Guerre du Pacifique/Pacific War (12/43): Mer de Corail

La mer de Corail : 1ère défaite des Japonais

Les opérations de l’amiral Inoue dans les mers du Sud reçoivent le nom de code « MO». Les forces dont dispose Inoue pour l’opération « MO » comprennent notamment la force d’invasion du contre-amiral Goto. Les effectifs de celle-ci ne sont pas négligeables. La flotte de Goto aligne 4 croiseurs lourds, le porte-avions léger Soho et un destroyer au sein de la force principale et 2 croiseurs légers et de nombreux transport et navires auxiliaires au sein de la force de débarquement et du groupe de soutien. L’opération menée contre les Salomon engage une petite force placée sous les ordres du contre-amiral Shima composée de destroyers, de transports et de navires auxiliaires. L’ensemble des opérations bénéficie de la couverture de la « force de frappe » du contre-amiral Takagi, comprenant les porte-avions Shokaku et Zuikaku, 2 croiseurs lourds et 6 destroyers. Ces forces sont donc conséquentes mais les Japonais savent que deux porte-avions américains sont dans le secteur et espèrent prendre les Alliés par surprise, un vœu pieu on le sait puisque les codes japonais ont été décryptés. Le plan japonais prévoit la prise de Tulagi dès le 3 mai, la « force de frappe » continuant à remonter l’archipel jusqu’à son extrémité orientale pour ensuite pénétrer dans la mer de Corail, assurant la sécurité du flanc est de l’ensemble des opérations. Pendant ce temps, le groupe de soutien doit s’emparer de l’île Deboyne, d’où des hydravions pourront couvrir la force de débarquement qui doit s’emparer de Port-Moresby. De son côté, Nimitz ne perd pas son temps. Depuis le 15 avril, il sait qu’une force japonaise, comprenant 3 porte-avions, va être engagée dans la mer de Corail pour conquérir Port-Moresby. Le USS Yorktown quitte Pearl-Harbor pour rejoindre l’USS Lexington déjà en position dans la mer de Corail, tandis que les cuirassés sont renvoyés sur la côte ouest américaine, libérant de précieux tankers et destroyers indispensables à l’escorte et à l’approvisionnement des deux porte-avions. La Task Force ainsi formée est confiée à l’amiral Fletcher. MacArthur ne reste pas non plus inactif et dépêche sur les lieux une formation de croiseurs et de destroyers américains et australiens sous les ordres du contre-amiral australien Crace. Le 25 avril, la Task Force de Hasley et ses deux porte-avions, de retour du raid sur Tokyo, mettent également vers la mer de Corail, bien qu’il semble impossible qu’il puisse parcourir les 3 500 milles assez rapidement pour intervenir à temps. Toutefois, une sévère hypothèque pèse sur les forces de Nimitz : celles-ci vont opérer dans la zone de MacArthur et vont avoir besoin du soutien des forces aériennes américaines et australiennes basées en Australie sur lesquelles ni Nimitz ni Fletcher n’ont aucune autorité. De même, MacArthur n’a aucune autorité sur les forces navales américaines de Nimitz qui vont opérer dans son secteur ! On voit la première limite au partage désastreux du front du Pacifique entre deux théâtres d’opérations.

Tulagi, dans les îles Salomon: nouvelle conquête japonaise.

Le 3 mai, les japonais s’emparent de Tulagi comme prévu. Fletcher réagit dès l’annonce de la nouvelle en lançant un raid aérien contre les forces à peine débarquées. L’aviation embarquée américaine, 12 avions torpilleurs, 28 bombardiers en piqué et 6 chasseurs pour la première vague, s’attaque aux différents navires du contre-amiral Shima et parviennent à couler un destroyer, deux patrouilleurs et un transport. A l’issue de trois vagues d’assaut, ce résultat est en fait assez décevant en regard des moyens employés mais le raid a convaincu Shima de la nécessité de retourner à Rabaul avec sa formation.

 

Fletcher et Crace font leur jonction et mettent le cap au nord-ouest afin d’intercepter les transports japonais en route pour Port-Moresby. Sur la base des renseignements dont il dispose, Fletcher estime que la flotte d’invasion va emprunter le passage de Jomard, étroit chenal se faufilant entre les écueils et les bas-fonds prolongeant la pointe est de la Nouvelle-Guinée, le 6 ou le 7 mai. L’amiral américain ignore la position exacte des porte-avions ennemis mais il suppose qu’ils sont positionnés sur les flancs du convoi. En réalité, Takagi a contourné l’extrémité de l’archipel des Salomons le 6 mai avant de se rabattre en direction de la mer de Corail et se trouve donc au nord-est, c’est-à-dire derrière Fletcher ! Takagi est en revanche convaincu que Fletcher se trouve bien à l’ouest de ses positions, ce en quoi il a parfaitement raison. Takagi est certain de la présence d’au moins un porte-avion américain depuis l’interception d’un hydravion quadrimoteur de Rabaul par des chasseurs de l’USS Yorktown le 5 mai.

La bataille de la Mer de Corail est la première bataille navale menée « au-delà de l’horizon »: les deux flottes se cherchent et celui qui sera en mesure de surprendre l’adversaire avec son aviation embarquée pourra être en mesure de remporter la bataille

Le 7 mai, le ciel de la mer de Corail est empli du vrombissement des moteurs des nombreux appareils de reconnaissance américains et japonais qui sillonnent le ciel à la recherche de l’ennemi. Les porte-avions se cherchent mutuellement tandis que les bombardiers japonais de Rabaul et les bombardiers alliés d’Australie interviennent aussi au-dessus de la mer de Corail. Comme MacArthur manque d’appareil de reconnaissance, certaines zones sont laissées sans surveillance. C’est le cas notamment des îles Salomon, au large desquelles croise la flotte de Takagi. Vers 7h30, un avion de reconnaissance japonais signale la présence d’un porte-avion américain au sud de la flotte de Takagi. Celui-ci lance immédiatement 80 appareils pour intercepter l’ennemi mais ceux-ci ne trouvent sur les lieux qu’un destroyer et un tanker. Après avoir cherché en vain le porte-avions, les appareils japonais coulent le destroyer et causent de graves avaries au tanker.

Le Grumman TBF-1 Avenger: remarquable avion-torpilleur de l’US Navy

Fletcher a de son côté détaché Crace avec 3 croiseurs et 2 destroyers pour intercepter la flotte d’invasion japonaise dans le passage de Jomard. Deux heures plus tard, un appareil de reconnaissance américain signale la présence de quatre croiseurs lourds et de deux porte-avions japonais. L’USS Yorktown et l’USS Lexington lancent alors leurs appareils contre cette cible d’importance majeure. En fait, l’avion de reconnaissance s’est mépris dans son identification et la flotte détectée ne comporte en réalité que deux croiseurs légers anciens et des canonnières, du groupe de soutien de Marumo, qui doit appuyer le débarquement à Port-Moresby. Comme pour les japonais au même moment, les appareils des porte-avions américains ont donc été envoyés par erreur sur un objectif mal déterminé ! Toutefois, la chance sourit aux Américains puisque le reste de la flotte de l’amiral Goto, dont le porte-avions léger Soho, est repéré. Les 93 avions américains s’abattent sur les navires japonais, les attaquant à la bombe et à la torpille. Le Soho est touché par pas moins de 13 bombes et 7 torpilles et il sombre aussitôt. Les Américains ont remporté un grand succès tout en ne déplorant la perte que de 3 appareils. Fletcher ne sait cependant toujours pas où se trouve Takagi…

 

Pendant ce temps, les bombardiers japonais de Rabaul ont repéré la flotte de Crace et se lancent à l’attaque. Toutefois, les croiseurs et les destroyers alliés manoeuvrent avec une telle habileté qu’ils esquivent les projectiles ennemis … et alliés puisque Crace doit subir l’attaque d’une formation de B-17 de l’USAAF qui le bombarde à la suite d’une erreur d’identification.

 

L’amiral Takagi, qui a récupéré ses avions de retour du raid contre le destroyer et le tanker, décide également de lancer ses appareils à l’attaque des navires de Crace dans le passage de Jomard, pensant à tord qu’il y trouverait les porte-avions de Fletcher. Les 27 bombardiers japonais lancés par Takagi ne parviennent pas à trouver la flotte américaine. Ils sont au contraire interceptés par un groupe de chasseurs américains de l’USS Lexington qui parvient à abattre 9 appareils japonais. Alors que la nuit tombe, les Japonais commettent alors l’incroyable bévue de prendre les porte-avions américains pour les leurs et sont abattus en tentant de s’y poser ! Au total, Takagi récupère moins d’une douzaine de ses bombardiers.

 Le Shokaku est gravement endommagé au cours de la bataille

Après cette partie de cache-cache dans la mer de Corail, les deux flottes de porte-avions parviennent enfin à se trouver le 8 mai. A peu près simultanément, les Japonais lancent 69 appareils et les Américains 82. Le Zuikaku, caché par les fortes précipitations qui s’abattent en mer ce matin là, échappe à l’attaque des appareils de l’aviation embarquée de Fletcher. En revanche, le Shokaku subit une attaque en règle de la part des bombardiers et des torpilleurs américains. Le Shokaku est gravement endommagé à l’issue des combats mais il n’est pas coulé. Les pilotes américains ont largué leurs torpilles bien trop loin de leurs objectifs, permettant aux Japonais d’esquiver. Bien plus, les torpilles qui réussissent tout de même à atteindre leur but n’explosent pas.

  

L’USS Lexington: 1er porte-avions américain à être coulé au cours de la guerre du Pacifique

Sur ces entrefaites, l’USS Yorktown et l’USS Lexington sont attaqués par les avions du Zuikaku et du Shokaku. Fletcher ne dispose alors plus que de 15 chasseurs pour assurer la protection de ses précieux porte-avions et seuls deux de ces chasseurs parviennent à intercepter les appareils japonais avant qu’ils n’atteignent les deux bâtiments. Les chasseurs japonais réussissent à maintenir les autres appareils américains à distance de leurs bombardiers et avions lance-torpilles. En désespoir de cause, les Américains lancent quelques bombardiers en piqué pour pallier au manque de chasseur. Cela s’avère être une vaine tentative. Les 70 appareils de Takagi peuvent alors sans grandes difficultés larguer leurs bombes et leurs torpilles. L’USS Lexington, attaqué de tous les côtés, est touché par deux torpilles et une bombe tandis que l’USS Yorktown réussit à esquiver les torpilles mais est finalement atteint par une bombe qui traverse son quatrième pont. Les dégâts sur l’USS Yorktown sont minimes. L’USS Lexington, plus gravement touché, parvient toutefois à continuer à filer à 25 nœuds et les manœuvres d’appontage et de décollage peuvent continuer à s’y effectuer sans problème. Mais, à 12h47, un réservoir d’essence percé par une torpille s’embrase, provoquant une explosion qui secoue le bâtiment. Deux heures plus tard, une autre explosion allume d’autres incendies impossibles à circonvenir. Le bâtiment doit être évacué par son équipage pour être finalement sabordé par un destroyer. Cette perte dramatique et des renseignements –erronés- annonçant l’entrée en lice d’un troisième porte-avions japonais pousse Fletcher, qui ne dispose plus que d’un porte-avions et d’une quarantaine d’avions, à se replier avec l’autorisation de Nimitz.

La force aéronavale japonaise est trop affaiblie pour mener à bien les ultimes phases de conquêtes prévues dans le Pacifique du Sud-Ouest

L’amiral Takagi se retrouve en fait lui aussi avec un seul porte-avions réduit à une quarantaine d’appareils, le Shokaku, gravement endommagé, a dû rompre le combat et s’est en route vers Truk. A Rabaul, Inoue estime qu’il n’est plus en mesure s’assurer la prise de Port-Moresby, compte tenu de la couverture aérienne dont dispose les Alliés depuis leurs bases d’Australie et de Nouvelle-Guinée. L’invasion de Port-Moresby est donc repoussée. Les Japonais estiment cependant avoir remporté une victoire : la perte du petit Soho étant largement compensée par la destruction de l’USS Lexington, d’autant plus qu’ils sont persuadés d’avoir également envoyé par le fond l’USS Yorktown. Succès tactique japonais, la bataille de la mer de Corail est une incontestable victoire stratégique américaine.

L’USS Yorktown n’a pas été coulé pendant la bataille de la mer de Corail. Ses avaries sont réparées en un temps record: il va pouvoir repartir au combat le mois suivant…

Write the message

Your email address will not be published.

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>