Champs de batailles: à préserver où à oublier?

 

Marathon, Waterloo, Gettysburg, Islandwana, Verdun… la liste des champs de bataille que le féru d’Histoire peut découvrir est longue. Pourquoi faut-il préserver ces lieux chargés de mémoire? Intéressons-nous à ce que nous a légué la Seconde Guerre mondiale…

 

 

Tourisme et mémoire

La Normandie

Les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale perpétuent le souvenir d’une époque tragique et sont le rappel des sacrifices consentis. Les cimetières militaires ici une place primordiale.

Exemple unique concernant une bataille la Seconde Guerre mondiale, la Basse-Normandie offre la possibilité d’un séjour prolongé entièrement consacré à la visite de sites d’une bataille (on retrouve cela, dans une moindre mesure, dans les Ardennes belges et luxembourgeoises). Le visiteur qui y arpente les impressionnants cimetières alliés peut mesurer le prix de la liberté et du retour à une société où priment les droits de l’Homme. Dans de nombreux pays, le touriste peut arpenter un champ de bataille situé sur le chemin de ses pérégrinations: qui à Monte-Cassino, qui à El Alamein, qui à Corregidor… mais bien souvent, rien -ou très peu (quelques stèles)- ne demeure pour témoigner du fracas des armes et des combats.

La préservation de ces champs de bataille suppose un intérêt du public, faute de quoi ils sombrent dans l’oubli, sont négligés et abandonnés. Il faut donc susciter l’attraction tout en ne s’égarant pas dans une surenchère commerciale dénaturant les vestiges demeurés en place. Les festivités, expositions temporaires ou spectacles offerts aux visiteurs (par exemple les commémorations du Débarquement) renouvellent leur intérêt. Au demeurant très internationalisé, le public évolue peu à peu: les nouvelles générations de visiteurs comptent de moins en moins de vétérans, de témoins ou de leurs proches. Perpétuer l’intérêt des nouvelles générations représente un défi essentiel (qui semble possible si on en juge par l’attrait des sites de la guerre de Sécession ou de la Première Guerre mondiale).

 

Préserver le patrimoine militaire

Bastogne

Le patrimoine militaire fait partie intégrante du legs de nos ancêtres et, à ce titre, doit être préservé. La France, riche d’un passé militaire dense, ne fait guère preuve de dynamisme. Négligée dans l’Hexagone à l’exception notable de quelques musées établis dans des bunkers remarquables, la préservation des sites du Mur de l’Atlantique est exceptionnelle en Norvège, en Belgique et dans les Iles anglo-normandes. Depuis des décennies, arpentant les plages normandes du Jour J, je n’ai pu que constater la dégradation (ou pire: la disparition) de nombreux vestiges: blockhaus détruits, murés ou défigurés en plateformes; rarissimes pièces d’artillerie ou engins de débarquement laissés à l’abandon et à la merci des éléments avant leur ferraillage… D’impressionnantes collections rassemblées dans des musées ont disparu, dispersées aux quatre vents (musées d’Avranches dans la Manche et d’Arlon en Belgique par exemple). Prenant comparaison avec la Basse-Normandie, on admirera à ce propos le nombre de blindés et de pièces d’artillerie allemands encore présents dans les Ardennes belges et luxembourgeoises, témoins des combats de 1944-45. On saluera cependant l’action de nombre de bénévoles d’associations qui, patiemment, ont remis en état des fortifications dignes d’intérêt (y compris sur la Ligne Maginot).

 

La multiplication des musées: signe de qualité?

El Alamein

Le touriste pourra découvrir des musées sur de nombreux champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale, aussi bien à Anzio, à Saint-Marcel-Malestroit qu’à Toulon, ou encore à El Alamein (ici). Aucune autre région ne perpétue autant la mémoire du conflit et ne compte autant de musées que la Basse-Normandie. Depuis toujours, le meilleur y côtoie le pire. Au matériel (parfois des reproductions ou des pièces anachroniques) entassé pêle-mêle s’opposent de superbes collections remarquablement bien mises en valeur par des collectionneurs avertis (on ne peut que saluer l’ouverture du musée « Overlord » à Omaha Beach ou encore le « Normandy Victory Museum » de Catz, ici, ici et ici). L’un des exemples le plus réussi de muséographie reste à mes yeux le musée de Diekirch au Luxembourg: pourtant déjà ancienne, la mise en valeur des mannequins dans des scénettes imaginatives et animées est sans équivalent. Nombre de musées belges et bas-normands ont évolué dans un sens tout aussi positif. Sur les aéroportés alliés en Normandie, le touriste pourra désormais arpenter quatre musées très réussis succédant aux deux anciens musées nettement plus limités que j’ai connu dans ma jeunesse: ceux de Pegasus Bridge, de la batterie de Merville, de Sainte-Mère-Eglise (ici) et du « Dead Man’s Corner » (ici). Pourtant, les marchés du temple ne sont jamais éloignés.

 

Une préservation mise en difficulté par une (fausse) image douteuse

En France, le tourisme militaire souffre d’une image écornée issue d’une absurdité colportée par des individus à la réflexion pour le moins limitée: il ne serait que l’affaire de fanatiques, de nostalgiques, pour ne pas dire de personnes qui aiment la guerre, tout simplement. Corolaire direct en ce qui concerne la Seconde Guerre mondiale: les amateurs de l’armée allemande, friands des musées offrant de belles pièces ou autres bunkers, sont invariablement suspectés d’être des extrémistes douteux (ces gens peu recommandables existent mais il n’y a pas de lien de cause à effet). Ces jugements à la va-vite, non fondés, ne sont qu’un leurre. Mais leur impact peut peser lourdement: pourquoi dépenser des sommes pour préserver tel vestige s’il s’agit avant tout de satisfaire des nostalgiques de la Wehrmacht ou des maniaques des armes? Certaines municipalités normandes n’ont su investir dans le maintien de collections dans leurs murs faute d’avoir compris l’importance du tourisme d’Histoire militaire et du patrimoine de leur commune.

Par antimilitarisme primaire et mal compris, certains individus ont tagués, souillés des lieux de mémoires (monuments, bunkers ou blindés) en faisant l’absurde contresens de les considérer comme une apologie de la guerre et de la violence alors que c’est exactement le contraire. Le remarquable musée de Quinéville s’est longtemps targué d’être le seul musée de la bataille de Normandie à ne pas posséder d’armes. Un concept pour le moins absurde qui découle d’une évaluation erronée de ce qu’attend le grand public et de ce que recouvre la notion de préservation d’un champ de bataille et du patrimoine militaire. Il en va pourtant de l’impérieuse nécessité de garder en mémoire les combats et les sacrifices consentis par nos aïeux qui ont permis aux générations suivantes de vivre dans un monde sauvé du péril fasciste.

 

 

 

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