Guerre du Pacifique/Pacific War (10/43) : Introduction Chapitre II

 

CHAPITRE 2 : 1942-43

L’ENDIGUEMENT DE L’EXPANSION JAPONAISE

INTRODUCTION 

Dès le mois de décembre, Roosevelt et le haut-commandement américain ont rassuré Churchill en affirmant le principe « Germany First », reconnaissant une priorité à la guerre en Europe et établissant clairement que le danger le plus à craindre est représenté par l’Allemagne nazie. Le front du Pacifique ne doit pas être négligé pour autant, quoi que Marshall et ses conseillers doivent veiller à ce que l’US Navy n’entraîne pas l’Amérique plus en avant dans la lutte contre le Japon, considéré comme l’ennemi principal par la marine. Les stratèges américains et britanniques établissent un partage des responsabilités, la Grande-Bretagne étant chargée de la lutte en Inde et en Asie du Sud-Est tandis que les Etats-Unis, seuls détenteurs des ressources nécessaires à une contre-offensive, se chargeront des opérations dans le pacifique, de concert avec les forces australiennes et néo-zélandaises. Cependant, sans rejeter le principe « Germany First », l’urgence de la situation dans le Pacifique draine d’importantes forces terrestres sur ce théâtre d’opérations, au grand dam du général Eisenhower, alors devenu chef de la section des plans. Eisenhower craint que les importants effectifs aériens et terrestres consacrés à la mise en défense des îles jalonnant la route de ravitaillement vers l’Australie et la Nouvelle-Zélande ne soit préjudiciable aux ressources de l’Armée, qui seraient mieux employées en Europe. C’est ainsi que près de 80 000 hommes et des centaines d’avions s’embarquent pour le Pacifique du Sud-Ouest entre janvier et mars 1942 contre à peine plus de 20 000 hommes envoyés en Europe au cours de la même période. Au total, 290 000 soldats de l’armée de terre seront déployés dans le Pacifique avant la fin de l’année 1942. C’est en novembre 1942 que les Américains interviennent en Afrique du Nord contre les Germano-italiens : 380 000 GI’s sont alors engagés dans les combats en Afrique et en Europe alors que 460 000 hommes servent dans le Pacifique. On le voit, la guerre du Pacifique n’est en aucune manière un théâtre d’opération mineur pour l’armée américaine. Le constat est encore plus évident en ce qui concerne la marine, bien que des effectifs conséquents soient alloués à l’opération « Torch », le débarquement en Afrique du Nord, et à la bataille de l’Atlantique, dont l’issue est capitale pour la suite du conflit.

Contrairement aux principes militaires les plus évidents, Roosevelt décide de diviser le théâtre des opérations du Pacifique entre deux commandements. Les différends qui opposent l’US Navy à l’US ARmy ne sont pas étrangers à cette partition du front du Pacifique, qui fait fi de tout bon sens, car même l’énormité des distances entrant en jeu ne justifie pas une telle décision. Le général MacArthur, à l’ancienneté certaine et qui est considéré comme un héros par bon nombre de ses compatriotes, tout en suscitant la méfiance et l’hostilité de ses collègues de la marine, obtient le commandement en chef du Pacifique Sud-Ouest. Ce théâtre d’opération recouvre la région comprenant les Philippines, les Salomon, la Nouvelle-Guinée, l’archipel de Bismarck, Bornéo et les Indes néerlandaises, Sumatra exceptée. L’amiral Chester Nimitz se voit confier la responsabilité du reste du Pacifique, le Pacific Ocean Areas, hormis les eaux côtières de l’Amérique centrale et du Sud. Nimitz subdivise son commandement en trois zones : les zones Pacifique Nord et Central, dont il assume directement le commandement, et la zone Pacifique sud placée sous l’autorité de l’amiral Ghormley. En dépit de l’hostilité entre les différentes armes, une coopération sera nécessaire entre la marine, l’aviation et l’armée de terre pour les futures opérations amphibies lorsque les Américains pourront passer à la contre-offensive. Pour l’heure, il s’agit de parer au plus presser et de tenter d’endiguer le raz-de-marée japonais. Tandis que des garnisons de l’armée de terre étoffent la défense des îles, Nimitz réorganise la flotte du Pacifique en quatre Task Forces. Chaque Task Force est constituée autour d’un porte-avions et comprend des croiseurs et des destroyers, les missions de reconnaissance étant confiées à l’aviation et aux sous-marins. En revanche, les 6 cuirassés encore opérationnels, dont 3 provenant de l’Atlantique, sont trop peu rapides pour accompagner les porte-avions et les escorteurs et les tankers font défaut. Nimitz les confine alors à des missions de patrouilles ou d’escorte entre la Californie et Hawaï. Un brusque retournement de doctrine alors que les cuirassés sont placées au centre de toutes les flottes du monde depuis des décennies ! Le bâtiment décisif est en fait devenu le porte-avions, mais ni les américains, ni les Japonais, qui possèdent pourtant la flotte de porte-avions la plus remarquable du moment, n’en sont encore conscients. Les batailles du Pacifique Sud et Central à la fin du premier semestre 1942 vont mettre en évidence le rôle primordial désormais dévolu aux porte-avions, au détriment des autres navires. Au cours de ces batailles, les aviations embarquées des deux adversaires vont s’affronter dans des combats aériens décisifs. La guerre navale entre alors dans une ère nouvelle. Pourtant, avant ces chocs décisifs disputés dans la mer de Corail et à Midway, nul ne sait encore ce que les porte-avions doivent faire et les amiraux qui les prennent en charge ignorent souvent tout de l’aviation ou des porte-avions.

Après leurs spectaculaires succès obtenus à la fin du printemps 1942, les Japonais entendent conforter leurs positions dans le Pacifique en menant des opérations vers Port-Moresby et l’Australie et à nouveau vers Hawaï avant d’amener les Américains à la table des négociations, persuadés que ceux-ci préfèreront une paix de compromis à une guerre coûteuse et sanglante. Les événements ne vont pourtant pas se conformer aux souhaits de l’état-major impérial japonais. Les opérations menées dans le Pacifique entre avril 1942 et le premier semestre 1943 vont en effet sonner le glas des offensives victorieuses japonaises. Hormis quelques succès sans lendemains, partout, les armées de l’empire du Soleil Levant sont stoppées, voire repoussées. Les pertes sont très lourdes, particulièrement au sein des précieuses unités de porte-avions. La guerre du Pacifique est à son tournant à peine six mois après avoir débuté. La route pour Tokyo est cependant encore longue et semée d’embûches et les Alliés savent qu’ils ont fort à faire avec un adversaire coriace, déterminé et fanatique. Midway et Guadalcanal marquent le début de la reconquête et la fin de l’expansion japonaise, mais tous n’en ont pas alors conscience. Au milieu de l’année 1942, le sort des armes n’est guère favorable aux forces alliées sur tous les fronts et le spectaculaire retournement de situation sur tous les fronts au second semestre de cette année de durs combats ouvrent des perspectives encourageantes aux Alliés, mais rien n’est encore joué. Toutefois, la machine de guerre américaine commence à tourner à plein régime et va bientôt peser de tout son poids sur ses adversaires européens et asiatiques.

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