Guerre du Pacifique/Pacific War (21/43): Chindits

Les Chindits : raids en profondeur dans la jungle

Ord Wingate

Le Chinthe, que l’on trouve souvent à l’entrée des pagodes,

aurait donné son nom à l’unité spéciale britannique : les « chindits »

L’opération est lancée du 13 au 16 février 1943. Les Japonais, surpris, ne réagissent que très lentement. Tant est si bien que la première partie de l’opération se déroule sans difficultés majeures. Les Japonais ne se décident à intervenir en fait qu’après la destruction de la voie ferrée. Tout ne se passe cependant pas comme prévu pour les Britanniques. C’est ainsi qu’une des colonnes du groupe sud, retardée dès le début par l’ennemi, ne parvient à proximité l’objectif que le 2 mars, pour finalement tomber dans une embuscade tendue par les Japonais. La colonne est immédiatement dispersée, la plupart des hommes retraversant la Chindwin et très peu parvenant à rejoindre Cooke.

La traversée de la Chindwin: première épreuve pour les Chindits. Le franchissement des cours d’eau est une des nombreuses difficultés à surmonter pour une unité équipée à la légère qui combat dans un environnement particulièrement difficile et hostile.

Les colonnes du groupe nord traversent la Chindwin le 14 février. Le ravitaillement par voie aérienne s’effectue comme prévu au cours des trois nuits du 15 au 18 et 35 tonnes sont ainsi réceptionnées. Ces premiers largages se font en terrain clair, avant qu’on s’aperçoive que la manœuvre est tout aussi réalisable en zone semi-couverte, voire dans la jungle. Le 25 février, une attaque concentrée de trois colonnes tombe dans le vide car l’unité japonaise visée a déjà quitté les lieux. En revanche, des éléphants sont capturés, ce qui s’avérera de la plus grande utilité. Evitant les pistes trop fréquentées par l’ennemi, Wingate franchit sans encombre la rivière Mu. Trois colonnes sont alors chargées d’opérer des diversions avec l’aviation pour abuser les Japonais tandis que les colonnes des majors Fergusson et Calvert sont lancées respectivement sur Bongyang et Nankan, pour y réaliser le plus de dégâts possibles sur la voie ferrée. Dès le 4 mars, une des colonnes de diversion est dispersée par les japonais et se voit contrainte de se replier au-delà de la Chindwin. Toutefois, les diversions atteignent leur but. Fergusson et Calvert réussissent à mener à bien leur mission le 6 mars. Une des deux colonnes détruit ce jour-là des aiguillages et des ponts, bloquant la voie ferrée dans un défilé, tandis que l’autre colonne, ayant attendu 36 heures sur place pour la synchronisation, parvient à faire sauter deux grands ponts et à opérer pas moins de 70 destructions sur la ligne de chemin de fer.

L’armée japonaise, surprise, subit de lourdes pertes

Sans nouvelle de Cooke, Wingate hésite un moment à poursuivre les opérations vers l’est. A ce moment là, le bilan d’un mois d’opération est plutôt satisfaisant : mis à part la prise du terrain d’aviation d’Indaw, il a atteint tous ses objectifs. En outre, les Japonais semblent avoir perdu beaucoup de troupes alors que les Chindits n’ont eu que très peu de pertes à déplorer. Wingate décide de rester sur place et de retenir les Japonais pendant deux mois. Mais, le 10 mars, il change d’avis en apprenant que le groupe sud a franchi l’Irrawaddy et que les commandants de deux de ses colonnes demandent à en faire autant devant l’absence d’opposition de la part de l’ennemi. Ce même jour, Fergusson traverse le fleuve en empruntant des bateaux birmans. Cinq jours plus tard, il est rejoint par Calvert, qui a été contraint d’abandonner ses blessés à des paysans birmans avec une partie de ses mulets après avoir été détecté par les Japonais, comprenant ainsi que son franchissement serait impossible sans alléger sa colonne. De son côté, Wingate franchit l’Irrawaddy, le 18 mars, dans la région d’Inywa, avec les deux autres colonnes, le retard de la traversée étant à mettre sur le compte d’une intervention japonaise sur une opération de largage.

 

Les moyens disponible pour les Japonais sont conséquents: Wingate peut-il s’éterniser derrière leurs lignes?

Les Japonais disposent alors de quatre divisions. La 55ème DI est positionnée en Arakan, la 56ème DI se trouve entre Bhamo et Lashio, la 18ème DI entre Myitkyina et Katha et la 33ème DI gardant les vallées de Kabaw et de Myttha, dans des garnisons très dispersées, mis à part un régiment en position sur la Chindwin. En outre, un régiment de la 18ème DI a abandonné ses anciennes garnisons, dont celles de la voie ferrée de Katha à Indaw, pour partir en reconnaissance de la frontière indienne. Les premiers renseignements sur l’entrée des Chindits arrivent très tôt, dès le 11 février. Mais l’absence de détails précis empêche toute réaction. Les Japonais concluent à de simples missions de reconnaissance, analogues à celles que mènent au même moment la 18ème DI. Toutefois, la multiplication des rapports concernant des destructions opérées sur la voie ferrée entre le 3 et le 18 mars amène les Japonais à reconsidérer la question et à admettre qu’ils ont mal jugés le but des infiltrations britanniques. Toutefois, ignorant le ravitaillement par voie des airs, la situation les laisse perplexes. Ce n’est que le 12 mars que le premier ravitaillement par air est découvert. Le QG de la 15ème Armée japonaise en tire la conclusion que l’objectif des Britanniques est Bahmo. Après plusieurs jours de recherches infructueuses vers l’est, le régiment de la 18ème DI reçoit l’ordre de retourner à Katha. Il est décidé que toute unité britannique franchissant l’Irrawaddy sera prise en chasse par des troupes des 18ème et 56ème DI.

Le mortier: une des armes décisives des combats dans la jungle

Pendant ce temps, Wingate essaye d’inciter les Birmans à entrer en lutte contre l’envahisseur. A cet effet, il a emmené avec lui une section birmane accompagnant le capitaine Herring, dont la mission est de remonter le territoire Kachin pour entrer en contact avec les chefs de tribus et connaître les possibilités ultérieures de formation de résistants à qui les Britanniques fourniraient armes et instructeurs. Herring mène à bien sa mission. Le 15 mars, il est au nord-est de Bhamo. Toutefois, la portée de ses radios étant insuffisante, ce n’est que le 13 avril qu’il peut informer Wingate de la réussite de son entreprise. Herring, accompagnés de volontaires kachins, rentre dans les lignes alliées via Fort Hertz et Lédo.

La jungle ou la forêt tropicale ou équatoriale : on ne voit l’ennemi qu’à quelques mètres

A ce moment-là, la situation des Chindits de la 77th Indian Brigade n’est pas brillante. La deuxième partie de l’opération s’avère en effet catastrophique. Le terrain à l’est de l’Irrawaddy est sec et dénudé. Wingate comprend vite que, dans ses conditions, il ne pourra pas s’y établir bien longtemps avec ses hommes. Le soutien depuis les Indes commence aussi à poser problème. Enfin, la dispersion des colonnes nuit grandement aux communications et à la cohésion de la force dont dispose Wingate. Toutefois, Calvert est envoyé en mission le 17 mars pour détruire le viaduc des gorges de Gokteik. Le 22 mars, il apparaît que la région de Mongmit fourmille de Japonais. Wingate prévient ses supérieurs de ses intentions concernant Bhamo et Lashio. On lui répond que l’opération est impossible et il lui est suggéré de frapper plutôt en direction de Shwebo, à portée aérienne plus faible. Wingate rétorque que les Japonais surveillent tous les bateaux locaux et que cette manœuvre est donc impossible. En conséquence, le 24 mars, Wingate reçoit l’ordre de rentrer aux Indes.

  

Chindits au repos: les hommes sont épuisés et les organismes durement sollicités.

La colonne de Calvert, envoyé à Gokteik, doit rentrer seule. Les restes du groupe sud de Cook, enfin contactés par radio, reçoivent l’ordre de marcher vers l’est pendant deux ou trois jours pour tromper l’ennemi. Pour abuser celui-ci, de faux messages en clair seront envoyés et de faux largages sont effectués près de Shwebo, Lashio et Bhamo. La plupart des mulets sont également abandonnés, hormis ceux s’avérant indispensables pour le transport des radios et du matériel indispensable. Le reste du groupe nord franchira l’Irrawaddy à Inywa, à la confluence avec le Shweli. Wingate pense en effet y trouver des bateaux tout en admettant que les Japonais doivent estimer que les Britanniques utilisent la même voie qu’à l’aller. A l’approche de l’Irrawaddy, les colonnes de Wingate reprennent leur dispersion, sage mesure car la rive ouest s’avère infestée de Japonais. Un petit groupe d’hommes réussit le franchissement le 29 mars. Un dernier largage est effectué dans la jungle le lendemain et, ce même jour, chaque groupe essaye la traversée sur un front aussi étendu que possible. Calvert, laissé en arrière-garde quelque temps, se trouve à la hauteur de Nabu quand il reçoit l’ordre de repli. Echouant au passage de la Shweli vers Taunggon, il se résigne à disperser sa colonne en petits groupes de 10 hommes. Les Birmans rattrapent de leur côté le groupe d’Herring et rentrent par Fort Hertz. Deux colonnes traversent l’Irrawaddy entre Bhamo et Katha et atteignnet la Chindwin à Tonhe. Une autre colonne se décide pour la route des monts Kachin et atteint la Chine à Pao-Shan, pour être ensuite rapatriée aux Indes par le « Hump », la voie aérienne ravitaillant la Chine en matériel du prêt-bail en survolant l’Himalaya. La plupart des Chindits rejoignent donc la Chindwin à pied à Tonhe et Auktang. Certains petits groupes n’ont plus les moyens d’appeler l’aviation pour être ravitaillés mais ils réussissent à entrer en contact avec des avions de reconnaissances, par la technique des miroirs, qui a été mise au point avant le début de l‘opération. Un C-47 réussit même à embarquer non sans mal 17 blessés à partir d’une piste d’envol improvisée. D’autres doivent leur survie aux Birmans. Certains Chindits isolés ne rentrent ainsi qu’en juillet.

L’aviation : la clé des opérations des Chindits. Une leçon qui sera retenue pour le 2e raid de Wingate et pour l’avancée finale de la 14th Army lors de la reconquête de la Birmanie

Wingate est entrés en Birmanie avec 3 200 hommes. Il en revient avec 2 200 quatre mois plus tard. On estime les morts à 450 et les prisonniers à 400, plus quelques déserteurs birmans. Les Chindits ont parcouru au moins 1 600 kilomètres au cours de cette première mission et un certain nombre a même marché sur pas moins de 2 500 kilomètres. Au total, les pertes sont assez lourdes et les survivants sont très affaiblis. Mais le moral est excellent et les hommes sont fiers du fait d’armes accompli. Qui plus est, le soldat britannique commence à amadouer la jungle. Il apprend à y vivre et, surtout, le mythe de la supériorité du combattant japonais, maître du combat dans la jungle s’évanouit. Cependant, les dommages opérés par les hommes de Wingate sont réparés en trois mois par les Japonais. Le succès moral de l’opération est toutefois indubitable et une moisson de renseignement est ramenée pour les combats futurs. Wingate devient vite un héros national. Grâce à Churchill, les forces de Wingate sont décuplées et les Américains vont être convaincus de former une unité analogue pour soutenir Silwell : les fameux « Marauders » de Merril.

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