Guerre du Pacifique/Pacific War (23/43): Rabaul

RECONQUETE DANS LE PACIFIQUE DU SUD-OUEST,

JUILLET 1942-FEVRIER 1944

Le temps des premières grandes opérations aéronavales est arrivé

Début 1943, au lendemain de la campagne de Guadalcanal et en Nouvelle-Guinée orientale, les deux adversaires marquent le pas afin de se réorganiser. Dès le mois de février, MacArthur lance une série d’opérations dans les Salomon puis en Nouvelle-Guinée, avant d’entamer en novembre 1943 les offensives destinées à neutraliser Rabaul, pendant que Nimitz frappe au même moment dans les Gilbert à Tarawa. Ce but est atteint en février-mars 1944 avec la conquête de Manus et d’Emirau. Par la suite, grâce à la présence dans le Pacifique central de leur flotte de porte-avions, les Américains peuvent librement développer leurs opérations offensives le long des côtes de la Nouvelle-Guinée jusqu’à l’extrémité occidentale de celle-ci. Pendant ce temps, Nimitz attaque les Palau, coordonnant ainsi encore remarquablement son avance avec celle des forces de Macarthur. Vaincue dans la mer des Philippines, la marine impériale laisse le champ libre à l’avance américaine dans le Pacifique occidental. Pendant cette période d’opérations, les forces américaines du sud-ouest Pacifique passent de deux divisions d’infanterie en décembre 1942 à cinq divisions en janvier 1944, sans compter les unités indépendantes et les cinq divisions australiennes combattant aux côtés des Américains. Trois autres divisions d’infanterie sont en voie d’acheminement. En ce qui concerne l’aviation, 1 000 appareils sont disponibles au sein des 13th et 5th Air Forces sous les ordres du général Kenney. Toutefois, l’absence de bombardiers lourds en nombre suffisants pour atteindre Rabaul avec leur rayon d’action, en raison de la priorité accordée en Europe : en conséquence, un assaut direct semble impossible.

Le Chance-Vought F4U Corsair

Les aviateurs américains disposent pourtant de chasseurs de très bonne qualité : le P-38 Lightning, bien armée, rapide et possédant une grande autonomie, et surtout les Chance-Vought F4U Corsair, le chasseur le plus rapide du Pacifique, une réussite remarquable qui sème la destruction dans l’aviation japonaise de concert avec les chasseurs Hellcat, puis Wildcat. Sur mer, la 7th Fleet du vice-amiral Kinkaid et la flotte amphibie de Barbey constituent la composante navale des forces de MacArthur. De son côté, l’amiral Halsey dispose de plusieurs divisions de l’armée et des marines, et d’unités néo-zélandaises, pour mener à bien la reconquête des Salomon. En face, les Japonais sont incapables de faire acheminer des renforts et de remplacer leurs pertes, qui sont très élevées. Toutefois, la puissance de la forteresse de Rabaul ne permet pas d’envisager un assaut direct, qui ne pourrait résulter qu’en de lourdes pertes pour les Alliés. 100 000 Japonais défendent en effet la base. Ils disposent d’une puissance de feu conséquente avec pas moins de 43 canons de défense côtière, 475 pièces d’artillerie, 367 pièces de DCA et 1 762 mitrailleuses. De surcroît, les défenseurs nippons disposent de centaines de bunkers et de 700 kilomètres de tunnels et de souterrains. La garnison dispose en outre de bonnes réserves de munitions et de vivres. Comme les Alliés s’attendent à un combat fanatique jusqu’au dernier homme sans esprit de reddition, il est décider d’isoler et de contourner la place.

Le 18 avril, l’appareil de Yamamoto est abattu par 18 P-38 Lightning qui lui ont tendu une embuscade

Toutefois, l’isolement de Rabaul représente une tâche ardue. En mars 1943, les objectifs alliés dans le sud-ouest du Pacifique sont précisés par les chefs d’état-major combinés. L’opération est baptisée « Cartwheel ». Pour cette opération, MacArthur crée l’Alamo Force, le général Krueger étant nommé à la tête de la 6th US Army. Yamamoto n’est pourtant pas inactif et décide de lancer des raids aériens contre les bases aériennes alliées de Guadalcanal et de Nouvelle-Guinée : c’est l’opération « I ». Début avril 1943, 224 avions sont lancés contre Guadalcanal et Tulagi. Quelques jours plus tard, 300 avions attaquent la flotte alliée au nord-ouest de la Nouvelle-Guinée. Le lendemain, de nouveaux raids touchent Port-Moresby et Milne’s Bay. Toutefois, ces raids aériens massifs ne donnent que de piètres résultats. C’est alors que les services de renseignements américains apprennent que Yamamoto est à Rabaul. Nimitz ne manque pas l’occasion et décide d’éliminer le brillant amiral japonaise en lui tenant une embuscade avec 18 P-38 Lightning. Le 18 avril, l’appareil de Yamamoto est abattu et s’écrase dans la jungle. Les Japonais dispose à Rabaul de navires destinés à parer toute menace alliée dans le nord des Salomon.

Les escadrilles de Rabaul sont sérieusement malmenées et virtuellement annihilées

La décision peut donc être encore remportée sur mer par les Japonais. Toutefois, l’attaque nocturne des croiseurs japonais se termine par une victoire américaine remportée de justesse. Une deuxième escadre de croiseurs nippons ne rencontre pas plus de succès puisqu’elle est bombardée à son arrivée à Rabaul le 5 novembre. Un second raid aérien américain le 11 novembre achève de détruire la plupart des appareils japonais basés à Rabaul. Une victoire remportée par les destroyers américains au large du cap Saint George le 25 novembre assure à l’US Navy la suprématie maritime dans les Salomon. Entre temps, en août 1943, les Américains du général Collins ont reconquis la Nouvelle-Géorgie, perdant 1 094 tués et 3 873 blessés, pour au moins 2 500 tués japonais. Les Alliés s’attaquent ensuite à Choiseul et débarquent sur Bougainville le 1er décembre. La 3rd Marine Division et la 37th ID esquivent le gros des forces japonaises et construisent deux pistes d’aviation près du cap Torokina, permettant d’assurer la couverture aérienne au-dessus des îles Bismarck. En mars 1944, les Japonais s’évertuent en vain à s’emparer de ces aérodromes et subissent de très lourdes pertes. Le 15 février, les îles Green sont prises par la 3rd New-Zealand Division. Des troupes américaines s’emparent ensuite en février-mars 1944 de positions dans les îles de l’Amirauté, au nord-ouest de Rabaul, les combats s’achevant le 18 mars.

Un assaut direct sur Rabaul aurait été trop coûteux: la base, isolée, est neutralisée de fait

La prise de Lae, en Nouvelle-Guinée, participe à l’isolement de Rabaul. Les forces américaines de MacArthur s’attaquent également directement à la Nouvelle-Bretagne et à Rabaul en débarquant à l’ouest de l’île, afin de s’assurer de la maîtrise du détroit de Dampier, entre la mer des Salomon et la mer de Bismarck. Deux opérations sont lancées : le débarquement à Arawe le 15 décembre 1943 et la prise du cap Gloucester le 26 décembre 1943. MacArthur a en effet décidé de débarquer à l’extrémité occidentale de la Nouvelle-Bretagne. Au sud, à Arawe, les artilleurs japonais repoussent l’assaut de la 1ère vague du 112th Cavalry et le taillent en pièces. Le gros des forces américaines réussit toutefois à débarquer, mais se trouve vite englué dans la boue et les marécages. Au nord, au cap Gloucester, la 1st Marine Division est confrontée aux mêmes difficultés du terrain. En outre, la mousson bat son plein et handicape fortement les opérations. Les marines parviennent malgré tout à s’emparer du cap Gloucester et peuvent enfin goûter au repos, dans la boue et sous la pluie. Les forces du sud-ouest du Pacifique occupent Manus en février 1944 et la 4th Marine Division s’empare d’Emirau le 20 mars, après des combats beaucoup moins durs que prévus. A ce moment là, Rabaul, complètement isolée, est neutralisée. Les forces japonaises de Nouvelle-Bretagne, pas moins de 100 000 hommes, se retirent dans la base, où elles vont demeurer jusqu’à la fin du conflit, impuissantes.

 

La facilité relative de ces opérations qui ont aboutit à l’isolement de Rabaul pousse MacArthur à plus de hardiesse et à envisager des opérations amphibies pour s’emparer des ports d’Aitape et de Hollandia, à quelques 600 kilomètres à l’ouest des positions alors atteintes par les Alliés. La reconquête de la Nouvelle-Guinée est donc en marche !

 

 

LE CODE DU BUSHIDO

Pour le combattant japonais, il n’est de plus grande humiliation que la reddition. Le soldat japonais préfère généralement la mort plutôt que de rendre les rames. C’est ainsi que de nombreux soldats nippons vont se suicider, parfois collectivement, y compris des civils comme à Saïpan, plutôt que d’être capturés par leurs ennemis. Quand la situation est désespérée sur le terrain, cela peut prendre la forme de charges Banzaï  (« mille ans de vie pour l’empereur ») lancées de manière suicidaire sur les lignes ennemies, bien souvent de nuit, avec des résultats parfois dévastateurs chez les Alliés, mais provoquant systématiquement un carnage dans les rangs japonais. Pour le Japonais, un soldat qui se rend ne peut être qu’un lâche ou un traître. D’où les mauvais traitements qu’ils infligent à leurs prisonniers et le refus de toute reddition de leur part. Les Japonais apprennent en effet à être entièrement dévoués à leur empereur et à leur pays dès le plus jeune âge. Ils acceptent le principe que leurs vies appartiennent à l’empereur. Le soldat japonais considère la survie de son pays comme plus importante que sa propre vie. La mort au combat revêt un caractère hautement honorable. L’esprit du code du Bushido, le code de l’honneur des Samouraï, régit donc la lutte contre les Alliés en Asie et dans le Pacifique.

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