Guerre du Pacifique/Pacific War (27/43): l’enfer de la jungle de Nouvelle-Guinée

LA NOUVELLE-GUINEE : L’ENFER VERT DE LA JUNGLE,

22 JUILLET 1942-22 JANVIER 1943

Les Australiens, qui ne cessent de se renforcer sur la piste de Kokoda, reprennent peu à peu tout le terrain perdu au détriment des forces japonaises du général Horii. Fin octobre 1942, Kokoda est à nouveau aux mains des Alliés. Peu après, à Olivi, une brigade australienne réussit une brillante manœuvre d’enveloppement qui provoque le chaos chez l’adversaire. Dans la déroute qui s’ensuit, Horii perd lui-même la vie et les Japonais survivants, qui atteignent Gona le 7 novembre, ont perdu la plus grande partie de leur matériel et de leurs vivres.

Les Alliés entreprennent alors de réduire les positions japonaises établies sur la côte nord de la Papouasie à Buna, Sanannanda et Gona. Tandis que les Australiens de la 7th Australian Division se chargent de s’emparer des deux dernières positions par voie de terre, les Américains vont s’attaquer à Buna en menant une opération amphibie le plus près possible des positions japonaises. Toutefois, MacArthur et le vice-amiral Carpender ne veulent pas risquer leurs unités navales dans les lagunes de Buna et, de toute façon, les péniches de débarquement font défaut en raison des opérations alors menées à Guadalcanal. Les deux attaques alliées auront donc lieu par voie terrestre, en dépit des difficultés de progression que représente une jungle particulièrement dense dans ce secteur. Certaines unités américaines sont toutefois acheminées par voie des airs, notamment à Pongani, après l’aménagement d’un terrain d’aviation à 30 kilomètres de Buna. Buna est alors défendue par environ 2 200 Japonais, dont 400 travailleurs formosans ou coréens.

Le 19 novembre, les troupes américaines du général Harding, la 32nd ID, provenant de Port-Moresby et de Milne’s Bay, lancent leur première assaut sur Buna. Mais les Américains sont vite arrêtés par les défenses nippones, parfaitement camouflées et à l’épreuve des bombes, dont le tir meurtrier des mitrailleuses cloue les assaillants au sol. La situation reste dans l’impasse jusqu’au 24 novembre. La bataille de Buna est marquée par l’absence de toute tactique élaborée. Il s’agit d’un combat d’infanterie visant à s’emparer des bunkers un par un. Une unité, tombée dans un piège dans un champ d’herbes, est même contrainte à l’abandon de ses armes lourdes et à une retraite précipitée. La tâche de Harding est rendue encore plus difficile par le fait qu’il a dû diriger une partie de ses forces à Sanananda pour prêter main forte aux Australiens. De surcroît, une grande partie du matériel et du ravitaillement est perdu à la suite de la destruction de plusieurs péniches sous les coups de l’aviation japonaise. Harding tente néanmoins l’impossible, avec pour seules armes lourdes six pièces d’artillerie de montagne et quelques mortiers de 81 mm. Ceux-ci s’avèrent inefficaces sur les fortins japonais et l’absence de lance-flammes, de blindés et d’artillerie lourde rend la partie très aléatoire pour les Américains. L’aviation ne peut intervenir efficacement en raison de l’imbrication des lignes et plusieurs méprises poussent le commandement américain à demander la suspension de tout soutien aérien. Face à un ennemi habilement retranché et presque invisible, la seule alternative et de s’approcher furtivement de ses positions en rampant puis de se lancer à l’assaut grenade à la main. Une méthode bien risquée ! Le 26, l’appui de l’artillerie australienne ne permet pas de débloquer la situation. Les combats font rage pendant tout le mois de novembre, sans résultats tangibles.

Les GIs sont à la peine dans la jungle de Nouvelle-Guinnée…

Les généraux australiens: comme leurs homologues britanniques en Afrique et en Europe, ils n’éprouvent souvent que du dédain à l’endroit des soldats américains…

MacArthur est particulièrement irrité du manque de succès des troupes américaines dans ce qui constitue la première offensive menée sous son commandement. Aussi ressent-il particulièrement vivement la remarque du général australien Blamey qui préfère l’envoi en renfort de soldats australiens plutôt qu’américains, car il « il était sûr qu’ils se battraient ». MacArthur envoie alors plusieurs observateurs pour tenter de comprendre les raisons de l’échec. Ceux-ci rapportent que les troupes, qui ont subi de lourdes pertes, font preuve d’un manque de combativité et que leur commandement est particulièrement médiocre. Pas un de ces observateurs n’a daigné souligner plusieurs éléments pourtant essentiels. Les survivants, manquant de vivres et de munitions et souvent dépourvus de moyens d’entretenir leur matériel, se battent sans interruption depuis plus d’une semaine et sans le soutien nécessaire de blindés en artillerie, mainte fois réclamé par Harding, mais sans suite. MacArthur décide alors de relever Harding de son commandement et de confier celui-ci au général Eichelberger, auquel il lance à son départ : « Vas-y Bob, et prends Buna, ou ne revient pas vivant ! » Eichelberger voit la situation logistique de la 32nd ID largement améliorée par la mise en place d’une piste d’atterrissage à Dobodura, à proximité de la côte. En outre, il recevra les blindés et les renforts réclamés en vain par son prédécesseur. Toutefois, les assauts menés les 2 et 5 décembre aboutissent à de nouveaux échecs coûteux pour les forces américaines, même si la côte est enfin atteinte et que les positions japonaises sont coupées en deux. Les forces américaines sont touchées par une crise du moral assez profonde. En outre, les pluies diluviennes, le climat insalubre et la manque de ravitaillement affaiblissent les unités américaines. Eichelberger décide d’attendre l’arrivée des blindés pour renouveler l’assaut, d’autant que les Japonais ne cessent de s’affaiblir en raison de l’intense activité aérienne américaine qui met à mal les lignes de ravitaillements des garnisons japonaises de Papaouasie.

Les positions japonaises défendant le port de Sanananda sont plus fortes qu’à Buna. Gona constitue une position de flanquement à l’ouest du dispositif. Le 9 décembre, les Australiens réussissent à s’emparer de Gona. Les pertes sont toutefois élevées puisque 500 hommes sont morts pour emporter la place. Toutefois, une des trois principales citadelles japonaises est enfin entre les mains des Alliés.

Quelques jours plus tard, la 32nd ID est renforcée par l’arrivée d’une brigade australienne, la 18th Australian Brigade, qui s’est illustrée en Libye, en Grèce, en Crète et en Syrie, et de quelques blindés. L’assaut final est déclenché le 18 décembre. Les combats sont furieux et la résistance acharnée des Japonais provoque à nouveau de lourdes pertes, 30% des Australiens étant mis hors de combat. Toutefois, la présence des chars M3 Stuart, l’expérience acquise pendant des semaines de combats et la lassitude des défenseurs affamés et exténués font la différence. Le 2 janvier, après deux semaines de combats, la dernière poche de résistance japonaise tombe enfin. Après 45 jours de lutte acharnée, la force japonaise de Buna est détruite. 1 400 Japonais sont morts, les autres ayant réussi à évacuer les positions, mis à part 50 soldats qui sont capturés. 2 800 hommes ont été perdus dans le camp allié pour la prise de Buna, dont 620 tués et 132 disparus.

Il reste alors aux Alliés à s’emparer de la position de Sanananda, la base japonaise la plus fortifiée de Papouasie. Les forces australiennes et une partie de la 41st US ID tentent en vain de s’en emparer depuis deux mois. Toutefois, les troupes alliées arrivant de Buna n’ont pas plus de succès face à un ennemi dont la situation est pourtant désespérée, maintenant qu’ils sont encerclés et à court de ravitaillement. Les vivres des Japonais sont épuisés début janvier. Le 13 janvier, le commandant de Sanananda reçoit l’ordre de décrocher par voie de mer ou par voie de terre en direction de Lae et de Salamaua. Le 16 janvier, les Américains et les Australiens lancent leur dernier assaut. Sanananda tombe enfin mais sa conquête a coûté 3 500 pertes aux Alliés. MacArthur, décidemment en relations peu cordiales avec ses alliés australiens, déclare à Sir Shedden, secrétaire du Conseil australien de la défense, que la campagne de Papouasie a traîné en longueur en raison de l’incapacité des chefs australiens « à exploiter les avantages et à profiter des occasions favorables. » 8 500 hommes ont été perdus pour reprendre le nord de la Papouasie. Un bilan élevé. Il est évident que l’isolement des garnisons japonaises aurait permis de les réduire par la faim. MacArthur veut avancer à tout prix. Mais les attaques frontales d’une infanterie dépourvue de soutien adéquat ne sont pas sans rappeler la Première Guerre Mondiale et ont causé de lourdes pertes. Cependant, l’armée nippone a été vaincue dans les jungles de Nouvelle-Guinée et de Guadalcanal. Après les désastres du début de guerre, les Alliés ont triomphé et savent que l’ennemi n’est pas invincible sur terre, même dans la jungle.

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