Guerre du Pacifique/Pacific War (18/43): Iles Salomon

Guerre d’usure à Guadalcanal

(7 août 1942-9 fév.1943)

L’état-major américain est décidé à conjurer la menace japonaise dans le Pacifique sud en lançant une série d’opérations. La première vise les îles Salomon, visant à la reprise de Tulagi et surtout de Guadalcanal, où les Japonais sont en train de construire un terrain d’aviation. Le débarquement s’opère sans difficulté le 7 août et les Marines s’emparent de l’aérodrome, baptisé Henderson Field. Lors de la bataille de Savo, les 9 et 10 août, la marine impériale japonaise parvient à couler 4 croiseurs lourds américains dans un combat nocturne mais, redoutant l’intervention de l’aviation américaine à l’aube, les Japonais ne poursuivent pas l’avantage et épargnent les navires de transports. Les Américains peuvent donc consolider leur position et écraser les forces nippones qui leur sont opposé tout en faisant atterrir leurs premiers avions sur Henderson Field. Pendant la bataille des Salomon orientales, les 23 et 25 août, les Japonais perdent un croiseur léger et un destroyer et leurs porte-avions sont momentanément hors de combat en raison des pertes subies par l’aviation embarquée. Les Américains ont pour leur part un porte-avion légèrement endommagé. Cependant les sous-marins japonais torpillent les porte-avions Saratoga et Wasp respectivement le 31 août et le 15 septembre. Cependant, les Japonais commencent à prendre la situation à Guadalcanal avec sérieux et décide d’engager plus de troupes. Les combats vont s’intensifier.

Guadalcanal: le 1er débarquement américain de la Seconde Guerre mondiale (mis à part 50 Rangers à Dieppe en août 1942)

La guerre dans la jungle: l’enfer vert

Les Japonais décident alors de neutraliser définitivement l’aérodrome en le bombardant nuit et jour : les cuirassés et les croiseurs intervenant à la faveur de la nuit et les bombardiers opérant des raids diurnes. Les Américains réagissent immédiatement en dépêchant à Guadalcanal de gros moyens navals d’où il résultat trois jours d’affrontement qui donnent définitivement l’avantage à l’US Navy. C’est ainsi que les 12 et 13 septembre les Japonais perdent le cuirassé Hiei et 2 destroyers, tout en infligeant des pertes notables aux Américains : 2 croiseurs légers, 2 destroyers, 2 autres bâtiments étant mis hors de combat. L’offensive lancée le 12 septembre par les 6 000 hommes du général Kawaguchi s’achève dans un bain de sang. Les combats ont été très violents mais les charges « Banzaï » japonaises sont suicidaires et sont vouées à l’échec. Repoussés sur la dernière éminence avant l’aérodrome, les Marines réussissent à emporter la décision avec 31 tués et 103 blessés, contre 600 morts pour leurs adversaires. Le 13 octobre, des renforts conséquents, dont des troupes de l’US Army, du matériel et des approvisionnements arrivent aux Marines. La marine japonaise parvient néanmoins à faire débarquer des renforts en nombre conséquent et la parité en effectifs est atteinte tandis que l’efficacité de l’aviation basée à Henderson Field est grandement réduite par les tirs des navires et l’attaque de l’aviation embarquée avec le retour des porte-avions japonais. A terre, une deuxième offensive d’envergure contre Henderson Field et dans le secteur de la rivière Matanikau est repoussée entre le 23 et le 25 octobre. 3 500 Japonais périssent peut-être dans cette attaque qui est leur ultime chance de reprendre l’aérodrome. Les 26 et 27 octobre, la bataille de Santa Cruz voit un nouvel affrontement entre les porte-avions des deux camps. Les Japonais ont deux porte-avions endommagés. Mais les pertes américaines sont plus sévères puisque le porte-avions Hornet est coulé tandis que le porte-avions Enterprise est endommagé. En outre, l’US Navy perd le destroyer Porter. Cependant, comme pour la bataille de la mer de Corail, la marge du vainqueur, encore une fois les Japonais, s’avère bien trop étroite pour envisager une exploitation réussie du succès.

 

Le Hornet (à gauche) et l’Enterprise (à droite): les vainqueurs de Midway respectivement coulé et endommagé!

Début novembre, les Américains sont définitivement maîtres de Matanikau et commencent à avancer vers Kokumbona et l’ouest de l’île. A l’est, les 2-3 novembre, les Japonais ont débarqué un contingent de troupes près de Koli Point. Les pluies torrentielles empêchent les Américains stationnés dans le secteur d’avertir leurs supérieurs. Le bataillon de Marines du colonel Hanneken est d’abord repoussé par les Japonais mais celui-ci est renforcé par les GI’s du général Rupertus et la contre-attaque refoule les Japonais qui sont finalement encerclés et anéantis entre les 9 et 12 novembre. Les Américains ont eu 40 tués et 120 blessés. Les Japonais enregistrent la perte de plus de 450 morts. Vandergrift veut absolument couper la route aux forces japonaises qui tentent de s’échapper. Il fait donc débarquer le 2nd Raider Battalion à Aola Bay le 5 novembre. Ravitaillés par voie aérienne, les Américains conduisent leur mission jusque dans les monts Austen, détruisant toute l’artillerie lourde qu’ils réussissent à localiser. Le raid coûte 16 tués et 18 blessés aux Raiders contre 488 tués pour les Japonais. Les 14 et 15 novembre, les Japonais perdent à nouveau un cuirassé, le Kirishima, contre 3 destroyers perdus pour l’US Navy. Ce même 14 novembre, un convoi japonais de transport de troupes et de ravitaillement à destination de Guadalcanal subit des pertes prohibitives puisque sur 11 destroyers et 11 transports, 6 sont coulés et 4 autres s’échouent sur les plages, pour y être bombardés le lendemain par les avions, l’artillerie et la flotte américains. Le Japon n’a pas les moyens de perdre en si peu de temps 2 cuirassés et 70 000 tonnes d’approvisionnement. Le 30 novembre, la bataille navale de Tassafaronga est l’ultime engagement naval favorable à la marine impériale japonaise qui inflige une cuisante défaite à une escadre de croiseurs américains bien supérieure en nombre. Les Américains ont d’ailleurs bien failli perdre 4 croiseurs lourds à cette occasion. La situation à Guadalcanal semble toutefois intenable pour les Japonais.

La cactus Air Force de Henderson Field: une des clés de la victoire américaine à Guadalcanal

Le 9 décembre, les hommes de la 1st Marine Division, épuisés par plusieurs mois de combats, peuvent enfin savourer le repos. L’armée, commandée par le général Patch, prend la relève, une large part de la 2nd Marine Division étant toutefois maintenue en ligne. 40 000 Américains sont alors opposés à 25 000 Japonais mal ravitaillés. 200 appareils se trouvent alors à Henderson Field. Le nettoyage des monts Austen commence le 17 décembre et les combats sont acharnés face à un adversaire solidement retranché. Après 22 jours d’intense combats dans la jungle, les GI’s doivent être relevés par des troupes fraîches qui vont lancer l’ultime attaque. En janvier, le général patch, qui commande désormais le 14th US Corps (Americal Division, 25th et 43rd Infantry Divisions et 2nd Marine Division) décide de frapper entre le pointe Cruz et Kokumbona. Les combats sont une nouvelle fois très disputés et ce n’est que le 24 janvier que la 25th Infantry Division du général Collins s’empare de Kokumbona. La position de Guadalcanal devient intenable pour les Japonais qui décident d’évacuer l’île, tout en faisant croire qu’ils se préparent à une nouvelle offensive pour tromper l’ennemi. Les actions retardatrices japonaises sont couronnées de succès. Le réembarquement des 13 000 rescapés du général Hyakutake est effectif au cours de la première semaine de 1943 en dépit d’un débarquement américain à Verahue le 1er février, dans l’espoir d’atteindre le cap espérance avant les Japonais en retraite. La bataille de Guadalcanal est terminée. C’est un grand succès pour les Américains. Les Marines se sont couverts de gloire et les Japonais ont dû consentir des pertes énormes à terre, en mer et dans les airs pour repousser en vain les Américains sur la bordure de leur périmètre de défense de leur empire. Henderson Field a joué un rôle crucial dans cette bataille. Il a déterminé les Américains à se rendre maître de l’île. Une fois entre leurs mains, l’aérodrome fait office de porte-avions terrestre, d’autant plus que les avions qui y sont basés sont des appareils de l’aéronavale, beaucoup plus efficaces contre les navires que les bombardiers à haute et moyenne altitude usuellement basés à terre. La bataille de Guadalcanal, très disputée, marque la première étape de la marche vers Rabaul. L’avance japonaise est définitivement stoppée et le périmètre défensif est enfoncé. Les Américains commencent à reprendre l’avantage. Ils disposent d’une base solide et les communications avec l’Australie sont sauvegardées. Les pertes subies par les américains ne sont pas excessives pour un tel succès : l’armée et la marine n’ont enregistré que 1 600 tués et 4 700 blessés. Les pertes japonaises sont en revanche très élevées : 25 400 hommes sont morts. Dans les airs, les pertes japonaises se montent à pas moins de 2 000 aviateurs et 1 000 appareils contre 600 hommes et 500 avions aux Américains. Sur mer, le bilan est plus équilibré : la marine impériale japonaise a perdu 23 navires de guerre contre 25 pour leurs adversaires. Les Américains ont remporté une difficile bataille d’usure et prennent l’ascendant sur l’ennemi.

 

LE CORPS DES MARINES

 

Symboles de la guerre du Pacifique et considérés comme des troupes d’élite, les Marines sont de tous les combats, de Wake en 1941 à Okinawa en 1945. Les Marines ne sont pas en fait à l’origine un corps d’élite en tant que tel, comme les parachutistes ou les Rangers, formés de volontaires, qui subissent un entraînement particulièrement poussé. Mais les opérations menées par les Marines et l’esprit de corps qui les anime a tôt fait de constituer un type d’unités bien particulières. Engagées sans expérience du combat, les divisions de Marines vont s’avérer à la hauteur des espérances mises en elles. Notons qu’aucune division de Marines n’est engagée en Europe, l’US Army étant réticente à l’intervention de ces unités, qui leur ont ravi la vedette en 1917-18, pour avoir été les premières unités à combattre l’ennemi. L’US Marine Corps est chargé de deux types de missions de bases : constituer les éléments de combats à terre de l’US Navy et conduire des opérations amphibies, un rôle qui ne va cesser de gagner en importance tout au long du conflit. En 1939, l’USMC compte 20 000 hommes. En décembre 1941, les effectifs se montent à 66 000 hommes pour finalement atteindre 450 000 hommes à la fin de la guerre, disposant de ses propres unités de blindés et ses forces aériennes. Après leur victoire à Guadalcanal, les marines sont engagés dans le Pacifique central, en particulier à Tarawa, puis leurs actions d’éclat se poursuivent à Saipan, Peleliu, Iwo Jima et enfin Okinawa. Au cours de la Seconde Guerre Mondiale, l’USMC enregistrera 91 718 hommes, dont 15 161 tués au combat et 4 322 morts de causes diverses.

 

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