GI’s au combat: la Big Red One

LA 1st US INFANTRY DIVISION « BIG RED ONE »

1941-1945

Terry de la Mesa Allen

Clarence Huebner

En juin 1944, la division, dont le surnom est directement issu de son insigne, un grand  chiffre « 1 » de couleur rouge, est l’une des divisions les plus expérimentées de l’armée américaine. Elle a suivi un entraînement excellent et continuel dès 1940, avant même l’entrée en guerre des USA. En 1942, l’unité se proclame déjà comme la division américaine la mieux commandée et la mieux préparée au combat. De fait, elle dispose d’une majorité d’officiers issus de l’armée régulière à tous les échelons de la hiérarchie. La 1st US ID est également connue sous les sobriquets de « Fighting First », « The Big Dead One » ou encore « The Bloody First ».

Première Guerre mondiale et entre-deux-guerres

Source image: https://www.fdmuseum.org/about-the-1st-infantry-division/history-of-the-first-division/

            Mise sur pied en mai 1917 et d’abord désignée First Expeditionary Division, l’unité débarque en France dès le mois de juin. Ce sont dans ses rangs que les Américains déplorent leurs premiers soldats tombés sur ce théâtre des opérations. Ses faits d’armes la distinguent plus particulièrement en 1918 sur les champs de bataille de Soissons, Saint-Mihiel et la forêt d’Argonne. Lorsque survient l’Armistice, la division accuse la perte de 23 221 soldats au combat, dont 4 964 tués.

            De retour aux Etats-Unis, elle reste en activité mais avec des effectifs réduits. Rattachée au Second Corps Area, elle est alors cantonnée dans la région de New York. Elle participe aux grandes manœuvres menées par en 1940-41, en Louisiane puis dans les Carolines, véritables tests grandeur nature pour l’US Army. A l’entrée en guerre des Etats-Unis, la « Big Red One » reçoit l’ordre de prendre position en Floride où elle ne demeure que peu de temps. Après plusieurs mois de préparatifs en vue de son engagement, alors que le commandement a pris l’inutile précaution de faire découdre des uniformes les insignes avec le « Grand Un Rouge », la division quitte New York le 1er août 1942 à bord du Queen Mary. Elle touche terre au Royaume-Uni à Beaminster. Les GIs découvrent un pays en guerre : le black-out, les restrictions de toutes natures, … Le 19 octobre, sous les yeux d’Eisenhower en personne, la 1st US ID s’exerce à un assaut amphibie sur des plages écossaises. Allen exige que tous les hommes, y compris des services de l ‘arrière, suivent une formation de combattants, au cas où… Il faut également apprendre à manier le nouveau Garand M1 alors que l’entraînement aux Etats-Unis s’est effectué avec de vénérables Springfield. Le 22 octobre, la « Big Red One » quitte déjà l’Angleterre. Destination : l’Afrique du Nord.

Premières armes en Afrique du Nord

La Central Task Force du général Fredendall débarque à Oran le 8 novembre 1942. En première vague se trouvent les 16th et 18th Regimental Combats Teams qui débarquent sur Beach Z d’Arzew à Saint-Leu. Le 26th atteint la terre sur Beach Y, à Les Andalouses, à l’ouest d’Oran. L’inexpérience et l’obscurité vont causer quelques soucis. Les combats sont très disputés, notamment à Saint-Cloud, mais la résistance française est vaine et la ville d’Oran tombe le 10 novembre. Cette première opération de guerre coûte 418 hommes à la 1st US ID, dont 94 tués. Un premier débarquement, qui ne s’effectue pas sans difficultés faute d’expérience et de matériel adéquat, mais la vraie guerre est ailleurs, plus à l’est.

La division n’est pas engagée dans les premiers combats menés en Tunisie. Au grand dam d’Allen qui reste à Oran, de nombreux éléments de sa division sont envoyés en renforts et dispersés pour étayer le front tenu par les Britanniques mais aussi celui du IInd US Corps de Fredendall. Fin décembre, le 18th US IR est bousculé par les Allemands sur « Longstop Hill », la hauteur stratégique commandant la vallée de la Medjerda dont venaient de  s’emparer les Coldstream Guards. Bilan : 356 pertes et une certaine humiliation. Au début de 1943, une partie de la « Big Red One » monte également en ligne au nord de la zone américaine, près d’Ousseltia, afin de renforcer le dispositif défensif des Français. Le 31 janvier, 26th IR du colonel Stark participe à une vaine contre-attaque visant à reprendre le col du Faïd.

La passe de Kasserine à l’arrière-plan, vue depuis le nord-ouest.

C’est de ce col que survient le gros des forces allemandes qui contre-attaquent dès le 14 février pour ce qui entrera dans l’histoire comme la bataille de Kasserine. La défense de la passe proprement dite, assurée les 19 et 20 février, est l’oeuvre de la Task Force Stark, qui s’articule autour du 26th IR tandis que Terry Allen déploie le reste de sa division devant Bou Chebka, assurant la défense de l’important centre logistique de Tébessa. Le 18th US IR est pour sa part déployé à Sbiba avec un conglomérat de forces anglo-américano-françaises. Bien que la passe de Kasserine tombe, la défense inspirée de Stark et des engineers du colonel Moore qui l’appuient fait cependant perdre un temps précieux à Rommel. La « Big Red One » n’a donc pas démérité au cours de ce véritable premier test. Terry Allen, qui a maintenant enfin toute sa division sous ses ordres, entame un intense programme d’entraînement à Morsott.

En mars 1943, la 1st ID passe enfin à l’offensive,s’empare de Gafsa en repoussant sans difficultés les unités de reconnaissance et poursuit ensuite leur avance vers El Guettar. A la faveur d’un raid effectué par 500 Rangers et 70 servants de mortiers menés sur les arrières des Italiens, la route d’El Guettar est ouverte. La 1st US ID s’empare de la place avant de poursuivre plus avant. C’est le premier succès pour l’armée américaine depuis Kasserine.

Le 23 mars, la 10. Panzer contre-attaque contre la 1st US ID à El Guettar. Va-t-on assister à une redite des désastres subis en février ? Les lignes sont d’abord bousculées par les Panzer. Mais, cette fois-ci, les Américains ont déployé l’intégralité d’une division, la « Big Red One », et non des éléments dispersés jetés dans la fournaise. Les Panzer s’engouffrent dans un champ de mines couvert par les feux de l’artillerie et des Tanks Destroyers dont les tirs détruisent 38 blindés. Un beau succès tactique pour Terry Allen. Il faut maintenant reprendre l’avance mais la 10. Panzer et la Centauro mettent à profit le terrain très accidenté pour ériger des défenses inexpugnables. La percée n’est pas réalisée.

A la mi-avril, pour des raisons politiques, le 2th US Corps du général Bradley est transféré au nord du front, près de la côte méditerranéenne, afin  de participer à la victoire finale. Le terrain, très accidenté, est âprement défendu par les forces allemandes, dont de redoutables Fallschirmjäger. Les collines fortifiées tombent les unes après les autres mais les hommes de Terry Allen en payent le prix fort. Le 30 avril, il manque 2 419 hommes aux trois régiments d’infanterie, soit près de 25% des effectifs. La menace que représente la colline 609 sur le flanc gauche n’est finalement réglée qu’après le succès de la 34th ID. Le 5 mai, alors qu’il devait rester sur la défensive, l’agressif Allen décide de traverser la Tine et de nettoyer les collines qui la surplombent des restes du Regiment Barenthin. En vain car ceux-ci réussissent à décrocher. Alors que près de 300 hommes sont perdus sur la cote 232, au grand dam de Bradley. Le 13, toute résistance s’éteint: la guerre en Afrique du Nord est terminée. La 1st US ID a mené une campagne honorable, sans toutefois prendre clairement l’ascendant sur ses adversaires.

La Sicile

En Sicile, de nouveau sous le regard de Patton…

Parlant des GIs de la « Big Red One », Patton, qui commande la 7th Army, déclare : «Je n’irai pas sans ces fils de pute », ce qui lui sera accordé par Marshall. Les hommes de Allen ne sont pas peu fiers de leurs faits d’armes : ils sont persuadés qu’on leur assigne toujours les tâches les plus ardues face à l’ennemi le plus tenace et, qu’à chaque fois, ils remplissent leur mission.  Au centre de la zone de débarquement américaine, la 1st US ID débarque sur les plages de Géla, soutenue par des unités de Rangers. La résistance italienne s’avère acharnée et il faut mener un dur combat pour nettoyer la plage et s’emparer de Géla en milieu de matinée.

La réaction des forces germano-italiennes ne se fait toutefois pas attendre. Elle vient en premier lieu du ciel. Sur terre, les forces de l’Axe sont déterminées à réagir également avec force. La première attaque est toutefois délivrée par une colonne blindée italienne de la Force Mobile E, équipée d’obsolètes chars Renault R-35. Les combats font pourtant rage pendant des heures avant que les Italiens ne soient contraints au repli. Une Kampfgruppe de la « Hermann Goering » est de son côté clouée au sol par l’intervention décisive des navires de guerre alliés. Le lendemain, les Allemands finissent par submerger certaines positions avancées américaines et semblent progresser irrésistiblement. La « Big Red One » va t-elle céder alors que les Panzer ne sont plus qu’à deux kilomètres du rivage? Mais Terry Allen n’est pas seul car les Allemands sont alors frappés de flanc par un groupe de parachutistes menés par le colonel Gavin. Pis, ils subissent alors le feu des canons lourds de la Marine. La « Big Red One » a tenu –une unité de « bleus » aurait peut-être craqué- mais elle doit avant tout son salut aux autres armes, dont la flotte, et surtout aux erreurs de l’adversaire, en particulier la « Hermann Goering », beaucoup moins coriace à ce moment-là que son statut d’élite ne le laisse supposer.

Pendant que Monty se retrouve bloqué devant Catane et que Patton lance un corps provisoire marcher sur Palerme, le 2th US Corps de Bradley commence sa progression vers Messine. Le relief très montagneux  de la Sicile offre cependant un avantage sérieux à la défense. La 1st US ID est lancée sur Troina mais elle est soumise à d’incessantes contre-attaques et la lutte est acharnée en dépit du soutien de l’artillerie et de l’aviation. De mauvaises cartes, une reconnaissance sommaire et un adversaire résolu stoppent la division pendant une semaine. Allen affirme pourtant à sa femme que son unité a détruit 71 blindés allemands et capturé 7 000 Italiens ainsi que 800 Allemands. Le 6 août, Troina tombe enfin aux mains des Américains mais la « Big Red One » est épuisée tandis qu’Allen est relevé de son commandement. Il fond en larmes quand il apprend la nouvelle. Son second, Theodore Roosevelt, est lui aussi limogé. Ils seraient épuisés selon Bradley, qui de toute façon ne supporte pas le caractère égocentrique et explosif de Terry Allen, bien trop indépendant à son goût. Le Major-General Clarence Huebner, le nouveau commandant de la 1st US ID va s’avérer être lui aussi un véritable meneur d’hommes. Pour la division, la campagne de Sicile est finie. Elle a réussi le test d’un second débarquement, beaucoup plus difficile que « Torch », et a rempli toutes ses missions, mais avec difficulté, face à un adversaire habile.

La Normandie : de l’enfer d’Omaha à la poche de Falaise

En raison de l’expérience de l’unité, celle-ci est désignée pour mener l’assaut avec la 29th US ID. sur les plages d’Omaha Beach le D Day. Elle retourne donc au Royaume-Uni en octobre 1943 et se trouve cantonnée à Blandford. Les membres de la division nourrissent toutefois un sentiment de supériorité à l’encontre des autres unités de l’US Army. Les capacités opérationnelles de l’unité sont loin d’être usurpées et l’entraînement intensif qu’elle subit en vue du Jour J en fait une division méticuleusement préparée à sa tâche. Huebner ne veut rien laisser au hasard et insiste pour que chaque chef de bataillon connaisse non seulement parfaitement le secteur qui lui a été assigné, mais aussi celui des autres bataillons, une précaution qui va s’avérer des plus précieuses.

Omaha Beach…

            Le débarquement à Omaha Beach se déroule beaucoup plus difficilement que prévu. Les bombardements naval et aérien sont des échecs et l’assaut s’effectue dans les pires conditions face à des défenses côtières puissantes et intactes. Le courant et les tirs ennemis empêchent les pilotes de LCVP de maintenir le cap et les unités sont loin de débarquer toutes à l’endroit prévu. La « Big Red One » engage d’abord un Regimental Combat Team, c’est-à-dire un régiment d’infanterie, le 16th, renforcé par diverses unités de soutien. 1 450 fantassins des 1st et 29th US ID constituent la première vague, sans compter les équipes du génie et les tankistes. Les hommes, surchargés de matériel, débarquent sous une grêle de balles et d’obus, dans une eau froide et profonde. 27 Sherman DD sur 32 d’un des bataillons blindés coulent dans la mer houleuse, privant la « Big Red One » de leur précieux soutien. Le premier succès survient sur l’aile gauche lorsque le Lieutenant Cutler parvient à s’emparer du WN 60 avec le soutien du destroyer Doyle. A partir de 8 heures, des GIs commencent à franchir le talus situé au niveau de l’actuel cimetière. Les combats vers l’intérieur des terres sont très acharnés également, faute de parvenir à ouvrir rapidement des sorties de plages pour les véhicules congestionnés sur la plage. Le 16th RCT accuse la perte de 962 hommes. Les pertes totales de la division et des unités qui lui sont rattachées se montent à 1 347 hommes. Au 7 juin, 4 842 hommes ont été perdus dans le secteur « Omaha ». Le soir du 6 juin, l’essentiel est pourtant réalisé : la tête de pont est étroite mais cinq régiments sont à terre.

La suite immédiate de la bataille de Normandie est pourtant nettement plus aisée pour la « Big Red One » puisque l’avance vers le sud paraît inexorable et s’effectue à peu de frais. Elle s’empare ainsi de Caumont-l’Eventé dès le matin du 13 juin. En une semaine, elle enregistre 1 744 pertes, mais elle capture 600 prisonniers pour la seule journée du 9 juin. La progression trop prudente n’a pourtant pas mis à profit le véritable « vide » qui existe alors dans la défense allemande… Début juillet, la division stagne dans le bocage avant de prendre part à l’opération « Cobra » le 25 juillet, au cours de la phase d’exploitation. Huebner, de concert avec le CCB de la 3rd US Armored Div., passe à travers la brèche obtenue par la 9th US ID et s’empare de Marigny le 27 juillet avant de s’assurer de passages sur la Sées à la fin du mois. L’avance se poursuit car l’ennemi ne semble plus en mesure de se rétablir sur de nouvelles défenses. Brécey est atteint le 31 juillet.

La 1st US ID participe ensuite à la manœuvre d’encerclement qui aboutit à la formation de la poche de Falaise. Les combats restent toutefois très durs face à un ennemi résolu. Obliquant d’abord vers le sud-est, vers Mayenne, la division remonte ensuite en direction du nord et combat les Allemands au sud de la poche. Le 24 août, elle est à Chartres. La Seine est traversée deux jours plus tard à Corbeil et Melun. Le 3 septembre, le 16th IR participe au nettoyage de la poche de Mons. Quelques jours plus tard, le 9, la « Big Red One » franchit la Meuse à Liège. Les combats pour la Libération ont donc révélé une unité solide, bien entraînée, capable, dans l’offensive, de donner du fil à retordre à un ennemi pourtant réputé comme étant peut-être le meilleur soldat du monde.

Aux frontières du Reich : l’enfer d’Aix la Chapelle et de la forêt de Hürtgen

Les Américains espèrent encore atteindre le Rhin facilement. Le 15, le 16th IR butte sur le Westwall et stoppe son avance fulgurante. Les Américains se renforcent peu à peu devant Aix-la-Chapelle mais les difficultés logistiques diffèrent l’offensive jusqu’en octobre. Hodges va tenter une manœuvre d’enveloppement d’Aix avec le XIXth Corps au nord et le VIIth Corps de Collins au sud, ce dernier engageant la « Big Red One » à partir du 8 octobre. Le 10, elle s’empare du faubourg industriel d’Haaren. Les Allemands sont cependant pugnaces et les pertes américaines commencent à être élevées pour des gains très limités. Le 16 octobre toutefois, les 30thet 1st US ID font leur jonction. La réduction des forces de l’Oberst Wilck, enfermées dans la poche ainsi formée, demande des combats de rues acharnés, nécessitant l’utilisation des lance-flammes et de charges explosives. Le 21 octobre, Aix-la-Chapelle, détruite à 80%, est conquise par la « Big Red One ». Il s’agit de la première ville allemande capturée par les Américains. Un honneur pour la division mais la 1st US ID est épuisée et décimée.

Les épreuves de l’automne sont pourtant loin d’être terminées. La bataille de la forêt d’Hürtgen constituera l’un des combats  les plus éprouvants menés par la division. La supériorité numérique, marginale, voire désormais inexistante, et la supériorité en matériel et en armement de l’US Army ne jouent plus. Le combat sera donc une bataille d’infanterie.

Les premiers affrontements menés par le VIIth US Corps ont lieu à la mi-septembre. Mais ce n’est que le 16 novembre, pendant l’opération « Queen », que Huebner est impliqué dans une bataille qui a déjà saigné à blanc plusieurs divisions américaines. Plusieurs villages, dont Hürtgen, sont frappés en force par l’aviation et Düren est réduite à un amas de décombres. 694 canons prennent le relais et arrosent copieusement les lignes allemandes en tirant 52 000 obus. Cependant, les dommages occasionnés aux défenseurs sont négligeables, mis à part un bataillon anéanti en pleine phase de relève. Objectif : la Roer, à l’est d’Aix-la-Chapelle. A Hamich, la lutte a été si meurtrière que les GIs de la 1st US ID remplissent 12 camions de cadavres allemands! Les progrès dans la forêt restent toutefois très limités. Les Allemands ne cèdent du terrain que contraints et forcés. En quatre jours, Huebner n’est parvenu qu’à gagner trois kilomètres à l’ennemi. Le 20 novembre, le 26th IR s’empare du château de Laufenburg. Le 28, les Américains, désormais confrontés à la 3.Fallschirmjäger-Division, prennent Langerwehe. Le lendemain, les parachutistes encerclent les Américains à Merode et les anéantissent. L’offensive est terminée. Pour ces petits gains, la 1st US ID a perdu 3 993 hommes au combat, auxquelles il convient d’ajouter les pertes attribuables à l’épuisement, aux pieds de tranchée et aux intempéries. Relevée à partir du 5 décembre par la 9th US ID, la « Big Red One », hormis le 16th IR qui reste au Vth Corps, est mise au repos dans le secteur Luchem-Langerwehe-Juengersdorf-Merode. La 1st US ID n’a donc pas atteint tous ses objectifs et ne s’est pas montrée plus efficace que les autres unités engagées dans la fournaise de la forêt de Huertgen.

Les Ardennes : pivot de la défense au nord du saillant

L’opération « Herbstnebel », la contre-offensive allemande des Ardennes, ne porte pas directement sur la ligne de front de la 1st US ID mais les hommes de Huebner sont très vite impliqués dans la bataille. Les Allemands parachutent en effet quelques centaines d’hommes près de Baraque-Michel dans le cadre de l’opération « Stösser », qui s’avère être un fiasco. A l’actif toutefois de l’intervention des Fallschirmjäger de Heydte, quelques embuscades et bien des soucis pour plusieurs unités de la 1st US ID occupées à traquer les parachutistes ennemis.

Pendant ce temps, la 12.SS Panzerdivison est bloquée pendant trois jours devant les villages de Krinkelt et Rocherath, permettant au Vth Corps de mettre en place la défense de la crête d’Elsenborn où se déploie, dans la zone de Malmédy, la 1st US ID rejointe par les 2nd et 99th US ID en retraite. Le 17 décembre, le 26th IR connaît une première escarmouche avec la Kampfgruppe Bremer de la « Hitlerjugend » devant Dom Bütgenbach. La première attaque sérieuse a toutefois lieu dans la nuit du 18 au 19 décembre. Les attaques sont réitérées, furieuses et meurtrières, mais la ligne américaine ne cède pas. Systématiquement, seuls les Panzer percent alors que les Panzergrenadiere sont cloués au sol par un feu d’artillerie impitoyable. Le 21 décembre, les SS renoncent. Ils ont perdu 1 200 hommes. 65 Panzer de la « Hitlerjugend » ont été détruits ou endommagés depuis le début de l’offensive.

Le front reste statique pendant trois semaines : les Allemands n’iront pas plus loin. Le succès défensif est donc complet : la 1st US ID a été victorieuse face à ce qui est alors considéré comme l’élite de l’armée allemande. Le 15 janvier, le Vth Corps, désormais commandé par Huebner qui a cédé la 1st US ID au Brigadier General Andrus (celui-ci commandait jusqu’alors l’artillerie de la division), passe à la contre-attaque sur les hauteurs dans le secteur du défilé d’Ondenval. Si Steinbach est pris dès le premier jour, ouvrant la voie de Saint-Vith pour la 9th US Armored, la division est ensuite confrontée à une résistance coriace au nord-est de Schoppen. L’ennemi se bat avec ténacité et évite d’être pris dans une nasse à Saint-Vith. Le Westwall est atteint le 28 janvier puis la 1st US ID attaque à travers la forêt de Buchholz avant d’être relevée par la 99th US ID le 5 février et de se rassembler à Aywaille, en Belgique.

Au cœur du Reich

Un Sdkfz 251 capturé

La bataille d’Allemagne commence. L’opération « Lumberjack » vise à éradiquer toute forme de résistance allemande en Rhénanie dans le secteur du 12th Army Group. Suite logique au combat victorieux des Ardennes, la 1st US ID est ensuite impliquée dans les combats à travers l’Eiffel pour enfin s’assurer du contrôle des barrages de la Roer.  La « Big Red One » est maintenant rattachée au IIIrd Corps de Millikin. L’attaque débute le 25 février. Pour éviter des pertes en traversant la Roer, la « Big Red One » traverse le fleuve en empruntant la tête de pont du VIIth Corps. La division suivante du IIIrd Corps empruntera alors le pont du génie que la 1st US ID construira dans son secteur, et ainsi de suite. Burg est prise le 27 février puis le Neffel est franchi le 1er mars. Bonn, atteinte le 7, tombe le 9 mars : il n’y a plus de résistance allemande à l’ouest du Rhin.

Or, depuis le 7 mars les Américains disposent d’un pont capturé intact à Remagen. Bradley est aux anges quand Hodges lui apprend la nouvelle. Les plans établis prévoyaient pourtant que Monty franchirait le Rhin en premier et que le 12th Army Group de Bradley devrait traverser le fleuve entre Cologne et Coblence. Néanmoins, Eisenhower ordonne une exploitation limitée de la tête de pont de Remagen. Bradley, Hodges et Patton sont désormais assurés que leurs armées joueront un rôle équivalent à celles de Monty.

Le 15 mars, la « Big Red One » est introduite dans la tête de pont. Le 30 mars, les trois régiments attaquent en ligne pour atteindre et s’emparer des hauteurs dominant Seigen. Relevée par la 8th US ID, elle occupe des positions de blocage au sud-est de Paderborn afin d’assurer l’étanchéité de la poche qui vient de se dessiner autour de la Ruhr, enfermant le Heeres-Gruppe B dans une nasse. Si Eisenhower avait maintenu sa stratégie de 1944, les Américains attaqueraient vers Berlin en laissant le strict minimum de troupes pour l’encerclement. Pourtant, 18 divisions américaines, les mieux placées pour foncer sur la capitale du Reich, vont participer à la réduction de la poche. La « Big Red One » est de celles qui vont poursuivre l’avance. Le dimanche de Pâques de 1945, soit le 1er avril, la division progresse de 250 kilomètres à l’est de Seigen.

Le 8 avril, la 1st US ID est appelée sur le front de la Weser où la 3rd US Armored est bloquée faute d’avoir pu s’emparer d’un pont intact. Les 16th et 18th IR étendent la tête de pont tandis que le troisième régiment, le 26th, motorisé, attaque en direction d’Einbeck. La division, renforcée par le 4th Cavalry Group, a alors pour tâche de nettoyer la zone en bordure du massif du Harz. Si les combats en Allemagne restent très disputés, en dépit d’une légende tenace qui veut que la Wehrmacht n’ait résisté que face à l’Armée Rouge, toute défense organisée et fanatique s’achève cependant au 20 avril.

Relevée par la 97th US ID, la « Big Red One » atteint la frontière tchécoslovaque le 30 avril. Menant quelques attaques limitées le 2 mai, elle commence ensuite son avance sur Karlsbad le 6 mai. Le 8 mai 1945, lorsque la capitulation du Reich est signée, la 1st US ID se trouve à Sangerberg, Mnichov, Kynsperk et Schoenback.

Ce jour-là, bien que très loin d’être tous des vétérans ayant participé à tous les combats de « Torch » à la forêt d’Huertgen, les GIs de la « Big Red One » sont confrontés à une nouvelle vision d’horreur : ils libèrent les Kommandos de Zwodau et de Falkenau, qui dépendent du camp de concentration de Flossenburg. Près d’un millier de femmes déportées, décharnées, accueillent leurs libérateurs à Zwodau. Choqués, les jeunes soldats américains font tout leur possible pour soulager la détresse des malheureuses en leur procurant de la nourriture et en leur prodiguant des soins médicaux élémentaires.

En guise de conclusion

En août 1945, la division se trouve à Ansbach, en Allemagne. De toutes les grandes batailles, elle a subi de lourdes pertes, 20 659 hommes exactement. On dénombre 3 616 tués au combat, 15 208 blessés (dont 664 décéderont), 1 336 prisonniers (19 meurent en captivité) et 499 disparus (66 présumés morts). 16 de ses soldats ont été distingués par la remise de la prestigieuse Medal of Honor.

Le parcours de la division est tout simplement impressionnant et sans équivalent dans l’US Army. Elle participe à trois débarquements, dont le Jour J en Normandie. Après avoir mené campagne en Méditerranée, la « Big Red One » est de tous les combats majeurs de la 1st US Army. C’est elle qui s’empare d’Aix-la-Chapelle, première ville allemande d’importance conquise par les Alliés. Pour célèbre que soit la « Big Red One », la terrible épreuve d’Omaha Beach ne doit cependant pas faire oublier que nombre des combats qu’elle a mené, en Normandie comme ailleurs, ont été tout aussi acharnés et que nombre de  ses consoeurs de l’US Army ont participé à des affrontements tout aussi violents, que ce soit dans le dédale des haies de Normandie, dans les sombres recoins de la forêt d’Huertgen ou encore sur les collines et les vallées enneigées des Ardennes.

Commandants de la « Big Red One »

Major General Donald Cubbison: Juillet 1941-juin 1942

Major General Terry de la Mesa Allen: Juin 1942-Août 1943

Major General Clarence R. Huebner: Août 1943-Décembre 1944

Major General Clift Andrus: Décembre 1944

Orientation bibliographique :

Outre quelques ouvrages des éditions Osprey ont été consultés :

Astor Gerald, Terrible Terry Allen: Combat General of World War II – The Life of an American Soldier, Presidio Press, 2004

Atkinson Rick, An Army at Dawn. The War in North Africa  1942-1943, 2002

Atkinson Rick, The Day of Battle. The War in Sicily and Italy , 1943-1944, 2007

MacDonald Charles B., La bataille de la Forêt de Huertgen, Foxmaster & Posit Press, 1992

Weigley Russell F., Eisenhower’s Lieutenants, Indiana University Press, 1981

Westwell Ian, US 1st Infantry Division: The Big Red One, Ian Allan Ltd, 2002

Wheller James, The Big Red One: America’s Legendary 1st Infantry Division from World War I to Desert Storm, University Press of Kansas, 2008

http://www.skylighters.org/225thmemorial/memsite/1sthistory.html
http://en.wikipedia.org/wiki/1st_Infantry_Division_(United_States)

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