Films de Guerre/ War Movies (14/100): LES RATS DU DESERT

 

LES RATS DU DESERT

Un film à la gloire de la 8th Army

Les films consacrés à la guerre du désert, sans être inexistants, restent une rareté. Bizarrement, le côté épique de certains aspects de cette campagne n’ont pas retenu l’attention des réalisateurs. Avec « Les Rats du désert »(1953), Robert Wise s’attache à nous présenter le célèbre épisode du siège de Tobrouk, en 1941.

James Mason, de nouveau dans le rôle d’Erwin Rommel

Un passionné (et un peu spécialiste tout de même) comme moi ne peut que se réjouir devant la perspective de voir un film abordant un de ses sujets d’étude de prédilection. Dans le même temps, je reste consterné par la quantité d’erreurs qui se glissent dans l’histoire portée sur le grand écran. Le film commence par une scène avec Rommel, campé de façon plus ou moins crédible de nouveau par James Mason (qui prête déjà ses traits à l’officier allemand dans « Le Renard du Désert », sorti en 1951). Las, il est immédiatement question d’une 9. Panzer-Division qui n’a pas posé la moindre chenille en Afrique. Soulignons aussi la scène ridicule d’un Rommel déjeunant dans un cadre cossu avec verres en cristal et plats et couverts des plus élégants… Rien à voir avec les conditions spartiates dans lesquelles il vivait!

La scène la plus ridicule du film…

Il apparaît vite que Wise entend nous narrer la première tentative de Rommel pour s’emparer de la place forte, en avril 1941. Sans être nommé, on devine que le général australien n’est autre que Leslie Morshead, le « patron » de la 9th Australian Division, l’unité qui a soutenu le siège en 1941. Quant à Richard Burton, brusque et taciturne comme si souvent à l’écran, il campe le personnage d’un capitaine britannique détaché auprès des forces australiennes, occasion (heureuse) pour le réalisateur de nous présenter les antagonismes entre l’armée de Sa Majesté et son homologue impériale des antipodes. De ce point de vue, l’indiscipline des troupes australiennes et la proximité entre gradés et hommes du rang sont bien rendues. En revanche, un autre aspect manque pour le moins de réalisme : l’âge des engagés est plus digne du Volkssturm ou autre Home Guard que de l’Australian Imperial Force (bien que, dans les faits, trois simples soldats engagés de la 9th Australien Division été âgés de plus de 60 ans).

A droite, le général Morshead, étrangement encore à son poste au moment de l’opération « Crusader »

Burton retrouve son professeur à la guerre, un homme qui a passé l’âge d’être en première ligne, comme beaucoup des acteurs ayant le rôle de soldats australiens: erreur de casting de Robert Wise?

Certaines scènes sont bien tournées, le spectateur se trouvant à plusieurs reprises à hauteur d’homme. La première attaque nous montre bien que l’infanterie allemande fut stoppée, et que les Panzer continuèrent seuls à l’intérieur du périmètre, devenant la proie des contre-attaques de flancs et des antichars. Las, le réalisateur nous présente le plan comme absolument préconçu, Morshead devinant exactement où Rommel va lancer son assaut et laissant à dessein l’ennemi s’enfoncer à l’intérieur du périmètre défensif pour mieux l’anéantir… Si la réutilisation de canons italiens est également véridique, deux autres points concernant l’artillerie sont inexacts : les scènes d’époque avec l’excellent antichar de 6 pounder qui n’entre en lice qu’en mai 1942 (soit un an plus tard…) ; pis : les renforts australiens arrivent sous un déluge d’artillerie, qui fait pourtant totalement défaut à Rommel lors de ses premières tentatives contre le port en avril 1941. La suite de l’attaque est moins bien traitée : si l’infanterie allemande est mise en fuite, on ne voit pas qu’elle a en fait été éliminée après avoir été abandonnée à son sort par les Panzer.

Les scènes de combat, sans égaler celles des films modernes, bien plus réalistes, sont relativement bien tournées, si ne n’est la facilité qu’ont les soldats allemands à franchir le réseaux de barbelés (comme dans « Le Jour le Plus Long », il suffit de se coucher dessus…)

Le film veut également montrer un autre aspect caractéristique du siège de Tobrouk : les coups de mains nocturnes menés dans le No Man’s Land, parfois à bord de chenillettes Bren Carrier, épisodes que je relate  dans mon livre Afrikakorps et surtout dans mon article « Tobrouk 1941. Un été d’enfer pour les Australiens » (« Ligne de Front » N°61, mai-juin 2016).

Le visage grimé en noir, portant bérets et armés de grenades et de mitraillettes, les Australiens sèment le chaos chez un ennemi qu’il maintien dans l’insécurité, quoique les contre-mesures apparaissent rapidement. En revanche, le raid lancé par McRoberts contre un dépôt de munitions est plus digne des attaques des raiders du désert du SAS ou du LRDG, ou encore des commandos, que des attaques menées par les Australiens. La façon dont le héros regagne les lignes alliées est également un clin d’œil à ces combattants du LRDG qui ont préféré les affres du désert à la captivité…

Des soldats de l’Afrikakorps en uniformes et armés de façon fort peu réaliste…

Comme bien souvent dans les films de guerre de cette époque, les Allemands sont particulièrement maltraités. Leurs vêtements et surtout leurs casques dignes de soldats du Kaiser de 1916 sont ridicules… (un travers que l’on retrouve dans « Sahara » avec Humphrey Bogart, ainsi que dans « Les Diables du Désert« ). Leur armement aussi. Quant aux Australiens, le filet de camouflage n’est pas caractéristique de la guerre dans le désert: les soldats peignaient leurs casques ou les recouvraient de toile de jute.

Wise met certes un point d’honneur à présenter l’aspect « guerre sans haine » de la guerre du désert, sans cet excès qui manquerait de réalisme : ainsi, le médecin allemand soigne son captif, Richard Burton, qu’un des officier qui l’interroge est prêt à brutaliser. L’irruption de Rommel dans la tente nous présente un officier chevaleresque : refusant qu’on maltraite l’Anglais, il le félicite, de façon un peu surprenante, pour le succès raid, qui condamne pourtant son artillerie au silence… Le réalisateur nous montre le général se faire soigner, alors que Rommel ne souffrira d’aucune égratignure avant le mitraillage de sa voiture en Normandie en juillet 1944. Le cynisme et la liberté de parole et de ton de Burton/McRoberts à son égard semblent également trop prononcés…

Le dernier combat se déroule sans équivoque au moment de l’opération « Crusader », en novembre-décembre 1941. Or, Morshead et sa division ne sont plus à Tobrouk à ce moment-là : ils ont été relevés, mis à part une unité qui n’a pu être évacuées. Quant à la position d’El Duda, elle n’est pas que le fait des Australiens, la percée de la garnison étant l’œuvre des blindés et de plusieurs bataillons d’infanterie.

Comme convenu, le « dur » se laisse attendrir et tous finissent par ressentir un respect et un affection réciproque. Quant au lâche, il est devenu le soldat le plus courageux du bataillon…Au final, un film qui n’est pas un chef d’œuvre lais qui se laisse regarder. Il procure l’occasion d’une soirée de détente dans l’ambiance de la guerre du désert.

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