Guerre du Pacifique/Pacific War (13/43): Océan Indien

Menace japonaise sur l’Océan Indien

(2 mars-5 nov.42)

Pour les Japonais, il est important de profiter du répit obtenu par la neutralisation des forces navales américaines du Pacifique. L’immense prestige de l’amiral Yamamoto en fait un personnage influent très écouté bien que l’état-major de sa flotte combinée soit subordonné au QG impérial. Après avoir considéré une attaque contre l’Australie, Yamamoto suggère une nouvelle opération contre Hawaï. Mais les stratèges japonais trouvent l’opération trop hardie en raison de l’éloignement d’Hawaï et de ses défenses. Il reste donc l’option d’une opération dans l’océan Indien avec, pourquoi pas, une éventuelle jonction avec les forces allemandes venant d’URSS ou d’Afrique du Nord. L’armée japonaise, pas plus que les Allemands d’ailleurs, ne paraît pas intéressée. Il reste donc la possibilité d’un raid de grande envergure de la marine impériale. Après avoir participé avec son aviation embarquée à la prise de Rabaul le 20 janvier puis à la destruction de douze cargos à Darwin, la flotte combinée du vice-amiral Nagumo a reçu l’ordre de doubler java par le sud avec pour mission de s’opposer à l’évacuation de l’île. C’est ainsi que Nagumo s’en prend à la flotte alliée à Tjilatjap du 3 au 5 mars, coulant ou capturant 3 destroyers et 17 transports.

 L’amiral Nagumo

Subordonnée pour l’occasion au vice-amiral Kondo, qui commande les forces nippones en Asie du Sud-Est, la flotte de Nagumo appareille de Kendari le 26 mars, avec la mission de lancer une attaque surprise contre Colombo. Nagumo franchit donc le détroit de Malaca pour accéder à l’océan indien. La flotte combinée de Nagumo regroupe alors 5 porte-avions embarquant quelques 300 appareils, 4 cuirassés du type Kongo, armés de 8 pièces de 356 mm (obus de 635 kg), 3 croiseurs dont 2 lourds et 9 destroyers. A peu près au même moment, une force commandée par le vice-amiral Ozawa et comportant 1 petit porte-avions, le Ryujo, 6 croiseurs et 8 destroyers, part de Malaisie pour s’attaquer à la navigation dans le golfe du Bengale.

 

L’amiral Sommerville

Ces mouvements n’ayant pas échappé aux reconnaissances britanniques, Londres se demande avec inquiétude si l’ennemi ne va pas chercher à s’emparer de la maîtrise aéronavale dans l’océan Indien. Aux premières mauvaises nouvelles de Malaisie, quand le HMS Repulse et le HMS Prince of Wales sont coulés, Sir Dudley Pound s’est efforcé de déjouer une manœuvre aussi dangereuse et de rameuter autour de Ceylan les éléments d’une nouvelle flotte, capable de stopper l’expansion japonaise en direction de l’ouest. Il choisit pour la commander l’amiral Sir James Sommerville. Le 26 mars, cette flotte, l’Eastern Fleet, aligne 3 porte-avions (HMS Indomitable, Formidable et Hermes) avec une centaine d’avions, 5 cuirassés (le HMS Warspite et 4 Resolution, armant au total 40 pièces de 381 mm), 2 croiseurs lourds, 5 croiseurs légers, 16 destroyers et 7 sous-marins. Sommerville est donc à la tête d’une flotte conséquente avec laquelle l’ennemi doit compter. Cependant, ses ordres sont de ne pas céder aveuglément à son tempérament offensif. Il est en effet indispensable de sauvegarder la flotte : si Ceylan tombe, les communications entre l’Inde et le Moyen-Orient seront difficile mais si Ceylan tombe et que la flotte est détruite, alors la situation sera désespérée. Sommerville conclue avec réalisme que la Royal Navy n’a pas la supériorité. Si l’armement des cuirassés anglais l’emporte, leur vitesse est moindre et leur DCA manque singulièrement de puissance alors que Nagumo dispose de 300 appareils embarqués, ceux-ci l’emportant à tout point de vue sur les appareils des porte-avions britanniques.

La fin  des croiseurs lourds HMS Cornwall et HMS Dorsetshire

Le raid japonais dans l’océan Indien est couronné d’un succès total. Nagumo croise pendant une semaine dans cet océan où la Royal Navy avait assuré sa suprématie depuis près d’un siècle et demi. Les grandes bases britanniques de Colombo et de Trincomalee sont attaquées par l’aviation de Nagumo. Le 5 avril, sous l’effet du bombardement qui s’abat sur Colombo, les croiseurs lourds HMS Cornwall et HMS Dorsetshire quittent le port pour finalement succomber sous les coups de 80 appareils japonais qui réussissent l’exploit de parvenir à mettre 80% de leurs projectiles au but. Le 9 avril, au sortir de Trincomalee, le vénérable porte-avions HMS Hermes, lancé en 1919, est envoyé par le fond ainsi que le destroyer australien HMAS Vampire, qui l’escorte. Les bombardements des deux ports sont cependant peu concluant, notamment grâce à l’amiral Sir Geoffrey Layton, commandant à Ceylan, qui a eu la bonne idée de faire main basse sur trois escadrilles de chasseurs Hurricane, destinés à Java, où ils auraient été capturés ou détruits sans cette heureuse initiative. Pendant ce temps, la force du vice-amiral Ozawa coule, en l’espace de cinq jours, 23 bâtiments de commerce représentant un total de 112 312 tonnes dans le golfe du Bengale. Le 22 avril, la flotte combinée de Nagumo a regagné Kure et se prépare à une nouvelle opération dans le Pacifique.

Le vieux porte-avions Hermes est coulé à son tour: les Japonais sont-ils sur le point de couper la route des Indes?

Quant à l’amiral Sommerville qui, à la nouvelle de la catastrophe advenue à ses deux croiseurs, a mis le cap à l’est pour recueillir leus équipages, il échappe de la sorte aux recherches de Nagumo qui le croit en retraite. Le 7 avril, l’Amirauté signale à Sommerville d’abandonner les eaux de Ceylan et de se baser sur l’atoll d’Addou, ou «Port T », à l’extrémité méridionale des Maldives, et dont l’anneau corallien enferme une nappe d’eau semblable à Scapa Flow. Sommerville juge les défenses de la rade bien insuffisantes et décide de se replier encore plus à l’ouest, en Afrique orientale, à Kilindini, non loin de Mombassa.

Le porte-avions Akagi dans l’océan indien le 5 avril 1942. Le Japon a-t-il manqué une occasion décisive en direction de l’Inde et de l’océan indien?

L’apparition de la flotte japonaise dans l’océan Indien pose à la stratégie alliée la question de Madagascar et particulièrement celle de la grande base navale de Diego-Suarez. La voie maritime par la Méditerranée et le canal de Suez étant impraticable depuis l’entrée en guerre de l’Italie, la liaison entre les USA et la Grande-Bretagne avec le Moyen-Orient et les Indes ne peut s’effectuer que par le cap de Bonne Espérance. Or le retour au pouvoir En France de Laval, dans le gouvernement du maréchal Pétain, donne à craindre que Vichy n’accepte de livrer aux Japonais cette clé du canal de Mozambique. Les Britanniques déclenchent donc l’opération « Ironclad » le 5 mai. Les combats s’éternisent jusqu’en novembre 1942. Les Britanniques contrôlent donc Madagascar, opération en fait inutile car les Japonais ne s’intéressent pas à l’océan Indien et n’y retourneront pas. Certes, mais, en mai 1942, rien n’est moins assuré dans l’esprit de Churchill, en dépit de l’insistance du chef d’Etat-major impérial, Sir Alan Brooke, pour lui démontrer qu’une telle menace est sans fondements et, en fait, inexistante.

 

FOCUS: LA KRIEGSMARINE DANS LE PACIFIQUE ET DANS L’OCEAN INDIEN

  

Panzerschiff, ou cuirassé de poche, Graf Spee, Hilfskreuzer Atlantis et U-Boot: la Kriegsmarine engage des unités fort diverses sur le amers du globe les plus éloignées du Reich.

Au début de la guerre, le Panzerschiff, ou cuirassé de poche, Graf Spee opère un temps au sud de Madagascar avant de se saborder dans le Rio de la Plata. Quelques unités de la Kriegsmarine s’aventurent en effet au-delà de l’Atlantique sud. Des U-Boote, comme l’U-177, opèrent ainsi dans l’océan indien, et même au-delà, et atteignent, après cinq mois de navigation, Singapour, Batavia, Penang, Surabaja et, finalement, le Japon. Avant l’invasion de l’URSS par l’Allemagne, le ravitaillement transite par le transsibérien, la situation logistique devenant ensuite plus délicate. Au printemps 1943, le pause dans l’Atlantique nord incite Dönitz à accepter la proposition japonaise d’utiliser des points d’appui aux Indes néerlandaises. C’est ainsi que le groupe Monsun (mousson) se met en route en juin 1943. Les U-Boote opèrent ainsi dans l’Océan indien jusqu’en mai 1944, coulant 57 bâtiments, mais ayant perdu 22 sous-marins, dont 16 en transit dans l’Atlantique et les autres en partie sous les coups des sous-marins anglais à l’affût dans le détroit de Malacca. C’est ainsi que le U-533 est coulé à l’entrée du golfe Persique, le U-852 au large de la Somalie, le U-197 au sud de Madagascar, le U-198 dans l’océan Indien, les U-859, UIt-23, U-196, U-183, U-168 et U-537 entre les méridiens 100°O et 115°O, en Asie du Sud-Est. Le dernier succès dans le Pacifique est acquis le 24 décembre 1944, quand le U-862 du capitaine Timm coule le cargo américain Robert J.Walker. Dans l’océan Indien, la dernière victoire est remportée par l’U-510 du capitaine Eick, qui envoie par le fond le cargo canadien Point Pleasant Park. Deux sous-marins gagnent le Japon au cours de la guerre et six autres après la capitulation allemande. Quatre sous-marins saisis par les Japonais continuent ainsi le combat au sein de la marine impériale. Les bâtiments corsaires, des croiseurs auxiliaires, opèrent également dans l’océan Indien. C’est le cas de l’Atlantis, armé notamment de 6 pièces de 150 mm, de 4 tubes lance-torpilles et de 2 hydravions. De juin à septembre 1940, ce corsaire y coule 7 navires alliés, dont deux conservé comme prise et renvoyé à Bordeaux, dont un pétrolier qui y parvient en juillet 1941 après être passé par Yokohama ! L’Atlantis opère ensuite entre Colombo et le détroit de Malacca, avant de se ravitailler aux îles Kerguelen. Pénétrant dans le pacifique en août, il se trouve alors sur la route commerciale entre la Nouvelle-Zélande et Panama et croise le croiseur auxiliaire Komet et le ravitailleur Münsterland. Le bâtiment rentre à Saint-Nazaire an décembre. L’Orion, puis le Pinguin, rôde dans les eaux australiennes et néo-zélandaises, avant d’opérer de concert avec le Komet dans les eaux micronésiennes, où ils coulent 7 bâtiments. Il est notable de souligner que le Komet a rejoint le Pacifique en naviguant au large de la Sibérie, grâce à la coopération soviétique, permettant de vérifier la possibilité d’importer des matériaux rares en provenance du japon ou d’Asie du Sud-Est. Enfin, le 19 novembre 1940, le croiseur auxiliaire Kormoran coule le croiseur australien Sydney au large de l’Australie avant de sombrer à son tour. En mars 1941, les croiseurs auxiliaires, les raiders de Raeder, ont coulé ou capturés 80 bâtiments. Début 1941, c’est le Panzerschiff Scheer de l’amiral Kranke qui opère entre Le Cap et l’Australie, coulant ou capturant 150 000 tonneaux.

Sur les croiseurs auxiliaires de la  Kriegsmarine, lire l’excellent Hors-Série N° 15 de la revue Los! : « Les Corsaires du Reich ».

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