Guerre du Pacifique/Pacific War (11/43) : au large de l’Australie

Coup d’arrêt au large de l’Australie

(23 janvier-8 mai 42)

 

 

La Mer de Corail: 1ère bataille au-delà de l’horizon

 

Le fameux raid de Doolittle sur Tokyo: Un exploit spectaculaire alors que la guerre n’a commencé que 4 mois plus tôt…Venger l’affront de Pearl Harbor reste dans tous les esprits.

Le 18 avril, un événement imprévu survient à Tokyo. Depuis des mois, Roosevelt insiste pour que le Japon soit bombardé. Un raid de bombardiers B-24 Boston sera dirigé par le général Doolittle à partir du porte-avions USS Hornet, au sein de la Task Force 16 de l’amiral Halsey, qui comprend également porte-avions USS Enterprise, soit la moitié des portes avions de la flotte du Pacifique. Il importe de bénéficier de l’effet de surprise et de sauvegarder les deux porte-avions. Or Yamamoto a disposé d’une ligne de patrouille de vedettes entre 600 et 700 milles du Japon, sur une largeur de 1 000 milles. Halsey décide donc de lancer les avions de Doolittle en plein jour, à 650 milles du Japon, soit 150 milles de plus que prévu. A Tokyo, la confusion et la surprise sont grandes chez les Japonais, bien que les dégâts soient somme toute minimes. Le raid est considéré comme un affront par l’armée et la marine nippones. Dès lors, les préparatifs pour les futures opérations vers Midway et dans les mers du Sud s’accélèrent et ne soulèvent plus d’objections. Depuis le mois de janvier, Inoue ne cesse de convaincre l’amiral Nagano et l’état-major impérial de la nécessité de s’emparer de la Nouvelle-Guinée orientale, dont Port-Moresby, et des îles Salomon afin de protéger les bases japonaises de Rabaul et de Truck et de couper la ligne d’approvisionnement entre l’Australie et les Etats-Unis. Inoue estime qu’il est impératif pour les Japonais de disposer de nombreuses bases aériennes sur les îles pour assurer la défense du périmètre défensif de l’empire japonais. La prise de Port-Moresby permettra en outre d’effectuer des reconnaissances et des attaques aériennes dans la mer de Corail et en Australie, tout en servant d’escale pour les avions gagnant les bases des Indes néerlandaises. En revanche, laisser Port-Moresby entre les mains des Alliés met Rabaul et Truck à portée des bombardiers ennemis. L’amiral Inoue est avisé que ses opérations devront avoir lieu au mois de mai. Toutefois, en raison de la préparation de l’opération sur Midway, il ne reste plus que les porte-avions Zuikaku et Shokaku pour l’opération des mers du sud. Les opérations contre les îles Salomon se déroulent comme prévu. Les services de renseignements américains ont toutefois prévenu Nimitz de l’imminence de l’attaque japonaise et la flotte américaine du Pacifique s’est préparée pour la bataille en concentrant des unités navales autour des porte-avions USS Yorktown et USS Lexington dans la mer de Corail. Les Japonais ne doivent pas s’emparer de Port-Moresby.

Le Lexington: 1er porte-avions perdu par les Américains

Un Zéro décolle depuis le pont du Shokaku. Endommagé, le puissant porte-avions fera défaut aux Japonais à Midway

La bataille de la mer de Corail, livrée du 4 au 8 mai 1942, représente le premier affrontement de porte-avions. Curieusement, cette bataille qui va se révéler si importante n’est au début qu’une opération annexe de l’attaque contre Port-Moresby, l’amirauté japonaise ayant estimé qu’une flotte de porte-avions est nécessaire pour lancer une attaque aéronavale contre la base alliée. Les Américains ripostent avec leur flotte et il en résulte la première bataille au-delà de l’horizon. Les Américains atteignent leur but en repoussant les Japonais qui renoncent à débarquer sans avoir en fait réellement pris l’avantage. La bataille se déroule dans une effarante confusion tactique, devant le manque d’expérience des adversaires en matière de lutte aéronavale. Les pilotes américains coulent le petit porte-avions Shoho mais ratent leurs plus importants objectifs, les gros porte-avions Zuikaku et Shokaku.

La fin du Soho

Les Japonais immobilisent pour leur part le porte-avions USS Lexington, finalement perdu faute d’avoir pu réparer les dégâts. Les pertes aériennes sont plus lourdes chez les Japonais puisqu’elles se montent à 61 appareils contre seulement 39 chez les Américains. La bataille de la mer de Corail prive temporairement les Japonais de leur force de porte-avions dans le secteur. Mais le résultat stratégique essentiel des Alliés est atteint : empêcher les Japonais de s’emparer de Port-Moresby. Les Américains ont perdu le porte-avions USS Lexington et les Japonais pensent avoir coulé également le porte-avions USS Yorktown, sous-estimant de ce fait la puissance aéronavale américaine qu’ils leur restent à affronter. Yamamoto vise alors à détruire les restes de la flotte américaine du Pacifique, en la forçant à accepter le combat, à Midway. Cependant, l’absence des trois porte-avions japonais engagés dans la bataille de la mer de Corail va faire cruellement défaut à la marine japonaise au cours de l’affrontement décisif de Midway.

La propagande japonaise tire profit des sévères pertes navales, réelles ou supposées, subies par les Alliés

Port-Moresby est donc sauvé. Du moins temporairement car les Japonais n’ont pas renoncé à s’emparer de cette importante base. Conscient que tout danger n’est pas écarté, les Alliés mettent à profit le sursis obtenu par le recul japonais après la bataille de la mer de Corail pour renforcer les défenses. C’est ainsi que les 3 400 Australiens et 800 soldats des forces anti-aériennes débarquent à Port-Moresby dès le mois de mai 1942. Plus à l’est, à l’extrémité de la Papaouasie, d’autres troupes sont positionnées à Milne Bay, où MacArthur a décidé de construire un aérodrome. Fin juillet, les Japonais arrivent en vue de Buna et de Gona. En dépit de l’intervention déterminée de l’aviation alliée, les Japonais prennent solidement pied en Papouasie. Ils s’empressent alors de tenter de s’emparer de Port-Moresby en suivant la piste de Kokoda. Cette piste, qui traverse la jungle et de nombreuses vallées empruntées par des torrents, passe à travers les monts Owen Stanley. Il s’agit donc d’un terrain particulièrement éprouvant pour les combattants.

  

Les combats dans la jungle sur la piste de Kokoda seront parmi les plus éprouvants et les plus terribles de la guerre

La maladie guette tous les hommes et le sort des blessés n’est guère enviable. Le premier échelon des forces japonaises destiné à ouvrir la route au gros des forces regroupe 1 800 combattants, 1 200 porteurs et 52 chevaux. Pour faire barrage à la progression japonaise, les Australiens ne disposent que de faibles forces, d’autant plus que les quelques troupes basées à Port-Moresby ont une longue route de jungle à suivre pour rejoindre Kokoda. Au soir du 26 juillet, les Japonais s’emparent de Kokoda, s’assurant définitivement de la position le 10 août après deux contre-attaques australiennes. Le 13 août, 1 500 Japonais attaquent les positions australiennes et repoussent leurs adversaires. La poursuite ne dépasse pas les dix kilomètres car les Japonais attendent leurs renforts. Le général japonais Horii reprend alors l’offensive et repousse les Australiens, s’approchant dangereusement de Port-Moresby, tenu toutefois par 28 000 hommes. Affaiblis par les maladies et délaissés par leurs porteurs, les soldats australiens sont dans une situation des plus précaires. Le 8 septembre, Horii s’empare d’Efogi puis poursuit son avance jusqu’à Ioribaiwa. Mais la situation logistique des Japonais est devenue dramatique alors que les Australiens, se rapprochant de leurs bases, voient leur ravitaillement nettement facilité. En outre, MacArthur engage d’importants renforts sur la piste de Kokoda. Horii reçoit l’ordre de se retrancher à Ioribaiwa, puis de se replier sur Buna et Gona. Port-Moresby ne tombera pas.

 

Miliciens et soldats de l’armée régulière australienne en Nouvelle-Guinée: l’enfer vert de la piste de Kokoda

A Milne Bay, la nouvelle base est essentiellement défendue par les 7th et 18th Australian Infantry Brigades, 10 000 hommes au total. Les japonais, déterminés à s’emparer de la position sous-évaluent gravement la garnison puisque seuls 1 500 hommes doivent participer au débarquement du 25 août. Les navires de transport sont pris à partie par l’aviation alliée mais les Japonais parviennent à débarquer, soutenus par des chars légers. L’assaut est mené avec vigueur et les forces nipponnes gagnent du terrain. Toutefois, les pertes et les ravages des maladies qu’elles subissent sont telles que les Australiens parviennent à forcer les Japonais au réembarquement le 4 septembre. 1 300 des 1 900 hommes débarqués sont sauvés mais ils sont dans un état sanitaire déplorable. Les Australiens ont perdu 321 hommes, dont 123 tués. Les Américains ont eu un tué et deux blessés. L’échec des Japonais à Milne Bay est donc complet.

 

L’AERONAVALE

   

L’aéronavale va jouer un rôle primordial au cous de la guerre du pacifique, l’aviation embarquée sur les porte-avions s’avérant essentielle pour remporter la décision et frapper les navires ennemis et, donc, s’assurer de la suprématie navale. A l’origine, les porte-avions sont pourtant destinés à harceler l’ennemi et à assurer des missions de reconnaissance aérienne. En début de guerre, les Japonais disposent d’un atout majeur avec leur flotte de 10 porte-avions, embarquant des pilotes très bien entraînés. Les USA disposent de leur côté de 8 porte-avions, dont seulement 2 dans le pacifique et 6 dans l’Atlantique en décembre 1941. Toutefois, la marine impériale japonaise ne se remettra jamais de la défaite de Midway, qui lui coûta 4 porte-avions et des équipages difficilement remplaçables. Le Japon perd ainsi sa capacité de mener une guerre offensive et l’initiative passe du côté américain. Cette bataille de Midway, et celle de la mer de Corail le mois précédant, la tactique navale est révolutionnée par la prise de conscience par les amirautés des deux camps que l’arme navale décisive sur mer est le porte-avions, et non le cuirassé. Alors que les arsenaux japonais ne réussissent qu’à lancer 5 nouveaux porte-avions, les chantiers navals américains ont construit 24 porte-avions, dont 6 grosses unités, en juin 1943, soit un an après Midway. C’est ainsi qu’en novembre de la même année l’US Navy est capable d’aligner 19 porte-avions lors de l’offensive de Nimitz sur les Gilbert. En juin 1944, la bataille de la mer des Philippines sonne le glas de l’aéronavale japonaise. A Okinawa, un an plus tard, Spruance dispose de pas moins de 40 porte-avions de tout type ! A la fin de la guerre, l’aéronavale américaine aligne le chiffre stupéfiant de 440 000 personnels, dont 60 700 pilotes. Entre 1940 et 1945, l’US Navy réceptionne ainsi 75 000 appareils ! La puissance industrielle des Etats-Unis a indubitablement assuré le triomphe de sa flotte.

 

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