GI’s au combat: la 7th Armored Division

LA 7th ARMORED DIVISION :

DE LA NORMANDIE A L’ALLEMAGNE

Le général Sylvester

La campagne qui débute en Normandie en juin 1944 et qui s’achève en mai 1945 par l’effondrement du Reich a vu l’entrée en lice d’unités de l’US Army passée à la postérité. La 7th Armored Division du général Silvester, surnommée « Lucky Seventh », est peut-être moins connue que la « Hell on Wheels » (la 2nd Arm. Div) ou encore la 4th Arm. Div. Du bouillant général Wood, pourtant, son parcours est jalonné de faits d’armes, le plus célèbre étant sans nul doute la défense menée à Saint-Vith, pendant la bataille des Ardennes.

Veillée d’armes et arrivée en France

Comme toutes les divisions blindées, la 7th est subdivisée en trois Combat Command, des groupements interarmes : CCA (48 AIB, 40 AB, 489 AFAB, Co A 77 Med, Co A 814 TD, A 129 0rd), CCB (23 AIB, 31 AB, 434 AFAB, B 33, B 77, B 814, B 129) et, en théoriquement réserve, le CCR (38 AIB, 17 AB, 440 AFAB, C 33, C 77, C 814).

            Le matin du 6 juin, dans la port de Brooklyn, alors que le Débarquement a débuté sur les plages normandes, les GI’s de la 7th Armored Division prennent leurs paquetages et embarquent pour la traversée vers l’Angleterre. Ils appareillent le lendemain. En dépit du manque d’espace à bord, la bonne humeur domine. Dans la nuit du 12 au 13 juin, le navire aborde le Firth of Clide et accoste en Ecosse. Les troupes sont ensuite acheminées en Angleterre à Tideworth Barracks, où les éléments d’un détachement avancé les attendent avec une partie du matériel. Rattachée à la 3rd US Army du général Patton, la 7th ne doit intervenir sur le continent que dans la seconde phase de la campagne. Elle n’est donc pas prioritaire sur la perception du matériel (début juillet, un des bataillons blindés n’a toujours pas perçu l’intégralité de son parc de véhicules).

A partir du 7 août, la division se dirige vers une zone de concentration près de Dorchester, dans le sud de l’Angleterre. L’endroit semble si désorganisé que des officiers auraient songé à requérir une enquête officielle s’ils en avaient eu le temps. Dès le 8 août, les unités commencent à embarquer à bord des LST à Portland, près de Weymouth. Les conditions à bord restent difficiles, sauf pour les officiers, car il faut dormir dans des couvertures sur les ponts, au milieu des véhicules, ou bien dans des lits en toile. Après un dernier café et des doughnuts offerts par la Croix Rouge, les navires appareillent enfin pour Utah Beach le 10 août. Malheureusement, comme ce sera le cas pour le 31st Tank Battalion, il faut patienter au large des côtes normandes pour attendre la bonne marée. Quelques jours plus tard, l’heure de combattre est enfin arrivée.

L’exploitation de la percée d’Avranches

La 7th Arm. appartient au 20th Corps de Walker, de la 3rd Army de Patton qui caracole vers l’ouest, le sud et surtout vers l’est depuis la prise d’Avranches le 1er août. Entrée en lice au milieu du mois, la division de Silvester est donc une des composantes du corps situé le plus au sud sur le front de l’armée Patton.

La 7th Arm Div fait partie de ces formations de la 3rd US Army qui vont caracoler dans la profondeur du dispositif ennemi dans le cadre d’une exploitation remarquable. La rapidité de l’avance ne doit pas faire croire à l’absence d’opposition. Celle-ci, même éparse, n’en cause pas moins pertes et délais, au grand dam de Patton. Parmi les unités qui foncent en tête, on trouve bien entendu l’unité de reconnaissance de la division, à savoir le 87th Cavalry Recce Squadron. Rattachée au CCB, elle mène des opérations de découverte et de flanc-garde sur l’aile gauche de la division. Toutefois, le 19 août, l’opposition allemande est trop rude et l’unité n’est pas parvenue à pousser aussi loin au nord que prévu. Contrairement à l’image d’Epinal, le danger peut survenir du ciel : le 17 août, l’unité subit ainsi un strafing de 14 Me 109 dont au moins un est endommagé par les mitrailleuses de 12,7 mm.

Si la prise d’Epernon ne s’avère être qu’une formalité, la bataille de Chartres, qui s’éternise du 15 au 17 août, sera en revanche disputée. Le 23rd Armored Infantry Bn, qui est une des composantes du CCB, participe à l’assaut depuis le nord-est en conjonction avec une manoeuvre en tenaille depuis le sud-est. Le 15 août, le premier accrochage survient lorsque quatre Pak ouvrent le feu sur la colonne, détruisant un M5 du 31st Tk Bn. Les Sherman armés de 105 mm réagissent immédiatement en neutralisant les tirs adverses, détruisant un des antichars. Le retard subi reste marginal et la position de départ pour l’assaut sur la ville est atteinte à 15h30. A 20h10, une compagnie de fantassins reçoit l’ordre d’attaquer mais, bien qu’elle pénètre de plusieurs centaines de mètres dans la localité, l’obscurité et l’ennemi en rendent le contrôle bien difficile. La pression est maintenue sur les Allemands toute la nuit et l’attaque reprend le lendemain 16 août au lever du jour. Les Américains atteignent l’Eure à l’est et les limites de la ville au sud. Si les GI’s ne rencontrent qu’une opposition sporadique de snipers jusqu’après le coucher du jour, les Allemands s’infiltrent à nouveau dans la nuit du 16 au 17 août et il faut procéder au nettoyage de la ville. L’attaque commence à 16 heures et les 23rd et 38th Arm Inf Bn reçoivent l’ordre d’achever leur mission dans le secteur est de la ville jusqu’à Luisant, ce qui sera fait.

A côté de ces combats intensifs, l’avance est ponctuée de nombreux accrochages moins sérieux mais qui vont permettre à la 1. Armee de Kurt von der Chevallerie de reconstituer un front en Bourgogne puis en Lorraine. Quelques jours après, au cours de sa poussée vers Melun, l’avant-garde du 17th Tk Bn commandée par le major Dailey n’avance pas aussi vite qu’escomptée car l’unité de reconnaissance qui précède ne progresse pas assez rapidement. Ainsi, près de Velleconin le 22 août à 9h45, celle-ci rapporte que deux Pak bloquent l’avance. Mais, à 11h05, des Panzer ont été détectés, aussi demande t-on le soutien de Tanks Destroyers alors même que le 87th Recce Squadron est renforcé d’un peloton de Sherman. Or, selon la doctrine américaine, les chasseurs de chars sont les TD M 10, pas les tanks. Silvester ordonne de mettre le paquet pour forcer le passage, au besoin en faisant donner l’artillerie. Si le gros de la colonne traverse La Ferté à 14 heures, il aura fallu consacrer plusieurs heures pour forcer ce barrage routier.

Ce même 22 août, la périphérie de Melun est atteinte vers 15h50 mais le CCR ordonne d’attendre les ordres. Vers 16h30, une reconnaissance ainsi que des renseignements glanés auprès de français apprennent que la route principale est minée et couverte par des Paks –au moins deux dans la position défensive établie à 500 mètres des positions américaines- ainsi que des chars téléguidés (Borgward ou plus probablement Goliaths). La première attaque lancée avec l’infanterie à 18h55, est rapidement enrayée. Un Sherman venu en appui est incendié. Le CCR voudrait tenter un passage en force en dépit de l’obscurité mais l’assaut est à nouveau stoppé vers 23h30. De grosses explosions venant de la ville troublent la relative quiétude de la nuit. Les Américains en découvriront l’origine le lendemain… L’assaut final sera lancé avec une colonne attaquant à nouveau le long de la route principale tandis qu’une seconde colonne débordera l’ennemi sur son flanc droit puis remontera vers Melun en suivant la rive de la Seine. L’attaque est lancée le 23 août à 15 heures, un Sherman étant endommagé par une mine dès le début de l’assaut. Le passage est dégagé par les sapeurs et, après de vifs échanges de tirs, les Américains emportent la position adverse. Quant à la colonne devant manœuvrer sur le flanc de l’ennemi, sa progression est ralentie en raison de tirs en provenance de l’autre berge du fleuve. On craint notamment qu’un Pak soit positionné dans un bâtiment d’usine. A 17 heures, on découvre que les ponts sont détruits (les explosions entendues la nuit). Les tanks appuient le franchissement du fleuve par le génie avant de se retirer de la ville, non encore entièrement sécurisée. La nuit, les GI’s épuisés ne parviennent pas à trouver le repos sous les averses de pluies. Le lendemain après-midi, les tanks soutiennent la formation d’une tête de pont par l’infanterie et le génie. Si les mortiers allemands frappent les éléments du train, le 17th Tk Bn fait l’expérience terrifiante de subir ses premiers tirs d’artillerie.

Après la prise de Melun, la chevauchée vers l’est reprend pour toute la division. Le 31 août, la « Lucky Seventh » est sur l’ancien champ de bataille de la Grande Guerre, libérant Château-Thierry (de grande renommée pour les Américains), puis Verdun, où tombe le sous-lieutenant Hogan, décapité par un tir de 8,8 cm alors qu’il se tenait dans sa tourelle…

Coup d’arrêt en Lorraine

            A l’issu d’un mois d’août trépidant, la 7th Arm Div va subir un coup d’arrêt commun à l’ensemble des forces alliées. Les événements sont connus : la logistique, dont les dépôts sont toujours approvisionnés par les ports normands, peine à assurer le ravitaillement des armées alliées. La 3rd US Army est un temps la plus mal lotie de toutes en dépit de la mise en place du fameux Red Ball Express. La situation au 31st Tk Bn est éclairante à cet égard. Au 2 septembre, l’unité doit se rassembler dans le secteur de Mont Faucon et s’y retrancher pour la nuit, faute de carburant. Toute la journée du lendemain est passée à attendre de l’essence. Ce n’est que le 4 septembre qu’un peu du précieux liquide est versé dans les réservoirs vides : ordre est donné de faire demi-tour et de rejoindre la zone de concentration située au nord-ouest de Verdun. En fin de soirée, le bataillon reçoit ses ordres pour reprendre l’avance sur Metz dès que l’essence sera disponible en quantités suffisantes. Le 5 septembre, il n’y a toujours pas de carburant. On en profite pour peaufiner les plans.

L’historique du 31st Tk Bn indique qu’un des moments les plus mémorables de ce mois de septembre est sans conteste le premier bombardement de la Luftwaffe subi par l’unité. « C’était en fait une expérience terrifiante que beaucoup d’entre nous n’avaient pas interprété comme une attaque jusqu’à ce que les bombes tombent à proximité ».

            Le 6 septembre, la 7th Arm reprend sa marche en avant. Les succès du mois d’août, l’optimisme est de mise du QG de Patton à celui du moindre bataillon. Au 31st Tk Bn, les objectifs à atteindre sont ambitieux : Metz, Sarrebrück puis le Rhin, à Francfort. La division de Silvester traverse la Moselle à proximité de Dornot. L’assaut est un échec. Une seconde tentative est menée en vain sur un terrain peu favorable au nord-ouest de Metz. La division est ensuite engagée dans la tête de pont de la 5th ID dans le secteur d’Arnaville. Il est prévu qu’elle attaquera sur deux colonnes après avoir franchi la Meuse : le CCA suivi du CCR par le nord et le CCB plus ou moins parallèlement mais un peu plus au sud et à l’est. Elle contournera Metz et s’emparera des hauteurs à l’est de la ville, près de Thionville, afin de faciliter le franchissement de la rivière par la 90th ID. L’assaut est lancé le 15 septembre. Ce sera un échec : Metz ne tombe pas.

Au cours de sa chevauchée vers l’est, Patton parcourt le champ de bataille en tout sens, félicitant ou rabrouant un subordonné par assez zélé, comme le général Silvester: « Je n’étais pas satisfait de sa division, que ce soit dans son allure que dans sa progression, et qu’il devait faire mieux dès à présent».

            Les combats menés pour s’emparer d’un bois entre Marieulles et Sillégny sont révélateurs de ce qu’on dû endurer les Américains. Le 15 septembre, une section du 87th Recce Squadron observe un barrage routier et rapporte avoir entendu des bruits de moteurs dans le bois. Les « scouts » attirent le feu d’une mitrailleuse ennemie depuis la gauche. On se déploie pour la nuit et les plans sont dressés pour le lendemain. Le 17th Tk Bn du lieutenant-colonel Temple va mener l’attaque, Sherman en tête, avec le soutien de l’infanterie qui suivra de près avec les M 10 et les M4 de 105 mm. A 7h30, l’attaque est lancée. Des coups de feu d’infanterie retentissent dès que le bois est atteint et, une heure plus tard, le barrage routier tombe. Les sapeurs s’emploient à déblayer les abattis après que les fantassins commandés par le capitaine Dan Jennings se déploient pour assurer leur couverture. Le bois étant assez touffu, l’infanterie précédera désormais les tanks dans la suite des opérations. L’ennemi est contraint peu à peu au repli et trois barrages routiers sont pris. A 11 heures, la première clairière est atteinte. Il y a deux cent mètres de terrain clair à parcourir et on observe la présence d’autres abattis. Mais l’artillerie américaine est maintenant déployée et pourra soutenir la poursuite de l’assaut avec toute sa puissance destructrice. Pendant toute la journée, les Allemands répliquent avec leur artillerie ainsi que des mortiers qui tirent avec beaucoup de précision. Toutes les tentatives d’attaques menées en direction de Sillégny sont vouées à l’échec. A 16h30, l’artillerie américaine concentre ses tirs sur le front et, deux heures plus tard, l’infanterie a atteint la lisière du bois, en fait abandonné par l’ennemi qui s’est replié sur Sillégny. La nuit suivante reste éprouvante car la pluie se met à tomber et les Allemands continuent à arroser le secteur avec leur artillerie. Une compagnie du 38th Arm Inf Bn est si durement touchée qu’elle doit abandonner ses positions. Les Américains préparent néanmoins leur attaque pour le lendemain matin. L’assaut, précédé par un barrage d’artillerie en dépit des difficultés d’observation, est lancé par l’infanterie et les tanks à travers une clairière à partir de 7h30. L’intensité des répliques de l’artillerie allemande est telle que l’infanterie ne peut pas suivre : les tanks du 17th Tk Bn se déploient de part et d’autre de la route juste au-delà des bois et tiennent leurs positions jusqu’à la fin de la journée pendant que les fantassins du 38th Arm Inf Bn se réorganisent. La suite des combats est tout aussi difficile. Le passage de la Seille près de Sillégny est un échec. C’est donc en Lorraine en ce mois de septembre 1944 que la 7th Arm Div subit donc son premier revers.

L’épreuve des marais de Peel

La 7th Arm Div est alors transférée aux Pays-Bas où l’opération « Market Garden » a créé un saillant allemand entre le corridor vers Nimègue et le 19th US Corps de Corlett. Il importe donc de conjurer cette menace. Mais les Fallschirmjäger et les Panzer du 86. Armee-Korps, beaucoup plus puissant que ne l’estiment les services de renseignements alliés, résistent farouchement.

Le CCR est engagé le 3 octobre. La Task Force Wemple, qui inclut le 17th Tk Bn, est guidée dans son avance par un élément du 87th Rcn Sqd. Quelques tanks sont victimes des mines et des Pak et il faut subir les tirs des Nebelwerfer, heureusement peu efficaces. Toutefois, en dépit de la présence d’un observateur avancé, les répliques américaines ne sont pas plus efficaces sur un adversaire très bien retranché dans deux bois. Le 4 octobre, en dépit d’un manque d’infanterie d’accompagnement et de l’absence du soutien aérien promis, il est décidé d’attaquer en fonçant sur les bois avec les tanks. Une section les contourne depuis l’ouest puis revient vers l’est et se retrouve entre les deux bois faisant feu sans arrêt sur toutes les positions présumées de l’ennemi. Mais les antichars allemands sont camouflés avec tant d’adresse qu’ils sont impossibles à repérer. Huit Sherman sont touchés et trois autres sont victimes de pannes mécaniques (ce qui n’est pas rien pour un blindé réputé fiable). Il ne reste donc plus qu’un blindé à la compagnie A… Vers midi et demi, un officier de liaison de l’USAAF permet d’obtenir un raid de P-38 qui embrasent les bois après que les cibles aient été marquées par des fumigènes rouges tirés par l’artillerie. Le procédé est réitéré à 14h30 puis à 16h45. Entretemps, les GI’s observent l’ennemi ramasser les blessés des deux camps mais les Allemands ne permettent pas aux infirmiers américains de se joindre à eux. Il faut alors se retrancher : les bois ne seront pas pris ce jour-là…Le 5 octobre, la 7th Arm n’est même pas avancée de trois kilomètres en direction d’Overloon, pour la perte de 35 chars et 452 hommes. Eisenhower demande alors à Montgomery d’intervenir. Celui-ci engage le 8th Corps de O’Connor, auquel est rattachée la 7th Arm. Celle-ci se déplace dans le secteur de Deurne.

La bataille menée dans les marais de Peel sera particulièrement éprouvante pour la 7th Arm Div. Après la campagne de Lorraine, la division souffre par ailleurs d’un déficit en effectifs : ainsi, au 17th Tk Bn, on ne compte que 12 Sherman par compagnie.Les combats menés du 27 au 29 octobre ont été très disputés sur tout le front de la 7th Arm est frappée de plein fouet par la contre-attaque. Ils coûtent 21 chars et deux peeps au seul 17th Tk Bn qui revendique la neutralisation de 11 Panzer. 87 hommes ont été perdus.

Mi-octobre, après que la progression ait été bloquée malgré la prise d’Overloon, Monty renonce, estimant que la priorité doit être donnée à Anvers. Les Allemands, en revanche, contre-attaquent le 27 octobre après un barrage d’artillerie de 40 minutes. Ils s’emparent de Meijel et traversent le canal de Deurne, engageant la 9. Panzer-Division et la 15. Panzergrenadier-Division du 47.Panzer-Korps de von Lüttwitz, venant du front de Patton, à la grande surprise des services de renseignements alliés. Le 28 octobre, le 31st Tk Bn est à la peine en tentant une contre-attaque. Une grêle d’obus d’artillerie et de mortiers cloue l’infanterie au sol, obligeant les tanks à mener l’assaut, ce qui les expose aux tirs des Pak. Il faut de toute façon se retrancher au sud-est de Leisel pour tenter d’endiguer une manoeuvre de contournement de l’ennemi. Le PC, pris sous les tirs, doit déménager dans l’urgence. Il est transféré dans une bâtisse récemment abandonnée par ses occupants avec précipitation, laissant même encore du café tout chaud qui n’est pas perdu pour tout le monde… Las ! La maison est également prise pour cible et il faut à nouveau déplacer le PC. A la tombée du jour, les tanks doivent se replier pour se regrouper et se ravitailler tout en subissant les tirs sporadiques de l’artillerie adverse mais aussi les attaques nocturnes de la Luftwaffe. A 9 heures, le 29 octobre, les Allemands pénètrent dans Leisel mais les Tank Destroyers déployés avec l’avant-garde parviennent à incendier trois Panzer. Le soir, la relève est assurée par les Britanniques. Le secteur est miné et piégé avant d’effectuer le repli.

Dans son rapport, le 31st Tk Bn reconnaît que la bataille pour Liesel a constitué une rude épreuve. Les Américains estiment que tous les facteurs étaient en faveur de l’ennemi, qui aurait par ailleurs-poursuit le rapport non sans exagération- utilisé tous les types d’équipement connu jusqu’alors (ce qui est faux). L’historique du bataillon reconnaît que la situation était fort délicate et qu’il s’en est fallu que les Britanniques n’arrivent pas à temps. Peu à peu, le terrain concédé est repris jusqu’au 8 novembre. Entretemps, depuis le 31 octobre à minuit, le général Silvester a cédé son commandement au général Hasbrouck.

Patrouilles et coups de mains

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(l’illustration ne montre pas la 7th US Arm Div)

            Le 16 octobre, Silvester ordonne la mise sur pied par le 17th Tk Bn de patrouilles devant comporter 18 hommes menés par deux officiers. Les soldats qui en font partie doivent être des volontaires et recevront une instruction pour mener des patrouilles aussi bien diurnes que nocturnes. On apprend à utiliser le compas lire des cartes, etc. Chaque homme obtient l’arme dont il fait la demande si celle qu’il possède en dotation ne lui convient pas. On insiste sur le développement d’un esprit de corps et d’une émulation par la compétition. Des privilèges sont ainsi accordés : un jour de repos après une patrouille de nuit, le meilleur équipement et le fait de ne pas faire normalement partie des groupes d’assaut en cas d’attaque. De plus, les membres de ces patrouilles seront plus particulièrement pris en considération pour obtenir des promotions. Les hommes créent un insigne dont ils ornent leurs véhicules et leurs casques et se baptisent les « Dailey’s Raiders », d’après le nom du major qui les commande, qui par ailleurs le Battalion Executive Officer.

La division, affectée à la 9th US Army, est alors placée en réserve et la plus grande partie du mois de novembre est consacrés à des exercices. Les unités de tanks entraînent leurs troupes à agir de façon automatique et les instructeurs insistent sur l’acquisition de cible et surtout sur la précision et la réussite du premier tir, qui est souvent décisif. La coopération infanterie-tanks reçoit également toutes les attentions. Le 29 novembre, les tanks du 31st Tk Bn tirent en moyenne 80 coups chacun. Le lendemain, ce ne sont pas moins de 2025 obus de 75 mm et 1057 de 76 mm qui sont tirés. A n’en point douter, comparée à la Wehrmacht, l’US Army est une armée qui a des moyens et cela ne peut que se refléter dans la qualité de l’entraînement.

Fin novembre, un Combat Command est à Ubach, au nord d’Aix-la-Chapelle et les deux autres sont encore aux Pays-Bas. Début décembre, quelques éléments de la division sont rattachés à la 84th ID qui mène des combats dans le secteur de Linnich, en Allemagne. Le 16 décembre, les événements qui surviennent plus au sud scellent le destin de la « Lucky Seventh »…

Un carrefour dans les Ardennes

La campagne des Ardennes et la défense du nœud routier de Saint-Vith constituent sans aucun doute un des grands moments de la 7th Arm Div. Dépêchée en urgence dans les Ardennes pour colmater la brèche qui se forme, la division, désormais rattachée à la 1st US Army, reçoit l’ordre de gagner la zone de Saint-Vith qu’elle doit interdire aux Allemands avec l’aide du CCB/ 9th Arm Div et les restes des 28th et 106th ID, deux unités malmenées dès le premier jour de l’offensive ennemie. Celle-ci ne parvient pourtant pas à suivre un tempo soutenu, même après le spectaculaire succès remporté dans le Schnee Eiffel. Les combats menés par le CCB/7th Arm Div du général Bruce Clarke à Saint-Vith constitue un des événements majeurs de la bataille des Ardennes. A l’instar de ce qui se déroule au même moment au carrefour de Bastogne, Manteuffel se heurte à une défense inspirée et acharnée qui lui fait perdre six jours.

Des barrages routiers sont établis partout et défendus par de petites unités. Entre La Roche et Samrée, ce sont 15 fantassins du 23rd Arm Inf Bn et 14 sapeurs du 33rd Arm Eng Bn qui en assurent la défense avec l’appui de deux canons antichars et d’un Tank Destroyer. Renforcés par trois Sherman de 105 mm (assault gun), ils renforcent leur position en posant des mines le lendemain.

Les premiers éléments de la 7th Arm Div qui arrivent sur la ligne de front se déploient au mieux en dépit du manque de renseignements précis sur le dispositif adverse. Le CCB –la seule composante de la division déployée à Saint-Vith même- reçoit l’ordre d’attaquer en direction de Schönberg dans l’espoir de dégager les deux régiments de la 106th ID isolés dans le Schnee Eiffel. Mais la mise en place des Task Forces est rendue difficile par la congestion du réseau routier. A la nuit tombante, il faut se placer sur la défensive, les fantassins du 23rd Arm Inf Bn se déployant à l’ouest de Saint-Vith et ceux du 38th se retranchant à l’est. Toutefois, l’attaque n’est pas lancée et des escarmouches se développent sur le périmètre défensif tandis que des fuyards et des isolés de la 106th ID, rassemblés dans des zones de recueil, sont rééquipés et réorganisés en unités de réserve. Des combats ont lieu dans tous les secteurs : sur l’aile gauche de la division, le 17 décembre, le 40th Tk Bn mène une escarmouche dans le secteur de Poteau où une colonne de Panzer a été repérée. Lorsque les fumigènes se dissiperont, quatre carcasses seront incendiées par des tirs dans l’après-midi. Pendant plusieurs jours, la division va devoir subir la pression de l’adversaire qui entend s’emparer du nœud routier de Saint-Vith.

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La bataille se fractionne en une multitude de petits affrontements. Le 20 décembre, vers 15h15, le secteur du 38th Arm Inf Bn est soumis à d’intenses tirs d’artillerie et de mortiers, prélude à des assauts menés par des Panzer et de l’infanterie qui se poursuivent après la tombée de la nuit. Le PC reçoit alors un appel du capitaine Britton, le commandant de la Company B. Britton annonce que l’infanterie allemande est parvenue à s’infiltrer dans les lignes et qu’il n’a plus de contact avec sa section tenant le flanc gauche. Peu après, un autre coup de fil, du Staff Sergeant Porter de la Company B, annonce que sa section est isolée. Ordre lui est donné de se replier sur sa gauche et de tenir fermement le terrain. Le S-3 (le responsable des opérations) se rend sur le front au PC du 38th, installé dans une école, avec ordre d’essayer de trouver de l’aide pour sauver la situation dans le secteur de la Company B. Il rassemble une trentaine d’isolés qu’il met en position près d’un pont ferroviaire à proximité duquel une section de la Company B a dû se replier. De retour au PC du 38th, le S-3 demande davantage de moyens car une brèche s’est formée entre la 7th Arm Div et la 9th Arm Div. Il découvre alors que le PC a été déplacé dans l’intervalle de temps mais il ignore où… De retour à son propre PC, il apprend que le secteur est désormais passé sous la responsabilité du 23rd Arm Inf Bn du lieutenant-colonel Rhea.

Les Allemands ont commencé à s’infiltrer dans Saint-Vith et, devant l’impossibilité de joindre sa hiérarchie, décide de replier le 23rd Arm Inf Bn sur les hauteurs à l’ouest de Saint-Vith. Les ordres qui parviennent dans la nuit confirment le repli : il faut retraiter jusqu’à Crombach où les Américains sont toutefois expulsés en soirée du 22 décembre. La mise en défense du secteur n’a pas été aisée : arrivé sur place, le CCB a ordonné au lieutenant-colonel Wemple de déployer une Task Force à l’est de la localité (avec l’essentiel du 17th Tk Bn, 155 fantassins et 3 antichars restant de deux compagnies du 38th Arm Inf Bn ainsi que quelques éléments de soutien). Or, parvenu sur place, Wemple découvre que les unités de la 9th Arm Div qui devraient être à leur contact sont en fait déployées plus d’un kilomètre plus à l’est et sont dans l’impossibilité de combler le vide… En soirée, le capitaine Urbom, qui commande la Company C du 17th Tk Bn subit des tirs d’antichars depuis trois directions et, se croyant à tort entièrement encerclés, perd le contrôle de son unité et ordonne à ses hommes d’abandonner les véhicules et de s’enfuir… Wemple leur fera toutefois récupérer leurs engins peu après dès qu’il apprend la nouvelle. Huit chars ont été perdus, pour moitié abandonnés après s’être embourbés.

Le 23 décembre, alors que la Führer-Begleit-Brigade d’Otto Remer au nord et la « Das Reich » au sud menacent d’encerclement les 20 000 défenseurs de Saint-Vith, Montgomery envoie ce message à Hasbrouck : « Vous avez accompli votre mission-une mission bien exécutée- Il est temps de retraiter ». L’ensemble des unités assurant la défense de Saint-Vith reçoit l’ordre de se replier sur la Salm, manoeuvre délicate qui s’effectue pourtant sans interférences majeures. La 7th Arm se déploie ensuite dans le secteur de Manhay. Les unités ont perdu beaucoup de matériel. Au 17th Tk Bn, 96 tankistes démontés sont reconvertis en fantassins et sont temporairement rattachés au 23rd Arm Inf Bn. La section de mortier du bataillon, qui a perdu tout son équipement, parvient à mettre la main sur deux mortiers et on lui assigne un semi-chenillé allemand.

Le 24 décembre, peu après 22 heures, le 48th Arm Inf B est surpris alors qu’il commence à se redéployer sur de nouvelles positions. Si une des compagnies se replie intacte, les deux autres sont désorganisées. Cependant, l’ennemi ne perce pas le front. Trois jours plus tard, le 517th PIR traverse les lignes du bataillon pour reprendre Manhay après 25 minutes de préparation d’artillerie et sous le couvert des P-38. La Luftwaffe est également de la partie et effectue des strafings dans le secteur. Fin décembre, Manhay est reprise. Après quelque repos, la 7th reprend le combat, toujours très dur, et, le 23 janvier, elle libère à nouveau de Saint-Vith qu’elle avait évacué un mois plus tôt jour pour jour. Peu après, début février, le Westwall est franchi. Si quelques unités combattent encore, il faut attendre que le niveau des zones inondées baisse avant de reprendre les opérations. De nombreux soldats sont alors occupés à remettre en état les routes des Ardennes en prêtant leurs bras aux unités de génie qui s’emploient à mener cette tâche à bien.

Au cœur du Reich

L’offensive reprend en mars 1945. La 7th Arm Div atteint le Rhin au sud de Bonn. Des cibles sont prises sous le feu de l’autre côté de la rive tandis que des mesures sont prises contre d’éventuels sabotages qu’on craint de la part des civils allemands. Le 11 mars, 546 tirs d’interdiction d’obus très explosifs sont tirés par dessus le Rhin par le seul 31st Tk Bn. La division rejoint la tête de pont de Remagen puis, le 26 mars, participe à l’offensive qui aboutira à la formation de la poche de la Ruhr. Le 40th Tk Bn –qui ne perd que 5 chars au cours du mois d’avril- précise que le terrain n’est pas favorable à l’utilisation de chars mais que fort heureusement l’état de désorganisation de l’ennemi est tel que cela n’a guère d’incidence. Le 14 avril, le 17th Tk Bn libère 24 000 prisonniers à Hemer. Estimant que la situation deviendrait incontrôlable si on les relâchait dans la nature, les Américains déploient pourtant des troupes et des blindés légers pour maintenir les ex-captifs soviétiques dans leur camp. Dans un camp de prisonniers allemands, qui sont de plus en plus nombreux, on met à profit la présence d’auxiliaires féminines allemandes pour les employer dans des tâches administratives, notamment comme téléphonistes. Les GI’s ont bientôt le plaisir de la compagnie d’autres femmes. Le 27, des jeunes femmes de la Croix Rouge distribuent un café et des donuts bienvenus pour des GI’s qui n’ont pas eu l’occasion de bénéficier de la présence de membres de l’autre sexe depuis un mois…

La 7th Arm Div reçoit l’ordre de rejoindre le XVIIIth Airborne Corps au nord et à l’est d’Hannovre pour le 29 avril afin de sécuriser le flanc de la 2nd British Army qui fonce vers Hambourg et vers la Baltique. En chemin, le 1er mai, des officiers et des soldats visitent de façon informelle le camp de concentration de Bergen-Belsen et découvrent avec horreur la réalité du régime hitlérien… Deux jours plus tard, après s’être frayé un chemin à travers des routes encombrées de troupes ennemies cherchant la reddition, le contact est établi par la Troop B du 87th Cavalry Recce Squadron avec la 191e DI soviétique à Gvendorf à 9h25. Le 4 mai, les colonnes sans fin qui arrivent dans les lignes sont désormais essentiellement constituées de civils qui veulent traverser l’Elbe avant d’être rattrapés par les Russes. Ordre est finalement donné de mettre en place des barrages routiers et d’empêcher le passage à l’ouest de tous les civils, que ce soit des personnes déplacées par les nazis ou des Allemands. Les pertes sont quasi-inexistantes depuis des jours, si ce n’est par accident, à l’instar de l’infortuné soldat Gay qui se noie le 7 mai 1945, alors que la capitulation du Reich est signée à Reims. Le 8 mai, à 15 heures, les GI’s apprennent que le V-E Day commencera à minuit ce soir-même. L’effet n’est pas aussi spectaculaire qu’on aurait pu le penser car l’effondrement de l’Allemagne est dans les esprits depuis plusieurs jours déjà.

Pertes et bilan revendiqué par la 7th Armored Division

172 jours de combat

887 tués

4174 blessés

1050 disparus

39 capturés

4352 pertes non dues au combat

360 Sherman et 130 chars légers détruits

Prisonniers allemands capturés : 113 041

Véhicules blindés détruits ou saisis : 710

Canons et armes lourdes : près d’un millier

Autres véhicules : 6170

Décorations attribuées à des membres de la 7th Armored Division

Medal of Honor :2

Distinguished Service Cross :9

Silver Star Medal : 351

Bronze Star Medal : 888

Meritorious Service Medal : 1047

Purple Hearts : 1211

Sources : les informations utilisées pour cet article proviennent essentiellement des After Action Report de diverses unités de la 7th Armored Division.

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