Y., « Les Batailles d’El Alamein », p 147-157

[20] Rommel E., p 316

[23] Lucas Philllips C.E., « El alamein, bataille de soldats », p 324

[24] Stewart A., « Eighth Army’s Greatest Victories. Alam Halfa to Tunis, 1942-1943 », p 115

[25] Stewart A., p 119

[26] Playfair I.S.O., p 87

[27] Montgomery B., p 191

[28] Churchill W., « The Second World War, Volume IV », p 538