Guerre du Pacifique/Pacific War (14/43): Madagascar

Madagascar : la route des Indes est sécurisée

La Royal Navy pendant l’opération « Ironclad »

« Ironclad »: l’armée britannique à la conquête de Madagascar

En avril 1942, la marine impériale japonaise semble détenir la maîtrise des océans. L’année précédente, le Japon s’est montré assez persuasif pour obtenir du gouvernement de Vichy la cession de bases en Indochine d’où l’armée nippone a pu mener des opérations contre la Chine, les Indes néerlandaises et les possessions britanniques d’Extrême-Orient. Les Britanniques craignent que cette situation se renouvelle à Madagascar, autre possession française. La route des convois alliés doublant le cap de Bonne-Espérance risque en effet d’être coupée. Face à une telle éventualité, les Britanniques se doivent d’intervenir. Toutefois, les moyens disponibles ne permettent d’envisager que la prise de Diego-Suarez dans un premier temps. L’opération est baptisée « Ironclad ». Pour les débarquements, les Britanniques rassemblent une force à Durban, en Afrique du Sud : le 29th Independant Brigade Group, dont le 5th Commando et la 17th Infantry Brigade. Au total, 5 000 hommes, dont 4 000 combattants et 115 véhicules, commandés par le général Festing. Le général Sturges commandera les opérations terrestres. La flotte rassemblée par les Britanniques, la Force H, aligne deux porte-avions (HMS Indomitable et Illustrious), le cuirassé HMS Ramillies, deux croiseurs, 11 destroyers, des navires auxiliaires et des transports de troupes. Le commandement de la flotte est confié à l’amiral Syfret.

La 29th Independant Brigade débarque à 4h30 du matin le 5 mai 1942 sur trois plages dans la baie d’Ambarata. L’assaut est mené par les commandos dans la baie Courrier. Le général Festing dispose en soutien de 12 chars, 6 Tetrarch et 6 Valentine, et une batterie légère comportant 6 pièces. La batterie côtière française est capturée sans difficulté. A 14h30, les Commandos s’emparent de Diego-Suarez sans avoir rencontré de résistance. Dans la baie d’Ambarata, le contrôle des plages est assuré à 6h30. A Antsirane, 9 appareils français sont détruits ou endommagés au sol. La marine française n’est pas logée à meilleure enseigne : le croiseur auxiliaire Bougainville et le sous-marin Béveziers sont coulés en essayant d’échapper à l’aviation embarquée britannique. Les 2 500 Français de Digo-Suarez, commandés par le colonel Claerbout, réagissent enfin et envoie des troupes vers les postes de combats. A Mahaga, les Français découvrent les mannequins parachutés destinés à les tromper. Vers 11h, l’avant-garde anglaise se heurte aux Français sur le col de Bonne-Nouvelle. Le général Festing ordonne à ses troupes de passer à l’assaut sous le couvert de l’artillerie. Quatre blindés britanniques sont vite détruits par les forces de Vichy qui repoussent les Britanniques. Ce n’est qu’à 15h que la position est finalement emportée. Deux autres blindés et des Bren-Carriers sont alors détruits en poursuivant l’avance en tentant de contourner le flanc des positions françaises. A la tombée de la nuit, il s’avère que le débarquement est un succès et les troupes britanniques ont progressé de 30 kilomètres. Cependant, Antisrane n’est pas tombée et les Français résistent énergiquement.

 

L’artillerie anglais en action: l’incontournable 25 pounder

En juillet, comme la situation en Inde se stabilise, Churchill donne le feu vert pour commencer les préparatifs pour s’emparer de la totalité de madagascar. Il est prévu de débarquer à Majunga et à Tamatave, tout en lançant une colonne depuis Diego-Suarez. Les trois axes de pénétration britanniques doivent se rejoindre à Tananarive, dont la prise, pense t-on, amènera les Français à cesser le combat. Le manque de péniches de débarquement est cependant une limite sérieuse pour l’opération. Des engins sont envoyés en Afrique orientale mais devront absolument être restitués en vue du débarquement anglo-américain en Afrique du nord, l’opération « Torch ».

L’armée britannique s’empare rapidement des principaux ports et peut compter sur une logistique assurée pour ce qui est prévue être une courte campagne à moyens limités

Le 10 septembre, un commando débarque à Morondava, un petit village situé à 1 000 kilomètres au sud, avec la mission de créer une telle confusion que les Français doivent être persuadés qu’il s’agit du point d’effort principal des Britanniques.

Les troupes britanniques à Tanatave

L’effort principal est délivré ce même 10 septembre à Majunga par la 29th Brigade. Malgré une escalade difficile des falaises, la prise du port se fait sans difficultés –les britanniques n’enregistrent que deux tués- et l’aérodrome est aussitôt opérationnel pour la force d’invasion. La 22nd South African Brigade débarque à son tour à Majunga et s’enfonce en direction de Tananarive avec l’aide de véhicules blindés de reconnaissance Marmon-Herrington Mk III. S’enfonçant dans les terres immédiatement, les Sud-Africains s’emparent vite d’un pont au kilomètre 160 et des restes d’un second au kilomètre 210, mal saboté, dès le lendemain, tenant fermement l’ouvrage en dépit du bombardement par un Potez 63.11. La route de Tananarive semble ouverte. Le 12, les appareils anglais bombardent un convoi français mais un avion est touché. Le 16 septembre, un affrontement sérieux oppose une compagnie du Nyasaland à des tirailleurs sénégalais défendant un pont sur la Mamokomita. Le combat est bref et les Britanniques enlèvent la position pour 13 hommes perdus, dont 5 tués.

Comme dans la plupart des territoires contrôlés par Vichy, les troupes françaises sont avant tous des troupes coloniales

Pendant ce temps, la 7th South African Brigade, progressant depuis Diego-Suarez, parcourt les 130 premiers kilomètres depuis Sokarang. Cependant, entre Bermaiye et Maromandia, elle se heurte à 240 kilomètres de ponts détruits et d’obstacles divers jetés sur la route et doit subir les incessantes attaques des moustiques qui retardent considérablement son arrivée à Maronmandia jusqu’au 18 septembre. L’avancée des troupes débarquées à Majunga en direction de Tananarive est si rapide que l’utilité de l’opération menée par la 7th South African Brigade n’est plus évidente. Aussi reçoit-elle ordre de rebrousser chemin à l’exception des troupes du génie qui opèrent leur jonction avec la 22nd South African Brigade àAntsohihy le 22 septembre.

Pendant ce temps, la 29th Brigade a réembarqué à Majunga et la flotte britannique se présente devant Tamatave le 18 septembre à l’aube. Après un tir de destroyers, les Français hissent le drapeau blanc et les péniches peuvent s’approcher du rivage. Les troupes britanniques pénètrent dans la ville pénètrent dans la ville désertée par ses défenseurs depuis la veille, mis à part 80 hommes qui se rendent sans difficulté. Les Britanniques s’emparent d’un train dans la ville et les hommes du South Lancashire montent à bord et lancent le train à toute vapeur vers Brickaville afin de prendre les Français de vitesse. Arrêtés par un pont détruit peu avant la ville, les Britanniques s’emparent néanmoins de Brickaville après une courte escarmouche. Le 5th Commando poursuit alors à pied la route vers Tananarive.

Les débarquements britanniques n’engagent que des moyens relativement limités compte tenu des exigences des fronts plus importants

De son côté, la 22nd South African Brigade rencontre une résistance de plus en plus forte au fur et à mesure qu’elle se rapproche de Tananarive. Elle se heurte ainsi aux positions de Mahitsy, larges de trois kilomètres et tenues en profondeur sur des hauteurs fortement défendues. Les troupes est-africaines doivent effectuer une large manœuvre d’enveloppement et attaquer dans la nuit du 21 au 22 septembre. La lutte, acharnée, dure deux jours avant que les Français se décident à se replier en bon ordre, tout en laissant 3 canons et 45 prisonniers entre les mains des Britanniques. Finalement, le 23 septembre, les automitrailleuses Marmon-Herrington entrent dans Tananarive. Le 24 septembre, la jonction est faite à Moramanga avec les troupes débarquées à Tamatave.

La maîtrise de l’air : elle fait défaut à l’armée de Vichy à Madagascar., comme pour « Exporter » en Syrie/Liban et « Torch » en AFN. Sur ce cliché, des Lysander britanniques.

Les Français ne sont cependant toujours pas décidé à rendre les armes. La poursuite des Britanniques vers le sud de l’île est cependant très lente en raison du nombre invraisemblable d’obstacles qui ralentissent leur progression. Sur une portion de route de 2 500 mètres, il faut franchir la bagatelle de 29 murailles de pierre et sur une autre portion les Français ont abattu 800 arbres, à raison d’un par mètre ! Antsirabé est prise le 2 octobre.

Les Britanniques rendent les honneurs aux français. En pleine Seconde Guerre mondiale, les tenues des deux camps sont dans le plus pur style colonial d’un autre époque…

Le 29 septembre, les Sud-africains débarquent à Tuléar, à l’extrémité sud-ouest de l’île, ainsi qu’à Fort-Dauphin, au sud-est, et commencent à remonter vers le nord.

En novembre 1942, les Français sont définitivement vaincus.

Ce n’est que le 5 novembre 1942, alors que les derniers combattants sont encerclés à Ambalavao, que le gouverneur français Annet accepte l’ouverture de négociations. Le lendemain, les Français capitulent : la bataille de Madgascar est terminée ! Les Britanniques n’ont perdu que 107 tués et blessés depuis le 10 septembre, mais beaucoup d’hommes ont malades. Opération nécessaire ? Il ne semble pas que les Japonais aient envisagé sa conquête. En revanche, l’absence des brigades engagées dans cette opération secondaire fit cruellement défaut à Wavell en Birmanie (il avait déjà connu de telles déconvenues à maintes reprises au Moyen-Orient). En outre, le débarquement surprise à Madagascar ne fut pas sans provoquer une grave crise politique entre de Gaulle et Churchill.

 

 

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