Films de Guerre/ War Movies (18/100): PATTON

PATTON

 

Ce film, que j’apprécie beaucoup, est évidemment du plus haut intérêt pour moi, davantage depuis que j’ai consacré une biographie au grand général.

Un film qui a ravivé la mémoire collective

Le célèbre film hollywoodien de Franklin J. Schaffner consacré à Patton, sorti sur les écrans en 1970, a ravivé le souvenir du général dans l’esprit des Américains (et des spectateurs du monde entier), lequel reste ainsi un des personnages majeurs de la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit d’un film sur un homme et non d’un film de guerre en tant que tel. Schaffner va un peu loin en prétendant qu’il s’agit d’un film antimilitariste.

 

Lorsque la première est organisée à Washington devant un parterre choisi de personnalités, l’assistance applaudit à tout-va à l’issue de la première scène (voulue et écrite par Francis Ford Coppola), la plus mémorable du film. Cette scène, dont personne ne veut, est imposée par Darryl Zanuck. Indiscutablement un grand moment de cinéma. 

 Bradley, qui assiste à la projection, estime que les discours du véritable Patton n’étaient pas aussi dramatiques et que son langage était plus grossier. de fait, le cinéaste a supprimé le vocabulaire jugé trop cru (« fils de pute », par exemple).  Certains soldats contestent des détails, la voix ou la vitesse à laquelle l’acteur se déplace – il est plus rapide que le vrai Patton.

George Smith Patton IV, le fils de Patton, est allé voir le film. Il en pleure. Bien qu’il ait vu des photographies et entendu des histoires, Robert Patton, alors âgé de 12 ans, réalise ce jour-là qu’il est le petit-fils du fameux général dont les exploits sont relatés sur le grand écran. La prestation de George C. Scott impressionne Ruth Ellen, une des filles du général, dans des détails, les manières de son père, plus particulièrement son sourire.

 

La genèse de l’oeuvre

Le maître d’œuvre est le producteur Frank McCarthy, un ancien collaborateur de Marshall. Il reçoit le soutien décisif de Zanuck, également intéressé par le projet. Les deux hommes tentent d’obtenir le concours de Beatrice Patton, l’épouse du général. Mais la famille Patton se montre réticente. Nul doute qu’un nouvel appel du studio – la Twentieth Century Fox – le jour de l’enterrement de Beatrice – qui disparaît quelques mois après une de ses filles – n’a pas été de nature à améliorer les choses. La Warner avait eu un projet similaire avec Raoul Walsh à la direction, mais le projet n’eut pas de suite. La Columbia avait également tenté de faire un film à partir du livre Patton. Fighting Man de William B. Mellor.

Plusieurs acteurs ont été intéressés par le rôle, dont Burt Lancaster et John Wayne. Le choix – heureux – se porte in fine sur George C. Scott. Sa prestation est d’une telle qualité qu’il incarne Patton dans le souvenir des Américains.

Le véritable chien de Patton, « Willy », est bien de la même race que celui qui l’incarne dans le film

La scène de débarquement n’est pas exactement la même qu’en réalité, mais l’uniforme et la présence des médias sont très réalistes

Un des grands moments du film: la bataille d’El Guettar, en Tunisie. Il en est d’autres tels que son arrivée au commandement du 2nd US Corps ou l’affaire des gifles.

Le jeu de Scott est absolument remarquable et l’oeuvre de Schaffner rend compte avec talent de la personnalité publique du général : son patriotisme, sa culture, son intérêt pour l’Histoire, sa rivalité avec Montgomery, son langage de charretier et ses manières brusques, ses maximes, son mépris pour la lâcheté, sa proximité avec la troupe (notamment sa visite des hôpitaux de campagne), son génie militaire, son mépris des Soviétiques…

Le réalisateur a su condenser les faits marquants de ses différents commandements assumés entre 1943 et 1945 et on aboutit à un film très bien charpenté, articulant les scènes d’action avec des scènes dévoilant un Patton plus intime et nous révélant des pans de sa personnalité si complexe.

On appréciera aussi la superbe musique signée Jerry Goldsmith:

 

Les oublis du film

Si le film est incontestablement un chef d’oeuvre, le réalisateur a dû procéder à des choix parfois malheureux, ou à tout le moins regrettables. Beaucoup d’épisodes significatifs sont ainsi passés sous silence. Le film débute en février 1943, ce qui élide d’emblée la jeunesse et la formation de Patton, mais aussi les années cruciales d’entraînement en 1940-42 ainsi que l’opération « Torch », le débarquement en Afrique du Nord, de même que la conférence de Casablanca. Bizarrement, Eisenhower n’est pas incarné par le moindre acteur dans le film…On envisage un temps une scène se déroulant à Buchenwald, mais elle n’est pas tournée, alors qu’il s’agit-là d’un événement de prime importance pour Patton. On ne voit pas non plus le Patton controversé, « proconsul » en Bavière et particulièrement dur envers les Juifs… Le film élide également sa mort. De leur côté, les Afro-Américains se plaignent qu’il ne soit pas fait mention du 761st Tank Battalion, une des rares unités combattantes noires, acceptée de bon gré dans l’armée de Patton, alors que l’US Army est encore ségrégationniste. Le tournage connaît par ailleurs quelques déboires, les deux mules du fameux épisode survenant en Sicile ayant été véritablement tuées au cours du tournage…

Mais le plus grand oubli est l’impasse faite sur les aspects plus sympathiques du personnage. C’était également un gentleman, un hôte courtois, urbain et affable, non dénué d’humour. Il savait se montrer sensible, émotif au point d’en arriver aux larmes. Ses collaborateurs dépeignent un homme plein de compassion. S’il jurait sans cesse et pouvait se montrer grossier, il ne blasphémait jamais et ne racontait jamais d’histoire grivoise (mais il appréciât les femmes). S’il était irascible et pouvait être sujet à des accès de rage, il savait également faire amende honorable et se confondre en excuses avec tout autant de célérité.

Les erreurs du film

Bradley est impliqué dans le projet de Schaffner, mais il faut compter avec la personnalité difficile de sa seconde épouse. Le général exige de l’argent et plus de présence à l’écran. Il critique des détails secondaires : il se déplaçait lui-même toujours avec deux jeeps et son état-major trans- portait deux bazookas et des mitraillettes. Bradley ne veut pas que son personnage soit présenté comme l’espion d’Ike ; en revanche, il ne voit rien à redire si c’est l’acteur jouant Patton qui le dit.

Bradley apparaît dans le film sous les traits de Karl Malden. Le général, jaloux et méprisant Patton, est partie prenante dans l’élaboration du film, ce qui n’est pas sans conséquences…

Les tanks du film sont les sempiternels chars modernes d’après-guerre… Les Jeeps elles mêmes ne sont pas toutes du modèle de la Seconde Guerre mondiale.

Les erreurs sont nombreuses: Kasserine n’est pas le 1er affrontement entre Américains et Allemands (voire ici) ; Patton n’est pas vraiment présent pour diriger bataille d’El Guettar et pour voir en personne les Panzer tomber sous les coups des Tanks Destroyers (c’est Terry Allen qui mène la bataille) ; le film donne l’impression qu’il désobéit sciemment à Alexander en Sicile (où de surcroît; la scène de l’arrivée de Montgomery à Messine est des plus farfelues…); il y a eu plusieurs cas de soldats giflés en Sicile; Patton ne découvre pas par hasard en Normandie de la bouche de Bradley le fait qu’il va commander la 3e armée ;  etc.

Pour autant, ces libertés prises avec la réalité n’entament en rien l’intérêt du film qui, on l’a souligné plus haut, montre remarquablement le caractère du général et les principaux événements de sa brillante carrière entre 1943 et 1945.

On craint que Montgomery, quelque peu lésé par le scénario, n’entame une procédure judiciaire et que le film ait des difficultés à être distribué au Royaume-uni et dans le Commonwealth, un marché important pour les films hollywoodiens. Mais il n’en est rien: le maréchal a déjà en partie réglé ses comptes dans ses Mémoires. Les Mémoires d’Eisenhower et de Bradley avaient en effet bien mis en avant les Américains, au détriment des forces britanniques à son goût.

La prière de Noël de Patton : un mythe ?

Le véritable Patton et le général Mc Auliffe à Bastogne, pendant la bataille des Ardennes

Dans le biopic hollywoodien, le commandant de la 3rd Army, irrité par les conditions météorologiques alors que la percée vers Bastogne se fait attendre, aurait donné l’ordre à l’aumônier O’Neill de rédiger une prière pour le beau temps. Pourtant, cette décision passée à la postérité a été prise deux semaines plus tôt, bien avant l’offensive allemande. Cette fameuse prière fait toutefois son chemin jusque dans les Ardennes puisqu’elle est imprimé au dos de la carte de vœu de Noël distribuée par Patton à ses GIs. Ce dernier aurait rédigé en personne d’autres prières, dont une en date du 23 décembre mais elles n’ont été mises à la connaissance du public qu’après la guerre par l’office du tourisme du Luxembourg,

 

La postérité du film

L’impact du film est indéniable. Il est indéniable qu’il a largement participé au souvenir du grand général auprès du grand public. Avec MacArthur (Gregory Peck au grand écran), il est le seul général allié de la Seconde Guerre mondiale a avoir inspiré Hollywood (Eisenhower  eau droit à un téléfilm et à une série, cette dernière avec Robert Duvall dans le rôle-titre).

Sans surprise, c’est aux Etats-Unis que l’impact du film est le plus sensible. Le président Nixon en personne s’inspire de Patton. des tankistes de l’armée en Irak affrontent l’adversaire sur la musique du film. Ce dernier sert à galvaniser les troupes ou les nouvelles recrues. La scène avec le drapeau devient une référence, y compris pour les meetings politiques. en 2009, déplorant la situation en Afghanistan et la réaction du président, le commentateur Bill O’Reilly déclare : « Le plus gros problème est que Barack Obama manque de passion pour la victoire. Ce que la nation avait besoin d’entendre hier soir c’était un peu de général Patton. » Il passe ensuite un extrait du début du film dans lequel le général affirme que les Américains ne supportent pas l’idée de perdre.

Un grand film de guerre, parmi le plus réussis, sur un général hors normes. A voir et à revoir.

 

 

 

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