Guerre du Pacifique/Pacific War (25/43): Nouvelle-Guinée (1)

MACARTUR SE RAPPROCHE DES PHILIPPINES,

JUILLET 1942-JUILLET1944

Parallèlement aux opérations visant à l’encerclement de Rabaul, effectif avec la reprise de Lae et de Salamaua en Nouvelle-Guinée, les Américains et les forces australiennes affrontent l’enfer de la jungle et un ennemi pugnace et déterminé en direction de l’ouest de la grande île. La Nouvelle-Guinée constitue en effet un des bastions avancés de l’empire japonais mais le coup d’arrêt de la bataille de la mer de Corail et l’échec des offensives terrestres à Milne’s Bay et en direction de Port-Moresby en suivant la piste de Kokoda marquent le passage de l’initiative aux forces alliées placées sous le commandement de Mac-Arthur. Celui-ci va désormais entreprendre une série d’opérations visant à s’assurer du contrôle de la, Nouvelle-Guinée tout en neutralisant la grande et puissante base nipponne de Rabaul. Ce faisant, Mac-Arthur jette les jalons en direction de l’objectif final de sa campagne du Pacifique du sud-ouest : la reconquête des Philippines. Suite à l’échec des Japonais en direction de Port-Moresby, la première étape consiste en une première série de contre-attaques menées par les forces australiennes et l’armée américaine vise les bases nipponnes de l’extrémité orientale de l’île. Les premiers combats en Papouasie sont très disputés et ce n’est pas sans lourdes pertes que les Alliés s’assurent du contrôle de Buna et de Sanananda entre novembre 1942 et janvier 1943. La participation effective de l’armée australienne à ces victoires ne doit en aucune manière être mésestimée puisque, en octobre 1943, les forces alliées engagées dans le sud-ouest Pacifique comptent 492 000 soldats australiens contre seulement 198 000 Américains.

Près de 500 00 Australiens combattent dans le sud-ouest Pacifique

Les opérations suivantes semblent acquises aux dépends d’un adversaire qui a perdu de sa ténacité. Le 16 septembre 1943, les Australiens s’emparent de Lae après s’être déjà rendus maîtres de Salamaua. Les combats se poursuivent pourtant dans le terrain accidenté des monts Hagen à l’intérieur de l’île avec autant de succès et Dumpu est prise à son tour le 4 octobre. Quelques débarquements sont effectués sur les côtes. C’est ainsi que des éléments de la 32nd Infantry Division débarquent à Saidor le 2 janvier 1944. Les conditions de combat dans la jungle sont terrifiantes et les poches de résistance japonaise tombe l’une après l’autre. Il n’y a alors pas plus de 60 000 soldats nippons dans l’est de l’île. Le 24 avril, Madang est prise. Entre-temps, Mac Arthur a à nouveau frappé.

Mac-Arthur va multiplier les débarquements, contournant les points d’appui japonais

Les Américains inaugurent alors une série de débarquement le long des côtes de la Nouvelle-Guinée, toujours plus en avant vers l’ouest, parfois non sans audace. La 7th Fleet de l’amiral Kinkaid est en mesure d’opérer en toute quiétude avec la flotte amphibie de l’amiral Barbey puisque l’amiral Spruance neutralise de son côté les unités japonaises dans le Pacifique central. Il apparaît en effet clairement qu’il suffit de s’emparer des points stratégiques sur le rivage et de s’assurer d’une ligne logistique adéquate et sûre pour contrôler la Nouvelle-Guinée. Les forces nipponnes qui seront alors encore sur l’île seraient prisonnières de la jungle et condamnées à disparaître faute d’approvisionnement. Certes, les moyens restent en deçà des exigences de Mac-Arthur en raison de la priorité en dotation d’engins de débarquement accordée au décisif débarquement en Normandie. Mac-Arthur décide d’éviter le bastion de Wewak, où la 18ème armée japonaise du général Adachi s’apprête à recevoir chaudement les Américains, pour s’attaquer directement à Hollandia.

  

La maîtrise de la mer et du ciel permet toutes les audaces aux Alliés

Wewak tombera ensuite comme un fruit mûr sans risquer des pertes inutiles. Cette opération représente tout de même un saut de 1 000 kilomètres vers l’ouest le long des côtes de la Nouvelle-Guinée ! Fin mars et début avril, quatre raids aériens sont lancés contre les aérodromes d’Hollandia par la 5th USAAF et l’aviation embarquée des porte-avions légers de Spruance. Les 351 appareils qui y sont regroupés par les Japonais sont à peu de choses. Le 22 avril 1944, les Américains de la 41st ID débarquent sans opposition à Hollandia. Les Japonais sont totalement pris par surprise. 35 kilomètres plus à l’ouest, la 24th ID débarque également sans difficultés dans la baie de Tanahmerah. Afin de prévenir toute contre-attaque de la part des forces nipponnes désormais isolées à Wewak, un régiment de la 41st ID qui s’empare d’Aitape. Outre l’effet de surprise et l’anéantissement des forces aériennes japonaises en Nouvelle-Guinée, un autre élément a favorisé l’entreprise audacieuse de Mac-Arthur. Lorsque la flotte de porte-avions de Nimitz s’attaque à la grande base navale de Truk, les plus grosses unités japonaises ont en fait été repliées sur les Palau et, de là, vers Singapour et le Japon. Ce raid cause des pertes sensibles puisque les Japonais perdent 3 croiseurs légers, 3 destroyers et 5 autres bateaux de guerre. Les forces japonaises de Nouvelle-Guinée sont donc dépourvues du soutien de leur flotte.

Soldats américains lors des combats pour Wadke

L’audace de Mac-Arthur est donc couronnée de succès et celui-ci décide de poursuivre plus en avant l’avantage et de nouveaux débarquements sont rapidement effectués. Il est en effet absolument décisif de garder l’initiative et de surprendre les Japonais de telle sorte qu’ils ne puissent réagir efficacement à la succession d’opérations entreprises par les Américains. C’est ainsi que, le 17 mai, la Tornado Task Force effectue une attaque amphibie à Arare dans la baie de Maffin, à 200 kilomètres à l’ouest d’Hollandia, puis à Wadke le lendemain. Les deux opérations visent à s’emparer d’importantes pistes d’atterrissage et sont couronnées de succès. Entre-temps, Wewak est tombée le 10 mai.

 

Ces succès à répétition ne peuvent qu’encourager la témérité de Mac-Arthur. Certes, la possession désormais acquise de nombreuses bases et d’aérodromes assure une couverture aérienne et la maîtrise de l’espace terrestre, maritime et aérien du secteur. Mais Mac-Arthur souhaite disposer de pistes d’envol pour les bombardiers lourds de la 5th USAAF. Une opération est donc projetée contre l’île de Biak, qui se trouve posséder les infrastructures nécessaires au déploiement des bombardiers stratégiques, notamment une piste d’envol assez longue. Fin mai, après la préparation navale et aérienne habituelle, les GI’s de la Hurricane Task Force débarquent sans coup férir à Biak. En progressant vers l’intérieur de l’île, les Américains ont pourtant la désagréable surprise de se voir confrontés à de redoutables défenses articulées autour de bunkers. La résistance acharnée des 7 000 hommes du colonel Kuzume s’éternise jusqu’au 22 juin, après un mois de combats.

 

Dès lors, la campagne de Nouvelle-Guinée est quasiment achevée. Le 2 juillet, l’île de Noemfoor est prise à son tour par les troupes américaines. Le 30 juillet, l’amiral Fechteler s’empare facilement de Sansapor, abandonnée par ses défenseurs. Mac-Arthur peut désormais se préparer à laver l’affront subi en 1942 et entreprendre les préparatifs visant à la reconquête des Philippines. En moins de trois mois, les forces américaines ont avancé de 2 200 kilomètres, des îles de l’Amirauté à la péninsule de Vogelkop et au nord des Moluques. Le sort des 170 000 soldats japonais isolés en Nouvelle-Guinée est tragique. Coupés de tout approvisionnement, l’armée nipponne agonise et ses soldats disparaissent presque tous dans la jungle, morts de maladies, d’épuisement et de faim. Avec la neutralisation de Rabaul et de Truk et la chute d’Hollandia, les Japonais doivent alors réviser leur stratégie de défense périphérique. Les désastres ne sont pourtant pas finis puisque, le 6 mai 1944, deux divisions expédiées en Nouvelle-Guinée sont envoyées par le fond par les Américains. En conséquence, le 9 mai, le haut-commandement japonais désigne Halmahera, aux Indes néerlandaises, et Sorong, comme positions essentielles de résistance. 1 500 kilomètres de côtes ont donc été cédées en moins de 20 jours, sans pour autant remédier à la situation critique dans laquelle se trouvent les forces nippones. La ligne de défense Nouvelle-Guinée aux Mariannes en passant par Truk est jugée essentielle. Les Japonais espèrent toujours remporter une bataille navale décisive, en s’appuyant sur les escadrilles basées à terre, en raison de la supériorité, alors admise, des porte-avions américains sur leurs homologues japonais.

 

LA GUERRE DANS LA JUNGLE

Soldats américains dans l’enfer de la jungle

Comme la Birmanie, la piste de Kokoda consiste en une jungle étouffante et des marais insalubres. Les hommes sont en proie au paludisme, à la dysenterie dès que l’hygiène fait défaut et à une forme parfois virulente de typhus. Ils sont en outre généralement à court de vivres et à la limite de l’épuisement. Une brume épaisse peut rester accrochée aux arbres. Tout est humide et les vêtements ne sèchent jamais. Cette constante humidité cause d’innombrables mycoses et infections cutanées. Les plaies s’infectent vite et les blessés et les cadavres peuvent pourrir rapidement. Le matériel et les denrées souffrent aussi de cette humidité qui monte à 80-95%. La chaleur est également source de bien des désagréments tandis que les pluies diluviennes des périodes de mousson mettent les nerfs et les corps à rude épreuve. La plupart du temps, on ne voit pas l’adversaire car la visibilité est réduite à quelques mètres : 75% des troupes engagées dans la piste de Kokoda n’aperçurent jamais un Japonais. Le pire ennemi est souvent la jungle. A Guadalcanal, en Birmanie ou en Nouvelle-Guinée, les épaisses forêts tropicales couvrent presque tout le territoire d’un fantastique réseau de lianes, de plantes grimpantes ou rampantes, de fougères et d’arbres géants. Les déplacements en dehors des pistes peuvent donc être réduits à un ou deux kilomètres par jour. La jungle est aussi le domaine des fourmis géantes, des guêpes de 7 cm de long, des araignées de toutes sortes, des sangsues, et, surtout, des moustiques transmettant le paludisme, qui cause bien souvent davantage de pertes que l’ennemi. A Guadalcanal, les Américains vivent sous la tente, ou dans des abris creusés dans le sol boueux, et mangent des conserves ou des viandes et des légumes déshydratés, ainsi que du riz pris aux Japonais. Bien que guère satisfaisant, ce régime est riche et varié comparé à la maigre pitance des soldats japonais, qui en sont parfois réduits à manger des noix de coco, des racines et des mousses. Contrairement à la légende, les japonais n’aiment pas la jungle et ne sont pas particulièrement entraînés pour s’y battre. Néanmoins, ils s’y montrent plus à l’aise car ils savent se contenter de peu pour survivre et combattre. Les problèmes logistiques dans un tel environnement sont donc particulièrement marqués. Le manque de ravitaillement amène vite les unités à la limite de l’endurance et de leur capacité combative. La jungle asiatique et pacifique constitue sans aucun doute le plus terrible champ de bataille de la Seconde Guerre Mondiale.

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