Gazala (II)

Dès le premier jour, les combats sont acharnés. La 15. Panzerdivision (vers 7 heures) frappe avec force la 4th Armoured Brigade, dont deux régiments (3 RTR et 8th Hussars) sur trois sont annihilés. Le Sonnenkalb raconte: « Notre PzRgt 8 tourne de 90° vers la gauche et traverse la colonne qui évoluait près de nous pendant la nuit comme un ver sans fin. Bientôt, notre régiment forma à toute vitesse sa large formation d’attaque avec environ 40 mètres de distance de panzer à Panzer. Les écoutilles sont fermées. Pour moi, en tant que conducteur, il n’était possible que de voir devant moi à travers la largeur de la trappe. » Les premiers combats « Ce combat de chars ne ressemblait à rien de ce qu’on avait connu en Afrique. Du Nord auparavant. Les collisions d’acier l’un avec l’autre, tank contre tank. Les premiers tirs de tanks ennemis sont rapportés par radio ainsi que nos pertes. Et nous avons eu un certain nombre de pertes au cours de la première rencontre. L’ennemi a touché 32 de nos Panzer, dont 10 prirent feu. » Parfaitement entraîné, désormais aguerri, Sonnenkalb reste concentré sur sa tâche, ne se laissant pas distraire par le spectacle horrible de la guerre. Le PzRgt 8 de l’Oberstleutnant Tegge avance avec le reste du DAK. Le I/Abteilung est déployé sur un front de 2-3 km de large sur 1 de profondeur. Echelonné légèrement plus à droite, le II/Abteilung suit à un kilomètre de distance. Vers 7 heures, après avoir fait à nouveau halte pour se ravitailler, l’unité franchit le Trigh-el-Abd près de Bir el Harmat. Avec le jour, la chaleur devient peu à peu plus prenante et les mirages rendent l’acquisition des cibles plus difficile. La première rencontre avec des Grant sera mémorable. Les pièces de 5 cm Kurz des Panzer III sont à la peine : il faut parfois trois ou quatre coups pour immobiliser un tank adverse. Il faut jouer sur la mobilité en cherchant un contact rapide avant de s’esquiver. La coopération avec les Pak n’est pas toujours possible. Certes, l’artillerie est là : le II/ Artillerie-Regiment 33 soutien l’assaut de ses tirs. Le II/Abteilung PzRgt 8 de l’Hauptmann Wahl parvient à prendre de flanc les Britanniques accrochés par le I/Abteilung Pz Rgt 8 de l’Hauptmann Kümmel.

La 4th Armoured Brigade (avec dans ses rangs six équipages de tankistes américains, qui seront les premiers GI’s de l’armée de terre à combattre les nazis au cours du conflit) a subi une sévère correction : dès 8h50, elle a perdu la moitié de ses blindés. Après avoir réorganisé ses unités, le Generalmajor von Verst reprend l’avance, aiguillonné par Rommel en personne, toujours impatient. Pourtant, une autre surprise attend les Panzerschütze : après les Grant, ils font connaissance avec les antichars de 6 pounder. Nehring craint un moment de voir les deux divisions de Panzer du DAK se dissocier, aussi ordonne t-il à la 21. Panzer-Division (qui étrille de la même façon la 22nd Armoured Brigade à partir de 8 heures) d’attendre la 15. Panzer-Division, retardée par ses combats contre la 4th Armoured Brigade. Dès qu’il apprend la nouvelle, Rommel donne un contrordre. Certes, Ritchie commet alors une erreur récurrente à la 8th Army depuis « Crusader » : il envoie ses brigades combattre une par une ou, lorsque les trois sont engagées en même temps (2nd, 4th et 22nd), elles le font sans soutien mutuel. La 22nd Armoured Brigade est ainsi prise en tenaille par les deux divisions de l’Afrika-Korps. Le plan de Rommel semble fonctionner : en dépit des pertes, l’ennemi serait-il déjà battu ?

Des éléments isolés des 21. et 15. Panzer ainsi que de l’Ariete subissent les assauts des 2nd, 22nd armoured et 1st Army Tank Brigades. La Trieste, par chance on le verra, est empêtrée dans les champs de mines au nord de Bir Hacheim (alors qu’elle aurait dû elle aussi contourner la position par le sud), échappant ainsi à l’encerclement. Globalement, puisque les unités sont très dispersées, les communications sont très erratiques entre le DAK et le 20o Corpo. Plus à l’est, la 90. Leichte-Division n’est pas non plus en bonne posture. Si les automitrailleuses ont atteint El Adem, le ravitaillement et les liaisons avec l’Afrika Korps sont coupées. Si son avance semble d’abord prometteuse, elle se retrouve donc en situation périlleuse. L’inquiétude perce chez Otto Henning, un jeune soldat de l’Aufklärungs-Kompanie (mot) 580 : « C’est nous qui sommes tombés dans le piège et pas les Tommies ». Et de se demander s’il ne va pas perdre déjà sa chance alors même qu’il commence à peine sa guerre…

Ce 27 mai, à court de carburant, les Panzer, immobilisé devant « Knightsbridge », doivent faire face à plusieurs menaces qui se matérialisent à l’est et au sud-est. Le Schützen–Regiment 115 éprouve les pires difficultés à suivre l’avance rapide des Panzer et subit de sérieuses contre-attaques de la part de la 7th Motor Brigade. L’après-midi n’est qu’une suite de combats épars entre Bir el Hermat et le « box » de « Knighstbridge », Rommel s’évertuant à accomplir les desseins de son plan en poussant ses troupes à s’emparer d’Acroma avant la tombée de la nuit. En vain. Rommel est mis en difficulté : « de nombreux éléments de nos colonnes rompirent en désordre et s’enfuirent vers le sud-est pour échapper au tir de l’artillerie anglaise. Mais l’Afrika-Korps, sur la défensive à l’est, avançait mètre par mètre vers le nord ».

Les Panzer isolés avec une partie des troupes de soutien à Bir El Harmat, la principale zone de concentration de la force de frappe de Rommel, les Germano-Italiens ont la chance insigne que les flancs soient finalement sécurisés grâce au concourt et à l’intervention des unités d’artillerie, de Pak et de Flak qui dament le pion à des Britanniques qui les engagent dans des attaques manquant de coordination. Nehring réagit promptement en engageant les batteries du Flak-Regiment 135 de l’Oberst Wolz. 16 pièces de 88 mm sont ainsi mises en batterie sur un front de 3 kilomètres. Sous une grêle d’obus, les servants allemands, galvanisés par leurs chefs, poursuivent leur tâche et répliquent mortellement aux tirs des Anglais L’offensive des Grant britanniques est stoppée. Une nouvelle fois, le 88 mm a fait un miracle. Non sans mal car les Britanniques ne manquent pas de mordant. Dans son Stuart, le tankiste David Brown reçoit la dangereuse mission de repérer les positions des 88 mm en attirant le feu sur son engin. La vélocité de l’obus et sa puissance sont telles qu’un char est capable de vaciller sous l’impact. Rapidement, les soldats apprennent à reconnaître le calibre de chaque obus par son seul bruit. Une fois sa mission accomplie, son char encadré par les tirs de plus en plus précis des Flak ennemis, Brown fait demi-tour et laisse les Grant et les pièces de 25 livres affronter les terribles 88.

Tandis que la division Ariete échoue dans sa tentative de prendre Bir Hacheim, l’avance allemande est donc stoppée. A leur habitude, les antichars allemands ont infligé de lourdes pertes aux blindés britanniques mais l’Afrika Korps a perdu le tiers de ses chars en cette première journée. Le seul PzRgt 8 accuse la perte de 148 Panzer pour raisons mécaniques ou suite à des dommages infligés au combat. Les pertes définitives sont de 23 chars. La division commence la seconde journée avec 58 Panzer opérationnels… La 21. Panzer-Division n’en compte plus que 84 en état, soit 50 % de ses effectifs au 26 mai. Tout l’état-major de la PzAOK Afrika s’accorde pour admettre que l’opération est un échec. Gause, évaluant la situation avec Nehring, va même jusqu’à suggérer de câbler à l’OKW et l’OKH que l’attaque n’était qu’une reconnaissance en force afin de pouvoir entreprendre un repli sans perdre la face…

Pour en savoir plus, lire mon article dans Batailles & Blindés N°69 « Le « Chaudron » de Gazala. L’Afrika-Korps au bord du gouffre? »

Write the message

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>