Guerre du Pacifique/Pacific War (16/43): Pacifique Central

L’Empire du Soleil Levant mis en échec dans le Pacifique central (24 mai-21 juin 42)

Port-Moresby mai le plus fâcheux dans l’esprit de est que les porte-avions Shokaku et Zuikaku ne pourront pas participer à l’offensive décisive projetée contre la flotte américaine. Ces deux porte-avions ont en effet perdu une telle quantité d’avions et d’effectifs qu’il est exclu qu’ils participent à la nouvelle offensive. Celle-ci a été élaborée pendant que Nagumo écumait l’océan Indien. L’amiral Yamamoto et son état-major sont fermement décidés à parachever le résultat obtenu à Pearl-Harbor en annihilant la flotte américaine du Pacifique. Ils conseillent de prendre pour objectif la petite île de Midway, située à 1 100 milles d’Hawaï. Une attaque contre Midway attirerait en effet sûrement la flotte américaine, donnant ainsi l’occasion de la détruire. Si les américains renoncent au combat, la possession de Midway renforcerait avantageusement la position des Japonais dans le Pacifique. L’amiral Nagano, chef d’état-major de la marine, accepta cette opération, en dépit des objections formulée par plusieurs officiers, qui estiment que les Américains opéreraient sur leur terrain, appuyés par les avions basés à Midway, alors que d’autres zones peuvent très bien attirer l’ennemi dans un piège, comme une attaque sur la Nouvelle-Calédonie par exemple. Mais le prestige de Yamamoto est tel que peu osent s’opposer à lui. En dépit de ses réticences, l’amiral Nagumo, le chef de la flotte de porte-avions, ne s’est pas encore remis des critiques dont il a fait l’objet pour avoir omis de lancer une autre attaque sur Pearl-Harbor et n’est donc pas en mesure de manifester son opposition. On l’a vu, le raid de Doolittle sur Tokyo est ressenti comme une profonde humiliation par les officiers supérieurs japonais et il n’est plus question de s’opposer à l’offensive projetée contre Midway. Les forces japonaises engagées dans l’opération comprennent la majeure partie de la flotte japonaise. L’offensive doit débuter par une attaque aérienne et une occupation de deux îles des aléoutiennes, sous la protection de deux porte-avions légers et de 4 cuirassés. L’île de Midway serait attaquée le lendemain par les 4 porte-avions de Nagumo. Le lendemain c’est au tour de l’amiral Kondo d’intervenir en menant un assaut amphibie contre Midway. Kondo Nobutake dispose à cet effet d’un petit porte-avions, 2 cuirassés et 6 croiseurs lourds. Enfin, Yamamoto prendrait position à 300 milles à l’ouest de Nagumo et Kondo pour faire face à l’inévitable contre-attaque américaine avec un petit porte-avions et 3 puissants cuirassés. Des sous-marins sont disposés de manière à détecter et harceler la flotte américaine. Celle-ci sera ensuite assaillie par l’ensemble des forces japonaises qui se regrouperont de quelque endroit qu’apparaîtront les Américains. En outre, Yamamoto est persuadé de bénéficier de l’effet de surprise.

Contrairement aux attentes des Japonais, il n’y aura pas de bataille décisive mettant aux prises les cuirassés et les croiseurs des deux camps

Nimitz est pourtant parfaitement au courant des intentions japonaises grâce au travail remarquable des équipes de décryptages américaines. En raison de la pénurie de bâtiments ravitailleurs et de destroyers escorteurs, Nimitz se voit contraint de reléguer ses cuirassés à des rôles de patrouilles le long de la côte ouest et de baser son action autour des porte-avions, à l’encontre de Yamamoto qui envisage une intervention décisive des navires de ligne dans un classique combat à vue. L’USS Saratoga étant indisponible, Nimitz accélère les travaux de réparation sur l’USS Yorktown, endommagé au cour de la bataille de la mer de Corail. Les mécaniciens américains de Pearl-Harbor réussissent le tour de force de le remettre en état et Nimitz constitue autour du bâtiment la Task Force 17 toujours confiée à l’amiral Fletcher. Ayant déjà quittés Pearl-Harbor, les porte-avions USS Hornet et USS Enterprise forment l’ossature de la Task Force 16, commandée par l’amiral Spruance, pas du tout au fait de l’aéronavale mais recommandé à Nimitz par Hasley, hospitalisé pour une infection de la peau. Toutefois, Spruance est subordonné à Fletcher. Nimitz ordonne aux deux Task Forces de se positionner au nord-est de Midway, hors de portée des avions de reconnaissance japonais.

Bunker américain à Dutch Harbor. Les Aléoutiennes sont envahies par les Japonais!

Les forces du vice-amiral Boshiro parviennent à prendre pied sur les deux îles arides et inhabitées de Kiska et d’Attu le 7 juin. Environ 1 800 soldats japonais sont déployés sur ces îles de l’extrémité ouest des aléoutiennes, dans la mer de Behring, à mi-chemin entre l’Alaska et la Sibérie. Le temps est si mauvais sous ces latitudes qu’il faut une semaine aux appareils de reconnaissance américains pour s’apercevoir du débarquement japonais. Des renforts sont immédiatement dépêchés vers l’Alaska. Dutch Harbor est bombardé à plusieurs reprises par les appareils des porte-avions d’Hosagaya, un chasseur japonais Zero capturé presque intact à la suite d’un atterrissage forcé étant à cet occasion expédié aux Etats-Unis. A partir de l’étude de cet avion opportunément capturé, les ingénieurs américains vont mettre au point le chasseur F6F Hellcat. Marshall repousse la demande de passer immédiatement à l’action formulée par les principaux chefs militaires aux Aléoutiennes, arguant du fait que la situation militaire est plus urgente ailleurs. De surcroît, en dépit d’une situation stratégique impressionnante sur la carte, le climat est tellement défavorable aux Aléoutiennes qu’aucune opération militaire d’envergure ne peut y être sérieusement envisagée : les brumes, les vents violents et les tempêtes ont en effet fréquents sur ces îles septentrionales. Toutefois, cette invasion constitue le seul succès japonais de l’opération sur Midway. Il reste que la situation de la garnison japonaise est des plus précaires et que les difficultés de ravitaillement ne manquent pas. Celui-ci est organisé à partir de la base navale de Paramushiro, dans les îles Kouriles, à quelques 1 040 kilomètres à l’ouest d’Attu.

La bataille de Midway est considérée comme l’un des tournants de la guerre du Pacifique

La bataille de Midway débute le 4 juin avec l’attaque de l’île par les appareils de l’aviation embarquée de Nagumo. Toutefois, les Américains ont localisé la position de la flotte de porte-avions japonaise et préparent immédiatement la riposte à partir de leurs trois porte-avions. Ceux-ci ne sont repérés que tardivement par Nagumo, qui prend alors la désastreuse décision d’attendre le retour de la vague d’assaut envoyé sur Midway pour se lancer contre le USS Yorktown. Les bombardiers en piqué américains réussissent l’exploit de détruire trois des quatre porte-avions de Nagumo en quelques instants. Le porte-avions japonais rescapé du désastre parvient à couler le USS Yorktown plus tard dans la matinée avant de sombrer à son tour, sous les coups des bombardiers en piqué de l’USS Yorktown et de l’USS Enterprise. La victoire de Nimitz est spectaculaire, malgré la perte d’un précieux porte-avions. L’opération contre Midway se solde donc par un échec retentissant pour les japonais. Yamamoto a pourtant vu juste en pronostiquant une défaite assurée du japon devant la puissance industrielle des Etats-Unis à moins d’infliger une cuisante défaite à la flotte américaine dès le début de la guerre. Après Midway, le japon dispose encore des moyens de monter une nouvelle offensive en dépit de la perte de quatre gros porte-avions. Mais les stratèges japonais ne vont pas lancer une nouvelle attaque contre la flotte américaine du Pacifique. La flotte nippone se tourne vers une stratégie résolument défensive, qui sera sa perte. Les victoires de Midway et de Guadalcanal sont présentées comme le tournant de la guerre du Pacifique. Mais au soir du 6 juin 1942, qui en a vraiment conscience ? Ce n’est après tout qu’une première victoire alliée après une longue série de revers. Tout est encore possible.

 

 

LES SERVICES DE DECRYPTAGES AMERICAINS

Le décryptage des machines Enigma allemandes par les Britanniques est bien connu, mais l’US Navy a également réalisé l’exploit face aux Japonais.

Les services de renseignements jouent un rôle essentiel, voire vital, dans la guerre du Pacifique. Depuis décembre 1940, le service de renseignement de la marine américaine à réussit à déchiffrer en partie le code le plus fréquemment utilisé par la marine japonaise. Grâce à l’écoute radio, il est également capable de déterminer la localisation et les mouvements des navires de guerre japonais. Toutefois, ce système est paralysé à la veille de Pearl Harbor du fait des précautions extraordinaires prises par les Japonais. Toutefois, au mois d’avril 1942, la « Station Hypo », qui regroupe les installations d’écoute et de décodage de Pearl Harbor et les services analogues en place à Washington et en Australie, réussit à combler le retard. Ce succès est en partie attribuable au fait que les nouveaux codes japonais, périodiquement distribués, sont communiqués avec retard à certains QG, en raison de l’éparpillement des bases japonaises dans leur immense empire. Ces QG continuent par conséquent à utiliser les codes et chiffres anciens, que les américains peuvent comprendre en partie. Si les crypto-analystes lisent rarement plus de 10 à 15% des messages, combiné aux résultats des écoutes radio, cela permet d’interpréter les intentions japonaises avec une faible marge d’erreur. La modification du principal code de la marine japonaise est achevée fin mai 1942. A cette date, les Américains ont réussi à reconstituer la quasi-totalité du plan d’opération de Yamamoto pour la bataille de Midway, ainsi que la désignation des Aléoutiennes comme objectif de diversion, de même que la date et la direction des attaques japonaises. Les renseignements obtenus n’assurent certes pas la victoire, mais elle la rende possible. Des fuites auraient pu avoir des conséquences désastreuses : peu après Midway, un article du Chicago Tribune explique que l’US Navy savait à l’avance l’importance et la disposition de la flotte japonaise ! Toutefois, aucun témoignage ou document n’atteste que les Japonais ont connaissance de cet article. Toutefois, après Midway, la tâche des décrypteurs américains est plus ardue en raison des multiples changements de code de l’ennemi. Cependant, de notables résultats continuent à être obtenus. C’est ainsi qu’en avril 1943 est connue le parcours de l’inspection de Yamamoto dans le nord des Salomon et que son appareil est abattu au-dessus de Buin.

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