Guerre du Pacifique/Pacific War (1/43) : Introduction Chapitre I

 

CHAPITRE 1 : 1941-42 LE RAZ DE MAREE JAPONAIS

 

INTRODUCTION

En 1868 début l’ère du Meiji : le Japon accepte l’intrusion de l’influence occidentale en entreprend d’adopter la technologie et les méthodes de l’ouest afin de s’assurer une place dans le concert des nations. La conquête des Philippines par les Etats-Unis en 1898 met pour la première fois en relief l’antagonisme entre les deux pays. L’intervention japonaise en Chine dès la fin du siècle et la mainmise sur Formose (aujourd’hui Taïwan) par le Japon ne peuvent qu’irriter les USA. En 1905, le Japon écrase l’armée et la flotte russe de Nicolas II. Cette victoire lui donne la Corée et Port-Arthur en Mandchourie. Cette victoire, la première d’un peuple asiatique sur des Blancs, nourrit l’assurance des chefs de l’armée, certains que l’esprit martial japonais pourra toujours l’emporter, même face à un ennemi plus fort. La Première Guerre Mondiale procure au Japon une supériorité locale incontestable. Après 1919, la paix confirme la position du Japon, qui s’empare des concessions allemandes en Chine et des anciennes colonies de l’Allemagne dans le Pacifique : les îles Carolines, Marshall et Mariannes, dont la possession sera très avantageuse au début du second conflit mondial. Au début des années trente, la crise économique semble démontrer l’échec du libéralisme économique et discrédite le libéralisme politique au japon. C’est ainsi qu’en 1931 l’armée japonaise d’occupation du Kuangtong prend l’initiative d’une guerre en Mandchourie chinoise, sans l’aval du gouvernement. En outre, l’assassinat politique devient la norme au Japon. Dès lors, le rôle des militaires dans l’appareil politique japonais ne va cesser de s’accroître et d’imposer une vision martial du destin du pays, pour finalement le mener à la catastrophe. L’armée et la marine impériales japonaises ont le sentiment d’occuper une place à part dans l’administration politique de la nation, ou kokutai. Elles revendiquent une relation privilégiée avec l’empereur, qui incarne le kokutai. La tradition, puis la loi en 1936, veut que les ministres de l’Armée et de la Marine soient des officiers supérieurs en activité. L’armée et la marine ont donc le pouvoir de refuser un gouvernement en n’acceptant pas une nomination ou d’en provoquer la chute en retirant un ministre. En outre, les chefs d’état-major de l’armée et de la marine sont indépendants du gouvernement et ne sont directement responsables que devant l’empereur. L’armée et la marine sont le réceptacle de traditions, comme le fameux code guerrier du bushido. Le conservatisme technologique est aussi une caractéristique des forces armées japonaises, hormis la mise au point d’une flotte de porte-avions. Elles sont également soumises à l’influence étrangère : l’armée s’est inspirée de l’exemple allemand alors que la marine britannique est un modèle pour la marine impériale. En outre, les stratèges japonais sont influencés par les travaux de l’Américain Alfred Thayer Mahan. Mahan préconise la notion de bataille décisive pour la maîtrise des mers et souligne l’importance de la suprématie maritime. La théorie semble confirmée par la propre expérience des japonais en Chine en 1894-95 et contre les Russes en 1904-05. Les stratèges japonais sont convaincus que les futures batailles navales connaîtront une fin analogue. Dès 1907, la marine impériale met au point un plan en cas de guerre avec les Etats-Unis. Ce plan, fidèle à la théorie de Mahan, prévoit d’amener les Américains à accepter une bataille navale au large du Japon qui mènerait à l’anéantissement de la flotte américaine. En 1937, le Japon entre en guerre ouverte avec la Chine. La marche vers la guerre contre les Etats-Unis est inexorable et aboutit finalement aux hostilités en décembre 1941 avec l’attaque japonaise contre la base navale américaine de Pearl-Harbor et l’invasion des colonies et des territoires asiatiques des puissances européennes et des Etats-Unis.

 L’attaque de Pearl Harbor marque communément le début de la guerre en Asie-Pacifique, reléguant les autres attaques concomitantes, de même que le guerre en Chine, à un second plan. 

Les rapides et éclatantes victoires allemandes en Europe ont un effet très marqué au Japon. La France et les Pays-Bas, vaincus, laissent leurs possessions extrême-orientales presque sans défense. Les Britanniques, engagés dans une lutte désespérée contre l’Allemagne, n’ont alors que très peu de ressources à détourner vers l’Asie. Dans ces circonstances, les dirigeants du japon voient là l’occasion de supprimer toute aide étrangère à la Chine et de s’assurer le contrôle de toutes les richesses naturelles de l’Asie du Sud-Est : caoutchouc, pétrole, étain,… Face aux Japonais ne demeure donc plus qu’un adversaire susceptible de s’opposer aux visées japonaises : les Etats-Unis. Pourtant, si le gouvernement américain ne cesse de pousser le Japon dans ses retranchements et de ne lui laisser d’autre alternative que la guerre, force est de constater qu’aucun effort militaire ne vient étayer cette politique américaine. L’armée américaine est alors bien faible dans le Pacifique. Quant à la flotte, elle est concentrée à Pearl-Harbor à Hawaï, à 5 000 milles de Manille dans les Philippines, qui seraient forcément agressées en cas de guerre. Des bases de ravitaillement et de réparations comme Guam seraient indispensables mais aucun effort de renforcement de la défense n’est effectué. Atterrés par l’écrasement de la France par l’Allemagne en juin 1940, les américains se lancent toutefois dans une politique de réarmement. Il est cependant trop tard et, quand le Japon frappe en décembre 1941, les Alliés subissent une succession de défaites cinglantes.

Les Japonais ont donné à leurs forces armées l’avantage de l’initiative et de la surprise, s’assurant une supériorité locale face à un adversaire bénéficiant pourtant de la supériorité numérique. Les hauts-commandements britannique et américain n’ont pas envisagé l’éventualité d’une offensive japonaise englobant la totalité du Pacifique et les mers voisines, de Haïwai à la Thaïlande, sur 9 000 kilomètres. En outre, Britanniques et Américains sous-estiment considérablement les combattants et le matériel militaire japonais. Les victoires japonaises sont pourtant parmi les plus spectaculaires et les plus rapides de l’histoire militaire. Les Japonais remportent à peu de frais leurs succès en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique : entre le 8 décembre 1941 et le 30 avril 1942, ils ne perdent que 32 navires de guerre, 18 bâtiments auxiliaires et 100 000 tonnes de navires de transports et de commerce. Les pertes en navires marchands sont vite compensées par la saisie de nombreux bâtiments de commerce alliés capturés dans les ports. Aucun navire de ligne n’a été perdu et les 32 navires de guerre coulés ne compte que trois destroyers. Les pertes en hommes se montent à 25 000 hommes. Les Américains sont surclassés aux Philippines et leur flotte est durement touchée dès le premier jour de la guerre. Les défaites de Malaisie et de Birmanie, particulièrement la chute de Singapour, constituent de sévères humiliations pour l’empire britannique. Les Alliés ont perdu 400 000 hommes, pour la plupart des prisonniers. Les Alliés ont perdu la majorité des forces terrestres, aériennes et navales engagées contre les Japonais. En avril 1942, ceux-ci ont mené à bien l’ensemble de leur projet de conquête. Mais les dirigeants ont commis une importante erreur de calcul. Ils ont misé sur une conquête rapide des territoires alliés afin d’avoir la mainmise sur les matières premières nécessaires à l’effort de guerre et sur la destruction des forces qui leur sont opposés afin d’anéantir la volonté combative de leurs ennemis. Le Japon calcule que les Alliés ne pourront alors que rechercher une paix de compromis devant l’effort de guerre considérable et les pertes en vies humaines que représenterait la reconquête des territoires perdus. C’est bien mal juger et mal connaître les Américains.

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