Guerre du Pacifique/Pacific War (19/43): Guadalcanal

Guadalcanal : 1er débarquement des Marines

Guadalcanal: un débarquement sans opposition

Guadalcanal: six mois de campagne acharnée

A l’issue d’une succession d’entrevue entre l’amiral King et le général Marschall, le haut-commandement américain est décidé à passer à la contre-offensive dans le sud-ouest du Pacifique et en Nouvelle-Guinée. La première phase consiste en l’attaque de l’île de Tulagi, dans l’archipel des Salomon. Comme les Japonais y consolident rapidement leurs positions, cette première phase doit débuter sans tarder et l’opération, baptisée « Watchover », est fixée au 1er août. Lorsque les services de renseignements apprennent que les Japonais entreprennent la construction d’un aérodrome sur Guadalcanal, île voisine de Tulagi, Guadalcanal est ajoutée à la liste des objectifs. L’opération sera dirigée par l’amiral Ghormley, en sa qualité de commandant des forces navales du pacifique sud. Celui-ci est partage le pessimisme de MacArthur car les Américains ne savent alors presque rien sur les Salomon et le manque de moyens suffisant leur paraît inquiétant. La flotte d’invasion de Guadalcanal, commandée par le vice-amiral Fletcher, s’assemble pour la première fois le 25 juillet dans l’archipel des Fidjii. Elle est de force conséquente puisqu’elle totalise 76 navires de guerre, dont 3 des 4 porte-avions qui restent à l’US Navy. La force amphibie du Pacifique Sud, consistant en cargos et en transports embarquant la 1st Marine Division du général Vandegrift renforcée d’un régiment de la 2nd Marine Division, est dirigée par le contre-amiral Turner. Fletcher est inquiet de mettre ses porte-avions à portée de l’aviation ennemie, qu’il a vu à l’œuvre dans la mer de Corail et à Midway, et peste contre Turner et les stratèges en chambre de Washington qui ont préparé l’opération sans avoir aucune expérience réelle du combat. Turner répond sur le même ton à son interlocuteur. La cordialité n’est pas de mise entre les chefs de l’opération ! Fletcher indique qu’il accepte de laisser ses porte-avions dans une position exposée pendant deux jours, mais pas plus. Turner proteste mais, Ghormley absent, Fletcher obtient gain de cause. Après une brève répétition qui tourne au fiasco, la flotte met le cap sur les Salomon. Le 7 août, les débarquements peuvent commencer. A Guadalcanal et Tulagi, les Japonais sont pris par surprise et ne détectent la présence des américains qu’avec l’arrivée fracassante des obus de marine tirés par les croiseurs et les destroyers. La petite garnison de Guadalcanal s’enfuit dans la jungle tandis que Tulagi et les îlots voisins de Gavutu et de Tanambogo sont pris après une courte mais énergique résistance. Dès le soir du 8 août, les Américains ont pris le terrain d’aviation de Guadalcanal, qu’ils baptisent Henderson Field, du nom du chef des bombardiers en piqué des Marines à Midway. Pendant ce temps, Fletcher, de plus en plus inquiet, ne peut plus attendre et informe Ghormley par radio à 18h qu’il se retire avec ses porte-avions, à la grande fureur de Turner, qui reste seul.

Les Marines sont laissés à eux-mêmes sur l’île par l’US Navy. 

Pendant ce temps, un avion de reconnaissance australien, patrouillant au large de la baie de Milne, aperçoit à 10h30 des unités navales japonaises qui viennent de quitter Rabaul et se dirigeant vers le sud. Au lieu de rompre le silence radio devant un événement de cette importance, le pilote attend d’avoir fini sa mission et d’avoir pris son thé à 17h pour faire part de sa découverte ! Le rapport n’est reçu à Guadalcanal qu’à 19h. Ces bâtiments japonais sont la 8ème flotte de l’amiral Mikawa : 5 croiseurs lourds, 2 croiseurs légers et un destroyer. Mikawa pense que l’adversaire qu’il av affronter lui est supérieur mais il a confiance dans la maîtrise du combat de nuit par ses équipages. Il n’a pas tort. Après avoir attendu la fin de l’après-midi à Bougainville, il appareille pour Guadalcanal. Dans la matinée, le service de renseignement américain intercepte un message de Mikawa informant qu’il relâche à Bougainville avant d’attaquer un convoi ennemi. Malheureusement, ce message n’est décodé que le 23 août ! Pendant ce temps, Turner a reçu le rapport du pilote australien, qui mentionne à tort la présence de 2 ravitailleurs d’hydravions. Turner en conclu que cette flotte doit aller vers Santa Isabel, qui est un excellent emplacement pour une base d’hydravions, l’escorte et la faible vitesse du convoi semblant confirmer cette hypothèse. Par ailleurs, si la flotte japonaise se dirigeait vers le chenal des Salomon, les appareils de reconnaissance américains l’auraient repéré. En fait, le mauvais temps a cloué au sol la majeure partie des B-17 et des Catalina. Quand Mikawa arrive à Guadalcanal, aucun croiseur ni destroyer allié ne détecte l’arrivée de sa formation. Celle-ci passe au sud de Savo à 1h30. Le croiseur australien Canberra, touché par deux torpilles et vingt obus, ne tarde pas à sombrer. Le croiseur Chicago est torpillé à son tour alors que Mikawa contourne Savo pour attaquer la force Nord. Celle-ci n’a pas repéré les Japonais alors que le combat est engagé depuis 5 minutes mais la force Sud a été trop occupée pour l’avertir. Le croiseur lourd japonais Aboa braque alors ses projecteurs vers le croiseur Quincy, qui est vite mis hors de combat avec les croiseurs Astoria et Vincennes. A 2h20, Mikawa donne le signal de la retraite, ayant utilisé toutes ses torpilles, ses navires étant dispersés et craignant l’aviation alliée. 4 croiseurs alliés sont perdus et 2 destroyers et un autre croiseur sont endommagés. Le lendemain, le croiseur lourd japonais Kako est cependant coulé par un sous-marin américain.

Les Japonais engagent de nombreuses escadrilles dans la bataille: elles feront défaut quand viendra l’heure de défendre Rabaul et la Nouvelle-Guinée… Sur mer, le combat est plus équilibré, mais l’empire du Soleil Levant ne pourra combler ses pertes, peut-être plus décisives qu’à Midway.

En dépit de la perte de la quasi-totalité des croiseurs qui le couvraient, Turner poursuit les opérations de déchargement jusqu’au 9 août à midi, permettant d’amener à terre quelques fournitures essentielles. Lorsqu’il lève l’ancre, les Marines de Vandegrift sont laissés à leur sort, avec 4 jours de munitions. Ils devront se contenter d’un régime spartiate pendant 6 semaines et ils manquent d’équipement radio, de barbelés et de matériel de construction. Vandegrift dispose toutefois d’un atout de taille avec Henderson Field que les Marines s’empressent de terminer avec le matériel abandonné par les Japonais. Le 15 août, 4 destroyers rapides réussissent à amener de l’essence, des bombes et un groupe de techniciens et, le 20 août, 31 appareils atterrissent à Guadalcanal.

Deux Dauntless dans les Salomon en 1942

Les escadrilles basées à Henderson Field, donnant la maîtrise de l’air aux Américains, vont s’avérer décisives au cours de durs combats des semaines qui suivent. Dès la première semaine, le ton de la campagne est donné. Chaque jour, pendant des mois, excepté les jours de mauvais temps ou en présence des chasseurs américains, les avions japonais lancent des raids continuels. Les objectifs sont Henderson Field où Lunga Point où mouillent les navires de ravitaillement. La nuit, le périmètre américain est bombardé par les navires de guerre japonais ou les sous-marins (surnommés « Oscar »). Un avion japonais, surnommé « Louie the Louse », largue des fusées éclairantes qui sont immédiatement suivies de tirs de marine. Enfin, un autre avion japonais reçoit le surnom de « Washing Machine Charlie », en raison de ses moteurs délibérément non synchronisés, dans le but de harasser les Marines. Vandefrift fortifie rapidement le périmètre. Il décide de concentrer ses forces le long des plages entre « Alligator Creek » et Kukum. Au sud d’Henderson Field, d’où il semble impossible que les japonais attaquent, la ligne est tenue par des avant-postes établis sur les collines recouvertes de végétation.

 

Les véhicules n’ont guère leur place dans la jungle, mais l’intervention des chars légers M3 Stuart sera décisive sur le Manitakau.

Une fois le périmètre établi, Vandegrift envoie deux patrouilles pour obtenir des informations concernant les forces japonaises dans l’île. Une patrouille est envoyée vers l’est en direction de Tetere et une autre vers l’ouest, en direction de Matanikau. Le colonel Goettge emmène ainsi 24 hommes et un prisonnier japonais vers Matanikau. Il débarque à la pointe Cruz le 12 août, près de la rivière. Les Américains sont massacrés et un seul Marine parvient à s’échapper en s’enfuyant à la nage, affirmant plus tard avoir vu les Japonais mutiler les cadavres. La progression de la patrouille envoyée vers l’est est moins dramatique. Vandergrift a appris d’un prêtre catholique que des Japonais ont débarqué, information qui est confirmée le 14 août. Le 19 août, le capitaine Brush parvient à Koli Point où un bref engagement cause la mort de 31 Japonais. Il apparaît à Brush que ces hommes étaient en reconnaissance en vue d’une attaque montée contre le flanc est du périmètre américain.

L’artillerie: difficile à déployer dans la jungle, d’agnat que l’acquisition des cibles est ardue, mais elle reste néanmoins décisive…

Ce même 19 août, un bataillon est envoyé vers Matanikau. Pendant qu’une compagnie approche l’ennemi par la route côtière pour engager l’action à l’embouchure de la rivière, une compagnie doit se frayer un chemin à travers la jungle pour lancer l’attaque principale par le sud. Une troisième compagnie débarquera pendant ce temps sur les arrières des japonais à Kokumbuna. Cette première bataille de Matanikau est brève et les Marines parviennent à anéantir la garnison japonaise sans grandes difficultés. Les Marines s’installent alors sur leurs nouvelles positions et découvrent les cadavres mutilés de leurs camarades de la patrouille de Goettge.

La bataille sera rude pour les Marines et les Gis, mais, au final, la victoire sera acquise

L’armée de terre japonaise est préoccupée par leur propre offensive en Nouvelle-Guinée et se montrent lents à réagir. Avant l’attaque américaine, elle ignorait même que la marine construisait un aérodrome à Guadalcanal. Elle est persuadée qu’il ne s’agit que d’un raid de petite envergure de la part des Américains, ce que semble confirmer le départ de leur flotte. L’état-major impérial estime que les 2 000 soldats américains présents à Guadalcanal sont démoralisés et que la reconquête de l’île sera une promenade militaire. Toutefois, il importe d’agir rapidement en raison de la présence du terrain d’aviation. La mission de chasser les Américains de Guadalcanal est confiée au général Hyakutake, qui commande la 17ème armée, basée à Rabaul. Hyakutake rassemble 6 000 hommes pour mener à bien cette mission et, dès le 18 août, un détachement avancé de 1 000 hommes, la force Ichiki, débarque à Taivu. Au même moment, 500 hommes de la 5ème force spéciale de débarquement de Yokosuka débarquent à Kokumbona. Ces débarquements sont les premiers opérés d’une longue série da’rrivée de renforts japonais à Guadalcanal, surnommés « Tokyo Express » par les Marines. Ichiki projette d’attaquer les Américains après avoir établi sa base à Tenavatu. Cependant, à la suite de l’élimination de sa patrouille de reconnaissance le 19 août, il change ses plans. Dans la nuit du 20 au 21 août, les Marines établis à « Alligator Creek » sont alertés par Jacob Vouza, un indigène torturé par les Japonais, de l’imminence d’un assaut. Les Japonais, marchant en formation, s’empêtrent dans les barbelés à l’embouchure du cours d’eau, surpris de découvrir des éléments de défense si loin à l’est du terrain d’aviation. Le combat qui s’ensuit est particulièrement acharné et sauvage. Les Japonais lancent des vagues humaines à l’assaut des positions américaines du 2nd Battalion 1st Marines du colonel Pollock. Décimés par les mitrailleuses et les canons antichars de 37 mm, les Japonais tentent de déborder le flanc sud des Marines en remontant le cours d’eau et également le flanc nord par la plage. Ces tentatives sont vaines. Les combats durent toute la nuit et, dans la matinée, les marines encerclent les restes de la force d’Ichiki et les réduisent avec le soutien de l’artillerie, de chars légers et des chasseurs qui viennent d’arriver dans l’île. Les Japonais ont eu 800 morts dans ce terrible combat, contre 34 tués et 75 blessés américains.

Les Japonais sont massacrés au cours de charges « Banzaï »: ici au Cap Ténaru

Les Coast Guards au secours de Marines à Point Cruz

Ce fut le début d’une série d’opérations qui vont se répéter pendant deux mois, chaque camp s’efforçant d’envoyer des renforts et du matériel à Guadalcanal. De jour, les Américains maîtrisent l’espace aérien et maritime grâce à Henderson Field mais, la nuit, le « Tokyo Express » apporte renforts et ravitaillement aux forces japonaises engagées dans l’île tandis que les croiseurs et destroyers d’escorte causent d’importants dégâts aux appareils et aux installations d’Henderson Field. Les tentatives mutuelles des deux adversaires pour s’opposer à l’acheminement de renforts ennemis débouchent régulièrement sur des affrontements en mer. Une difficile guerre d’usure commence.

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